Vox latina

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Deux hommes vont découvrir la parenté de leur obsession. L'un pourrait être le père de l'autre. Il a quatre-vingts ans, a été un cinéaste estimé à son heure et fait, au crépuscule de sa vie, un bilan de la quête qui a mené toutes ses années. L'autre, qui est aussi le narrateur, est amoureux d'une ombre dont il ne parvient pas à se défaire. A travers des récits entrecoupés, se dévoile petit à petit le lien entre les deux hommes. Ils sont les acteurs d'un long film dont ils vont scruter les flash-backs afin de dénouer l'intrigue qui les unit. Leur sera révélée une construction en abyme où le personnage qu'ils recherchent se multiplie au fil des lieux et des années.
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 121
EAN13 : 9782748125504
Nombre de pages : 256
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Vox latina
Marc Boisson
Vox latina
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-2551-7 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-2550-9 (pour le livre imprimé)
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UN TRAIN ENTRE LALLEMAGNE ET LA FRANCE-1982
Le paysage défilait au gré de son attente. Elle naurait pas souhaité interrompre ce voyage même si les couleurs qui avançaient devant elle nétaient pas spécialement celles de la gaieté. Un latino-américain lui avait dit un jour que la première image qui lavait frappé lors de son arrivée en Europe, terre et destina-tion de tant de rêves, était une infinie grisaille. Les maisons aux vieilles pierres, les porches aux lierres envahissants, les lourdes grilles aux fers forgés, les toits en ardoise, dont les Français sont si fiers, ne furent pour lui que labandon de linsouciance pour une implacable rigueur. Pour lui et pour combien dautres ? Une autre gare avec ses pancartes qui, elle y son-geait maintenant sans savoir pourquoi, devaient se détacher lugubrement la nuit dans une atmosphère aux néons. Une autre gare avec ses bruits fami-liers mais pour ainsi dire ouatés, fruit de tant de vé-cus semblables, de tant dallers-retours ferroviaires qui marquaient cette semi-émigration dans un pays si proche et en même temps si éloigné. A ce stade, ses réflexions ségrenaient dans une vague et molle nostalgie. Une association didées la secoua pour-tant. Elle vit de lourdes portes projetées sur des corps condamnés à lholocauste, à lépoque où son pays
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sétait abattu comme la bête infâme et apocalyp-tique sur ses voisins terrassés par la peur et davance vaincus. Combien de condamnés livrés aux gueules béantes des fours de la mort, combien de victimes offertes par une France davance amnésique, com-bien de sacrifiés à la colère du Grand Satan, combien avaient été traînés dans les mêmes voies que celles quelle empruntait maintenant en sens inverse.
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FRANCE-2000
Je songeais depuis longtemps que lan 2000 était pour moi une date fatidique. Javais quarante ans et métonnais depuis toujours de la coïncidence entre la charnière de mon âge et de celle des millénaires. Ma pensée erra vers le vieux qui avait été cinéaste. Notre rencontre avait été des plus banales. Jétais ins-tallé dans le village à léglise décatie et aux champs boueux, depuis quelques mois de difficile réadapta-tion, passé sans douleur pourtant des cyclones des îles des Caraïbes aux vents de la France occidentale. Là bas, à Saint Domingue, jétais attaché audiovi-suel auprès de lambassade de France. Un job hono-rifique, bien payé et pas trop fatigant. La réalité et lancienneté de ma nouvelle demeure aux lourdes pierres grises contrastaient agréablement avec mes activités professionnelles aussi virtuelles quimprobables. Une grande cité de fin de mil-lénaire aux ambitions de mégapole technologique mavait pourvu dun travail répondant à mes vel-léités créatrices. Jenregistrais des milliers de voix pour une société dédition spécialisée dans le numé-rico-ludo-pédagogique. Ce nétait certes pas un tra-vail qui me projetait au devant de la scène. Mais du fond des studios, oublié, jassouvissais un goût ancien pour le son sans limage. Depuis longtemps déjà, peu adepte de lécran de télé, je sortais rarement
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sans radio. Les voix laissaient imaginer une am-biance, des physionomies, et peu importait quelles soient conformes à la réalité. Un jour, dans un stu-dio dune grande chaîne nationale, je navais pu em-pêcher que me soient révélés les visages des jour-nalistes que javais lhabitude découter. Lexpé-rience navait pas été concluante ; une impression de gâchis mavait effleuré, la sensation que les têtes avaient été affectées aux voix à posteriori. Peut-être nétaient-elles que des masques ? Jose à peine dire que mes fictions de prédilection sont les feuilletons radiophoniques où, par le biais de bruitages et donc dartifices, les pas dans les rues pavées retentissent mieux que dans la réalité, les ambiances sont mieux restituées quà la télévision, qui ne fait que donner à voir. Hyperréalité des dialogues des petits-déjeu-ners où je mamuse à identifier tous les bruits : le café versé dans les tasses, le sucre en morceau cassé en deux, le bruit des tasses sur les soucoupes ; des bruits si réalistes quon ny fait jamais attention dans la réalité ; ces choses que lon ignore sans pour au-tant méconnaître leur existence. Mon village était petit et peu à la mode. Les jeunes free-lances qui travaillaient avec moi au stu-dio denregistrement, dont le franglais dépassait de beaucoup la simple appellation de leurs fonctionscétait même à se demander si ce nétait pas un cri-tère de sélection - disaient ne pas en connaître lexis-tence et loubliaient aussitôt que je le mentionnais au hasard des conversations. Je métais dailleurs aperçu bien vite que le mépris était réciproque : nombre de cultivateurs du petit bourg avaient cédé des terres à la « mégalopole » mais jamais nen par-laient. Parfois le soir, même en hiver, j étais hélé par lun dentre eux qui minvitait à boire un verre de vin. Un coup de pied dans la chaise en paille pour faire tomber le chat qui généralement y dormait et on se
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