Une passion africaine (Harlequin Jade)

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Une passion africaine, Elizabeth Lane

Afrique, 1899

En cette fin de dix-neuvième siècle, peu de femmes osent s'aventurer en Afrique. Pourtant, Meg Owen, une jeune Ecossaise, n'hésite pas à partir avec Jenny, sa fillette de cinq ans. Une épuisante croisière à bord d'un bateau à vapeur les conduit à Suez, leur faisant ensuite traverser la mer Rouge, puis longer la corne de l'Afrique jusqu'à Mombasa, où s'achève leur périple. Mais, pour Meg, le plus difficile commence. Elle va maintenant devoir retrouver Cameron Mac Kenna, le père de Jenny, l'homme qu'elle a épousé cinq ans plus tôt et qui l'a quittée sitôt après leurs noces... Le temps est venu de mettre un terme à ce mariage absurde. Pour refaire sa vie et offrir un avenir à Jenny, elle a besoin de recouvrer sa liberté, une liberté que Cameron est le seul à pouvoir lui rendre en lui accordant le divorce. La détermination de Meg à obtenir son indépendance est sans faille... à ceci près qu'elle appréhende leurs retrouvailles. Car comment réagira-t-elle en revoyant celui qui, l'année de ses dix-sept ans, lors d'une inoubliable nuit sur une plage déserte, a fait d'elle une femme ?

Publié le : dimanche 1 juin 2008
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280290029
Nombre de pages : 400
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Prologue

Darlmoor, Ecosse
17 octobre 1894

Le moineau s’était introduit dans l’église par une fenêtre ouverte. Affolé, il voletait en tout sens au-dessus des bancs vides, ignoré des rares personnes qui assistaient d’un air morose à la cérémonie.

Cameron MacKenna observait du coin de l’œil les tentatives désespérées de l’oiseau pour recouvrer sa liberté. Pauvre petite créature prise au piège… Comme il la comprenait ! Il ressentait la même détresse que ce moineau, et il était aussi impuissant.

Le kilt d’apparat en laine de son beau-père, sorti en toute hâte de l’armoire une heure à peine avant la cérémonie, lui grattait les jambes et empestait la naphtaline. Cameron, en cet instant, se sentait aussi grotesque que ces singes qui tournent la manivelle des orgues de Barbarie dans les rues. Les coutures de sa veste étaient tendues à craquer sur ses épaules carrées, sa chemise de lin était jaunie par le temps, et l’escarcelle en peau suspendue à sa ceinture semblait avoir été grignotée par une armée de rats.

Mais cela faisait plus de soixante ans que les hommes du clan MacKenna portaient ce costume pour se marier, et le jeune homme n’avait eu d’autre choix que de se soumettre. Sa mère elle-même n’avait rien voulu entendre. Il ne devait pas oublier que c’était là un honneur qu’on lui faisait, puisqu’il n’était un MacKenna que de nom…

Au côté de Cameron se tenait sa jeune promise, frêle silhouette silencieuse et accablée de chagrin. Son voile de dentelle ne laissait paraître que le bout de son nez. Pauvre Meg… Quelle tragédie pour elle !

Elle n’avait que dix-sept ans. C’était lui, Cameron, de six ans son aîné, qui aurait dû se montrer plus avisé. Leur rencontre avait été le fruit d’un pur hasard, d’un innocent défi qui s’était terminé en une explosion de passion dont ils n’avaient mesuré les conséquences que trop tard.

Aujourd’hui, aussi incroyable que cela puisse paraître, Mary Margaret Owen, l’enfant unique et gâtée du juge Owen, portait en elle l’enfant de Cameron.

Le moineau, épuisé, venait de se poser sur un chevron. Cameron lui lança un dernier regard compatissant tandis que le pasteur — un vieux croulant, à l’image de cette maudite ville — s’éclaircissait la voix pour entamer le cérémonial.

— Chers paroissiens, nous sommes aujourd’hui réunis en présence de Dieu et de ces témoins…

Au diable, ces témoins ! Cameron sentait leurs regards chargés de haine et de mépris lui transpercer le dos. Et parmi eux, le plus virulent de tous était le si respectable juge Owen, qui l’aurait volontiers envoyé à la potence, s’il l’avait pu, pour avoir ruiné la réputation de sa précieuse fille.

— Vous donnerez un nom à l’enfant de ma fille, MacKenna, et c’est tout ! avait déclaré le vieux juge d’une voix sinistre. Le mariage célébré, je vous somme de disparaître. Meg peut rester sous mon toit et élever l’enfant sans vous. Je ne veux plus vous voir traîner dans cette ville et rendre ma fille encore plus malheureuse par votre conduite de débauche !

Jock MacKenna, le beau-père de Cameron, ne s’était guère montré plus tendre.

— J’ai tenté de faire de toi un homme respectable, un honnête fermier comme mes propres fils, lui avait-il dit. Mais cela n’a servi à rien. En tout cas, c’est la dernière fois que tu déshonores ainsi le nom des MacKenna, Cameron ! Tu me demandes depuis longtemps de te laisser partir pour l’Afrique travailler sur ce stupide chemin de fer. Eh bien, voici de quoi prendre le prochain bateau. Epouse cette fille, que le juge Owen me laisse tranquille, et file ! Va en Afrique ! Va au diable ! En ce qui me concerne, tu peux même y rester jusqu’à la fin de ta vie !

La voix monotone du vieux pasteur bourdonnait comme une mouche dans la minuscule église. Il égrenait les paroles rituelles de la cérémonie, y mêlant quelques commentaires de son cru sur l’amour et la piété.

Derrière Cameron, qui dansait d’un pied sur l’autre, le cou irrité par le col rugueux de sa chemise, se tenaient ses trois demi-frères, trois lourdauds pour qui ne comptaient que la terre et les moutons qui y paissaient. Cameron savait qu’il ne leur manquerait pas. Ils ne l’avaient jamais compris ; ils n’avaient jamais compris sa soif de savoir ce qui se trouvait entre les pages d’un livre, ou au-delà de la plus lointaine colline. Cameron était encore un bébé lorsque sa mère avait épousé Jock, mais les fils de ce dernier ne l’avaient jamais accepté comme un frère. Et ils ne l’accepteraient jamais.

Seule sa mère l’avait vraiment aimé. Même quand, accablé par son isolement, il s’était mis à traîner dans les rues, à se battre et à boire en mauvaise compagnie, elle avait essayé de le comprendre. Il l’entendait qui pleurait, dans son dos, cachant son joli visage dans un mouchoir de dentelle. Elle était la seule personne qui lui manquerait.

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