Alexandrie des Ptolémées

De

« Patrimoine de la Méditerranée » : une collection qui se propose de retrouver l’esprit des lieux, de les faire revivre à travers leur histoire, de susciter l’imagination du passé. Chaque ouvrage, s’appuyant sur les acquis les plus récents de la recherche, s’organise autour d’un thème privilégié. Pourquoi, contrairement aux habitudes des cités grecques et malgré les avertissements de Platon qui avait dénoncé les dangers d’établir une ville au bord de la mer, Alexandrie a-t-elle choisi le plus mauvais mouillage de la Méditerranée, bordé de marécages et de déserts ? Pourquoi un général de vingt-quatre ans, avant tout soucieux de « casser du Perse », a-t-il tout à coup décidé, en janvier 331 av. J. - C , de fonder une ville qui deviendrait la capitale de l’Égypte ? Pourquoi un prince macédonien a-t-il élu la terre africaine pour y faire naître une nouvelle Athènes ? Comment, en quelques jours et en pleine campagne contre le roi de Perse, a-t-on dessiné les contours et établi le plan de ce qui deviendra « l’entrepôt de la terre habitée »? Comment des rois grecs se sont-ils succédé durant trois siècles sur le trône des Pharaons ? Comment s’est résolue l’opposition du Grec et du Barbare, et comment est apparue une civilisation qui s’appellera « alexandrine » et qui sera fondée sur le métissage ? Pourquoi les initiateurs de cette culture nouvelle n’ont-ils pu régner que par l’inceste et l’assassinat ? Pourquoi l’équilibre politique et culturel ainsi réalisé s’est-il soudain effondré quand les navires d’Octavien se sont présentés devant le port d’Alexandrie, entraînant le suicide de Marc-Antoine et celui de Cléopâtre VII, la grande Cléopâtre ? À toutes ces questions André Bernand apporte des réponses, en montrant que, sur le destin d’Alexandrie, plane une grande figure de l’Antiquité, qu’il a su identifier...


Publié le : lundi 30 septembre 2013
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EAN13 : 9782271078414
Nombre de pages : 128
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Alexandrie des Ptolémées

André Bernand
  • Éditeur : CNRS Éditions
  • Année d'édition : 2001
  • Date de mise en ligne : 30 septembre 2013
  • Collection : Patrimoine de la Méditerranée
  • ISBN électronique : 9782271078414

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Référence électronique :

BERNAND, André. Alexandrie des Ptolémées. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : CNRS Éditions, 2001 (généré le 12 février 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/editionscnrs/3873>. ISBN : 9782271078414.

Édition imprimée :
  • ISBN : 9782271052773
  • Nombre de pages : 128

© CNRS Éditions, 2001

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« Patrimoine de la Méditerranée » : une collection qui se propose de retrouver l’esprit des lieux, de les faire revivre à travers leur histoire, de susciter l’imagination du passé. Chaque ouvrage, s’appuyant sur les acquis les plus récents de la recherche, s’organise autour d’un thème privilégié.

Pourquoi, contrairement aux habitudes des cités grecques et malgré les avertissements de Platon qui avait dénoncé les dangers d’établir une ville au bord de la mer, Alexandrie a-t-elle choisi le plus mauvais mouillage de la Méditerranée, bordé de marécages et de déserts ? Pourquoi un général de vingt-quatre ans, avant tout soucieux de « casser du Perse », a-t-il tout à coup décidé, en janvier 331 av. J. - C , de fonder une ville qui deviendrait la capitale de l’Égypte ? Pourquoi un prince macédonien a-t-il élu la terre africaine pour y faire naître une nouvelle Athènes ? Comment, en quelques jours et en pleine campagne contre le roi de Perse, a-t-on dessiné les contours et établi le plan de ce qui deviendra « l’entrepôt de la terre habitée »? Comment des rois grecs se sont-ils succédé durant trois siècles sur le trône des Pharaons ? Comment s’est résolue l’opposition du Grec et du Barbare, et comment est apparue une civilisation qui s’appellera « alexandrine » et qui sera fondée sur le métissage ? Pourquoi les initiateurs de cette culture nouvelle n’ont-ils pu régner que par l’inceste et l’assassinat ? Pourquoi l’équilibre politique et culturel ainsi réalisé s’est-il soudain effondré quand les navires d’Octavien se sont présentés devant le port d’Alexandrie, entraînant le suicide de Marc-Antoine et celui de Cléopâtre VII, la grande Cléopâtre ?
À toutes ces questions André Bernand apporte des réponses, en montrant que, sur le destin d’Alexandrie, plane une grande figure de l’Antiquité, qu’il a su identifier...

André Bernand

André Bernand, professeur émérite des universités, est un spécialiste des inscriptions grecques d'Égypte, dont il établit le corpus en collaboration avec son frère Étienne. Outre treize livres faisant partie du « Corpus des inscriptions grecques d'Égypte », il a publié plusieurs essais, notamment Alexandrie la Grande (1966), La Carte du Tragique (1985), Sorciers grecs (1991), Leçon de civilisation (1994).

Sommaire
  1. Plan

  2. Naissance d’une ville : l’inspirateur et le fondateur

  3. Galerie des rois ou cage aux fauves ?

    1. Le monarque vertueux, selon Aristote
    2. Les vertus cardinales de l’homme politique
    3. Les différents types de monarchie
    4. La dynastie macédonienne
    5. Les mœurs des Argéades
    6. Les surnoms des rois
    7. Les noces de Suse
    8. Les mariages consanguins dans la famille des Ptolémées
    9. Le crime comme règle dynastique
  4. Une capitale « en marge »

    1. Alexandrie près de l’Égypte
    1. Une fondation en marge de la conquête
    2. En marge d’un pèlerinage
    3. L’oracle d’Amon de Siouah
    4. En marge de l’Asie
    5. En marge d’un grand dessein
    6. En marge des indigènes
    7. Les populations d’Alexandrie
    8. En marge de la ville
  1. La vie de la ville

    1. Les ports d’Alexandrie
    2. L’Heptastade
    3. Le phare
    4. Le territoire alexandrin
    5. Le plan en damier
    6. Les remparts
  2. La ville marchande

    1. L’entrepôt de la terre habitée
    2. Vive le commerce !
    3. Le modèle athénien
    4. De Canope à Pharos
    5. Les agorai d’Alexandrie
    6. Les embarras d’Alexandrie
    7. Les Ptolemaia
    8. Spécialités alexandrines
    9. Dans les rues d’Alexandrie
  3. Sous le regard des dieux

    1. Quand deux panthéons se rencontrent
    2. Le divin
    3. Osor-Hapi (Sérapis)
    4. L’acropole d’Alexandrie
    5. Les tablettes de fondation
    6. Le Serapeum de Canope
    7. La statue de Sérapis
    8. Isis, compagne de Sérapis
    9. La ronde des dieux
  4. La cité interdite

    1. L’horizon du Stagirite
    2. Du Lycée au Musée
    3. Les palais
    4. Le Musée
    5. Les sciences
    6. La médecine
    7. La Bibliothèque
    8. Les bibliothécaires
  5. Les derniers jours d’Alexandrie

    1. Le jour fatidique
    2. Une reine marquée par le destin
    3. Le début de la fin
    4. Échec à Paraitonion
    5. Derniers combats devant Alexandrie
    6. Le mausolée : trésor, tombeau et théâtre
    7. Entretien d’Octavien et de Cléopâtre
    8. Le suicide de Cléopâtre
    9. Quand le royaume devint une province
  6. Repères chronologiques

  7. Bibliographie relative à la ville d’Alexandrie

  8. Crédits photographiques

Plan

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Naissance d’une ville : l’inspirateur et le fondateur

Aventurier ou bâtisseur ?

1Il est beau de parler de la naissance d’une ville : c’est évoquer l’apparition d’un être nouveau, qui va grandir, se développer, parfois mourir, comme une créature humaine. Mais que met-on derrière cette expression ? Quel est le père, quelle est la mère d’une ville ? Qui a décidé de sa création ? Qui l’a menée à son terme, en a suivi le développement ? En ce qui concerne Alexandrie d’Égypte, on sait qu’elle sortit de la terre d’Égypte et que son père fut Alexandre le Grand. Né en juillet 356, roi de Macédoine – après l’assassinat de son père Philippe II –, en octobre 336, ce fondateur de la plus célèbre ville de la Méditerranée n’avait que vingt-trois ans lorsque, assisté de l’architecte Deinokratès de Rhodes et des ingénieurs de l’armée Diadès et Kharias, il traça le contour de la cité avec de la farine, le 20 janvier 331 av. J.-C, 25 du mois égyptien de Tybi1.

2On n’a pas assez souligné l’étrangeté du geste d’Alexandre ébauchant les limites de la ville qui porterait son nom. Non pas qu’il fut la réalisation d’un songe et la prémonition d’une destinée hors du commun, mais parce que rien ne laissait présager un tel dessein. Ce jeune homme, en effet, n’était qu’un militaire en campagne, un aventurier de grand courage, un soldat plus soucieux de gagner des batailles que de se ménager une place forte, un centre administratif, une capitale intellectuelle. Depuis qu’il en a l’âge, le prince court les routes, n’ayant qu’une idée en tête : vaincre Darius III, le roi de Perse, prendre sa place dans un Orient reconquis et rénové. Pourquoi cette halte sur un rivage ingrat et cette hâte d’y bâtir une cité ? Quel dieu, quel personnage, ont pu lui inspirer l’idée de construire une ville dans la partie occidentale du delta égyptien ? Les historiens n’ont pas percé ce mystère, mais des textes célèbres permettent de trouver une réponse à cette question.

3La vie active d’Alexandre, si l’on peut s’exprimer ainsi, a commencé alors qu’il n’avait que seize ans, en 340. Il exerça alors une sorte de régence pour remplacer son père en campagne. Pour quelque temps, il fut le dépositaire du pouvoir et du sceau royal, et peut-être se posa-t-il à ce moment des questions sur l’organisation ou le développement du royaume macédonien. Mais très vite il se trouva pris dans la tourmente des expéditions militaires, conduisant lui-même une armée contre les Maides, un peuple thrace insoumis. En 338, il participa à la bataille de Chéronée, en Béotie, où Philippe II vainquit les Athéniens et les Thébains, de Macédoine. Après cette victoire, Alexandre, chargé de remettre à Athènes les cendres des Athéniens morts au combat, assista ainsi physiquement à l'agonie de la cité la plus prestigieuse du monde antique. Désormais, les campagnes militaires devinrent son lot : campagne de Thrace, en 336, campagne dans les Balkans, en 335, prise de Thèbes en septembre de la même année ; victoire d'Issos, en Cilicie, en novembre 333 ; prise de Tyr en 332, après un long siège et après la conquête de la côte d'Asie Mineure, commencée à partir d'Abydos au printemps 334. En octobre 332, il entre à Péluse, « la clef de l'Égypte », et, en décembre, il est reconnu pharaon à Memphis. Son armée quitte Péluse pour le Delta occidental. En janvier 331 se situent la fondation d'Alexandrie et le pèlerinage dans l'oasis d'Amon, l'actuelle Siouah.

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Aristote et le buste d’Homère
Cette composition de Rembrandt imagine Aristote, le maître d’Alexandre le Grand, méditant devant le buste d’Homère, qui était considéré par les Anciens comme l’inspirateur de tous les arts et comme un géographe fiable. (Metropolitan Museum of Art, New York.)

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Alexandre à la bataille d'Issos
Ce détail de la mosaïque de la Casa del Fauno, à Pompéi, montre le visage et le buste d'Alexandre le Grand combattant à la bataille d'Issos, en novembre 333. La mosaïque s'inspire d'un tableau de Philoxène d'Érétrie, commandé par Kassandros à la fin du IIIe siècle av. J.-C. (Musée de Naples.)

4Après toutes ces marches et ces combats, qu'avait-il donc en tête quand il décida de fonder Alexandrie ? Tout simplement les leçons d'Aristote, son ancien précepteur. Il suffit de lire La Politique d'Aristote, et tout particulièrement le livre VII, pour y retrouver toutes les considérations justifiant l'installation d'une ville en cette région: le plan qui fut choisi, la répartition de la population, la construction des bâtiments. Évidemment, Aristote ne parle pas d'Alexandrie, encore qu'il fasse au sujet de l'Égypte une allusion explicite à la division de la population en classe2 : le philosophe imagine ce qu’il appelle « l’État idéal », mais il est clair que c’est ce modèle qu’Alexandre suivit lorsqu’il décida de fonder la ville d’Égypte qui porterait son nom.

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Alexandre, fils de Zeus-Amon
Cette monnaie d’Ampliipolis, du iiie siècle av. J.-C, a été frappée en Thrace sous le règne de Lysimaque. Les pans du diadème, simple bandelette de laine retenant les cheveux, sont noués sur la nuque. La tête est pourvue de cornes de bélier pour rappeler que le jeune Alexandre se voulait fils de Zeus-Amon, dieu représenté avec des cornes de bélier. (BNF, cabinet des médailles.)

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Alexandre, nouvel Héraclès
Sur ce tétradrachme en argent, frappé dans un atelier d’Asie Mineure, Alexandre est coiffé de la dépouille du lion tué par Héraclès à Némée. On le présente ainsi comme le nouvel Héraclès. (BNF, cabinet des médailles, à Paris.)

5On s’accorde à faire remonter la rédaction du livre VII de La Politique à la première époque, époque dite d’Assos, de 348/347 à 345/344. Or c’est au cours de l’hiver 343/342 ou au printemps de 342 que Philippe II confia l’éducation de son fils, alors âgé de quatorze ans, à Aristote, qui vint de Mytilène où il avait ouvert une école. Nul doute que le philosophe a discuté avec son élève des conditions d’établissement de ce qu’il nommait « l’État idéal ». Rien ne pouvait faire davantage rêver son disciple princier.

Platon et la peur de la mer

6L’idée d’établir une cité au bord de la mer était une question dont disputaient les philosophes et, sur ce point, Platon et Aristote étaient d’avis opposés.

7L’auteur des Lois, en effet, jugeait dangereux pour une ville l’accès à la mer. Il tenait en effet les bateaux pour un mal et éprouvait peu d’estime pour les marins.

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Statuette équestre d’Alexandre
Cette statuette de bronze représentant Alexandre a été trouvée à Herculanum. On imagine qu’elle évoque la charge qu’Alexandre mena, à la bataille du Granique, en 331, av. J.-C, à la tête de la cavalerie macédonienne. L’œuvre, datée de la fin de la période hellénistique, est sans doute inspirée d’un groupe en bronze, grandeur nature, qui avait été consacré à la ville de Dion en Macédoine et qui fut emporté par Métellus en 146 av. J.-C. Cette statue, qui datait du vivant d’Alexandre, était l’œuvre du sculpteur Lysippe, dont le style se retrouve dans la statuette. (Musée national de Naples.)

8Quand on songe que tout l’effort de Périclès avait consisté à doter Athènes d’une flotte digne de son empire maritime, les propos de Platon apparaissent paradoxaux, pour ne pas dire antipatriotiques. Il en arrivait en effet à condamner les victoires navales des Athéniens à Salamine et au cap Artémision (en 480 av. J.-C), qui auraient rendu les Grecs lâches, tandis que les batailles terrestres de Marathon (en 490) et de Platées (en 479) les auraient rendus meilleurs3.

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Le triomphe d’Alexandre
Ce grand tableau à l’huile de Charles Le Brun, haut de 4,50 mètres et large de 7,07 mètres, représente l’entrée d’Alexandre dans Babylone ou, plus généralement, « le triomphe d’Alexandre ». (Musée du Louvre.)

9Selon Platon, deux objections peuvent être faites contre l’ouverture d’une ville à la mer. Tout d’abord, les risques de corruption et de dégénérescence qui représentent les maux des grands ports maritimes et qui altèrent, par l’exercice du commerce international, le caractère patriarcal et agricole de la cité idéale. En second lieu, l’accroissement du nombre des citoyens, par l’adjonction d’un corps nombreux de marchands qui fera partie de la cité ; or un État trop peuplé ne peut être régi par de bonnes lois4.

10À ces deux arguments, Aristote répond par un raisonnement qui sans doute persuada Alexandre des bienfaits d’établir une ville au bord de la mer5.

L’utilité des ports selon Aristote

11« En ce qui regarde la communication avec la mer, la question de savoir si elle est profitable aux États bien gouvernés, ou si elle est nuisible, soulève, en fait, de multiples controverses. On soutient en effet que l’introduction d’étrangers nourris sous d’autres lois est préjudiciable au bon ordre ; même crainte pour l’excès de population qui en résulte : car cet afflux, qui se traduit à la faveur de la navigation maritime par les allées et venues d’une foule de trafiquants, est incompatible avec la bonne administration.

12« Mais si ces fâcheuses conséquences peuvent être évitées, il n’est pas douteux que, pour assurer la sécurité du pays et l’abondance des produits de première nécessité, il ne soit préférable de ménager à la ville et à la contrée un accès à la mer. Et, en effet, pour soutenir plus aisément l’offensive ennemie, le peuple, dans l’attente de son salut, doit pouvoir être facilement secouru sur les deux fronts à la fois, front de terre et front de mer ; et pour infliger des pertes aux assaillants, même si cela n’est pas possible sur les deux fronts en même temps, du moins une attaque menée sur l’un des deux seulement sera plutôt à la portée du peuple ayant accès aux deux à la fois. En outre, c’est une nécessité pour un pays d’importer les produits qui ne se trouvent pas sur son sol et d’exporter le surplus de sa propre production. [...] Nous voyons nombre de territoires et de cités pourvus de lieux de mouillage et de ports convenablement situés par rapport à la ville, de façon que, tout en n’ayant pas leur siège dans la ville même, ces installations n’en sont cependant pas trop éloignées mais sont maintenues dans une étroite dépendance par des remparts et autres travaux de défense analogues : dans ces conditions, il est manifeste que si la communication d’une ville avec un port est susceptible d’entraîner un avantage quelconque, cet avantage sera assuré à la cité ainsi aménagée [...].

La puissance maritime

13« Au sujet de la puissance maritime, il n’est pas douteux que la possession n’en soit hautement désirable, jusqu’à un certain degré (car un État doit se rendre redoutable non seulement à ses propres citoyens mais encore à certains de ses voisins, et capable aussi de les secourir aussi bien sur mer que sur terre). Mais quand on en vient à l’importance et à l’ampleur de cette force navale, il faut avoir égard au mode de vie de l’État : si clans sa façon de vivre il aspire à l’hégémonie ou à un rôle parmi les autres États, il devra nécessairement posséder aussi la puissance maritime proportionnée à ses entreprises.

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Figure emblématique d’Alexandrie
Ce détail d’une mosaïque trouvée à Thmouis, dans le Delta égyptien, représente la figure emblématique d’Alexandrie, sous la forme d’une femme coiffée d’une proue de bateau, tenant un mât et une vergue. Elle est l’œuvre de Sophilos, comme l’indique l’inscription. (Musée gréco-romain d’Alexandrie.)

Le contrôle des marins

14« D’autre part, en ce qui concerne l’augmentation du nombre des citoyens dont l’apparition serait liée à la masse considérable de la population maritime, les États ne sont nullement tenus de s’incorporer cette masse, car il n’y a aucune nécessité à ce que les marins soient une partie de la cité. L’infanterie de marine, en effet, qui a en main le contrôle absolu et le commandement de la marche du navire est formée d’hommes libres et fait partie de l’armée de terre, et là où existe une forte population de périèques et de laboureurs, il y a forcément aussi plus de marins qu’on n’en désire. Nous constatons l’existence de cet état de choses, même de nos jours, dans certaines cités, par exemple dans la cité d’Héraclée, dont les citoyens peuvent équiper entièrement une flotte nombreuse, tout en ne possédant qu’une cité de grandeur médiocre par comparaison avec d’autres. »

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Les lacs d’Alexandrie
Ce scliéma très simplifié des lacs d’Alexandrie a été fait à partir de la carte du colonel Jacotin dans la Description de l’Égypte. On voit très clairement l’étendue des lacs Maréotis, d’Aboukir et d’Edfou, avant les travaux de drainage modernes.

15Le réalisme de ces observations, la vision pratique des problèmes tout à la fois stratégiques, politiques, économiques, démographiques, anticipent sur les questions que se posera Alexandre en arrivant sur le site de la future Alexandrie. Il lui reviendra d’appliquer les considérations théoriques de son maître.

Le territoire de la ville

16Sans aucun doute, le choix du site de Pharos fut inspiré par les réflexions d’Aristote sur le territoire de l’État idéal. Après avoir prôné l’installation au bord de la mer, le maître d’Alexandre recommandait le choix d’une terre fertile, facile à défendre en cas de guerre, facile à quitter en cas d’invasion. Toutes les remarques du philosophe sont vérifiées par le choix qu’Alexandre fit pour fonder sa ville :

17« En ce qui concerne la nature particulière du territoire que l’État doit posséder, il est clair que tout le monde ne saurait que recommander le territoire qui se suffit le mieux à lui-même (et tel est nécessairement le sol fertile en toutes sortes de productions, car avoir de tout et ne manquer de rien c’est se suffire par soi-même). Son étendue et sa grandeur doivent être telles que les habitants puissent mener une vie de loisirs à la fois libérale et tempérante. [...]

18« La configuration du territoire n’est pas difficile à indiquer (bien que sur certains points il faille suivre aussi l’avis des gens compétents dans l’art militaire) : le territoire doit être pour les ennemis difficile à envahir, et pour les habitants au contraire facile à quitter. En outre, comme pour l’étendue de la population qui, disions-nous, doit pouvoir être embrassée d’un seul coup d’œil, ainsi en est-il pour le territoire, un territoire aisé à embrasser d’un coup d’œil étant un territoire facile à défendre.

Le plan de la ville

19« Quant à l’emplacement de la ville principale, si l’on veut lui donner une position répondant à nos vœux, il convient de l’établir dans une situation favorable, aussi bien par rapport à la mer que par rapport à la terre. Une première norme est celle que nous avons déjà indiquée (il est indispensable, en effet, qu’en vue de leur porter secours, la ville soit en communication avec toutes les parties du territoire sans exception) ; l’autre règle, c’est que la cité offre des facilités de transport en vue d’y faire entrer les produits du sol, ainsi que les bois de construction, et, le cas échéant, les matériaux pour quelque autre sorte d’industrie que la contrée se trouve posséder6. »

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