Ainsi passaient les jours

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Un paysage vallonné découpé par des haies d'aubépines, de ronces, d'églantiers et par endroits, de murettes écroulées.
Avec des pierres grises parsemées de couleurs chaudes,
où se côtoient des reflets du ciel et les teintes paille des blés mûrs.
Tout cela, mélangé à des verts, des bruns intenses.
On y grille encore des châtaignes au feu de bois, tout en buvant un vin léger, pour retrouver des senteurs qui réveillent les mémoires.
À travers les aventures de Charlou, vous découvrirez la vie rude des paysans du Lévézou.
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Publié le : dimanche 23 août 2015
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ISBN : 978-2-9550070-0-6
© Nadine Passim


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Nadine Passim






Ainsi
passaient
les jours

roman








V I E N S R Ê V E R E N M O N J A R D I N
6
T i t r e s e n p r é p a r a t i o n :

L’histoire du fils de Malika.
Les péripéties de la vie de Farid à la
recherche de sa personnalité.

Gély du Jaoul.
La révolte des croquants du Rouergue et du
Ségala en 1643.

Isidore.
Notre facteur, un drôle de phénomène.

L’espérance de lendemain.
Les rêves de Lucien à la recherche d’un travail.

Secouons nos souvenances.
Les rêves d’un retraité, Louis veut refaire sa vie.

La vie un grand tourbillon.
Un bonheur n’arrive jamais seul.
Ah ! enfin, on va pouvoir travailler sérieusement.




Rêvons ensemble
Nadine Passim
Autoédition
La Fouillade 12270
E-mail : nadine.passim@sfr.fr
7
8

A i n s i p a s s a i e n t
l e s j o u r s .

Entre les vallées
du Tarn et de l'Aveyron,
sur le Lévézou et le Ségala,
on trouvait beaucoup
de terres pauvres.


Cela faisait deux mois qu'il n'était pas tombé une goutte
d'eau. Une chaleur lourde montait de la terre, et les ruisseaux,
presque secs, s'écoulaient doucement entre les pierres. Par
traits rapides, voletaient des demoiselles bleues aux ailes
brillantes. L'herbe devenait rare. Une brise légère s'amusait à
remuer les feuilles des arbres. Les grillons chantaient.
Par un chemin de terre sentant le foin coupé et la bouse de
vache. Sur son vieux vélo, Charlou pédalait et transpirait en
revenant de Vezins, un village traversé par un ruisseau,
passant sous des petits ponts de pierres. Comme partout, on
trouve une église, une place avec des marronniers et deux
bistrots. Les hommes viennent prendre un verre de vin,
échanger les nouvelles du pays, parler des ennuis, des
catastrophes, des souvenirs, et aussi, boire et rire un bon
coup.
9
Vezins se trouve à dix minutes du mas de Cabrit, la ferme du
père Combe. Les bâtiments sont en pierres de couleur gris
ocré, les murs, que les rayons du soleil patinent avec des
reflets dorés, sont montés au sable, à la chaux et à la terre. La
maison principale, d'un étage, a une toiture en lauzes et
quatre fenêtres mansardées. On accède à l'entrée de la salle
par un escalier, fait de belles pierres d'un seul tenant. Dessous
le perron, une voûte protège la porte de la cave. Et bien sûr, il
y a un pigeonnier, dont la beauté est un signe de richesse.

En angle de la maison, sur la droite, il y a la bergerie. Du côté
gauche, par une grande porte cochère à quatre battants de
bois s'ouvrant sur la cour. On entre dans l'étable, où se trouve
une vingtaine de vaches de la race d'Aubrac, de couleur
rousse et aux yeux cernés de blanc.
Les terres sont constituées d'une cinquantaine d'hectares, dont
vingt de bonnes pâtures, où trois ruisseaux d'eau vive coulent
en serpentant, et vont bientôt se réunir pour former le Viaur.

Par le chemin de Vezins, Charlou parvint derrière la ferme,
ouvrit une petite porte et passa par l'étable pour arriver dans
sa pièce aux murs blanchâtres. Une fenêtre donnait un peu de
lumière, et la nuit, il s'éclairait avec une lampe à pétrole. Des
cloisons faites de grosses planches mal jointes, en hiver,
avaient l'avantage de laisser passer la chaleur du bétail. Une
caisse en bois remplie de paille, et un sac en toile bourré de
feuilles de maïs, lui servaient de lit.
Dans un coffre, Charlou entassait ses affaires : le costume
noir du mariage de son père, un feutre poilu, de vieilles
photos, des cannes. Et aussi, enveloppée dans du papier
journal, la lampe de vie, qu'il avait laissé éteindre à la mort de
ses parents.
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Un escalier en bois permettait d'accéder au pailler, servant
aussi à conserver les tresses d'ails et les oignons, que l'on
accrochait aux poutres par touffes. Par une fenêtre, avec une
poulie et une corde, on montait le fourrage. De là-haut,
Charlou garnissait les râteliers de l'étable, en faisant passer le
foin par des trappes
Au plafond de sa pièce, enroulée autour d'une barre de bois,
de la saucisse pendait. Charlou en décrocha un pli, s'assit,
d'un coup sec ouvrit son couteau sur le bord de la table et se
coupa une tranche de pain. Puis, tout en croquant une cèbe
(oignon), il sortit dans la cour et se planta au milieu,
observant le chien qui dormait sur un vieux sac. Mais, dès
qu'il fit un pas en direction des champs, Tango en quelques
bons le rattrapa et lui fit fête. Charlou, tout en le caressant,
prit une badine dans l'angle du grand porche et s'écria :
- Va chercher les vaches !
Le chien fila à toute vitesse, contourna le champ, et
doucement, ramena le troupeau en direction de la ferme.
Charlou ouvrit le grillage laissant un passage de deux mètres
dans une haie naturelle, et attendit le troupeau pour guider les
bêtes vers l'étable. Tango, fier de son travail, jeta un regard
complice à son maître.
Charlou attacha les vaches aux râteliers, où un peu de
fourrage permettait que les bêtes soient occupées pendant la
traite. Puis, il tira un seau d'eau à la citerne, rinça une selha
(seau à traire), s'assit sur le tabouret à trois pieds, dont
l'emplacement des fesses était creusé dans le bois, et
commença à traire.
Cela faisait plus d'une heure, que Charlou pressait sur les pis,
quand, un bruit venant du chemin attira son attention. La
petite porte s'ouvrit et Bernat, le fils d'un fermier de Vezins,
s'écria :
- Charlou ! Dalet a disparu !
11
- Disparu ? Avec sa gueule de Gripet (lutin), il doit être
apparenté avec le diable !
- Ne dis pas ça. Justement, on m'a dit que l'autre nuit, des
dracs invisibles (petits génies malicieux) faisaient du chahut.
- Ou alors, peut-être bien qu'il avait encore chargé la mule ?
- Pas plus que d'habitude... Mais il serait préférable que nous
allions retrouver les autres. dit Bernat.
- Quand on est ensorcelé, il faut mettre sa veste à l'envers, et
se signer. Comme ça, tout s'arrange. affirma Charlou.
- Je me souviens d'un voisin, qui la nuit, ressentait des
douleurs comme s'il était broyé entre des meubles. Eh bien,
ma grand-mère est arrivée à le soigner. Elle avait le secret.
C'est vrai ce que je te dis, et aussi, elle faisait partir les
verrues !
- Je connais la combine, c'est avec la plante fée... La
chélidoine, qu'on appelle aussi l'herbe aux verrues, on la
trouve sur les murettes et aux bords des chemins... Tu vois !
Je le sais, souvent ça marche. dit Charlou.
- Tu te goures encore ! Ma grand-mère, pour commencer,
comptait le nombre de verrues et prenait autant de haricots
secs. Puis, tout en faisant trois signes de croix, elle disait...
Verrues part ! En balançant les haricots par derrière son
épaule dans un puits.
- Charlou se mit à rire aux éclats et affirma :
- Ça c'est formidable ! Et les verrues tombaient
immédiatement dans l'aiga. (eau)
- Arrête... Ne dis pas de couillardises ! Il fallait attendre trois
mois. précisa Bernat.
- Bon, je suis d'accord, mais ça doit aussi marcher pour les
emmerdements... On compte combien on en a, on prend les
haricots... ET VLAN ! On fout tout par-dessus l'épaule !
rétorqua Charlou en riant.
12
- On ne peut pas parler avec toi, tu te fous toujours de ma
gueule.
- Mais non... Je te crois. Ne discutons plus, donne-moi plutôt
un coup de main, il faut que je termine la traite.
Un quart d'heure plus tard, le travail fini, Charlou rinça la
selha, rangea le bidon de lait dans une pièce fraîche, et guida
les bêtes au pré pour la nuit. Puis, il enfila sa veste noire et
plaça deux épingles à linge aux bas de son pantalon. Et
comme Bernat était déjà parti, il se dépêcha d'enfourcher son
vieux vélo à la volée.
La nuit commençait à envahir toute la campagne. Charlou
appuyait fortement sur les pédales, zigzaguant sur toute la
largeur du chemin, qui n'avait pas plus de trois fers de
fourche. Cinq minutes plus tard, arrivé devant le bistrot, il
rangea son vélo le long du mur et poussa la porte en bois.
Cayrou, un jeune paysan lui expliqua :
- Léo et Jousep sont partis chercher Dalet sur le chemin du
mas haut.
- À cette heure, Il est peut-être chez lui ? dit Charlou.
- Non, son jeune frère est venu le chercher pour faire la traite.
répondit Bernat.
- Il faut te dire qu'il avait bu quelques pintous avec l'équipe
de foot. expliqua Cayrou.
- Plus, tout ce que vous lui avez fait boire en jouant aux
cartes. Il était tellement ivre, que vous l'avez poussé pour
qu'il puisse partir. dit Bernat.
- Peut-être, mais vous le savez bien, Dalet, il est comme les
grives, il a toujours soif ! répondit Cayrou.
Sur une table, Charlou prit le journal de Millau et parcourut
les titres, tout en discutant avec Germaine, qui lavait des
verres derrière son comptoir.
- La foire de Millau a été bonne ? demanda Charlou.
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- On n'a pas pu y aller. Tu sais, maintenant Léon s'occupe de
son jardin, de ses piots (dindons), de ses canards, et il ne veut
plus se déplacer. répondit Germaine.
- Il prend plus soin de ses bêtes que de sa femme ! dit Peyre
avec un sourire moqueur.
- Ça ne m'étonne pas, il sort du Roucous, le coin le plus perdu
du Lévézou. affirma Cayrou.
- Ah ! tu te moques des autres, mais tu ne regardes pas
comment tu vis. répondit Germaine.
- Tiens, ton gavach (rustre), le voilà, il arrive. dit Charlou qui
venait de découvrir une petite annonce dans le journal.
Léon déposa son panier plein de légumes dans la cuisine, et
vint parler à sa femme.
- Il y a encore des souris à la cave.
- Macaniche ! Tu veux dire qu’il y en a de plus en plus.
- Tu le sais bien, je mets des pièges, mais elles se
reproduisent comme des mouches.
- Elles sont plus rusées que toi ! dit Charlou.
- Puisque tu es si malin, dis-nous ce que tu ferais ? demanda
Léon.
- Je veux bien essayer quelque chose, mais il me faut un peu
de plâtre. répondit Charlou.
- C'est tout, alors viens, ce n'est pas difficile.
Charlou se leva, mit une feuille du journal dans sa poche, et
le suivit.
- Farceur ! Tu m'as raconté des histoires ? dit Léon.
- Donnes-moi des récipients pour composer mon mélange. Et
tu vas voir. dit Charlou tout en versant deux petits tas de
plâtre fin, il les saupoudra de farine, ajouta une pincée de
sucre et plaça les assiettes à un mètre d'intervalle, avec de
l'eau à proximité.

14
Charlou et Léon revenaient en riant dans la salle, quand Léo
et Jousep entrèrent pour s'écrouler sur des chaises, et bien
qu'étant à bout de souffle, ils essayèrent d'expliquer :

- C'est incompréhensible ! Il a dû prendre une autre route.
- Vous ne risquez pas de l'apercevoir, dit Germaine, vous
faites la route tête baissée, en pédalant comme s'il s'agissait
d'une course.
- Même avec la lune, comme il y a des nuages, on n'y voit
rien ! insista Jousep.
- Dans son état d'ébriété avancée, il n'a pas pu aller bien loin.
Et puis, c'est facile ; dites-moi lequel de vous monte le plus
mal à vélo ? demanda Germaine.
- Avec son tas de ferraille ! C'est Charlou.
- Alors, qu'il refasse la route, vous verrez, on retrouvera
Dalet. affirma-t-elle. Cette opinion faisant l'unanimité, dix
minutes plus tard, rassemblés devant le bistrot, ils
s'apprêtaient à partir. Les lanternes accrochées aux guidons,
faisaient en se balançant des ombres étranges qui dansaient
sur la place. Charlou en tête, l'expédition s'éloigna en
direction de la ferme des Dalet, monta une côte bordée de
grands hêtres, puis, une descente commença avec de mauvais
tournants. Dans la nuit, Charlou allait de droite à gauche, tout
à coup, il fit une embardée et tomba dans des buissons. Tous
se précipitèrent, croyant trouver Dalet.
- Dans le tournant, j'ai vu un chemin de terre. J'en suis
certain, il a dû aller tout droit ! affirma Charlou.

Toute la bande remonta la route, pour s'engager en file
indienne sur le sentier. Et dans le clair de lune, cela faisait
une insolite procession. Soudainement, Jousep s'écria :
- Nous arrivons chez le Toulousain !
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Une discussion s'engagea sur l'opportunité de rebrousser
chemin, quand une fenêtre s'ouvrit... Et, étonné de voir cette
réunion dans sa cour, à la lueur des lanternes, le Toulousain
demanda :
- Que cherchez-vous ?
Après un silence, Jousep répondit d'une voix nasillarde :
- Des escargots.
Tout en faisant semblant de chercher dans l'herbe, ils
partirent le long d'un champ. Le Toulousain les regarda
s'éloigner dans la nuit, sans rien comprendre, puis il referma
sa fenêtre. Maintenant, tous réunis derrière une grange, dans
le silence de cette belle nuit d'août, ils entendirent un
ronflement.
- Quelqu'un roupille par ici. affirma Charlou qui, marchant
avec précaution, contourna la bâtisse et entra dans la grange.
Il ne tarda pas à ressortir avec le vélo de Dalet et dit :
- Peyre, viens m'aider à le réveiller. Et vous, repartez
doucement, il ne faut pas que le Toulousain nous entende.
Dalet dormant comme un loir, ils commencèrent à le secouer
avec force, sans résultat. Alors, Charlou ramassa une paille et
lui chatouilla une oreille, et là, d'un bon Dalet se releva avec
des yeux hagards et s'écria :
- Foutez-moi la paix ! J'ai sommeil.
- Parle plus doucement. Tu es dans la grange du Toulousain.
dit Peyre.
Il y eut un moment de silence, et comme Dalet n'avait pas
l'air de comprendre, Charlou lui dit :
- Allez, viens ! Et ne fais pas de bruit.
Toute la troupe reprit en riant le chemin de Vezins. Dalet se
faisait charrier, ne comprenant pas ce qui lui était arrivé. Et
pour le troubler, chacun donnait une version différente de
l'aventure. Arrivée chez Germaine, l'équipe se mit à jouer aux
16
cartes. Mais Charlou, tout en vérifiant qu'il avait toujours la
page du journal dans sa poche, s'excusa de ne pas pouvoir
rester, et sans plus attendre, rejoignit le mas de Cabrit.
La lune était haute dans le ciel étoilé. Charlou ne sentait pas
la douceur de la nuit. Tout en pédalant, il rêvait... De
travailler dans ses champs, de voir pousser le maïs, l'orge, le
blé, au bruit du troupeau qui rentre à l'étable, et après une
rude journée, retrouver une femme accueillante.
À trente ans, c'est normal de penser au mariage. Et Charlou,
préoccupé par cette idée, ne vit pas passer le chemin. Arrivé
au mas, il rangea son vélo, ouvrit la petite porte, et dans
l'obscurité se dirigea vers sa pièce. Après avoir allumé sa
lampe à pétrole, Charlou sortit de sa poche la feuille du
journal, l'étala sur la table et s'assit pour relire ces quelques
lignes : jeune fille, trente ans, seule dans une grande ferme,
cherche à rencontrer un homme, avec expérience élevage,
sérieux, travailleur, en vue mariage.

Troublé par ce texte, Charlou marchait d'un bout à l'autre de
la pièce, et tout en croquant dans un bout de pain dur, se
répétait l'annonce. Mais, c'est le nom et l'adresse qui
frappèrent le plus son imagination : écrire à mademoiselle
Marie. Annonce numéro 113, le journal de Millau.
Ce soir-là, Charlou ne trouva pas le sommeil facilement, la
ferme de mademoiselle Marie le hantait. À quatre heures,
quand son réveil sonna, il sortit du lit avec difficulté, se jeta
de l'eau fraîche sur le visage, s'essuya, et partit boire son café
dans la salle où il retrouva le berger.
La matinée fut longue, notre vacher avait la tête ailleurs. Dès
le repas de midi terminé, Charlou retourna dans sa pièce, et
immédiatement, la feuille de journal l'attira. Il relut encore
l'annonce, et se mit à regarder autour de lui ; tout lui
paraissait petit et triste. Alors, il se décida d'écrire une lettre,
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mais où trouver du papier ? Charlou fouillait dans le tiroir de
la table, quand, par la fenêtre, apercevant une petite voisine,
il se précipita pour lui demander :
- Rose ! Tu n'aurais pas une feuille de papier et un
porteplume, j'ai une lettre urgente à écrire.
- Je vais aller voir. dit-elle.
Quelques minutes plus tard, elle revint s'asseoir sur le bord de
la fenêtre et dit :
- Tiens, je t'en ai apporté trois, avec ma trousse, de la colle et
de l'encre, ça te va ?
- Ça alors, c'est chouette, tu me dépannes. Qu'est-ce que je
peux te donner, peut-être des fraises sauvages, avec de la
crème fraîche, qu'en dis-tu ?
- Je veux bien.
- Attends-moi, je reviens ! dit-il en partant à l'étable pour
rincer son bol et son assiette. Ce qu'il n'avait pas fait depuis
longtemps.
La gosse mangea ses fraises, la crème avec gourmandise et se
lécha les doigts.
- Si tu en retrouves, pense à moi. dit-elle, et tout en sautillant,
s'en alla.

Les feuilles étaient sur la table, mais Charlou, son
porteplume à la main, restait sans pouvoir écrire un mot. Les
minutes passaient, quand, machinalement, il regarda sa
montre et s'écria : macaniche ! Le fumier ! Il faut que je cure
l'étable.
Le soir venu, après le repas pris en commun à la grande table
du père Combe, Charlou ne resta pas avec le berger et son
gosse, d'une dizaine d'années, à prendre le frais sous les
grands marronniers. Il rentra dans sa pièce, et sans plus
attendre, se mit à écrire :
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- Ça doit être dur d'être seule dans une grande ferme,
combien avez-vous de vaches ? Avez-vous mis du maïs ? Il
faut beaucoup de terre, et en plus pouvoir arroser avec la
chaleur qu'il fait.
Charlou relut plusieurs fois son texte. Ça n'allait pas, il raya
tout et essaya de simplifier les phrases. La nuit était venue
depuis longtemps, quand son brouillon lui parut acceptable.
Et sans s'accorder une minute de repos, il entreprit de le
recopier. Ce qui était un travail plus fatigant que de bêcher le
jardin. Mais avec de la persévérance, sa missive fut enfin
terminée. On pouvait lire : je m'appelle Charlou, J'ai lu votre
annonce dans le journal de Millau. Je n'ai pas peur du travail
et je connais bien les problèmes d'élevage. J'aimerais vous
rencontrer. Moi, je suis au mas de Cabrit, à Vezins.
Maintenant, satisfait, il se mit en devoir de confectionner une
enveloppe. Ce travail achevé, et la lettre placée bien en
évidence sur la table, de son lit, avant de souffler la flamme
de la lampe à pétrole, Charlou admira son œuvre. Cette
nuitlà, il rêva de grands espaces, de labours, de feu de bois et de
mariage.

Le lendemain, après le repas de midi, Charlou partit à Vezins
pour poster sa lettre. Et toute la semaine se passa dans
l'attente d'une réponse. Le samedi à midi, apercevant le
facteur, Charlou s'avança pour lui demander :
- Tu n'as rien pour moi ?
- Mon pauvre, si ça te fait tant plaisir, un de ces jours, je peux
t'écrire ! répondit Peyre en riant.
Ayant dit au père Combe qu'il ne mangerait pas à la ferme à
midi, Charlou rentra dans sa pièce et s'assit, découragé.
Quand à la fenêtre apparut un voisin. C'était un homme
grand, sec, un peu voûté, il portait une casquette grise lui
tombant sur le front, et l'on ne voyait que ses petits yeux
19
rieurs. Le père Tranier, qui devait avoir dans les
soixantequinze ans, dit d'une voix roque :
- Tiens ! Le facteur s'est trompé. J'ai une lettre pour toi. Ça
me rappelle quand j'allais porter le courrier aux résistants,
dans les gorges du Viaur. Et à cette époque, il valait mieux
cacher ce qu'on transportait.
Tenant la lettre serrée dans sa main, Charlou espérait
qu'aujourd'hui, le grand-père ne s'attarderait pas, et pour
l'arrêter de parler, il lui demanda :
- Vous allez boire un verre de rouge et manger un bout de
saucisse ?
- Non ! Merci, on m'attend à la maison. J'ai dit à ma femme
que je revenais tout de suite. Allez, adieusiatz !
Enfin, il était parti. Charlou, avec beaucoup d'émotion, se
dépêcha d'ouvrir la lettre. La présentation était bien ordonnée,
l'écriture fine et régulière. Il regarda la dernière phrase et
surtout la signature : à bientôt de vous lire. Mademoiselle
Marie Calvet.
En relisant ce nom, Charlou éprouvait une certaine fierté, son
rêve devenait réalité. Dans sa lettre, Marie Calvet posait
beaucoup de questions : - Quel âge avez-vous ? Vos parents
sont-ils au mas de Cabrit ? Que faites-vous à la ferme ? Elle
parlait avec amour de la vie à la campagne, et pour finir, lui
demandait si cela ne l'ennuierait pas trop d'entreprendre une
correspondance.

Maintenant, allongé sur son lit, Charlou recommençait à
penser à la grande ferme. Puis il se leva, attrapa un bout de
saucisse et mangea de bon appétit, tout en relisant quelques
phrases. Quand il eut fini de casser la croûte, Charlou cacha
la lettre sous sa paillasse et partit travailler.
Le soir venu, dans sa pièce, il prépara sa réponse, et un
courrier régulier s'établit avec mademoiselle Marie.
20
Puis un jour, elle l'invita à venir au village, pour la fête de
Moulibez. Et Charlou, heureux de vivre, toute la semaine
prépara le voyage. Il ressortit le costume noir, de drap fin,
hérité de son père. C'était une veste cintrée, avec un liseré sur
le bord des revers et du col. Le pantalon étant un peu grand, il
mit des bretelles et se baissa plusieurs fois, pour vérifier si
rien ne le gênait. Après, Charlou plaça sa montre oignon dans
un des goussets du gilet, et fixa le fermoir de la grosse chaîne
dorée à une boutonnière.

Pour effectuer le voyage, Charlou prit le prétexte d'une
affaire de famille à régler, pour obtenir deux jours de congé.
Avec la moto de Cayrou, une Terrot, il était fin prêt ; son
feutre taupé en arrière, laissant dépasser ses cheveux frisés,
notre Ségalis avait fière allure, et de bon matin, ce fut le
départ. Charlou atteignit Vezins rapidement, mais en
traversant le village, il entendit Jousep l'interpeller :
- Où vas-tu habillé comme ça ? Avec la chaleur qu'il va faire,
tu es fou, tu vas crever !
- Je vais voir des cousins. C'est du côté de Moulibez. Et tu
comprends, leur fille a fait des études à Montpellier, alors, j'ai
ressorti le costume.
- Viens, on va casser la croûte. Ça te donnera des forces pour
la route. Tu as bien le temps d'aller retrouver ta promise. dit
Roupias.
- Tu dis n'importe quoi ! Pour le moment, la question ne se
pose pas. répondit Charlou.
Ils entrèrent dans le bistrot de Paulin, se trouvant à droite de
l'église, et s'assirent au fond de la salle. On leur apporta des
petits oignons blancs, du jambon de Lacaune et du pâté de
lapin. Alors, dans un même mouvement, ils sortirent leurs
couteaux et attaquèrent le cambajon (jambon), tout en
continuant leur conversation.
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- Tu as raison, dit Roupias, quand on n'a pas de terre, il ne
faut pas être pressé pour se marier.
- Bien sûr, ce n'est pas facile. Mais avec un peu de chance, et
en travaillant dur, un jour, on peut arriver à être chez soi.
répondit Charlou.
- Peut-être ? Si tu trouves une héritière dont le frère veut bien
se faire curé. Mais aujourd'hui, c'est de plus en plus rare. Ou
alors, on te cache une tare, et il ne faut pas être difficile.
Remarque... J'en connais qui deviendraient subitement
myopes, pour avoir cent ou deux cents hectares.
- On ne sait jamais, dans la vie, tout peut arriver, dit Charlou
en se servant de l'omelette aux oignons qu'on venait de leur
apporter avec du fromage.
- Ce matin tu es bien optimiste, c’est peut-être l’idée de voir
ta cousine ?
Tout en parlant, le litre de vin se vida. Vers les neuf heures,
la collation étant terminée, Charlou, les joues rouges et le
chapeau en bataille, reprit la route de Saint Beauzély. En
traversant le village de Bois du Four, d'autres amis
l'appelèrent, mais il les salua de la main sans s'arrêter.
Charlou pensait à mademoiselle Marie, et se voyait déjà à son
bras, se promenant dans le village en fête. La route montait,
le moteur se mit à toussoter, repartit, toussota à nouveau, puis
s'arrêta.


Maintenant, sur le bas-côté de la route, Charlou regardait la
moto avec inquiétude, il vérifia le fil de bougie, ne trouva
rien d'anormal, et après un moment de réflexion, s'écria :
macaniche ! Je n'ai pas mis d'essence.
Le ciel était d'un bleu puissant, une grande lumière formait
des ombres qui bougeaient avec le vent, les oiseaux
chantaient. Charlou s'assit sur le talus, puis s'allongea sur
22
l'herbe, le chapeau sur les yeux. Les parfums de la campagne
l'enivraient, il respira profondément et s'endormit.
Le temps s'écoulait, il faisait déjà très chaud, Charlou
ronflait. Quand tout à coup, sans ménagement, une grosse
voix le réveilla :
- Alors ! Qu'est-ce que tu fais ici ? lui demanda un robuste
paysan aux moustaches à la Gauloise et aux yeux rieurs. Il
répéta sa question : -Alors, figure de cul de pauvre, que
faistu ici ?
- Tu vois, je suis en panne d'essence.
Le père Maniac partit d'un rire énorme et affirma :
- Ce matin, tu ne devais pas être bien réveillé !

Puis il attrapa la moto, la souleva comme une balle de paille
pour la poser sur la remorque. Sans plus attendre, ils
montèrent sur le tracteur et partirent par un chemin de terre
rejoignant le mas Pradel. En arrivant dans la cour de la ferme,
Charlou fut accueilli par des cris de joie. Car il connaissait
bien les trois garçons des Maniac, pour avoir fait ensemble
plusieurs voyages à l'occasion de matchs de football. Après,
madame Maniac et Pierrette, la fille de la maison, l'amenèrent
à l'étable pour voir la nouvelle installation de traite, ce qui
réduisait considérablement le travail de toute la famille.
- Nous avons dix vaches de plus. Et maintenant, les bêtes
peuvent boire toutes seules. Mais malgré tout ce progrès,
nous en avons de malades. Ça ne nous arrange pas ! dit le
père Maniac.

- Vous en mettez vingt là dedans, c'est bien petit ? s'étonna
Charlou.
- Pourtant, nous faisons tout ce qu'il faut ; nous venons de
passer les murs à la chaux, et tu vois, la litière est propre.
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Nous leur avons même donné du pain bénit. expliqua le père
Maniac.
- Moi, je te dis qu'on nous a jeté un mauvais sort ! affirma
madame Maniac.
Charlou prit un air mystérieux et dit :
- Eh ! c'est bien possible ?
- Mais non, on s'entend avec tout le monde. fit remarquer
Pierrette.
En levant les bras, tout en effectuant des gestes bizarres,
Charlou se mit à marcher sur toute la longueur de l'étable.
Puis, tout à coup, il montra une pierre se trouvant à hauteur
d'homme et affirma :
- C'est ici que le mal est concentré !
- Qu'est-ce que tu nous racontes ? Tu nous joues la comédie.
dit le père Maniac.
- Croyez-moi ! Tous vos ennuis sont dans cette pierre.
Enlevez-la et laissez un trou dans le mur. insista Charlou.
- Cela fera le même effet qu'un emplâtre sur une jambe de
bois. affirma Pierrette en riant.
- Je le sais, tu es un renard ! Mais nous allons t'écouter, ça
nous coûtera toujours moins cher que le vétérinaire.
Les mains dans les poches, les yeux rieurs, Charlou suivit la
famille Maniac, pour aller voir le maïs et parler des
problèmes d'arrosage. Puis, les trois garçons l'entraînèrent
vers un petit champ aménagé en terrain de foot. Et là, avec un
avant et un goal dans chaque équipe, s'engagea une partie
acharnée. Charlou jouait avant, mais pris de vitesse contre un
adversaire plus jeune, il tomba la veste, remonta les manches
de sa chemise, fit quelques plis aux bas de son pantalon et se
plaça comme gardien. La partie reprit de plus belle, avec des
cris et des jurons. Soudain, l'adversaire arrivant balle au pied,
Charlou, les joues rouges, s'avança et plongea pour bloquer le
24
ballon. Les garçons le portèrent, tout boueux, mais souriant,
en triomphe jusqu'à la maison, où, madame Maniac servit du
vin et affirma :
- Vous allez manger avec nous, tout est prêt !
- Impossible, je suis attendu. répondit Charlou.
Toute la famille éclata de rire, et lui fit remarquer l'état de ses
vêtements :
- Macaniche... C'est la catastrophe !
- Ce n'est pas grave, vas te changer, je me charge d'arranger
tout ça. dit Pierrette.

Arrivés dans la chambre, les garçons donnèrent à Charlou un
pantalon bien trop grand, et lui glissèrent en riant, un oreiller
dans la ceinture.
- Tiens, avec ça tu seras chouette !
- Je vais être ridicule. protesta Charlou.
- Mon pauvre, on n'a rien d'autre à te proposer.
En apercevant Charlou, le père Maniac s'étouffa, tellement il
riait. Sa femme lui tapa sur le dos pendant plusieurs minutes.
Et dès que son mari eut repris des couleurs, elle dit :
- Maintenant, passons à table !
Les plats commencèrent à arriver, et le père servit du vin.
- Va doucement ! dit Charlou, j'ai déjà trop bu ce matin.
- Ici, avec la sécheresse, l'eau, on la garde pour les bêtes.
répondit le père Maniac.

Ce fut un repas copieux, avec de la charcuterie maison, un
canard aux pruneaux, et comme dessert, Pierrette avait fait un
gâteau fabriqué avec de la recuite. Ils prirent le café, parlèrent
beaucoup, surtout des difficultés de la vie.
- Avec le prix du carburant, il vaudrait mieux que tu mettes
du lait dans ton réservoir. dit le père Maniac.
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- Macaniche ! C'est déjà quatre heures. Il faut que je parte, tu
me passes un peu d'essence ?
- Alors, allons-y. dit le père Maniac en se levant.
Charlou commençait à dire au revoir à toute la famille, quand
en souriant, Pierrette apporta la chemise et le pantalon. Enfin,
vers les seize heures trente, Charlou reprit la route.

La chaleur était un peu moins forte, et avec la vitesse, la
douceur de l'air lui était agréable. Tout en roulant d'une
bonne allure, Charlou pensait à mademoiselle Marie, et plus
Moulibez se rapprochait, plus il se demandait : qu'est-ce que
je vais bien pouvoir lui dire ?
Un petit vent du nord soufflait, le poussant d'un vallon à
l'autre et, une demi- heure plus tard, Charlou atteignit son
but.
Sur l'herbe jaunie de la place de Moulibez, beaucoup de
monde s'activait. Mais pour l'instant, ce n'était pas la fête qui
le préoccupait. Une fleur entre les dents, poussant la moto,
Charlou prit une ruelle faisant le tour du village, et longea des
granges où du matériel agricole semblait hors d'usage. Plus
loin, bien à l'abri d'un mur à moitié écroulé, un figuier
apportait de l'ombre.

Assis sur un banc, un homme âgé taillait au couteau un
morceau de bois. À ses pieds, posées sur une pierre plate,
deux sculptures étranges, travaillées avec rudesse, faisaient
penser aux gargouilles des églises du moyen âge.
- Salut ! C'est toi qui fais ces statuettes ?
- C'est l'habitude. Je ne peux pas rester sans rien faire. Tu
comprends, je travaille depuis l'âge de douze ans, et j'en ai
quatre-vingts.
- Tu vas certainement pouvoir me renseigner... Je cherche la
ferme de Marie Calvet ?
26
- Bien sûr que je la connais ! Tiens, regarde, derrière la
grange il y a un chemin. Suis-le pendant un kilomètre, et tu
arriveras à la ferme.
- Je dois revenir à la fête, tout à l'heure. Ça te dérangerait si je
laisse ma moto chez toi ?
- Mets-la sous le hangar. Tu n'as rien à craindre, je ne te la
prendrai pas, je suis trop vieux pour monter sur cet engin.
Charlou rangea la Terrot, remercia le vieux, et le cœur
battant, s'engagea sur le chemin. Arrivé en bordure d'un
immense champ de maïs, il s'arrêta, regarda la hauteur des
tiges, admira la grosseur des épis, se mit à genoux pour
toucher la terre et il se dit : pour avoir une telle végétation, ils
ont dû arroser souvent. Je suis sûr qu'il doit y avoir une
réserve d'eau pas très loin, et importante.
Cinquante mètres plus bas, s'étendaient de grands pâturages,
un troupeau d'une trentaine de vaches broutait paisiblement.
Macaniche ! De belles normandes, et bien nourries. Elles
doivent donner, au moins vingt litres de lait, pensait Charlou
qui, son feutre sur les yeux, les jambes écartées, le ventre en
avant et les mains dans les poches, les examina pendant
quelques minutes. Puis, reprenant sa marche, il arriva en vue
des bâtiments. Le chemin dominait la grande ferme, Charlou
s'assit sur une pierre pour l’admirer ; une porte cochère
s'ouvrait devant les étables. Plus loin, d'immenses
marronniers apportaient de l'ombre. Soudain, un homme
sortit d'une grange, et Charlou fit rapidement le reste du
chemin pour lui parler :
- Peux-tu me dire où se trouve mademoiselle Marie ?
- Tiens, regarde, elle sort de la maison.
Des cheveux châtains tombant sur une robe bleu ciel, une
belle fille s'avançait, robuste comme une paysanne. Charlou
attendit qu'elle soit à quelques pas pour l'interpeller :
- Vous êtes mademoiselle Marie ?
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- Oui, c'est bien moi, dit-elle avec un large sourire.
- Alors, je vous invite à la fête de Moulibez.
Un peu étonnée, elle répondit :
- Justement, je vais au village. Mais dites-moi... Qui
êtesvous ?
- Je suis Charlou, répondit-il en souriant. Et, tout en
échangeant de banals propos, ils prirent ensemble le chemin.
Quelques minutes plus tard, sur la place du village, des
jeunes essayaient de monter à un mât de cocagne savonné,
mais en redescendaient bien plus vite, laissant les saucissons
se balancer au vent. Des enfants participaient à une course en
sac. Un peu plus loin, le long d'un mur, une aire protégée
permettait de jouer aux grandes quilles en bois,
Installés sur d'énormes tonneaux, jouant de la cabrette, de
l'accordéon et de la vielle, trois musiciens animaient le bal.
Marie entraîna Charlou sur la piste de terre, et fut étonnée de
le voir danser la bourrée ; les bras en l'air, tapant des pieds,
faisant des tournes et des départs à petits pas, elle n'arrivait
pas à suivre son cavalier.
Puis, les musiciens jouèrent une gigue, et là, Marie prit sa
revanche. Charlou avait hâte que la musique s'arrête. Dès la
fin de la danse, ils allèrent aider à préparer le feu de bois, et
bientôt, de grandes flammes montèrent vers le ciel. Assis
dans l'herbe, Charlou était fier d'avoir cette belle-fille à son
côté, et la lueur des flammes donnait des couleurs à leurs
visages.
- Tu sens cette bonne odeur ? demanda Charlou.
- Oui, cela me donne faim. répondit Marie.
- Et si nous allions manger un morceau. proposa Charlou.
Avec du gros pain, des saucisses grillées à la braise, et du vin
tiré au tonneau, ils s'installèrent près du feu pour se restaurer.
Sur une scène improvisée, des chanteurs occitans se
succédèrent. Après, il y eut encore des danses. Puis
28
doucement, le calme vint. On n'entendait que les craquements
du feu et la musique du vent dans les arbres. Les flammes
faisaient sur les maisons, des reflets qui dansaient dans la
nuit. Marie admirait les étoiles, jamais elle ne s'était aperçue
que le ciel était si beau. Et la place, à présent, lui paraissait
tout à fait différente. Elle comprenait que la présence de son
nouvel ami, était pour quelque chose dans cette
métamorphose.
Charlou revoyait son arrivée à la ferme, et la rencontre avec
Marie, qui maintenant, dormait sur son épaule. Du grand feu,
il ne restait que des braises pétillant dans la nuit. Du côté du
levant, le ciel commençait à s'éclaircir. Marie ouvrit les yeux
et sourit. Il fait un peu frais, dit-elle, si nous allions boire un
café chaud à la ferme.
Charlou mit sa veste sur les épaules de Marie et, main dans la
main, ils reprirent le chemin du retour. Le jour se levait, et les
champs que Charlou avait admirés en arrivant, lui
paraissaient à présent presque familiers.
Ils s'approchaient des bâtiments, une fenêtre était éclairée.
- Ce doit être la mère Calvet qui est déjà au travail. dit Marie
en entrant dans la cour.
- C'est votre mère ? demanda Charlou.
- Non, c'est la patronne, une vieille fille. Nous avons le même
prénom, mais elle, on la nomme mademoiselle Calvet, tandis
que moi, je suis Marie.
En écoutant ces mots, complètement paniqué, Charlou
comprit son erreur. Mais c'était trop tard ; Marie poussa la
porte et lui dit d'entrer. Il hésita, elle le tira par le bras.
- Je vous présente Charlou. dit-elle à sa patronne.
Le regardant à peine, mademoiselle Calvet continua à
s'occuper dans la cuisine, comme si personne n'était là. Par
contre Marie, radieuse, parlait beaucoup tout en préparant de
quoi déjeuner. Mais Charlou avait chaud.
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- Je n'ai pas faim, dit-il avec difficulté, je ne me sens pas
bien, c'est un peu de fatigue, je vais aller prendre l'air.
Dans la cour, Charlou retrouva le berger s'apprêtant à partir
avec ses moutons, il lui dit :
- Tu as un beau troupeau.
- Oui, il y a une centaine de bêtes.
- La place doit être bonne, et la patronne certainement
gentille ?
- Tu parles... C'est une peste ! répondit le berger.
La tête lourde, Charlou s'éloigna lentement, et apercevant une
grange avec du foin, il s'allongea. Le soleil se levait, et il
voyait danser mille petites lumières, se mélangeant avec le
visage de Marie, qui à une fenêtre lui faisait des signes.

Finalement, Charlou s'endormit, le temps n'avait plus
d'importance. Quand soudainement, il fut brutalement
réveillé, on lui frottait le visage avec de la paille, dans un
nuage de poussière, il roula dans le foin avec Marie. Mais
après une nuit passée à la belle étoile, nos amoureux se
fatiguèrent vite et se mirent à rire de leur folie. Le berger, qui
avait vu la scène, s'éloigna en souriant. Charlou s'assit et se
frotta les yeux. Puis, voyant un sac et un paquet à côté de lui,
il demanda :
- Qu'est-ce que c'est ?
- Ce sont mes affaires. J'ai raconté à ma patronne comment je
t'ai connu, et sans explication, elle m'a mise à la porte. Allez
hop... Dehors !
- Tu vas retourner chez toi ? demanda Charlou.
- Je suis seule. Mes parents étaient aveyronnais, de
Villefranche. Et comme beaucoup, nous sommes partis dans
une grande ville. J'ai donc passé ma jeunesse à Montpellier.
Ici, je ne connais plus personne et ne sais pas où aller.
- J'ai cru que tu étais une paysanne. dit Charlou un peu gêné.
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Les commentaires (1)
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moreuvincent

très bon livres romans histoire de l'aveyron

lundi 22 septembre 2014 - 14:13

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