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Une famille et un manège

De
140 pages
De 1945 à l’an 2000, un manège de chevaux de bois accompagne dans toute la France une famille de forains. Avec trois générations de femmes fortes, nous allons partager les joies et les chagrins de leurs existences. Cette vie-là n’est pas toujours facile pourtant toute la famille connaîtra des moments de bonheur vrai.
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Une famille et un manège
Odette Czysz
Une famille et un manège
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Odette Czysz
« Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. » Léon Tolstoï
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Odette Czysz
CHAPITRE I : LA FAMILLE PREND LA ROUTE« Allez, roulez, roulez, roulez ! » Pierre forçait sa voix afin de couvrir les flonflons de l’accordéon tandis que Marianne mettait la seconde face du disque vinyle sur la platine, bien à l’abri dans la guitoune en bois qui tenait lieu de caisse. Là, pour quelques francs, on obtenait le précieux ticket du manège. Il avait perdu depuis longtemps sa superbe mais pas sa valeur féerique. Carré de carton grossier, meurtri d’être passé dans de si nombreuses mains, il représentait néanmoins le plus merveilleux sésame aux yeux des bambins. Verchureen attaquait sur son piano à bretelles une valse musette endiablée. La musique, la lumière et la foule dense rendaient l’atmosphère plus lourde encore. Le forain criait à présent. « Allez les enfants, pour qui le pompon rouge ? Voilà un tour gratuit pour le moussaillon » Le garçon, du haut de ses trois ans à peine, dans son habit de marin, agitait le trophée avec fierté, cherchant des yeux le regard de ses parents parmi le flot incessant de familles endimanchées qui arrivaient sur la place. « Marianne, passe-moi le pompon bleu ? » Pierre l’accroche prestement sur le ballon. Celui-ci, retenu dans le filet suspendu à la potence, est secoué de bas en haut. Marianne donne un peu de mou au cordage provoquant ainsi le balancement d’avant en arrière tel un diable au-dessus des têtes des cavaliers d’un jour. Frénétiquement, le pompon s’élève, redescend, passe devant le visage des gamins surpris, dans un mouvement de va et vient perpétuel. Les plus habiles des enfants, tentent de l’agripper. Trop tard, il s’échappe et s’envole,
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heurtant au passage la tête du gros cochon rose de plaisir. Deux gaillards plus robustes, accrochés au volant de cuivre du tourniquet le manque de peu. Ce sera pour le prochain passage. Ah ce tourniquet ! Qu’il était pimpant avec ses volutes peintes aux couleurs vives, ses cuivres brillants. Des angelots souriant aux nues ornaient le dossier des banquettes. Sous les guirlandes des ampoules multicolores, les chevaux de bois rutilants agitaient au vent une crinière et un panache bien dégarnis mais qu’importe, les cavaliers étaient fiers de leur monture. La nuit arrivait. La foule devenait plus dense encore. Ce soir la recette serait bonne. La semaine dernière toute la famille avait installé le manège dans le quartier du vieux lille. Il y avait eu un gros orage en début d’après midi alors la masse populaire avait boudé la braderie et la fête pour se rabattre dans les brasseries où elle s’était empiffrée de moules-frites arrosées de bière. L’humeur restait joyeuse chez les bradeurs pourtant les commerçants faisaient la gueule cherchant à échapper aux trombes d’eau. La ducasse devait rester la ducasse. Le couple de forains le savait. Il ne faut pas mélanger les genres. La fête foraine c’est d’abord un lieu de rencontre d’un village ou d’un quartier. Les gens se touchent, se frôlent, se reconnaissent. On s’embrasse ou au passage on s’adresse une tape amicale dans le dos. L’ambiance magique de la fête rend euphorique. Entre Pierre et le manège, il y avait une longue histoire d’amour. Celle-ci avait débuté en février 1946 exactement alors que l’hiver n’en finissait pas. De temps en temps, après sa journée aux champs, il allait caresser avec amour les chevaux de bois entreposé dans le hangar de la ferme. A cette époque, Il était entré dans la grande famille des forains un peu par hasard. Juste au début de la guerre, Marianne et sa famille avaient atterri dans la Creuse. Là, il y avait cette ferme qui appartenait à la
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