Une histoire ordinaire

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Gaël, onze ans. Violé, suicidé. Cécile, seize ans. Amoureuse. Et puis lui, le conteur. Trente-deux ans. Dépassé, largué par son quotidien. La vie, la mort, la haine, l'amour, le désir, la vengeance… Autant de sentiments qui traversent un récit en tension permanente, où les personnages se font inattendus. L'histoire d'une existence simple, bousculée par les évènements.
Publié le : jeudi 16 juin 2011
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EAN13 : 9782748115802
Nombre de pages : 136
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Une histoire ordinaire
Philippe Meurisse
Une histoire ordinaire
ROMAN
© manuscrit.com, 2001
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- Papa ? - - Papa ? - Mmh ! - Lève les yeux de ton journal. Je nai plus de fro-mage pour le dîner. Voudrais-tu aller jusquau magasin en acheter ? - Non, pas maintenant. Je nai pas le temps. - Pourquoi pas maintenant ? - Je lis ma gazette. - Et si tu ne me ramènes pas de bleu, tu nauras pas à manger. À toi de choisir. - Tas quà envoyer le gamin. - Tu es vraiment trop fainéant pour ôter ton postérieur de ce fauteuil. Tu me fais pitié. - Trop gentille. - Ya pas de quoi. Cest gratuit. Dix-huit ans de mariage. Seulement. Une union obli-gée, arrangée, pour nêtre pas fille-mère. Elle sennuyait tellement auprès de son époux que cela eut pu être plus long sans quelle en fut autrement étonnée. Maintes fois, elle avait pensé partir. Mais où ! Et comment vivre ! Ce nétait pas avec son petit travail à mi-temps quelle au-rait nourri ses fils. Dix-huit ans de frustrations.
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Une histoire ordinaire
Dix-huit ans dhumiliations. Il allait quérir ailleurs ce quil disait ne pas trouver chez lui. Il avait pourtant cher-ché longtemps. Trois semaines. Le sommet fut atteint quand elle apprit que cet homme dont elle allait avoir un troisième enfant rendait visite à la personne- ainsi lappelait-elle pour rester polie - qui habitait quelques numéros plus loin. Elle était restée, malgré tout. Parce quil y avait les gamins. La mère quitta ses fourneaux, ouvrit la porte arrière du petit pavillon et appela. - Gaël Gaël - Oui, mman ! » - Arrive. Gaël, onze ans, aussi blond que sa mère était noire, aussi bouclé que son père était chauve. Des trois garçons quavaient eu le couple, il était le seul encore à la maison. Les deux aînés vivaient au loin la majeure partie de lannée. Et sur Gaël retombait toutes les manifestations de lamour que la mère portait à ses trois fils. Il était noyé de petits cadeaux, de petites attention. Il était choyé comme un nouveau né. Il était aussi surveillé, épié, espionné. De peur quil lui arrive malheur. À en être parfois étouffé. - Gaël, veux-tu aller jusquau supermarché pour moi ? Ton père est trop occupé. - Oui, mman. - Ne traîne pas en route. Je tattends. Gaël enfourcha son vélo et séloigna à grands coups de pédales sous un petit soleil. Cette journée de dé-cembre était belle, presque printanière. Ses copains joueraient bien dix minutes au ballon sans lui.
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CHAPITREI
- Tu membrasses avant de partir ? - Oui. - Ce soir, noublie pas daller chercher Donovan à la garderie et de le déposer chez maman. Papa va conduire Bali à lécole et il ira la reprendre en fin daprès-midi. - Ne tinquiète pas, je noublierai pas. Bonne jour-née. Je me penchai et embrassai ma femme. Elle était assise dans la cuisine et prenait son petit déjeuner. Je me baissai ensuite vers mon fils, âgé de vingt mois. Le bébé lâcha son biberon. De ses deux petits bras potelés, il mattrapa le cou pour le serrer aussi fort quil le pouvait contre lui. Je marrachai à létreinte et, après un bisou sur le front, quittai la pièce. Dans le hall dentrée, jendossai mon veston. - Bali Bali Tu viens ? Je tattends. Bali. Aurélie de son prénom. Cinq ans, blonde, les yeux bleus, un petit nez en trompette. Pour-quoi Bali ? Personne ne savait vraiment. Sa maman la surnommait ainsi, depuis le berceau, sans quon sache où elle avait pu ramasser ce diminutif, qui lui était resté. Bali donc, descendit quatre à quatre les escaliers qui menaient à létage. Elle arriva à moitié habillée, le pantalon ouvert, les lacets dénoués, les cheveux en bataille. - Papa, tu veux maider ?
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- Aurélie, ne peux-tu pas te dépêcher ? Je vais être en retard. - Oui, mais je ne sais pas faire mes lacets et mon patalon. - Pantalon. Ne bouge pas. Je magenouillai devant ma fille, nouai les lacets, fermai lepatalon. - Vas vite dire au revoir à ta mère. Zou ! Elle disparut en courant vers la cuisine et revint quelques instants plus tard, le cartable sur le dos. Jouvris la porte dentrée et sortis derrière Aurélie, qui sétait faufilée entre le mur et moi. Je la rattrapai par le col en un mouvement réflexe. - Ne cours pas sur la rue. Tu risques de te faire écraser. Donne-moi la main. Aurélie fourra sa menotte dans la mienne, où elle disparut presque complètement. Ensemble, nous al-lâmes vers la voiture, une vieille R11 automatique, garée sur le parking tout proche. Aurélie grimpa sur la banquette arrière de la Renault et, pendant que je minstallais à lavant, attacha sa ceinture de sécurité. Le moteur de la voiture démarra avec difficulté. Je sortis frotter les vitres emplies de buée. Je ren-trai ensuite dans lauto, bouclai la ceinture de sécu-rité. Laire de stationnement quittée, nous nous en-gageâmes sur la petite route de village. Le soleil était bas, obligeant le port de lunettes. Lété était terminé depuis deux semaines. Les jours raccourcissaient, les petits matins se faisaient bru-meux et frisquets. - Papa, tu mets la musique ? Et papa alluma la radio. Elle était branchée sur une station qui diffusait des informations. - De la musique, papa. Jenfonçai la cassette dans le lecteur. La voix éraillée de Joe Cocker entama la musique de « Neuf semaines et demi », sur lequel, pour autant que je
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