À l'ombre des Aigles Romaines

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Juba II, jeune prince otage, voit son avenir compromis au moment où Jules César fête son triomphe à Rome. Enfant surdoué, raisonnable et prudent, élevé dans une cage dorée, il transcende son destin. Devenu général romain, il rencontre Séléné, otage d’Octavien. Celui-ci la prépare à une destinée de vestale parce qu’elle est fille de Marc-Antoine et de Cléopâtre. Rien ne semble pouvoir rapprocher Juba et Séléné que douze ans séparent, sinon le fait d’être enfants d’ennemis jurés de Rome et d’avoir été tous deux élevés à l’ombre des aigles romaines par la merveilleuse Octavia. Pourtant, un destin et un amour hors du commun les uniront au-delà la mort...

Ce roman, inspiré par l’histoire vraie d’un couple mythique, revêt à la fois des tonalités épiques et romantiques, et se déroule dans un cadre historique mal connu, entre 52 avant J.-C. et 23 après J.-C.


Publié le : jeudi 17 juillet 2014
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EAN13 : 9782332748683
Nombre de pages : 290
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ISBN numérique : 978-2-332-74866-9

 

© Edilivre, 2014

 

 

Du même auteur :

La vérité du moment

Le cri du chacal ou le récit d’une vie dans l’Algérie d’autrefois.

Les caprices de l’existence :

Tome 1 – Choisir la vie

Tome 2 – L’ancrage

Un grain de sable

Les larmes du sang

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Dédicaces

 

 

A Josyane,

L’amie, la sœur choisie…

« Les souverains pacifiques, réfléchis, tolérants,
ne sont guère appréciés des biographes,

même si leur règne est flamboyant et s’ils apportent la paix et le bonheur à leur pays. »

L’Otage

Il marche…

Et, seuls les arbres de la célèbre « Via » s’émeuvent de le voir passer, et parfois pleurent sur lui, quelques feuilles roussies.

Il marche…

Dans sa tunique écrue et légère d’enfant berbère, il avance en automate. Un casque bouclé de cheveux blonds coiffe son visage épuisé, et les perles de sueur sur son front de miel, ne doivent rien à la flamme ardente qui danse dans ses immenses yeux de braise…

Il marche…

A n’en plus pouvoir, sur cette voie malodorante, balayée à la hâte en l’occasion de cette grande manifestation populaire romaine, de cette marche triomphale !…

Il marche

Sous le ciel si bleu d’Italie, que ne tache aucun nuage ce jour-là ! aucun voile n’évite au soleil d’être si chaud pour lui !…

Il marche…

Le regard captivé par la cage devant lui, dans laquelle brinqueballe, enfermé comme un fauve, un grand guerrier vaincu.

Ses petits pieds fatigués foulent les pavés, chauffés à blanc par l’astre encore brûlant à cette heure de la journée. Quelques fois, ils trébuchent de fatigue contre eux, il manque de tomber. Vaillamment, il rétablit son équilibre et, encadré par les grands chefs militaires de son père, il avance.

Courageusement, il marche…

Les hurlements, les huées et les quolibets d’une foule en délire l’accompagnent.

Les étendards et oriflammes, drapeaux que surmonte le bronze doré des « aigles romaines », ainsi que la sonnerie des trompettes, enfièvrent la populace plébéienne. Bien au-delà des ovations au Généralissime, c’est le quadruple « Triomphe » de César que le peuple célèbre, en cet automne flamboyant.

Derrière l’enfant, tracté par des chevaux blancs, le char d’apparat blanc et or, rutile. Il exulte le célèbre Général !…

Comme le veut la coutume son visage est voilé. Son corps, dissimulé sous une poudre écarlate saturée de minium, se drape dans la toge pourpre, précieux témoin de son « ovation curule ». Son bras rougi, salue la foule en délire. Avec magnificence, il offre à Rome, la cité glorieuse, la preuve de la réelle augmentation du territoire de son Empire !

Il est là, superbe, imperturbable, acceptant les acclamations au héros vainqueur !

Il l’a emporté sur la Gaule, l’Afrique et l’Egypte, mais aussi en Israël et… sur Pompée ! Ces victoires justifient son Triomphe et sa pourpre !…

Après tant d’années de luttes fratricides… il donne au peuple l’espoir de mettre un terme à la déchirure romaine et de voir enfin, l’avènement d’une ère de stabilité.

L’enfant, qui n’a pas encore six ans, est inconscient de ces enjeux politiques. Il sait seulement, parce qu’on le lui a dit, qu’il figure à ce Triomphe, au lieu et place de son père, à qui la mort a su éviter cette humiliation publique. Néanmoins, l’esprit de ce petit automate lui restitue le souvenir cruel de son récent enlèvement.

Il revoit l’incendie du palais de Zama, entend encore les hurlements du personnel qui assurait sa garde, quand on leur a arraché l’enfant. Défile, devant ses yeux, l’affolement des serviteurs, l’horreur de leur massacre par des centurions ivres de sang ! sa propre terreur devant le désordre général, et sa brusque stupeur, soudain…

Les cris des vainqueurs, les râles des blessés mêlés à ceux des mourants, hantent sa jeune mémoire tandis que, petit pantin traumatisé, il poursuit sa route.

Devant lui, dans une cage trop petite, un homme, qui n’a rien d’un fauve et dont les yeux, à peine entr’ouverts, ne supportent pas la clarté du jour, est exposé.

L’enfant l’examine, intrigué. Il ne sait pas, qu’emmuré depuis deux ans, les yeux de cet homme en ont oublié la lumière !….

Inconsciemment, il note sur le corps décharné vêtu de loques, des cicatrices de flagellation qui signent la haine et la crainte qu’il inspire encore. Ses chevilles et ses poignets, enserrés dans de lourdes chaînes, ne sont que plaies malsaines. La cage tangue sur les pavés sales et le supplicié s’agrippe aux barreaux, bien campé sur ses jambes, pour ne pas tomber.

Il bande tout ce qui lui reste d’énergie, pour demeurer digne en dépit de la mortification qu’ostensiblement, il feint d’ignorer. Ses yeux, blessés par l’intensité du jour, promènent un bref instant, leur regard vide sur l’enfant, et curieusement reprennent vie.

Sans qu’ait été échangé le moindre mot, naît – entre ces deux otages que leurs origines et 22 ans séparent – un sentiment étrange et réciproque de compassion mêlée de respect.

Il émane de cet homme qui, maltraité, reste impressionnant de beauté, une fierté et une force indomptables qui vivifient l’enfant. Lequel, dans son innocence, reste lui, porteur d’une espérance que le guerrier n’a plus.

L’espace d’un instant, ce dernier puise dans le regard farouche de l’enfant berbère, la promesse d’une revanche à venir, un jour… Sous quelle forme ? Il ne le sait pas… Mais dès lors, son âme toujours insoumise, se rassérène.

Regard d’un instant, fier et chargé de confiance du Roi Gaulois. Regard qui intrigue, mais investit l’enfant d’une mission, encore mal perçue par lui, avant que ne s’éteigne cet éclair de vie et que de nouveau, l’homme n’ait plus de regard, parti déjà vers autre part, au-delà !…

Quant à l’enfant-captif, il se redresse spontanément et, en dépit de son épuisement, continue bravement, sans larme, cette marche infamante. La dignité étonnante de leur petit prince aux pieds déchirés, entretient la fierté des chefs Numides qui avancent à ses côtés, vaincus et humiliés.

Dans la foule, un jeune homme de dix-huit ans, assiste, impuissant et quelque peu sévère, à ce défilé. En passant, les yeux de l’enfant le balayent, tisons qui brûlent son âme…

Il a pour nom : Démétrius Lucius Legatus.

C’est un jeune philosophe blond, aux cheveux longs. Son regard doux dévoile plus de tristesse que d’admiration, à regarder défiler ces prisonniers dépenaillés et geignants, entourés de la soldatesque cliquetante. Cet œil fier de l’enfant-otage lacère sa conscience et déstabilise sa sagesse. La tenue du jeune homme dénote sa qualité et sa fonction.

« Rome prétend parvenir à supplanter Athènes et même la blanche et célèbre Alexandrie !… » songe-t-il stupéfait « Les Romains en sont vraiment à rêver d’un Empire plus puissant encore, que celui dont la mort d’Alexandre a causé la division !… » finit-il par admettre avec un brin de dédain devant la liesse générale… avant de s’interroger, dubitatif :

« Le vent cet automne-là ! fermera-t-il la parenthèse impertinente, ouverte six ans plus tôt ?… »

Démétrius Lucius Legatus se souvient…

Il n’avait que douze ans alors !… à cet âge-là, les souvenirs se gravent dans la mémoire des jeunes, qui troquent leur enfance contre l’adolescence…

La puissance romaine conquiert alors, avec enthousiasme. Toute jeune encore, elle folâtre et jette les bases de ces méandres, qui constitueront son Histoire, sa grandeur, demain…

Un temps, l’invincibilité de Jules César, s’est trouvée déniée… L’ombre de ses glorieuses « aigles romaines », ces hauts symboles qui ornent, avec tant de fierté, la hampe du drapeau des légions, a été défiée !

Pour lui, Démétrius, hier !… c’étaient les proscriptions… c’était, dans une Rome qui connaissait une grande période d’anarchie et de guerre civile, le premier triumvirat : Pompée, César et Crassus !…

L’enfant, qu’il vient de voir passer, n’était encore qu’une naissance promise !!!

(…)

Jusque dans son cachot !… jusqu’à ce que, ce jour même, les mains puissantes du bourreau sur sa gorge, mettent un terme à sa courte vie !… Vercingétorix, l’homme dans la cage, emportera dans son cœur réconforté, le regard sauvage et déterminé de l’enfant blessé mais indompté, tandis qu’il posait le sien, comme un viatique sur le cœur de ce dernier : Juba 2.

Juba, lui, n’oubliera jamais l’anéantissement qu’il ressentit, au terme de cette communication muette et improbable entre leurs deux regards chargés d’attente.

Certes, il abordera bientôt ses six ans !… Il pressent pourtant, qu’il vient de faire le deuil de sa liberté et de son enfance. Confusément, le sort fatal et inéluctable de ce seigneur valeureux, dont il ne connaît rien, ne lui échappe pas non plus.

Otage de César !… Ce sort, il l’appréhende pour lui-même. De toutes ses forces vives, il se promet de tout faire pour échapper à sa captivité…

 

 

Un peu d’Histoire

A cette époque…

Jules César, grand rival politique de Pompée, jouissait d’une réputation de chef de guerre hors du commun. Il avait réalisé pour Rome, l’annexion des Gaules cisalpine, transalpine et narbonnaise. Mais, voilà que le reste de la Gaule choisissait de lui tenir tête !…

Et soudain, rien n’allait plus, pour lui….

A quarante-huit ans, Triumvir d’occident et Consul Unique à Rome, sa position de Général Romain était mise en échec et, dans le contexte difficile de guerre civile que connaissait la cité, Pompée, Triumvir de la province romaine « Asie », s’inscrivait ouvertement, dans une démarche rebelle envers lui.

Par ailleurs, la mort du Triumvir Crassus, qui contrôlait la province romaine « Africa », permettait à Juba 1er de Numidie, qui détestait César, de faire aussitôt, alliance avec Pompée !…

Démétrius-Lucius se souvient que son propre père s’était fourvoyé en suivant Pompée dans cette démarche. Raison pour laquelle aujourd’hui, expatrié de ses propriétés lombardes, il se trouve, lui, à traîner dans la foule, espérant apercevoir l’ennemi juré du Maître, le résistant Gaulois !…

Le jeune chef Arverne, fringant et valeureux : Vercingétorix ! qui, à vingt-deux ans à peine, était reconnu : « Roi des Gaules » !… devint vite, pour César, le responsable de sa position critique.

Au début de la campagne gauloise, le chef Romain avait diplomatiquement, proposé son amitié à ce jeune homme, espérant se rallier ainsi, l’empire Celte. Mais… le chef Gaulois s’était ému des répressions très vives de César contre les révoltés gaulois : il se révéla donc, hostile, pire !… renégat. Il n’accepta pas la domination romaine… Ce crime de lèse-majesté, César ne pouvait le lui pardonner.

Démétrius le savait très beau, robuste et vaillant, ce héros gaulois, de seulement dix ans, son aîné !… Il présentait tous les arguments de séduction susceptibles d’alimenter les fantasmes du jeune adolescent pompéien…. Il entendait louer autour de lui, par son père et les amis de celui-ci, les qualités exceptionnelles et la fière allure de leur ennemi, ce jeune héros gaulois !…

Excellent cavalier, il disposait d’une cavalerie à son image, qui tendait à devenir légendaire !… On le décrivait droit sur son cheval blanc, avec ses beaux yeux verts, brillants d’intelligence et de malice, ses cheveux blonds qui flottaient au vent et se mêlaient parfois, à ses longues moustaches traditionnelles, qui tentaient en vain, de le vieillir pour le rendre plus crédible… Il fanatisait le peuple gaulois, lequel se prenait à rêver d’autonomie !…

Intelligent, Vercingetorix avait été le premier à comprendre, que la Gaule formait un tout, en dépit de ses querelles et de ses différences… Un choix se présentait pour lui, entre l’amitié de César et la liberté de la Gaule… Et, il choisit la Gaule.

Ce romantique avant l’heure, séduisait quelque peu la Rome pompéienne. Ses jeunes, comme Demetrius-Lucius, l’idéalisaient… Et, pourtant ! Ce jeune Roi savait expliquer aux villageois gaulois, qu’ils ne seraient plus rien, sous le joug romain…

Il ne se contentait pas de parler !… Rome apprit bientôt, l’invraisemblable…

A Gergovie, la cavalerie de Vercingetorix venait de battre les légions de César, justement réputées invincibles !…

Ce dernier enrageait de devoir reconnaître, qu’en dépit de sa jeunesse, ce roi avait l’âme et le génie d’un chef. C’est alors, qu’il maudit l’Arverne !…

Dans l’urgence, alors qu’il se reposait à Ravenne, il lui fallut revenir en Gaule. Et ce, sans s’arrêter à Rome où le Sénat l’attendait !…

Pompée se saisit, lui, de cette occasion pour l’évincer et se faire soutenir par le Sénat et, dans le même temps, il s’alliait au futur roi Juba 1er !…

Furibond et humilié, César ne put que constater la liesse de Gergovie. C’en était trop !…

Simultanéement sur ces trois fronts : Rome, la Gaule et la Numidie, Julius César se voyait trahi. Il se devait de réagir, et de réagir vite !…

C’est dans ce contexte, véritable concert de contestations de l’année de Gergovie, que vint au monde le petit héros dont Demetrius vient de croiser le regard…

Présage inquiétant pour l’avenir de ce deuxième Juba, que cet « hier » difficile !…

Mais, entre cet hier de perdant et le jour triomphal d’aujourd’hui, que s’est-il passé ?…

En juillet, excédé comme un phénix renaîssant de ses cendres, Julius, fustigé, releva ses aigles et sa vindicte ! Il reprit sa guerre en main, bien déterminé à vaincre Vercingétorix, « l’âme de cette guerre » !…

Doté de l’expérience militaire, qu’il devait à ses 25 ans de plus que lui, César disposait d’une stratégie et d’une organisation, qui allait avoir raison de l’anarchie des troupes gauloises, braves mais, hétéroclites et difficiles à gouverner. Il fit cependant, appel à des troupes germaines pour repousser les assauts gaulois et contre attaquer.

Le chef gaulois, dans l’attente prudente de secours que sa cavalerie alla quérir dans toute la Gaule enthousiaste, préfèra se retirer momentanément, à Alésia, oppidum réputé imprenable. Cette position inexpugnable lui laissait augurer la reconstitution des forces de ses armées.

C’est, de cette retraite improvisée des Gaulois, que César tira profit pour faire montre de son exceptionnelle maîtrise de l’art du siège. Pour couper Alésia de tout secours, en entourant les murailles de pièges et de redoutes, qui ne permettaient pas aux renforts attendus d’en d’approcher, il n’hésita pas, à investir des sommes colossales, prélevées sur le trésor Romain.

La ville était assiégée depuis deux mois, quand en septembre, arrivèrent les secours. Elle était alors, à court de vivres. Dans leurs tentatives de libération, les renforts gaulois, impressionnants par leur solidarité et leur importance, mais impuissants, s’offrirent en victimes à un véritable massacre.

Les Pompéiens y décelèrent très vite l’amorce de la revanche romaine !…

Acculé dans ses retranchements et désireux de sauver la population d’Alésia et ses chefs, Vercingétorix capitula. Sous les arbres roux qui magnifiaient sa forêt gauloise, tout en offrant un écrin d’or brûlé au roi, dans ses plus beaux atours et sur son cheval paré, il vint faire allégeance à César, contre la liberté des assiégés.

Sans noblesse, César le fit mettre aux fers et l’emmena avec lui. Il voulait l’humilier à son tour, en le faisant assister à la défaite de la Gaule indépendante, privée de chef… défaite, devenue rapide et inévitable.

Pendant deux ans, il traîna son prisonnier derrière lui, infligeant à ce dernier le constat de sa puissance et de ses conquêtes, avant de le faire enfermer, dans les chaînes, au fond d’un cachot sale et sans lumière, du sinistre « Tullianum ».

C’est là, que le vaincu attendit qu’arrive le moment du triomphe de César. Moment, qui signait inexorablement, son exécution. Mis en cage, comme le fauve qu’il avait été, mais désormais captif inoffensif, le Romain pouvait l’exhiber et le livrer aux invectives et quolibets des foules !…

Le « Triomphe » de César, en cet automne, six ans après Gergovie, recouvrait aussi, sa revanche sur l’Afrique et sur Pompée !…

En effet, lors de la naissance de son fils, l’année de Gergovie, le jeune roi Juba 1er, avait saisi cette opportunité, pour célébrer, dans sa magnifique capitale riche de temples luxueux et de palais superbes, par des fêtes somptueuses marquant cet événement, la pérennisation de sa dynastie.

Ainsi, la liesse des Numides à Zama, se jumela à la liesse gauloise de Gergovie. La Numidie et la Gaule opposaient leur joie à la déchirure navrante de Rome.

Ces deux provinces vassales humilèrent, de concert, César, avant sa riposte ! Il lui fallait désormais, des lendemains qui le louent…

Deux ans après Gergovie, les relations entre le vassal africain et Rome se détériorèrent plus encore ! et le Numide vit son propre royaume menacé d’annexion pure et simple…

Ulcéré, ce personnage susceptible, vindicatif, orgueilleux et altier, dont le vœu de réunification de la Numidie, faisait si volontiers, un rebelle aux allures de Vercingétorix Africain, en appela à Pompée, qui lui assura la reconnaissance comme chef d’état, et l’amitié de Rome, contrairement à César.

Dès lors, tous deux se prêtèrent main-forte, politiquement et militairement. Julius ressentit cette alliance comme une déclaration d’hostilité.

A quatorze ans, le jeune Démétrius avait adopté les idées de son père et misait sur le succès des coalisés. Néanmoins, au cours de l’été, soutenu par son fidèle Marc Antoine, César parvint à affronter Pompée. Sur le plan numérique, la supériorité des armées pompéiennes aidées par celles de Juba 1er, était écrasante. Le Numide disposait de quatre légions, organisées sur le mode romain. Il comptait aussi, dans ses forces, outre ses guerriers berbères, plus de deux mille cavaliers espagnols, portugais et gaulois. Pourtant, après une longue traque, César l’emporta à Pharsale. Cette victoire lui assura, avec le pouvoir suprême sur Rome, la dictature à vie.

C’est l’époque où commencèrent les proscriptions !… Comme bien d’autres, victime de ses choix, la famille Legatus fut expatriée, « spoliée », se souvient Demetrius, avec amertume.

Pompée, écrasé, restait encore en lices… Juba 1er

Le Numide, trois ans après Gergovie, était sorti vainqueur d’une grande bataille l’opposant à César !… lequel n’oublait pas l’humiliation infligée à ses légions. La manière de se battre des Berbères, à peine armés, avait décontenancé les lourdes légions romaines surprises par les interventions rapides et les harcèlements constants, de jour comme de nuit, de ses insaisissables adversaires. Ils disparaissaient, laissant les « aigles romaines » opposées à des éléphants !… Ils créèrent la débandade des légions, qui subirent un massacre et en sortirent ridiculisées…

Elles y perdirent la face et l’espoir !… C’était une piqûre de rappel de la défaite de Gergovie !…

César n’avait pas apprécié à Pharsale, de retrouver Juba inscrit aux côtés de Pompée. Une fois encore, il lui fallait relever l’honneur de ses légions.

Alors, il se promit de démanteler la Numidie rebelle, comme il avait démantelé la Gaule réfractaire…

Quand, deux ans plus tard, au printemps, Jules César eut raison de Juba 1er à Thapsus, il n’hésita pas à saisir l’occasion qui se présentait pour procéder à un changement dans l’administration de la province romaine « Africa » fidèle. Il en tripla l’étendue en y noyant une grande partie de la Numidie orientale rebelle, dans le royaume de Bocchus : la Mauretanie….

Il prit soin surtout, d’éparpiller ou de détruire, les membres de la famille royale Numide… Exception faite, du jeune Prince Juba, à peine sorti de sa première enfance, qu’il ramena en otage, à Rome.

Après Thapsus, les lendemains chantaient donc pour César…

Décidés à mourir plutôt qu’à se rendre, Juba 1er et l’un de ses généraux et ami, avaient choisi un combat singulier pour se poignarder mutuellement. Les deux amis s’épargnèrent ainsi, l’humiliante capitulation. Mais, ce faisant, ils livrèrent l’enfant de cinq ans, aux adversaires !…

César s’était attardé pendant deux ans à Alexandrie, séduit par Cléopâtre, dont il avait eu un fils. Dorénavant, vainqueur, il pouvait envisager de rentrer à Rome, en pleine gloire et fou d’amour.

C’est ce qu’il fit donc, en septembre de cette année là, 6 ans après Gergovie !…

Son projet désormais, était de faire admettre à Rome sa petite reine : Cléopâtre. Mais surtout, il était temps, grand temps pour lui !… de consacrer ses victoires à Jupiter, et de faire de son fils, Egyptien, un Romain…

Voilà rapidement brossé, ce qui s’était passé au cours des six dernières années. Le film de ces évènements qui avaient conditionné son adolescence, se déroulait dans la mémoire du jeune Demetrius, pendant qu’il regardait défiler les vaincus, au cours du grand Triomphe de César.

 

Octavia

Contemporaine de Démétrius Lucius Legatus, Octavia Thurina Minor est aussi, à l’époque, une jeune femme de 19 ans, admirée pour sa grande beauté.

Son mariage avec Gaius Claudius Marcellus Minor, pompéien de vingt-cinq ans son aîné, n’avait pas plu à César qui, espérant le rallier à sa cause, souhaitait la donner en mariage à Pompée lui-même ! mais, celui-ci avait refusé…

Le mariage d’Octavia perdure donc depuis 3 ans !….

Romaine de haut rang… elle est respectée, digne, et n’a pas encore d’enfant !… La petite-nièce de César réunit toutes les qualités qu’il recherche en ce moment. Et, il s’en réjouit.

Fille d’Attia Balba Caesonia, sa nièce bien aimée, elle est aussi la sœur d’Octave, le petit-neveu dont il a prétendu vouloir faire son héritier légitime !…

Le Consul Unique a une épouse romaine : Calpurnia !… Il estime, avec juste raison, qu’il serait imprudent de vouloir imposer déjà, son fils légitime Césarion, alors que Cléopâtre n’est pas encore admise. Il ne faut pas aller trop vite au risque de heurter les consciences… Il faut savoir attendre… amadouer le Sénat…

Ainsi, bien qu’il se méfie un peu de ce jeune homme de seize ans, ambitieux, qu’il croit envieux et fourbe… il pense sage de laisser évoluer – ce projet devenu ruse – s’il veut garder ses chances d’être proclamé Roi, et pouvoir ensuite, épouser sa bien aimée Cléopâtre !… Il sera toujours temps de modifier ses écrits, le moment venu !…

Alors, pour l’heure, manœuvre politique, il envoie Octave comme c’est l’usage, parfaire son éducation en Grèce, à Appolonia. Tout ce qui touche à la Culture grecque est indispensable aux Grands de Rome !… Par ailleurs, il ne veut pas exposer son tout jeune enfant, aux jalousies et aux intrigues de palais. Il croit agir ainsi, pour préserver la vie de son véritable héritier. Il fait donc, comme si….

En revanche, sa considération et son estime pour la sœur d’Octave sont très réelles. Il décide de lui confier l’éducation du jeune Juba, son actuel protégé. Il use ainsi de l’autorité intouchable d’un « pater familias ». Tant il est vrai, que la société romaine, bien hiérarchisée, est fondée sur le père.

Octavia sage, intelligente et très belle est, comme toutes les épouses romaines, exclue de la sphère publique et cantonnée à la sphère domestique. Cependant, vivant dans l’entourage consulaire, elle dispose de connaissances et de relations qui la rendent influente. Mariée « sine manu », elle garde en outre, une grande liberté sur laquelle n’intervient pas l’autorité de son époux.

Choisie par César, elle ne sait que lui répondre avec gentillesse :

– Eh bien, soit ! mon oncle, j’agirai selon ta volonté et veillerai sur Juba.

– Gaius Claudius Marcellus, ton époux, saura voir dans ma décision, une preuve de clémence miséricordieuse, n’est-ce pas ?…

– Certes, mon oncle… certes !

César n’est pas dupe. S’il a accordé son pardon, à ce pompéien de Gaius Marcellus ! il veille à lui rappeler la magnanimité dont il fait preuve…

Octavia trouve beaucoup de plaisir à obéir à la volonté de son grand oncle, et se prend d’une affection tendre pour le jeune enfant otage.

Il est attachant, très intelligent et curieux de tout. Doté d’une mémoire étonnante, c’est un garçon solitaire et doux, réfléchi et astucieux. Les six derniers mois qu’il vient de vivre l’ont brutalement fait murir. Il comprend donc très vite combien la chance lui a souri, en le plaçant auprès de cette jeune femme merveilleuse, aussi bonne que belle… Il sait instinctivement qu’à cette croisée des chemins, sa captivité peut prendre un tour inattendu. Il lui faut apprendre à museler cette sourde colère, qui parfois gronde en lui… Il doit oublier l’esprit de rébellion.

Octavia n’hésite pas à passer du temps avec lui, s’ingéniant à ce qu’il ne reste pas trop souvent seul, elle organise des goûters d’enfants dans son atrium ou dans les jardins de la grande maison Marcellii, la Domus somptueuse où ils vivent. Ainsi, tout en jouant, l’enfant progresse dans cette langue nouvelle qu’il doit adopter en même temps que la langue grecque pour laquelle il se passionne.

Il arrive parfois, qu’il soit appelé hors de la cité, chez Cléopâtre. Octavia constate alors, la joie que manifeste son protégé à l’idée de retrouver Césarion. Un jour, elle a vu César et Cléopâtre entre ces deux enfants, elle aurait pu les croire frères !… L’un, parce qu’il est la réplique exacte de son père, l’autre parce qu’il possède un peu, la carnation, si particulière, de la Reine d’Egypte !… Et alors, elle a souri en songeant : « A les voir ainsi,on pourrait croire,au grand César, deux fils orientaux !… »

Elle n’a aucune chance elle, d’être prise pour sa mère !… avec ses beaux cheveux auburn, qu’elle torsade en chignons savants, et sa peau claire, si fine, diaphane… Cependant, la mère qui veille à lui trouver les meilleurs maîtres, ceux qui savent stimuler son intelligence et son corps, ceux qui lui donnent une éducation « à la Romaine », respectueuse de la condition de jeune prince captif, qu’il est. C’est elle !

Juba l’admire et lui fait confiance. Petit fenech sauvage, il se laisse apprivoiser et se découvre une affection vraie, pour cette protectrice affectueuse et tendre.

Entre ses cours, l’exercice physique qu’elle tient absolument à lui voir pratiquer au gymnase, et les moments heureux qu’il passe à jouer sous l’œil attentif de Cléopâtre, avec le tout jeune Césarion, lequel commence à bien parler, Juba voit ses journées bien remplies et sa captivité dorée commence à atténuer le souvenir cauchemardesque de son enlèvement, qui le visite encore la nuit…

Même César parvient à édulcorer son image, dans l’esprit de l’enfant !… lequel perçoit en effet, la réelle attention portée à ses progrès, par le « Maître »…

Juba se prend à rêver à un semblant possible de vie familiale !… et ainsi, sa petite enfance s’achève-t-elle presque heureuse.

…….

Ce jour de Mars, deux années après le retour triomphal de César, le temps est incertain. La couleur du ciel s’est cendrée toute la matinée, et a hésité au cours de l’après-midi où le soleil a joué les timides !… Restés sous le péristyle de la luxueuse résidence de Cléopâtre avec « Kaesarion », les deux enfants jouent avec des petits soldats en or. Les vaincus changent de camp mais, c’est toujours « Iuba », qui mène leur armée !… A ce moment-là, les soldats qui perdent sont Romains, et le fils de César devient Ptolémée XV, l’Egyptien !…

La reine d’Egypte entre. Elle sourit devant la fougue de son enfant, bien que César n’aime pas que son fils prenne parti contre Rome ! Il n’aime pas non plus, qu’il perde… Elle le sait. « Ne s’agit-il pas là, d’un simple jeu d’enfant ?… » se dit-elle, amusée. Alors, elle sourit… Son visage n’en perd pas pour autant une sorte d’anxiété logée dans son regard, qui le rend un peu absent.

Elle éblouit Juba.

Il n’est qu’un enfant de huit ans tombé sous son charme. Elle en a tellement, Cléopâtre !… Quand elle sourit, elle perd cet aspect sévère et hiératique qu’elle revêt la plupart du temps, surtout quand elle porte la perruque d’Isis ! Petit garçon, cette perruque noire l’impressionne, il est difficile de traduire à quel point !… Il la regarde admiratif et s’interroge secrètement :

« Comment, ici à Rome ! N’oublie-t-elle jamais qu’elle est la Reine d’Egypte ?… L’Egypte est soumise à Rome !… Pourtant elle, la Reine, n’est pas un otage !… Comment peut-elle conserver toute son importance et sa pompe ? Elle a même sa garde personnelle égyptienne autour d’elle !… »

La raison de ce statut paradoxal interpelle son esprit.

– « Oh, Iuba ! surtout, ne t’avise pas d’être le chef des armées égyptiennes… Je ne veux pas qu’elles perdent… et tu fais un si piètre Général !… » le prie-t-elle narquoise, et même un brin rieuse, à cet instant-là.

Elle se plait à conserver la forme grecque du prénom des enfants et Juba commence à apprécier, à son tour, cette appellation et cette langue étrangère.

– Tu vois, tu n’arriveras pas à battre le XVe Ptolémée… C’est bien le fils du grand César ! mon petit Kaësariôn…

La fierté pointe dans cette recommandation. Elle s’exprime en grec, avec ce petit accent qui n’appartient qu’à elle, et accorde un regard plein de tendresse à son enfant !… Juba sourit.

Elle tient à ce qu’il s’adresse toujours dans cette langue à son enfant et feint, cette fois encore, d’ignorer qu’il triche afin de laisser gagner le fils de César.

Elle prend alors, dans ses bras « Kaësariôn-Ptolémée XV », enrhumé. Il se blottit aussitôt, contre elle qui, de ses lèvres, caresse son visage, le caresse encore doucement, si tendrement !… Cependant, étonné, Juba voit s’étendre très vite l’air soucieux qui était sien, au moment où elle est entrée dans la salle. Il l’entend ordonner d’un ton las :

– « Tu vas nous laisser maintenant, Iuba !… Il est tard, je vais te faire reconduire chez Octavia. »

Sur la route poussiéreuse, la nuit est tombée. Un char arrive de Rome, à bride abattue, et les croise. C’est un char à deux chevaux, Juba n’a eu que le temps de reconnaître le casque de Marc Antoine !…

En approchant de Rome, ce sont des centurions, qu’ils rencontrent ! Eux aussi, dans la nuit, font route en hâte, en direction du palais de Cléopâtre…

Curieusement, le petit animal demeuré en lui, s’éveille. Cela sent le malheur !…. Il pressent qu’une tempête se lève… que confirme la réflexion du soldat de la garde égyptienne qui le reconduit :

– Ils ont l’air d’aller renforcer notre garde ! s’alarme-t-il

Leur parviennent alors ! les cris, les vociférations de la foule en folie…

Une décharge électrique parcourt le corps du garçon, quand il entend hurler la phrase, incroyable, inimaginable :

« César est mort… Assassiné !… »

Elle le laisse sidéré, dans son vieux cauchemar. Brusquement la vie semble marquer une pause, en lui…

« César assassiné ?… »

Incrédule, il s’exclame, plus pour se convaincre, que pour avoir une réponse :

– « Ce n’est pas possible n’est-ce pas, d’assassiner César ?… »

Il est totalement déstabilisé Ses pensées s’affolent.

« Qui donc aurait pu faire cela ? Pourquoi commettre un acte pareil ?… Rome n’est plus en guerre, pourtant !… Et voilà que tout s’écroule, tout recommence… Mais qui est l’ennemi, maintenant ? »

– Qui a pu faire cela ? demande-t-il éberlué

– Un traître bien sûr !… Un proche, comme toujours… lui répond l’eunuque désabusé.

Face à ces intrigues de palais, à cette forfaiture, à cette veulerie, Juba grandit tout d’un coup…

Sa position particulière, tolérée parmi les Grands de Rome, le laisse vulnérable. Il le sait. Trop conscient de ce qu’il veut éviter, plus que jamais il lui faut apprendre la prudence. Il n’a plus qu’une envie, c’est celle de retrouver Octavia, sa franche, sa chère, sa tendre Octavia !…

Il imagine les yeux violets attérés, sur le si beau visage de sa tutrice… Et Octave qui n’est pas là !… Lui, le fils adoptif, l’héritier momentané !… réalise-t-il, en même temps.

Octave lui manifeste certes, de l’intérêt. Mais… ses 19 ans en font un jeune patricien d’une telle beauté, qu’elle le rend prétentieux et… Juba n’est pour lui, qu’un enfant princier, mais un enfant-otage !

Il revoit, un instant, la lueur d’ambition cruelle qui luisait parfois dans les yeux d’eau glauque. Le jeune Octave la voilait toujours très vite. Pourquoi en ce moment, repense-t-il à cette jalousie envers Césarion, qu’il a cru lire dans le regard de noisette verte ? Pourquoi, à cette même époque, son attitude obséquieuse à l’extrême, devant César, le dérangeait-elle ?…

Il peine à en accepter l’idée, mais il se demande déjà, si Octave n’est pas impliqué quelque part, dans ce meurtre ? Cependant, aussitôt, il s’en veut d’y avoir arrêté sa pensée.

« Octave est à Appolonia, en Illyrie avec son ami Agrippa !… C’est César lui-même, qui le lui a imposé. Voyons !… » se gourmande-t-il.

A son insu, il se trouve contaminé par la méfiance de Cléopâtre qui, tigresse et louve, ressentit de l’aversion, dès son arrivée, pour ce fils adoptif qui voit dans le fils de César, un rival à venir.

Il faut reconnaître qu’à cette époque, c’est purement conventionnel et, par égard pour le Maître, qu’il lui arrive de recevoir chez elle, dans son beau palais au bord du Tibre, ce neveu de César ! mais elle ne l’aime pas. Pire, elle s’en méfie…

L’enfant berbère se souvient d’un soir, où...

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