Voie sans issue

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C'est un manuscrit qui fait en A4 125 pages.

Publié le : samedi 11 octobre 2003
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EAN13 : 9782748132366
Nombre de pages : 216
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Voie sans issue
Bertrand Palais
Voie sans issue
ROMAN
Le Manuscrit www.manuscrit.com
© manuscrit.com, 2003 ISBN: 2748132378 (pour le fichier numérique) ISBN: 274813236X (pour le livre imprimé)
Chapitre I Il y avait à continuer. Je ne pouvais pas laisser les choses en l’état. On a beau se dire parfois qu’on en a rien à foutre… c’est pas toujours vrai. Je me suis laissé envahir par moi-même et me voilà de retour à la frappe pour le plus grand malheur de ceux qui ne m’aiment pas… ne pas croire… plus nombreux qu’on ne le pense. En général les gens détestent ce qu’ils ne peuvent pas être… ils ne s’en rendent jamais compte… ils demeurent avec leurs persuasions… bien sûr ils ne veulent pas paraître cossards sur leur devenir… alors ils ont tendance à mettre le paquet sur leur minuscule existence… c’est comme ça qu’on reconnaît les humains. On ne m’avait pas demandé mon avis. J’avais reçu une convocation… pas à discuter… c’était écrit… « Gare du Nord – Train militaire de midi… »… c’est tout… pas un mot de plus… on pouvait attendre des explications… on n’est pas des bœufs… on a le droit de savoir… on nous convoque certes mais au moins qu’on nous dise clairement pourquoi… on a déjà vu des gourances… « Emmenez-moi ce mec là !… ils disent… »… résultat c’est pas le bon. En arrivant à la gare du Nord j’ai eu du mal à marcher vers le quai… et puis j’ai été emporté par la bonne humeur générale… ils y allaient tous avec le bon cœur… j’ai pas joué les rabats-joies… celui qui ramène sa science pour pas grand-chose… ou bien celui qui scamène sa rience pour pas chand-grose… on se fout facilement de sa gueule… j’ai pas voulu qu’on se foute de la mienne… la pudeur… le respect de soi… il n’y avait pas lieu de se sentir couillon… je n’aime pas être celui qui est à côté du groupe et qui prend un poing dans la figure… alors j’ai bu et j’ai rigolé avec les autres… même si c’était des cons… c’est une adéquation qu’on retrouve souvent… on finit par s’en faire une spécialité.
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Ils jouaient tous les bravaches mais au fond ils étaient tous peureux. Ils plaisantaient sur l’armée mais ils la craignaient… « C’est quand même pas la tôle !… ils disaient pour se rassurer. » Dans le compartiment on était cinq… il y avait Barbizon, Toussaint, Calamard, Chardon et moi-même… on avait tous dix huit ans. Malgré cela on était tous benêts… on mesurait pas. Quand on est arrivé au camp, on a été reçu comme des malfrats. Le colonel nous a fait savoir qu’on était des petits cons et qu’on était là pour devenir des grands cons… ça faisait tout de suite mise en condition… on savait au moins à quoi s’en tenir… ça disait pas grand chose mais ça avait le mérite d’être clair… on pouvait pas trouver mieux comme raccourci pour nous défalquer le moral… la grille d’entrée n’aurait pas été fermée je me serais mis à courir à grandes enjambées… « Il détale !… il détale !… ils auraient gueulé. » Mais j’en aurais rien eu à faire… sourd le Romain… déjà dans la rue… je me suis demandé s’ils ne m’auraient pas tirer dessus… quand on connaît pas on ignore les réactions… du haut des miradors… « Armez !… épaulez !… visez !… tirez !… ne le laissez pas s’échapper !… » On vous ramène blessé… l’épaule à moitié arrachée… le sang qui coule… je gémissais… et je me suis fait souffler dans les bronches… « T’es pas bien ici ?… m’a demandé le caporal… tu verras on va s’occuper de toi… de la pompe à rallonge… de l’exercice en surabondance… du parcours du combattant la nuit… avec tir… à balles réelles… protège tes couilles… ce serait pas le moment de les perdre… quand t’auras ta permission t’en auras besoin… bien qu’avec cette tentative malheureuse de vouloir jouer le mariole qui veut se faire la malle… ta première permission elle est pas pour demain !… » Je voyais bien que ça tournait malsain… je me sentais pas à le faire changer le caporal. Rien à y faire… il
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était de la première coulée… d’un seul bloc… on avait pas de prise sur lui… caporal Contensieu il s’appelait… il faisait pète sec de bonne famille qui n’avait pas été plus loin que ce grade au grand désespoir de sa bonne famille… il était sans doute le dernier… le moins bien loti… mais lui il avait tout gardé… il voulait que ses maigres galons sautent comme dans la marmite… de l’oignon épluché finement… ça crépite… ça dore… ça parfume… il aimait ça Contensieu… il en avait à revendre du galon frit… on aurait pu le voir dans la rue avec une charrette… un ambulant… vendant à la sortie des cinémas… ou dans la rue… « Du galon frit !… du galon frit !… à pas cher… m’sieurs dames… à pas cher !… le galon frit… on en veut on en reprend… je suis le seul à les faire… aurait gueulé Contensieu… » Quand il vous avait dans le collimateur… ça y était… vous étiez fait… comme un radar Contensieu… tournant la tête à 360 °… un cas unique… fait pour l’armée dès son plus jeune âge… remplaçait une patrouille à lui tout seul… c’est aussi pour ça qu’il n’avait pas grimpé plus haut… mais de son grade de caporal il en faisait une sauce de commandant ou une worcestershire de colonel… il avait pris le ton… la manière… il y aurait eu carence du poste… Contensieu était prêt à l’occuper… « Je m’en charge !… il aurait immédiatement affirmé. » Il fallait venir dans cette caserne délabrée et sale pour découvrir un Contensieu. On pouvait passer cent mille fois devant le camp sans se douter même que Contensieu… splendide et intraitable exerçait à l’intérieur… je n’aurais pas été convoqué gare du Nord… je ne l’aurais jamais rencontré… et pourtant… il m’avait dans le pif… me lâchait pas… me suivait à la trace… bien sûr ça a mal fini. Le premier soir il m’a convoqué dans son bureau minable… une table bancale… une chaise pas mieux…
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sur la table un vieux téléphone et une règle en bois… rien d’autre… ces deux choses revendiquant le droit à être la plus appréciée… « Le téléphone (avec un ton agacé) : - Je sonne moi madame !… pas comme vous… La règle (sur un ton moqueur) : - Vous sonnez !… vous sonnez !… eh bien dansez maintenant !… Le téléphone (plus conciliant) : - Ne vous vexez pas pour rien… si je suis un téléphone… je suis là pour sonner… si vous êtes une règle vous êtes là pour taper… entendons-nous… je sonne et vous tapez !… qu’est-ce que vous en pensez ?… La règle (acceptant à contre-cœur et trouvant malgré tout une faille dans la défense du téléphone) : - Ce n’est pas une raison pour sonner la nuit !… la nuit on dort… notre marché ne peut tenir que si vous respectez sans jamais faillir cette convention… vous sonnez… je tape… mais vous ne sonnez pas la nuit !… Le téléphone (désabusé) : - Pfut !… » Il était assis à sa table bancale en uniforme de caporal… caporal Contensieu il s’entendait être appelé… il aurait aimé qu’on le passe en commission pour des faits de bravoure… Contensieu s’y voyait… à l’entendre il avait fait toutes les guerres… même celles qui n’existaient pas… Contensieu était de ceux qui s’inventait un passé… quand le sien n’est pas beau il faut en arriver là… tricher avec soi-même… ça provoque des conflits internes… il n’en avait que faire… il n’en avait que faire mais il oubliait de dire qu’il était en contentieu avec lui-même… en permanence… pas de pause… suis-je ou ne suis-je pas le caporal Contensieu ?… voilà la question cruciale à laquelle il avait à répondre à chaque instant… intenable… il était perpétuellement en auto-dévoration… je l’avais vu
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