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"Il faut beaucoup aimer la vie, la deviner profondément, la subir dans chacune de ses cellules pour écrire un livre pareil". Préface de J.Kessel

Publié le : mercredi 1 janvier 1936
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246799023
Nombre de pages : 249
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DU MÊME AUTEUR :
Essais
SUR LA TERRASSE.
FRANCIS CARCO.
Romans
Aux Editions Bernard Grasset
LES COMPLICES.
XÉNIA.
L’ESCADRON BLANC. (Prix de la Renaissance 1931).
LE CHEF A L’ÉTOILE D’ARGENT. (Prix de Carthage 1934.)
SOUS L’ÉTENDARD VERT.
SANG ET LUMIÈRES. (Prix Goncourt 1935.)
L’HOMME DE CHOC.
Nouvelles
COUPS DURS (N.R.F., éditeur.)
Pour paraître prochainement
INOA.
LA MÉDUSE DES SABLES.
En préparation
DE CAPE ET D’ÉPÉE.
ROC GIBRALTAR.
MER LIBRE.
Tous droits de traduction, reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
© Éditions Grasset et Fasquelle, 2012.
9782246799023 — 1re publication
PREMIÈRE PARTIE
I
Les deux hommes n’étaient pas rentrés.
Dans un intervalle d’accalmie, Bernard de Sergy sortit sur la terrasse de l’hôtel, balayée par le vent et les paquets de neige.
— Fixez les supports des tentes ! cria dans la nuit une voix, qui sembla déchaîner à nouveau la tourmente.
Les ombres qui venaient d’assujettir les toiles battantes traversèrent la clarté projetée par la porte du hall, au bas des degrés de pierre.
— Ils n’auront pas pu arriver au refuge ! dit Sergy en reculant, suivi d’un courant d’air aussitôt étouffé. Même s’ils sont descendus à deux heures, l’orage les aura surpris avant le col...
L’angoisse gagna.
— Il paraît que Séménoff avait déjà failli se tuer, avec un guide de Stürren, fit quelqu’un.
Personne, par hasard, ne releva l’assertion : les gens se joignaient et se dispersaient sans raison.
Un seul groupe durait, immobile refuge, autour des silhouettes plus hautes de Bernard de Sergy et de Wilhelm Selhofen, le professeur de ski. L’un et l’autre connaissaient la montagne.
— Certainement, ils auront été surpris, affirma Sergy. Nous avons fait la course le mois dernier. Nous étions entraînés plus qu’eux, et il nous a fallu quatre heures...
— Vous pouvez compter six, avec la neige d’hier... rectifia Selhofen.
Un silence tomba. L’orchestre jouait une valse américaine, mais personne ne dansait plus. Sur un signe, les musiciens serrèrent leurs instruments, et sortirent, un à un, par la porte du fond.
Une sonnerie tressaillit. Le directeur alla répondre, puis vint dire :
— Non, ce n’est rien..., comme si le téléphone avait pu donner des nouvelles des disparus.
Mais à peine se fut-il éloigné que la sonnerie recommença, stridente, appuyée.
— Leur message S. O. S..., murmura Britken, la jeune fille suédoise qui se tenait à côté de Sergy.
Sergy haussa à peine les épaules. Les bras noués, il serrait de la main sa mâchoire forte, qui lui donnait un air brutal :
— Ah ! cette arête sud du Grosshorn !... dit-il. Puis comme le directeur passait une fois de plus, dans un affairement inutile, il se tourna vers lui. « Vous allez affoler tout le monde ! Il n’y a pas moyen d’arrêter cette sonnerie ? »
Le directeur reparut à la porte de son bureau, le récepteur à l’oreille, une main désespérée :
— Allô... Mais il n’y a personne au bout du fil ! C’est à perdre la tête ! Monsieur de Sergy, il me semble que c’est vous qu’on demande... De la part de ?...
Sergy se précipita. Pourquoi lui ? Mais la tempête courait sur la voie invisible, nue au flanc de la montagne ébranlée. Si le crépitement s’interrompait, c’était pour hacher des mots lointains, méconnaissables.
— Ici, l’Adelsberg... l’Adelsberg, déclara Sergy, pour garder son calme.
Quelques secondes après, il crut entendre :
— Tenez-vous prêt...
Mais la voix fut aussitôt déformée.
Se tenir prêt ? prêt à quoi ? N’était-ce pas une hallucination ? Il revint vers le groupe tendu.
— Qui vous appelait ? interrogea-t-on.
— Je ne sais pas... La communication est brouillée.
— Il n’y a personne au bout du fil, répéta le directeur, qui s’épongeait le front.
— Alors, votre appareil est fou ! dit le baron de Reus, qu’on n’avait pas entendu s’approcher.
Britken se pencha à l’oreille de Sergy :
— Ah ! voici l’oiseau d’orage...
Surpris lui-même, Sergy contint mal un geste nerveux. Derrière Reus venait son chien, le dogue gris que personne n’aimait à rencontrer, énorme, avec sa croupe osseuse de bête affamée.
— Je vous l’abattrai ! lui avait dit Bernard. On n’a pas idée d’amener un chien pareil dans un hôtel !
— Une balle au front, alors, monsieur de Sergy... et ne le manquez pas ! avait répondu le baron métèque, qui, d’habitude, comprenait mieux la plaisanterie.
Qui lui aurait demandé le secret de ses soucis, ou ses papiers de noblesse ? Il riait d’un rire contenu, inquiétant, lorsqu’il y aurait eu quelque risque à parler. Mais il ne recherchait pas le scandale. Il suffisait d’avoir l’œil sur lui.
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