Une plume pour des vies

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« À ces lettres voyageuses qui s’envolent vers tant de cœurs à apaiser. Ces histoires anonymes qui cherchent à se dire pour que se libèrent ces peurs de la différence comme de l’indifférence.
Pour que ne s’étouffent jamais dans le déni, ces vies écorchées comme ces liens qui font aimer la vie plus fort »  
Une plume pour des vies est un recueil de récits de vies qui se livrent à travers des missives aux protagonistes aussi divers que singuliers.
Empli de ce que le silence soustrait au monde, par pudeur, par honte, ou de guerre las, il tend à explorer les sentiments humains au cours d’événements particuliers et à des stades de vie bien différents.
Ce recueil est un partage, une invitation à l’éveil des consciences et à la tolérance.
Publié le : mardi 27 septembre 2016
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EAN13 : 9791026207009
Nombre de pages : non-communiqué
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Cécile Legentilhomme

Une plume pour des vies

 


 

© Cécile Legentilhomme, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0700-9

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Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

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A Lynda,

 

De l’amour à l’amour

 

J’écris sur tellement de choses, trouvant les mots et les tournures avec plus ou moins d’aisance. Et aujourd’hui, je suis surprise de me découvrir une difficulté notoire à user de ma prose, à cette heure, pourtant, où j’ai envie de vous témoigner mon amour. Mes chers parents. Les mots me viennent, bruts et sans attaches. Ils déboulent sous mes doigts sans ordre de priorité, parce que tout est priorité autant qu’évidence quand il s’agit d’affection à vous témoigner. Mais de ne pas trouver les liaisons, est-ce à dire que cela se passe de mots ? Que nos enlacements autant que nos silences parlent pour toute une biographie ? Je crois en saisir la sincérité pure, défaite de tout esthétisme. Un amour qui s’exprime dépourvu de forme. Cela suffirait-il alors que je vous lance un « je vous aime », voyageur autonome lancé vers vos cœurs ouverts, qu’importe l’endroit où vous vous trouvez sur cette planète, qu’importe la distance géographique qui nous sépare ? Mais même si je peine à trouver dans le verbe la plus belle des attentions à votre égard, à ce temps où les années me poussent là où auparavant c’est moi qui les poussais, je veux être le témoin de ce tout que vous êtes, vous qui avez toujours été présents pour m’insuffler l’élan.

Pourtant, il y a quelques années encore, j’étais de ces adolescentes que le monde observe l’air interrogateur, parfois inquiet, parfois enthousiaste. J’étais de ces jeunes qui se cherchent et qui tentent maladroitement de se créer un univers singulier dans lequel il leur serait possible de se sentir bien. J’étais, comme tant d’autres, persuadée d’être incomprise. À la vérité, à considérer les eaux troubles que j’ai pu traverser à l’aveugle, sûrement l’étais-je un peu. Autour de moi, gravitait ce monde adulte auquel vous, mes parents tant aimés, apparteniez. Un monde bien souvent intrusif pour des jeunes qui ne demandent qu’à s’approprier leur part d’intimité. Il y avait ceux qui me croyaient classiquement en crise, que dis-je, qui me savaient en crise, et ne portaient à cet égard qu’un œil plus distant que si j’avais été atteinte d’une maladie qui n’aurait nulle connivence avec ma prétendue volonté. Il y avait ceux d’une génération plus lointaine, ces petits vieux soucieux de m’incomber, à moi et mes semblables, toutes les fautes d’une société qui se délite dans son ensemble, et ce, sans même prendre soin de reconnaître leur part de responsabilité dans la déchéance de notre monde, selon leur propre mot. Ils étaient plus prompts à se morfondre, considérant que l’avenir ne promettait pas d’être beau à la lumière de la jeunesse actuelle, qu’à infuser des paroles d’espoir et de confiance – une attitude qui à mon goût aurait été plus constructive. Il paraît que c’est le déroulement normal des choses, que d’une génération à l’autre il en va de même. Le cycle de la vie avec la même rengaine qui se répète.

En réalité, quels que furent vos statuts d’adultes, vous gambergiez tous à savoir quelle attitude adopter face à l’adolescente que j’étais. Parfois vous étiez quelque peu indifférents à mon égard, et j’y trouvais mon compte, et d’autres fois, vous tentiez maladroitement de me cueillir dans mes absences et de saisir le pourquoi du comment de mes silences. Parfois, je n’étais à vos yeux qu’une jeune fille timide, réservée et discrète qu’il convenait de laisser en paix, d’autres j’étais celle sur le fil du rasoir dont il fallait à tout prix s’occuper pour qu’elle ne sombre pas et entache par la même occasion votre image d’adultes responsables. Je vous savais surpris à constater qu’à certaines heures je me laissais aller à une légèreté de vivre déconcertante, et qu’à d’autres je me refermais comme une huître dans un silence épais qui laissait paraître un mal-être que tout un chacun est à même de vivre au cours de sa vie. J’étais un sens et un contresens, parfaite représentation du paradoxe. Insaisissable jeunesse aux battements de cœur rapides, puis subitement dangereusement ralentis. Mais voilà, je ne tenais pas à vous livrer ce qui en moi se déchaînait et s’exécutait à même la vie en bien des maladresses. Je ne tenais pas à vous expliquer ce que moi-même je peinais à déchiffrer. J’avais simplement envie du haut de mes quinze ans et avec une insolence certaine, de vous mettre face à votre terrible impuissance, et d’en retirer la satisfaction d’une liberté palpable. Il paraît que c’est aussi le jeu de l’adolescence, de fonctionner à l’inverse du tout-venant adulte. J’avais quinze ans, et comme beaucoup, je ne savais pas qui j’étais et ce que je voulais devenir. Mes seuls repères étant vos interdits, je m’essayais alors à les transgresser, sans grand risque faut-il bien l’avouer, pour percevoir une part de mon identité qui ne serait pas une excroissance de vos seules invectives. Et souvent, à défaut d’avoir ce courage constant d’aller dans une direction opposée à celle que vous me soumettiez, je m’appliquais à tout vous refuser, à m’immobiliser là où vous souhaitiez me voir active et performante. Cela ne me menait, à première vue, nulle part, mais c’était la seule attitude que je me savais maîtriser avec application. Je reconnais aujourd’hui que, trop souvent percluse de doutes, je vous mettais au défi de supporter cette violence sourde qui m’animait mais que je refoulais à la force de mes renoncements. Un jour je vous aimais, l’autre je vous détestais. Un jour je voulais m’enfuir avec ce désir fou d’autonomie, l’autre je voulais savourer ce cocon qui m’assurait une sécurité que je n’aurais pas eue à l’extérieur. Je testais vos limites, parce que c’est ainsi que vont les choses, et que c’est aussi le meilleur moyen que j’avais trouvé pour me savoir entourée malgré les coups durs de la vie. Une sécurité qui me donnait la sournoise permission de toujours pousser le bouchon un peu plus loin, voyez-vous.

Nous ne nous sommes pas toujours saisis, nous fustigeant de bien des torts et de bien des manquements, que pourtant, il me fallait pour ma part expérimenter pour comprendre et grandir. Il y avait entre nous ce classique écart incompressible de générations qui nourrissait parfois à l’excès notre incompréhension mutuelle. Toujours devions-nous composer avec nos référentiels respectifs, issus de ces univers radicalement différents dans lesquels nous avons chacun grandi. Vos contraintes d’hier vous avaient forgé un caractère et délivré une vision du monde qui venait comme sonner faux dans ma présente réalité adolescente. Oh, bien entendu que tout n’était pas à jeter, que vous portiez des valeurs dignes d’être intériorisées et conservées, mais bien souvent, à vos « c’est comme ça », « on ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie », répondait, et répond encore quelques fois aujourd’hui, ma mine boudeuse d’enfant rêveuse. Je luttais pour que votre pessimisme acquis, et compréhensible au regard des exigences de votre époque, n’entame pas ma naïveté et ma fibre artistique. Mais je prenais doucement conscience des enjeux du monde adulte auxquels vous vouliez me préparer avec plein de bienveillance. Alors, qu’importent les prises de becs et les incompréhensions, c’est bien avec cette chance que d’autres n’ont pas que j’ai grandi : celle d’avoir la certitude que votre amour demeurerait éternel et inconditionnel. C’était la plus belle assurance que vous pouviez m’offrir en ces temps troubles où à défaut de faire l’effort de s’accrocher, tant de fois l’on s’arrache pour passer à autre chose dès que les événements ne prennent pas la tournure souhaitée au départ. Parfois, il faut simplement lutter et surmonter autant que possible.

Alors oui, oui je vous ai repoussés, mais je vous ai aussi aimés. Démesurément. Oui j’ai traversé les âges non sans problème, de ceux qui affectent plus d’un adolescent, et qui, somme toute, font un peu partie du jeu même si parfois ils sont dangereux. Je me suis refermée plus que je ne me suis ouverte, mais vous savez, j’étais à peu près persuadée de n’avoir rien à vous apprendre. En réalité, j’avais simplement, je crois, à progresser intimement et à mûrir mes pensées au fil d’une maturité que j’acquérais non sans douleur, comme tout un chacun à différentes échelles. Mais bien qu’excessivement silencieuse, comme en parfaite opposition à la petite fille bavarde que j’étais au temps de l’enfance, je n’étais pas de nature à subir la course des aiguilles du temps qui passe. J’étais animée de trop de comment, de pourquoi, de quand et ne pouvais me contenter de l’attente passive d’une réponse que l’expérience aurait apportée. Une réponse, qui plus est, qui n’aurait pas la qualité satisfaisante d’être universelle. Alors j’ai trouvé de quoi éveiller ma réflexion, m’ouvrir à l’art et laisser parler mon imagination à travers une passion, parmi tant d’autres, que je pointe aujourd’hui comme directement héritée de ce voyage en adolescence. J’ai ainsi noirci frénétiquement des milliers de pages pour compenser mes silences et tenter de m’apporter des réponses toutes plus originales les unes que les autres, ou à défaut, d’embellir ce qui est bien trop laid à la lumière du jour. J’y trouvais de quoi justifier mes absences et pardonner mes semblants d’indifférences quotidiennes, de quoi soigner mes blessures ouvertes et fertiliser mes joies. J’avais trouvé le moyen d’y cultiver mon introspection dont je gardais jalousement le fruit scellé à même des phrases interdites, de celles dont nul ne pouvait avoir accès. Comprenez que j’étais certaine du danger que cela représenterait d’ainsi se dévoiler au monde. Je ne savais pas encore qui je voulais être en société, alors, en contrepoint d’un courant social qui me dépassait, patiemment posée à l’ouvrage, j’ai tenté d’en découdre avec ce tout immense qui me traversait, ces pensées, ces sentiments et émotions, toutes ces réflexions sulfureuses qui portent à l’ivresse à les côtoyer de trop près. J’étais certes engoncée dans mes usures d’adolescente, mais je savais que de m’y confronter jeune, aiderait à mon épanouissement futur, que si je voulais me sentir libre, je devais franchir cette étape. Certains ont la force de la parole, moi j’avais trouvé la force de l’écriture. Si je parle de l’écriture, c’est parce que c’est bien le plus beau cadeau que m’aura laissé l’adolescence, et que, d’une certaine manière, vous, mes chers parents, y avez contribué, que cela se soit fait consciemment ou non.

Depuis j’ai grandi, me confrontant au monde, à ses antinomies et à ses abductions. J’ai composé avec ma propre expérience, aussi menue soit-elle, pour pouvoir me glisser dans la vie des autres et tenter de comprendre chacune d’entre elle, d’y saisir des échos qui puissent parler au plus petit nombre si ce n’est au plus grand. Espérer trouver de quoi émouvoir et augmenter le seuil de tolérance de tout un chacun, pour peut-être, éloigner toujours un peu plus la violence surgie de l’incompréhension. J’aime désormais explorer la vie d’autrui dans toutes ses aspérités, tenter de trouver les bonnes intonations, la bonne ponctuation pour rythmer ma prose des pulsations de la vie des autres. Me voilà donc aujourd’hui à suspendre dans les mots, des morceaux d’histoires qui peinent à se dire, comme si la parole menaçait l’être d’un surcroît d’émotion, où à l’inverse, comme si elle pouvait assécher l’histoire de toutes ses vibrations. L’écriture est un baume, une lumière qui suscite l’attention et incite à la compréhension. Mes mots s’intéressent alors à appeler au souvenir, autant qu’à éveiller les consciences de ce qui se joue en chaque être. Je les veux être les échos de ces valeurs que vous m’avez transmises, car j’aime aussi me dire que dans cette sensibilité que je m’applique à nourrir au quotidien, il y a un peu de vous, un peu de nous. Loin de figurer la bonne réflexion, le bon positionnement face aux événements, si tant est qu’il y en ait, loin d’imposer une ligne de conduite idéale, je les veux aussi et surtout révélateurs du pluriel de la vie, de l’étendue des destins. Je les souhaite avec autant de justesse possible qu’il existe de destins, et les espère complices pour susciter l’empathie, la tolérance et l’ouverture des cœurs ; que leur portée s’illustre dans la reconnaissance ; que ceux qui les parcourent et s’y retrouvent, se sentent moins seuls ; que ces mots partagés ici, soient en réalité des pluies de notes, tantôt dissonantes, tantôt harmonieuses, qui composent cette grande partition de la vie, avec pour rime universelle, l’Amour.

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