Vie d'immortelle, tourments éternels

De
Publié par

Quand Madeline-Rose, vampire depuis plusieurs décennies, rencontre l'humain Jonathan, la passion les consume. Lui cachant d’abord son secret, les doutes la rongent à l'idée qu'elle soit contrainte à quitter l'homme qu'elle aime. Mais ni la soif de sang qui la dévore, ni son lourd passé ne parviennent à les séparer.
L'Obsession mêlée aux sentiments va faire basculer les choses, et leur amour interdit va déchainer des événements plus forts qu'eux.


Publié le : mercredi 16 octobre 2013
Lecture(s) : 20
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332602992
Nombre de pages : 342
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-60297-8

 

© Edilivre, 2014

Partie 1 :

L’amour

Chapitre 1 :
Rentrée

Rien ne m’a jamais paru aussi ennuyeux que d’aller à l’école. Je commence à en avoir assez de toujours apprendre la même chose, encore, encore et encore. C’est vraiment lassant. Espérons qu’aujourd’hui changera un peu avec mon arrivée. Je n’ai pas vraiment envie d’y aller… mais ai-je le choix ? C’est pourtant ce qu’on veut de moi, ce qu’on a toujours voulu de moi ; que je m’intègre.

Parcourant les interminables couloirs de ce lycée qui allait à présent être le mien, je m’arrêtai enfin devant la salle 302. La petite fenêtre de la porte me permit de voir une classe d’une petite trentaine d’élèves dont aucun ne devait dépasser les dix-huit ans. Je vérifiai rapidement mon reflet, rajustai mes longs cheveux châtains sur mes épaules, et finis par ouvrir la porte.

Aussitôt, tous les regards se posèrent sur moi. Qu’est-ce que j’ai horreur de ça ! Le prof, d’une bonne trentaine d’années, Mr Starc d’après mon emploi du temps, s’éclaircit la gorge et tous retournèrent à leur besogne, me laissant le loisir de m’approcher sans être reluquer. Je tendis mon papier au prof, qui me présentait brièvement, – très brièvement –, et qui me donnait l’autorisation de suivre ses cours ainsi que d’avoir droit aux manuels gratuitement en attendant que je puisse me fournir les miens. Mr Starc hocha la tête en me désignant la seule place vacante de la pièce, au fond de la salle. Ça change…

En passant à travers une rangée de table, je pus voir pourquoi la classe était tellement silencieuse ; ils étaient en pleine interrogation écrite. Je m’assis à ma place, me laissant choir sur mon siège. Allez, plus que quarante-cinq minutes à attendre…

Je me permis de détailler les élèves pour me faire passer le temps. Je commençai par une fille, blonde comme les blés, très mince… et toute plate. Le genre de fille qui se croit magnifique parce qu’elle fait partie du club de pom-pom girl. Suivant.

Un mec, plutôt bien bâtit, de larges épaules qui tirent sur un tee-shirt bleu clair. Un type genre quaterback. A vu de nez, je dirais qu’il fait plus d’un mètre quatre-vingt et pas loin de quatre-vingt dix kilos.

Je les reluquai un à un, m’attardant sur certain, passant vite fait sur d’autres. Arrivée au dernier, qui occupait la table à côté de la mienne, je marquai une petite pose. C’était le seul à ne pas avoir posé les yeux sur moi plus de deux secondes à mon arrivée. Il avait des cheveux châtains de plusieurs centimètres, sombres, à la limite du noir, coiffés dans tous les sens, une mèche revenait sur son front de temps en temps. Il passait souvent les doigts, nerveusement sans doute, chassant cette mèche comme si elle l’énervait, l’empêchait de se concentrer. Je pouvais apercevoir la couleur de ses yeux de là où je me trouvais ; ils étaient noisette.

Je me penchai légèrement dans sa direction, voyant qu’il butait sur une question depuis un moment. J’eus un sourire en découvrant le sujet. Presque trop facile : la signification du bleu du drapeau français.

– Royauté, lui soufflai-je doucement.

Ses yeux se levèrent de sa feuille, qu’il avait fixée avec une telle concentration qu’il avait la marque de ses rides sur le front, et il me regarda avec étonnement. Ses prunelles étaient teintées de pigments noirs et dorés près de l’iris, rendant la couleur moins ennuyeuse, plus envoûtante. Je lui adressai un petit sourire complice avant de me rassoir correctement. Je le vis gratter ma réponse à toute vitesse dans ma vision périphérique et continuer son questionnaire.

– C’est terminé maintenant, annonça Mr Starc en se levant, quelques minutes plus tard.

Il ramassa les feuilles de tout le monde, les reposa sur son bureau en une pile bien nette et se retourna vers nous.

– Bien. Comme vous avez pu le voir tout à l’heure, nous avons une nouvelle élève dans la classe. Tu veux bien te lever, s’il te plaît ?, demanda-t-il à mon attention.

Je m’exécutai lentement, tous les regards de nouveau braqués sur moi, y compris celui de mon voisin.

– Je vous présente Madeline-Rose Larson.

– Maddy, rectifiai-je par automatisme. Je préfère qu’on m’appelle Maddy.

Je me rassis sans permission mais le prof ne broncha pas.

– Bien, répéta-t-il nerveusement. Les copies vous seront rendues la semaine prochaine. Vous pouvez sortir.

Le boucan fut assourdissant. Les chaises raclèrent sur le lino orange, les élastiques des pochettes claquèrent, et les élèves sortirent à toute allure. Je restai à ma place, attendant que Mr Starc me prête mes manuels.

– Je vous photocopierai les cours que vous avez manqués. Je pense qu’il ne vous sera pas difficile de les rattraper. Vous remplirez un petit questionnaire au prochain cours pour que je puisse évaluer votre niveau.

J’hochai la tête docilement et sortis, mon sac à la main. Les couloirs étaient bondés, rien à voir avec le désert que j’avais parcouru un peu plus tôt.

– Alors, comme ça tu t’appelles Maddy ?

C’était la blonde sans formes. Elle attendait avec une petite rouquine à la poitrine généreuse.

– Oui. Et toi ?

– Je suis Nathalie, Nathy pour les intimes.

– Et moi, c’est Alexandra. Bienvenue dans notre bahu de merde, sourit-elle.

Drôle de façon d’accueillir quelqu’un. Ce n’était sûrement pas comme ça que j’aurais moi-même présenté mon établissement. Ses yeux étaient verts mais tiraient sur le turquoise.

– T’as cours en quoi ?, me demanda la fille dénommée Nathalie en rejetant ses cheveux derrière son épaule d’un mouvement de tête.

– Sciences, répondis-je en sortant mon emploi du temps. Où est le labo 6 ?

– Au 1er, m’informa Alexandra. Le plus rapide, c’est de prendre l’escalier derrière cette porte et de prendre à droite au bout du couloir. Après, t’as juste à regarder les numéros sur la porte.

– Merci.

Je commençai à m’éloigner mais l’une d’elles me retint par le sac, que j’avais remis sur mon épaule.

– Attend, je voulais te demander si tu voulais manger à notre table à midi ?

– Pourquoi pas.

– On te présentera à la bande.

La bande ? Ils étaient combien ? Déjà deux je trouvais que ça faisait beaucoup… Je partis enfin, suivant les instructions de la petite rousse. Des élèves d’autres classes me reluquèrent quand je passai devant eux pour rejoindre ma salle. Ça n’avait rien de bien étonnant ; j’étais la nouvelle attraction de la journée, arrivée en plein mois de décembre. Forcément que j’allais attirer l’attention de tout le monde.

Et mon physique ne m’aiderait pas à me fondre dans la masse ; un teint pâle, des yeux vert pastel, couleur accentuée par mes cheveux châtains, des formes gracieuses – que je cachais sous des couches de vêtements –, un visage doux et mince. Et heureusement, je ne me maquillais pas. Inutile d’en rajouter, je n’avais vraiment pas besoin de ça.

Astronomie. C’était le sujet du jour. La naissance de notre système solaire. Pour une fois, ça me changeait. Cette fois, je dus me présenter moi-même au début du cours, Mme Détah ne voulant pas s’en charger. Là encore, je me retrouvai exiler au fond de la classe. Celle-ci servait à la fois de salle de cours et de manipulation.

Les élèves me reluquèrent une fois de plus, se retournant tellement souvent que la prof dû les menacer de colle pour obtenir leur attention. Etonnant, ça fonctionna. Les deux heures passèrent avec une lenteur écrasante.

– Un problème, Mlle Larson ?, demanda-t-elle avec humeur en m’entendant soupirer.

– Mal de tête, c’est tout, répondis-je avec calme alors qu’une réplique plus cinglante me brûlait les lèvres.

Elle poursuivit sans me prêter plus d’attention. Je n’étais clairement pas quelqu’un d’exceptionnel à ses yeux… Elle n’avait pas tout à fait tord. Mais bon… En bonne fille, je me tus et continuai à suivre son cours. Distraitement, je veux bien l’avouer, mais je suivais quand même.

La sonnerie sonna enfin la fin de mon supplice et je me ruai hors de la salle sans laisser le temps à quiconque de m’aborder. J’avais eu ma dose. Nathalie m’attendait à la sortie de la salle, seule. Et zut…

– Salut Maddy. T’as encore cours ou pas ?

– Non, j’ai fini. Heureusement d’ailleurs, ne pus-je m’empêcher de dire.

– Tu m’étonnes, compatit-elle. Détah me passe par les trous de nez, je peux vraiment pas l’encadrer.

Qu’est-ce que je pouvais détester ces nouvelles expressions imagées. C’est vraiment agaçant.

– Dis Nathalie…

– Appelle-moi Nathy.

– Bien. Vous êtes combien dans ta… bande ?

– Ça t’inquiète ?, sourit-elle.

– Un peu. Je n’aime pas tellement être entourée.

Si elle savait à quel point j’avais même horreur de ça. Enfin… quelquefois.

– Un petite dizaine.

Ah ! L’horreur !

– Ça varie selon les jours, continua-t-elle. Généralement, on est à quatre ou cinq. Mais ça peut aller jusqu’à huit ou neuf. Et quand on a des couples, c’est encore pire.

– Et il y a beaucoup de couples en ce moment ?

– Non, juste un.

Nathalie continua à débiter un flot de paroles sur le chemin de la cantine. Quand nous y entrâmes, nous étions un petit groupe de cinq. Alexandra nous avait rejoints ainsi que deux hommes. L’un d’eux était celui que j’avais qualifié de quaterback pendant mon cours d’histoire. Il fait plus d’un mètre quatre-vingt et était effectivement un des joueurs de l’équipe de football du lycée, mais il était fullback et non quaterback. Il s’appelait Benjamin. L’autre jeune homme était plus mince, ses muscles nerveux saillaient sous son pull à rayures, ses cheveux étaient longs, couleur blond foncé, faisant ressortir ses yeux bleu clair.

– Je m’appelle Eden, se présenta-t-il en se plaçant dans la file d’attente devant moi. Tu es Maddy, c’est ça ? Je crois pas qu’on se verra beaucoup vu que je suis en première.

L’annonce de ma présence dans ce lycée semblait s’être propagée comme une trainée de poudre. C’était à pleurer.

Le réfectoire n’était pas encore plein vu qu’il restait une petite demi-heure avant la fin des cours. Je m’achetai une pomme et une bouteille d’eau, puis suivis le petit groupe jusqu’à une table isolée.

– Alors, commença Nathy en ouvrant sa bouteille de soda, sans sucre évidemment. Parlons un peu de toi, Maddy.

Ça y est, c’est reparti. Me voilà à nouveau le centre d’intérêt. Finalement, cette journée serait identique à toutes les autres.

– Tu étais où avant ?, demanda Ben.

– Au Canada, répondis-je.

– La vache ! Il doit faire un froid polaire là-bas, commenta Eden.

– Ça dépend. En été, il fait très chaud et en hiver, vraiment très froid. Mais j’habitais dans l’ouest du Canada, il y pleut beaucoup mais il fait bon.

– Ça ne te change pas beaucoup d’ici alors, répliqua Alexandra.

– Ah, voilà Jonathan !, s’exclama Nathy en se retournant sur sa chaise.

Elle appela le dit Jonathan en faisant de grands gestes pour se faire remarquer. Il s’agissait de mon voisin d’histoire. Il lui adressa un signe et rejoignit la file d’attente.

– Elle est raide de ce mec, me glissa Eden.

Avec des yeux pareils, ça n’était pas étonnant qu’elle ait craqué sur lui. Je le détaillai de nouveau pendant qu’il attendait, alors que Nathy se trémoussait nerveusement sur son siège. Il portait un jean foncé, une chemise violette à fines rayures noires, et un manteau sombre dont le col était remonté le long de son cou. Il arriva enfin à notre table, posa son plateau bien rempli et s’assit entre les deux autres hommes qu’il salua avec enthousiasme. Son regard noisette se posa brièvement sur moi.

– Tu te rappelles de Maddy ?, demanda Nathy.

– Oui.

Plutôt bref comme réponse. D’habitude, c’était ma spécialité. Je le fixai à mon tour et mordis dans ma pomme de manière provocante. Ah, il voulait jouer. Eh bien, je serais sans aucun doute meilleure que lui au jeu du « Je m’en fous ».

Les autres continuèrent à me questionner, je répondais à certaines, en occultais d’autres. Quand la pièce commença à se remplir très nettement, je me levai.

– Je dois voir des profs pour les cours à rattraper, dis-je.

– Je peux te passer les miens, proposa Ben.

– Avec tes pattes de mouches ?, ironisa la dénommée Alexandra. Elle mettra l’année à te déchiffrer.

– C’est gentil de me l’avoir proposé, assurai-je.

Avant d’avoir d’autres propositions destinées à me retenir, je me ruai vers la sortie et regagnai la cour principale. Ouf, c’était moins une. Je me doutais que cette « bande » serait plus grande que je ne l’aurais voulu. Pour moi, les fréquentations ne devaient pas excéder trois personnes, me comptant.

Je m’assis sur le dossier d’un banc, refermai mon blouson pour me protéger du froid et fourrai mes mains dans mes poches. Pourquoi fallait-il que ça soit toujours la même histoire chaque fois ? N’y aurait-il pas un endroit où je pourrais enfin vivre tranquillement ? Le voulais-je vraiment en fait ? Si c’avait été le cas, pourquoi continuai-je à fréquenter des lycées ? La vérité, c’était que je ne voulais pas être seule. Ironie du sort…

Des bruits de pas me firent tourner la tête brusquement. C’était Jonathan.

– Ça va ?

– Tu me parles maintenant ?, répliquai-je alors qu’il s’asseyait.

– Désolé pour tout à l’heure. Je sais pas ce qui m’a pris.

– N’en parlons plus, ça n’a aucune importance.

– Tu préfères être seule, je me trompe ?

– Je ne préfère pas, mais je suis toujours seule.

– Je peux te demander pourquoi ?

– Non.

Il éclata de rire alors que je laissai ma tête tomber sur mes genoux. J’étais dotée d’une grande souplesse donc cette position n’était pas inconfortable pour moi.

– Au fait, merci pour la réponse du questionnaire.

– De rien, soufflai-je sans bouger.

Le vent soufflait dans notre direction, son odeur me percutant à chaque rafale. Elle était douce et enivrante à la fois, mélangée à une fragrance de chocolat. Son dessert peut-être ? Je n’en savais strictement rien, je n’avais pas vraiment fait attention au contenu de son plateau.

– Je peux te poser une question ?

– Pose-la toujours, rien ne dit que je vais y répondre, marmonnai-je, la tête entre les genoux.

– Pourquoi tu t’es installée à Lost Corner ?

– Je ne sais pas. Peut-être parce que personne ne m’y connait, répondis-je, une fois redressée en position normale.

– Bah maintenant, c’est fait. Tout le bahu connait ton visage.

J’avais remarqué… Ce n’était pas forcément une bonne chose, mais ici ou ailleurs… Je n’en avais vraiment plus rien à faire.

– Tu as beaucoup de cours cet après-midi ?, s’intéressa-t-il.

– En quoi ça peut bien t’intéresser ?

– C’est juste une façon de faire la conversation.

Il ne se laissait même pas démonter par le ton que j’employais… A croire que mes sautes d’humeur l’amusaient. Je me levai et commençai à marcher dans la cour. Je ne l’entendis pas me suivre, je me retournai donc vers le banc que j’avais quitté. Il y était toujours assis et me regardait. Voyant que je ne m’éloignais plus, il se leva et me rejoignit. Ensemble nous marchâmes en silence quelques temps.

– Tu viens du Canada alors ?

– Oui.

– Tu t’y plaisais ?

– Pas vraiment.

Qu’est-ce qui pouvait me plaire dans cette vie de toute manière ? C’était une répétition chaque jour et ça me devenait véritablement insupportable. Mais je devais avouer que sa question me faisait plaisir, il était le premier à me demander si je me plaisais dans mon ancienne vie.

– Je pense que tu trouveras facilement des amis ici, me rassura-t-il.

– Je ne suis pas quelqu’un de facile à vivre.

– Ça j’en doute.

Et bien doutes-en. De toute façon, tu as tout faux si tu crois que les gens vont m’apprécier. Je me connais bien mieux que quiconque.

– Où est-ce que tu habites ?

– C’est un interrogatoire, ma parole ! Tu es flic ou quoi ?!, m’emportai-je.

Calme-toi Maddy. Respire. Doucement. Encore. Souffle un coup.

– A la sortie de la ville, répondis-je enfin.

Il ne commenta pas et continua à marcher à côté de moi, sa chaleur se diffusait hors de son manteau, m’assaillant comme des vagues. Sa respiration formait des petits nuages qui s’échappaient de sa bouche. Je dus me retenir de le regarder pour ne pas goûter à l’arôme de ses lèvres, qui me tentaient déjà de plus en plus.

– Je dois y aller, dit-il soudain, comme s’il avait lu mes pensées.

– A bientôt, répondis-je d’une voix plate.

– Viens avec moi si ça t’ennuie tant de me laisser partir, rit-il.

– Non, c’est bon.

Si tu savais à quel point tu ne devrais pas me fréquenter. Ce serait tellement plus simple si je ne fréquentais personne, restais terrer au fond de ma nouvelle maison et ne voyais jamais personne. Pourquoi fallait-il que je sois si faible ?

Jonathan me jaugea un moment, cherchant à trouver une explication à mon raisonnement illogique.

– A demain Maddy, me dit-il en s’éloignant.

Une phrase pleine de promesses. J’adorais la façon dont il prononçait mon prénom. Je l’avais entendu dans la bouche de beaucoup de personnes mais c’était dans la sienne que je le préférais.

– Eh !, le hélai-je alors qu’il allait disparaitre derrière une porte. Merci d’avoir discuté un peu avec moi.

Un sourire s’étira dans le coin droit de sa bouche.

– De rien. J’ai adoré parler avec toi. Ça me change de Nathy.

– Quelle pipelette, confirmai-je.

– On se demande bien pourquoi.

– Tu es au courant ?, m’étonnai-je.

– Bien sûr. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. C’est pas nouveau pour moi, tu sais.

Comment ça, pas nouveau pour lui ? Est-ce qu’il était ce genre d’hommes à se faire courir après par toutes les filles du lycée ? Etrange, je n’aurais pas pensé ça de lui en le voyant. Il ne ressemblait pas au playboy que j’avais pu croiser jusqu’ici. Et malheureusement, j’avais la fâcheuse manie d’attirer à moi tout ce qu’il valait mieux que je tienne éloigné.

– Je dois te laisser, je vais être en retard, s’excusa-t-il. Tu ne devrais pas trop tarder non plus.

Je soufflai, le faisant rire. Ça allait recommencer encore quatre heures. C’allait vraiment être horrible.

– Courage Maddy.

Il disparut enfin derrière la porte qui le menait au hall. Je le vis quitter le lycée au travers de la baie vitrée. A mon tour, je regagnai le lycée, inconsciente du froid glacial qui faisait rougir mes joues. J’aurais préféré sécher mes prochains cours, mais à quoi bon ? Qu’est-ce que ça m’aurait apporté ? A part des ennuis avec la direction…

– Pourquoi t’es partie ?, m’assaillit Nathalie dès que j’eus franchi la porte.

Comme je l’avais prédit, mon après-midi fut un vrai cauchemar. J’avais dus me présenter encore et encore, et je m’étais coltiné un pot de colle pendant deux heures, jusqu’à ce que je m’énerve et l’envoie voir ailleurs si j’y étais. C’est donc avec une grosse migraine que je quittai enfin le lycée et me rendis jusqu’à ma voiture. Je possédais une petite Volvo C30, un coupé sport de couleur argent. Dans cette voiture, j’avais l’impression de voler quand je poussais la vitesse au-delà des limites autorisées.

Les voitures avaient toujours été une passion chez moi. J’adorais ces engins qui fonctionnaient grâce à la chimie de la combustion. Depuis son invention en 1769, elles n’avaient cessé d’évoluer, mais ces derniers temps je trouvais les nouvelles voitures comme de simples améliorations d’anciennes. Ridicule. Enfin, plutôt décevant. Comme si les dessinateurs avaient perdus leurs idées merveilleuses.

Lost Corner étant une petite ville, je ne mis pas longtemps à en sortir et à rentrer chez moi. La maison était silencieuse, – comme toujours –, je laissai mes clés sur le meuble d’entrée et mon sac sur un fauteuil avant de monter dans ma chambre.

Je me laissai tomber sur le lit, allumant la stéréo au passage, et enfouis mon nez dans les oreillers. Comme je laissais les fenêtres ouvertes la plupart du temps, ils étaient frais.

Loin de toutes les odeurs du lycée, je me sentais mieux. Même dans cette ville, sensée être quasiment déserte, il y avait encore trop de monde pour moi. Ça risquait d’être un éternel supplice. La chaine était réglée sur une station qui passait des anciens tubes, je me mis à fredonner de longues heures avant de finalement aller me préparer mon repas. Espérons que mes prochains jours de classe ne soient pas aussi rasoirs que celui-là.

Chapitre 2 :
Premiers contacts

– Ça ne va pas ?, s’inquiéta Ben.


– J’ai mal à la tête, répondis-je en me massant les tempes. Je vais prendre l’air, je pense que ça me fera du bien.

Je me levai et quittai la cantine avec un empressement qu’aucun d’eux ne remarqua. Le vent glacial m’éclaircit aussitôt les idées. Je restai sous l’auvent afin de me protéger des flocons qui tombaient en rafales, pas que j’en avais peur mais il n’avait pas un effet très agréable au contact de ma peau. La cour était mon échappatoire et je profitai que le temps soit encore trop frais pour que d’autres viennent m’y rejoindre. Je pouvais ainsi rester seule le temps que je le désirais.

– Je peux ?

Je reconnus immédiatement la voix de Jonathan. J’étais à nouveau assise sur le dossier d’un banc, regardant sans la voir la neige qui m’entourait.

– Tu ne me laisses jamais tranquille ?, souris-je.

– Tu m’as pas encore demandé de me casser.

Je soupirai doucement. J’aimais sa compagnie et je n’arrivais pas à croire que je ne lui avais pas encore demandé de me laisser seule. Je ne le pouvais pas parce que je ne le voulais pas. Eden et Alex était le couple de notre bande, Nathy espérait toujours Jonathan, qui semblait s’en fichtre comme de l’an quarante bien que cette attention ne semble pas le gêner, Ben était du genre à jouer les gros bras alors qu’il était le premier à être là pour les personnes fragiles. Cependant, aucun d’eux ne s’adaptait à mon comportement changeant… sauf Jonathan. Il était d’une patience d’ange et son humour m’aidait parfois à me dérider.

– Tu as encore mal à la tête, devina-t-il.

J’hochai la tête pensivement. Il venait sans doute de me voir quitter le réfectoire alors qu’il y entrait car il n’était pas encore arrivé à notre table. Maintenant qu’il était proche de moi, son odeur commençait à m’envahir. Les yeux fermés, j’aurais pu la reconnaître entre toutes les autres du lycée. Pendant des jours, j’avais désespérément cherché à mettre des mots sur sa fragrance, plutôt que de me concentrer sur les cours. Le gel de ses cheveux avait une odeur de réglisse et de sa peau émanait un parfum floral et de chocolat.

– Ça t’arrive souvent d’avoir des migraines comme ça ?

– Quand il y a beaucoup de monde autour de moi.

Je détestais ma façon de toujours lui dire la vérité. J’avais l’impression d’être un livre dont il lisait méticuleusement chacune des pages.

– Des crises d’angoisses ?, suggéra-t-il.

Je ne pus m’empêcher de rire.

– En quelque sorte.

Si tu savais à quel point tu es proche de la vérité, et en même temps, tu en es si loin. Mieux vaudrait pourtant que tu en restes loin, très, très loin. Ça ne serait vraiment pas quelque chose de bien si on découvrait ce que je cache avec tant d’acharnement.

– T’as pas froid ?

Je n’eus pas le temps de réagir tant j’étais absorbée par le paysage, et je ne sentis sa main se poser sur la mienne que lorsque sa chaleur me brûla.

– Putain mais t’es glacée !, s’exclama-t-il.

– Ce n’est rien. Je ne sens rien de toute manière.

– C’est pas étonnant, tes mains doivent être ankylosées.

Il ne pouvait absolument pas savoir que ma peau était toujours marmoréenne. Il n’existait que peu de façons de la réchauffer. Il me ramena à l’intérieur en me tirant par la manche de mon blouson.

– Donne-moi tes mains.

Il les enserra dans les siennes sans me laisser le temps de protester. Sa peau me brûlait, mais je sentais sa chaleur se diffuser de ses mains aux miennes, faisant lentement remonter ma température. Ses mains étaient douces et ses doigts fuselés recouvraient entièrement les miens.

– Ça va, je te dis, rouspétai-je en fuyant ses yeux.

Je sentais le poids de son regard sur moi. Je me bornai à regarder ses mains, m’étonnant du sentiment de félicité qui m’emplissait. Elles semblaient avoir été créées pour m’accueillir.

– Maddy, soupira-t-il.

Je levai les yeux vers lui, pour les rebaisser presque immédiatement sous l’intensité de ses prunelles. Non, surtout pas. Tout, mais pas ça. Pas cette lueur-là.

– Merci, dis-je en récupérant mes mains.

Je replaçai mon sac sur mon épaule et commençai à m’éloigner. J’entendais son cœur qui battait à un rythme effréné, je me maudis intérieurement. Pourquoi est-ce que j’avais permis ça ? Ça n’aurait jamais dû arriver.

– Maddy !, m’appela-t-il.

Je ne me retournai pas, il ne fallait surtout pas. Je ne devais pas céder ou nous courrions à la catastrophe. Surtout lui. Je ne devrais plus l’approcher. Cette simple pensée me serra l’estomac, c’était le seul que j’aimais voir ici… hormis « la bande ».

Je voulais tellement lui expliquer… Je voulais qu’il comprenne que nous ne devions pas nous fréquenter. Pour son bien à lui, pas le mien. Car malgré moi, malgré la vie que j’avais voulu me tracer d’avance, je n’avais pas prévu ça… que je m’attacherais si vite à quelqu’un. Et c’était une très mauvaise chose.

Je me ruai aux toilettes, sentant mon estomac se retourner avec violence. Ce n’était pas dû à ma réaction vis-à-vis de Jonathan, mais à mon déjeuner qui ne voulait pas passer. J’avais l’estomac fragile, comme je l’avais déjà avoué à Alexandra. Elle avait cru que j’étais une anorexique à cause de cette manie de me rendre aux toilettes après le repas. Mais je n’étais pas assez mince pour le paraître. Nathy le semblait bien plus que moi, d’ailleurs. Je ne m’étonnerais pas si elle m’avouait l’être.

Je filai ensuite vers mon prochain cours, qui malheureusement me ferait côtoyer Jonathan pendant une heure vu que nous avions Histoire. Il arriva quelques minutes après mon arrivée et se dirigea aussitôt vers moi.

– Maddy, je suis désolé si j’ai fait quelque chose de travers.

– Ce n’est rien, murmurai-je.

Je foudroyai un élève du regard quand sa réplique qu’il croyait silencieuse arriva jusqu’à mes oreilles. Non, mais de quel droit osait-il me traiter de trainée ?! Il détourna rapidement la tête et s’enfuit du couloir. Nathalie et Ben arrivèrent ensuite et nous rejoignirent.

– Encore ensemble. Tu vois ce que je te disais, répliqua celle-ci en nous regardant. Tu me dois cinq dollars, Ben.

Celui-ci soupira, plongea sa main dans son pantalon pour en sortir un portefeuille. Il devait être en cuir, ou au moins en simili, d’une couleur sombre très prononcée. Il en extirpa un billet qu’il lui tendit avec une moue.

– Rappelle-moi de ne plus jamais parier avec toi.

Le prof ouvrit la porte et je me ruai à l’intérieur à sa suite. Je déposai mes livres empruntés sur son bureau en murmurant un vague merci et m’assis à ma table. J’avais acheté les miens dans les premiers jours où j’avais fréquenté ce lycée mais je n’avais pas encore pensé à les ramener. Pour éviter d’autres questions, je plaçai ma tête entre mes bras une fois installée. Je pouvais entendre chacun s’assoir à sa place, même dans cette position.

Mon voisin de droite, Eric, me tapota légèrement le bras pour me prévenir que le prof approchait, bien que je l’aie entendu par moi-même. Il avait une démarche lourde, très facile à distinguer entre les talons aiguilles des filles ou le grincement de chaussures des hommes. Mr Starc me regarda avec désapprobation alors que je me redressai. Il me rendit mon interro qui – sans surprise – était sans fautes.

Je sentis le regard de Jonathan se poser sur moi tout le long de l’heure et je dus me retenir d’en faire de même. Je n’avais pas un comportement normal. Qu’est-ce qu’il m’arrivait, bon sang ?!

Je continuai de m’insulter intérieurement tout le temps où je n’avais pas à parler, et je me surpris à deux reprises à écrire des grossièretés sur mes cours. Rageusement, je les effaçai, laissant des trainées noires avec ma gomme. Respire Maddy, c’est pas un drame, c’est qu’une feuille. D’ailleurs, tu connais ce cours alors pourquoi t’acharner à en prendre note, comme une bonne élève ?

Je soupirai silencieusement et me rallongeai sur ma table, laissant mes cheveux pendre sur un côté.

– Maddy.

Murmure de Jonathan. Pourquoi sa voix était-elle celle que j’arrivais le mieux à reconnaitre ? Je ne bougeai pas.

– Je t’en prie, Maddy, chuchota-t-il.

Je tournai la tête dans sa direction, sans me redresser pour autant, mes longs cheveux revenant se déverser dans mon dos. Ses prunelles teintées d’or me fixaient avec douleur, mon estomac se serra de nouveau à cette vue. J’étais vraiment faible.

– Il faut que je te parle tout à l’heure.

Je secouai la tête en signe de dénégation. Mauvaise idée.

– Pourquoi ?

Je ne répondis pas. Pour lui dire quoi ? La vérité ? Certainement pas ! Il me faisait déjà assez d’effet comme ça. Si j’acceptais, je risquais de faire une énorme bêtise. Je me redressai et recommençai à noter. J’écrivais petit, pourtant mon cours s’étalait sur deux feuilles complètes.

La sonnerie retentissait à peine que je fourrai précipitamment mes affaires dans mon sac. Nathy me rejoignit à toute allure, je me demandais vaguement si ce n’était pas un coup monté avant de me retourner vers elle.

– Ça te dirait de faire les boutiques avec Alex et moi ce soir ?

Je vis Jonathan sortir de la salle et attendre à quelques pas derrière elle. Ce n’était pas une idée à lui mais l’intervention de Nathalie l’arrangeait.

– Je ne sais pas. Il y en a beaucoup ?

– Un grand magasin surtout. A côté de l’épicerie, tu vois où ?

– Oui.

Pas difficile de faire le tour de cette minuscule ville. Je ne sais pas ce qu’elle dirait si elle entrait dans un centre commercial de… Los Angeles, par exemple. C’était proprement gigantesque. Ou une galerie marchande, ça c’était déjà énorme. Je n’avais pas l’habitude de faire les boutiques, dépenser de l’argent inutilement dans des vêtements qu’on ne portait pas plus que ça était tout bonnement ridicule. Pourtant, j’en avais terriblement envie. Juste entre filles…

– On se retrouve à quelle heure ?, demandai-je.

– A 19h30 là-bas, répondit-elle avec un sourire. Ça te va ?

J’hochai la tête, elle m’embrassa sur les deux joues avec bonne humeur et s’en alla d’un pas sautillant. Jonathan, qui avait attendu derrière elle depuis que nous étions sortis, en profita pour se rapprocher de moi mais je m’éloignai à mon tour dans le couloir.

– S’il te plait, Maddy, soupira-t-il en me retenant par la manche de mon blouson.

Il attendit que le couloir se vide complètement avant de me lâcher.

– Tu es content ?! Tu vas pouvoir me parler maintenant, râlai-je.

Il me fixait comme s’il cherchait à lire au-travers de mon corps. Moi par contre, je n’avais pas besoin de ça pour savoir ce qu’il voulait me dire. Ses yeux le trahissaient depuis plus d’une semaine mais il avait perdu le contrôle seulement tout à l’heure, après le déjeuner.

– Je ne peux plus faire semblant, Maddy.

– Il y a pleins d’autres filles autour de toi qu’attendent d’entendre la même chose, répliquai-je d’un ton brusque.

– Je m’en fous des autres filles de ce bahu, claqua-t-il d’un ton aussi cassant que le mien.

Tu ne sais pas ce qu’il pourrait se passer si je te cédais, Jonathan. Je ne pouvais pas prononcer ces mots devant lui, j’en révèlerais trop sur moi. Ça l’amènerait à se poser des questions… qui le rapprocherait inévitablement de la vérité. Ça ne devait en aucun cas arriver.

– Nathy est mieux que moi.

Réplique minable. Je ne savais vraiment pas comment m’y prendre pour l’éloigner. Tout était de ma faute de toute façon, c’était à cause de moi que cette situation s’était installée.

– Je connais Nathy depuis trois ans. Si j’avais voulu sortir avec elle, y’a longtemps que je l’aurais fait.

Il avait raison. Presque toutes les filles craquaient pour lui, il avait l’embarras du choix. Il pouvait même les prendre et les jeter après, selon son bon plaisir, il y avait assez de monde pour le satisfaire.

– Je veux aucune des filles de ce bahu. Aucune sauf toi, Maddy.

Je secouai la tête. Ses paroles me réchauffaient tellement le cœur que je voulais pouvoir espérer une potentielle relation entre nous. Mais c’était impossible.

– Je ne peux pas, lâchai-je les yeux fermés, faute de pouvoir lui expliquer.

Son cœur battait vite, comme à chaque fois qu’il se trouvait près de moi ces derniers temps, mais il accéléra sa cadence quand il s’approcha, secouant mon corps de frissons à cause de la chaleur qui émanait du sien. Son odeur était tellement enivrante… Elle semblait emplir tout l’air qui m’entourait, me donnait presque le vertige.

Je sentis ses bras se placer autour de moi puis il m’attira doucement contre son torse sans que j’ai effectué un seul mouvement pour l’en empêcher. Ce que j’aurais du faire… La proximité de son corps rendait l’odeur de sa peau encore plus forte. J’eus un autre frisson quand ses doigts s’infiltrèrent dans mes cheveux qu’il caressait.

– Ta présence me fait tellement de bien, Maddy. Si tu savais à quel point j’aime être avec toi.

Très mauvaise chose. C’a n’aurait jamais dû être ainsi. J’aurais dû m’éloigner bien avant qu’il ne commence à éprouver ce genre de chose.

– Je ne suis pas quelqu’un de bien, Jonathan.

– Je ne te crois pas.

– J’aimerais pouvoir y croire… Te rendre la pareille. Je le voudrais tellement…

– Alors fais-le, chuchota-t-il sur mon front.

Ses lèvres frôlaient ma peau. Comparées à la sienne déjà brûlante pour moi, elles étaient encore plus qu’incandescentes.

– Je ne peux pas…

Ma volonté me quittait déjà, je le sentais. Si j’avais eu mon propre pouls, je le sentirais dans mes tempes, ma gorge et cogner fortement contre ma poitrine. Pourquoi avoir tenté de lui résister ? Alors qu’il m’attirait tant depuis le début. Je n’avais fait que me faire désirer plus ardemment.

– Maddy…

Son souffle sur mon visage me fit perdre le fil de mes protestations. Je sentais qu’il était trop tard, j’avais déjà cédé. Vaincue, je me laissai aller contre lui et passai mes bras autour de sa taille. Jonathan posa son menton sur mon épaule et me serra un peu plus.

– J’ai tellement besoin de toi, Maddy.

Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’il s’était épris de quelqu’un comme moi ? Il ne devait pas… Mais n’avais-je pas besoin de lui, moi aussi ?

– Désolée de t’avoir fait attendre un mois, murmurai-je.

Ce n’était vraiment pas la réponse que j’aurais du lui donner.

– Mieux vaut tard que jamais, rit-il.

Nous restâmes un moment enlacés, aucun de nous n’osant bouger. Son étreinte me réconfortait, comme si c’était quelque chose que j’avais toujours attendu.

– Tu n’as pas cours ?, demandai-je au bout d’un moment.

– Non. J’ai deux heures de trou cette semaine. Mme Braine est absente depuis jeudi.

– Qui c’est celle-là ?

J’avais horreur de parler de cette façon. Je détestais cette manière de parler qui était si éloignée du vrai français. Il n’y avait pas à dire, les jeunes ne savaient plus parler comme ils devraient. C’est pour cette raison, que dans la mesure du possible, j’essayais de parler correctement. Mais je ne voulais pas non plus me retrouver isolée de tous parce que je ne parlais pas comme eux.

– Ma prof de maths. Et toi, qu’est-ce qui explique que tu sois encore là ?

– Tu me retiens depuis… dix minutes, je crois.

Il rit dans mes cheveux, son souffle ardent chatouillant ma peau.

– Je n’ai plus cours, répondis-je.

– Tu as eu seulement histoire ? J’hallucine.

– Jaloux.

Je me décollai lentement de lui, respirant profondément pour m’imprégner de son odeur.

– Je dois y aller.

– Reste avec moi, me supplia-t-il.

Mauvaise idée. Il remettait mon self-control en doute. Je ne pouvais pas me permettre un écart. Je pouvais le payer très cher.

– Une autre fois.

– S’il te plaît.

– Non Jonathan.

Je m’éloignai, mettant plus de distance entre son odeur et moi car je savais que c’était ça qui me ferait flancher.

– Je regrette.

Je m’éloignai un peu plus, le fixant...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant