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Une liaison virtuelle

De
95 pages
Ils ne se connaissaient pas. Ils ne s’étaient jamais vus. Ils s’étaient trouvés auparavant ensemble à un congrès scientifique et ne s’y étaient pas rencontrés lorsque s’installa entre eux cette singulière correspondance qui fut leur histoire, dans l’immédiateté répétée des voies de la cybernétique et par-delà l’Atlantique qui les séparait. Entre eux, la corporéité des mots, leur puissance d’évocation, l’aspect sensuel du déploiement va créer dans l’écriture une relation tendre et féroce, initiatique et sacrificielle qu’elle raconte, elle, après leur unique et étrange rencontre. Le trouble du virtuel mène la relation aux limites, de la passion, de la violence, de la tendresse aussi dans le désaississement.
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Une liaison virtuelleChristian Cayrol
Une liaison virtuelle
CORRESPONDANCE (FICTION)' manuscrit.com, 2003
ISBN: 2-7481-2737-4 (pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-2736-(pour le livre imprimØ)Avertissement de l Øditeur
DØcouvertparnotrerØseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littØraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimØ telunlivre.
manuscrit.com
5bis, rue de lA’ sile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone:0148075000
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com1. IntroductionIls ne se connaissaient pas. Ils ne
s’Øtaient jamais vus.
Ils s Øtaient trouvØs auparavant ensemble à un
congrŁs scientifique et ne s y Øtaient pas rencontrØs
lorsque s installa entre eux cette singuliŁre corres-
pondance qui fut leur histoire, dans l immØdiatetØ
rØpØtØedesvoiesdelacybernØtiqueetpar-del l At-
lantique qui les sØparait.
2. ElleElle se serait appelØe Sophie à cause de la
sagessequiluifaisaitdØfautdansuncertainregistre
de sa vie, celui-là qui avait ØtØ à l origine de cette
histoireambiguº. ElleØcrivait. ElleØtaitchercheuse
spØcialisØe dans les arts textiles anciens.
Elle adorait se promener et errer sur l le Saint-
Louis, espace hors du temps, entre rŒve et rØalitØ,
embrassØ par les confluents de la Seine.
Elle Øtait du signe des Poissons.
UnesortedecuriositØdesmØandresdel mehu-
maineladØvorait. ElleaimaitlethØ tre,lachorØgra-
phie, l art, toutes les mises en scŁne.
Elle se laissait parfois traverser par des passions
brßlantes, voire incendiaires, qui la consumaient.
Elles endØtachait alorsenlesØcrivantpourneplus
subircettebrßlure-l . Elleimposaitainsiunecourse
contre letemps àsesØmotions,rattrapait l oubli.
Ellesesituaitàl undecesmomentsclØsdel exis-
tenceoøsemanifesteunequŒtedusensdelavie,
quipouvait luifairedØsirermourir pourrena tre au-
trement. C est ce qui la poussa dans cette Øtrange
histoire.
3. LuiElle l aurait appelØ Juan. Parce que Don
Juan incarnait pour elle le mythe du thØ tre.
Un ocØan immense les sØparait. Il habitait outre-
Atlantique et regardait le soleil se lever sur la mer,
retrouvant ainsi un air de matin du monde.
Il se voulait voyageur sans rel che, fascinØ et
ØperduparlatraversØedeslanguesetdesfrontiŁres.
Ilnecherchaitpasun meilleurendroitpourvivre. Il
7Une liaison virtuelle
s effor ait dØsespØrØment de ne pas trouver cet en-
droit-l . FidŁle à lui-mŒme seulement, il eßt ØtØ en
exil s il n avait pas eu le talent de s approprier, oø
qu ilsetrouv t,leslieux,leshommesetlesfemmes.
Paris lui avait convenu, d autres villes aussi.
Avec la souplesse et l’aisance des fØlins, il savait
rØtablir les situations à son avantage. Son propre
Øtait de subir les ØvØnements en s y adaptant avec
gØnie, aidØ en cela par un coup d il et une percep-
tioninfaillibles,soumisseulementàlacontraintedu
temps.
Chevalier du paradoxe, il idØalisait le secret
jusque dans les domaines les plus anodins de sa
vie quotidienne. Son amour du secret Øtait tel qu il
gouvernait son existence et ses relations. Il se
soumettaitàcetterŁgle,voires yasservissait: entre
les diffØrents aspects de son existence, il souhaitait
que ne se tissent pas les liens.
Il eßt voulu fixer l instant prØsent comme une
nØcessitØ vitale devant la fuite du temps, aussi les
notions de traces, de marquage d Øcriture l’intØres-
saient-elles particuliŁrement.
Il Øvoquait un « Hollandais volant » en quŒte de
son âme perdue qui eßt passØ sa vie tant t à renier,
tant t à s asservir. Il aimait imposer l imprØvisibi-
litØ. Il Øtait sensuellement affamØ, possØdØ par un
dØsirdedØvorationvitaleetvampiriqueempreintde
religiositØ.
Ethno-anthropologue, fascinØ par les rites ani-
mistes charnels des sociØtØs primitives, il Øtudiait le
tatouage,pratiquerapprochantlabeautØetl horreur.
De cet art corporel privØ et collectif, il valorisait la
signification Ørotique d appas sØducteur, de marque
de ch timent, de punition divine, voire de destruc-
tion ou d infamie, symbole de mort et d affront à
la condition d humanitØ. Il soulignait la dimension
de toute-puissance, de grandiositØ, du tatoueur, qui
ne saurait appartenir au commun des mortels, à qui
8Christian Cayrol
les religions interdisent cette activitØ. Il n Øtait pas
tatouØ. Il se fßt prØfØrØ tatoueur.
Ilparlaitplusieurslangues,danslajouissancedes
mots,enunchaosrigoureusementordonnØ. Ilinves-
tissaitlesmotseux-mŒmesd’unevaleurincantatoire,
gestuelle,chorØgraphiquequilessublimaitenvibra-
tion charnelle fondamentale, corporØitØ. Leur pou-
voir hypnogŁne primait à ses yeux sur leur signifi-
cation. Il tØmoignait d une Øcoute musicale, recher-
chait la transe et tout ce qui, en eux, pouvait faire
ondesetØvoquerlasensualitØ,lesmØandres,lesfris-
sons. Là se reconnaissait le milonguero.
IlØtaitaussil hØritierd Ovide. Ilmettaitàl hon-
neur de fa on rituelle l’art subtil de la sØduction du
« poŁte des ØlØgances ». Il aurait pu lui-mŒme Œtre
poŁte. Il Øtait sensible et anesthØsiØ à la fois.
IladhØraitparfaitementaumodŁleculturelamØri-
cain,dontilapprØciaitlacapacitØillimitØeàproduire
de nouvelles satisfactions. La cybernØtique s offrait
à sa ma trise, il s y adonnait corps et âme.
Il Øtait vif, intelligent, douØ d une grande acuitØ
perceptive des Œtres et des choses, spirituel, cultivØ.
Il entrait en contact facilement par les mots et les
gestes. Il savait promettre et alimenter l espØrance,
sembler toujours sur le point de l honorer. In fine,
sondØsirdØcideraitou nonde s yconformer,en ap-
prØcierait l utilitØ ; l autre en arriverait mŒme à se
sentir confus d avoir troublØ une si singuliŁre et es-
thØtique fa on d Œtre au monde.
4. CybernØtiqueL’immensitØ de l ocØan leur fit
adopter, pour leur correspondance, le mode cyber-
nØtique. Probablement celui-ci contribua-t-il à en
orienter la destinØe virtuelle, sujette à tous les Øga-
rements Ørotico-littØraires. L Øchange qui s installa
immØdiatement semblait Øcarter toute altØritØ dans
une jouissance fusionnelle qui masquait leur diffØ-
rencedelangueetderapport aumondeetauxŒtres.
9

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