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Vie?

De
138 pages
Ce recueil de nouvelles s'achève en apparence comme il a commencé. En plein coeur, le texte qui lui a donné son nom nous mène dans une impasse dont nous sommes plusieurs à partager la découverte: "Le bonheur ? Il s'écrit toujours en minuscules, jamais en lettres de feu". Je préfère ça à des hymnes trop appuyés à la vie. Seul le héros de ces nouvelles parvient à se soustraire à la médiocrité du monde réel qu'il n'a jamais accepté. Surgi de nulle part, il y retourne. Et bien que lui-même ne croie en rien, on ne peut s'empêcher de croire en sa rédemption. Au final, la description de l'absurde donnée par Régis Belloeil n'est pas dépourvue de tout espoir. Après tant de cauchemars, il est permis de rêver à l'absence de rêves. PATRICE MALTAVERNE
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NOUVE LLE S
Le Manuscr it w w w . m anuscr it . com
© É ditions Le Manuscrit, 2004 20, rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@ manuscrit.com ISBN : 2748145933 (fichier numérique) ISBN : 2748145925 (livre imprimé)
R E G I S B E L L O E I L
LA PRISON SANS MUR Je suis un prisonnier. Je dois être un homme mauvais, puisque l’on m’a enfermé. J’ignore pourquoi on me laisse pourrir dans cette cellule. Cela fait si longtemps. Je ne sais plus. L’impression de n’avoir jamais vécu en dehors de cette petite pièce, mais une chance, malgré tout : celle d’être seul. Personne pour m’emmerder. Personne à qui parler. Alors, j’écris, pour signifier mon isolement au monde entier. Bien entendu, cela n’intéresse personne, mais peu importe. Je dois le faire pour me convaincre que j’existe encore, que je ne suis pas vraiment mort.  Je cherche à voir clair en moimême. Je réfléchis. Que faire d’autre, dans ce trou ? Je m’ennuie, alors je réfléchis. Ou je me branle. Bien sûr. E n fonction de mon humeur, de mon envie. J’ai souvent envie. Parfois, également, j’observe mon visage dans le miroir accroché audessus du lavabo. Souvent, je ne me reconnais pas.  Tout est prison, en moi comme autour de moi : mes rêves, mes souvenirs… Tout est cendres, incendies mal éteints ; vie larvaire, empoisonnée…  J’aimerais qu’on me dise de quel crime je me suis rendu coupable. J’aimerais me rappeler, je pense que cela me soulagerait. Je sais que ce n’est pas de ma
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V I E ?
faute. Je suis innocent parce qu’avant cette cellule, j’étais déjà enfermé. Dans une prison dont j’étais le seul à voir les murs.  Je ne demande pourtant rien, ou si peu. Ni gloire, ni argent, pas même de l’amour ou de la compassion. Simplement un peu d’espoir. Sans doute estce déjà trop. Comment aije fait pour en arriver là ? Je redoute la réponse, alors je m’abstiens de la chercher. Je me contente de faire revivre des bribes de ce passé qui ne veut pas mourir. Je me souviens de beaucoup de choses, mais pas de mon crime. E trange, ça… Seulement, le rappel d’une sensation désagréable, comme si j’avais été torpillé, abattu en plein vol, ou broyé de l’intérieur…  Peutêtre aije manqué un virage, un tournant capital dans mon existence. Mais où, bordel de Dieu ? E t quand ? ? ?  Je préfère nier l’évidence, parce qu’elle est si grossière, si énorme, qu’elle constitue une insulte susceptible de me détruire. L’orgueil et la malchance ne peuvent pas tout expliquer. Je refuse d’admettre que ce soit aussi simple.  Le hasard a certes souvent guidé dangereusement ma vie, vers des impasses et des puits sans fonds où la lumière ne pénètre pas. Qu’on le nomme chance ou malchance, Dieu ou destin, il est préférable de laisser le hasard en dehors de son existence, tout simplement parce qu’il est la cause principale de la vie, du rêve éveillé. E t de la mort.  Lorsqu’on me libérera, je devrai changer de vie pour ne pas retourner dans cette putain de cellule. J’ignore si j’en serai capable.
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