Une force mystérieuse

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Fin 19éme siècle, la république est encore nouvelle. Certaines personnes aspirent encore au retour du Roi. Un prélat passe à l'action, il élimine deux de ses ennemis. Découvert, il se venge sur leur fille âgée de huit ans ! Elle va connaître les pires sévices. Retirée à ses tortionnaires, ils ne reculeront devant rien pour la retrouver. Au sein d'une famille d'accueil, la fillette grandie et oublie. Une nouvelle série de malheur vient à frapper, elle est violée par l'homme censé l'épouser ! Une rencontre fortuite change sa vie. Elle découvre l'amour lorsque survient la guerre.
Publié le : mardi 9 octobre 2007
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EAN13 : 9782304000122
Nombre de pages : 357
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Une force mystérieuse

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François Pannetier
Une force mystérieuse

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00012-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304000122 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00013-9 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304000139 (livre numérique)
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Le wagon qui la ramenait dans ses
montagnes d’Auvergne était infiniment plus
spacieux, plus confortable que celui emprunté
pour monter à Paris. Tapis au sol, sièges
espacés et mieux dessinés, elle appréciait ce luxe
insoupçonné et auquel elle avait toujours été
infiniment persuadée qu’il ne serait jamais pour
elle.
La tête haute et fière, le visage souriant et
reposé, le regard joyeux, bien que gênée par le
cadeau venant de lui être fait, elle était satisfaite
d’un périple s’étant prolongé plus longtemps
qu’escompté. Immensément plus légère, elle
était persuadée que, dorénavant, rien ne serait
semblable aux horreurs et malheurs dont sa
jeunesse était déjà émaillée.
Durant seize années, elle avait assisté à la
pendaison de ses parents, avait été enlevée et
connu la torture ! Après une première tentative
de suicide, elle avait goutté l’espoir avant de
replonger dans la terreur absolue. Les viols, les
coups, les brûlures de cigarettes, les privations
ou vexations en tous genres, rien ne lui avait été
épargné. Un jour, à un moment où elle sentait
9 Une force mystérieuse
que sa mort devenait proche, une femme, aidée
de son frère avec d’autres personnes, avait eu
pitié d’une enfant condamnée à une mort
atroce. Mettant leurs vies en danger, ils avaient
retiré l’orpheline à d’abominables tortionnaires.
Loin de Paris, au sein d’une famille d’accueil,
elle avait commencé à oublier l’horreur et
caressé l’espoir d’être adoptée. Vivre en paix,
être aimée d’un grand frère qui saurait la
protéger et l’aider dans son désir d’enseigner,
avaient été ses seuls souhaits. Rien de tout cela
n’ayant eu lieu, elle était allée de déceptions en
déconvenues. Ses seconds parents avaient fait
l’erreur de vouloir la marier à leur propre fils,
un être rustre, alcoolique et violent. Alors, de
nouveau, le malheur s’était abattu sur ses
épaules de jeune fille.
Plongée dans l’angoisse, ses envies à quitter
ce monde s’étaient toujours fait ressentir.
Pourtant, en d’autres moments, même aux pires
instants de ses souffrances, sans bien
comprendre le sens de cette force intérieure,
elle avait ressenti un profond désir de continuer
à vivre. Sans cette volonté, elle ne serait plus de
ce monde.
Nombreuses avaient été les personnes à
l’entourer d’un bienfait inestimable. Toutes
avaient perdu l’espoir de revoir l’enfant enlevée
par un prêtre. À Joséphine, il restait deux
souhaits ; elle voulait goûter à la paix et
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connaître le bonheur auxquels elle avait été
soustraite à l’âge de huit ans !
Les sarcasmes verbaux, les coups comme
bien d’autres malheurs, alliés à une grande
intelligence avaient forgé un caractère tenace,
déterminé et opiniâtre.

Confortablement installée, sa chevelure
rousse et soyeuse tombait sur des épaules
partiellement dénudées. Son corsage révélait
une poitrine généreuse. Une jupe, de couleur
grenat, faisait ressortir sa féminité. La paire de
sandales, qu’elle avait aux pieds, était infiniment
plus confortable que ses sabots de bois.
Souriante, elle bavardait avec un couple de
riches voyageurs, assis en face d’elle.
Son voyage avait eu le bienfait de la rassurer
sur ses origines et le passé de ses parents
géniteurs. Ces gens, accusés d’avoir été les
témoins discrets des supplices endurés, s’étaient
révélés innocents et immensément plus
sympathiques qu’elle n’avait pensé. Aujourd’hui,
tous les éléments étaient réunis pour lui faire
connaître un bonheur durable et sans nuage.
Malgré la satisfaction présente, elle restait
plongée dans ses réflexions. Enfermée dans de
profonds principes, comme le respect à l’égard
des autres, elle revivait les pénibles moments de
son existence. Au fur et à mesure qu’elle
approchait de son domicile, la tristesse ne
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manqua pas de se faire ressentir. Après maintes
tergiversations, ce qui n’était pas dans son
tempérament de fonceuse, elle venait de
prendre une grave décision ; sa vie de célibataire
était arrivée à terme ! Mariée, elle serait la
femme d’un homme qui la désirait depuis
longtemps. Son intention déclenchait tant
d’interrogations internes, qu’elle ne pouvait
s’empêcher de douter du bien fondé de son
choix. Il semblait être dit qu’elle était venue sur
terre pour n’éprouver que de courts moments
de plaisir.
12
I
La vie de Joséphine avait basculé lors d’une
splendide et chaude matinée du mois de
septembre de l’an 1895. C’était un dimanche,
les moissons étaient terminées. Quelle que soit
la distance séparant son domicile de l’église, les
paroissiens de Saint-Nicaire étaient priés
d’assister à l’un des offices religieux, célébré au
sein de la petite église de style baroque. Nul ne
pouvait être excusé de ne point y assister. À
pied, à bicyclette, en charrette pour les plus
riches, tous traversaient la campagne de cette
partie du Vexin.
Nombre d’habitants, de ce petit village de
deux mille cinq cents âmes, aimaient peu leur
curé aux idées d’une époque révolue. Agé d’une
cinquantaine d’années, il avait le regard vif et le
verbe haut. Une paire de lunettes posée sur la
pointe d’un nez crochu, un menton en forme
de galoche, des yeux noirs, il était, à la fois,
redouté et écouté de ses ouailles. Son teint mat
se mariait parfaitement avec l’épaisse chevelure
de type méditerranéen. Une tonsure placée haut
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sur l’arrière du crâne, une soutane toujours
impeccablement repassée, il savait se faire
craindre et abusait de l’autorité dont jouissait la
prêtrise en cette fin de siècle.
Il exécrait les impurs, ces mécréants des villes
qui, soutenus par quelques âmes perdues de ce
bourg et d’ailleurs, avaient fait triompher la
République et inventé le 14 juillet ! S’il devait y
avoir une fête nationale, elle devrait se situer ; le
2 mai, jour anniversaire du retour de Louis
XVIII ou le 26 juin en commémoration de la
restauration de la royauté et le retour du
drapeau blanc ! Chaque année, le 26 janvier, en
souvenir d’un Roi assassiné par des buveurs de
sang, il faisait célébrer une messe.
C’était l’heure du prêche. Debout, du haut de
sa chaire, le curé haranguait les fidèles qui, assis,
écoutaient son long sermon. C’était une bien
jolie chaire faite de bois d’acacia aux sculptures
représentant l’annonciation et la venue du
Christ.
Placé au milieu du sanctuaire, contre un des
poteaux soutenant l’édifice, du haut de son
estrade, son regard balayait la studieuse
assemblée. Sa grande mémoire visuelle lui
permettait de noter chacun des présents. Dans
l’après midi, au plus tard le lendemain, comme
chaque semaine, c’était devenu un rituel, il irait
houspiller les absents.
14 Une force mystérieuse
Durant ses prêches, il plongeait son regard
sombre dans celui de ses paroissiens. Pour
réveiller quelques fidèles semblant s’endormir
ou simplement parce qu’il jugeait le degré
d’écoute de certains trop mou, il frappait
violemment son pupitre avec la paume de la
main. En résonnant fortement sous les voûtes
arrondies du sanctuaire, le bruit faisait sursauter
son auditoire. L’église tout entière, des statues
aux vitraux baignés de soleil jusqu’aux prie-
Dieu, semblait vibrer sous les coups de colère
d’un prêtre. Chaque jour davantage, il perdait
l’estime d’une partie de ses ouailles.
Bien trop souvent, à son goût, il pestait de ne
pouvoir fixer les prunelles de Léontine
Boissiot ; une femme blonde à qui il reprochait
d’avoir épousé le diable en personne… !
Comme honteuse de l’absence de son mari, elle
préférait fixer le bout de ses sabots vernis
qu’elle mettait le dimanche et jours de fête.
Profondément anticlérical, courageux et
serviable, son mari Alfred était très estimé par
ses patrons et la totalité des personnes
travaillant au Manoir. Peu importait qu’il ait une
chevelure rousse, couleur feu. Brave, respectant
les idées d’autrui, son athéisme ne dérangeait
personne, à l’exception de quelques suppôts
appelant au retour du Roi !
Léontine le savait, tout à l’heure, le prêtre
tenterait de lui faire porter l’entière
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responsabilité de l’absence de son compagnon.
Une nouvelle fois, ses employeurs viendraient à
son secours. Républicains, tout en croyant en
Dieu, ils reprochaient le sectarisme de leur curé.
– … Le diable, hurla celui-ci du haut de sa
chaire, guette chacun de vous… ! Il a horreur du saint-
hôtel. C’est pourquoi, mes chers amis, il ne peut franchir
et ne franchira jamais la porte de notre sainte église, de
votre église, s’époumona-t-il ! Chaque jour, se cachant
parmi vous, il vous enjoint à la désobéissance et vous
contraint au mal… Ce mal qui vous ronge sans cesse
davantage … ! ! !
– Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs,
fuyez sa malédiction !… ! ! ! Ne vous laissez pas abuser
par ses sourires et ses paroles destinées à vous perdre, à
vous transporter, chez lui … dans son enfer où vous
brûlerez vif … ! ! !
Un instant plus tard, contrairement à la
majorité des fidèles, parce qu’elle ne s’était
point confessée et ne le désirait pas, Léontine se
refusait à communier. Chaque dimanche,
Nobilais appréciait d’offrir « le corps du
Christ » à ses fidèles serviteurs ! Après le long
sermon fleuve, visant particulièrement son mari,
comme déshonorée, la pauvre femme baissait la
tête. Elle n’en pouvait plus des remontrances
hebdomadaires de ce sale curé. Elle se
demandait si, à l’instar de son cher époux, de sa
fille faisant preuve d’une intelligence
16 Une force mystérieuse
exceptionnelle, elle devait continuer de prier un
Dieu dont elle se sentait abandonnée.
Pendant ce temps, au Manoir de Pozet, juché
au sommet d’une colline visible des alentours,
deux petites-filles jouaient à l’intérieur d’une
véritable montagne de paille. Joséphine était
tout le portrait de son père. Même
physionomie, même caractère, elle était l’enfant
terrible de la religieuse enseignante chargée
d’apprendre à lire et écrire à quelques élèves
fréquentant les bancs de l’école paroissiale.
Perturbée, par les incessantes remontrances de
Nobilais à l’encontre de son papa, elle ne
croyait pas en un Dieu dont, à l’école, la
religieuse disait qu’il était bonté ! Pourquoi
alors, ce prêtre détestait-il ses parents et
s’ingéniait-il à la faire souffrir ?
Sa grande amie Thérèse, la fille des patrons,
pâtissait d’une mauvaise fracture à la jambe
droite. Sur conseil du médecin, elle devait éviter
toutes trépidations que provoquerait le fiacre de
ses parents en roulant sur des chemins emplis
d’ornières. Par conséquent, depuis trois
semaines, pour la plus grande joie de sa copine,
elle ne se rendait plus au village distant de deux
kilomètres.
Alfred aimait profondément les deux fillettes.
Ancien mineur, il connaissait les précautions à
prendre pour construire un souterrain.
Bénéficiant de la confiance de ses employeurs,
17 Une force mystérieuse
dans la meule, au fond d’un couloir consolidé, il
avait fabriqué et étayé une cache où jouaient les
amies. Parfois, elles laissaient entrer Charles, le
frère aîné de Thérèse. Transportées par leur
grande entente, elles ne prêtaient aucune
attention particulière aux bruits de l’extérieur.
Elles ne pouvaient, non plus, entendre
l’incessant crépitement des premières
flammèches qui, à quelques mètres de là, face
au vent, léchaient dangereusement la paille.
Parti relever les pièges à taupes, Alfred
revenait tranquillement des champs lorsque son
regard fut attiré par un homme s’enfuyant de la
ferme en courant. Là, d’où semblait être parti
l’intrus, il apercevait les flammes s’élevant déjà
bien haut. Son sang ne fit qu’un tour, les
fillettes devaient se trouver dans « leur maison »
Leurs vies étaient en danger… ! Éteindre
l’incendie lui serait impossible ; les flammes
devenaient immenses.
Abandonnant ses pièges et les taupes
capturées, qu’il dépouillait pour revendre la
peau destinée à la fabrication de fourrures, il se
mit à courir en direction de la cache qui, par sa
faute, risquait de se transformer en un horrible
piège.
Insouciantes jusqu’ici, les fillettes
commençaient à entendre d’incessants
grésillements accompagnés d’une chaleur
devenue importante. À travers les planches, de
18 Une force mystérieuse
ce qu’elles appelaient leur habitation, entrait une
fumée bien inhabituelle. Prises de panique, elles
se mirent à fuir à la vitesse que leur permettait
le handicap de la benjamine. Par chance, arrivait
leur sauveteur. Prenant Thérèse dans ses bras,
demandant à sa fille de le suivre, en courant, ils
se précipitèrent à l’extérieur. Déposées loin de
tout danger, près du chemin par où arriveraient
les secours, il abandonnait les fillettes au
moment même où la montagne de fourrage
s’effondrait en un immense fracas.
Soudainement attisé, l’incendie se transformait
en un gigantesque brasier que rien ne pourrait
arrêter.
Une autre tâche, tout aussi dangereuse,
attendait l’ouvrier ; il devait sauver les animaux !
Attachés ou enfermés dans leurs abris
respectifs, ils en étaient prisonniers. Poussées
par un satané vent, ayant tendance à se
renforcer au fur et à mesure que le soleil
devenait de plomb, de grandes flammèches
s’écrasaient sur la toiture des écuries où sept
percherons étaient attachés. Au-dessus, dans le
grenier, quatre à cinq tonnes de foin étaient
entreposées.
Les chevaux sentaient le danger et
hennissaient. De leurs pattes, ils piétinaient le
sol fait de pavés disjoints et recouverts de
litière. Au risque de s’étrangler, de se blesser, de
19 Une force mystérieuse
toutes leurs forces, ils tiraient sur les chaînes
pour tenter de les briser.
Alfred risquait de se faire piétiner et tuer par
l’un d’eux. Malgré cela, il ne pouvait se résoudre
de les laisser griller ! Pour leur rendre la liberté,
il devait gagner la confiance de chacun avant de
pénétrer à l’intérieur du box. La bête
momentanément apaisée, l’ouvrier marchait
entre elle et le bas-flanc. Parlant d’une voix
douce, tour à tour, il caressait la croupe, le dos
puis l’encolure de l’animal. Le mousqueton
dégagé, d’une claque portée à la hauteur du
poitrail, il l’invitait à reculer et à s’enfuir.
Quatre chevaux venaient de recouvrer la
liberté quand, au-dessus de lui, parvint le bruit
d’un grésillement et de combustion bien
caractéristique. Le grenier était en feu ! Le
fourrage brûlait avec une facilité déconcertante.
Plus rapidement qu’il ne le craignait, toute la
ferme allait devenir la proie des flammes.
Les ruades des autres chevaux devenaient
continuelles. Solidement attachés, pris au piège,
ils devenaient fous. Nerveux, gesticulant, ruant
à tout va, un cinquième percheron quittait
l’écurie. À présent, pour délivrer les derniers,
Alfred se devait de passer, d’une stalle à l’autre
en escaladant et longeant, par l’intérieur, les
barreaux des râteliers. Arrivé devant la bête, il
redescendait de son perchoir en surprenant
l’animal. Un coup de tête, même violent, était
20 Une force mystérieuse
préférable à une ruade pouvant le tuer ! Avec
beaucoup de courage et de ténacité, l’ouvrier
parvenait à ôter l’attache des derniers chevaux.
Il restait à délivrer deux vaches, prêtes à vêler et
ouvrir la porte à quelques porcs.
À Saint-Nicaire, la messe était terminée. Les
premiers fidèles, à être sortis du sanctuaire,
pouvaient apercevoir la lueur gigantesque
prolongée par une épaisse fumée blanchâtre.
– Au feu… ! S’écrièrent-ils
L’église se vida précipitamment. Au pas de
course, tous couraient quelques dizaines de
mètres séparant l’église d’un virage situé à
l’entrée du village. C’était une rue vivante dont
les maisons et commerces occultaient la
campagne s’étendant au sud du bourg. Aucun
doute n’était possible, le Manoir de Pozet était en
feu !
Éssoufflé, après une longue course à pied, un
homme arrivait pour donner l’alerte ! Selon ses
témoignages, l’incendie aurait débuté dans la
réserve de paille. il menaçait de s’étendre aux
bâtiments. Sommé de questions, il disait ne rien
savoir sur le sort des enfants, dont il ignorait la
présence sur les lieux ! L’inquiétude, la crainte
était à son comble. Les fillettes seraient-elles
mortes, brûlées vives ?
À la vitesse de l’éclair, le village se vidait de
ses habitants En fonction de son moyen de
transport, chacun courait vers le lieu du sinistre.
21 Une force mystérieuse
Nul n’aurait imaginé de ne pas voler au secours
de ses estimables propriétaires.
La ferme en feu se constituait de bâtiments
construits à des époques différentes. La
construction, la plus ancienne, datait de deux
siècles. Avec ses écuries et ses terres, elle avait
été acquise par Charles Descamps, l’arrière aïeul
de Jacques. La propriété avait été la demeure
d’un bourgeois. Ruiné, il avait quitté son pays
tombé aux mains des révolutionnaires.
Construit en pierres de meulières, édifiée sur
trois niveaux, l’architecture était à la fois
imposante, froide et austère. Aux extrémités,
deux prépondérances de la façade semblaient
être là pour casser la rigidité du bâtiment. Au
centre, sans fioriture particulière, se trouvait la
porte d’entrée de la propriété. Les fenêtres
éclairaient une quarantaine de pièces. Sur le côté
de l’habitation, avec ses arches, se trouvaient les
anciennes écuries. Modifiées, elles formaient la
partie réservée au cheptel animal. En face, un
édifice plus récent constituait une grange que
prolongeait un avant-toit destiné à abriter le
matériel agricole. Au-dessus, se trouvait le
grenier à céréales. Avec la réserve de paille, les
constructions fermaient une vaste cour centrale
traversée par un banc de roc schisteux.
Lancé au galop, un jeune étalon dit de« demi-
sang arabe » tirait l’attelage de Charles et
Gertrude Descamps. La splendide et rapide
22 Une force mystérieuse
bête, faisant la joie de ses propriétaires, fonçait
au maximum de ses possibilités. Pressentant un
affreux drame, les propriétaires étaient
accompagnés de leurs trois autres enfants et de
leur servante Léontine.
Trempée de sueur, jamais la pauvre bête
n’avait galopé aussi vite. Pourtant, aux yeux de
chacun, elle semblait se traîner ! Jacques,
impatient, au risque de verser ou casser l’essieu
de sa voiture, fouettait encore la monture.
Derrière, avançant beaucoup plus lentement,
suivait l’unique pompe à incendie détenue par la
commune. Tirée par deux chevaux de traits
dirigés par le forgeron remplissant le rôle de
pompier, elle permettrait d’arroser les bâtiments
en feu.
Elle était suivie par la population locale. Par
petits groupes, celle-ci filait en fonction de son
mode de transport. Ouvriers agricoles logeant
dans l’aile droite du Manoir, artisans,
commerçants ou simples petits fermiers, tous
vivaient partiellement ou totalement du travail
procuré par l’exploitation de la ferme. Seules,
quelques femmes regagnaient le domicile
conjugal avec les enfants en bas âge.
Au presbytère, Nobilais était allé seller son
cheval ressemblant étrangement à celui des
époux Descamps ! Assis en amazone, comme le
faisaient les rares femmes cavalières, il rejoignit
23 Une force mystérieuse
les piétons qui, par petits groupes, en fonction
de leurs affinités, marchaient à grands pas.
Arrivé à la hauteur d’un peloton constitué de
quatre hommes et trois femmes, l’abbé fit
ralentir l’allure de sa monture. En ces petits
fermiers miséreux, aux sabots usés et vêtements
rapiécés, il appréciait leur foi en Dieu.
Royalistes, ils étaient régulièrement invités au
presbytère. Les réceptions ciblées faisaient dire
à l’ecclésiastique qu’il invitait les pauvres à sa
table… !
Après avoir franchit une centaine de mètres
et prononcé quelques palabres, il leur dit ceci :
– Souvenez-vous mes amis, le feu est l’œuvre
du diable et de lui seul… !
L’exhortation terminée, il s’en alla parler
sauvetage avec d’autres groupes. Satisfait, il
fouetta la croupe de son canasson pour
rejoindre la ferme en feu.
Les fillettes restaient tremblantes de peur
lorsqu’elles aperçurent la voiture tant désirée. À
bord de celle-ci, le soulagement était immense.
Apercevant les enfants et les chevaux de traits,
Jacques se félicitait du travail accompli par
Alfred. Satisfait, il dit à Léontine :
– Ton mari est vraiment un homme
exceptionnel !
Sous l’impulsion du maître des lieux et des
pompiers, les secours s’organisaient. Tous
24 Une force mystérieuse
travaillaient en chaîne pour éviter que le feu ne
se propage à la grange et aux habitations.
Bien qu’il n’aimât point les rejetons, encore
moins Joséphine, le prélat s’était proposé
d’amuser les enfants afin, disait-il, qu’ils n’aillent
gêner les sauveteurs. En pareille circonstance, la
toute surprenante proposition n’avait choqué
personne. Elle était normale.
Après le sauvetage des bêtes, Alfred avait été
invité à se reposer quelques instants. À l’écart et
à l’ombre d’un chêne, assis sur une pierre,
fumant sa cigarette, il regardait des
cumulonimbus se développant à l’horizon, sur
la vallée de l’Epte. L’homme connaissait bien
ces nuages témoignant une réelle activité
orageuse. Du plus profond de lui-même, il
appelait à la formation rapide d’une enclume
nuageuse qui, arrivée à son apogée, laisserait
éclater l’orage. La pluie à venir serait susceptible
d’étouffer les flammes… ! Songeur, il se hâtait
avant d’aller rejoindre les sauveteurs.
La poitrine dénudée, son épaisse pilosité, de
teinte rouge feu, était trempée de sueur. Plaquée
contre le corps, les poils dissimulaient bien peu
la large tache d’une couleur rouge sang.
Caractéristique chez les Boissiot, l’anomalie de
naissance partait du mamelon droit et se
terminait en dessous du bras. Pour certaines
âmes, sensibles à certains dires, elle était la
marque intangible du feu, de l’enfer et… du
25 Une force mystérieuse
diable… ! Se félicitant de la bonté de ses
patrons, l’ouvrier était loin de penser qu’il ne les
reverrait jamais plus. Il n’assisterait pas
davantage à l’orage se développant plus
rapidement qu’il ne croyait.
Tapis à quelques pas, bâillon et gourdin à la
main, trois hommes se ruaient sur l’honorable
ouvrier. Par la force, à demi assommé, il fut
conduit au pied d’un vieux et solide marronnier.
Pendant que le quatrième larron préparait les
cordes destinées au supplice, bâillonnée et
solidement maintenue par trois mégères hilares,
arrivait Léontine. L’homme et la femme se
jetèrent un dernier regard empli de tristesse et
de passion. C’était certain, à moins d’un miracle,
ils allaient être pendus par une poignée de crève
la faim. Les exécuteurs, tout en leur passant la
corde autour du cou, leur dirent tout
simplement :
– Nous devons faire justice. Vous allez payer
vos appels à la désobéissance et au meurtre.
Vous allez mourir comme vous avez fait tuer
d’autres gens. Vous êtes le diable ! Retournez en
enfer… !
Pendant ce temps, à quelques mètres de là,
derrière le bâtiment d’habitation, nerveux et
inquiet, le curé tentait d’amuser les gamins
comme il le pouvait. Indéniablement, les jeux
juvéniles et le contage d’histoires infantiles
n’étaient pas son fort ! Son esprit malade et
26 Une force mystérieuse
revanchard étant ailleurs, il éprouvait d’énormes
difficultés à occuper les enfants, surtout les
fillettes qui avaient eu si peur.
Peut-être parce qu’elle était handicapée, il
prêtait moins d’attention à Thérèse. Un instant,
celle-ci parvint à échapper au regard perçant et
épieur de son gardien. L’image, s’offrant à elle,
la paralysait de frayeur ! Parvenant à reprendre
ses esprits, d’une voix apeurée et étranglée, elle
dit :
– Joséphine, tes parents… vite ils vont les
tuer ! Ils vont pendre les ouvriers de papa… !
Un moment surpris par l’appel, le geôlier
inopiné parvint à se reprendre. Tenant
solidement Joséphine par le bras, il s’élança vers
la handicapée qui, sans perdre plus de temps,
courait vers le lieu où elle savait trouver son
père. Sans ménagement dans les gestes, se
moquant si la fille de ses ennemies pouvait
ressentir quelques douleurs, il choppa
l’indélicate. La gifle qu’elle reçut fut violente.
Après avoir vacillé sur ses jambes, elle chuta.
L’empoignant méchamment par les cheveux,
pour la relever de terre, il dit ceci :
– Thérèse, tu devrais avoir honte de mentir
comme tu le fais ! Mets-toi à genoux et
demande pardon à Dieu ! Tout à l’heure, je dirai
à tes parents que je veux te voir en confession,
le plus rapidement possible.
27 Une force mystérieuse
Tétanisées par tant de reproches dans la voix,
ne comprenant encore rien à la situation, Yvette
et Nathalie, elles n’avaient que trente et dix-huit
mois, prenaient peur et pleuraient. Par chance,
leur aîné Charles, âgé de neuf ans, était un
garçon vif et plein de vitalité. Pressentant que la
colère du prêtre n’augurait rien de bon, sans se
poser d’autres questions, il réussit à fausser
compagnie et, courant vers les sauveteurs, il
donnait l’alerte.
Furibond, l’homme d’église ne pouvait rester
sans réagir. Lâchant les fillettes en larmes, il se
dirigea vers le lieu du second drame. Vieux
d’une cinquantaine d’années, situé derrière la
grange, l’arbre restait invisible des sauveteurs
comme il aurait dû le rester des enfants, si
Thérèse ne s’était aventurée au-delà du
périmètre escompté.
Levant les bras au ciel, en signe d’épouvante,
courant vers les exécuteurs de ses basses
œuvres, le curé hurla, à leur intention :
– Arrêtez bandes de malheureux. Vous êtes
devenus complètement fous ? Vous allez tuer
de pauvres innocents !
Devant les bourreaux paralysés de surprise,
mariant le geste à la parole, parvenu à la hauteur
du lieu de supplice improvisé, il prit la femme
par la taille pour la soulever quelque peu. Il fit
semblant de lui retirer la corde du cou !
28 Une force mystérieuse
Jacques, suivi d’autres personnes, arriva pour
constater le peu d’empressement du prêtre.
Décochant un violent uppercut à son
adversaire, il l’envoya rejoindre la poignée
d’hommes si dévoués à ses sales idées. Ceux-ci,
par crainte d’être pendus eux-mêmes,
s’enfuyaient en courant.
Les cordes rapidement coupées, Jacques et
son principal charretier tentaient de ramener, à
la vie, deux créatures dont les membres
semblaient encore remuer quelque peu ! Hélas,
il s’agissait de relents musculaires d’êtres
soudainement retirés à la vie !
L’apocalypse s’était abattue sur le paisible
village. Le ciel s’obscurcissait bien peu.
L’abattement et la désolation se lisaient sur les
visages de chacun. Tous auraient voulu courir
après le sinistre curé qui venait de prendre la
fuite pour, à l’en croire, par quelques palabres
inutiles, ne pas retarder la lutte contre
l’incendie… ! En cela, s’il voulait sauver sa
propre peau, il n’avait pas tort ! C’est par
résignation et respect envers les sinistrés que
certains sauveteurs n’étaient pas allés rejoindre
les assassins pour venger deux innocentes
victimes.
Du courage, il en fallait pour continuer à
lutter contre le vent qui avait tendance à
tourner alors que l’orage semblait ne jamais
devoir s’abattre au-dessus des sauveteurs.
29 Une force mystérieuse
Rongé par les flammes d’un brasier auquel rien
ne semblait échapper, le grenier de la grange
venait de s’effondrer dans un bruit long et
sourd. À l’intérieur, la quasi-totalité de la récolte
de blé avait été entreposée ! À présent, le feu
s’attaquait à la toiture du seul bâtiment
subsistant. Peu de personnes gardaient encore
espoir de sauver quoique ce soit.
Pourtant, au même moment, alors qu’il
semblait ne pas devoir exaucer les implorations
des sauveteurs, l’orage éclatait. Un formidable
éclair, de forme verticale, zébra le ciel devenu
d’une couleur noir ébène. Il fut suivi d’un coup
sec de tonnerre continuant à rouler comme
pour percer le tympan d’hommes et de femmes
qui, soudainement, redevenaient confiants.
Grosses comme des pièces de cinq sous,
d’énormes gouttes de pluie tombèrent drues.
Très vite, elles se transformèrent en une trombe
salvatrice.
Le déluge arrivait au moment où, les réserves
d’eau, largement puisées, commençaient à
manquer ! Asphyxiées, les flammes perdirent de
leur activité pour s’éteindre totalement. Peut-
être existait-il encore un Dieu ?
Des fumeroles s’échappaient encore des
décombres du terrible incendie qui, la veille,
avait ravagé la totalité des bâtiments agricoles
de la ferme. Au rez-de-chaussée du bâtiment
réchappé du sinistre, dans une pièce improvisée,
30 Une force mystérieuse
aux volets clos et à la porte garnie d’une tenture
noire, une chambre mortuaire avait été dressée.
Le visage cyanosé, étendus l’un près de l’autre,
deux corps reposaient pour toujours. Un
foulard, enroulé autour du cou, cachait les
traces de la strangulation. Au mur, les aiguilles
de la grande horloge, sur pieds et de style
normand, indiquaient 12 h 17, l’heure du décès.
Bloqué, le balancier de cuivre orangé restait
immobile. Comme s’il en était besoin, le
blocage de la pendule signifiait que la vie des
défunts s’était arrêtée à cette heure précise.
Les flammes des grandes bougies, disposées
de part et d’autre du lit mortuaire, jetaient leurs
ombres dansantes sur des murs recouverts de
bois verni. À proximité, quelques sièges et prie-
Dieu étaient à la disposition des nombreuses
personnes se relayant pour prier. Elles
demandaient à Dieu de bien vouloir, en son
paradis, recueillir l’âme de serviteurs tués par
l’un de ses représentants s’étant transformé en
un ignoble assassin.
Assise sur le même siège, depuis la veille, le
visage enfoui dans le creux de ses petites mains,
la jeune orpheline restait prostrée. Les coudes
posés sur ses genoux, elle tremblait par
l’horrible spectacle qui ne cessait de défiler dans
sa tête. Sans mouvement, le regard rougi et
bouffi de chagrin, le visage décomposé par la
douleur, un lourd sommeil sans cesse refoulé, la
31 Une force mystérieuse
fillette se refusait à prier. Elle s’était jurée que,
jamais plus, elle ne prierait un Dieu dont un
prêtre avait fait pendre ses parents.
Lorsque, prise de pitié, une personne
cherchait à la soustraire d’une pièce transformée
en funérarium, l’enfant entrait dans une sorte de
crise de démence et hurlait à s’époumoner. Les
différentes exhortations, provenant de sa plus
chère amie, ne parvenaient pas à ébranler une
volonté devenue maladive.
Face à une situation risquant de se terminer
par une longue hospitalisation, Jacques et
Gertrude Descamps se sentaient quelque peu
désorientés. Au petit matin, après une longue
nuit de réflexions, leur décision était prise ; la
petite n’avait aucune autre famille, elle était née
dans leur maison, n’avait jamais rien connu
d’autre que ces murs, ils l’adopteraient !
Qui d’autre, mieux que Thérèse, pouvait lui
annoncer l’heureuse nouvelle. Elle-même se
retrouvait soudainement transportée de joie. Se
considérant sœurs de sang, depuis qu’un jour, à
la grande surprise de leurs parents respectifs,
elles s’étaient tailladées une veine pour mélanger
leur sang… ! Elles s’étaient jurées « amour et
fidélité pour la vie » Les vœux des amies étaient
exhaussés. Heureuse, Thérèse courut annoncer
l’heureux dénouement à sa sœur.
– Joséphine, tu seras mon autre sœur. Papa
et maman viennent de me le dire. Ils ont dit
32 Une force mystérieuse
qu’ils allaient t’adopter ou quelque chose
comme ça ! On ne se quittera plus jamais, tu
resteras ici, avec moi.
La jeune esseulée se redressa avec une telle
promptitude, que sa chaise se renversa. Elle fixa
son amie avec un regard dans lequel se
mélangeait, le chagrin, la surprise avec une sorte
d’incrédulité. Ses yeux s’éclaircirent et
s’ouvrirent bien grand pour laisser paraître sa
satisfaction. Autour de sa bouche, joliment
dessinée, s’esquissait un sourire contrastant
avec les traits d’un visage affreusement tiré. Elle
ne savait quoi penser ; était-ce possible ? Elle
avait tant craint d’être envoyée, très loin, dans
une sorte de maison que les adultes appelaient,
si elle ne se trompait pas : un orphelinat ? Les
enfants y étaient malheureux ! Jetant un rapide
regard dans le couloir, sur le pas de la porte, se
tenait la tata Gertrude, (c’était le nom que sa
mère lui demandait d’employer pour s’adresser
à la patronne.) Voyant que celle-ci lui souriait
en lui tendant les bras, elle courut pour se jeter
contre sa poitrine. Cette fois, elle pleurait de
chaudes larmes de plaisir, de joie.
Comme il était agréable, alors qu’elle n’avait
rien avalé depuis son réveil de la veille, de
pouvoir manger, s’emplir un estomac criant
famine. Le frugal repas était constitué, d’un
grand bol de laitage chaud, d’un morceau de
camembert normand qu’accompagnait un
33 Une force mystérieuse
morceau de pain pétri et cuit dans le four du
Manoir. Tout à l’heure, de nouveau, elle
déjeunerait en compagnie de Thérèse et de ses
nouveaux parents.
Après être retournée dans la pièce mortuaire,
métamorphosée de bonheur, oubliant toute
retenue légitime en pareille circonstance,
l’enfant posa ses lèvres sur le front froid et
glacial de ses parents. Elle se moquait de
l’ahurissement d’un couple priant pour le repos
éternel des défunts. Embrassant ses parents, à
chacun d’eux, elle fit part de l’immense joie
qu’ils devaient partager là où ils se trouvaient.
Au même instant, à l’entrée du Manoir, resté à
l’écart des décombres, un fiacre venait de
s’arrêter. À une bonne dizaine de mètres de la
voiture « Riton », un splendide berger allemand,
très attaché à ses maîtres, aboyait furieusement
en montrant les crocs. Privé de liberté, l’animal
avait de grandes raisons de manifester sa colère.
Ses maîtres craignaient qu’il n’aille déranger les
ouvriers, qu’il se blesse ou ne se brûle les
feutres sur une braise encore rougeoyante et
perdue dans les cendres. Libre, sans aucun
doute, il aurait obligé le visiteur à passer son
chemin.
Descendu de sa calèche tirée par un cheval
de couleur cendre, revêtu d’une soutane, le
voyageur montrait une certaine crainte à
l’encontre de ce molosse qu’aucun appel ne
34 Une force mystérieuse
parvenait à faire taire. Mieux que tout être
humain, seul contre tous, le chien, à qui il ne
manquait que la parole, semblait comprendre
les funestes desseins du visiteur. Muni d’un
document officiel, établi et signé par le cardinal
du diocèse, le jeune prêtre était chargé de
transmettre les condoléances et regrets, tant aux
sinistrés qu’à la toute jeune orpheline.
Relativement mal à l’aise dans sa démarche, il
disait combien, lui et ses supérieurs avaient été
choqués et scandalisés d’apprendre ce qui s’était
réellement passé.
Touchés par cette marque de sympathie, les
époux Descamps devenaient plus réceptifs
envers le fidèle serviteur d’une religion à
laquelle ils étaient profondément attachés.
Gagnant leur sympathie, le prêtre allait faire
part des souhaits de son éminence, monsieur
l’Évêque. Afin qu’elle puisse se reposer,
l’orpheline devait être soustraite à la dépouille
de ses parents ! Elle devait être conduite à
l’institution des sœurs de la Trinité. Un
établissement de très grande renommée située à
Magny-en-Vexin. Au-dessus de tout soupçon,
l’école était parfaitement connue des époux
Descamps.
Après une courte hésitation, partageant le
souhait des autorités religieuses, Jacques et
Gertrude acceptèrent que Joséphine y soit
conduite sans tarder. Appelée pour la
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