Valienka Tome I

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Les peuples de Valienka sont en guerre. Les anciennes alliances ne sont plus et de nouvelles se sont créées.

Lyvvi, une créature dépourvue du Don de la Mère et qui a grandi isolée du monde. Elle se retrouve plongée dans les méandres de cette guerre sans en avoir conscience.

Son passé lui apparaît de plus en plus incohérent, mais le futur est d'autant plus flou quand elle comprend que rien ne correspond à ce qu'elle imaginait.

Ses parents adoptifs semblent en savoir bien plus qu'ils ne veulent l'avouer. Sa rencontre avec Umeigan et Ëtiliv bouleverse son monde, tandis qu'Egor décide de prendre le contrôle de son existence.

Et pourtant, Nolwe l'observe faire et à décider de la suivre jusqu'au bout...


Publié le : jeudi 4 juillet 2013
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EAN13 : 9782332560186
Nombre de pages : 326
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ISBN numérique : 978-2-332-56016-2

 

© Edilivre, 2013

Chapitre 1

La Tempête

Les vagues vinrent, dans un bruit assourdissant, s’écraser contre les remparts de la bâtisse. Leur fracas faisant écho à celui de son cœur et de son âme.

Chaque explosion faisait battre plus vite son cœur. Chaque cri des mouettes faisait vibrer son esprit. C’était comme si les éléments, la Mère elle-même, avaient conscience de son tourment, de sa souffrance voulue.

La tempête grandit en intensité, les vagues frappèrent la roche de plus en plus vite, jusqu’à ce que leur martèlement devînt tambour.

Cette musique mortuaire se répercutait dans toute la pièce, brisant le quasi-silence de leur prison. D’eux, pas un cri ne s’échappait, pas un gémissement ne troublait le moment.

Elle ouvrit un moment les yeux, pour voir, à travers les barrières magiques, la majorité de ses compagnons d’infortune la tête baissée de soumission, le regard détourné de honte. Tous avaient la tête rasée, tous ne portaient qu’un mince habit couvrant à peine leur corps. D’eux se détachaient quelques personnes pour qui elle avait développé de l’affection.

Un elfe qui avait eu jadis une longue chevelure de jais et qui, en ce moment, gardait obstinément ses yeux gris loin d’elle, refusant d’observer un spectacle qui le révulsait. Mais aussi un spectacle qui ne lui rappelait que trop ce qu’il avait lui-même vécu quelques heures plus tôt.

Un nain dont la barbe et les cheveux furent un jour céruléens. Assis au plus près de la barrière dans l’expectative de croiser son regard de ses yeux bleus une brève seconde pour tenter de lui insuffler réconfort et force.

Le tour que ses yeux firent de leur prison lui fit croiser un autre regard et elle regretta immédiatement d’avoir ouvert ses paupières. Le regard d’un de ses bourreaux.

Lubrique, salace, plein de désirs.

Il savait que bientôt ce serait son tour. En attendant, il se régalait du spectacle qui s’offrait à lui, en parcourant de ses yeux de sang son corps nu et meurtri par de trop nombreuses blessures, s’arrêtant pas moments sur sa croupe offerte.

Il pouvait alors voir le turgescent membre noir de son compagnon, paré de multiples parements, s’enfoncer toujours plus vite, toujours plus fort dans la chair tendre de leur captive.

Il regardait tout en caressant de ses doigts crochus, dont des griffes longues et aiguisées se détachaient, son membre aussi noir que son corps.

Elle aurait voulu pouvoir crier, hurler, pleurer sa souffrance, mais elle avait compris qu’ils n’attendaient que ça depuis le début. Depuis les six longs mois que durait son tourment.

Mais elle ne pouvait se le permettre. Si elle commençait aujourd’hui à montrer sa douleur, alors elle ne tiendrait pas et finirait par parler, par leur dire ses secrets en espérant qu’ils la libéreraient enfin de sa honte.

Mais elle s’y refusait. Parler signifierait la fin de toute chose, la fin de toute vie.

Leur victoire.

En sentant la semence putride et noirâtre se déverser en elle, elle retint ses vomissements et ses larmes.

Il fallait qu’elle se concentre. Il fallait qu’elle oublie tout ce qui était elle. Il fallait qu’elle ne perde pas un seul instant le rythme de la mélopée que jouaient les vagues au dehors. Rien d’autre ne devait perdurer. Juste cette mélodie, ce roulement avant l’impact, puis l’explosion.

Rien d’autre ne se devait de subsister, ni sa souffrance, ni son corps, ni ses pensées et encore moins son esprit. Elle devait faire abstraction de tout ce qu’elle était.

L’oubli. C’est tout ce qu’elle désirait.

L’oubli, c’est tout ce qui lui restait.

L’oubli. Pour ne pas sentir ces mains qui caressaient son corps, ces griffes qui s’enfonçaient dans la chair tendre de ses hanches. Pour ne pas ouïr les commentaires graveleux de son bourreau qui naissaient peu à peu après qu’il se soit remis de sa fatigue post-coïtale.

Et surtout, faire abstraction du rire cristallin d’Egor qui contrastait avec l’ambiance lugubre qui se dégageait de l’endroit où ils étaient.

– Je te le demande encore. Comment fabrique-t-on les boules de lumières ?

Les vagues, il fallait qu’elle se concentre sur les vagues, elle devait faire abstraction de cette voix mélodieuse qui émanait de ce corps d’une beauté trompeuse.

Un de ses bourreaux lui tira la tête en arrière, la forçant à regarder Egor.

Elle le détailla une nouvelle fois et eut un pincement au cœur en se rappelant la confiance qu’elle avait eu en lui, jadis. Elle s’était fait berner, comme tant d’autres, par la longue chevelure blanche, par les traits jeunes de son visage, son regard d’or et son parfum de pluie d’automne.

Il s’approcha d’elle, saisit son visage d’une main et lui caressa presque tendrement la joue.

– Parle-moi et tes tourments prendront fin. Tout ce que tu as à me dire est comment faire.

Ce regard qui plongea dans le sien, s’insinuant en elle.

La seule réponse qu’elle se résolut à lui donner fut un crachat entre les deux yeux.

C’était toujours la même rengaine. Ils la battaient ou la violaient, dans le but d’affaiblir son esprit, dans le but de la détruire, avant qu’il ne vienne et ne lui pose la même question et sa réponse à elle ne changeait jamais.

Près de six mois que l’histoire se répétait inlassablement. Ne comprenait-il donc pas que jamais elle ne parlerait ? Que jamais elle ne l’aiderait ? Qu’elle préférait sa mort à celle de milliers d’autres ?

– Tu ne changeras donc jamais… Comme tu le voudras… Kloz, c’est ton tour.

Le Sk’ia qui attendait son tour depuis tout à l’heure ne se fit pas prier et dans un mouvement sec et brutal s’enfonça dans le corps chaud et meurtri de Lyvvi.

Chapitre 2

Lyvvi

Irielle était une diétia d’âge mûr, mais de celles rendues belles par l’âge, d’une beauté naturelle jalousée par les femmes de la ville d’à côté. Elle avait une chevelure qui jadis avait été brune mais qui maintenant, striée de blanc et de gris, faisait écho à son regard de pluie.

Irielle avait une passion, la science. Un savoir décrié et jugé désuet par le monde entier car inutile quand la Mère donnait le Don à tous ses enfants. Alors, à quoi bon savoir qu’une pierre frottée contre une autre pouvait allumer un feu quand d’un simple geste de la main on pouvait le faire ?

Malgré tout, Irielle s’en passionnait et quand elle ne travaillait pas dans son potager, qui suffisait à lui seul à les nourrir elle et son mari, elle s’adonnait à sa passion sous son regard bienveillant.

Son compagnon, lui, avait été rendu aigri par la guerre qui avait lieu depuis déjà plusieurs siècles et à laquelle il avait dû participer durant sa jeunesse, n’en retirant pour toute victoire qu’une blessure inguérissable à la jambe droite, le forçant à marcher le moins possible et en claudiquant.

La mort de ses deux fils, quelques décennies plus tôt, l’avait rendu amer. Tous deux furent tués dans les combats qui faisaient rages depuis bien trop longtemps déjà.

Il était désagréable avec une grande partie des gens qu’il rencontrait et, tout comme sa compagne, refusait d’entendre parler de la période sombre qui ravageait leur monde. Après tout, ils n’étaient que de simples gens et ne comprenaient pas en quoi les troubles et les dissidences des grands devaient les concerner.

Ce fut par un doux matin pluvieux de printemps qu’elle la trouva, enveloppée dans une vielle cape élimée. Elle dormait paisiblement, suçant son auriculaire. L’enfant était allongée sous un arbre à l’orée de la forêt d’argent, la tête dans le creux d’une des racines striées d’or blanc. Elle ne devait pas avoir plus de trois ou quatre ans, elle avait de longs cheveux couleur de sang et une peau d’un blanc laiteux.

Irielle eut pour premier geste de reculer face à cette enfant dont la peau crayeuse contrastait tellement avec la sienne et celle de ses congénères qui était d’un doré chatoyant.

Malgré son effroi premier, elle s’en approcha comme elle aurait approché d’un animal sauvage et s’accroupit à côté d’elle. Délicatement, elle posa la main sur le visage famélique et commença à caresser les cheveux sales et humides. Après quelques secondes, son regard gris plongea dans deux yeux d’émeraude papillonnant.

– Bonjour enfant, comment te nommes-tu ?

Elle vit alors l’enfant froncer ses frêles sourcils avant de lui répondre qu’elle l’ignorait. Si Irielle fut troublée par cette réponse, elle n’en montra rien.

– As-tu faim ? lui demanda-t-elle.

– Oui, madame, lui répondit l’enfant.

– Appelle-moi Irielle.

La diétia se mit à fouiller dans la sacoche qu’elle emportait toujours avec elle et en ressortit quelques essiors d’un bleu océan qu’elle donna à l’enfant. Ce faisant et pendant que la petite fille mangeait, elle lui posa quelques questions. Après plusieurs minutes il devint évident que la fillette ne savait pas qui elle était, d’où elle venait, ce qu’elle faisait ici et où étaient ses parents.

Quand elle eut fini de se nourrir, Irielle l’aida à se mettre debout et, ensemble, ils allèrent vers la petite masure du couple.

Lorsque Wilfrik les vit arriver, il ne posa aucune question à sa compagne et l’aida à préparer une couche pour l’enfant dans leur chambre.

Ce ne fut qu’une fois qu’elle fut endormie dans la pièce d’à côté qu’il la questionna sur son origine autour d’une tasse d’hydromel. La diétia, peinée, lui raconta alors comment elle l’avait trouvée et le fait que l’enfant n’avait aucun souvenir de qui elle était. Elle se rappelait juste s’être réveillée sous ses caresses.

– Demain j’irai à la ville voir si une enfant a disparu, dit Wilfrik.

– Ce ne serait pas raisonnable avec votre jambe de parcourir tous ces kilomètres, j’irai, lui répondit Irielle.

– Je peux le faire, renchérit son mari ne supportant pas d’être traité comme un infirme.

– Soyez raisonnable, restez plutôt avec l’enfant.

Wilfrik garda le silence un moment avant de hocher la tête en signe d’assentiment. Il savait pertinemment que de toute manière sa compagne aurait le dernier mot.

Le lendemain soir ce fut la mine sombre qu’Irielle revint dans son foyer. Elle avait passé des heures à questionner des gens qui ne cessaient de lui répondre avec mépris qu’ils ignoraient qui était cette enfant et que selon ses dires et sa description, un être aussi étrange ne devait pas vivre et qu’elle devait la remettre là où elle l’avait trouvé, bien que ça ne les étonnât pas qu’une diétia comme elle attire le mal d’Ioureg.

Ce fut le mal au cœur et l’esprit troublé qu’elle rentra chez elle. Mais sa souffrance disparut aussitôt qu’elle entendit un rire cristallin suivi de celui, grave et si rare, de son compagnon.

En entrant dans le jardin, elle vit Wilfrik qui s’amusait à faire apparaître des fées de toutes les couleurs qui allaient danser autour de la fillette.

Lorsqu’il croisa le regard de sa compagne, il comprit que sa quête avait été veine. Si l’enfant avait eu un jour des parents, ils n’étaient pas d’ici, ou s’ils l’étaient, ils l’avaient purement et simplement abandonnée dans la nature. Mais, malgré tout, cela n’expliquait pas l’ignorance qu’elle avait d’elle-même.

– Dis-moi, enfant, quel nom désirerais-tu avoir ? demanda Wilfrik à la fillette.

– Je ne sais pas, je ne connais pas de noms, répondit-elle.

– Que penses-tu de… Lyvvi, enfant ? lui demanda Irielle.

– C’est joli. J’aime beaucoup madame Irielle, fit l’enfant sans nom.

– Bien alors, Lyvvi sera ton nom.

Plus tard dans la soirée, alors que Lyvvi dormait, Wilfrik parla à sa compagne. Il pensait savoir pourquoi l’enfant avait été abandonnée : la Mère ne lui avait pas donné le Don.

Chapitre 3

Délivrance

Se battre encore et toujours. Malgré le corps hurlant sa souffrance, malgré la fatigue qui emprisonnait ses muscles et son esprit. Frapper, écraser sa chair contre le corps en face de soi. Éviter les coups qui nous arrivent dessus. Ne pas perdre son attention. Ne pas se faire avoir. Ruser. Regarder autour de soi. Chercher une solution qui nous sortirait de là.

Lyvvi en était lasse. Elle ne voulait plus avoir à se battre pour le plaisir de ces créatures qui hurlaient tout autour d’elle, l’insultant quand elle touchait son adversaire, lui crachant dessus quand elle passait à proximité d’eux, ou lui lançant divers objets ou fruits pourris pour la déconcentrer et laisser à le Sk’ia qui lui faisait face une opportunité de la frapper.

Dans un moment d’inattention elle se prit le poing de son adversaire dans les côtes et eut le souffle coupé. Son ennemi en profita pour la plaquer au sol, mais ne fut pas assez rapide pour lui emprisonner les mains, alors à son tour Lyvvi le frappa et d’un mouvement de bassin, souleva la masse de chair au-dessus d’elle et renversa la situation.

Elle ne fit pas la même erreur que son adversaire et dès qu’elle fut sur lui elle commença à le rouer de coups visant son visage et sa gorge.

Ses poings s’écrasèrent sur la mâchoire, le menton, les pommettes de ce dernier. Éclatant la peau, découvrant les muscles. Rapidement ses mains furent recouvertes d’un sang noirâtre, son visage fut éclaboussé lorsqu’elle déchira l’arcade de son ennemi.

Elle n’était plus que fureur et violence. Elle n’entendait plus rien autour d’elle, elle ne sentait plus la souffrance de ses muscles. Enfin, ses longues minutes de frustration et de douleur pouvaient être extirpées de son corps.

Elle disparaissait à travers la punition qu’elle infligeait à cette immonde créature, la peine qu’elle lui causait.

Ce ne fut que lorsqu’elle entendit le gong qui couvrit les cris déchaînés des spectateurs qu’elle arrêta et se releva dans un automatisme qu’elle avait acquis durant les longs mois qu’elle combattait dans cette arène. Rapidement, deux Sk’iasi vinrent la saisir pour la ramener dans sa cage.

Elle y fut lancée sans ménagement et elle alla s’écraser avec force sur le sol. Elle vit du coin de l’œil que les gardes reposaient la pierre qui scellait magiquement les différentes cellules présentes dans la pièce.

Elle était enfin de retour dans son cachot. Et, bien qu’il représentât sa perte de liberté, la perte de sa vie, c’était l’endroit qu’elle préférait dans cette cité. Ici, pas de combat, pas de douleur. Tans qu’elle était derrière cette fine barrière magique rien ne lui arriverait.

Malgré tout, elle ne put s’empêcher de froncer le nez lorsqu’elle respira l’air emprunt d’odeur de sang, de sueur, de vomi et des excréments qui exsudaient des cachots dans lesquels était disposée une multitude de petites enclaves comme la sienne.

– Comment te sens-tu ? demanda l’elfe.

– Question idiote, Cellendhyl… Mais j’ai connu bien pire, lui répondit Lyvvi.

– Ils vont bientôt venir pour t’interroger, l’informa Orin le nain.

– Je sais…

Elle était fatiguée. Fatiguée d’être ici, fatiguée de devoir contrôler sa peur, sa douleur, ses cris, ses larmes. Elle était fatiguée de devoir se battre tous les jours contre des adversaires plus grands et plus forts qu’elle. Fatiguée de se faire battre, violer et torturer après. Fatiguée de devoir répondre à des questions.

– Tu devrais parler. Peut-être te donneront-ils alors la délivrance, reprit Cellendhyl.

La délivrance, elle en rêvait. Ne plus avoir à souffrir, ne plus avoir le sang lui collant à la peau, suintant de ses blessures, de son intimité, de ses fesses.

Oh, qu’est-ce qu’elle en rêvait. Accueillir la délivrance pour aller rejoindre la Mère dans l’autre monde. Un monde de paix, sans guerre, sans combat, sans question. Mais elle voulait encore vivre. Pouvoir goûter à nouveau au bonheur simple de la vie. Boire sans restriction, manger autre chose que de la soupe infâme, respirer l’air pur, mais surtout se venger.

Mais elle n’abandonnerait pas. Elle avait fait une promesse et elle la tiendrait. Et si pour ça il fallait qu’elle souffre encore quelques heures, jours, mois, alors elle souffrirait, en silence. Parce que sa mère le lui avait demandé, parce qu’elle ne pouvait accepter qu’ils gagnent, parce que la haine qu’elle avait dans le cœur l’empêcherait de mourir paisiblement.

Non, elle resterait et se battrait jusqu’à la fin. Jusqu’à ce que leurs rires n’atteignent plus aucune oreille, jusqu’à leur délivrance.

Si la Mère lui donnait la force et le courage, elle se vengerait et même un dragon noir ne pourrait l’arrêter.

– Jamais. Je ne peux me le permettre, vous le savez, lui répondit Lyvvi.

– Lyvvi…, commença Orin.

– Non. Il n’est pas question que je parle. Je ne pourrais vivre, ou mourir en paix en sachant les conséquences que cela pourrait avoir… Et puis, cela fait depuis trop longtemps que je suis ici à subir leur traitement, ce n’est pas pour craquer maintenant. J’ai tenu six mois. Je peux tenir encore longtemps… déclara-t-elle.

– Ils ne te laisseront jamais en paix tant que tu n’auras pas parlé, renchérit Cellendhyl sous les hochements de tête d’Orin.

– Sûrement. Mais je ne compte pas rester là indéfiniment. J’ai peut-être une idée pour nous sortir d’ici, fit-elle catégorique.

– Et on peut savoir quelle est cette idée ? demanda le nain.

– Vous le saurez bien assez tôt, conclut Lyvvi d’un ton ne souffrant aucune réplique. Maintenant je vais dormir.

Ce faisant elle s’allongea sur la paillasse froide de sa cellule, resserrant ses jambes autour de son corps et tentant de reprendre quelques forces après le combat qu’elle avait mené, serrant dans ses mains un pendentif que seule elle pouvait voir.

Ce fut le grincement de la porte en bois massif qui bloquait l’endroit où ils étaient enfermés qui la réveilla peu de temps plus tard.

Ils savaient déjà ce qui allait se passer, c’était tous les jours la même chose. L’un d’eux allait être sorti de sa cellule pour se faire torturer sous le regard des autres, mais surtout sous celui de Lyvvi. Ils allaient la forcer à regarder une personne se faire maltraiter dans l’espoir que sa compassion la fasse parler. Qu’elle leur dise comment créer cette poudre qui pouvait briser des pierres.

Mais comme depuis six mois qu’elle était là, elle gardera le silence, des excuses plein les yeux.

Aujourd’hui, c’était le tour d’une elfe qui était arrivée quelques semaines plus tôt avec son enfant. Lyvvi se retint de vomir le peu de bile qu’elle avait dans l’estomac en revoyant le visage tordu de douleur et d’effroi de ce dernier.

L’heure du repas approchait. Il était toujours apporté par deux diétiés qui avaient rejoint délibérément les rangs d’Egor.

Lorsque Lyvvi les vit arriver, elle sut que c’était le moment de mettre son plan en marche. Elle les avait longtemps observés et n’avait pas manqué le désir suintant de tous leurs pores lorsqu’elle était nue.

Lentement, elle se leva et attendit que vienne son tour d’être servie.

L’un des mâles désactiva la barrière de sa cellule en passant sa main devant la pierre rouge qui se mit à briller légèrement. Une fois qu’ils furent à l’intérieur, l’un d’eux la tint en respect avec son arme, l’autre déposa son bol de soupe au sol. Quand ils se retournèrent pour sortir elle parla.

– Ne voulez-vous donc pas aussi en profiter ? demanda-t-elle.

– Profiter de quoi, chienne, répondit le diétié qui la menaçait plus tôt de son épée.

– Ne fais pas l’idiot. Crois-tu que je n’ai pas vu votre regard sur moi quand ils me prennent ? Crois-tu que je n’ai pas vu le désir dans vos yeux ? les questionna-t-elle.

Tout en parlant, elle s’approcha lentement des deux diétiés, d’une démarche sensuelle, détachant peu à peu sa tunique. Avec satisfaction, elle vit le désir naître, leurs pupilles se dilater et leurs regards parcourir ses formes restantes, se régalant de chaque centimètre de peau qu’elle dévoilait. Lorsqu’elle défit complètement les lacets qui retenaient sa fine chemise de lin noir, la jetant au sol, l’un d’eux commença à s’approcher. Puis elle commença à défaire le bandage qui maintenait sa poitrine.

– C’est p’t-être un piège, dit l’un des deux diétiés d’une voix rauque.

– Sûrement, mais je veux pouvoir baiser au moins une fois cette… chose, répondit le second.

– Vous le voulez, pourquoi hésiter ? Il n’y aura pas de seconde chance. Ne vous en faites pas, nul ne saura que vous n’avez pas respecté l’ordre de ne pas me toucher. Ce sera notre petit secret, leur dit-elle d’une voix toujours sensuelle.

Elle les vit douter encore un peu, mais lorsque son bandage révéla complètement sa poitrine pâle, son corps strié par endroits de cicatrices ou de bleus, ils mirent leurs doutes de côté et s’adressèrent au reste des prisonniers les enjoignant à ne pas dire mot ou ils leur feraient payer.

Les deux diétiés commencèrent à défaire leur ceinture, déposant leurs armes sur le côté de la cellule, puis s’approchèrent enfin d’elle.

Elle put alors sentir leurs mains parcourir son corps, caresser son dos, sa poitrine, s’amusant à appuyer sur ses plaies. Elle retint à temps des gémissements de douleur et se laissa faire. L’un d’eux lui défit son pantalon et l’allongea au sol, la força à écarter les jambes en grand. Pendant ce temps, l’autre s’était complètement déshabillé et s’approchait d’elle pour qu’elle caresse son membre gorgé de sang.

Lyvvi le caressa longuement jouant de la vitesse de sa main pour lui donner du plaisir, pendant que l’autre était entre ses cuisses et embrassait longuement son intimité, baissant en même temps ses propres braies. Au moment où il se releva pour la pénétrer, l’autre approcha son sexe de sa bouche et la força à l’avaler. Lyvvi n’attendait que ça pour passer à l’action et au moment où le sexe pénétra sa bouche elle mordit d’un grand coup la chair tendue tout en donnant un puissant coup de genoux dans les côtes de celui qui comptait la pénétrer.

Sous la douleur, le diétié qu’elle avait mordu lui donna un grand coup au visage avant d’aller s’écraser au sol hurlant de douleur. Le second plus prompt à se remettre tenta à son tour de la frapper, mais la souffrance avait troublé son regard et l’avait rendu plus lent. Lyvvi en profita pour passer au-dessus de lui d’un coup de bassin, dans l’espoir de pouvoir lui briser la nuque d’un mouvement expert. Malheureusement, l’homme prit bien vite conscience de ce qui se passait et la frappa au visage. Sous la force du coup, Lyvvi bascula sur le côté. Elle vit à temps le second coup venir et se décala en roulant sur elle-même. Sans quitter le sol, elle faucha les jambes de son adversaire qui vint de nouveau s’écraser contre celui-ci. Réagissant vite, comme elle avait appris lors des combats dans l’arène, elle se releva. Au moment où elle allait le frapper dans les parties, il se releva, l’attrapa par un bras et l’envoya contre le mur de pierre, son dos le frappant violemment. Malgré l’étourdissement, Lyvvi vit le coup-de-poing venir vers son estomac et elle glissa de côté. La main frappa le mur dans un craquement sourd. Dans un mouvement coordonné, elle attrapa la tête du diétié entre ses deux mains et elle alla l’écraser contre son genou. Sans perdre une seconde, elle fit s’écraser plusieurs fois la tête de son tortionnaire contre le mur de pierre et ce, jusqu’à ce que son visage ne ressemble plus qu’à un amas de chair inidentifiable.

Pendant ce temps, l’autre garde s’était remis de sa douleur et surprit Lyvvi en l’attrapant par-derrière, à peine en avait-elle fini avec le premier. Il la souleva et l’envoya valdinguer contre le mur. Une nouvelle fois étourdie, elle mit quelques secondes pour s’en remettre, malheureuses secondes dont le garde profita pour la jeter par terre et s’asseoir sur elle la frappant deux fois au visage. Il fit l’erreur de croire qu’elle était inconsciente et se releva, pour se retrouver immédiatement au sol fauché par les jambes de Lyvvi qui le retourna rapidement, saisit sa tête et la fit violemment pivoter à droite. Un craquement sourd lui signala que le soldat était mort.

Malgré son affaiblissement et sa vue trouble, elle attrapa rapidement une dague des gardes et l’utilisa pour trancher la gorge des deux diétiés par mesure de précaution. Elle se rhabilla rapidement. Chaque seconde comptait.

Une fois son bandage fait et ses braies remises elle alla ramasser les armes restantes des cadavres et passa l’une des ceintures contenant de longs couteaux à sa taille.

Elle sortit de sa cellule et se dirigea vers celle de Cellendhyl qui était juste en face d’elle. Elle tira l’un des couteaux et avec violence alla le faire s’écraser contre le rubis qui se brisa en deux détruisant ainsi la barrière. Celui-ci sortit immédiatement, récupéra la seconde ceinture d’arme et aida Lyvvi à briser toutes les barrières qui retenaient les autres prisonniers.

– Et maintenant, tu as un plan ? demanda Orin.

– Sortir d’ici, répondit Lyvvi.

– Vous savez comment sortir d’ici, dame blanche ? la questionna une naine.

– Euh… Je crois que… commença Lyvvi, mais elle s’arrêta rapidement en voyant les visages paniqués autour d’elle, elle ne devait pas croire elle devait être sûre. Elle prit une longue inspiration avant de déclarer :

– Suivez-moi.

Elle prit alors la direction du petit groupe hétéroclite que composaient les prisonniers. Il y avait, en plus de Lyvvi, trois diétiés : une diétia, son enfant et un diétié ; deux elfes, celle qui s’était fait torturer plus tôt et Cellendhyl ; et trois nains, deux mâles, dont Orin, et une femme.

Elle s’adossa à l’un des battants de la porte pendant que Cellendhyl et Orin se mirent en face d’elle. Lentement, elle ouvrit le premier battant le tirant vers elle tout en faisant signe aux deux autres de regarder à travers la petite ouverture. Orin ouvrit la main en montrant deux doigts, puis les replia et désigna les deux côtés de la porte. Avec un signe de tête, elle lui signifia qu’elle avait compris et lentement sortit les deux dagues de leur fourreau, en donna une à Orin, pendant que Cellendhyl sortait l’épée qu’il avait prise auparavant.

Ils firent signe aux autres de reculer vers le fond de la pièce et petit à petit ils ouvrirent la large porte en espérant faire le moins de bruit possible pour ne pas alerter les Sk’iasi. Dès que l’ouverture fut suffisante, Lyvvi et Cellendhyl passèrent à travers et, aussi silencieusement qu’ils le pouvaient, se glissèrent derrière chacun des gardes.

– Hey, connard regarde par là, dit Orin.

À peine les gardes eurent-ils esquissé un mouvement pour se tourner vers lui que Lyvvi et Cellendhyl les embrochèrent.

– C’était inutile nain, lui dit Cellendhyl.

– Ouais, mais plaisant, l’elfe, répondit Orin avec un sourire.

Chapitre 4

La haine de l’ignorant

Lyvvi était tout excitée. Cela faisait depuis hier midi qu’elle attendait ce moment. Elle allait enfin pouvoir aller à la ville. Ce serait sa première fois. La première fois qu’elle quitterait la chaumière et ses environs. Non pas qu’elle n’aimait pas sa maison, mais elle la connaissait par cœur, tout comme les bois qui se trouvaient aux alentours, depuis les quatre longues années qu’elle les parcourait.

Elle était si heureuse de pouvoir quitter au moins quelques heures cet endroit et découvrir un autre monde. Ce n’est pas comme si Irielle et Wilfrik étaient étouffants, mais presque. Elle ne pouvait presque rien faire sans qu’ils ne la surveillent. Les seuls moments où ils la laissaient tranquille, c’était quand elle allait se promener dans les bois à la recherche de champignons ou d’essiors. Elle espérait qu’Irielle la laisserait un peu parler avec d’autres personnes.

Et puis, pour ne rien gâcher à sa bonne humeur, hier elle avait réussi pour la première fois à allumer seule un feu avec les deux pierres que lui avait fournies Irielle. Elle avait été si heureuse en voyant la fierté brûler dans les yeux de ses parents adoptifs.

De plus, Irielle lui avait dit qu’elle rencontrerait sûrement d’autres enfants. Elle n’avait jamais vu d’autres enfants. Elle était curieuse. À quoi ça ressemblait un autre enfant ? Est-ce qu’ils avaient comme elle la peau laiteuse ? Les cheveux de sang ?

Irielle disait que non, qu’ils ressemblaient plus à elle et son mari. Mais Lyvvi ne les croyait pas. Après tout, si elle était une enfant tous les autres devaient lui ressembler. Non ? Pourquoi serait-elle la seule à avoir cette apparence ?

Et puis, même s’ils n’étaient pas comme elle, qu’est-ce que ça changerait ? Hein ? Ce n’était pas comme si elle était un de ces monstres des légendes. Comment Wilfrik les appelait-il déjà ? Ah oui, des Sk’iasi. Elle était bien heureuse qu’ils aient tous été éradiqués de la surface de Valienka lors de la grande guerre d’il y a mille ans.

– Irielle ! Irielle ! Il est l’heure ! La Mère nous éclaire de sa lumière ! Il faut y aller !

Un léger grognement lui répondit à travers la cloison de bois qui la séparait de la chambre de ses parents adoptifs. Grognement qui déclencha le rire cristallin de l’enfant. Suivi de longues minutes où Lyvvi ne cessait de faire des allers-retours entre l’entrée de la maison et la porte de la chambre enjoignant à chaque fois Irielle de se dépêcher. Ce ne fut qu’après de longues minutes, qui parurent une éternité à la fillette, qu’Irielle apparut habillée de sa tunique bleue épaisse et d’un pantalon, suivie de près par Wilfrik.

Ce dernier s’approcha d’ailleurs d’elle pendant qu’Irielle faisait chauffer le thé.

– Lyvvi… Lyvvi, écoute-moi s’il te plaît, lui demanda Wilfrik, pendant que sa compagne les servait. J’aimerais te parler de quelque chose. Tu sais que tu n’es pas notre enfant biologique.

– Bien sûr que je le sais Wilfrik, mais pourquoi vous me parlez de ça, répondit avec un froncement de sourcil Lyvvi.

– Parce que, comme tu as pu le remarquer, nous ne sommes pas comme toi physiquement. Je n’avais jamais vu quelqu’un te ressembler avant. Aucun diétié, aucun elfe, aucun nain, ne te ressemble. Tu es unique et spéciale, lui dit-il.

– Vous parlez du fait que je n’ai pas le Don ? questionna-t-elle.

– Oui, mais pas que de ça. Écoute, c’est difficile à expliquer, mais j’aimerais te prévenir que les personnes que tu risques de rencontrer en ville pourront se comporter de manière malpolie et méchante avec toi.

– Pourquoi Wilfrik ?

– Parce que les êtres vivants, qu’ils soient elfes, nains ou diétiés, peuvent être bien stupides parfois, répondit Irielle à la place de son mari. La majorité d’entre eux ne comprennent pas que ce n’est parce que quelqu’un est différent d’eux par son apparence, ses croyances ou son niveau social, que cela fait de lui un monstre bon à être tué ou pire.

– Pire que la mort ? Rien n’est pire que la mort, affirma-t-elle avec innocence.

– Crois-nous Lyvvi, quand on te dit que des choses sont pires que le voyage vers Ioureg. Mais tu es bien trop jeune pour le comprendre. Maintenant, viens là et fais-moi un bisou, il faut que vous y alliez, fit doucement Wilfrik.

Elles mirent un couple d’heures pour arriver à la ville, les petites jambes de Lyvvi ne leur permettant pas d’aller plus vite. Rapidement, son excitation avait laissé place à un silence expectatif de la part de la petite fille. Elle ne cessait de se demander ce que signifiait ce que lui avait dit Wilfrik et surtout sentait la peur naître en elle.

Elle était effrayée par ce monde inconnu qu’elle allait découvrir, mais surtout elle avait peur que les autres la rejettent et la traitent de monstre.

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