Une rencontre inopportune

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Nouvelle durant la 2nde guerre mondiale, en Pologne. La famille d'accueil du jeune Gaddièl, juif polonais, est arrêtée pour résistance. Le garçon va devoir tout tenter pour rejoindre les villes de l'est du pays. Mais une rencontre peut changer le cours du destin...

Publié le : dimanche 11 septembre 2011
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Une rencontre inopportune    Mon cœur était brisé. Ma vie ne devenait que flamme, cendre et poussière, ébahi étais-je devant l’horreur de cette scène. Cette famille, cette fratrie, cette descendance, m’était volée en seulement quelques heures, quelques minutes, quelques secondes. Ces braves polonais qui avaient accueilli un juif comme moi au sein de leur maison, on n’en aurait pas trouvé une dizaine dans la ville. A vrai dire, ce n’était pas vraiment une ville, mais plutôt un village, situé près de Radom, une importante agglomération du pays. Ces gens avaient été mes bienfaiteurs, mes sauveurs : ils m’avaient permis d’échapper à une mort certaine en me cachant chez eux, au péril de leur vie, depuis 1940. Cela faisait maintenant quatre ans que je m’étais abrité chez eux. Ma famille entière avait été tuée durant la guerre. Alors, ils m’avaient recueilli. Malheureusement, ils entretenaient une forte relation avec des résistants, ce qui je crois avait causé leur perte : à présent, ils partaient, au loin, je ne sais où. Sûrement à Pitchipoï, lieu de malheur et de haine... La petite dernière, nommée Cecylia, me disait un dernier au revoir, à travers les vitres de la voiture, allant à sa perte. J’arrivais encore à lire sur ses lèvres. Elle me disait : « Adieu Gaddièl, adieu ». Mais son regard n’était pas sombre. Elle semblait effectivement vouloir me toucher, me tendre sa main. Mais c’était trop tard. Elle était une vie de plus que les allemands allaient rajouter à leurs montagnes de cadavres. J’étais désormais seul, abandonné. Il fallait que je sois discret, car dans ce petit village de Pologne, tout le monde se connaissait. De plus, je me devais de rester méfiant : en effet, quiconque me voyait me dénoncerait. La discrétion demeurait essentielle si je voulais espérer survivre, ne serait-ce que quelques mois. On était à l’aube de l’année 1944, précisément au mois de mars. Mais de toute façon, on ne comptait plus les jours depuis longtemps en Pologne. En effet, ce que les enfants attendaient le plus, ce n’étaient pas les vacances, mais plutôt la fin de la guerre. Les forces soviétiques étaient désormais du côté des alliés, et elles   1   avançaient, toujours plus rapidement. Cependant, je ne pouvais pas prendre le risque de rester : l’Armée Rouge approchait, certes, mais ici, la domination nazie était toujours très puissante. Je pouvais me faire arrêter à tout moment… Une seule solution subsistait : je devais essayer de me rapprocher le plus vite possible du front de l’Est, sans jamais pénétrer en territoire russe, car je détestais les Slaves. Ils avaient détruit notre pays, alors il n’y avait aucune raison pour que j’aille dans le leur. Non, le mieux était de se rendre dans les villes polonaises proches du front, comme Cracovie. En effet, du fait de leur situation géographique proche des alliés, les habitants de cette ville seraient plus aptes à accueillir un juif comme moi, voyant la situation du conflit s’inverser. Et puis, j’avais trouvé une voie ferrée menant à l’Est, et il ne me suffirait que d’une petite séance d’escalade pour espérer monter sur un train et m’embarquer pour le voyage… De toute façon, il ne fallait pas que je reste planté là, c’était certain… Je décidai donc de sortir de ma cachette, une vieille poubelle malodorante à moitié cassée par le temps, et me mit en route. Il valait mieux quitter ce village au plus vite, et m’approcher promptement de la gare. J’évitais d’emprunter les rues fréquentées, car n’importe qui aurait pu se douter de ma religion. Je mis exactement deux journées entières avant d’accéder à la gare. Néanmoins, j’avais réussi à me cacher, c’était l’essentiel. La gare de Radom était grande, voire immense pour un petit gringalet de 13 ans comme moi. Mon esprit et mes sens étaient en alerte, car au moindre regard noir ou agressif d’un voyageur, je devais déguerpir en vitesse. La chance me sourit cependant, car je n’eus aucune peine à trouver un train correct allant vers l’Est. Le véhicule possédait des wagons de troisième classe, solidement attachés, avec de grandes fenêtres. Le seul ennui possible était de   2   connaître le moyen efficace pour grimper sur celui-ci. Il fallait attendre le dernier moment, c’était certain. Le départ ne devait pas tarder. J’essayais de trouver un point de saut idéal lorsque je vis une rambarde métallique sortant du bâtiment. Elle semblait solide, ce qui était rassurant. Cependant deux policiers se chargeant de la sécurité bloquaient son accès, je devais donc attendre le dernier moment, et me faire le plus petit possible. Peu de temps plus tard, j’entendis les roues du train crisser. C’était le bon moment je devais tenter ma chance. A présent deux chemins s’offraient à moi. Si je parvenais à monter dans le véhicule, ce serait la liberté, l’espoir d’une vie meilleure. En revanche, si je me faisais attraper, les conséquences seraient catastrophiques. Désormais je n’avais plus le choix ; le train commençait déjà à avancer. Je pris mes jambes à mon cou, me faufilai à travers les policiers, puis montai sur le petit pont métallique. Les forces de l’ordre criaient à pleins poumons et essayaient dès lors de me poursuivre. Le train quant à lui s’approchait, lentement, mais sûrement. Les policiers se mirent à monter sur la rambarde. Je commençai à prendre peur. Peut-être étais-je parti trop tôt. Mon véhicule de voyage se rapprochait de plus en plus vite, mais trop éloigné pour que je puisse sauter dessus. Les polonais se rapprochaient dangereusement de moi et tendaient leurs bras en ma direction, en possession d’une matraque. Mon cœur battait la chamade mais il fallait tenter le tout pour le tout : le train commençait à peine à me devancer lorsque je sautai de tout mon corps. J’eus l’impression d’avoir mal cadré mon objectif. Cependant, le train se mit à accélérer et j’atterris aisément sur son toit. Les policiers ne pouvaient rien faire : la vitesse du véhicule était trop importante et celui-ci sortait de la gare. C’était une victoire pour moi, un pas de plus vers la vie… Une journée entière s’était déjà écoulée. Je demeurais toujours perché sur le toit de mon train, et contemplais le paysage dévasté de mon pays natal. Pour la première fois depuis   3   longtemps, la météo était clémente, et le soleil m’éblouissait les yeux. Soudain, une importante secousse se fit ressentir, à tel point que je basculai en avant, en direction de la rambarde de droite. Une deuxième secousse causa ma perte : mes yeux étaient éblouis, je ne pouvais m’accrocher : je tombai alors dans un fossé gorgé d’eau, non loin de la voie ferrée. Un cri de détresse sortit de tout mon corps : le train ne m’attendait pas, et je le voyais partir au loin, me laissant seul, tout seul. J’étais désespérément coincé dans la boue, et je mis de longues et pénibles minutes avant de m’extirper. J’étais tombé certes, mais j’étais sain et sauf. Mais pour combien de temps ? Je pris le temps de m’asseoir sur l’herbe humide afin d’observer le paysage autour de moi : de grands champs me faisaient place ainsi que quelques carcasses d’animaux morts. J’aperçus aussi quelques habitations au loin, mais je me rendis bien compte qu’elles étaient inhabitées et à moitié détruites. La seule chose qui me restait à faire était de marcher, avancer, piétiner, courir inlassablement, afin de me rapprocher toujours plus du front de la liberté. Je m’étais fixé comme objectif la ville de Cracovie, et je comptais bien tenir parole. Mais parfois, il est nécessaire de se rendre à l’évidence qu’une des plus sages promesses ne peut être tenue à cause d’un événement improbable… Et pourtant… Je commençais à entrer dans un petit village campagnard, dévasté par les conflits. Des maisons réduites en cendres, des vitres cassées, des animaux morts… Une vision de terreur s’offrait à moi. Aucun signe de vie ne se présentait à l’horizon. Seul le bruit de quelques oiseaux venait ajouter un peu de gaieté à ce monde de haine. Tout à coup, j’entendis un gémissement. Je m’arrête net et regarde autour de moi. Rien à l’horizon. Puis le bruit se transforme aussitôt en un véritable cri de détresse, une sorte d’appel au secours. Je décide de me rapprocher de la source de ce gémissement et j’arrive alors à la sortie du petit bourg, près d’une maison en état de ruine, incendiée ou plus exactement démolie. C’est à ce moment-là que je vis un jeune homme de seize ans environ embourbé dans un fossé non loin de   4   l’habitation. Il semblait ne pas avoir la force de s’en extirper, et telle ne fut pas ma surprise lorsque j’aperçus non loin de la crevasse un fauteuil roulant renversé, en très mauvais état et paraissant lui appartenir. Il devait être handicapé, je ne pouvais me permettre de le laisser là. Je descendis doucement dans le creux, le pris dans mes bras, puis commençai à faire le chemin inverse. La montée était aiguë, et le pauvre garçon était très lourd ; aussi, j’eus une très grande peine avant de pouvoir finalement le ramener au sommet. Pour moi, c’était comme une victoire : je venais de sauver un compatriote et j’en était fier. Je l’aidai à se remettre sur son fauteuil de malheur puis m’assis durant quelques minutes, épuisé par l’épreuve. Il s’approcha près de moi et me dit : - Merci gamin, merci. Puis-je connaître ton nom ? - Je m’appelle Gaddièl Ardin. - Eh bien merci Gaddièl de m’avoir sauvé, merci du fond du cœur. - Oh ! Vous savez c’est normal. La vie n’a pas de prix, et puis, des gens sauvant leurs compatriotes polonais, on en trouve beaucoup dans la région, bien que je ne les aime pas forcément, avouai-je modestement. - Je ne suis pas polonais Je fus immédiatement surpris. Je n’avais donc pas aidé un polonais. Je lui signalai alors, surpris : - Ah bon ? Pourtant, vous avez un fort accent correspondant à cette région ! - C’est normal, car je me suis installé ici depuis maintenant deux ans. J’ai donc vécu en quelque sorte avec cette façon de parler, et je la reproduis à mon insu aujourd’hui. - Mais dans ce cas, de quelle nationalité êtes-vous à la base ? - Je suis français, dit-il d’un ton sec. Une impression de doute s’éveilla alors en moi. Qu’est-ce qu’un allié pouvait bien faire ici ? Quelle avait été la cause de son handicap : la lutte contre Hitler et les nazis ? D’ailleurs, je   5   n’avais pas bien compris quel était son problème. En effet, il n’avait finalement pas de blessures apparentes au jambes, ni aux bras. Pour en avoir le cœur net, je lui demandai donc, l’air timide : - Excusez-moi, sans être indiscret, quelle est la raison de votre handicap ? Il me regarda d’un œil noir. Je pris peur : peut-être l’avais-je vexé en posant cette question ou bien il se pouvait que cette interrogation lui rappelle de mauvais souvenirs… Finalement, il me répondit, avec toutefois un léger moment d’hésitation : - Eh bien, c’est de naissance, en fait. Les médecins n’ont jamais vraiment pu dire ce qui s’était passé. Peut-être un problème de coordination entre mon cerveau et le bas de mon corps. J’acquiesçai d’un hochement de tête. Vivre toute sa vie dans un fauteuil roulant cela me terrorisait, à vrai dire. Soudain, il fit tomber une petite pièce, porte-bonheur je pense, qu’il tenait dans sa main. Il se pencha pour la ramasser lorsque je me tenais prêt à intervenir, quand j’aperçus, tout à coup, quelque chose d’horrible, d’affreux même. Le garçon portait un collier, mais pas n’importe lequel : à son bout était visible une croix gammée, symbole du nazisme. Je m’affolai, tel un incendie de flammes qui s’était déclaré à l’intérieur de tout mon corps. Je ne pouvais pas l’accepter, j’étais effrayé, choqué, car je me sentais coupable d’avoir sauvé un criminel, un monstre, une horreur. Je commençai à reculer. Il le remarqua, et me demanda, étonné : - Mais où vas-tu comme ça ? Je ne répondis pas à cause de ce que j’avais vu. Je continuais à retrousser chemin, je ne voulais plus le voir. Il commença à crier, avec un énervement certain : - Attends, s’il te plaît, attends-moi ! Que se passe-t-il ? Je n’étais pas capable de répondre, à vrai dire, je ne le désirais pas. Il se mit à crier, de plus en plus fort, avec un air légèrement menaçant et agressif :   6   - Je ne comprends pas, attends. Que se passe-t-il ? Réponds-moi ! Je m’arrêtai net. La violence du ton qu’il avait employé me terrifia à tel point que je n’osais plus bouger. Je bafouillai alors : - Euh… et bien… pourquoi… pourquoi… - Pourquoi quoi ? s’impatienta-t-il. - Euh… mais… pourquoi portes-tu un collier avec une… une croix… une croix gammée ? - Ah ? Tu es juif, c’est ça ? Je ne répondis pas, tellement j’avais peur. - Tu sais de toute façon, je l’avais remarqué, vu ton nom. Laisse-moi te raconter mon histoire. Je me posai, mais ne m’approchai pour rien au monde. - Mon nom est François Duval. Je suis né le 13 décembre 1928 à Lyon. Mon père était militant pour le développement du nazisme en France, et avait même sa carte de membre ! Mon sang se glaça. Je n’arrivais presque plus à respirer lorsqu’il reprit : - Il défendait fermement ses idéologies, et rêvait d’une France puissante et grande. Je suis vraiment navré de t’annoncer qu’il ne supportait pas les juifs et les tziganes, mais il aimait Hitler, qui était d’ailleurs, à la base, ennemi des Français. Il était presque prêt à tout pour le suivre. J’étais totalement étonné et suspicieux. Je ne savais pas qu’il y avait eu des Français qui croyaient au nazisme. Cependant il continua : - Le problème vint lors de ma naissance. Tu sais sûrement que les handicapés étaient considérés comme non conformes au national-socialisme parce que « inutiles » ? J’acquiesçai d’un hochement de tête, toujours inquiet.   7   - Et bien ce fut mon cas. Une curiosité encore plus importante s’éveilla en moi, mais je n’osais pas lui poser de questions. - Mon handicap provoqua un choc dans la famille. Seulement, même le plus fanatique des pères ne pouvait se résoudre à déporter, à tuer son propre fils ! Il décida de me cacher, peut-être au péril de sa vie, et me donna ce collier, afin de faire comprendre à quiconque que je partageais tout de même ses idéologies. Néanmoins, je n’ai jamais vraiment été de son avis, car je détestais le nazisme. Je me résolus à poser une question : - Que faîtes-vous en Pologne dans ce cas ? - Eh bien, à la conquête de l’Ouest de ton pays, mon père y déménagea, espérant que le nazisme serait moins présent, afin de mieux me protéger. Il n’en fut rien. - Et, où est-il maintenant ? Ainsi que ta famille ? - Dès le commencement du conflit contre les Russes, il s’engagea immédiatement sur le front de l’Est, avec la Légion des Volontaires français. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’on emménagea en Pologne, car il souhaitait que ma famille et moi restions près de lui. Après des débuts plus que convaincants, il fut mortellement blessé il y a trois mois maintenant. Quelques larmes jaillirent de ses yeux. Cela paraissait très difficile pour lui de parler de cet événement. Néanmoins, il continua : - Quant à ma famille, elle a été arrêtée il y a trois jours, pour motif de résistance contre l’Allemagne, ce qui est naturellement faux. Je suis le seul à avoir survécu, car ma mère et moi étions dehors au moment de l’arrestation, et elle eut le réflexe de me pousser dans le fossé afin de me cacher. Les Allemands ne me virent pas, mais arrêtèrent ma famille et brûlèrent ma maison. J’ai perdu tous mes papiers d’identité ;   8   ainsi je suis en quelque sorte vulnérable, car si les nazis me trouvent, ils m’emmèneront, ce qui causera inévitablement ma perte. Son histoire était troublante, émouvante et triste. Elle ressemblait incroyablement à la mienne. Une dernière interrogation me trottait dans la tête : - Pourquoi n’enlèves-tu pas ton collier alors, si tu détestes tant le nazisme ? - C’est le dernier présent de mon père qui me reste, bien qu’il soit plutôt effrayant pour les gens comme toi… J’en suis navré, mais je ne peux le jeter… Ainsi était la vie de ce garçon de seize ans, qui avait déjà connu l’horreur de la perte de ses proches tout comme moi. Je m’identifiais à lui, ainsi je réfléchissais. Je ne pouvais aller à Cracovie sans lui. Je n’arriverai pas à tenir parole, malgré ma ferme résolution de départ. Je ne pouvais pas le laisser tomber, le condamnant à une mort certaine. Lui n’était pas nazi, il était de mon devoir de l’aider. Cependant, il fallait quitter la Pologne au plus vite, et donc passer en zone russe promptement. Je détestais ces gens, mais il s’agissait de la seule et unique solution. En fait, c’était le seul moyen d’échapper à la terreur nazie… Aussitôt, je me levai, m’approchai de mon nouvel ami, et le rassura : - Ecoute, moi je pense qu’on ne choisit pas ses parents. Tu n’es pas nazi, c’est l’essentiel, et tu es tout comme moi, persécuté par ce régime et cette idéologie. Je ne vais pas te laisser tomber, je t’emmènerai avec moi. Je suis prêt à affronter tous les obstacles, afin de te faire passer au-delà du front, c’est-à-dire en territoire russe, pour que tu sois sain et sauf. Il eut un petit sourire dans le coin des lèvres, mais je lisais dans ses yeux de l’amitié. Il n’eut pas le temps de me répondre lorsque je m’emparai de son fauteuil et commençai à le faire rouler. Nous étions proches de la frontière, mais il y avait tout de même pas mal de route à faire.   9   Je prenais son fauteuil jour et nuit, affrontant le vent, la pluie et la chaleur. Je n’avais qu’une seule idée en tête : dépasser le front. Même si j’avais faim, même si j’avais soif, même si j’étais épuisé, j’avançais. Nous créâmes une véritable complicité, presque une amitié. A l’aube du troisième jour, nous arrivâmes dans une immense vallée. Ca y était, nous y étions presque, le front n’était encore qu’à quelques kilomètres. Nous entendions déjà les canons russes et les chars allemands se battant férocement. Je pris la direction qui me semblait la plus normale, c’est-à-dire tout droit, car le chemin semblait tout tracé et plus rapide. Cependant, lorsque mon nouvel ami s’en rendit compte, il m’annonça d’un air inquiet : - Non ! Ne te dirige surtout pas par là. Regarde à ta droite, nous pourrions passer par ici ! Je tournai la tête et aperçus effectivement une forêt, épaisse et sombre. Alors, je demandai : - Mais pourquoi ? - Réfléchis, m’ordonna-t-il. Nous sommes près du front, et les Allemands sont partout. Si l’on passe à travers ces bois, nous aurons moins de chance d’être repérés. Ici, nous sommes à découvert. Pourtant, nous étions déjà passés à proximité de cortèges allemands, et ces derniers ne nous avaient jamais arrêtés. Un sentiment de méfiance s’éveilla en moi : son argument ne tenait pas la route. Je réfléchis de longues minutes tout en continuant dans la direction voulue, puis, peu de temps après, sous une insistance affolante, je changeai de direction, pensant qu’il s’agissait de la plus sûre. Nous avancions et le fauteuil commençait à peser lorsque nous arrivâmes à la lisière du bois. J’aperçus des armes et les restes d’un camp mal dissimulés sous le sol. Je lui montrai : - Tu vois, ici aussi il semble y avoir des ennemis. Je le savais que ce n’était pas le bon sentier à prendre. Allez, retroussons che…     10
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