Zoom avant

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Jacques Lecomte écrit des textes courts, répondant à des émotions ressenties dans l'instant, épinglant avec humour, tendresse ou colère, les travers de notre société et nos incohérences. "Zoom avant" propose un nouvel éclairage de notre quotidien, porteur de violences et d'espoirs, pour découvrir de nouveaux chemins, au détour d'un passé revisité et d'un présent reconstruit. Ces récits et nouvelles renvoient le reflet où chacun se retrouve à travers le miroir déformé de notre histoire collective.
Publié le : mercredi 9 mai 2007
Lecture(s) : 155
EAN13 : 9782304001389
Nombre de pages : 241
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Titre
Zoom avant
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Titre Jacques Lecomte
Zoom avant
Nouvelles
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00138-9 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304001389 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00139-6 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304001396 (livre numérique)
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À Marie-Claire
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Jose mon ami
JOSE MON AMI
Que je vous parle de José. Que je vous raconte un peu. Écoutez voir. Installez-vous. Oui, il fait bon. On va parler de José. José, mon ami. Pour qu’il soit là, avec nous. Pour qu’il revienne d’il y a déjà très longtemps. Parce que José, il nous a laissés en chemin, il a décroché un jour de Septembre. Salut les gars et bien le bonjour. En solitaire. Et le grand soleil. Il voulait voir la face cachée des choses. Derrière. Là où on ne voit pas. Là où on ne sait pas. Alors, nous, vous, moi, on vaquait. Autre part. Oui, lui, il mettait son film sur grand écran, ce fameux jour de septembre. C’était un lundi. Attends. Oui, c’était un lundi. Au début du mois, même qu’on était encore en vacances. Je bricolais, je vous dis. Le carrelage de ma cuisine. Pas le mural ni par terre, ça je ne connais pas, mais le dessus de ma paillasse. En blanc. Mon père m’avait donné des carreaux tout blancs. Alors, je les ai posés. Un lundi. Ce lundi.Oui.Ca faisait longtemps que je devais carreler, mais on retarde, tu sais ce que c’est.
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Zoom avant
Donc, j’enduis, j’étale, je casse, je colle. Tout ça, en fait, ça marche bien. Tu verrais mon évier, il est chouette. Il est blanc. Et le soir, j’étais content. J’avais enfin fait mon évier. Alors, moi, donc, je m’occupais. Et lui, José, il s’envoyait en l’air, dans l’éternité muette. Et je ne savais pas, loin que j’étais avec mes carreaux. Mes carreaux blancs et ma colle que je m’en mettais partout. De la colle grise pour des carreaux blancs. Enfin, maintenant que c’est sec, c’est blanc. Papa était content quand il a vu ce que j’avais fait avec ses carreaux. Un bel évier, presque neuf. Oui, je ne savais pas que dans tout ce blanc, il faisait sombre dans ma vie. Je ne savais pas que dans ma vie, il y avait un ailleurs où j’avais mal, où je souffrais, où je n’avais pas su comprendre et d’où je reviendrai meurtri et défait. Dans cet ailleurs, José s’éclatait, sous les fenêtres des voisins, à côté du téléphone, à une longueur de fil de mes carreaux. Il ne pouvait plus appeler, il ne reviendrait plus. Alors, moi, j’ai tout rangé et puis j’ai essuyé mes beaux carreaux tout blancs, je les ai frottés pour qu’ils brillent, pour que Claire soit contente de son nouvel évier. On a mangé le soir. C’était bon. Claire nous avait fait du pain aux noix. Mais, là-bas, là-bas où je ne pleure pas encore, où je n’ai pas encore défailli, et d’où je ne partirai jamais complètement, José
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