//img.uscri.be/pth/a09e3d42253297d50c5aae96efcf16423ac6bfa5
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - PDF - EPUB

sans DRM

À vingt-quatre heures de l’armistice

De
226 pages

Novembre 1918. À la suite d'un message transmis par des prisonniers, depuis leur camp de travail, une division de l'armée belge va avoir pour mission d'empêcher un convoi ferroviaire ennemi, transportant des obus chimiques d’une immensité et d’une puissance sans précédent, d'atteindre et d'anéantir une ville belge située à l'ouest du pays.

Fiction de Première Guerre mondiale ou un caporal belge, personnage principal, n’hésite pas à se montrer dominant vis-à-vis de hauts gradés.


Voir plus Voir moins

Couverture

Cover

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-72811-1

 

© Edilivre, 2014

A vingt quatre heures de l’armistice

 

 

9 novembre 1918. Depuis quelques semaines, une vaste offensive alliée s’était déployée sur les fronts français et belges.

Le soir même, dans un camp de travail obligatoire de prisonniers civils belges situé en Allemagne, non loin de la frontière belge, un jeune couple se trouvait à la cantine tandis que les autres prisonniers avaient regagné leur dortoir.

— Encore une journée de plus ! Mais, bon sang, quand finira cette maudite guerre ? Si seulement nous pouvions nous évader, déclara Arthur, trente-trois ans à sa femme Aline, âgée de vingt-cinq ans.

— Voyons, tu dis ça tous les jours.

— Je sais, mais ce sera difficile de tenir le coup longtemps.

— C’est épuisant et c’est ainsi pour tous nos compatriotes ici présents, mais il faut garder espoir. La guerre se terminera un jour, ajouta Aline.

— En effet, toutes les guerres ont une fin. Mais ça fait déjà quatre ans que celle-ci dure ! Je vais aller me balader avant de retourner au dortoir.

Aussitôt, Arthur sortit de la cantine tandis qu’Aline rejoignit le dortoir des femmes.

« Il commence à faire froid, nous approchons de l’hiver », se dit Arthur.

Il se baladait sur les allées du camp qui faisait environs six cents mètres de long sur quatre cents mètres de large.

Soudain, il croisa un autre prisonnier qu’il salua. Puis, il emprunta une autre allée qui menait au quartier du commandant du camp.

Il rencontra un autre prisonnier qui lui dit :

— Bonsoir, dites-moi, une rumeur circule. Il paraît qu’il y aurait eu une offensive alliée sur le front ouest. Seriez-vous au courant de quelque chose ?

— À vrai dire, je sais que depuis quelques jours, les gardiens de ce camp sont de plus en plus excités. Il se pourrait donc qu’il se passe des choses sur le front. Vous pensez que la rumeur est fondée ?

— C’est possible, mais il vaut mieux ne pas trop s’avancer. Si c’est le cas et si l’ennemi commence à faiblir, je me demande ce qu’ils feront de nous.

— Vous pensez que nous subirons des représailles ?

— Aucune idée, mais nous devons suivre cela de près.

— Bon, mais en attendant, il vaut mieux ne pas rester ensemble. On pourrait nous suspecter, lui dit son compatriote.

Arthur longea de nouveau l’allée avant d’en emprunter une autre qui menait au dortoir des hommes.

Il aperçut alors une voiture militaire qui entrait.

Il remarqua deux hauts gradés qui sortirent du véhicule et se dirigèrent vers le bureau de l’officier du camp.

« Tiens, c’est bizarre, des gradés ici, c’est plutôt rare qu’ils nous rendent visite. Continuons… » se dit-il.

Il passa devant une petite sapinière qui se trouvait à côté du bureau des gardes.

Il s’assit un instant sur un banc.

À l’intérieur, les deux gradés pénétrèrent dans le bureau de l’officier.

Cependant, une fenêtre du bureau était entrouverte, si bien qu’Arthur entendit la voix des deux visiteurs.

Décidé à regagner le dortoir, il ne prêta pas attention à la conversation et se leva. Mais, lorsqu’il entendit qu’on parlait de l’offensive alliée, il tendit l’oreille :

— L’offensive a bien eu lieu. C’est la preuve que tout n’est pas perdu.

C’est alors qu’il aperçut à une dizaine de mètres une sentinelle. Afin de ne pas se faire surprendre en train d’espionner, il se cacha dans un buisson situé à moins de deux mètres de la fenêtre.

La sentinelle passa dans l’allée.

« Eh bien, j’ai eu raison de me cacher. Ma présence à cet endroit aurait paru suspecte », pensa-t-il.

Une fois la menace de la sentinelle écartée, il s’apprêtait à sortir du buisson pour rejoindre l’allée, lorsqu’il entendit une conversation troublante.

Le haut gradé parlait à l’officier du camp :

— Comme je vous le dis, cette opération est secrète et doit absolument aboutir pour que l’on puisse reprendre l’avantage sur nos ennemis.

— J’ai bien compris, mon général, mais pourquoi la collaboration de certains prisonniers de ce camp ?

— Notre plan est d’acheminer de puissants obus chimiques plus volumineux et plus dévastateurs que les précédents, ainsi que des canons, par convoi ferroviaire jusqu’à Bruxelles en passant, non pas par la ligne principale allant d’Aix-la-Chapelle à Liège, mais par une ligne secondaire traversant le nord luxembourgeois. Pour ne pas attirer les soupçons des réseaux de résistance ou des agents doubles sur cette ligne importante, les wagons qui transporteront les deux canons seront camouflés afin de faire croire à un transport sanitaire.

— En effet, je vois, cette seconde ligne paraît moins suspecte.

— Vous avez compris et par cette ligne nous atteindrons Liège puis Bruxelles.

— Et nos prisonniers dans tout cela ? demanda l’officier du camp.

— Ils seront acheminés en même temps que les obus et les canons, dans un wagon de voyageurs afin de rendre moins suspect le convoi.

— Bien entendu, c’est comme un bouclier humain. Mais vous comptez aller jusqu’au front avec le convoi ?

— C’est-à-dire que nous devons dépasser Bruxelles. C’est pourquoi, le voyage devra commencer au plus tard dans la nuit du 10 au 11 pour arriver à la zone avant l’aube. De là nous lancerons les obus sur une cible grâce à ces immenses canons qui seront bien entendu repliés lors du transport.

— Ces obus sont-ils si puissants ?

— Oui, et avec les obus dont nous disposerons, la cible sera en grande partie dévastée par le gaz chimique. Nous espérons que l’ennemi, qui nous imaginait affaiblis par l’offensive, sera surpris et déstabilisé par ce désastre. De ce fait, nous comptons bien reprendre les territoires grâce à une contre-offensive avant de mettre l’ennemi K.-O.

— Et la cible est secrète ? demanda le chef du camp.

— Je peux vous confirmer qu’elle se trouve au-delà de Bruxelles et que c’est…

C’est alors qu’on frappa à la porte.

L’adjoint du camp entra dans le bureau.

— Excusez-moi chef et mon général, voici le rapport d’activité des prisonniers de ce jour.

« Bon sang, vite rentrons. Je me demande bien quelle est la cible dont ils parlaient », pensa Arthur en sortant du buisson.

Il rejoignit l’allée discrètement.

Au bout d’une minute, il regagna le dortoir d’Aline et demanda à lui parler seul à seul.

Ils se retrouvèrent dans un coin isolé des autres prisonnières du dortoir.

— Eh bien, que se passe-t-il, tu en fais une tête ?

— Il y a de quoi, après ce que j’ai entendu…

— Quoi au juste ?

— Il y a bien eu une offensive alliée sur le front ouest, mais ce que je viens d’apprendre est consternant.

— Eh bien, explique-toi !

— Figure-toi qu’après avoir discuté avec l’un de nos compatriotes j’ai aperçu sur le chemin du retour deux hauts gradés qui entraient dans le bureau de l’officier du camp.

— Et ensuite ?

— À ce moment-là, j’ai continué à marcher dans l’allée et, arrivé à un banc, je me suis arrêté un instant. Puis, j’ai entendu une conversation entre le chef du bureau et les deux officiers qui venaient d’arriver. J’ai pu comprendre ce qu’ils disaient grâce à mes quelques notions d’allemand. Figure-toi que l’un des gradés qui est général demandait à l’officier la collaboration des prisonniers du camp pour une mission de transport d’armes par convoi ferroviaire vers Bruxelles.

— Pour quelle raison ?

— Pour faire croire à un transport civil et ainsi ne pas éveiller les soupçons des alliés. Mais, tiens-toi bien, les armes qu’ils envisagent de transporter dans notre pays sont des obus chimiques qui, d’après ce qu’ils ont dit, sont plus volumineux et plus dévastateurs que les premiers utilisés. Je n’en reviens toujours pas !

— Et la conclusion ?

— Je pense que c’est plausible, nous allons servir de bouclier humain ! Décidément, la bonne nouvelle qui faisait état de l’offensive alliée n’est pas si réjouissante que cela.

— Mais que devons-nous faire pour empêcher ce désastre ?

— Pas grand-chose. Aline, nous sommes embarqués dans cette guerre qui n’en finit pas.

— Mais je me demande ce qui va se passer une fois leur sinistre opération effectuée.

— Attends, Aline, tu ne connais pas toute l’histoire. Ils ont l’intention de lancer les obus sur une cible au-delà de Bruxelles et je me demande si elle est civile ou militaire.

— Mais si c’est le cas, nous n’en sortirons pas vivants. Tu penses qu’ils nous accorderont la liberté ?

— J’en doute, surtout si leur cible est une ville. C’est consternant, nous devons trouver une solution pour empêcher ce convoi d’arriver à destination.

— Mais comment faire Arthur, nous n’avons aucun moyen de communiquer depuis ce camp. Et de plus, si nous sommes à bord de ce convoi, je doute qu’on puisse prendre le contrôle de celui-ci sans armes.

— Attends, on n’est pas certains de faire partie du convoi. Il est possible qu’il ne concerne qu’une partie des prisonniers.

— Mais si les alliés étaient prévenus à temps, ils pourraient envisager une intervention ? suggéra Arthur.

— Oui, mais pour cela il faudrait qu’ils sachent d’où vient ce convoi.

— En effet. D’après ce que j’ai entendu, le convoi empruntera une ligne secondaire pour rejoindre Liège et Bruxelles en passant par le nord luxembourgeois. Cette ligne serait plus discrète que la ligne principale venant d’Aix-la-Chapelle.

— D’accord, mais comment alerter notre armée et les alliés ?

— Je sais que tu t’y connais en matière de communication par télégraphie. Il faudrait arriver à contacter un poste extérieur au camp.

— En effet, ça fait un bon moment que je n’ai plus télégraphié, mais il me reste pas mal de notions dans ce domaine. L’une de mes amies du camp connaît également la télégraphie. Il faudrait peut-être la prévenir, qu’en penses-tu ?

— Inutile Aline, je pense que tu pourrais y arriver seule.

— Oui, certainement, mais il est probable qu’il y ait des difficultés de communication entre les territoires ennemis et celui des alliés.

— En effet, il faudrait alors envoyer un message chez des connaissances à Bruxelles leur demandant de prévenir nos armées, qu’en penses-tu ?

— L’idée est bonne Arthur, mais il faudrait y arriver… Sais-tu à quelle date cette mission doit avoir lieu ?

— C’est vrai, j’ai oublié de te le dire. Ils ont parlé au plus tard de la nuit du 10 au 11, donc la nuit prochaine.

— Ils ont sans doute décidé de partir le soir pour s’assurer de lancer leurs armes au plus tard le lendemain.

— Tu comprends qu’il n’y a pas de temps à perdre, c’est demain soir !

— Oui, mais as-tu une idée pour sortir du camp ? Peut-être qu’on pourrait essayer durant le travail de demain matin ?

— En effet, avec l’arrivée des véhicules transportant la marchandise je pourrai me glisser à bord de l’un d’eux et tenter d’arriver à un poste. Cependant, je n’ai pas de bonnes notions de télégraphie et puis il sera trop tard pour les prévenir et leur demander d’intervenir.

— Bon sang, mais comment n’y ai-je pas pensé plus tôt… le camp possède un poste de télégraphie ! Si je parvenais à y entrer, je pourrais envoyer un message… mais à qui ? C’est bien là la question, rétorqua Aline. Attends… mais oui, mon amie Isabelle travaille dans une imprimerie à Bruxelles où elle s’occupe de cartographie générale.

— Crois-tu qu’on pourrait y parvenir ? Je pense que c’est la seule solution. Il est préférable que nous tentions le coup dès ce soir.

— Oui, mais comment faire avec tous ces gardes ?

— Il est évident que nous devons le plus vite possible alerter ton amie.

— Voyons, le poste de télégraphie se trouve à côté du bureau de l’officier du camp… Le mieux serait de distraire les sentinelles qui passent régulièrement aux alentours du poste.

— Oui, mais le poste est fermé durant la nuit. En tout cas, si tu parviens à distraire les gardes, je tenterai d’entrer en espérant qu’il n’y aura pas d’obstacles. Bon, je saurai comment faire… Cependant, il faudrait voir si les portes d’accès au poste ne sont pas verrouillées… Voilà ce que nous allons faire. Nous mettrons des vêtements sombres et nous nous posterons derrière le dortoir afin d’observer la disposition des sentinelles, puis nous avancerons pas à pas vers le bureau qui est situé à moins de cinquante mètres.

— C’est entendu, Arthur. On peut tenter le coup avant le couvre-feu du soir. Cependant, pour ne pas perdre de temps, je vais écrire sur un papier le message que je dois transmettre.

Une minute passa.

— Allons-y, Aline ! Es-tu bien certaine de savoir faire fonctionner l’appareil ?

— La question est de savoir s’il fonctionne, car je pense qu’il est assez puissant pour envoyer un message, puisque nous savons qu’il fonctionne en ondes hertziennes. Une antenne sur le toit le prouve.

Ils longèrent le dortoir et arrivèrent à l’allée.

— Attention, ne faisons pas de bruit ! Heureusement, on y voit bien clair, grâce au clair de lune, dit-il.

— Aucune sentinelle pour le moment et il n’y a pas de lumière dans le bureau, tout est donc fermé.

— Allons-y et marchons prudemment le long des cabanes.

Il ne leur restait plus que dix mètres à faire avant d’arriver au poste.

— Attention, nous approchons, murmura Arthur.

Discrètement, ils s’avancèrent vers la porte du poste de télégraphie.

— Regarde si la porte peut s’ouvrir pendant que je guette les sentinelles.

— Et alors ?

— Fermée, on s’en doutait Arthur !

— De mon côté, toujours aucune sentinelle.

Ils parlaient à voix basse.

— Voyons s’il est possible de pénétrer par la fenêtre, chuchota Aline.

Soudain, ils entendirent des pas dans l’allée qui se rapprochaient.

— Vite, cachons-nous dans ce buisson, lança Arthur.

Ils se cachèrent dans le buisson au moment où la sentinelle passa.

— Eh bien, on a eu chaud ! Attendons qu’ils s’éloignent et nous verrons si une fenêtre donne accès au poste, suggéra Arthur.

Ils s’avancèrent vers la porte.

— Je vais passer sur le côté et voir s’il y a une fenêtre. Pendant ce temps-là, tu surveilleras l’allée, proposa Aline.

— C’est d’accord, mais sois prudente.

Elle longea le mur.

— Ah, une fenêtre, voyons cela…

Arthur visionnait de gauche à droite l’allée. Tout était calme pour l’instant.

Aline revint auprès de lui.

— Et alors ?

— C’est bon, il y a une fenêtre qui n’est pas entièrement fermée.

— À ton avis, ou mène-t-elle ?

— Probablement au poste de télégraphie, mais il fait assez sombre à l’intérieur et nous ne pourrons pas allumer de lumière, répondit Aline.

— Bon, je ne vois pas d’autres gardes dans les parages, on peut se risquer, proposa Arthur.

À ce moment, Arthur parvint à ouvrir la fenêtre sans le moindre bruit.

Puis, ils se hissèrent sans encombre à l’intérieur.

— Attention de ne pas trébucher, murmura Aline.

Le clair de lune illuminait partiellement le bureau.

— L’appareil de télégraphie est sur le bureau ! Regardons s’il y a une lampe quelque part, suggéra Aline.

— Tiens, regarde sur ce meuble, on dirait une lampe.

— En effet Arthur. C’est bien une lampe.

— C’est bon, nous avons ce qu’il nous faut.

— De mon côté, je retourne à la fenêtre pour surveiller.

Ce bureau avait une superficie d’à peine dix mètres carrés.

Aline observa le matériel.

— À ton avis, tu pourras l’utiliser ?

— Oui, je pense que ce sera simple pour moi.

Malgré la faible luminosité, elle parvint à allumer l’appareil.

— Je crois qu’on ne remarquera pas la lumière de la lampe depuis l’allée. Tu peux commencer, dit Arthur.

— Je vois des indicatifs relatifs à la distance et l’ouest comme point cardinal, donc vers Bruxelles.

— Es-tu certaine, Aline, que le message que l’on va envoyer ne va pas tomber entre les mains de l’ennemi ?

— En principe, les postes de télégraphie civils sont gérés par des Belges, à condition, bien sûr, qu’ils ne soient pas sous le contrôle de l’occupant ou que nous ne tombions pas directement sur l’un de leurs postes ! Mais, nous sommes obligés de prendre le risque. C’est la seule alternative que nous ayons.

— En effet, Aline, je pense que nous devons le faire.

— Le message que je vais envoyer est destiné à Isabelle. J’espère qu’elle est toujours à Bruxelles. C’était le cas il y a plus d’un an et demi, lorsqu’on nous a emmenés ici… Voilà… Je vais transmettre le message complet et demander au préposé de l’envoyer ce soir chez elle.

— Allez, tu peux commencer, il ne faut pas perdre de temps.

Aline composa le message en morse en s’assurant que le correspondant du poste de Bruxelles était belge.

— Je vais lui poser une question en rapport avec la culture de la Belgique pour m’assurer qu’il est bien de nationalité belge et qu’il n’est pas sous le contrôle de l’occupant. Ce sera plus sûr.

Deux minutes passèrent et le correspondant confirma qu’il était belge et pas sous les ordres de l’occupant, en citant plusieurs noms de rues de Bruxelles, ce qu’ignorait en grande partie l’occupant ennemi.

— C’est bon, Arthur, je lui fais confiance, je lui transmets le message.

Pendant ce temps, Arthur surveillait l’extérieur depuis la fenêtre donnant sur le buisson.

Aline garda son sang-froid pendant l’opération.

Au bout de deux minutes, le préposé du poste central de Bruxelles confirma la bonne réception du message après l’avoir transcrit sur une feuille de papier.

Aline termina en fournissant l’adresse du destinataire.

Aussitôt, le préposé confirma la bonne réception du message secret et l’informa qu’il le transmettrait le plus tôt possible le soir même.

Cependant, elle demanda au préposé de rester discret afin d’éviter une confusion dans le cas où une mission interviendrait pour stopper l’opération de l’ennemi, même si celle-ci n’était pas certaine.

Le préposé lui confirma qu’il garderait le secret.

Au bout de quelques secondes, la transmission se termina.

— C’est fait, le temps de couper, de remettre l’indicatif en ordre et la lampe à sa place, nous pourrons sortir au plus vite.

Voyant que tout était calme, ils sortirent par la fenêtre en remettant cette dernière dans la position dans laquelle ils l’avaient trouvée.

— Attends, je vais voir si l’allée est libre, dit Arthur… C’est bon, allons-y prudemment et si on nous surprend, on dira qu’on a fait une balade nocturne avant le couvre-feu.

Une minute passa. Soudain, ils entendirent des mouvements de pas.

— Vite, cachons-nous derrière cet arbre, dit Arthur.

Deux sentinelles passèrent et se dirigèrent dans l’autre allée.

— C’est bon, ils ne nous ont pas vus, dit Aline.

— Attendons un instant, on est plus très loin des dortoirs.

Moins d’une minute plus tard, ils pénétrèrent dans le dortoir des prisonnières. Aline détruisit le papier sur lequel était écrit le message.

— Eh bien, nous avons eu chaud. Heureusement que le poste de télégraphie n’était pas trop éloigné des dortoirs ! s’exclama Aline.

— Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre la suite et j’espère que nos efforts n’auront pas été vains, déclara Arthur.

— Bon sang, j’ai oublié de communiquer un détail, s’exclama-t-elle. Je n’ai pas mentionné que des prisonniers du camp seraient transférés à bord de ce convoi. Tu comprends que ces derniers risquent de se retrouver en première ligne si les alliés tentent un sabotage ! Et nous y compris, si nous en faisons partie.

— En effet, mais c’est trop tard à présent. L’essentiel est d’avoir fait notre possible pour prévenir nos armées. Tu n’as rien à te reprocher.

Arthur regagna aussitôt le dortoir des hommes.

Pendant ce temps, dans son poste de télégraphie à Bruxelles, le préposé réfléchissait au message qu’il venait de recevoir.

« Je dois garder le secret absolu et d’ailleurs, je n’ai aucun moyen d’empêcher cette opération ennemie. J’espère qu’elle n’aboutira pas », se dit-il.

— Dites-moi, il est presque 23 heures et nous fermons dans une heure, pourriez-vous me remplacer pour le restant de la soirée, je dois transmettre un message urgent dans le plus grand secret.

— Bon, vous pouvez y aller, nous vous couvrons.

— Bien, alors, à demain.

Aussitôt, le préposé au télégraphe qui n’avait bien évidemment pas révélé le contenu du message à son collègue, quitta son poste pour se rendre à l’adresse qu’on lui avait indiquée.

« Dix minutes de marche et j’y serai », se dit-il.

Il arriva devant l’immeuble où habitait Isabelle.

« Voyons, son nom est sur la boîte aux lettres. Je vais quand même voir si elle est présente… » se dit-il.

La sonnerie retentit dans l’appartement d’Isabelle.

Au bout de deux minutes, la jeune femme de vingt-trois ans répondit à l’interphone.

— C’est de la part de qui ? demanda-t-elle derrière la porte.

— Je suis télégraphiste, j’ai un message urgent à votre nom.

— Je vous ouvre.

— Bonsoir, je viens de recevoir ce message. Personne à part moi n’est au courant de son contenu et celui-ci a été transmis par une de vos amies dont j’ai respecté le secret.

Isabelle saisit le message.

— Vous pouvez compter sur ma discrétion, c’est comme si vous n’étiez pas venu.

— Je n’ai pas de copie de ce message. Bon, eh bien, bonne fin de soirée mademoiselle.

Elle se dirigea dans le salon et commença la lecture du message.

« Mais c’est un message d’Aline, mais est-ce possible ?! Lisons cela… », se dit-elle.

« Isabelle, si tu es toujours à Bruxelles, voici un message urgent.

Dans ma position actuelle, je ne peux compter que sur toi pour envoyer ce message au QG des armées belges et alliées. Voici brièvement ce qui se passe.

Nous sommes toujours dans un camp à proximité de la frontière belge. Arthur, mon mari, qui a des notions d’allemand a, par hasard, surpris une conversation entre deux officiers ennemis qui parlaient de projeter dans la nuit du 10 au 11, donc la nuit prochaine, une opération consistant à attaquer une cible belge, probablement une ville située près de Bruxelles et ceci avec des obus chimiques plus puissants et plus dévastateurs que ceux précédemment utilisés. L’opération consiste à acheminer à proximité de la cible, ces obus et canons par un convoi ferroviaire via une ligne secondaire située au sud de la ligne principale venant d’Aix-la-Chapelle afin de faire probablement diversion.

Cette ligne secondaire passerait de l’Allemagne vers le nord luxembourgeois en remontant vers Liège.

Je sais que tu possèdes des plans de ces régions. Pourrais-tu les transmettre ainsi que mon message au QG. C’est très urgent. Ce convoi est censé partir au plus tard avant la nuit. Je t’ai transmis ce message depuis le bureau du camp en cachette. Bonne chance. »

« Bon sang, mais est-ce possible ? D’autant qu’il y a eu une offensive alliée récemment d’après les rumeurs… Que dois-je faire ? Je dois prévenir mon collègue Adrien au plus vite. Il est difficile actuellement de transmettre un message du côté allié, il faut donc se rendre jusqu’à cette zone… Bon, je n’ai plus de temps à perdre, prévenons Adrien », se dit-elle.

Il n’habitait qu’à cinq cents mètres de son domicile, mais elle décida cependant de lui téléphoner :

— Adrien, c’est moi Isabelle. Pourrais-tu venir au plus vite chez moi. J’ai reçu un message assez étrange et important.

— Concernant la société ?

— Non, concernant la guerre.

— C’est bizarre. Bon, j’arrive d’ici cinq minutes.

Quelques minutes plus tard, Adrien arriva au domicile d’Isabelle.

— Bonsoir. Tu me sembles bien bizarre. De quoi s’agit-il ?

— Une amie du quartier se trouvant actuellement avec son mari dans un camp de travail obligatoire vient de m’envoyer ce message via le poste central de Bruxelles. Lis-le et tu comprendras.

Aussitôt, Adrien commença la lecture du message.

Après l’avoir lu, il se tourna vers Isabelle et lui demanda :

— Tu crois que c’est sérieux ?

— Je pense qu’Aline ne s’amuserait pas à envoyer un tel message, à moins bien sûr, mais je ne veux pas le croire, qu’elle ait perdu la raison dans ce fichu camp de travail.

— À ton avis, c’est la vérité ?

— Oui, je me porte garante. Et toi, qu’en penses-tu ?

— Cela me semble sérieux. Comme dit le message, il faut avertir notre armée.

— Je suis d’accord, mais il n’y a probablement aucune communication entre les alliés et la zone occupée par l’ennemi où nous sommes, à moins d’avoir affaire à un réseau bien organisé. Mais nous n’avons pas le temps, c’est pour la nuit prochaine.

— En effet, c’est urgent, mais je pense que nous n’avons pas d’autre choix que de nous rendre au QG belge. Tu es de mon avis, je suppose ?

— Oui, il faudrait agir le plus vite possible. Mais, comment nous y rendre. Nous ne pouvons pas passer par les lignes.

— Non, mais si nous passons par le sud, qui est plus calme, nous pourrons rejoindre la zone alliée par la France et remonter jusqu’au QG, suggéra Adrien.

— D’accord, mais ton véhicule est-il capable de parcourir une telle distance ?

— Aucun souci. Il se pourrait même qu’on tombe sur un poste allié qui pourra transmettre le message, mais nous n’en sommes pas certains donc, il vaut mieux partir au plus tard dès demain à l’aube.

— C’est d’accord. J’emporterai une série de cartes. Aline a parlé du passage du convoi par une ligne secondaire, j’ai toutes sortes de cartes concernant ces zones, répondit Isabelle.

— Je retourne chez moi et je vais vérifier l’état du véhicule. Je passerai te prendre demain matin vers six heures.

Adrien repartit aussitôt.

Isabelle réfléchit à la situation.

« Je me demande si tout se passera sans encombre. Il fait assez frais en ce moment, il faut donc s’habiller en conséquence. Voyons, ce blouson fera l’affaire de même que ce pantalon que j’avais l’hiver dernier et ce pull. J’espère qu’avec cette histoire, je ne vais pas passer une nuit trop agitée », se dit-elle.

Le lendemain à l’aube, Adrien arriva chez Isabelle avec sa voiture. Elle avait pris soin d’emporter quelques cartes.

Peu avant 7 heures, ils partirent vers le sud en espérant arriver dans la région de Mons sans soucis.

Au bout d’une heure de route, il n’y avait toujours rien à signaler et la région était calme.

Vers 8 h 30, ils approchèrent de la ville et constatèrent qu’il y avait eu des combats durant la nuit.

— Les combats ont repris à Mons. Je vais tenter de contourner la ville, dit Adrien.

Finalement, ils parvinrent à passer la zone entre les armées.

— Il devrait y avoir une faille, d’autant que nous n’avons toujours pas rencontré l’ennemi, mais il est possible qu’ils se trouvent plus près de la ville, supposa Isabelle.

Ils parvinrent à passer sur un chemin menant vers un petit bois, puis ils arrivèrent sur une...