Vent de galerne sur la Loire

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Au XIXe siècle Rosalie habite Combleux, village entre Loire et canal. Fille de paysans, elle partage les joies et les attentes des femmes de mariniers. L'histoire de cette jeune femme se confond avec le développement économique du pays.

Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782368000519
Nombre de pages : 150
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Extrait



Marie arriva comme chaque soir, à la nuit tombante. Après sa journée de travail au château, elle était heureuse de retrouver ses trois filles. C’était une petite femme brune, assez ronde, très vive et toujours souriante, maternelle avec sonmari comme avec ses enfants. Peu de temps après, Étienne et son fils entrèrent, accompagnés d’une bourrasque de vent qui fit tourbillonner quelques feuilles mortes sur le seuil et jusque dans la salle. Ils posèrent leurs outils dans un coin. Tout de suite, le père se laissa tomber lourdement sur le banc, devant son écuelle déjà disposée sur la grande table. Il n’aimait pas attendre, le repas de midi avait été frugal, pris sur le pouce dans les champs, et les deux hommes étaient affamés.


Étienne était grand, sec, un peu voûté, comme s’il avait eu honte de sa taille.Àquarante ans, il était déjà courbé par le travail de la terre et semblait porter sur ses épaules toute la lassitude de ses journées harassantes. Assez taci- turne, il parlait peu, il n’élevait la voix que pour demander à être servi ou réprimander les enfants trop bruyants. Mais au demeurant, il était plus timide queméchant. Pour tout ce qui était de lamaison, il s’en remettait à sa femme, Marie. Il est vrai qu’elle s’y entendait et n’avait pas les deux pieds dans lemême sabot ! Rosalie craignait un peu le père quand il semettait en colère, cela ne durait jamais bien longtemps. Elle se tenait assez sage quand il était là, mais le plus souvent sa nature reprenait le dessus et elle ne pouvait s’empêcher de sauter et de chanter, entraînant sa petite soeur dans une ronde effrénée, tandis que Marie leur faisait les gros yeux derrière le dos d’Étienne.


Le fils aîné, Étienne, comme le père, était surnommé Tiennou. C’était un homme à présent avec ses seize ans ! Grand et blond commeMarie-Agnès,mince comme son pèremais tout demême fort pour son âge, il était toute la journée aux champs ou à la vigne. Ils n’étaient pas trop de deux pour faire vivre toute lamaisonnée et Tiennou avait connu le travail de bonne heure, trop heureux d’échapper à l’école qui ne lui plaisait guère. Pour cela, il ressemblait bien à son père, mais, bien que timide, il était moins taciturne que lui. Il aimait rire avec ses soeurs ou aller à la pêche avec quelque copain quand le travail ne pressait pas trop. D’ailleurs la mère l’y encourageait, heureuse quand une belle prise venait améliorer l’ordinaire de temps à autre. Et quand la journée avait été bonne et que goujons et ablettes frétillaient dans sa bourriche, Tiennou allait les porter à l’auberge où la mère Victoire ne les refusait jamais et le jeune homme était tout fier de rapporter quelques piécettes à la maison.
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