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1915, tranchée Paillette

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10 pages

1915, un canon français arrose par erreur une tranchée occupée par la 3e section. Le maréchal des logis Darcy mène l'enquête et retrouve l'un des soldats survivants. Son histoire risque de ne pas plaire à l'état-major....



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couverture
Dominique Chappey

1915, tranchée Paillette

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Journal des Marches et Opérations du 19e R.I.

 

18 juillet 1915 : Notre artillerie se montre très active ce qui occasionne des tirs de riposte de l’ennemi. Une erreur de réglage de notre canon de 95 fait dans le secteur 336 (tranchée Paillette) de nombreuses victimes : 7 tués, 5 blessés.

Pertes totales de la journée : Officiers : tué 1 (S-Lt de Boissière). Troupe : tués 11, blessés 24, disparus 5.

– Vous me menez cette enquête au pas de charge, Darcy. Vous retrouvez ces lascars, s’il en reste, et vous leur faites cracher le morceau. Je veux votre rapport sous huit jours !

Le maréchal des logis Darcy, gendarme à pied de la 7e section prévôtale, en avait plein les guêtres. Trois jours qu’il courait après des fantômes avec les ordres du capitaine qui résonnaient à ses oreilles. L’affaire était sérieuse, on parlait de désobéissance au sein d’une section de combat, et ce, sous le feu de l’ennemi. Le mot mutinerie n’avait jamais été clairement évoqué, mais il n’en fallait pas plus pour inquiéter l’état-major.

Il incombait à Darcy d’étouffer la rumeur dans l’œuf ou, si besoin était, de faire tomber des têtes afin de préserver le moral des troupes et le prestige du régiment. Entre les tués, les disparus et les désertions, mettre la main sur un soldat de la 3e section n’avait pas été une partie de plaisir. Les offensives et contre-offensives de l’été avaient éclairci de façon significative les rangs des unités exposées en première ligne.

Après trois jours à ratisser les cantonnements et à éplucher les rapports de compagnie, le maréchal des logis touchait au but, il en tenait un. Et il avait dû se fendre d’un voyage inconfortable jusqu’à l’hôpital auxiliaire de Saint-Claude à bord d’un fourgon d’ambulance pour pouvoir l’interroger. Darcy espérait simplement qu’il arriverait à tirer quelque chose du caporal Mourre, blessé à la tranchée Paillette, de la 3e section dernier témoin des événements du mois de juillet.

L’infirmier chargé de l’accueillir à l’hôpital avait tenu à le prévenir avant de le laisser en tête à tête avec le caporal :

– Il a complètement perdu la boule. Depuis son admission, il répète toujours la même histoire. Pas besoin de mettre une tune dans le chapeau, il suffit d’entrer dans la chambre et il démarre au quart de poil. Ça fout la trouille aux garçons de salle, ils viennent même plus changer les bassins. Le médecin-major a donné ordre de l’isoler pour pas que ça s’ébruite, parce que c’est pas joli-joli ce qu’il raconte.

Comme à son habitude, Darcy était partisan de simplifier la procédure. Il décida donc de prendre place sur la chaise disposée à la tête du lit et d’attendre en silence. Il serait bien temps de poser des questions plus tard. L’homme alité, une partie du visage et du crâne disparaissant sous les pansements, était perdu dans la contemplation d’une reproduction de la vierge à l’enfant sur le mur opposé. Il ne montra aucun signe laissant supposer qu’il avait remarqué la présence du sous-officier à son chevet. Mais comme l’avait prédit l’infirmier, à peine le gendarme assis sur la chaise, l’homme se mit à parler, les yeux dans le vague, comme s’il récitait un long monologue appris par cœur…