Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Lire un extrait Achetez pour : 7,90 €

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

2 Titre
Une reine malgré elle

3

Titre
Naïmatou Adamou
Une reine malgré elle

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-8536-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748185362 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-8537-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748185379 (livre numérique)
6 Une reine malgré elle
.






Je dédie ce roman à
Mes parents
Ma meilleure amie Joana Elias qui fut ma première
lectrice et m’a encouragée à écrire.
Mes frères Faysale, Salaha Dine et Nasrine pour
leur soutien et leur vif intérêt.
Ma très chère cousine Silifa Gounnou N’gobi.
7 1.

1.
– Viens… viens… n’aie crainte, je ne te ferai
aucun mal.
La voix provenait d’une petite case sordide
en pleine savane. Il faisait très noire cette nuit-
là. Imane frissonna. Elle était incapable de
bouger. Des mains se tendirent alors vers elle et
l’attirèrent comme un aimant. Tel un zombi,
Elle se laissa entraîner lentement dans cette
obscurité sans savoir où elle allait. Soudain, une
voix masculine lui cria de ne pas y aller parce
qu’elle était en danger. Imane n’était plus
maîtresse de ses actes. Elle marchait malgré elle.
Lorsqu’elle fut à quelques mètres de la case, un
énorme serpent sortit sa tête. Effrayée, Elle
poussa un cri perçant qui déchira le silence. Un
ricanement tonitruant émanant de cette case se
fit entendre. Le serpent se mit à ramper vers
Imane. Prise de panique, elle s’en fut à toute
vitesse. Le sol se déroba brusquement sous ses
pieds. Elle tenta d’y échapper mais elle
s’enfonça parce qu’il s’était transformé en sable
mouvant.
9 Une reine malgré elle
– Au secours, hurla-t-elle de toutes ses forces
en s’agitant dans la boue.
Personne ne pouvait l’entendre car le
ricanement couvrait ses cris. Le serpent, arrivé
au niveau d’Imane, ouvrit sa grande gueule au-
dessus de sa tête qui n’était plus que la seule
partie visible de son corps. Elle ferma les yeux
et hurla un « non » de toutes ses forces, en
pleurant.

Imane se réveilla brusquement, toute
dégoulinante de sueur. Elle s’aperçut qu’elle
était dans son lit et poussa un soupir de
soulagement. Ce n’était qu’un cauchemar : le
même qui la hantait depuis quelques semaines
déjà.
Elle porta son regard sur le réveil. Il était sept
heures.
– Ciel ! s’exclama-t-elle en sautant de son lit,
je vais rater le bus.
Elle se précipita dans la salle de bains pour
vite se préparer mais se retrouva nez à nez avec
sa petite sœur. Elle venait aussi d’entrer. Cette
dernière qui était dure d’oreille ne lui céda pas la
place. Imane perdit une bonne dizaine de
minutes à tenter de convaincre Leila afin qu’elle
la laissât passer en premier. Leila sortit
finalement en la traitant de tous les noms puis
claqua violemment la porte.
10 Une reine malgré elle

Lorsque Imane fut prête pour partir, elle ne
prit pas son petit déjeuner et quitta la maison en
toute hâte. Avec un peu de chance, son arrivée
coïnciderait avec celle du bus.
Malheureusement, lorsqu’elle arriva à la
station toute essoufflée, le bus était déjà parti. Si
Imane n’avait pas veillé la nuit dernière pour
regarder X-files, sa série préférée à la télé, elle se
serait levée tôt et n’aurait pas manqué le bus de
sept heures et demie. Poussant un juron, elle
resta debout sur le trottoir, regardant les
voitures défiler devant elle.
Elle avait à présent deux alternatives : soit
elle prenait un taxi pour se rendre au campus
avec une bonne heure de retard, soit elle
rebroussait chemin pour rentrer à la maison.
A la maison ! Elle secoua la tête. Il n’y avait
personne. Elle s’ennuierait à mourir. Levant les
yeux au ciel, elle poussa un soupir
d’exaspération car elle gaspillerait de l’argent en
prenant un taxi.
– Tant pis Imane, se dit-elle. Ça t’apprendra
à ne pas te réveiller tôt.
Indécise, elle resta plantée sur le trottoir en
comptant les minutes qu’elle était entrain de
perdre, quand une voix s’adressa à elle.
– Hé, Miss… Tu as un problème ?
Imane qui reconnut la voix, se retourna et
son visage s’éclaira d’un large sourire. C’était
Max, l’un de ses potes qui était sur sa moto.
11 Une reine malgré elle
Elle s’empressa de le rejoindre en sautant de
joie.
– Oh Max, c’est le ciel qui t’envoie. J’ai de la
veine, roucoula-t-elle en se saisissant de son
casque avant de monter derrière lui. Je suis
prête, tu peux rouler.
– Tu pourrais au moins me dire « Salut !
Max », ça m’aurait fait plaisir.
– Salut ! Max… je suis pressée Max… j’ai
cours à huit et demie Max … Peux-tu démarrer
maintenant, Max ?… Merci Max.
Le pauvre, ahuri, ne trouva rien à dire. Imane
adorait le taquiner. Grâce à lui, elle ne
manquerait pas son cours. Son plus grand
défaut était de ne rien prendre au sérieux. Elle
aimait beaucoup rire et faisait rire tout le
monde, n’importe où et n’importe quand,
surtout lorsqu’il s’agissait de se moquer de
quelqu’un. Sa mère lui avait toujours reproché
de se montrer désinvolte, mais Imane n’en
faisait qu’à sa tête. Elle trouvait que c’était le
moyen approprié pour être toujours de bonne
humeur. Il lui arrivait d’exagérer parfois, mais
elle n’y pouvait rien puisqu’elle se sentait bien
ainsi.
Max roula lentement puis peu à peu, il
accéléra au point où Imane tressaillit. Elle noua
les bras autour de sa taille pour ne pas perdre
l’équilibre.
12 Une reine malgré elle

– Max, bredouilla-t-elle, je trouve que tu
roules un peu trop vite. Je ne suis pas pressée
pour autant.
Aucune réponse. Apparemment, il ne l’avait
pas entendue. Elle haussa les épaules en priant
pour qu’elle soit entière à leur arrivée à
l’université.
– Nous voici au terminus, miss.
Imane descendit, retira sans peine son casque
puis regarda autour d’elle. Le campus était
désert. Elle consulta sa montre et nota qu’ils
avaient fait environ un quart d’heure de
parcours.
– Eh bien… Tu en fais une tête, lui dit Max.
– Je t’avais dit huit et demi, mon vieux.
Regarde ta montre, il n’est pas encore huit
heures. Il n’y a presque personne. Nous
sommes même arrivés avant le bus. Alors, que
suis-je censée faire à présent ?
Max esquissa un sourire. Il prit son bras pour
l’entraîner avec lui.
– Tu pourrais profiter de ce temps pour
passer en revue les cours que tu as séchés et
préparer celui de ce matin, dit-il d’un ton
amusé.
– Vas-y, moque-toi bien de moi, bougonna-t-
elle.
– Si tu veux, tu peux me tenir compagnie au
département de sociologie, nous n’avons pas
beaucoup de jolies filles là-bas.
13 Une reine malgré elle
Imane lui fit la grimace et pivota sur ses
talons pour se rendre au département de
sciences juridiques où elle était étudiante en
quatrième année. Il faisait un peu frais ce matin-
là, et il y avait un léger brouillard. Elle ne
pouvait donc errer dehors. Lorsqu’elle eut
atteint l’amphithéâtre, elle jeta un bref coup
d’œil à l’intérieur. Elle aperçut alors sa meilleure
amie, scotchée à son téléphone mobile.
– Hum… Naomi est venue au cours avant
l’heure. Ce n’est pourtant pas dans ses
habitudes.
Elle s’empressa de la rejoindre et s’assit à
côté d’elle. Naomi lui adressa un sourire tout en
répondant au téléphone. Imane l’interrogea du
regard. Son amie répondit alors par des gestes.
Elle fit la grimace en arrondissant d’abord les
yeux puis passa son doigt au-dessus de ses
lèvres pour simuler une moustache. Ensuite,
elle traça un cercle autour de son œil pour
indiquer des lunettes puis prit un air désolé.
Imane qui comprit l’allusion hocha la tête en
pouffant de rire.
– Ah non, c’est hors de question… Si tu
insistes, tu ne me verras ni ce soir, ni un autre
jour… Je ne suis pas une baby-sitter et il n’a
jamais été question de mariage entre nous… Ce
n’est pas moi qui t’ai dit d’abandonner ta
femme.
14 Une reine malgré elle

Naomi coupa la communication et déposa
son portable sur la table.
– Tu y vas un peu fort, observa Imane.
– Il commence par me gonfler, marmonna
Naomi. Ne t’inquiètes pas pour lui, il n’en
mourra pas. Il va s’en remettre. Dès demain, tu
le verras accourir pour me couvrir de cadeaux
hors de prix. Arnaud est le plus idiot des
imbéciles.
– Pourquoi lui donnes-tu de faux espoirs ?
– Pour prendre plus de plaisir à le voir se
démener pour moi. Tu as toujours été fleur
bleue, ma petite Imane. Tu crois en l’amour et
au prince charmant… Une éternelle
romantique ! Mais tu ne le vis pas avec le pantin
qui te sert de petit ami. Je suis persuadée que tu
ne l’aimes pas comme tu le penses.
– Tu te trompes, se défendit Imane. J’aime
René de tout mon cœur.
Naomi avait toujours été directe. Elle clamait
haut et fort tout ce qu’elle pensait, tant pis si
cela blessait certaines personnes. Contrairement
à Imane, elle avait une ambition démesurée
avec son goût particulier pour le luxe. Avec son
teint couleur miel uniforme et éclatant, et sa
silhouette de guêpe, elle attirait beaucoup
d’hommes dans ses filets. Collectionnant des
aventures avec des types riches comme Crésus,
elle pouvait s’offrir tout ce qu’elle voulait.
Naomi, pour de l’argent, était capable de vendre
15 Une reine malgré elle
sa propre mère. Imane lui avait toujours dit
qu’elle aurait dû faire ses études en économie
plutôt qu’en droit, ce serait plus logique. Elle se
demandait parfois comment elles avaient pu
rester amies si longtemps malgré leurs
différences. Elles n’avaient presque rien en
commun et pourtant, elles s’entendaient très bien.
– Ok, je n’ai rien dit, répondit Naomi. A-t-il
finalement obtenu le poste de comptable qu’il
convoitait tant ?
Imane remua tristement la tête.
– Pauvre chou ! se moqua Naomi. Il n’a
vraiment pas de chances.
Imane eut soudain une idée.
– Etant donné que tu as beaucoup d’amis, tu
pourrais l’aider à avoir un boulot. Je sais que tu
ne le portes pas dans ton cœur, mais fais le pour
moi s’il te plaît.
– Ce n’est pas parce que je t’ai obtenu une
place dans le cabinet d’un ami, que tu dois
penser que c’est aussi facile.
– Tu pourrais quand même essayer.
Naomi fit mine de réfléchir.
– Ton cher et tendre est fier et orgueilleux. Il
n’acceptera jamais que nous lui trouvions un
travail.
– Il changera d’avis puisqu’il en a vraiment
besoin, répliqua Imane.
– En es-tu sûre ? Je te rappelle que nous
parlons de ton petit ami René, le macho.
16 Une reine malgré elle

Imane savait que c’était perdu d’avance mais
elle essayerait quand même de le convaincre.
– Je préfère que tu lui en parles d’abord,
décréta Naomi qui avait secoué la tête. Je ne
veux pas faire de démarches inutiles.
– Il n’en est pas question !
Imane fronça les sourcils en fixant René, les
bras croisés. Elle avait espéré qu’il réfléchirait
avant de donner sa réponse. Mais non, sans lui
laisser le temps de terminer sa phrase, il l’avait
coupé en refusant catégoriquement sa
proposition. René préférait crever plutôt que
d’accepter l’aide de quelqu’un d’autre.
Assise sur une chaise, Imane laissa promener
son regard sur la pièce que René avait aménagé
en un petit salon. Elle était peu décorée, ne
comportant aux murs qu’un tableau sans valeur,
et un calendrier. René venait d’emménager dans
ce studio. L’ancien qu’il occupait était trop petit
et lugubre. Celui-ci par contre, était un peu
coquet. Le salon qui n’était pas meublé ne
comportait qu’une table et six chaises, une
télévision posée sur un tabouret et un
ventilateur dans un angle de la pièce. Le sol était
carrelé et René disposait d’un téléphone.
– C’est la ligne du propriétaire, avait-il
expliqué. Il l’a mise à ma disposition parce qu’il
voyage régulièrement. J’en fais donc usage.
La table était recouverte d’une nappe ayant
des motifs fleuris, et un pot de fleurs était posé
17 Une reine malgré elle
au milieu. Imane savait que si René ne vivait pas
cette fois-ci avec sa jeune sœur, le studio serait
aussi lugubre que l’ancien. Sa location lui
reviendrait plus cher que l’ancien. N’ayant pas
de travail, il aurait beaucoup plus de difficultés à
payer le loyer.
– Si tu n’étais pas aussi fier et orgueilleux, tu
pourrais accepter notre offre en attendant de
trouver le travail qui te convienne le mieux. Tu
as des difficultés à payer ton loyer et tes
factures, ce poste pourrait au moins te
dépanner.
René s’enflamma cette fois-ci. Imane se
mordit les lèvres. Ils allaient se disputer de
nouveau sur un sujet sensible que René
aborderait et qui n’avait rien à avoir avec leur
discussion.
– Je ne suis pas comme toi, dit-il d’un ton sec.
Je n’ai rien à faire des propositions de travail des
amants de Naomi. Je ne veux l’aide de personne,
surtout pas d’une femme comme elle.
– Je suppose qu’en ayant accepté le poste
qu’elle a pu me trouver, je suis comme elle.
– Je n’ai rien dit de tel.
– C’est ce que tu insinues.
– Pourquoi compliques-tu toujours les
choses ? s’écria René en se redressant. J’ai dit
non, c’est non. Quel rapport avec mon loyer et
mes factures ? Si je ne paie pas le loyer, ce n’est
pas toi qui seras mise à la porte. Je ne me suis
18 Une reine malgré elle

jamais plains de ma situation et je ne t’ai pas
demandée de m’aider à trouver un travail.
– C’est bon, dit Imane en se levant, je ne vois
pas pourquoi je suis venue perdre mon temps.
Tu as raison, j’ai mieux à faire que de
m’inquiéter pour toi.
Elle se saisit de son sac, blessée, et voulut
prendre la direction de la porte mais René lui
retint le bras.
– Je suis désolé, je ne voulais pas te vexer. Je
suis un peu sur les nerfs. Excuse-moi, je me suis
défoulé sur toi.
Imane ne sourcilla pas. Car même s’il n’était
pas sur les nerfs comme il l’affirmait, ils en
seraient arrivés là. Ce n’était pas la première fois
qu’ils menaient une telle discussion qui se
dégénérait parfois en une terrible dispute à
cause de la fierté mal placée de René.
– Ne me regarde pas comme ça, continua-t-il
de sa voix douce en l’enlaçant. Pour me faire
pardonner, je t’emmène dîner au restaurant ce
soir.
– Au restaurant ?
René la repoussa brusquement.
– J’ai bien dit au restaurant. Pourquoi es-tu
étonnée ?… Non, laisse moi deviner, un pauvre
type comme moi ne peux pas t’inviter dans un
restaurant.
– Mais où vas-tu chercher ça ? s’écria Imane,
offusquée. Je pensais avoir mal entendu car
19 Une reine malgré elle
d’habitude, tu m’emmènes dans des maquis et
quelques fois dans des fast-foods. Et quand je
te proposais d’aller au restau, tu refusais jugeant
que tu ne voulais pas que je paie l’addition ou
que nous la partagions.
– Je sais que tu as l’habitude des restaurants,
puisque tu y vas plusieurs fois par semaine.
Moi, je ne peux pas m’offrir un tel luxe. Je
voulais t’y emmener cette fois pour te faire
plaisir, car je sais que les femmes adorent les
dîners aux chandelles mais apparemment, cela
ne te fait aucun effet. Tu en as tellement eu que
tu dois sûrement t’en lasser.
– Dis-moi alors, monsieur je-sais-tout, avec
qui je dîne aux chandelles au point de m’en
lasser, persifla-t-elle. Tu continues d’insinuer
que je suis comme Naomi juste pour me
blesser. Non seulement, tu es un égoïste et un
orgueilleux mais tu es aussi un imbécile. Je ne
peux faire aucune remarque sans que tu ne la
tournes de travers. J’en ai assez entendu et je
commence par en avoir marre de toi car tu
prends plaisir à me faire souffrir en chantant tes
principes. Je t’aime mais il y a des limites à tout.
Tu veux que je te dise, tes complexes sont
complètement ridicules.
– Chérie, c’est toi qui ne veux pas me
comprendre…
– J’en ai assez, je m’en vais.
20 2.

2.
Elle sortit, furieuse et heurta au passage la
sœur de René qui avait ouvert la porte pour
entrer. René se sentait inférieur à Imane parce
qu’elle avait les moyens de s’offrir tout ce
qu’elle voulait. Ainsi, à chaque fois qu’ils
abordaient un sujet se rapportant à l’argent, Il
s’érigeait en victime et se saisissait du moindre
prétexte pour créer une dispute. René était issu
d’une famille très pauvre. Son père, un fermier,
avait plusieurs femmes et une quinzaine
d’enfants à charge. René avait quitté les siens
dès qu’il eut le baccalauréat et, grâce à sa
bourse, poursuivit ses études à l’université. Mais
depuis six ans, qu’il avait obtenu son diplôme, il
n’avait pas trouvé d’emploi. Pour s’en sortir, il
faisait de petits boulots. A ses débuts, il avait
été engagé comme répétiteur par un ingénieur
pour son fils.
Cet ingénieur était l’oncle d’Imane. Etant
donné qu’elle était régulière chez lui, elle fit la
connaissance de René et ils tombèrent
amoureux l’un de l’autre avec le temps. Imane
21 Une reine malgré elle
avait eu une enfance choyée. Issue d’une famille
aisée, son père était un gynécologue obstétricien
et sa mère, une architecte. Elle n’avait connu
aucune difficulté dans son enfance parce qu’elle
n’avait manqué de rien pour son éducation.
Lorsqu’elle décrocha son baccalauréat, ses
parents avaient voulu l’envoyer aux Etats-Unis
parce qu’elle voulait étudier le cinéma. Mais elle
y renonça, préférant rester dans son pays pour
poursuivre ses études. Naomi lui avait toujours
reproché d’avoir refusé de partir. Quand elle fit
la connaissance de René, elle essaya tant bien
que mal de faire comprendre à Imane que leur
idylle n’aboutira nulle part.
– Vous venez de deux milieux totalement
différents, avait-elle avancé comme arguments.
Vous n’avez pas la même vision du monde.
Votre relation ne durera pas même si vous vous
aimez à la folie. Crois en mon expérience,
Imane. C’est d’un homme que tu as besoin, un
vrai, non d’une mauviette.
Imane trouvait que Naomi exagérait parce
qu’elle n’aimait pas René et c’était réciproque.
René, aussi avait tenté de la convaincre de
cesser de fréquenter son amie. Mais elle ne
voulait pas de leurs conseils. Elle avait déclaré à
Naomi qu’elle l’avait acceptée comme amie
avec tous ses défauts. Aussi l’avait-elle priée de
ne plus critiquer son petit ami et de l’accepter
avec son caractère. Elle en avait fait de même
22 Une reine malgré elle

avec René. Naomi n’insista plus dès lors mais il
arrivait parfois qu’elle ne puisse s’en empêcher
et sa position fut renforcée par Leila qui
partageait son avis. Imane s’en fichait
complètement.
De tous les petits amis qu’elle avait eus, seul
René reflétait l’image qu’elle s’était faite du
prince charmant. Au début de leur idylle, Elle se
sentait heureuse à ses côtés et les moments
qu’ils passaient ensemble étaient magiques.
Cependant, au fil du temps, Imane découvrit
avec amertume que René était complexé à cause
de sa situation sociale. Il commença par se
montrer insupportable et provoquait des
disputes pour des futilités. Pour se montrer
digne de lui et ne pas le mettre mal à l’aise,
Imane n’excédait plus dans ses dépenses et
cessa de lui faire des cadeaux comme en elle
avait l’habitude. René n’avait pas de moyens de
déplacement, il sortait en taxi moto. Pour ne
pas se montrer supérieur à lui, elle offrit son
scooter à Leila et prenait le bus pour aller à
l’université. Imane voulut même quitter la villa
de ses parents située dans la zone résidentielle
pour vivre dans les résidences universitaires.
Mais son père s’y opposa formellement.
Leila chantait tous les jours à leurs parents
que René avait une très mauvaise influence sur
sa sœur. D’après elle, il serait jaloux d’Imane et
23 Une reine malgré elle
voudrait l’amener à renier ce qu’elle était par
amour pour lui.
– Ce n’est qu’un prétentieux, avait-elle ajouté
à l’adresse de sa grande soeur. S’il t’aimait
vraiment, il t’accepterait comme tu es.
Les paroles de Leila résonnèrent dans la tête
d’Imane alors qu’elle était sur un taxi moto qui
la ramenait chez elle. Sa sœur avait quelque peu
raison. Elle avait accepté René comme il l’était,
il devrait aussi faire pareil avec elle sinon ils ne
se supporteraient plus.
Imane essaya furtivement une larme qui
roula sur sa joue pendant qu’elle cherchait de la
monnaie dans son sac pour payer le chauffeur.
Elle n’avait pas une seule pièce. Elle lui tendit
un billet de cinq mille francs CFA. Le chauffeur
remua la tête, montrant qu’il n’avait pas de
monnaie. A ce moment, sa sœur fit son
apparition sur son scooter. Elle s’arrêta à
l’entrée de la porte du garage.
– Tu tombes bien Leila, pourrais-tu me
dépanner ? Je n’ai pas de monnaie pour le
payer.
Leila descendit de sa moto pour les rejoindre
puis donna une pièce de cinq cent au chauffeur.
Pendant qu’il cherchait de la monnaie dans sa
poche, elle retira son casque. Imane arrondit les
yeux et éclata de rire.
– Qu’y a-t-il de drôle ?
24 Une reine malgré elle

Imane, hilare, montra du doigt sa coiffure.
Leila, prit sa monnaie et se dirigea vers l’entrée
principale de la villa, suivie de sa sœur qui se
tordait de rire.
– Comment Carmen a-t-elle pu te faire une
chose pareille sur la tête ?
Leila, furieuse, se retourna pour toiser sa
sœur.
– Ce n’est pas Carmen qui m’a coiffée. C’est
une amie qui m’a emmenée chez son coiffeur,
un homme réputé. Nous avons des goûts très
différents, ma chère sœur. J’ai aimé mon look,
et mon coiffeur m’a dit qu’il m’allait à ravir.
– Il ne peut que dire ça puisque c’est lui qui
te l’a fait.
Leila dévisagea Imane puis partit ouvrir la
porte du garage pour rentrer le scooter.
– Sais-tu à quoi tu ressembles ? lança Imane.
– Je ne veux pas le savoir.
– Tu as l’air d’un clown, avec ces dreads
multicolores. Bob Marley se remuera dans sa
tombe.
– Gardes tes réflexions pour toi-même. Je ne
l’ai pas fait pour tes beaux yeux.
– Je plains celui à qui c’est destiné. Ses
pauvres yeux vont en pâtir. En fait la couleur de
tes extensions n’est pas assortie à ton teint. Si tu
avais opté pour une couleur brune ou miel, tu
aurais été magnifique. La couleur arc-en-ciel est
vulgaire sur toi.
25 Une reine malgré elle
Leila, pour toute réponse, haussa les épaules.
Imane savait qu’il était inutile de lui parler, elle
n’en faisait qu’à sa tête. Leila adorait se mettre
en valeur. Agée de dix-sept ans, elle était la
cadette d’Imane de cinq ans. Elle était un peu
élancée et avait une forme svelte. Son teint était
bronzé contrairement à celui d’Imane qui était
clair. Imane était un peu ronde. De taille
moyenne, elle était dotée d’une poitrine un peu
forte et de hanches cambrées qui la rendaient
sensuelle dans sa démarche. Elle était joufflue.
Ses joues possédaient des fossettes qui lui
donnait un très beau sourire. Ses lèvres étaient
pulpeuses et bien dessinées. Sa voix, un peu
fine, était douce. Ses yeux noisette étaient d’un
marron clair qui avait le pouvoir de captiver les
regards.
Leila, s’était enfermée dans sa chambre pour
déjeuner, alors qu’Imane, qui n’avait pas faim,
s’était changée pour se reposer sur la véranda.
Elle était très épuisée et tombait de sommeil.
Une petite sieste lui ferait le plus grand bien,
mais Imane ne voulait pas se laisser emporter
par le sommeil de peur de faire son cauchemar.
Elle passait rarement de bonnes nuits. Dès
qu’elle fermait les yeux, c’était l’enfer. Cela la
tourmentait mais elle essayait d’y faire face en se
disant que c’était passager. Lorsqu’elle s’était
confiée à son père, celui-ci s’était gentiment
moqué d’elle en lui disant que c’était l’effet des
26 Une reine malgré elle

films d’horreurs qu’elle adorait regarder. Il lui
avait conseillé de troquer ses romans parlant de
vampires et de mutants contre des histoires
d’amour qui la feront rêver. Ainsi, elle
plongerait dans un très beau sommeil.
Imane se redressa. Et si elle suivait les
conseils de son père ? Elle avait sommeil parce
que sa nuit avait été très agitée. Elle se leva pour
aller chercher un roman d’amour dans la
chambre de Leila quand elle en aperçut un qui
traînait sur le canapé au salon. Elle le prit et
s’allongea sur le canapé puis commença à le lire.
Imane fit la moue. Tous les romans d’amour
étaient pareils. Ils n’étaient pas aussi excitants
que les polards, et les romans qui faisaient
frissonner. Et Naomi la traitait de fleur bleue.
Elle ne l’était pas vraiment. C’était Leila,
l’éternelle romantique parce qu’elle adorait les
romans d’amour.
Ses paupières commencèrent à se faire
lourdes mais elle lutta pour ne pas dormir. Elle
étouffa un bâillement et écarquilla les yeux sur
son livre. Leila fit son apparition. Elle s’était
aussi changée en portant une petite robe bleue
en coton et tenait sous son bras une boîte.
– Où vas-tu ?
– J’ai rendez-vous avec Lionel pour une
partie de scrabbles.
– Qui est Lionel ?
27 Une reine malgré elle
– Le fils de notre nouveau voisin. Tu sais,
ceux qui ont emménagé il y a trois jours dans la
maison des Badarou.
– Et tu as déjà fait sa connaissance ?
– Si tu as besoin de moi, lança sa sœur en
sortant, tu sais où me trouver.
Imane étouffa de nouveau un bâillement et
ne résista plus au sommeil. Elle ferma
lentement les yeux et se laissa emporter.
– Viens… Viens…
C’était la même voix dont l’écho se
propageait dans le vide. Cette fois-ci, il faisait
jour et la chaleur était torride. Imane se vit dans
une forêt où des bras sortirent de l’ombre et
l’attirèrent. Elle marchait à nouveau comme un
zombi quand un scorpion géant surgit
brusquement de nulle part. Elle poussa un cri
d’horreur et se retourna pour courir de toutes
ses forces. Mais elle trébucha sur une grosse
racine et se retrouva à terre. Les lianes d’une
plante s’enroulèrent autour de son corps
comme un serpent puis l’enserrèrent au point
de l’étouffer. Imane suffoqua et essaya de crier
mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Imane se débattait dans le vide sur le canapé
quand elle se réveilla en sursaut. Respirant avec
peine, elle essaya de reprendre son souffle. Une
boule de poils sortit d’entre ses pieds. C’était
son chat, Moly.
28 Une reine malgré elle

– Tu m’as une de ces peurs, Moly, dit-elle. Je
comprends pourquoi ce rêve me semblait si
réel.
Moly remua sa queue et se frotta
énergiquement à son pieds avant de s’y blottir
paisiblement. Imane la caressa tendrement. Elle
adorait les chats. Elle prenait soin du sien qui
était admirable avec son pelage roux. Lorsque
Imane se leva, elle fut prise d’un vertige. A pas
lent, elle se rendit dans la cuisine pour prendre
un verre d’eau. Après avoir bu quelques
gorgées, elle entreprit un automassage de son
cou d’une main pour se dégourdir parce qu’elle
avait un torticolis. De l’autre, elle tenait une
carafe d’eau. Elle sentit quelques minutes après
une présence derrière elle. Une main se posa
brusquement sur son épaule. Imane sursauta en
laissant tomber la carafe.
– Je t’ai fait peur ? fit la voix de sa mère.
Imane se retourna et poussa un soupir de
soulagement.
– Oui… je pensais être seule. Je ne t’ai pas
entendue rentrer.
Imane porta sa main à son front et ferma les
yeux.
– Tu étais profondément endormie à mon
arrivée. Je n’avais pas voulu te réveiller.
– Tu aurais dû. J’aurais échappé à cet
horrible cauchemar. J’étais encore troublée
lorsque je suis venue ici, c’est pour cela que
29 Une reine malgré elle
j’étais un peu effrayée. Quel gâchis ! dit-elle en
regardant avec désolation les débris de verre à
terre.
Sa mère n’y fit aucune attention.
– Tu es sûre que ça va ?
– Bien sûr. Je suis juste anéantie.
– Salut les filles !
C’était Naomi qui venait d’entrer avec Leila.
Vêtue d’un pantalon large de couleur mauve et
d’une petite chemise sans manche dont elle
avait noué les pans, Naomi posa un baiser
sonore sur la joue de la mère d’Imane.
– Bonsoir !maman, dit-elle d’une voix
enjouée. Tu es rentrée tôt ce soir.
– Je ne me sentais pas bien, j’ai de la
migraine, expliqua-t-elle. Leila, ma chérie, peux-
tu ramasser les brisures de verre ?
– Au fait, Leila, est-ce que tu rends à un
carnaval ? demanda Naomi, prise d’un fou rire.
– Ne t’y mets pas toi aussi. Qu’est-ce ma
coiffure a de si extraordinaire ? Vous n’y
connaissez vraiment rien à la mode, maugréa-t-
elle en tournant les talons.
Mme Yérima sortit à son tour, laissant
Naomi et Imane seules.
– Va vite te changer, ma chérie.
– Pourquoi ?
– Tu as promis de m’accompagner au centre
ville.
30 Une reine malgré elle

Imane retourna au salon, suivie de Naomi
qui continuait de tergiverser. Elle s’assit à table.
Son attention se porta sur son sac. Elle s’en
saisit et sortit son téléphone portable. En le
consultant, elle vit que René n’avait pas essayé
de l’appeler.
– As-tu discuté avec René ? Je sais déjà vers
qui me tourner pour régler son problème. Nous
irons le voir après avoir quitté le centre
commercial.
– Ce n’est plus la peine. Nous nous sommes
encore disputés.
– Je m’y attendais, s’écria Naomi d’un air
triomphant. Je n’ai jamais vu de mecs aussi
bornés que lui. Je ne vois pas ce que tu peux lui
trouver.
Imane déposa son téléphone portable.
Poussant un soupir de lassitude, elle défit son
chignon pour laisser tomber ses tresses dorées.
– Lorsqu’il n’est pas hargneux, il est gentil,
attentionné et je me sens bien avec lui. Il me
comble de bonheur. René a tout ce que j’ai
recherché chez un homme.
– Assez parlé de René, répliqua Naomi. Le
simple fait d’entendre son nom me donne des
maux de tête. Un conseil d’ami : laisse tomber
ce macho, il n’est pas fait pour toi… Va vite te
changer maintenant, le temps presse.
– Je suis désolée, je ne peux pas
t’accompagner.
31 Une reine malgré elle
– Mais Imane… !
Naomi haussa les épaules. Prenant son sac,
elle se leva, mécontente. Imane réprima un
autre soupir.
– Je ne suis pas dans mon assiette. J’aurais
voulu y aller, mais avec mon humeur de chien,
tu regretteras ma compagnie.
Elle raccompagna son amie à la porte.
Lorsqu’elle fut de retour au salon, elle se laissa
tomber sur le divan. Comment se changer les
idées ? Elle alluma la télévision. Peut-être qu’en
suivant une émission, elle ne penserait pas à
René. Leila fit son entrée, un bol d’ananas en
main. Prenant place à côté de sa grande sœur,
elle lui tendit son bol.
– Non merci, je n’en veux pas.
Imane n’avait pas l’appétit. Elle se saisit de la
télécommande pour changer de canal. Le flash
d’information qui passait était sans intérêt.
– Attends, l’arrêta sa sœur, il parle d’un roi
qui vient de mourir…
Ayant suspendu son geste, Imane y prêta
attention.
« Les Bariba sont en deuil. Le roi de Nikki, Bio
Sero a tiré sa révérence il y a cinq jours. L’enterrement a
déjà eu lieu. Les rites Bariba se poursuivent pour le
repos de son âme. Il sera ensuite question de choisir le
successeur… »
Sans intérêt. Imane zappa sur une autre
chaîne. Elle tomba sur un documentaire
32 Une reine malgré elle

présentant des animaux sauvages. D’habitude,
elle aimait suivre ce genre de documentaire.
Mais aujourd’hui, elle n’avait pas la tête à ça.
Elle zappa de nouveau et tomba sur un dessin
animé que même un bébé ne voudra regarder.
Finalement, elle opta pour la série Charmed sur
Canal Horizon.
– Ne change pas, la pria Leila. J’adore cette
série. Certes, c’est de la fiction mais j’ai toujours
été fascinée par la magie noire et la sorcellerie.
– Et tu y crois ? s’enquit Imane.
Elle replia ses jambes sur le fauteuil et les
croisa. Leila déposa le bol d’ananas.
– Tantôt oui, tantôt non. En fait, ce qui me
dérange, c’est le fait de ne pas pouvoir
m’expliquer ces phénomènes. Et toi ?
– Je n’y crois pas, répondit Imane d’un ton
catégorique. Pour moi, il y a toujours un truc. Je
crois en Dieu et en ses pouvoirs. Mais je reste
sceptique pour le reste.
– Et Lucifer, alors ? Tu sais que tout ce qui a
trait à la magie noire se rapporte à lui.
Pour toute réponse, Imane haussa les
épaules.
Le lendemain, c’était samedi. René n’avait
pas rappelé Imane de toute la soirée. Elle
n’avait pas non plus essayé de le joindre parce
qu’elle était à la fois triste et en colère. Elle
commençait par en avoir assez de cette
situation. C’était devenu un éternel manège. Il
33 Une reine malgré elle
fallait qu’elle ait une discussion sérieuse avec
René sans se disputer.
Elle était ainsi plongée dans ses pensées,
préparant le petit déjeuner avec sa sœur lorsque
son père fit son entrée. Il semblait épuisé dans
sa blouse blanche de médecin. Sa nuit avait dû
être pénible.
– Bonjour ! les filles, lança-t-il joyeusement.
– Bonjour ! papa, répondirent-elles en
chœur.
Imane le déchargea de son sac qui constituait
un véritable fardeau. Le docteur Yérima enleva
ses lunettes pour se frotter les yeux.
– Comment a été ta nuit ? demanda-t-elle.
Depuis toute petite, Imane s’était toujours
intéressée au travail de son père. Dès qu’il
rentrait de l’hôpital, elle l’interrogeait pour
partageait son enthousiasme ou ses peines dans
le cas où il avait été confronté à des problèmes.
Imane avait toujours été liée à son père. Ils
étaient très complices. Tout ce qui le touchait,
l’affectait, elle aussi.
– Magnifique ! J’ai pratiqué une césarienne à
une femme qui attendait des quadruplés.
– Des quoi ? s’était écriée Leila qui avait
arrondi les yeux de stupeur.
– Comment sont-ils ? demanda Imane, toute
excitée.
34 Une reine malgré elle

– Normaux et en bonne santé. La mère aussi
se porte aussi bien. Tu la connais Imane, c’est
Mme Koffi.
– C’est magnifique ! Elle a enfin eu ce qu’elle
voulait depuis cinq ans. Quelle chance pour
elle ! Avoir quatre enfants en une seule fois !
– Tu parles d’une chance ! répliqua Leila. Un
enfant constitue à lui seul un calvaire. Tu
imagines alors pour quatre du même âge.
– Ce serait tout à fait logique s’ils sont tous
comme toi.
Imane échangea un regard de connivence
avec son père puis ils éclatèrent de rire. Leila,
furieuse, déposa l’assiette qu’elle avait en main.
– Puisque je suis un fardeau, tu n’as qu’à
faire ton omelette toi-même.
– Oh ! Leila, je te taquine. Tu sais très bien
que tu es ma sœur préférée.
– Ce n’est pas la peine de me flatter. Ton
adjectif est mal placé parce que je suis ta seule
sœur, lança Leila en quittant la cuisine.
Le docteur Yérima fit un clin d’œil à Imane.
– J’ai besoin en ce moment d’un bon bain. Je
me reposerai ensuite.
– J’irai voir madame Koffi dans la journée
pour la féliciter. Je suis si heureuse pour elle. J’ai
hâte de voir ses charmants petits bouts de chou.
Son père quitta la cuisine. Imane se
replongea dans son travail. Elle devait finir
toute seule le petit déjeuner. Dire qu’elle avait
35 Une reine malgré elle
eu du mal à convaincre sa petite sœur de lui
donner un coup de main. Tant pis !
Elle prit l’assiette d’œuf puis se mit à le
battre. Il faisait beau aujourd’hui. La cuisine
était illuminée par les rayons du soleil, qui luisait
dans le ciel d’un beau bleu. Cette journée était
propice pour une bonne promenade.
D’habitude, lorsque la journée s’annonçait
aussi belle, Imane allait flâner dans le quartier.
Elle se sentait bien dans sa peau car ce temps la
rendait heureuse. Quand le soleil se levait le
matin, son apparition était aussi magnifique que
son coucher. Il fallait juste observer ses
premiers rayons percer l’horizon, en oubliant
tout : les soucis, les problèmes, les malheurs.
Imane se laissait aller en contemplant le ciel
d’un air rêveur. C’était un moment magique
montrant à quel point la nature était splendide,
merveilleuse. Imane commençait ainsi ses
journées, le sourire aux lèvres. Cela lui donnait
la pêche.
Aujourd’hui, elle s’était très mal levée. Sa nuit
avait été horrible. Elle avait le cafard et ne
pouvait s’expliquer ce qui n’allait pas. Etait-ce
sa dispute avec René ? Peut-être. Mais elle était
aussi perturbée par ses cauchemars. Elle ne
pouvait s’empêcher d’y penser.
Elle redescendit brusquement sur terre. Son
omelette était sur le point de se griller. L’eau de
la théière bouillait aussi. Coupant le feu, elle
36 Une reine malgré elle

tendit son bras derrière elle pour saisir un
torchon posé sur la table. Mais quelque chose
suspendit son geste et la fit retourner. Elle pâlit
brusquement.
Un gros scorpion se reposait sur le torchon.
Sa queue juste au-dessous de la main d’Imane
était prête à piquer. Imane était pétrifiée comme
si ce scorpion l’hypnotisait. Elle n’arrivait pas à
retirer sa main.
– Imane, as-tu vu…
Leila s’interrompit et poussa un cri en voyant
le scorpion.
Imane retrouva ses esprits et retira aussitôt sa
main. Que se serait-il passé si Leila n’était pas
arrivée ? Leurs parents firent irruption, alertés
par les cris de sa petite sœur.
– Que se passe…
Le docteur Yérima se saisit de la manche
d’un balai pour abattre le scorpion qui
s’enfuyait. Leila avait fermé les yeux de sa main
pour ne pas voir ça. Imane par contre avait
quitté la cuisine, troublée.

Assise sur la balançoire dans le jardin, Imane
essayait de comprendre pourquoi elle n’avait
pas réagi à la vue de la bête. Elle aurait pu crier,
prendre les jambes à son cou… Une chose était
sûre, elle n’avait pas été paralysée par la peur.
C’était tout autre chose. Elle n’était plus
maîtresse d’elle-même. Tout ceci semblait
37 Une reine malgré elle
bizarre. Si Leila et ses parents ne s’étaient pas
montrés, elle aurait pensé que c’était une
illusion. Car avec tous ses cauchemars, elle avait
l’impression de voir le mal partout. A cette
allure, elle deviendrait parano.
– Vous l’avez tué ? demanda-t-elle à sa sœur
qui venait de la rejoindre.
– Oui, papa l’a tué. Il s’est même chargé de le
jeter. Moi, je n’en avais pas le courage.
Leila s’assit à côté d’elle.
– D’où est-il sorti ?
– Je n’en ai aucune idée.
– Et pourquoi n’as-tu pas réagi ? Qu’est-ce
qui t’as pris de mettre ta main au-dessus de sa
queue ? Tu voulais tester son venin ou quoi ?
Imane lui expliqua ce qui s’était passé.
– Si je ne m’étais pas retournée, j’aurais
abattu ma main sur le scorpion. J’en ai déjà la
chair de poule… Changeons de sujet, je ne veux
plus y penser. Est-ce que tu sors tout à l’heure ?
– Oui… pourquoi ?
– Je voudrais que tu me déposes chez René.
– Je t’ai entendue dire à Naomi hier que vous
vous étiez disputés. Que t’a-t-il servi comme
plat cette fois-ci, lui qui se plaint de tous les
malheurs de ce monde ?
– Ce qui se passe entre René et moi ne te
regarde pas.
– Quand vas-tu cesser de te voiler la face ?
Tu as depuis longtemps cessé de l’aimer. En
38 Une reine malgré elle

fait, je dirai que tu ne l’as jamais aimé, tu as tout
simplement été fascinée par lui. C’est tout.
Imane se leva. Elle en avait assez d’écouter
les sottises de sa petite sœur.
– Qu’est-ce que tu y connais aux hommes,
toi ? Tu n’as que dix-sept ans.
– En tout cas, tu n’y connais pas plus que
moi. Ton René n’est pas un homme comme le
dit si bien Naomi, c’est un poltron qui ne sait
pas ce qu’il veut.
– Au contraire, répliqua Imane d’une voix
dure, il sait ce qu’il veut. Il a des ambitions et ne
conçoit pas le fait d’être entretenu par une
femme. Il a sa fierté. Je te défends de le traiter
de poltron. Que vous a-t-il fait au juste pour
que Naomi et toi le détestiez ainsi ?
Leila balaya d’un geste vague la main en se
levant à son tour.
– Il ne sert à rien de s’étendre sur ce sujet.
Nous ne trouverons pas un terrain d’entente.

Comme convenu, Leila emmena Imane sur
son scooter pour la déposer chez René. Elle dut
s’arrêter à une station-service pour faire le plein
d’essence. Imane, en l’attendant, entra dans la
boutique de la station pour s’acheter quelque
chose à grignoter. Elle avait un petit creux. Les
propos tenus par sa petite sœur lui revinrent en
mémoire. Leila avait quelque peu raison par
rapport à ce qu’elle ressentait pour René. Une
39 Une reine malgré elle
chose était claire aux yeux d’Imane, ses
sentiments avaient bien changé. Est-ce que cela
signifiait qu’elle ne l’aimait plus ? Elle n’en
savait rien. Tout était si confus dans son esprit.
Le mieux serait qu’elle prenne ses distances
avec René pour faire le point sur ses
sentiments. C’était la seule solution. Elle le lui
dirait d’un ton ferme et ne fléchirait pas s’il
tentait de la dissuader.
Elle promena son regard sur les paquets de
friandises qui s’offraient à sa vue. Lorsqu’elle
était mal en point, elle se jetait sur son péché
mignon qui était le chocolat aux noisettes. Or,
elle suivait un régime d’enfer pour garder sa
ligne car il lui suffisait d’en abuser un peu pour
prendre des kilos en trop.
Elle fit la moue. Au diable, son régime et son
aspect physique ! Elle s’en fichait maintenant
que plus rien n’allait entre René et elle. C’était
pour lui qu’elle se donnait tout ce mal pour
affiner sa forme un peu boulotte.
Non seulement, elle prendrait assez de
chocolats aux noisettes, mais elle achèterait
aussi tous les ingrédients nécessaires pour se
préparer de délicieux desserts. Ça faisait un bail
qu’elle n’avait plus pris de glaces. Elle remplit
son panier et sortit avec deux sacs bien garnis.
Sa sœur la fixa, hébétée lorsqu’elle parvint à sa
hauteur.
– Qu’as-tu à me regarder ainsi ? lança Imane.
40 Une reine malgré elle

– Que veux-tu faire avec tout ça ?
– A ton avis ?
– Tu veux devenir obèse en deux jours ?
Pourtant, la semaine passée, tu te plaignais des
kilos que tu as pris en trop.
41