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© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11935-2 EAN : 9782296119352

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Dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 novembre2, plusieurs unités navales battant pavillon portugais (probablement six bateaux de guerre et péniches de débarquement3) pénètrent dans les eaux territoriales guinéennes et approchent de la côte en face de Conakry. Des centaines de commandos4 en tenue militaire et munis de brassards verts5 débarquent en plusieurs vagues à bord de petites barques sur les plages de la capitale et se dirigent vers des objectifs clairement désignés (au nombre de 53) et attribués au préalable à chacun des groupes : le camp Boiro (où croupissent encore, parmi nombre d'autres détenus, des prisonniers plus illustres, tels le colonel Kaman
1 C'est Sékou Touré lui-même qui a qualifié cette période de : "la période sombre de notre histoire". 2 Plusieurs publications officielles guinéennes, y compris certains des Livres blancs publiés à propos du débarquement manqué qualifié d'agression, et de ses conséquences, relatent que ces événements ont démarré le "samedi" 22 novembre 1970 vers 2 heures du matin, et que les populations ont entendu à ce moment-là des coups de feu (Introduction à l'ouvrage "L'agression portugaise contre la République de Guinée"; Imprimerie Patrice Lumumba, Conakry, mars 1971, 634 pages). Mais dans son premier appel à la nation, diffusé le 22 novembre 1970 à 9 heures du matin, s'adressant au Peuple de Guinée, précise bien : "Tu es, depuis 2 heures du matin, ce dimanche 22 courant, victime d'une agression...." 3 Leurs noms seront connus ultérieurement lors de l'enquête de la mission de l'ONU : Bombarda, Montante, Hydra, Dragon, Orion, Cassiopea 4 Il y avait environ 230 militaires portugais (originaires de Guinée-Bissau) et 150 Africains, la plupart d'entre eux opposants guinéens, mais aussi quelques sénégalais). Les officiers portugais blancs étaient restés à bord, et le général de Spinola, commandant en chef des troupes en Guinée-Bissau et qui avait reçu de Lisbonne l'ordre de préparer et d'exécuter l'opération, était resté à Bissau après avoir vu partir l'expédition. 5 Apparemment un signe distinctif connu de complices en Guinée, qui devraient porter des brassards de même couleur.

Diaby, rescapé du "complot des militaires" de l'année précédente, ou l'ambassadeur auprès de l'ONU Achkar Marof), le quartier général du PAIGC où est installé l'état-major du mouvement de libération de la Guinée-Bissau, les camps militaires Samory et Alpha Yaya, l'aéroport, la centrale électrique, la poste, le bâtiment de la radiodiffusion nationale, le siège des principaux ministères, ainsi que le palais présidentiel (le Palais en ville, et sa résidence de banlieue, la villa Belle-Vue). Pour les Portugais et leurs unités largement formées d'originaires de la Guinée-Bissau, l'objectif prioritaire était de libérer des militaires fait prisonniers par des groupes du PAIGC et emprisonnés à Conakry, le second objectif était d'anéantir ou de frapper durement l'état-major du PAIGC, installé dans des bâtiments du quartier de Belle-Vue, pas très éloignés de la côte. Pour les opposants guinéens qui étaient venus avec les forces portugaises (et grâce à elles), ainsi qu'éventuellement pour les services secrets français ou occidentaux qui seront ultérieurement mis en cause, l'objectif était de libérer certains détenus politiques emprisonnés au camp Boiro, mais plus encore de frapper et si possible de renverser le régime : idéalement se saisir de Sékou Touré lui-même, d'un certain nombre de dignitaires du Parti ou du gouvernement, et occuper des centres du pouvoir pour pouvoir lancer une proclamation et annoncer la formation d'un nouveau gouvernement. Le moment de cette opération n'a pas été choisi par hasard. Et ce n'est pas, comme Sékou Touré le croit ou fait semblant de le croire, et ainsi qu'il le dit à plusieurs reprises dans ses proclamations, parce que le 22 novembre est l'anniversaire du général de Gaulle (décédé deux semaines auparavant, le 9 novembre) et que cette opération aurait été montée - par les Portugais ? - pour lui rendre un hommage posthume ! En fait, une dizaine de dates différentes avaient été envisagées, l'opération avait déjà été retardée à plusieurs reprises, et c'est finalement une conjonction d'éléments favorables qui avaient permis de la déclencher cette nuit-là : une nuit sans lune, une forte marée haute permettant aux navires d'approcher plus près de la côte, une brume intense les protégeant longtemps des regards des veilleurs, un week-end coïncidant avec la fin du Ramadan (période où les Musulmans pratiquants sont généralement un peu las en raison des jeûnes), alors que de nombreux responsables civils et militaires étaient 8

en train de célébrer cette fête en famille et ne faisaient certainement pas preuve de grande vigilance ; les habitants de la capitale, y compris les militants, les miliciens, les policiers, étaient eux aussi en pleine célébration et leur mobilisation n'a certainement été ni facile ni rapide. Pourtant, assez vite, la population s'est rendu compte qu'il se passait quelque chose d'anormal, d'autant que des fusillades ont rapidement éclaté, que des obus ont été tirés depuis les navires qui avaient jeté l'ancre non loin du rivage, et que des avions survolaient la capitale (ce qui ne se produisait pratiquement jamais de nuit). Les autorités ont été alertées, des unités de l'armée, de la police et de la milice populaire ont commencé à circuler en ville en cherchant à localiser les assaillants, et les échanges de coups de feu se sont intensifiés. Il y eut assez vite des morts des deux côtés, ainsi que des blessés. Parmi les morts, un ressortissant de la République fédérale d'Allemagne, le Comte Ulf von Tiesenhausen, un aristocrate issu d'une illustre famille ayant des liens avec la Saxe et les pays baltes, directeur de l'entreprise ouest-allemande Fritz Werner, membre influent de la communauté des Européens de la capitale, tué alors qu'il rentrait chez lui après une soirée avec des amis et en les reconduisant dans leur maison de La Minière, selon lui, mais, selon les mises en cause ultérieures de la RFA dans l'agression, en allant montrer le chemin à des groupes d'assaillants. L'objectif recherché par les Portugais a été assez rapidement atteint, et plusieurs militaires portugais ou originaires de GuinéeBissau retenus prisonniers ont été repérés et libérés ; certains officiers portugais blancs avaient d'ailleurs été transférés peu avant le débarquement depuis la prison de Mamou vers Conakry. Les militants du PAIGC en revanche ne s'étaient pas laissé surprendre dans leur état-major du quartier de La Minière, pratiquement vide, et surtout, le leader du mouvement, Amilcar Cabral, était en visite en Roumanie et donc absent de Guinée, à la grande déception des responsables portugais, qui détruiront sa maison6. De multiples bâtiments ont été démolis ou endommagés. A l'aube ou dès les premières heures de la matinée du dimanche, les forces portugaises étaient en fait prêtes à
6 Bien que des doutes subsistent sur les circonstances exactes de sa mort, l'implication de Lisbonne est très probable dans l'assassinat à Conakry d'Amilcar Cabral deux ans plus tard, en janvier 1973 (voir chapitre 70).

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rembarquer. Si elles ne l'ont pas fait, c'est sans nul doute à la demande des opposants guinéens venus avec eux, et qui étaient bien loin de parvenir à leurs fins. Sans doute avaient-ils libéré un certain nombre de détenus du Camp Boiro (dont l'ambassadeur Achkar Marof), et y avaient-ils enfermé quelques uns des (rares) responsables civils ou militaires sur lesquels ils avaient pu mettre la main. Contrairement à ce qu'affirmera quelques jours plus tard une lettre ouverte adressée par le RGE (Rassemblement des Guinéens en Europe) au Secrétaire général de l'ONU, le général Lansana Diané, qui aurait été dénoncé par des prisonniers libérés "exigeant qu'il soit fusillé, ce qui fut fait sur le champ", a pu échapper aux assaillants. Mais par suite d'une préparation insuffisante ou d'une négligence incroyable, ils se sont dirigés vers un bâtiment de la radiodiffusion qui n'était plus en service depuis plusieurs semaines déjà, et ils ont donc été dans l'incapacité de diffuser leurs communiqués. Pour ce qui est de la personne de Sékou Touré lui-même, les versions divergent. Selon certains, averti très vite de la tentative de débarquement, il se serait caché dans une maison amie, peut-être celle de la mère du directeur général de la sécurité présidentielle, Guy Guichard ; selon d'autres, il se serait dissimulé dans la case Belle-Vue, résidence présidentielle secondaire mais plus moderne ; selon d'autres, il serait réfugié dans la villa du consul soviétique ; selon d'autres encore, le général Noumandian Keita, chef d'état-major de l'armée et une délégation d'officiers seraient venus au Palais lui rendre compte, demander des instructions ainsi que l'autorisation de se faire ouvrir les réserves de munitions, et Sékou Touré aurait cru qu'ils venaient pour l'arrêter ; il les aurait alors suppliés de le tuer plutôt que de le livrer à la foule. En fait, il n'y a semble-t-il aucun témoignage crédible sur ce qui s'est passé au Palais cette nuit là. Ce qui est certain, en tous cas, c'est qu'à 9 heures du matin, Sékou Touré lit à la radio une proclamation intitulée : "PREMIER APPEL A LA NATION" (mais on ne sait où l'enregistrement a été effectué). "PEUPLE DE GUINÉE Tu es, depuis 2 heures du matin, ce dimanche 22 courant, victime dans ta capitale Conakry, d'une agression de la part des forces 10

impérialistes. Des bateaux de guerre étrangers stationnent dans tes eaux territoriales, après avoir permis le débarquement des mercenaires européens et africains. Cette agression s'inscrit dans le cadre du plan de reconquête des pays révolutionnaires d'Afrique par des puissances étrangères. Le colonialisme portugais sert de tête de pont dans cette agression. Le Peuple de Guinée se défend et se défendra jusqu'au dernier survivant. Les Peuples africains dignes de la liberté, défendront à nos côtés la dignité et la souveraineté de notre continent. Les Peuples progressistes du monde défendront notre cause inséparable de leurs propres intérêts et de leurs propres droits à vivre dans la liberté et dans la dignité. Prêt pour la Révolution ! Vive la Révolution ! Ahmed Sékou Touré" Dans la matinée, Sékou Touré convoque René Polgar, le représentant résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (il est de nationalité française), qui parvient en dépit de la situation à se rendre au Palais présidentiel, où Sékou lui remet la copie du texte du message qu'il vient d'envoyer à U Thant, le Secrétaire général de l'ONU, par l'entremise d'Abdoulaye Touré7, le représentant permanent de la Guinée auprès des Nations Unies à New York. Polgar8, dont la résidence est proche de la mer, a lui-même été témoin visuel du débarquement et tiendra à le faire savoir au Secrétaire général par un câble personnel, qu'il fait passer par le canal du chiffre de l'ambassade des États-Unis (alors située près du port), puisque les communications téléphoniques et télégraphiques internaLe docteur Abdoulaye Touré, qui sera plus tard ministre (notamment des affaires étrangères), a succédé en 1970 à Achkar Marof, qui a été arrêté l'année précédente, et qu'U Thant, qui le connaissait et l'appréciait, n'a pas réussi à faire libérer lorsqu'il est passé à Conakry en début d'année. U Thant n'était donc sans doute pas très bien disposé vis-à-vis de Sékou Touré. 8 René Polgar est représentant résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) en Guinée depuis le printemps 1970. Il vient de Guinée équatoriale, où il a coordonné depuis la mi-69 l'aide onusienne au régime de Macias Nguema. Il n'aura guère le temps de se faire apprécier en Guinée, car il sera expulsé (comme ressortissant français) dès que la France sera mise en cause dans cette crise, au début de 1971.
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tionales, déjà difficiles en temps normal la semaine, sont impossibles le week-end, les opératrices des PTT n'étant pas en service ces jourslà.9 Voici le texte adressé à U Thant par Sékou Touré : "Gouvernement de la République de Guinée informe Secrétaire Général Nations Unies que territoire national a été l'objet d'une agression armée des forces portugaises déclenchée ce matin vers 2 heures. Navires violant nos eaux territoriales ont effectué débarquement en plusieurs points Conakry capitale République Guinée commandos mercenaires, et perpétré lâches bombardements plusieurs points de la ville. Grâce réaction instantanée Armée Nationale et population cette attaque perfide a été contenue. Toutefois gouvernement guinéen victime dans ses droits sacrés d'État souverain membre des Nations Unies, demande intervention immédiate troupes aéroportées Nations Unies en vue réduire en coopération avec notre Armée nationale, les derniers postes occupés par mercenaires portugais, et chasser bateaux agresseurs stationnés dans nos eaux territoriales. Gouvernement guinéen est convaincu que l'ONU saura répondre sans délai à son appel afin de mettre un terme à une agression armée inqualifiable foulant aux pieds respect, souveraineté et intégrité territoriales, principes fondamentaux Charte Nations Unies. De toute évidence Nations Unies ne sauraient rester indifférentes devant cette violation caractérisée sécurité et paix internationales. Haute considération. Ahmed Sékou Touré, Président de la République de Guinée" Et voici le texte envoyé par René Polgar : REPRÉSENTANT RÉSIDENT ONU CONAKRY A SECRÉTAIRE GÉNÉRAL U THANT NEW YORK : "A la requête du Gouvernement, ai honneur confirmer que depuis 2 heures matin (heure locale) Conakry a été envahie par des forces étrangères considérées par Gouvernement comme portugaises. Ai vu
Il est quand même probable que le ministre des PTT a fait mettre en place une permanence téléphonique et télégraphique dès la nuit de samedi à dimanche.
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personnellement 4 bateaux débarquement. Conakry également survolé par avions de chasse. Forte concentration près ma propre résidence. Impossible me déplacer. Ne peux donner nouvelles personnel Nations Unies. En conséquence situation sérieuse demande votre considération personnelle. Ce message relayé par Ambassade USA Conakry. Polgar, Représentant Résident." Le dimanche matin, en même temps qu'il envoyait sa requête à U Thant, Sékou Touré adressait un message à tous les chefs d'État africains, ainsi qu'à certains autres leaders dans le monde. A midi, trois heures après son premier message radiodiffusé, Sékou Touré lançait un deuxième appel à la nation : "PEUPLE DE GUINÉE, Comme nous l'avons annoncé tout à l'heure, l'agression continue dans la capitale guinéenne. Des bateaux étrangers stationnent encore dans nos eaux territoriales. Des centaines et des centaines de mercenaires européens, de nombreuses nationalités, sont dans la ville. Nombreux de ces mercenaires sont entre les mains de nos forces révolutionnaires, mais la bataille continue. C'est pourquoi nous faisons appel à tous les patriotes, aux travailleurs, aux femmes, aux jeunes, aux militants en uniforme, enfin à tous ceux qui incarnent une parcelle de la dignité nationale et de l'intérêt historique africain pour que, armes en main, dans le courage, dans l'unité et la confiance, l'ennemi soit écrasé, définitivement écrasé. Nous savons que la victoire est de notre côté, nous qui défendons notre patrie, nous qui défendons notre pays ; nous savons que de par le monde, les forces réactionnaires sont en train d'hypothéquer sur l'avenir d'une Guinée placée dans le carcan du néo-colonialisme. Les ennemis de l'Afrique se trompent. Ils se tromperont toujours. La Guinée ne sera jamais dans le carcan du néo-colonialisme, encore moins dans celui d'une colonisation directe. La Guinée se défendra jusqu'à la dernière goutte. Comme le 28 Septembre 1958, comme un seul homme, la Guinée fera entendre la voix de l'Afrique, celle qui est consciente des misères, humiliations, exploitations et oppressions que les autres lui ont fait subir, et qui est décidée à relever le défi, prouvant ainsi à la face du monde qu'aucun Peuple n'est supérieur à 13

un autre Peuple, que tous les Peuples sont capables, que tous les Peuples peuvent exercer souverainement leur droit à la vie. En tout cas, la Guinée, à l'avant-garde de ce combat, assumera ses responsabilités, toutes ses responsabilités militantes. Camarades du PDG, militants en uniforme et sans uniforme, partout faites état de vigilance, de fermeté révolutionnaires. Surveillez autour de vous les complices éventuels de l'impérialisme, pour les déceler et les écraser en même temps que les mercenaires venus dans les bateaux étrangers, car la réaction intérieure fait corps avec la réaction extérieure. Membres du corps diplomatique, vous qui suivez le drame que nous vivons, nous savons que vous ne pouvez être que du côté du Peuple de Guinée, et c'est pourquoi, faisant appel à tous, de quelque nationalité que ce soit, épris de justice et de dignité, nous sommes sûrs que le front uni des défenseurs de la Guinée sera victorieux du front uni des forces réactionnaires internationales, qui se servent du drapeau du colonialisme portugais pour agresser la République Indépendante de Guinée. Peuple d'Afrique, la cause que nous défendons est la tienne, tu le sais bien. Et si des gouvernements africains se taisent devant cette agression, si des partis et des syndicats africains se taisent devant cette insulte à notre continent, nous savons que tous les Peuples africains sont de notre côté, désapprouvent l'agression et utiliseront les moyens mis à leur disposition pour que l'honneur de l'Afrique soit toujours sauvé. Prêt pour la Révolution ! L'impérialisme à bas ! Le colonialisme à bas ! Le néo-colonialisme à bas ! Vive la Révolution ! Ahmed Sékou Touré 22 Novembre 1970 à 12 h." L'ONU réagit très vite ; l'ambassadeur Abdoulaye Touré a immédiatement transmis au Secrétaire général U Thant le courrier de Sékou Touré et a, par une lettre adressée au président du Conseil de sécurité pour le mois de novembre, l'ambassadeur de Syrie, demandé une réunion urgente du Conseil, qui compte cette année-là deux membres africains, le Burundi et la Sierra Leone. En tout état de cause, l'ONU ne dispose pas de "forces aéroportées" comme Sékou 14

Touré en demande, et le Secrétaire général ne peut envoyer de forces de maintien de la paix qu'avec l'accord du Conseil de sécurité. U Thant et Abdoulaye Touré ont donc eu la bonne réaction, qui consistait en tout état de cause à passer par le Conseil de sécurité, dont Sékou Touré n'avait pas parlé dans son télégramme. Dès le lendemain, U Thant répond au câble de Sékou Touré : "Excellence, j'ai l'honneur de vous transmettre le texte de la Résolution 289 adoptée le 22 novembre 197010 par le Conseil de Sécurité à sa 1558ème séance. Le Conseil de Sécurité, ayant entendu la déclaration faite par le représentant permanent de la République de Guinée, ayant enregistré la requête formulée par le Président de la République de Guinée, 1) Exige la cessation immédiate de l'attaque armée contre la République de Guinée. 2) Exige le retrait immédiat de toutes les forces armées extérieures et des mercenaires, ainsi que du matériel militaire utilisé dans l'attaque armée contre le territoire de la République de Guinée 3) Décide de dépêcher une mission spéciale en République de Guinée en vue de faire un rapport immédiat sur la situation 4) Décide que cette mission spéciale sera constituée après consultation entre le Président du Conseil de Sécurité et le Secrétaire général 5) Décide de demeurer saisi de la question. Haute considération. U Thant, Secrétaire général des Nations Unies." Dans la nuit et dès les petites heures de la matinée, des groupes de militants "se sont armés de fusils, de coupe-coupe, de sabres, de flèches empoisonnées, voire de pilons ou de tout autre moyen de défense" (l'énumération est de Sékou Touré lui-même, dans son
10 Les documents officiels de l'ONU donnent en fait la date de l'adoption de la résolution comme celle du 23 novembre. U Thant ne précise pas non plus que cette résolution a été adoptée à l'unanimité, et donc avec la voix de la France, représentée à New York par Jacques Kosciusko-Morizet, lequel avait été reçu par Sékou Touré le 2 mai 1963, en tant qu'envoyé du Fonds spécial des Nations Unies.

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discours du 18 janvier 1971) et se sont joints aux forces de l'armée populaire, de la gendarmerie, de la police, de la milice, cependant que certaines unités stationnées dans les régions étaient acheminées vers la capitale. La situation s'est progressivement stabilisée dans le courant de la journée de dimanche, mais l'atmosphère reste très tendue. Désormais, et pour plusieurs mois, Sékou Touré n'apparaîtra plus qu'en uniforme, se présentera par priorité comme Responsable Suprême de la Révolution, Commandant en chef des Forces Armées Populaires et Révolutionnaires, et, par réaction anti-occidentale, son nom sera pendant plusieurs mois orthographié Seku Turé. Diverses publications officielles feront au cours des semaines qui suivent une description des événements de la nuit du 22 novembre. "Profitant de la brume nocturne, ces envoyés de Satan ont voulu, par l'effet de surprise, égorger un Peuple pacifique dont le seul péché est d'avoir redonné à l'homme africain toutes ses qualités d'homme. C'est ainsi que ces chiens en armes se sont momentanément emparés des camps Boiro et Samory, ont saccagé la demeure des hôtes de marque de la république, dont celle de Cabral, au camp des nationalistes de la Guinée-Bissao. Ils ont également débarqué au camp Alpha Yaya, à l'énergie, à la radiodiffusion, à la Présidence de la République et autres points stratégiques de la capitale qu'ils ont tenté en vain de prendre. Ils ont particulièrement visé la case de Belle-Vue en vue d'attenter à la vie du Président Ahmed Sékou Touré. Comme ces vandales ignorent tout de la Guinée, de l'Afrique révolutionnaire! Car en débarquant sur nos côtes et nos frontières, ils n'ont rencontré que des Sékou Touré, puisqu'en réalité, il y en a quatre millions."11 Un peu plus tard, Robert Lambotte, envoyé spécial du quotidien communiste "L'Humanité", est l'un des rares journalistes à penser que les assaillants avaient le sentiment d'avoir au moins partiellement réussi leur coup.

"L'agression portugaise contre la République de Guinée", Livre blanc, Conakry, Imprimerie Nationale Patrice Lumumba, mars 1971, p. 191

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"Les agresseurs se sont rendus maîtres de plusieurs points stratégiques. Ils ont pu notamment pénétrer au ministère de la défense et dans le principal camp militaire de la ville, où ils ont massacré dans des conditions assez horribles tous les officiers qu'ils ont pu capturer. Ils ont également investi la prison où étaient détenus des prisonniers politiques. Au début de la matinée, les éléments portugais blancs ont rembarqué, persuadés que les exilés guinéens, aidés par les troupes noires de Guinée portugaise, allaient réussir et proclamer au cours de l'après-midi, la formation d'un nouveau gouvernement. Ils étaient certains que le président Sékou Touré avait été tué..."12 Dès le lendemain de l'agression, pour reprendre en mains une capitale traumatisée (le reste du pays est resté relativement calme, mais il y a eu dans les jours qui ont suivi le 22 novembre des incursions de diversion portugaises depuis la Guinée-Bissau), le Bureau Politique National a décidé de constituer une sorte d'état-major de crise, le Haut-Commandement. "Décision du Bureau Politique National A la suite de l'agression impérialo-portugaise du 22 novembre 1970 et devant la nécessité d'organiser avec rigueur la mobilisation du Peuple et la défense de la Patrie, le BPN décide : les différents organismes chargés des opérations dans le cadre de la défense de la Révolution sont réorganisés de la façon suivante : Haut-Commandement La direction générale des opérations est confiée à un HautCommandement qui comprend : 1. Ahmed Sekou Touré, Responsable Suprême de la Révolution, Commandant en chef des Forces Armées Populaires et Révolutionnaires 2. El-Hadj Saifoulaye Diallo, membre du Bureau Politique National 3. Lansana Béavogui, membre du Bureau Politique National 4. N'Famara Keita, membre du Bureau Politique National
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"L'Humanité", 29 janvier 1971

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5. Ismaël Touré, membre du Bureau Politique National 6. Mamadi Keita, membre du Bureau Politique National (en permanence à Labé) 7. Sékou Chérif, ministre-délégué pour la Guinée-Maritime 8. Saïdou Kéita, ambassadeur de la RG à Bonn13 9. Fily Cissoko, chef du Protocole de la Présidence 10. Ibrahima Camara, secrétaire général par intérim du Comité National des Jeunes". Les 26 et 27 novembre se produisent encore quelques attaques de diversion sur la frontière entre la Guinée et la Guinée-Bissau, notamment dans la région de Koundara. Sékou Touré gardera longtemps le souvenir des mercenaires qui tentèrent alors d'envahir le pays. Bien plus tard, il préconise le développement de cultures le long des frontières du pays : "Tout mercenaire qui tentera de passer trouvera son tombeau dans le sillon que nous aurons creusé pour la tomate. Nous l'enterrerons et il nous servira d'engrais."14 Dans les jours qui suivent, chefs d'État ou leaders politiques, dirigeants de partis ou de mouvements progressistes, envoient à Sékou Touré des messages de soutien. En Afrique, seuls Hastings Banda, président du Malawi, et les dirigeants de l'Afrique du Sud, n'en ont pas envoyé. Le président Senghor demande l'ajournement de l'exercice militaire franco-sénégalais "Tropique", prévu pour le 5 décembre 1970 dans des zones frontalières de la Guinée, ce que Paris accepte sans hésiter. Un peu plus tard, Ismaël Touré viendra demander à Senghor l'extradition de plusieurs dizaines de Guinéens opposants notoires, parmi lesquels le syndicaliste David Soumah ; ce que le président sénégalais refusera15. Quelques mois plus tard, il y aura d'ailleurs une nouvelle crise dans les relations entre Conakry et Dakar.
13 Ce Haut Commandement a évidemment été créé avant la rupture des relations diplomatiques avec la République fédérale d'Allemagne. Saïdou (ou Seydou) Keita, par ailleurs ambassadeur de Guinée pour la plupart des pays d'Europe occidentale, sera en 1976 nommé ambassadeur à Paris. 14 le 23 décembre 1973, au cours de la conférence économique nationale réunie à Conakry. 15 Au contraire de Senghor, le président de la Gambie Jawara, livre en décembre à Conakry 38 opposants guinéens réclamés par Sékou Touré.

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L'auteur n'a pas connaissance de messages officiels de soutien ou de sympathie de Paris16, de Bonn ou de Londres, mais il y en a un du président des États-Unis, Richard Nixon17. Les 24 et 25 novembre se tient à Conakry, en présence de Sékou Touré, un conseil des ministres (ordinaire) de l'OERS (Organisation des États Riverains du fleuve Sénégal), dont les autres partenaires, Sénégal, Mauritanie et Mali, tiennent à marquer leur solidarité avec la Guinée, qui en est également membre. Karim Gaye, ministre sénégalais des affaires étrangères, et Daniel Cabou, ministre sénégalais du développement et président en exercice de l'OERS, viennent à Conakry avec un message personnel de Senghor. Dans son intervention, Sékou Touré stigmatise les médias occidentaux, et notamment la BBC, pour avoir affirmé qu'il pouvait y avoir des dissensions entre Conakry, Dakar et Abidjan à propos de l'agression, que le conseil des ministres condamne. C'est également le 25 novembre qu'arrive à Conakry la mission du Conseil de sécurité. Elle est composée des ambassadeurs représentants permanents auprès de l'ONU du Népal (Padam Bahadur Khatri), de la Zambie (Vernon Johnson Mwanga), de la Colombie (Augusto Espinosa), de la Finlande (Max Jakobson) et de la Pologne (Eugeniusz Kulaga). Il sont accompagnés de quelques fonctionnaires du secrétariat, dirigés par M. Debrito, un Brésilien, chef de la section d'information du Département politique. Un futur ami de l'auteur, un journaliste de l'agence Reuters devenu fonctionnaire de la section francophone du service de presse de l'ONU, François Giuliani (qui le remplacera quelques années plus tard comme porte-parole du Secrétaire général de l'ONU), fait également partie de la mission. Sékou Touré informe la population guinéenne - et le monde entier - de leur arrivée, tout en exprimant une certain déception.

16 Après les condamnations intervenues en janvier 1971 (et qui sont sévères également pour plusieurs ressortissants français), le porte-parole du gouvernement français Léo Hamon fait au cours de sa conférence de presse la déclaration suivante : "L'émotion qui s'est manifestée dans le monde à la suite des événements de Guinée est bien entendu partagée par le gouvernement français. Le conseil des ministres, qui avait condamné sans réserve en novembre l'agression dont la Guinée avait été l'objet, s'est associé à cette émotion avec d'autant plus de force que la France n'oublie rien des liens et des souvenirs qui l'attachent au peuple guinéen". 17 Le 11 décembre, les États-Unis accordent à la Guinée une aide alimentaire exceptionnelle de 4, 7 millions de dollars.

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"APPEL DU PRÉSIDENT AHMED SÉKOU TOURÉ AU MONDE ENTIER A la suite de l'appel lancé à l'Organisation des Nations Unies par le Gouvernement de la République de Guinée, une délégation de l'ONU est attendue ce jour, 25 Novembre 1970, à Conakry. La venue de cette délégation ne constitue certes pas une satisfaction totale à notre requête qui visait à obtenir l'envoi immédiat de troupes aéroportées pour écarter définitivement le danger que constitue la présence des bateaux étrangers dans les eaux territoriales guinéennes. Au su du Gouvernement de la République de Guinée, elle offre cependant l'occasion de démontrer de manière irréfutable la totale culpabilité du gouvernement portugais dans son inqualifiable et criminelle agression contre le Peuple souverain de Guinée. Pour cela même, le Gouvernement Guinéen fait appel aux membres du Corps Diplomatique présents à Conakry. Nous savons que tous, ils ont pu suivre étape par étape les folles tentatives des agresseurs dans leur action concertée contre les centres vitaux de la capitale et contre nos populations. Nous savons qu'ils ont suivi de leurs propres yeux la navette en mer, entre nos côtes et le large, de petits bateaux conduits par des mercenaires portugais blancs et remplis d'agresseurs en uniformes. Tous ont pu observer l'évolution dans le ciel de notre capitale de leurs avions de chasse. Nous savons enfin que des pays amis ont été directement éprouvés en la personne de leurs experts dont certains ont été blessés ou lâchement assassinés. Ces faits revêtent une gravité d'autant considérable que les navires ennemis renforcés par des sous-marins continuent de manœuvrer au large dans le but évident d'entretenir une guerre d'usure contre la Nation guinéenne. En conséquence nous avons fait appel à tous les États africains frères épris de liberté et soucieux de préserver l'indépendance et la dignité africaines pour qu'ils viennent en aide concrètement dans les formes appropriées et dans le délai le plus immédiat à notre patrie menacée par le colonialisme portugais et la réaction impérialiste internationale. Aujourd'hui nous lançons également appel à tous les pays amis en dehors du continent africain, notamment à tous ceux qui par leur vote 20

au Conseil de Sécurité ou par la condamnation sans équivoque par leur gouvernement de la criminelle agression, de nous apporter eux aussi leur aide, toute l'aide qu'ils jugent possible immédiatement. Le Peuple de Guinée, le Gouvernement de la République de Guinée attendent dans les heures et jours qui viennent la manifestation concrète de leur solidarité. Que les Peuples et les gouvernements africains, asiatiques et arabes qui ont déjà répondu à leur devoir de solidarité se trouvent vivement remerciés. Vive l'Afrique libre, indépendante, souveraine et digne ! Vive la Révolution ! Ahmed Sékou Touré 25 Novembre 1970" Le 25 novembre dans l'après-midi, immédiatement après leur arrivée, les membres de la mission onusienne sont reçus par Sékou Touré, qui leur fait un historique détaillé de la situation avant et après l'agression, leur présente ses propres conclusions, et rappelle qu'il avait espéré obtenir une assistance militaire immédiate de la part de l'ONU, ce qui n'avait pas été le cas. Le 26 novembre au matin, la mission rencontre une délégation guinéenne dirigée par Ismaël Touré. Elle entend au cours des jours suivants les représentants diplomatiques d'une vingtaine de pays (Tanzanie, Yougoslavie, Bulgarie, Union soviétique, Tchécoslovaquie, RAU-Égypte, Hongrie, Cuba, Sierra Leone, République démocratique allemande, Belgique, Sénégal, Nigeria, États-Unis, République fédérale d'Allemagne, Indonésie, Syrie), reçoit une déclaration écrite de l'ambassadeur d'Italie, enregistre des témoignages de membres du PAIGC (parmi lesquels Aristide Pereira, membre du bureau politique), ainsi que de quelques résidents étrangers (cinq médecins bulgares, deux médecins cubains, trois experts tchécoslovaques, un professeur belge...). Elle a constaté les dégâts matériels provoqués par les hostilités. Le 27 novembre, la mission s'est rendue à Kindia où elle a entendu sept commandos capturés au cours de l'agression, sur un total de près de 70 prisonniers. Au cours de son séjour, le 28 novembre, elle a été informée de ce qu'une incursion de forces portugaises avait eu lieu à Koundara, à la frontière avec la Guinée-Bissau. 21

Selon le récit fait à son retour à New York par l'ambassadeur finlandais Jakobson, le président Sékou Touré n'a pas épargné ses sarcasmes aux envoyés des Nations Unies ; il attendait des troupes et non des enquêteurs. Il leur a néanmoins donné toutes facilités pour accomplir leur travail. Les délégués ont pu interroger plusieurs hommes faits prisonniers par l'armée guinéenne dans les heures qui ont suivi le débarquement. Ils ont pu visiter des sites détruits ou endommagés, examiner des armes et des munitions récupérés. Ils ont bien entendu recueilli aussi les témoignages de victimes civiles ou militaires, ainsi que de membres du corps diplomatique accrédité à Conakry. D'après les témoignages recueillis, il apparaît que l'invasion a été lancée dans la nuit du 22 novembre à partir de deux navires transporteurs de troupes. De petites vedettes ou péniches ont ensuite amené au rivage environ 300 à 400 hommes. Ces commandos ont été pendant vingt quatre heures les maîtres de Conakry ; ils ont libéré des prisonniers politiques, dont Achkar Marof, ancien ambassadeur de Guinée aux Nations Unies, et les prisonniers portugais, attaqué un camp militaire, brûlé la villa d'été de Sékou Touré18, tenté vainement d'investir le Palais présidentiel, occupé la station électrique, détruit le siège du mouvement de libération nationale de la Guinée portugaise19. Très curieusement, ils ne semblent pas avoir cherché à s'emparer de la radio, ce qui explique partiellement leur échec.20 Commandos et prisonniers libérés se sont rembarqués ou enfuis pour la plupart.21 L'ambassadeur Jakobson et les autres membres de la mission ont pu interroger quelques prisonniers faits par les forces gouvernemenEn fait, une grande villa offerte par l'Allemagne fédérale et construite en proche banlieue à Belle-Vue ; c'est à la villa Belle-Vue, reconstruite par la suite, que sont en général logées les délégations officielles importantes ; le président Giscard d'Estaing y a été logé en 1978, de même que le président de la Banque mondiale, Robert McNamara. 19 Le PAIGC avait installé ses bureaux dans la banlieue de Conakry, non loin du quartier dit "La Minière". 20 Les assaillants disposaient semble-t-il d'un plan de Conakry déjà ancien, et les studios de la Voix de la Révolution n'occupaient plus l'immeuble qu'ils ont investi en pensant s'emparer de la radio. 21 A la fin du mois de novembre, le général de Spinola, commandant des troupes portugaises en Guinée-Bissau, plus tard président de la République du Portugal, confirme dans une interview à l'agence de presse ANI que 24 militaires et un civil portugais ont été libérés à cette occasion. En revanche, de Spinola déniait toute implication du Portugal dans cette tentative de débarquement, qu'il qualifiait de "manoeuvre échafaudée par Sékou Touré".
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tales guinéennes. Il s'agit de Guinéens de Bissau ; rossés, très mal en point, privés d'eau, ces prisonniers pour la plupart analphabètes ignoraient qu'ils participaient à une attaque contre la Guinée ; les enquêteurs n'ont vu aucun prisonnier blanc et il est douteux qu'il y en ait eu. Il ne semble pas non plus que des mercenaires étrangers aient participé à l'action. Quant aux officiers portugais d'encadrement, il est incertain qu'ils aient débarqué des navires de transport. Mais selon la mission unanime, il n'y a aucun doute que le Portugal soit impliqué dans l'affaire. Même si quelques opposants guinéens de l'extérieur ou de l'intérieur ont été engagés dans l'opération, le gros des troupes appartenait aux forces portugaises de Guinée Bissau. Il s'agit donc d'une invasion "style Baie des Cochons" à Cuba, tout aussi mal conçue et mal organisée. Toutefois, l'un des deux objectifs a été atteint : la libération des prisonniers portugais. L'autre, qui consistait à tuer le président Sékou Touré et à favoriser le renversement du régime, a échoué. Les membres de la mission ont naturellement trouvé un gouvernement guinéen extrêmement traumatisé ; "la menace a été réelle et il a fallu toute la maladresse, l'impréparation et la faiblesse des attaquants pour que le coup ne réussisse pas ; en vérité, s'il y avait eu effectivement des mercenaires et si les Portugais - blancs avaient payé de leur personne, les choses auraient probablement tourné autrement."22 Le 8 décembre, sur la base du rapport de la mission d'enquête, le Conseil de sécurité adopte par onze voix avec quatre abstentions une résolution déposée par le groupe afro-asiatique ; les quatre délégations qui se sont abstenues sont les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l'Espagne (qui est cette année-là membre non permanent du Conseil). Le représentant de la France, Jacques Kosciusko-Morizet, explique l'abstention française par l'insuffisance d'informations, mais condamne formellement l'agression et exprime la "sympathie du gouvernement français à la république et au peuple de Guinée" Le Secrétaire général envoie immédiatement à Sékou Touré le texte de la résolution adoptée :

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Entretien de l'ambassadeur Jacobson avec M. Jacques Kosciusko-Morizet, délégué de la France auprès de l'ONU, 2 décembre 1970.

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"Ayant examiné avec satisfaction le rapport de la mission spéciale du Conseil de Sécurité en République de Guinée, constituée en vertu de la Résolution 289 (1970) S/10.009 et ADD. 1), ayant en outre entendu les déclarations du représentant permanent de la République de Guinée, gravement préoccupé par le fait que l'invasion du territoire de la République de Guinée, qui a eu lieu les 22 et 23 Novembre à partir de la Guinée (Bissau), a été effectuée par des unités navales et militaires des forces armées portugaises, ainsi que par l'attaque armée contre la République de Guinée les 27 et 28 Novembre 1970, gravement préoccupé par le fait que de telles attaques armées lancées contre des États Africains indépendants font peser une grave menace sur la paix et la sécurité des États africains indépendants, conscient de la responsabilité qui lui incombe de prendre des mesures collectives efficaces pour empêcher et dissiper les menaces à la paix et à la sécurité internationales, rappelant ses résolutions 218 (1965) et 275 (1969), dans lesquelles il a condamné le Portugal et a affirmé que la situation qui résultait de la politique du Portugal tant à l'égard de la population africaine de ses colonies, qu'à l'égard des États voisins, compromettait la paix et la stabilité du continent africain, réaffirmant le droit inaliénable des Peuples de l'Angola, du Mozambique et de la Guinée (Bissau) à la liberté et à l'indépendance conformément à la Charte des Nations Unies et aux dispositions de la Résolution 1514 (XV) de l`Assemblée générale du 14 Décembre 1960, affligé par les pertes en vies humaines et les dégâts importants causés par l'attaque armée et l'invasion dont a été victime la République de Guinée. 1 - fait siennes les conclusions du rapport de la Mission Spéciale en République de Guinée ; 2 - condamne énergiquement le gouvernement portugais pour son invasion de la République de Guinée ; 3 - exige que le gouvernement portugais indemnise intégralement la République de Guinée des importantes pertes en vies humaines et en biens causées par l'attaque armée et l'invasion et prie le Secrétaire Général d'aider le gouvernement de la République de Guinée à évaluer l'étendue des dommages causés ; 4 - lance un appel à tous les États afin qu'ils prêtent une assistance morale et matérielle à la République de Guinée pour

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qu'elle renforce et défende son indépendance et son intégrité territoriale ; 5 - déclare que la présence du colonialisme portugais sur le continent africain est une menace sérieuse à la paix et à la sécurité des États africains indépendants ; 6 - demande instamment à tous les États de s'abstenir de fournir au gouvernement portugais une aide militaire ou matérielle quelconque le mettant en mesure de poursuivre ses actes de répression contre les populations des territoires qui sont sous sa domination et contre des États africains indépendants ; 7 - demande au gouvernement portugais d'appliquer sans plus attendre aux populations des territoires qui sont sous sa domination les principes de l'autodétermination et de l'indépendance, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité et à la résolution 1514 (XV) de l'Assemblée générale ; 8 - avertit solennellement le gouvernement portugais que si des attaques armées contre des États africains indépendants se reproduisent, le Conseil de Sécurité envisagera immédiatement des dispositions ou des mesures efficaces appropriées conformément aux dispositions pertinentes de la charte des Nations Unies ; 9 - demande au gouvernement portugais d'appliquer intégralement toutes résolutions du Conseil de Sécurité, en particulier la présente résolution, conformément aux obligations qui lui incombent en vertu de l'article 25 de la charte des Nations Unies ; 10 - prie tous les États, en particulier les alliés du Portugal, d'user de leur influence sur le gouvernement portugais pour assurer l'application des dispositions de la présente résolution ; 11 - prie le Président du Conseil de Sécurité et le Secrétaire Général de suivre de près la mise en œuvre de la présente résolution ; 12 - décide de demeurer activement saisi de la question. Très haute considération. U Thant, Secrétaire général ONU". A cette proposition d'aide ou d'indemnisation par le Portugal et la communauté internationale, Sékou Touré répond pratiquement par une fin de non recevoir :

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"MESSAGE DU PRÉSIDENT AHMED SÉKOU TOURÉ A M. THANT, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL ONU Avons honneur accuser réception de votre message informant notre gouvernement de la désignation d'une commission ad hoc, chargée, en coopération avec les autorités guinéennes, d'évaluer les dommages subis par la République de Guinée du fait de l'agression portugaise, afin de permettre aux Nations Unies d'user de tous moyens légaux pour en obtenir réparation de la part du gouvernement portugais. Le gouvernement et le Peuple guinéens comprennent et apprécient hautement les nobles sentiments de justice animant les autorités des Nations Unies dans la désignation et l'envoi en Guinée de cette mission. Soulignons néanmoins que tous les Peuples africains se sont considérés au même titre que le Peuple guinéen directement et collectivement concernés par l'agression portugais. Par ailleurs tous les Peuples épris de paix et de liberté des autres continents se sont également solidarisés dans la même réprobation et dans la même condamnation de l'agression portugaise. Ainsi donc, le point de vue de mon gouvernement est que les dommages moraux et matériels causés à la nation guinéenne ne sauraient être traduits en termes financiers d'autant plus que l'agresseur s'entête à nier son forfait malgré la démonstration de l'évidence des faits par le Conseil de Sécurité et par l'Organisation de l'Unité Africaine. La République de Guinée demeure satisfaite du soutien total de l'instance internationale et de l'Organisation de l'Unité Africaine qui ont, l'une et l'autre, fait appel à tous leurs États membres pour apporter au Peuple guinéen victime de l'agression portugaise leur aide matérielle et le témoignage de leur solidarité agissante. Ainsi donc, le point de vue de mon gouvernement est que nous vous prions instamment d'annuler purement et simplement l'envoi en Guinée de la mission d'évaluation. Enfin s'agissant du Portugal, le Gouvernement guinéen estime que la seule réparation acceptable par son Peuple est la proclamation immédiate de l'indépendance des territoires africains d'Angola, du Mozambique et de la Guinée-Bissao.

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En vous renouvelant la totale confiance de notre Gouvernement et de notre Peuple, nous vous assurons en même temps de notre sincère et très profonde amitié. Très haute considération. Ahmed Sékou Touré Président de la République de Guinée." Entre temps, au siège de l'OUA à Addis Abeba, Diallo Telli déclare le 7 décembre que "l'invasion de la Guinée a été inspirée par l'OTAN.. Le Portugal est trop sous-développé pour perpétrer seul une telle agression". Et du 9 au 11 décembre se tient à Lagos un conseil des ministres extraordinaire de l'OUA, qui condamne bien entendu l'agression. Sékou Touré a envoyé un message, et la délégation de la Guinée est présidée par Ismaël Touré, qui affirme d'emblée dans son allocution que le Portugal a bénéficié de la complicité de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis. En fait, ce n'est aucun de ces pays étrangers qui est mis en cause en premier par Conakry, mais bien l'Allemagne fédérale. Le 18 décembre, Sékou Touré implique Bonn dans l'agression, demande le départ de l'ambassadeur Lankes, fait procéder avant la fin de décembre à l'arrestation de plusieurs experts ouest-allemands, ainsi que le 28 décembre à l'expulsion de tous les autres ressortissants de la RFA. Le Haut-Commandement publie un communiqué qui donne une série de "preuves" du rôle de Bonn dans le débarquement. La rupture des relations diplomatiques interviendra en janvier 197123 . A partir du début de l'année 1971, les tragiques et sanglants événements du 22 novembre 1970 prennent un autre tour, non moins dramatique et non moins sanglant : c'est la phase répressive, qui s'étendra sur toute l'année et même au-delà. En dépit de toutes les manifestations plus ou moins spontanées d'assentiment populaire, en dépit de toutes les justifications et explications que l'on a pu en donner, en dépit des analogies invoquées par Sékou Touré avec la guerre de Sécession aux États-Unis ou avec la Libération en France, cette répression a profondément et durablement entaché l'image du régime et de Sékou Touré lui-même, qui a d'ailleurs, dans son message de Nouvelle Année 1971, annoncé qu'il voulait mettre fin à
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Voir le chapitre 66 consacré à cette rupture.

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toute solution de clémence et entrer dans une phase de justice populaire et de répression exemplaire, par exemple en renonçant par avance à son droit constitutionnel de grâce. Qu'on en juge par ces quelques extraits de discours. D'abord, l'allocution traditionnelle de la Nouvelle Année, qui programme avec précision les étapes de la justice révolutionnaire et populaire : "Une année finit, une année commence ; l'une emportant son lot d'événements, l'autre grosse du sien. Dans l'un et l'autre de ces lots cohabitent les contraires inséparables : le malheur et le bonheur, la mort et la vie. (...) Depuis septembre 1958, le Peuple de Guinée a affirmé avec vigueur et constance sa volonté résolue d'édifier un régime socialiste et depuis cette date l'impérialisme en a fait une cible afin que l'Afrique ne soit jamais soustraite à la colonisation directe ou indirecte grâce à laquelle l'Europe capitaliste continuera à l'asservir et à l'exploiter. Ainsi, la Révolution guinéenne est née et s'est développée dans le cadre d'un complot permanent, celui de la réaction extérieure appuyée par l'action paralysante de la réaction intérieure. Ce complot est aussi global et multiforme tout comme la Révolution qu'il se propose d'anéantir. Alors que la Révolution postule le pouvoir du Peuple. le progrès du Peuple, le complot contre-révolutionnaire vise à la primauté du capitalisme étranger sur la personnalité. la dignité et les intérêts nationaux. Après le monstrueux complot de Février 1969. des militants non avertis, exprimant leur satisfaction, clamaient partout : "C'est le dernier complot. Nous allons maintenant respirer". Or, à peine une année après, voilà une agression militaire dirigée contre l'État guinéen et frappant là où on pense que le coup sera décisif. Il devient donc clair que tant que l'impérialisme et le colonialisme sévissent dans le monde, le complot contre révolutionnaire ne saurait s'arrêter. Tous les événements douloureux que notre pays a enregistrés relèvent indistinctement de la même contradiction antagonique opposant continuellement la volonté et les aspirations progressistes

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du Peuple à la volonté et au cynisme d'un système inhibiteur d'évolution, destructeur et décadent. L'agression militaire étrangère a été minutieusement élaborée dans son aspect technique car elle a été appuyée par des bateaux et des avions et perpétrée par des hommes, dressés comme de véritables chiens de chasse préposés à semer la mort, à propager la destruction, en un mot à étrangler dans les larmes et dans le sang un régime et une Révolution qui exigent au profit de chaque Peuple souveraineté, paix et dignité. Dans son aveuglement, l'impérialisme qui ne connaît pas et ne connaîtra jamais l'Afrique, n'a pas tenu compte des réalités dynamiques qui sont celles de la Guinée de 1970. Il n'a tenu compte ni de l'existence d'un Peuple, uni, organisé, conscient et résolu, ni de sa volonté à défendre jusqu'à la dernière goutte de sang son patrimoine devenu inviolable. En s'attaquant tout d'abord au Camp Boiro, il croyait, l'impérialisme, y trouver ses premiers mercenaires intérieurs, ceux qui en Février, Mars et Avril 1969 devaient exécuter son entreprise antiguinéenne. Tout le monde comprend davantage aujourd'hui la justesse de la sanction capitale dont la clique Kaman a été l'objet de la part du tribunal populaire. L'impérialisme a-t-il compris que désormais, l'heure de la clémence est révolue, s'agissant de ceux qui, de façon délibérée se mettent à son service contre la dignité et les intérêts de la Nation ? Ainsi, voulant libérer certains mercenaires (tel le traître Kaman), il en envoya de nouveaux au tombeau que le Peuple militant de Guinée lui a déjà ouvert depuis le 28 Septembre 1958. Ce tombeau recevra bien d'autres criminels, bien d'autres mercenaires, bien d'autres éléments tarés que l'impérialisme ne manquera pas de dépêcher en Guinée pour poursuivre sa sale besogne anti-guinéenne et anti-africaine. A l'intérieur du pays, un lot important d'armes perfectionnées a été distribué aux agents de la 5ème colonne. De l'extérieur du pays, des mercenaires chargés d'attenter à la vie des responsables de la Révolution guinéenne seront infiltrés par nos frontières. Mais les uns comme les autres, et à leur détriment, se rendront compte qu'une véritable Révolution ne peut jamais être surprise et qu'en se mettant au service du néo-colonialisme, ils se sont 29

condamnés eux-mêmes à la peine capitale que le Peuple guinéen se chargera de leur appliquer sans pitié. L'agression de novembre dont les leçons, les riches leçons seront tirées lors de la toute prochaine session extraordinaire de l'Assemblée Nationale, a été en tout état de cause un événement qui a permis : 1 - La consécration officielle et internationale de la Révolution africaine en Guinée ; 2 - La démonstration par la pratique, des mots d'ordre du Parti Démocratique de Guinée (PDG) en matière de défense nationale, de fermeté à l'égard de l'ennemi de classe, et de radicalisation de la Révolution dans tous les domaines de la pensée et de l'action du Peuple ; 3 - La démonstration que la Guinée est une véritable nation, une nation unie dans son travail, unie dans ses aspirations d'avenir, unie dans son auto-défense ; 4 - L'identification de l'ennemi extérieur et de ses alliés de classe à l'intérieur, ainsi que la confirmation du caractère d'instrument de subversion que l'impérialisme donne à toute coopération ; 5 - L'affirmation cette fois-ci vigoureuse et unanime, de la conscience anti-impérialiste et de la volonté de solidarité militante des Peuples d'Afrique malgré la diversité de leurs régimes ; 6 - La concrétisation de la solidarité des Peuples socialistes, progressistes et démocratiques du monde avec le combat antiimpérialiste du continent africain encore en butte aux entreprises criminelles du néo-colonialisme ; 7 - La démonstration de l'identité de destin des Peuples coloniaux et des États indépendants d'Afrique dans ce qui les oppose tous à l'impérialisme, leur ennemi commun. L' impérialisme et le colonialisme portugais, par leur violence et leur insolence, ont contribué au renforcement de l'unité africaine, à l'émergence de l'Afrique dans le concert international des forces combattantes et en ce qui concerne la Guinée, à la radicalisation de sa Révolution par l'approfondissement du sentiment national et la mobilisation spontanée, vigoureuse et totale de toutes les couches populaires dans l'action d'auto-défense et d'offensive politique.

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L'on sait que l'impérialisme dispose d'une 5ème colonne au niveau des gouvernements, des secteurs économiques, militaires, sociaux et culturels des États africains. C'est cette 5ème colonne qui, par sa complicité et sa participation favorise les agressions de toutes sortes dont l'Afrique est encore victime de la part de ses ennemis extérieurs. L'année 1971 doit être le départ de la violence révolutionnaire appuyant une offensive systématique et généralisée contre la mainmise impérialiste, contre ses privilèges illégitimes et ses intérêts égoïstes, en même temps que devront être impitoyablement dénoncés, sinon anéantis par tous les moyens appropriés, les Africains traîtres à la Patrie africaine. En Guinée, le PDG, Parti Démocratique de Guinée, et l'État révolutionnaire au service exclusif du Peuple, liquideront sans hésitation tous les individus qui ont choisi, contre la Nation et le Peuple, l'impérialisme et le néo-colonialisme. Ils extirperont, et dans tous les domaines, toute tendance équivoque ou inconséquente. La fermeté révolutionnaire devient une nécessité absolue pour la survie et le progrès transcroissant du régime populaire et démocratique guinéen. Bientôt, le dossier de la 5ème colonne sera rendu public pour que le Peuple guinéen, les Peuples frères d'Afrique et les Peuples amis du monde puissent connaître et apprécier l'action intérieure par laquelle les préparatifs de l'agression de novembre se prolongeaient dans les réalités guinéennes afin de mettre fin à la liberté et à la dignité de notre Peuple. Tous les éléments africains, européens et autres, qui constituaient la 5ème colonne et dont la vigilance de nos militants a permis la découverte et l'arrestation comparaîtront sous peu devant le tribunal du Peuple révolutionnaire de Guinée. Selon la presse occidentale, l'immense majorité du Peuple guinéen serait contre son régime. Les paysans, les travailleurs, les artisans, les commerçants et les fonctionnaires seraient prêts à rejoindre le carcan néo-colonialiste avec une monnaie étrangère et un gouvernement soumis à l'Occident comme témoignage de leur renoncement total à la Révolution et au socialisme qu'elle édifie. La même presse présente évidemment le Bureau Politique National 31