1124 - D'un monde à l'autre

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De la Bretagne à Jérusalem - 352 pages en format papier

Après un changement de vie et une installation à la campagne, Léo découvre dans une vieille grange un manuscrit datant de la fin du 18ème siècle, mais qui raconte une histoire bien plus ancienne. Celle de Bohémond de Couebouc, l’un des premiers chevaliers Hospitaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Parti de sa Bretagne natale entre la première et la deuxième croisade, Bohémond arrive dans la Ville Sainte conquise vingt ans plus tôt par les Catholiques Romains. Bohémond découvre un monde brutal mais en pleine effervescence car situé au confluent d’une multitude de cultures et de peuples. La ferveur religieuse y est également d’une incroyable intensité.

Des ordres religieux d’un genre nouveau apparaissent, les chevaliers du Temple et les Hospitaliers, moines et guerriers à la fois, destinés à protéger les pèlerins, les lieux saints et le royaume. Les archives des monastères de Palestine, enfin accessibles aux occidentaux, révèlent l’existence de manuscrits inconnus. L’un d’eux évoque l’existence d’une relique liée au christ d’une nature exceptionnelle, potentiellement plus précieuse que celles de la Sainte Croix, de la Sainte Lance ou de la Couronne d’Epines. Commence alors pour Bohémond et frère Basile une enquête aventureuse, parsemée de dangers et de rencontres fabuleuses.

Leur quête les mettra sur la piste de Saint Martin de Vertou, un moine bâtisseur breton du VII ème siècle étrangement oublié et leur révèlera que la relique qu’ils recherchent est bien plus exceptionnelle et déterminante pour l’avenir de tous les hommes qu’aucune autre connue...

La couverture de cet ouvrage a été conçue d'après une enluminure réalisée par Claire Biteau-Guillemain, www.enlumine.org


Publié le : mercredi 3 septembre 2014
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791093983004
Nombre de pages : non-communiqué
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Chapitre 16 - Mélisende et les Templiers

 

 

Après que les gardes noirs sen furent retournés, je gravis la colline de Sion, afin de contempler une nouvelle fois la Ville Sainte.

« - Alors ? es-tu devenu chevalier, seigneur ?

Je me retournai vivement et je reconnus à ma grande surprise le jeune garçon qui mavait abordé sur cette même colline lorsque j’étais arrivé à Jérusalem pour la première fois.

- Jehan ! je ne tai pas entendu arriver !

Le garçon était habillé comme la dernière fois que je lavais vu, la longe de sa mule à la main, il avait le visage illuminé par un large sourire.

- Oui, je suis devenu un chevalier de Dieu, un moine soldat de lHôpital, répondis-je avec le sourire et un peu de fierté.

- Bravo ! les hommes de lHôpital sont bons, ils soignent et recueillent ceux qui sont dans le besoin, aimes-tu Jérusalem ?

- Comment ne pas aimer cette ville ? Elle est pour moitié sur la terre des hommes et pour moitié dans le ciel du Seigneur.

- Oui, cest à la fois son caractère unique et sa malédiction et il dit cela dune voix triste et grave qui contrastait avec sa figure joyeuse, son jeune âge et sa condition.

- Chevalier, tu quitteras bientôt Jérusalem, mais avant de partir, demande à voir le moine Achard, il sert au Saint Sépulcre et au Mont de Sion, il se raconte quil connaît bien la vie des saints de Francie et même de ceux de Bretagne...

Je le regardai, stupéfait, tandis quil découvrait à nouveau ses dents dans un large sourire.

- Mais... comment... pourquoi me dis-tu cela ?

- Tu connais déjà la réponse à cette question, chevalier, que Dieu te garde, bon retour ! »

Il sauta prestement sur sa mule et glissa le long de la colline tandis que je restai interdit en le regardant s’éloigner sous le ciel rougeoyant.

Quelques instants plus tard, il avait totalement disparu et je me surpris à me demander sil navait seulement jamais été là, ou si ce n’était pas plutôt la fatigue qui mavait fait imaginer cette rencontre.

Je revins à moi et je hâtai le pas avant la fermeture de la porte de Sion, il aurait été dommage davoir fait tout ce chemin pour échouer devant les portes de la ville fermées pour la nuit.

 

Quelques instants plus tard, je frappai à la porte du monastère arménien attenant à l’église Saint Jacques.

Un moine entrouvrit la porte, mobserva brièvement, me reconnut et me laissa entrer dans la cour.

« - Mon frère, pouvez-vous prévenir le patriarche que frère Bohémond est de retour de voyage et en attendant quil ne me rejoigne je vous serais reconnaissant de me faire porter quelques denrées à manger, jai lestomac vide depuis ce matin... dis-je dun air contrit. »

Il me conduisit au réfectoire et un servant vint m'apporter des fèves et du lard qui étaient au menu du soir.

Je finissais dengloutir mon dîner lorsque le patriarche, accompagné de la princesse Mélisende de Jérusalem entrèrent dans le réfectoire.

Elle était habillée simplement, comme un homme, mais ses formes féminines et généreuses nen étaient que plus attrayantes.

Je me levai vivement et minclinai pour les saluer.

« - Votre Altesse, Monseigneur, veuillez me pardonner de me présenter ainsi à vous, je viens juste darriver à Jérusalem et mon voyage a été des plus mouvementés.

- Ne vous excusez pas Chevalier, cest déjà un prodige que vous nous soyez revenu sain et sauf, et cela nous réjouit, dit la princesse avec un enthousiasme qui me réchauffa le cœur.

- Hélas, le fidèle et dévoué Arakel na pas eu cette chance, il repose près de la mer de Galilée avec quelques-uns de ses compagnons et le fait que jai pu venger leur mort nest quune maigre consolation devant la perte inestimable de nos frères. »

Le patriarche et la princesse gardèrent quelques instants le silence et je sentis la douleur que leur causait le trépas de cet homme remarquable ainsi que celui de ses compagnons.

« - Et quest-il advenu de frère Basile ? demanda le patriarche.

- Il a choisi de rester avec les moines de Mar Sarkis, estimant que son destin était de partager leur vie de prières, répondis-je.

- Quil en soit ainsi... Allez vous nous raconter ce que vous avez vécu, frère chevalier ? Nous avons eu un message de nos hommes suite à lattaque de notre maison sur le chemin du retour, mais il ne nous permit pas de comprendre ce qui sest vraiment passé.

- Oui. »

 

Conscient du fait que sans eux, nous naurions pu aller jusqu’à Maloula, je décidai de leur raconter quasiment toute lhistoire, en ne mentionnant cependant que quelques éléments seulement du contenu de la lettre dAntiochos... comme la possibilité d'en savoir davantage en suivant la piste du moine Martin. Javais bien réfléchi à ce quil était prudent, ou non, de dévoiler, je prenais un risque mais je sentais, au plus profond de moi que je pouvais le faire, je suivis donc mon instinct.

Ils m’écoutèrent en silence, le patriarche hocha la tête plusieurs fois, Mélisende me regardait de ses yeux merveilleusement verts, et je dus plus dune fois contenir mon éloquence, tant je ressentais lenvie de lui plaire au travers mon récit.

Je nomis pas de mentionner ma deuxième rencontre avec Jehan, et son étrange conseil.

Le patriarche nous fit porter du vin quil nous servit lui-même dans des coupes d’étain.

« - Gloire soit rendue au Seigneur de nous avoir permis de prendre part à un si grandiose dessein, Il a tracé la voie à suivre, mais cette voie nest pas exempte de dangers et de souffrances, dit-il en reposant la cruche de vin sur la table. »

Mélisende demeura songeuse quelques instants, seul se faisait entendre le crépitement du feu dans l’âtre, une braise en fut projetée qui vint mourir à quelque distance de nous, je la regardai passer du rouge au noir, de la chaleur de la vie à la froideur de la mort.

« - Quallez-vous faire maintenant, chevalier ?

Je quittai la vision de la braise mourante pour plonger mon regard dans celui de la princesse.

- Je vais retrouver mon supérieur et lui conter ce qui sest passé lors de notre périple, javiserai ensuite avec lui de ce quil convient de faire, mais je pense quaprès des recherches sur ce Saint Martin de Vertou, un retour en terre Bretonne est inévitable...

La princesse ôta un médaillon quelle portait autour du cou.

- Portez ce médaillon, où que vous soyez sur cette terre, et cela même dans trente ans, il y aura toujours une église ou un monastère arménien, si vous en avez besoin, il vous suffira de le montrer à lun de nos religieux pour quil vous soit apporté toute lassistance dont vous avez besoin.

- Merci à vous, Altesse, dis-je, ému par la solennité avec laquelle elle avait prononcé ces mots, et également par le sentiment que javais quil était probable que je la voyais pour la dernière fois.

- Qui est-ce ? demandai-je en regardant le visage dun homme ressemblant au Christ incrusté dans le médaillon.

- Basile de Césarée, le fondateur de notre ordre.

Le patriarche prit à son tour la parole.

- La nuit est trop avancée pour que vous nous quittiez, chevalier, acceptez notre hospitalité pour la nuit, demain vous rejoindrez les vôtres.

- Merci à vous Monseigneur. »

 

La princesse et le patriarche me souhaitèrent la bonne nuit et quittèrent le réfectoire. Je m'attardai près du feu, tout en jetant de temps à autre des coups d'œil vers la cour intérieure, mais je ne vis pas la princesse quitter le monastère par la porte principale.

Soit elle avait pris le passage secret que nous avions utilisé pour quitter Jérusalem, ou alors elle occupait l'une des cellules du monastère pour la nuit.

J'aurais dû penser à mille autres choses, mais la belle princesse ne quittait pas mon esprit.

Je sentis soudain une présence, et mon cœur se mit à battre à tout rompre, comme si j’étais pris en faute.

 

« - Frère, souhaites-tu que je fasse monter de l'eau dans ta cellule afin que tu puisses te laver de la poussière du voyage ?

Un jeune moine se tenait respectueusement derrière moi.

- Oui, s'il te plait, mais avant cela, conduis-moi à ma cellule. »

Cette dernière était plus grande que ce à quoi je m'étais attendu, elle était également davantage meublée que ma cellule d'Hospitalier, sans doute était-elle réservée aux hôtes de marque, de passage au monastère.

Je vis bientôt une demi douzaine de moines apporter une grosse bassine qu'ils remplirent avec plusieurs jarres d'eau chaude.

Je leur proposai mon aide, mais ils refusèrent.

 

Me nettoyer fut comme une purification. Je ne me lavai pas seulement de la crasse, mais aussi de toutes les souffrances que j'avais vécues en route. Je restai immobile un long moment dans l'eau qui froidissait, profitant d'un silence absolu qu'aucun son ne venait troubler.

Puis, apaisé, je me séchai et m'allongeai sur le lit rudimentaire et ne tardai pas à m'endormir.

 

Grâce à Dieu, mon sommeil fut interrompu par le bruit d'une planche qui grinça sous la pression d'un pas précautionneux, trop précautionneux même pour qu'il puisse être celui d'un honnête homme.

Je ne fis pas un geste, à peine entrevis-je un œil, et ce coup d'œil furtif me permit uniquement d'apercevoir, à la lueur des braises mourantes, une ombre encapuchonnée.

Discrètement, je glissai ma main sous l'oreiller pour y trouver la dague que m'avait confié le chef des guerriers noirs.

Je ne savais pas si l'intrus me voulait du mal, s'il était dici ou d'ailleurs, s'il était homme ou femme, gredin, chevalier ou... princesse.

Je sentis mon cœur se mettre à battre plus fort.

L'ombre se dirigea vers mon paquetage, dont elle se saisit, avant d'entamer un discret demi-tour.

Dans quelques instants, elle aurait quitté la pièce, mon paquetage subtilisé et sans cependant avoir fait mine d'attenter à ma vie.

 

Je me décidai à intervenir avant qu'il ne soit trop tard et, faisant résonner fortement ma voix, je lançai :

« - Et bien messire, votre hardiesse ne vous permettra pas pour autant de quitter ma chambre sans être inquiété ! »

Je sautai en même temps au bas de ma couche et, tout en brandissant ma dague en direction de l'intrus, je me saisis de mon épée d'estoc que j'avais laissée à portée de main.

Le maraudeur sursauta en m'entendant l'interpeler et je vis l'éclair d'une lame apparaitre de dessous sa cape sombre, son visage demeurant caché par la capuche qui lui couvrait une partie du visage.

 

« - Faites attention à vous, maraud, à ne point risquer de vous blesser dans cette pénombre. »

En l'occurrence, l'avertissement était aussi valable pour moi, car si je tirais bien à l'épée, l'exercice était plus périlleux et bien plus incertain dans l'obscurité.

 

Je sentis mon adversaire hésiter, puis il jeta mon sac au sol et se précipita vers la porte qu'il ouvrit d'un seul coup avant de se jeter dans le couloir et de refermer la porte sur moi, qui m’étais lancé, avec un peu de retard, à sa poursuite.

 

Le coup fut tout autant efficace qu'inattendu, ayant pris un peu de vitesse, je ne parvins pas à m'arrêter et je pris la porte en plein visage.

Le coup m'assomma presque, et je restai quelques instants au sol, massant ma tête tout en me maudissant d'avoir encaissé un coup si peu glorieux.

 

Je revins à moi rapidement et j'en profitai pour mettre quelques vêtements qui m'avaient été laissés par les moines, j'enfilai mes chausses et me glissai dans le couloir que des torches éclairaient.

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