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Une Ritournelle
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José Le Moigne
Une Ritournelle
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9594-9 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748195941 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9595-7 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748195958 (livre numérique)
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Une
Ritournelle
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Florentine et Joseph-Augustin
FLORENTINE ETJOSEPH-AUGUSTIN
Le 27 avril 1897, mes arrière-grands-parents, des gens sans importance, des gens comme vous et moi qui traverse la vie comme s’ils n’avaient jamais vécu, se sont mariés à Hersin-Coupigny dans le Pas-de-Calais. Lui, Joseph-Augustin Degroot, était né à Arras le 26 juillet 1869. Enfin, c’est ce que voudrait nous faire croire son livret militaire ; mais en réalité, l’enfant trouvé cette nuit-là par le concierge de l’hospice civil, avait déjà deux jours. La découverte ne troubla pas outre mesure Gaspard Prieur que trente années de rondes de nuit avaient rendu – comment lui en vouloir – indifférent à la misère du monde. C’est donc d’un geste routinier qu’il écarta la camisole de l’enfant pour découvrir, hélas, comme toujours, suspendue au petit cou par un bout de ficelle, une étiquette maladroite que le veilleur de nuit déchiffra avec peine. Or, voici ce que disait ce malheureux papier.
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Une Ritournelle
Joseph-Augustin Degroot, né le 24 juillet 1869, fils naturel non baptisé de Virginie Degroot. Tel fut le véritable acte de naissance de Joseph-Augustin : celui qui lui servit toute sa vie pour s’octroyer une ascendance belge. Moi, Stéphanie Petit, sa lointaine et pourtant si proche descendante, je n’en suis pas choquée. De toute éternité, notre terre du Nord – quand bien même elle voudrait quelquefois s’en défendre – est une terre de passage. Tenez, moi-même, malgré mon teint de porcelaine et ma blondeur de flamande, ne suis-je pas, par mon grand-père Horace, instituteur mulâtre devenu lieutenant pendant la grande guerre, issue d’esclaves africains et de colons normands, poitevins, bretons ou même, qui sait, déjà de bons picards ! À peu de choses près, la donne était semblable du temps de Joseph-Augustin. L’agriculture, ayant toujours besoin de bras, mobilisait, d’un bout à l’autre de l’année, des bataillons de saisonniers débarquant de partout, et surtout de la proche Belgique. Alors, pourquoi pas ses parents ? J’ajouterais ici qu’Alphonsine Liny, nourrice de Joseph-Augustin, ne dit jamais un mot, pour l’en dissuader. Mieux, je soupçonne l’excellente matrone d’avoir forgé de toutes pièces cette légende. La bonne Maman Tine s’était vite attachée à cette espèce de chaton, méfiant et
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