Une si belle époque

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Une rencontre au cours de l’après-guerre Des destins brisés par la violence de l’Histoire Pierre Gazin a grandi dans un pays en reconstruction, à l'époque de l'après-guerre, entre illusions révolutionnaires et enthousiasmes humanitaires. 1870. Paule naît dans une famille aisée. Son parcours commence bien, jusqu’à ce que la tuberculose et les deux guerres mondiales en décident autrement. Léon, lui, est d'un milieu modeste. Il part comme soldat à la découverte de l'Afrique, une terre emplie d'inconnu. Il en revient sage et attentif aux hommes. Un beau jour, les enfants de ces deux êtres blessés se rencontrent et partagent leurs faiblesses et leur solitude.
Publié le : samedi 11 août 2007
Lecture(s) : 156
EAN13 : 9782748195385
Nombre de pages : 237
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Une si belle époque
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Pierre Gazin
Une si belle époque
Chronique d'un temps révolu et de quelques folies
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9538-8 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748195385 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9539-6 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748195392 (livre numérique)
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A Paule et à Léon dont les écrits ont constitué la trame de ce récit
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I
Une vie écoulée, enfin presque écoulée, et elle est ma vie. Je vais sans vergogne et aussi, j’espère sans forfanterie, vous la conter, à vous qui n’êtes encore que de jeunes enfants et à vous qui n’êtes pas encore nés. Je vais vous la conter, mais peut-être ne vous dirai-je pas tout. Chacun a sa pudeur, ses réserves secrètes. Les miennes ne sont pas petites. Je m’appelle Paule. Je suis née en 1870, du-rant un hiver très froid, à ce que l’on m’en a dit. C’était surtout un rude hiver pour notre pays occupé. Les Allemands étaient là, installés, puis-sants, arrogants. Plus que des Allemands, ils étaient avant tout des Prussiens, mauvaise en-geance, des conquérants obnubilés par la chose militaire, la discipline, la force. Eux et leurs mauvaises manières n’ont pas été oubliés. Ayant longuement vécu, j’ai connu une autre occupa-tion, et puis maintenant, l’actuelle, qui apparaît cette fois-ci sans espoir. Aujourd’hui, notre pays n’existe plus. Se relèvera-t-il ? Je voudrais bien croire les bonnes paroles du Maréchal. Mais je
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doute. Cette guerre n’est pas comme les précé-dentes. Les hommes n’y respectent plus rien. Une telle violence durera-t-elle longtemps ? Toujours ? Mon père était architecte, un homme sage, heureux en mariage, travailleur, certes taciturne mais cela n’est pas un défaut. Ma mère était une très belle femme, tous ceux qui l’ont connue me l’ont répété à l’envie. Bien entendu, elle ne tra-vaillait pas. Elle s’occupait de sa maison, c’est-à-dire qu’elle la gérait, qu’elle dirigeait les bonnes et le jardinier, ce qui n’est pas toujours simple ni reposant. Ce sont les ouvrières, les grisettes, les paysannes et les filles légères qui vont travailler, se mêler aux hommes, loin du regard de leur entourage, de la sage et prudente protection de leurs parents. Et le résultat en est bien souvent malheureux. J’étais l’aînée. A ma naissance, mes parents étaient encore très jeunes. Une petite sœur na-quit peu après. Une belle maison, un métier respecté, du travail car beaucoup des belles de-meures du voisinage étaient l’œuvre de mon père, de l’aisance. Tout aurait pu être fort sim-ple, facile dans une vie sans histoire. Ce ne fut pas ainsi. Ce n’est jamais ainsi que la vie se passe. L’année où j’eus quatre ans, la fièvre ty-phoïde atteignit notre famille, frappant mon père, ma mère, les bonnes. Nous, les enfants,
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