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Algérie

De
521 pages
L'auteur a cherché à dégager dans l'étude du passé les éléments permettant de comprendre l'histoire de l'Algérie française et de la révolution. Il s'est efforcé de replacer le problème algérien dans l'histoire du mouvement national et dans le jeu des relations internationales.
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ALGÉRIE
Le passé, L'Algérie française, La révolution (1954-1958)

Centre de Recherches

et d'Études

sur l'Algérie

Contemporaine

Le CREAC entend: - Promouvoir la publication d'ouvrages anciens, tombés dans le domaine public dont la richesse historique semble utile pour l'écriture de l'histoire. - Présenter et éditer des textes et documents produits par des chercheurs, universitaires et syndicalistes français et maghrébins. Déjà parus: La Fédération de France de l'USTA (Union Syndicale des Travailleurs Algériens. Regroupés en 4 volumes par Jacques SIMON, en 2002). - Le premier Congrès ûuin 1957).- Le deuxième Congrès (novembre 1959).- FLN contre USTA.Son journal: La Voix du Travailleur Algérien. - Messali Hadj (1898-1974), Chronologie commentée. Avec le concours du Fasild -L'immigration algérienne en France de 1962 à nos jours (œuvre collective sous la direction de Jacques Simon) Les couples mixtes chez les enfants de 1 'immigration algérienne. Bruno Lalort. - La Gauche en France et la colonisation de la Tunisie. (1881-1914). Mahmoud Faroua,.

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- L'Etoile Nord-Africaine (1926-1937), Jacques Simon,. - Le MTLD (Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (1947-1954) (Algérie), Jacques Simon - La réglementation de, l'immigration algérienne en France. Sylvestre Tchibindat. Un Combat la,ïque en milieu colonial. Discours et œuvre de la fédération de Tunisie de la ligue française de l'enseignement (1891-1955). Chokri Ben Fradj -Novembre 1954, la révolution commence en Algérie. J. Simon -Les socialistes français et la question marocaine (1903-1912)Abdelkrim Mejri - Les Algériens dans le Nord pendant la guerre d'indépendance. Jean René Genty. - Le logement des Algériens en France. Sylvestre Tchibindat. - Les communautésjuives de l'Est algérien de 1865 à 1906. Robert Attal. - - Le PPA (Le Parti du Peuple Algérien) J.Simon - Crédit et discrédit de la banque d'Algérie (seconde moitié du XIXè siècle) ML. Gharbi -Militant à 15 ans au Parti du peuple algérien. H Baghriche -Le massacre de Melouza. Algériejuin 1957. Jacques Simon - Constantine. Le cœur suspendu. Robert Attal - Paroles d'immigrants: Les Maghrébins au Québec. Dounia Benchaâlal - « Libre Algérie ». Textes choisis et présentés par Jacques Simon.

Jacques Simon

ALGÉRIE Le passé, L'Algérie française, La révolution (1954-1958)

Publié avec le concours du FASILD

L'Harmattan

2007 5.7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-02858-6 EAN : 9782296028586

PRÉSENTATION

Engagé dans la lutte pour l'indépendance de l'Algérie, au lendemain du congrès de refondation du MTLD à Homu, en juillet 1954, puis dans la construction de la Fédération de France de l'Union syndicale des travailleurs algériens (USTA) en 1956-1957, ma compréhension de « la guerre d'Algérie» a été influencée par mon itinéraire que le lecteur est en droit de connaître. Je suis né dans l'une des deux familles juives vivant à Palat (Mellakou), petit village des Hauts-Plateaux d'Oranie. En 1940, la défaite de la France a été suivie en Algérie par l'installation d'un régime, particulièrement zélé pour appliquer les lois antijuives de Vichy. L'abrogation du décret Crémieux, qui ramenait les Juifs à la condition d'indigène, a entraîné le licenciement de ma mère institutrice et la privation de son logement de fonction, la perte de son emploi et de la nationalité française pour mon père, pourtant mobilisé pendant les deux guerres mondiales, et mon renvoi de l'école primaire, en application du numerus clausus. C'est pendant ces années 1941-1943 que j'ai pris conscience de mon appartenance à la population juive, implantée en Afrique du Nord depuis les temps les plus anciens. J'ai appris à connaître et à estimer nos voisins musulmans, qui, malgré la misère et leur dure condition de vie, nous avaient apporté aide, réconfort et même protection. En 1943, après l'installation des Américains en Algérie et le rétablissement du décret Crémieux, j'ai quitté l'école juive de Tiaret que je fréquentais depuis huit mois, pour revenir à celle de Palat. Lycéen à Tiaret, en 1944-1945, j'ai assisté à la mobilisation des Musulmans qui s'effectuait dans le cadre des «Amis du Manifeste et de la Liberté» (AML) et appris que Messali Hadj, dont le non1 était scandé dans toutes les manifestations, demeurait, en résidence surveillée à Reibell. J'ai aussi participé avec mes amis scouts musulmans aux manifestations des 1er et 8 mai 1945, qui entraînèrent une large répression. Du vécu de mon enfance, il m'en est resté quelques idées fortes: À l'opposé des idées reçues, je soutiens que les Juifs ne sont pas des pieds noirs ou des «créoles» (Meynier), mais des autochtones berbères, des indigènes, inscrits dans l'histoire longue de l'Afrique du Nord. J'ai pris note des limites de la « mission civilisatrice de la France» en Algérie où les lois de la République ne furent que partiellement appliquées, les Arabes formant toujours une population dangereuse. Ajoutons que le Code de l'indigénat, l'abrogation du décret Crémieux, la politique 5

néocoloniale du général de Gaulle, la répression de mai 1945 et les duperies de la prétendue Assemblée Algérienne ont discrédité toute la politique algérienne de la IVe République. Mon enfance passée dans l'Algérie profonde m'a bien fait connaître le Parti du peuple algérien (PPA), dans lequel se reconnaissaient la jeunesse, le prolétariat et les couches les plus misérables de la population algérienne. Sans surprise, j'ai appris que pendant les émeutes antijuives de Constantine en 1934, Messali Hadj avait condamné l'antisémitisme et qu'il s'était fermement opposé à Jacques Doriot, venu enrôler des Musulmans dans son parti fasciste. De mon vécu au sein de la population musulmane, j'ai acquis la conviction que le PPA et Messali Hadj ne voulaient pas «jeter les Français à la mer» ; ils ne luttaient que pour abroger le régime colonial et édifier une Algérie souveraine par des élections libres de tous les habitants de l'Algérie (Européens, Juifs et Musulmans) à une Assemblée Constituante, l'Algérie restant toujours étroitement liée à la France. Malgré l'hostilité manifestée à mes parents par plusieurs Palatois, influencés par la propagande de Vichy, je pense que la responsabilité des Européens dans la répression de Sétif et Guelma doit être relativisée, car la grande majorité des hommes de 18 à 40 ans participaient à cette date, dans l'Armée d'Afrique, à la libération de la France. Dans la recherche des origines de la guerre d'Algérie, il ne faut s'en tenir qu'à la tragédie de Mai, mais se rappeler qu'en 1943, le Manifeste de Ferhat Abbas avec l'Additif de Messali Hadj avait offert une solution démocratique et pacifique au problème algérien. Elle fut pourtant refusée par le général de Gaulle, président du GPRF, formé avec le parti socialiste, le PCF, le PCA et la CGT, car l'Algérie, pièce maîtresse de l'Empire en Afrique devait rester une province française, pour que la France retrouve, après la débâcle de 1940, son rang de grande puissance. Pendant mes années de collège à Mascara puis à Alger, j'ai beaucoup lu et réfléchi sur l'incapacité des gouvernements français, à la différence de ceux d'Angleterre, à se dégager sans une guerre coloniale de l'Empire refondu dans l'Union française. Il fallait comprendre la réalité du problème algérien, connaître l'aspiration de la population musulmane, en croissance continue, à construire une Nation moderne, pour développer son économie et satisfaire ses besoins sociaux, politiques et culturels. Il fallait aussi être attentif à la soif de liberté des peuples opprimés qui s'est manifestée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais, c'est à Paris, en 1953-1954, pendant mes études de lettres et de droit que j'ai pris conscience de la nature et du programme du MTLD, après une

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série d'entretiens avec des ouvriers algériens de l'usine Renault et avec des cadres de la Fédération de France du MTLD, au siège du parti, 22 rue Xavier Privat. Le Il mars 1954, jour anniversaire de la fondation du PPA, j'ai assisté à un rassemblement des Algériens du MTLD à Boulogne-Billancourt. Et, c'est à cette date, que j'ai pris connaissance de la crise du MTLD et de l'adhésion de toute la Fédération de France au Comité de salut public (CSP), rattaché par Abdallah Filali à Messali Hadj, le président du parti. Après le congrès d'Hornu de refondation du MTLD et la décision prise par la nouvelle direction: le Conseil national de la révolution (CNRA), de déclencher la lutte armée en décembre 1954, j'ai décidé de m'engager dans ce combat pour la fondation d'une Algérie souveraine et démocratique, amie du peuple de France, où j'aurais toute ma place. Maître d'internat au lycée Laperrine de Sidi Bel Abbès, j'ai rencontré en Oranie et à Alger des dizaines de messalistes engagés dans l'action politique ou dans la construction de l'ALN, Djeich Et Tahir, une armée de patriotes et non pas de combattants de la foi, de martyrs (Moudjahidines). En dépouillant toute la presse et en pointant sur une carte, les zones d'implantation et d'action du PPA depuis les années quarante, j'ai exposé dans plusieurs lettres adressées à La Vérité trotskyste, en vente libre à Sidi Bel Abbès, à cette date, que les messalistes étaient la force motrice de ce qui n'était par une révolte mais une véritable révolution. Après la Conférence de Bandoeng, en avril 1955, et surtout après l'insurrection du 20 août 1955, il était clair que la solution du problème algérien se trouvait à Paris: elle n'était plus militaire mais politique. Retour dans la capitale, en septembre 1955, étudiant et instituteur suppléant, j'ai adhéré au parti communiste international (PCI). Affecté à la cellule Renault, j'ai pris la mesure de l'enracinement du MNA dans les usines et dans le mouvement syndical, surtout la CGT. Après février 1956, ma participation à la construction de la Fédération de France de l'Union syndicale des travailleurs algériens (USTA) et le clivage qui s'était effectué entre le FLN et le MNA m'ont convaincu que le sort de la révolution algérienne ne se jouerait pas dans les djebels, mais en France et que tout dépendrait de l'action du mouvement ouvrier français. En mars 1957, après la libération d'Abdallah Filali, je me suis totalement engagé dans la préparation du 1erCongrès de l'USTA, qui s'est tenu à Paris, en juin 1957. Pendant trois mois, j'ai rencontré des dizaines de cadres et militants, étudié de nombreux rapports d'activité des sections et régions et rédigé des projets de rapport. Chargé d'assurer le secrétariat pendant le congrès, j'ai participé à la rédaction des résolutions dans plusieurs commISSIons.

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Après le massacre de Melouza, puis de la direction de l'USTA par des tueurs du FLN, dans le contexte d'un reflux du mouvement ouvrier et de la décomposition de la IVe république, force était de constater que la révolution algérienne avait épuisé ses possibilités de fonder une Algérie souveraine et amie du peuple français. C'est en partant de ce vécu que j'ai repris des études, recueilli des documents et les témoignages de plusieurs acteurs, formé des archives, puis passé un doctorat, avec une thèse sur Messali Hadj. J'ai ensuite dirigé, pour le compte de l'IRES/FEN, «une histoire de l'immigration algérienne en France, des origines à nos jours» et plusieurs ouvrages sur le mouvement national et le syndicalisme algérien. Il fallait aller plus loin et se décider à écrire l'histoire de cette GuerreIRévolution, en n'ignorant pas les difficultés de l'entreprise. Ce livre se veut une histoire de la Révolution algérienne, aux antipodes de l'histoire officielle algérienne. Dans les manuels scolaires élaborés pendant les années Boumediene, on enseigne que la révolution « Thawra » fut consubstantielle du FLN. En effet, précise-t-on, le 1er novembre 1954 est l'acte fondateur de la révolution, impulsée par le FLN et qui triomphera sept ans plus tard. En signant les Accords d'Evian, le général de Gaulle a confirmé que le FLN fut le promoteur d'une guerre de libération qui fut aussi une révolution, puisque le régime, installé par la violence en 1830, a été éradiqué. Le départ massif des Européens, bénéficiaires de ce régime d'oppression, ayant fermé la parenthèse coloniale, le fil a été renoué avec l'État algérien originel: la Régence d'Alger. Il s'ensuit que la Révolution algérienne s'inscrit à la fois dans I'histoire de la décolonisation et dans la chaîne des insurrections, menées par l'émir Abdelkader et Mokrani contre l'occupant européen, ce qui en fait un djihad victorieux. À partir de cette grille de lecture, le président Bouteflika a déclaré que le bilan de la colonisation fut globalement négatif et il a exigé réparation matérielle et morale pour les dégâts causés: la destruction de la société traditionnelle reposant sur la propriété collective des terres, l'oppression religieuse, l'acculturation, etc. Pire encore, l'introduction du mode de production capitaliste aurait désarticulé la société algérienne, et créé un double secteur dans l'économie, responsable de la dépendance et du sousdéveloppement. Le discours récurrent sur les crimes de la colonisation, avec l'exigence tapageuse et intéressée de la repentance de l'État français est intolérable. Il survalorise la Régence turque alors que les historiens du PCF, défenseurs de «la nation en formation» ont établi que le mode de production était archaïque. Il disqualifie tout l'apport de la présence française, qu'il s'agisse de la modernisation de l'économie, de la création des ports, des milliers de 8

kilomètres de routes et de chemins de fer, des hôpitaux, des écoles, de l'université, les hydrocarbures. En d'autres temps, Karl Marx, Engels, Lénine et Rosa Luxembourg ont expliqué que si le capitalisme avait détruit les sociétés tribales et infligé d'immenses souffrances aux populations, il avait néanmoins supprimé l'arriération et « le despotisme oriental ». Sur ces décombres, il avait jeté les bases d'un mode de production moderne et d'une classe sociale révolutionnaire : le prolétariat En sacralisant la séquence 1954-1962, détachée de I'histoire longue du nationalisme et du contexte international, le FLN interdit toute critique sur l'écriture d'une histoire de la Révolution algérienne comme sur les conditions de sa confiscation du pouvoir depuis un demi-siècle. Entreprise stupide car chaque semaine, des nouveaux travaux sont publiés en France, en Europe et dans le monde sur «la guerre d'Algérie », qui n'est plus considérée comme une simple guerre entre deux peuples. C'est ainsi que dans un ouvrage récent sur « Les États-Unis et la guerre d'Algérie », Soleh, 2006, Irwin M.Wall écrit à la page 20 : « Le présent ouvrage se propose de placer la guerre d'Algérie dans son contexte international,de la traiter comme une crise mondiale et non comme une affaire française. Car l'action de la France en Algérie se trouvait soumise aux rudes contraintes des réalités internationales: guerre froide, ambitions soviétiques au Proche-Orient et en Afrique du Nord, aspirations du Tiers-Monde à l'indépendance, décolonisation- à laquelle la France était contrainteen Afrique Noire et au Maghreb - attitude de ses alliés européens, enfin, plus importantes
que tout le reste, relations avec les États-Unis. »

Cette approche d'un historien américain remet en question toute l'histoire officielle algérienne et celle des historiens français de «l'école de la repentance », qui ignorent le contexte mondial et l'action réelle des masses algériennes. Puisque, cinquante ans après le conflit, le temps de la synthèse semble venu, je vais m'y essayer à mon tour en m'efforçant de faire métier d'historien, comme nous y invite Marc Bloch. Je me suis efforcé dans ce travail de replacer le problème algérien dans l'histoire du mouvement national et dans le jeu des relations internationales. J'ai aussi cherché à comprendre, en étudiant l'histoire de l'Algérie française, pourquoi la colonisation n'avait pas permis la formation d'une bourgeoisie autochtone, qui aurait assuré le passage de témoin avec la France, et évité une guerre ravageuse. J'ai voulu aussi en remontant le temps, comprendre la société algérienne, maillée par les confréries religieuses et les causes de la stagnation de son économie depuis le Moyen Âge. La colonisation ayant transformé le pays mais pas les mentalités, la résurgence du passé pendant la guerre d'Algérie

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permet de comprendre la violence employée par le FLN pour liquider le MNA et les raisons invoquées. Pour les uns, le MNA aurait provoqué une division (jitna) au sein de la communauté des musulmans (Ouma) en ne ralliant pas le Front. Pour d'autres, le passé aurait ressurgi, avec la formation du « néo-beylik ». Abane Ramdane, son fondateur aurait transformé le FLN en une force gouvernementale, un « néo-maghzen », qui dès lors, possédait la légitimité pour imposer et écraser les messalistes, une nouvelle tribu raïa. L'essentiel reste cependant que le GPRA n'a été proclamé qu'après l'écrasement de la Révolution algérienne par l'action conjuguée des forces de l'ordre et du FLN, soutenu par les pays arabes, le bloc afro-asiatique, les États-Unis et le bloc communiste. Utilisant mon vécu et mon propre engagement comme une boussole, j'ai entrepris ce travail, en m'efforçant à l'objectivité ainsi définie par Léon Trotsky. Dans la préface de son « Histoire de la révolution russe », il écrit que l'historien véritable: « Cherche à s'appuyer sur une étude honnête des faits, sur la démonstrationdes rapports réels entre les faits, sur la manifestationde ce qu'il Ya de rationneldans le déroulement des faits. Là seulement est possible l'objectivité historique, et elle est alors tout à fait suffisante,car elle est vérifiée et certifiée autrement par
les bonnes intentions de l'historien - dont celui-ci donne, d'ailleurs, la garantie mais par le révélation de la loi intime du processus historique. »
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C'est en m'efforçant à la plus grande objectivité que j'ai rédigé cet ouvrage, en sachant que l'écriture d'une histoire de cette ampleur reste toujours une tâche provisoire, et comme il est de tradition, je sollicite l'indulgence du lecteur.

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Première partie

LE PASSÉ DE L'ALGÉRIE
L'Afrique du Nord possède une unité géographique due au système montagneux de l'Atlas et une unité ethnique grâce à sa population, aux composantes multiples, mais dotée de caractères communs. Son état civil a varié depuis la Libye des Grecs, mais la dénomination de Berbérie reste la plus pertinente, car le creuset de l'Afrique du Nord est toujours resté berbère, malgré les apports de populations diversesl. L 'histoire des premiers Berbères a fait l'objet d'études savantes2, mais c'est avec la colonisation phénicienne que la Berbérie entre dans I 'histoire.

CARTHAGE
Selon la tradition, Carthage, héritière de Tyr, fut fondée en 814 avoJ.-C. En Algérie, les Phéniciens fondèrent une série de comptoirs, échelonnés sur la côte et isolés les uns des autres. L'essor commence au Ve siècle avec la royauté à la fois héréditaire et élective des Magonides. Le territoire fut élargi à la à la Tunisie septentrionale et à une partie du Constantinois. Dotée d'une armée importante et d'une flotte remarquable, Carthage installa de solides colonies en Sicile, en Sardaigne, en Corse, dans les Baléares et en Espagne méridionale. Elle put alors contrôler tout le trafic commercial, de l'Orient méditerranéen à l'Atlantique. À côté, deux royaumes berbères s'étaient formés au Ille siècle. À l'Ouest, celui des Masaesyles qui s'étendait de la Moulouya jusqu'au fleuve Ampsaga (Oued el-Kebir) avec la ville de Cirta (Constantine) au cœur du royaume. À l'Est, celui des Massyles qui jouxtait le territoire carthaginois3. Longtemps, Carthage et Rome s'ignorèrent. Le conflit éclata quand Rome qui avait conquis la grande Grèce voulut annexer la Sicile. Trois guerres puniques opposèrent les deux rivaux. La première (264-246) permit à Rome de se doter d'une flotte puissante et de conquérir la Sicile. Pendant la seconde guerre (218-202), Hannibal envahit l'Italie et menaça de détruire Rome. Elle fut sauvée par Scipion l'Africain, qui affronta Carthage sur son territoire et triompha d'Hannibal à la bataille de Zama. La paix fut très dure pour Carthage qui dut payer une lourde indemnité de guerre, détruire sa flotte et licencier son armée. Un demi-siècle d'effort permit à Carthage de retrouver une partie de sa prospérité. Rome chargea alors Scipion Emilien de mener une troisième guerre contre Carthage. Après un siège de trois ans, la cité fut détruite et rasée (146 avoJ._C.4) Les royaumes berbères Tirant parti de la défaite de Carthage en 202, Massinissa, roi des Massyles et allié des Romains, annexa la plupart des riches terres puniques, qui offraient aussi une façade maritime à son royaume, correspondant aux frontières du nord de l'Algérie actuelle. Il élargit J'étendue des domaines royaux, développa l'agriculture, l'élevage et le commerce et se comporta comme un souverain hellénistique. La diffusion d'une monnaie royale et le développement de villes comme Cirta sont indicatifs du passage progressif d'une confédération tribale à un État monarchique. Pour éviter la création d'un puissant État numide, avec Carthage comme capitale, Rome anéantit la cité punique et partagea le royaume de Massinissa, entre les grands chefs de tribus. Décidé à reconstituer l'unité du royaume à son profit, Jugurtha, neveu du roi massyle Micipsa fit la guerre à Rome (113-105 avo J.-C.) Après sa

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défaite, la Numidie fut divisée en deux royaumes, placés sous la tutelle de Rome, avant d'être annexés, en 27 avoJ.-Cs. Pendant les sept siècles que dura son existence, Carthage marqua en profondeur l'Afrique du Nord et l'Espagne, où Carthagène, fondée par les Barcides avait vocation de capitale d'un État hellénistique. Elle imprégna les coutumes, le mode de vie et les pratiques religieuses d'influences sémitiques et orientales, préparant ainsi la voie à la diffusion du judaïsme, du christianisme puis de l'islam. Le punique, langue sémitique proche de l'hébreu devint la langue officielle dans les royaumes berbères comme l'attestent les pièces de monnaie, émises par Syphax, roi des Masaesyles, vers 220 av.J.-C. Carthage fut détruite mais son influence restera vivante en Afrique et en Espagne jusqu'à la conquête arabe6.
L'AFRIQUE ROMAINE

La romanisation de l'Afrique s'est effectuée en plusieurs étapes. Sous la République, les premiers colons, vétérans des légions et affranchis s'établissent dans les vallées les plus fertiles. Les commerçants, négociants et banquiers suivent. Les échanges commerciaux avec les communautés africaines sont fructueux mais jusqu'au début du lie siècle ape J.-C., la langue et la religion puniques demeurent un élément d'identité très fort dans les royaumes numides annexés. Sous les Flaviens (69-96 ape J.-C.), malgré des tâtonnements administratifs et des révoltes (Tacfarinas), de nouvelles colonies et municipes romains sont fondés, le territoire de Carthage s'étend et Rome accorde une large autonomie municipale à des cités africaines jugées sûres. La conquête romaine se poursuivra, jusqu'à englober au Ille siècle, la Tripolitaine, les Aurès, la Numidie et la Maurétanie. Cette période correspond à l'installation du cadre administratif en Afrique du Nord, au développement économique des provinces africaines et à leur intégration dans l'Empire. La sécurité des frontières et le contrôle des tribus furent assurés par la Ille légion Augusta et des troupes de soldats auxiliaires, un réseau routier très dense, des villes fortifiées et par le limes qui avait une valeur de frontière: militaire, géographique (zone cultivable), politique et culturelle. Dans ce cadre, la politique d'urbanisation et de « romanisation» des populations berbères, l'essor de l'agriculture et la présence d'une forte armée, expliquent la permanence de « la paix romaine» en Afrique pendant quatre siècles7. Sous l'empire, la prospérité est surtout le fait des élites africaines et des aristocrates romains possesseurs des latifundia (grands domaines). Trois faits notables:

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L'organisation de la production des domaines impériaux par des conductores (intendants) ;

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. La commercialisation des produits d'une agriculture diversifiée, les oliveraies et l'arboriculture étant plus rentablesque la céréaliculture;
Le développement du colonat, qui effectue un nivellement social entre les esclaves ruraux en voie de disparition, les paysans indigènes de condition libre et les coloni (à distinguer des colons romains). Le «décollage agricole» de l'Afrique au lIe siècle est lié à la généralisation de conditions juridiques et économiques favorables. La commercialisation de la production, entraînant la formation d'un véritable secteur artisanal, explique la multiplication des villes d'importance moyenne (5 à 8 000 habitants) et la floraison des « bourgeoisies municipales8. » Sous le Haut-Empire, l'Afrique connaît une longue prospérité économique et malgré les changements dans le cadre institutionnel, juridique et administratif de la province, la vie municipale joue un rôle majeur dans la romanisation de l'urbanisme. Elle s'exprime dans le mode de vie et dans l'exercice d'une intense vie sociale, politique, culturelle et artistique, comprenant spectacles, banquets collectifs, cénacles littéraires et accès gratuit aux thermes publics9. Dans cette évolution, la religion romaine étroitement liée à la vie de la cité tient un rôle important. Fait notable, en Afrique, les divinités romaines ont fusionné avec les cultes berbères, puniques, grecs et orientaux pour former un syncrétisme religieux qui restera tenace. Quant aux cultes païens, ils se maintiendront dans leur diversité jusqu'à la fin du Ille sièclelo. Cette vitalité du paganisme ralentit, sans l'empêcher, la diffusion du christianisme qui se construit en se dotant d'une liturgie latine et d'une organisation structurée. Malgré les persécutions, l'Église d'Afrique s'est imposée au IVe siècle comme une force religieuse et sociale de premier plan. Devenue religion d'État au concile de Nice, en 325, le christianisme connaîtra une vive opposition des païens et des hérésies. Il en est ainsi du schisme donatiste (3 12-411) qui puisait sa vitalité dans le pays berbère. En se chargeant, avec lajacquerie des circoncellions d'un contenu social radical, le donatisme prend alors le caractère d'un soulèvement contre l'empire, confronté aux invasions barbares en Occident depuis 407. La réaction sera vive et à la conférence de Carthage de 411, Augustin, évêque d'Hippone
entre dans la lutte et infl ige une défaite sévère au donatisme africain Il

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.

Dans les années qui suivent, Augustin précise sa doctrine dans un ouvrage célèbre: La Cité de Dieu et il foun1it une riche documentation sur l'épiscopat africain. Les églises richement dotées de dons et legs et disposant de nombreux domaines assurent l'entretien d'un important clergé qui s'imposera sur le plan administratif, économique et hospitalier dans les cités. Dans le même temps, on assiste à une convergence d'intérêts entre les élites 15

municipales africaines, les grands propriétaires fonciers et l'Église, la Ille Légion romaine, installée dans les hautes vallées, au Nord de l'Aurès, garantissant l'ordre social existant et la défense des frontières. En dépit de moyens importants employés, la christianisation de l'Afrique ne fut pas totale, du fait même de son intégration dans l'ordre ancien. Les évêques ne parviennent pas à imposer la morale chrétienne dans un monde berbère où les cultes et sacerdoces païens restent vivaces12 mêlés à ceux d'un judaïsme en pleine expansion, malgré les persécutions 13. Ils restent impuissants devant l'agitation sociale et une résistance croissante à la romanisation 14.C'est tout cet édifice qui sera ébranlé par l'invasion vandale. ROYAUME VANDALE ET RECONQUÊTE BYZANTINE

En trois ans, de 427 à 430, Genséric chef de 80 000 Yandales dont 15 000 soldats traversa le détroit de Gibraltar et se rendit maître de la Berbérie jusqu'à Hippone. En 430, il occupa Carthage puis la Tripolitainel5. Il équipa une puissante flotte et conquit les grandes îles de la Méditerranée occidentale (Baléares, Corse, Sicile et Sardaigne). En 455, il s'empara enfin de Rome qu'il pilla. La conquête fut rapide et violente: les grandes villes, Théveste, Mascula, Bagaï, Timgad, Lambèse furent détruites, fournissant aux tribus nomades, les Botr, une puissance accrue depuis que l'usage du chameau s'est généralisé à partir du lye siècle16. Les Yandales ariens assurèrent aux Juifs une entière liberté religieuse; ils persécutèrent par contre le clergé catholique et l'aristocratie romaine. Les grands domaines changèrent de maître, mais pas le système d'exploitation et le statut des colons. De ce fait, la prospérité agricole diminua - En 422, l'Afrique était toujours le grenier à blé de Rome sans disparaître. Pourtant, la dissolution de la Ille légion Augusta, chargée de la défense du limes et la régression de l'urbanisation accélèrent la déromanisation de l'Afrique, facilitant la résurgence du monde berbère. Comme les autres royaumes barbares d'Occident, l'État vandale s'est inscrit dans la continuité de l'empire romain. L'ancienne administration, avec ses cadres et sa hiérarchie fut conservée, le latin restera la langue pour la diplomatie et la législation. La vie municipale et la vie culturelle, aussi intenses que par le passé, comme la société africaine, restèrent imprégnées par la civilisation romaine. Genséric ayant concentré tous les pouvoirs entre ses mains, l'empire vandale s'effondrera à sa mort. En 533, par une campagne rapide, le général Bélisaire établit en Afrique l'autorité de l'empereur romain d'Orient Justinien. Sur un territoire réduit à la région de Constantine, la vallée de la Seybouse et le cours supérieur de la Medjerda, Justinien réorganisa l'administration militaire et civile. Il rétablit le catholicisme et procéda à une vaste restauration municipale. Plusieurs 16

cités furent refondées, dotées de murailles mais aussi de monuments civils (thermes, prétoires, édifices de spectacles) et religieux (monastères, basiliques). Cette restauration byzantine restait pourtant factice. Dans les campagnes et les cités, la population se souleva pour s'opposer à une fiscalité abusive, les persécutions religieuses chassèrent les Ariens et plusieurs mutineries éclatèrent dans l'armée, formée de mercenaires. C'est enfin les insurrections des Berbères et celle des tribus des nomades chameliers du Sahara qui se développent, de l'Aurès jusqu'à la Tripolitaine. Au milieu du VIle siècle, Byzance n'exerce plus son autorité que sur l'Ifriqiya, la partie orientale de l'Afrique du Nordl7. Au moment où la présence byzantine se termine, il convient de revenir sur les facteurs qui ont assuré, dans la continuité avec Carthage, la romanisation de la Berbérie pendant huit siècles: l'urbanisation intense et maîtrisée dans un territoire aménagé et sécurisé, une vie municipale active et riche culturellement, réglementée mais très ouverte aux autochtones, une organisation rationnelle de la production agricole, avec une commercialisation des produits, et une évolution notable du colonat vers la formation d'une couche de paysans libres. Ce monde va disparaître après l'invasion arabe. LE MAGHREB CENTRAL, DE LA CONQUÊTE ARABE À UINVASION lllLALIENNE En 647, une expédition arabe inflige une défaite au patrice byzantin Grégoire puis fonde en 670 la ville de Kairouan. La résistance à l'invasion arabe devient alors le fait des Berbères, des Chrétiens et des Juifs. Koceila, chef de la tribu des Awrâba christianisés, soutenu par une coalition des tribus berbères de la branche des Branès, remporta en 682, une éclatante victoire sur le chef arabe Oqba à Tehouda, près de Biskra. Maître de toute la Berbérie pendant cinq ans, Koceila périt en 687, dans un combat à l'est des Aurès. La lutte sera reprise par la Kahena, une prêtresse, qui commandait la tribu des Jerâwa, une autre branche des Branès, installée dans l'Aurès oriental. mais acquise au judaïsme, à la différence des Awrâbal8. La Kahéna mena la lutte avec énergie contre les Arabes jusqu'à sa mort vers 70019. Aussitôt convertis à l'islam, les Berbères, enrôlés par le chef arabe Mouça-ibn-Noçeir conquièrent l'Espagne. La conversion immédiate et massive des Berbères à l'islam s'expliquerait pour une large part «par l'effort séculaire du prosélytisme juif et de l'évangélisation chrétienne20. » Au VIlle siècle, la Berbérie connaît une profonde mutation. Ce qui demeurait de la civilisation romaine se désagrège. Il en est ainsi de la ville, instrument de symbiose entre des communautés différentes, fabrique d'officiers, juges, fonctionnaires, tous ayant appris le latin et le droit dans 17

des écoles provinciales, quitte à poursuivre leurs études à Rome21. Il en est de même du mode de production et de disparition du colonat qui, comme sous l'empire de Charlemagne avait évolué vers le servage. La transhumance va devenir prépondérante. Les Zénètes, ces grands nomades chameliers qui se sont coulés facilement dans le moule arabe, occupent le Hodna, les Hauts Plateaux et les hautes plaines du Constantinois, surclassant les Branès, descendants des Numides. Convertis à l'islam comme ils l'avaient été au donatisme, les Berbères refusèrent de payer l'impôt foncier et la capitation normalement réservés aux non musulmans. La révolte qui soulèvera toute la Berbérie, prit la forme d'un schisme, le Khâridjisme au contenu social radical22. Cette révolte marque un arrêt de la domination des Arabes dans toute l'Afrique du Nord. À l'opposé, l'arabisation et l'islamisation, bien acceptées dans les villes, se diffusent ensuite progressivement dans le pays. Les liens économiques et culturels avec l'Orient se développent, mais le Maghreb central acquis au kharidjisme évolue de façon indépendante. En dehors des Aurès, la vieille citadelle des résistances berbères, trois royaumes vont émerger: Le royaume de Tahert. Fondé en 761 par Ibn Rostem, d'origine persane, le royaume s'étendit sur la zone des steppes englobant une grande partie du Maghreb central23. Capitale religieuse et culturelle, dotée d'une agriculture prospère, Tahert fut surtout le grand marché où les caravaniers échangeaient leurs produits contre ceux des agriculteurs et des objets venus de la côte. L'essor de Tahert est lié à la mise en valeur des oasis du Sahara24,et surtout au fait qu'elle fut le point d'arrivée de la route de l'or du Ghana, qui transitait par Sijilmassa, dans le Tafilalet25.Déchiré par des crises intérieures, le royaume s'effondra en 909, après le raid d'un chef chi'ite Obeïd Allah, le mahdi venu d'Orient, allié aux Kotâma de la petite Kabylie. Le mahdi, fonda la dynastie des Fatimides qui fut ébranlée par un soulèvement des kotâma qui rejetaient le prosélytisme chi'ite et la politique fiscale du Mahdi. Un Etat ziride dans la région du Titteri, dont la capitale Achir (l'actuelle

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Boghari) connut un vaste rayonnement26.

. Un royaume hammadite, dont la capitale, Qa'la (près de Msila) était en relation avec Ouargla, sur la route du trafic de l'or27. Centre économique et culturel important, la Qa'la connut son apogée au milieu du Xlè siècle. Elle sera ensuite supplantée par Bougie. En liaison avec les cités européennes de la Méditerranée, Bougie faisait figure au XIIe siècle, de capitale intellectuelle et religieuse. Selon EI-Idrissi, c'était la ville la plus importante de l'Afrique du Nord28. C'est alors que se produit vers 1100, l'invasion des tribus arabes des Hilal et des Soleim.

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Les siècles obscurs du Maghreb central La grande invasion hilalienne est généralement considérée comme « un événement d'une importance capitale », « une immense catastrophe ». Pour E.F.Gautier, les nomades qui ont ruiné les capitales kabyles comme Bougie, seraient responsables de la régression du Maghreb central: « Le grand nomade a les instincts exactement inverses (de ceux des sédentaires). Politiquement, c'est un anarchiste, un nihiliste, il a une préférence profonde pour le désordre, qui lui ouvre des perspectives. C'est le destructeur, le négateur (...) Kabyles et nomades (...) ce sont deux éléments nécessairement irréductibles, entre lesquels la force seule pouvait tran-cher29. » Pour Augustin Bernard, l'invasion hilalienne se distingue de précédentes par le nombre: «On a parlé de 200 000 familles, d'un million d'individus [...] c'étaient des émigrants qui arrivaient avec leurs femmes, leurs troupeaux, des bandes sans discipline et presque sans chefs. » Bernard cite Ibn-Khaldoun qui compare ces Arabes à des sauterelles dévorantes: « Tout pays conquis par les Arabes est un pays ruiné. Ils renversèrent les villes, coupèrent les arbres, brûlèrent les récoltes, faisant partout place nette avec leurs troupeaux. Les jardins, les vergers, les champs cultivés se changèrent en terres de parcours; ils apportèrent le désert avec eux30.»

Les conséquences seront durables, car l'élément pastoral fut considérablement renforcé au détriment de l'élément agricole. Cependant, il faut nuancer la position d'Ibn Khaldoun, car l'invasion hilalienne n'a fait que parachever une décadence amorcée depuis la chute de la Numidie romaine. «La renaissance du IXe siècle» (Marçais) et la brillante civilisation de l'islam dans sa première grandeur (Lombard) tiraient leur force de l'héritage agricole, urbain et culturel laissé par Carthage et Rome. Sur cette base un réseau très dense de métropoles s'est établi, reliant Bagdad, Damas, Le Caire, Kairouan, Fès et Palerme, sur un axe routier allant de Samarkand à Cordoue. L'afflux de l'or venu du Soudan et la circulation du dinar ont donné une impulsion au grand commerce et à l'essor urbain. Pourtant, dans la seconde moitié du Xlesiècle, le monde musulman, déchiré par les crises, les invasions, les troubles sociaux et politiques se disloque, soulignant le caractère superficiel de la renaissance du Maghreb. Parmi les causes de cette régression: Des conditions géographiques défavorables: montagnes nombreuses et mal orientées, médiocrité du réseau hydraulique, faible étendue des plaines et manque de ressources propres (le bois, les métaux, l' eau31);

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la régression du tissu urbain et un changement dans l'activité des villes, devenues des centres d'échanges locaux et de consommation, avec une couche parasitaire de notables, vivant de la rente foncière, de la spéculation et du commerce. . le changement du mode de production avec la disparition des grands domaines et du colonat, le statut dégradé du paysan (fellah) et l'abandon de l'outillage et des pratiques agricoles de la période romaine. Le fait remarquable est que, malgré l'abondance des métaux précieux, ressources en argent, en cuivre et en étain, le dinar d'or, la monnaie du grand commerce n'a pas donné naissance à une bourgeoisie musulmane et à la transformation de l'or en capitae2. Il est significatif que les Juifs furent les principaux intermédiaires du commerce dans le monde arabe33. Cela explique le caractère éphémère des deux dynasties: les Almoravides et les Almohades. Au moment où les Arabes envahissent l'Afrique du Nord, un empire berbère prend naissance dans le Sahara marocain. En 1033, son fondateur, Youssef-ben- Tachfin occupe Sidjilmassa, sur la route de l'or, puis il fonde au pied du Haut-Atlas, la ville de Marrakech. De 1064 à 1083, il soumet tout le Maroc et la Berbérie, jusqu'à Alger. Il passe ensuite en Espagne et l'emporte sur Alphonse VI, roi de Castille et de Léon. La victoire de Zallaca bloqua la Reconquête et permit à la civilisation andalouse de s'épanouir en Espagne et dans la Berbérie occidentale34. Vers 1120, Ibn-Toumert, un Berbère de l'Atlas marocain, se proclame Mahdi, le maître de l'heure. Il jette les bases d'un nouvel État et nomme ses partisans EI-Mouahidin (Almohades ou unitaires). Après sa mort en 1130, son successeur, Abd-el-Moumen conquiert le Maroc, puis Cadix, Cordoue et Grenade. En 1152, il occupe le royaume hammadite, puis l'Ifriqiya. Il crée une armée très solide, une grande flotte et une administration régulière, réalisant la sécurité dans le plus grand empire musulman d'Occident. Son fils Abou-Yacoub-Youssef (1163-1184) fut un grand souverain mais il dut affronter les Beni-Ghania, émirs almoravides, qui associés aux nomades arabes, ravagèrent le Maghreb central. Après lui, le déclin commence. En Espagne, la victoire des Chrétiens à Las-Navas-de- Tolosa (1210) donne une impulsion à la Reconquête. Au Maghreb, des révoltes éclatent, des tribus se soulèvent et l'empire se désintègre. Trois royaumes se forment sur ses ruines: le royaume de Fès avec les Mérénides, celui de Tunis avec les Hafsides et celui de Tlemcen avec les Abd-el- Wadides. Entre ces deux derniers pôles survivent des petits royaumes (Kouko en Kabylie) et de territoires indépendants autour des ports (Bougie, Alger, Oran35.)

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Le royaume de Tlemcen qui s'étendit de la Moulouya jusqu'au sud de la Grande Kabylie connut une période glorieuse pendant le règne d'Yaghmorasan (1235-1283).Située dans une riche région agricole au contact du Tell et des steppes, Tlemcen avait réaménagé la route de Sidjilmassa, centre du transit de l'or et des marchandises, du Soudan vers le Nord. Au carrefour de plusieurs grandes voies, Tlemcen resta un centre industriel et une place de transit où les produits européens (tissus, armes) qui parvenaient à son port d'HonaÏn s'échangeaient contre ceux du Maghreb et de l'Afrique. À son apogée, la ville aurait compté au XIIIe siècle plus de 100 000 habitants, mais à partir de 1389, le royaume n'était plus qu'un État dirigé par des princes, nommés les uns par le royaume de Fès, les autres par celui des Hafçides de Tunis36. Cette désagrégation du Maghreb central, dont les causes remontent au IXe siècle, devait favoriser l'intervention espagnole. La péninsule réoccupée après la chute de Grenade en 1492, l'Espagne s'empare des principales villes du littoral: Alger, Bougie, Ténès, Cherchell et Oran qui ne sera évacué qu'en 179237. C'est dans ce contexte que les Algérois font appel à des corsaires turcs installés à Djidjelli, les frères Barberousse. LA RÉGENCE D'ALGER (1518-1830) L'ainé, Aroudj, impose son autorité sur la Mitidja, la vallée du Chélif, le Titteri, le Dahra, l'Ouarsenis et Tlemcen. A sa mort, en 1518, son frère, Kheir ed-Din fit acte d'allégeance au sultan de Constantinople. En contrepartie, le Sultan le nomme beylerbey (pacha du Maghreb central), lui envoie 2 000 soldats et l'autorise à lever des volontaires en Turquie. C'est de cet acte politique que date la domination turque sur un territoire qui deviendra au XVIIIe siècle, celui de l'Algérie actuelle. Quatre régimes vont se succéder: beylerbeys (1518-1587), pachas triennaux (1588-1659), aghas (1659-1670), deys (1671-1830). Notre propos n'est pas d'écrire l'histoire de la Régence38, mais de savoir si les Turcs ont créé un État et une nation algérienne. Précisons: Pendant les trois premiers régimes, la rivalité entre l'oligarchie des corsaires, la corporation des raïs (Taifas des raïs) et la milice des janissaires de l'Odjaq, constitue la trame de l'histoire de la Régence. . Les États chrétiens ont interdit aux Barbaresques la formation d'une marine marchande et d'un commerce direct des musulmans en terre chrétienne. La seule voie ouverte restait celle de la course, dans la seule Méditerranée occidentale. La course fournira des profits aléatoires, et, en moyenne médiocres, à une poignée d'armateurs, de raïs, de marins et de bénéficiaires de la vente des prises, à Alger. Elle ne transformera pas les 21

Barbaresques en une classe marchande, comme dans les républiques italiennes de Venise, Gènes ou Livourne. Le commerce maritime sera assuré par les transporteurs chrétiens tandis que les Juifs deviendront les intermédiaires obligés. Les profits de la course ne seront pas investis dans l'agriculture, l'industrie, la banque ou le commerce; ils ne participent pas au développement de l'économie et à la formation d'un État moderne. Au XVIIe siècle, la course assure la prospérité d'Alger qui comptera plus de 100 000 habitants. Mais au siècle suivant, la décadence entraîne l' effondrement économique de la Régence d'Alger dont la population tombe à 30 000 habitants environ39. . La milice des janissaires, sorte de république militaire qui élisait le dey, détenait la réalité du pouvoir. À la fin du XVIe siècle, elle comptait environ 15 mille yoldach (soldats) ventilés dans 424 odjaq (foyers) et regroupés dans huit casernes à Alger. Recrutés dans le bas peuple d'Anatolie, ils sont répartis en trois groupes; un tiers, qualifiés de khezour (repos) restait à Alger; un autre tiers (nouba) tenait garnison soit dans des villes de l'intérieur (Constantine, Bougie, Tlemcen, Mostaganem) soit dans un bordj isolé au milieu de tribus hostiles; le reste formait les mehallé (colonnes), chargées de prélever l'impôt dans les tribus 40. Reposant sur une milice réduite en 1830 à 5 000 mercenaires, originaires d'Anatolie, d'Albanie et de Chypre, caste militaire plutôt que classe sociale, l'État turc existera pendant trois siècles comme un corps étranger à la société algérienne; il ne pouvait ni l'unifier ni la développer. Les institutions sous les deys (1671-1830) La Régence était divisée en quatre territoires: une région soumise directement à l'autorité du Dey: le dar es-Soltan qui englobait Alger et sa banlieue, la Mitidja et la basse Kabylie, et trois provinces dirigées par des beys, quasi-indépendants, aidés de khalifa (lieutenants) : Le beylik de l'Ouest (Mascara) où certaines régions: Dahra, Zaccar, Ouarsenis échappaient à l'influence turque, . Le beylik du Titteri (Médéa), . Le beylik de l'Est (Constantine) avec les massifs montagneux indépendants de Kabylie et des Aurès, quant aux tribus des steppes, elles payaient seulement un droit d'eussa ou de marché quand elles venaient s'approvisionner dans le Tell. Chaque beylik comprenait plusieurs tribus, groupées en watan (districts) dirigés par des caïds turcs ou indigènes épaulés par des contingents de tribus alliées (maghzen). Ils postaient en outre aux points stratégiques des colonies militaires (zmâla) qui, en contrepartie de privilèges et d'indemnités fiscales, assuraient la police de la région. Les tribus, groupes ou fractions de tribus

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(jerka) étaient commandées par un cheikh. Ces groupements se subdivisaient en douars, dirigés par un agent du cheikh ou par une djemaâ (conseil). Pour contrôler et piller la population, les tribus furent intégrées dans une hiérarchie militaire et fiscale. On distinguait ainsi:

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Le maghzen supérieur, composé de tribus privilégiées (Douair et Smala) et

une aristocratie maraboutique ou guerrière (jawâd), tels les Mokrani de la Medjana, les Benhabylès de Djidjelli. Astreintes à fournir un appui militaire au bey, elles restaient propriétaires de leurs terres, mais déchargées des impôts non coraniques (kharadj). Le maghzen inférieur devait aussi un service militaire, mais il est dispensé

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du kharadj ; Les tribus soumises (raïas), contraintes par les tribus maghzen de payer les taxes et impôts exigés41.

L'administration turque se présente comme très hiérarchisée. Au somment se trouve Alger, siège des institutions centrales; en dessous, apparaissent des villes gouvernant des territoires aux frontières mouvantes. Choisi par la milice, I 'Odjak, le dey recevait du Sultan un kaftan d'investiture qui attestait de sa vassalité envers la Porte. Le Dey gouvernait avec un diwan, conseil restreint qui s'était partiellement substitué à la nombreuse assemblée des débuts et cinq dignitaires « les Puissances », sorte de Conseil de gouvernement, très importants, après 1718. Il comprenait le gardien du Trésor (khasnadji), le chef des armées (l'agha des Arabes), le ministre de la marine (vekil hardji), l'intendant des domaines (beit el-Maldji) et le khodjet el-kheil, receveur général des impôts en nature: céréales, beurre, huile, animaux, laine. Ils étaient assistés par de nombreux khodjas (secrétaires), chaouchs (huissiers), saïdji (caissiers), caïds (agents d'autorité à compétence administrative et financière).
Cette répartition des fonctions entre les membres du diwan ne doit pas faire illusion; la Régence n'avait que les apparences d'un État. Le mécanisme de l'élection du dey par la milice entraînera la fragilité extrême du pouvoir central. De 1671 à 1830, 14 deys sur 28 sont imposés par l'émeute et de 1792 à 1826, 17 beys se succèdent42. Par ailleurs, après le tarissement du recrutement des janissaires en 1827, les deys ne parvinrent pas à les remplacer par des Kouloughli (métis nés d'un père turc et d'une mère indigène) ou des Zouaouas (une tribu de Kabylie43). «Il est très difficile, à propos de la Régence, de parler d'un véritable gouvernement, au sens moderne du terme. Après trois siècles de domination, les Turcs continuent, au niveau du gouvernement central à se comporter comme des occupants militaires [. ..] Cela explique le caractère provisoire, l'absence d'élaboration et de stabilité des institutions et permet de comprendre leur total effondrement en 183044.» 23

L'Algérie à la veille de la conquête coloniale française En 1830, on estime que la population de l'Algérie du Nord s'élevait à quelques 3 millions d'habitants.45 La presque totalité (90 à 95 %) était formée par des ruraux montagnards, surtout arboriculteurs et des gens de la plaine, céréaliculteurs et éleveurs. Dans les zones où séjournaient des populations sédentaires, le régime dominant était celui de la propriété familiale privée (melk). La propriété privée comme celle des terres agricoles citadines évoluaient aussi vers une exploitation communautaire. L'exploitation directe n'était que le fait des fellahs (paysans pauvres) et des khammès, qui recevaient de l'Etat, charrues, bêtes de somme, semences et comme rétribution pour leur travail, un cinquième de la production. Ailleurs, dans les régions de nomades ou semi-nomades, le système économique dominant était celui de la propriété collective du sol (arch). Celle-ci n'entraînait pas cependant une exploitation collective; son but était d'empêcher le morcellement, par le maintien de l'indivision lors des successions. Du fait de ce mode d'appropriation, la tribu ne cultivait que la portion de terres nécessaire à ses besoins selon la technique de l'agriculture extensive, avec alternance des cultures et de la jachère. Cette agriculture extensive se complétait par un élevage également extensif. L'irrégularité des récoltes et la faiblesse des rendements imposaient le stockage des excédents et une commercialisation limitée d'une partie de la récolte. Les échanges s'effectuant, de façon occasionnelle, sous forme de troc, sur les marchés ruraux, ne concernaient que des valeurs d'usage et non des marchandises.46 Cela explique la rareté de la circulation monétaire, l'absence d'une banque centrale et de centres de crédit et donc l'impossibilité d'une accumulation primitive 47. Les conditions naturelles difficiles, l'absence d'un réseau routier, le caractère familial de la propriété, l'outillage rudimentaire et la technique agricole primitive expliquent la stagnation de l'économie et les caractères de I'urbanisation48. La régression de la vie citadine, déjà notable au XIVe siècle connaît une embellie au XVIe siècle avant de s'aggraver: la population de Constantine, Tlemcen et Alger qui atteignait 100 000 habitants à cette date, atteindra en 1830 entre 25 à 30 000 habitants. À Miliana et Médéa, on compte 7 à 8 mille habitants; la population des villes de l'intérieur, telles que Msila, Tebessa, Mila, Biskra, Nedroma variait entre 2 et 3 000 habitants; celle des ports comme Bougie, Collo, Djidjelli ou Ténès se situait entre 1 000 et 2 000 habitants.49 Au total, une population urbaine de 150 000 habitants répartis dans une série de petites villes encastrées dans les campagnes. La com-

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position et les activités des citadins établissent par ailleurs que les villes ne sont que des centres de garnison, de petit commerce et d'artisanat.
La population d'Alger comprenait 4 000 Turcs, 18 000 Maures (h' ad' ar et koulouglis), 1 000 berrani ou « étrangers », 5 000 Juifs et 2 000 nègres. Les Turcs vivaient de la solde, du commerce et du pillage du pays. Les Maures, fiers de leur condition citadine rejetaient tout lien avec les Arabes et les Berbères. Disposant d'une certaine aisance matérielle, ils se complaisaient dans l'oisiveté. Les Kouloughli : « Constituent à Alger une classe assez originale de « fils de famille », de rentiers nés, qu'une pente naturelle pousse d'ailleurs à jouir de la vie plutôt qu'à s'astreindre aux charges de l'État. Du côté paternel, ils héritent en effet des biens que tout janissaire a pu amasser au cours d'une existence entière tendue vers ce but (...) Par leurs mères ces métis s'apparentent aux familles maures les plus connues, négociants aisés, aristocratie religieuse. »

Les berrani se tiennent à l'écart des citadins; ils forment, Mozabites exceptés, «une sorte de prolétariat flottant ». Les nègres, affranchis ou descendants d'affranchis forment la population noire de statut libre. Les Juifs sont placés au bas de l'échelle sociale. Misérables et discriminés, ils exercent les métiers non pratiqués par les Musulmans: bijoutiers, orfèvres, ferblantiers, chaudronniers, fondeurs, vitriers, tailleurs, brodeurs50. Au final, il apparaît que la capitale de la Régence ne fut qu'un médiocre centre politique, administratif, culturel ou religieux, incapable de surcroît, avec l'absence d'une banque centrale et une industrie restée au stade artisanal, de développer les forces productives et d'unifier le pays. Alger en 1830, c'était une enclave urbaine au sein d'une campagne, qui outre le Sahel, comprenait les possessions des dignitaires turcs dans les jardins (haouchs) de la Mitidja bien cultivés mais en nombre limité, avec une classe dirigeante rentière.
Faut-il attribuer la décadence de la Régence dans le premier quart du XIXe siècle aux agressions des puissances européennes entraînant la désorganisation du commerce extérieur? « La rupture des relations commerciales traditionnelles de l'État algérien avec la France, consécutive à l'instauration du régime napoléonien et à la substitution à ce partenaire du partenaire britannique, les rivalités qui devaient s'ensuivre entre ces deux premiers grands États capitalistes à l'issue des traités de 1815 allait désorganiser le commerce extérieur de l'Algérie, priver ainsi l'économie algérienne de ses débouchés classiques et accélérer sa décadence, aggraver la pression fiscale, partant la désaffection de populations encore mal rassemblées vis-à-vis de l'État des deys et envenimer les conflits intérieurs51. »

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Cette analyse ne contient qu'une vérité très partielle et conjoncturelle. Le Beylik contrôlait à la fois le commerce intérieur et le commerce extérieur. Les exportations, effectuées exclusivement sur Gènes, Livourne et Marseille concernaient surtout les céréales, la laine et les peaux non tannées. La production agricole du pays étant médiocre et largement absorbée par les tribus, le volume des exportations était très limité. Quant aux importations, elles n'intéressaient pas la population et ne privaient en rien l'économie algérienne, car il s'agissait, soit de denrées coloniales (sucre, poivre, café), soit de produits de luxe (brocarts, soie, bijoux52.) Ajoutons que le grand commerce était contrôlé par des négociants juifs et que le déséquilibre continu de la balance commerciale n'était compensé que par des ponctions sur le Trésor de la Régence, c'est-à-dire par les taxes et les impôts. La décadence n'est donc que secondairement liée à « la désorganisation du commerce extérieur»; elle est surtout inhérente à la nature d'un Etat n'assumant pas sa fonction régalienne (l'instruction, la santé, les infrastructures, le développement économique, la monnaie, la justice..). C'est ainsi que le budget ne servit qu'à l'entretien du dey, à la paye et l'équipement des janissaires et à l'administration du dar es-Sol/an. À la veille de l'intervention française, le régime turc se trouvait affaibli par un affrontement sanglant avec les janissaires de l'Odjak53, des révoltes en Kabylie, l'insurrection de la confrérie des Derqawa en Oranie et celle des marabouts Tijaniya, d'Ain Mahdi54. Bien loin de rassembler les populations derrière lui, le dey n'exerçait son autorité, d'après Rinn, qu'au sixième de l'Algérie actuelle. Dans ce contexte, il convient de relativiser « la puissance internationale» de la Régence d'Alger, malgré le tribut régulier versé par sept États au dey55. Plusieurs historiens ont établi un lien direct entre le déclin du Maghreb central au XVIe siècle et le détournement du grand commerce des routes maritimes et caravanières au profit des voies maritimes comme celles de l'Atlantique56. La rupture entre l'Europe et le Maghreb est bien antérieure à ce siècle. Pour Henri Pirenne, depuis le haut moyen âge (IXe siècle) : « Le foyer, non seulementdu mouvementpolitique,mais du mouvementgénéral de la civilisation,s'y est transporté du bassin de la Méditerranéedans celui de la Mer du Nord. Le pivot de l'Empire romain était en Italie; celui de l'Empire carolingien est situé dans la région comprise entre le Rhin et la Seine.» La cause de ce changement d'axe serait l'invasion islamique. «Sans l'Islam, l'Empire franc n'aurait sans doutejamais existé et Charlemagnesans Mahomet
serait inconcevable57. »

Cette thèse mécaniste ne permet pas de comprendre les processus économiques, sociopolitiques et culturels intervenus en Italie du Nord, France, Angleterre, Allemagne et Pays Bas pendant cinq siècles. Après un 26

lent renouveau au milieu du Xe siècle, l'essor du monde rural qui se poursuit jusqu'au XIIIe siècle, a créé les conditions générales pour un passage de l'économie médiévale précapitaliste au capitalisme commercial, c'est-à-dire à un système où la gestion et les profits de la production sont détenus par des commerçants capitalistes. Trois facteurs principaux interviennent dans cette mutation. En premier lieu, la renaissance du commerce méditerranéen (commerce de l'Italie byzantine avec l'Islam) dans la mer du Nord et la Baltique. C'est ensuite le caractère patrimonial de l'organisation domaniale, avec: - la croissance des classes rurales avec une précision des droits des serfs et des tenanciers; - l'essor rural lié à une série de progrès techniques (les moulins à eau et à vent, l'emploi croissant du fer dans l'outillage agricole, l'amélioration des techniques d'attelage, la rotation des cultures, etc58.) Ajoutons le renouveau de la vie urbaine, avec le développement industriel dans les villes, l'émergence d'une bourgeoisie marchande imposant au seigneur féodal et à l'Eglise des institutions autonomes et le droit urbain. Sur cette base matérielle et sociale, le mouvement commercial s'est développé avec une circulation routière et fluviale plus intense, les foires, la reprise de la frappe de l'or, le crédit et le commerce de l' argent59. Du XIIIe au XVe siècle, les transformations économiques, sociales et culturelles qui s'effectuent en Occident avec la formation d'une nouvelle classe de capitalistes marquent la fin de l'ordre féodal et les débuts de la découverte de la Terre et de l'expansion européenne dans le monde après 160060. Le Maghreb central n'a pas connu une évolution analogue à celle de l'Europe; l'invasion hilalienne n'a pas causé mais accéléré le processus de régression amorcé depuis le IXe siècle. La cause principale de la fragilité de la renaissance du Maghreb au XIIIe-XIVe siècle n'est pas le fait de l'agression de l'Occident (les Croisades) mais dans l'inversion du mode de production consécutive à la décomposition de l'Afrique romaine, l'Islam ayant marqué une rupture avec la période antérieure. Un large débat s'est ouvert chez les historiens marxistes français, après la publication du livre de Karl Wittfogel sur le despotisme oriental61. On a parlé de féodalité de commandement (René Gallissot), de démocratie militaire (Yves Lacoste), de mode de production asiatique (Abdelkader Djeghloul), etc.62 Le débat a porté sur le statut juridique des terres, l'existence d'une grande propriété privée du sol et l'importance des échanges entre les campagnes et les villes, centres d'une intense activité artisanale. L'existence d'une bourgeoisie étant ainsi établie, GaIIissot considère l'Algérie comme une «nation inachevée» en 183063. 27

Lucette Yalensi a contesté l'existence d'un régime féodal au Maghreb. Elle a insisté sur le faible développement des forces productives, l'organisation de la société sur la base tribale et l'orientation de l'activité vers la consommation et non pas la production de valeurs d'échange. De ce fait, dit-elle, il est abusif de parler de féodalité ou même de seigneurie; il faut plutôt parler d'un mode de production archaïque64. Pour André Nouschi, l'emprise urbaine sur la campagne ne dépasse pas les environs immédiats, et se limite à des jardins, des cultures maraîchères (les traditionnels fahs) : « On ne peut parler de féodalitécar chaque famille a sa zone de culture (en terre melk ou arch) inscritedans la zone de la tribu». Quant à la bourgeoisie,même si elle existe sur le plan de l'artisanat ou du petit commerce,« elle n'a qu'un faible rayonnement à travers l'Algérie pour des raisons liées à la médiocrité du réseau de communication,du commerceet de l'artisanat65. »
Étudiant le rapport ville campagne, André Prenant insiste, en citant Ibn Khaldoun, sur le caractère parasitaire des villes, où les grandes familles partagent leurs activités entre la gestion de la propriété foncière, celle des commerces et la production artisanale et culturelle. «Le mode de vie citadin, «umran haddari », civilisation par excellence, y devient une fin en soi, nourrie par la campagne maintenue dans un mode de vie rustique, « umran badaoul-66.»

Pierre Yilar note que du lye au Xe siècle, le mode de production féodal s'est installé en Europe pour donner naissance à une floraison de villes libres au XIe siècle mais c'est au XIye siècle, à partir du développement du capital marchand que s'effectue « l'accumulation primitive» (Marx) qui marque la fin du régime féodal et l'expansion des Européens à travers le monde67. Ibn Khaldoun avait déjà remarqué que les villes étaient devenues des centres de consommation et non de production, avec une domination sur le terroir environnant consacré aux vergers et aux jardins. En 1830, les bases matérielles, sociales et politiques n'existaient pas pour un développement moderne du Maghreb central. Il est donc abusif de parler de «nation algérienne inachevée» ou de soutenir avec Mahfoud Kaddache que: « L'évolution de l'Algérie - de son État et de sa Nation - a été stoppée par l'intervention française de 1830qui a fait de notre pays la première victime dans
la Méditerranée occidentale de la colonisation européenne. »

La conquête et la colonisation furent brutales, (voir supra) mais comme l'a montré Marx, si le capital moderne se reproduit et s'accumule par le seul jeu des forces économiques, il a fallu que son accumulation primitive se fit au contraire par les crises, l'expulsion massive des petits exploitants et une 28

appropriation systématique de leurs terres. À l'issue de ce processus marqué par la violence, les masses rurales et les artisans ont été fondus dans un immense prolétariat réduit à vendre sa force de travail pour subsister68. L'accumulation primitive en Algérie s'est effectuée par le pillage du pays, la dépossession des terres tribales mais aussi par un ensemble de mesures aboutissant à la réduction de la population indigène en un immense
pro létariat69.

Pour Marx et Engels, c'est pourtant pendant ce processus, que le capitalisme a créé les conditions matérielles et sociales pour la formation d'une classe sociale, le prolétariat, capable d'édifier la nation algérienne, inexistante pendant la période ottomane. L'EXPÉDITION D'ALGER

L'affaire d'Alger traînait depuis 1798. Il s'agissait d'une fourniture de grains, faite pour le compte du Directoire, par deux négociants juifs, Bacri et Busnach, hommes d'affaires du dey. Deux essais de règlement en 1801 puis en 1819 avaient échoué. Le 30 avril 1827, le conflit devient aigu. Le dey Hussein repoussa avec son éventail le consul de France Deval. Le dey ayant refusé réparation de cet affront, la France organisa pendant trois ans (18271830) un blocus de la Régence. Il donna peu de résultats. Le 3 août 1829, à la sortie du port d'Alger, La Provence, battant pavillon parlementaire est canonnée par les forts de la côte. Charles X annonce alors le 2 mars l'expédition prochaine d'Alger. Cette expédition n'était pas fille de la politique coloniale de la Restauration; ce fut un expédient et une simple opération de politique intérieure. Elle visait à diviser l'opposition parlementaire libérale, à satisfaire les vœux des négociants marseillais70 et à offrir à l'armée incertaine, un triomphe facile et un butin fructueux, avec le pillage du trésor du Bey.71 Le 14 juin une armée de 35 000 hommes débarque dans la baie de Sidi Ferruch. Le 19, les troupes turques renforcées par des contingents kabyles et arabes attaquent le camp français. Les Kabyles lâchent pied les premiers, entraînant la désorganisation générale. La bataille de Staouéli fut décisive. Dix jours plus tard, le fort l'Empereur qui couvrait Alger tombe et le 5 juillet, le dey Hussein signe un acte de capitulation. La convention du 5 juillet apportait une série de garanties aux habitants d'Alger de « toutes classes» : le libre exercice de la religion musulmane, le respect de leur liberté, de leurs propriétés, de leur commerce et de leur industrie. Elle n'établissait pas cependant un transfert de souveraineté du dey à la France et le statut juridique de l'Algérie restait donc inchangé72. Alger conquise, le chaos le plus complet régna au début. Le ministère Polignac qui redoutait une confrontation avec la Turquie et surtout avec 29

l'Angleterre, maintenait l'ambiguïté sur ses intentions. De son côté, l'armée ne voulait pas être frustrée de sa victoire. Les Turcs furent embarqués pour l'Asie Mineure, le dey Hussein et sa famille partirent pour Naples. La chute de Charles X à la fin juillet et l'expulsion des Turcs, vont créer une situation où l'armée française va se substituer à l'autorité de l'Odjak dans toute la Régence 73.Dans les faits, l'Algérie deviendra jusqu'en 1870, la chasse gardée de l'armée et dans le même temps qu'elle modèle l'Algérie, elle interviendra comme une force d'ordre dans la vie politique en France74. Notes
1. Julien (Charles-André). « Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830 », Payot, 1994, (Chap.!I!. Les Berbères) ; Servier (Jean). « Les Berbères », PUF, 1990, (Col. Que sais-je ?). (Les Arabes baptisèrent la Berbérie de Djezira el-Magheb « L'île de l'Occident» puis Maghreb, par opposition à Machreck« Orient ». L'unité du monde arabe s'étant révélée mythique, on assiste à une résurrection de la Berbérie, sous la dénomination de Tamazgha. 2. Camps (Gabriel). « L'Encyclopédie berbère» (27 volumes parus depuis 1984); Gsell (Stéphane). « Etudes sur l'Afrique antique (rassemblées par C.Lepelley), Lille, 1981 ; Hachid (MaIika). Les premiers Berbères entre Méditerranée, TassaIi et Nil, INA-Yas-Edisud, 2000. 3. Gsell (Stéphane). « Histoire ancienne de l'Afrique du Nord », Hachette, 19131920, 5 vol. T.!V, p.179 ; Hours- Miédan (Madeleine). «Carthage », PUF (Que saisje ?), 1964 ; Charles-Picard (Colette et Gilbert). « La vie quotidienne à Carthage au temps d'Hannibal », Hachette, 1958. 4. Decret (François). «Carthage ou l'empire de la mer », Le Seuil, PointsIHistoire, 1977. 5. Decret (François)-Fantar (Mhamed). « L'Afrique du Nord dans l'Antiquité, des origines au Ve siècle », Payot, 1981, (Ch.!II et IV : les royaumes berbères) ; Julien (Charles-André). «Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830 », Payot, 1994, (Ch.V. Les royaumes berbères). Camps (Gabriel). « Les Berbères. Mémoires et identité », Errance, 1995; Simon (Marcel). «Judaïsme berbère en Afrique ancienne », Revue d'histoire et de philosophie religieuse, 1946, p.1-31. 6. Contenau (G). « La civilisation phénicienne », Payot, 1949 ; Charles-Picard (G et C). « La vie quotidienne à Carthage au temps d'Hannibal », Hachette, 1958 ; « Vie et mort de Carthage», Hachette, 1970. 7..Harmand (Louis).« L'Occident romain. Gaule-Espagne-Bretagne-Afrique du Nord (31 avoJ.C. à 235 ape lC.) », Payot, 1960 (ouvrage de base, cf. Ch.X à XIII) ; Lepelley (Cl). « Les cités de l'Afrique romaine au Bas-Empire », Paris, 1979; Cagnat (R). « L'armée romaine d'Afrique et l'occupation militaire de l'Afrique sous les empereurs », Paris, 1913 ; Le Bohec (Y). « La Troisième légion Auguste », Paris, 1989.(Fondamental) ; Salama (Pierre). «Les voies romaines de l'Afrique du Nord », Paris, 1951.

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8. Gagé (Jean). « Les classes sociales dans l'empire romain ». Payot, 1964 (ouvrage de base, cf. III, Ch.II et III) ; Kolendo (Jerzy). « Le colonat en Afrique sous le HautEmpire », Les Belles Lettres, 1991. (Montre que le colonat, propre à l'Afrique, est lié au passage de la vie nomade ou semi nomade à la vie sédentaire pour de nombreux indigènes. Son rôle aurait été essentiel dans la prospérité de l'Afrique à partir du lIe siècle.) 9. Julien (C-A). Histoire ( op.cit. , Ch..VI-VII et VIII) ; Lepelley (C). « Les cités de l'Afrique romaine au Bas-Empire », Paris, 1979-1981 ; Charles-Picard (G-C). « La Civilisation de l'Afrique romaine », Turnhout, 1990. 10. Charles-Picard (G-Ch.). «Les religions de l'Afrique antique », Paris, 1954.; Hugoniot (Christophe). «Rome en Afrique », Flammarion (ChamplUniversité), 2000. Il. Monceaux (Paul). «Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne », Paris, 19011923, (T.IV. Le donatisme) ; Maraval (P). « Le christianisme antique de Constantin à la conquête arabe », Nouvelle Clio, 1997 (l'essor du christianisme africain et la crise donatiste); Decret (F).« Le christianisme en Afrique du Nord ancienne », Paris, 1996; Marrou (H.I)-La Bonnardière (A.M). «Saint Augustin et l'augustinisme» (Col. «Maîtres spirituels »), Paris, 1955 (ouvrage classique). 12. Cadotte (A). «Les syncrétismes religieux en Afrique romaine, d'Auguste à Dioclétien. Etude épigraphique », Lille, 2001 13. Le judaïsme est très présent à Carthage: Mièse (J). «Les Juifs et les établissements puniques en Afrique du Nord;» Revue des études juives, XCIII, 1902. ; Sloush (Nahum). « Hébréo-Phéniciens », Paris, 1909; «Judéo-Héllènes et Judéo-Berbères », Paris, 1909 ; « Civilisation hébraïque et phénicienne à Carthage », Tunis, 1911. Il se développera dans l'empire romain: Juster (Jean). « Les Juifs dans l'empire romain », Paris, 1914, 2 vol., en particulier en Afrique du Nord chez les Berbères: Simon (Marcel). «Le judaïsme berbère en Afrique ancienne ». Les mesures discriminatoires contre les Juifs « s'accompagnent d'une polémique antijuive dont Tertullien, Saint Cyprien, Saint Ambroise, Saint Augustin se feront avec Saint Chrysostome, les plus virulents propagandistes». Chouraqui (André). « Histoire des Juifs en Afrique du Nord », Hachette, 1985, p.70) ; Iancu (C)- Lassère (J.M), (dir), «Juifs et judaïsme en Afrique du Nord dans l'Antiquité et au haut Moyen-Age» ; (Colloque de Montpellier, sept. 1983), Paris, 1985. 14. Bénabou (M). « La résistance africaine à la romanisation », Maspero, 1976. 15 Courtois (Christian). « Les Vandales et l'Afrique », Paris, 1955 ; Gautier (EmileFélix). « Les siècles obscurs de l'Afrique du Nord », Payot, 1952, (pp.175-197). 16. Demougeot (E). « Le chameau et l'Afrique du Nord romaine» Annales ESe 15, 1960, pp.209-247. 17. Diehl (Christian). « L'Afrique byzantine. Histoire de la domination byzantine en Afrique (533-709) », Paris, 1896. 18. « Parmi les Berbères juifs, on distinguait les Djeraoua, tribu qui habitait l'Aurès, et à laquelle appartenait la Kahena, femme qui fut tuée par les Arabes à l'époque des premières invasions. Les autres tribus juives étaient les Nefouça, Berbères de l' Ifrikya, les Fendelaoua, les Mediouna, les Behlouda, les Ghratha et les Fazaz, Berbères du Maghreb el-Akça ». Ibn-Khaldoun. « Histoire des Berbères », trad. de

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Slane 4 volumes, Alger, 1852-1856, T.I, p.208. Sur la judaïsation des Berbères: Chouraqui (A).Histoire des Juifs, (op.cit., II, Ch.IY). 19. El Bayan. «Histoire de l'Afrique et de l'Espagne », trad .E. Fagnan, Alger, 190 1. 20. Chouraqui (op.cit., p.86). Slousch soutient que les seules différences entre le punique et l'hébreu relèvent de l'orthographe et de la prononciation. Dans le même sens, Gsell écrit; « Saint Augustin nous révèle que, de son temps, le punique était très répandu dans les campagnes; Procope, qu'on le parlait encore au lye siècle. De là, à la conquête musulmane, l'intervalle est court. Or, l'arabe apparenté à cette langue pouvait facilement le supplanter, comme l'araméen, autre idiome sémitique, avait supplanté, bien des siècles auparavant, le phénicien en Phénicie. Il est donc permis de supposer que beaucoup de Berbères adoptèrent la langue de l'Islam parce qu'ils l'apprirent sans peine, sachant le punique. » Gsell. (op.cit., T.IY, p.498), in Chouraqui, p.55. 21. Harmand. (Occident, op.cit., p.353). 22. «Le kharidjisme, s'étant rapidement propagé dans le pays, devint pour les esprits séditieux une puissante arme pour attaquer le gouvernement (...) De tous côtés ces aventuriers kharedjites recrutèrent des partisans parmi les berbères de la basse classe. », Ibn Khaldoun, (op.cit. T.I, p.216). 23. « la zone des steppes nous fixe sur la véritable nature du royaume rostémide, un royaume de nomades purs.» Gautier (E-F). Les siècles obscurs (op.cit., pp.302316) ; Ibn Khaldoun, (op.cit, T.ll, pp.220-243) ; Marçais (Georges). « La Berbérie musulmane et l'Orient au Moyen Age », Aubier, 1946, pp.lOI-113. 24. «Il n'est guère d'oasis, depuis Gabès jusqu'à Figuig et Sidjilmassa, dont le développement ne soit pas dû aux kharedjites, de quelque nom qu'on les nomme, çofrites, ibadites, etc., ils ont été les colons du Sahara ».Masqueray, trade De la chronique de Abou-Zakarya, p.2?6. 25. Lombard (Maurice).« L'islam dans sa première grandeur, YIII-IXe siècle ». Flammarion/Champs, 1994 (p.?? et Ch.Y. Les problèmes monétaires.) ; Braudel (Fernand). « La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II », A.Colin, 1966.2 vol. (T.!, 2e.part.II, I.La Méditerranée et l'or du Soudan). 26. Marçais (op.cit., Ch.!II, II, Le royaume des Zirides). 27. Lombard, (op.cit., carte sur le trafic de l'or du Soudan, p.133). 28. Julien (op.cit., p.451). 29. Gautier (E-F) « Le cadre géographique de l'histoire de l'Algérie» in Histoire et Historiens, Alcan, 1931, p.31. 30. Bernard (Augustin). « L'Algérie », Alcan, 1929, p.139. 31. Gautier (E.F). « Structure de l'Algérie», Société d'éditions géographiques, 1922. 32. À partir de l'existence d'une couche de marchands faisant fructifier leurs bénéfices, Rodinson parle d'un «secteur capitalistique pour l'ensemble de leurs activités. » Il apporte une correction en ajoutant que « l'extension de ce secteur, le développement de ces activités sont limités.» Rodinson (Maxime). «Islam et capitalisme », Le Seuil, 1966, p.?O. 33. Lombard, (op.cit., pp.232-233) ; Léon (Abraham). « Conception matérialiste de la question juive, » EDI, 1968, pp.29-30. 34. Marçais, (op.cit., III-Chap.I-« Les Almoravides. L'ascension du Maghreb. ».

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35. Marçais, (op.cit., III, Chap.II-« Les Almohades. L'apogée du Maghreb ». 36. Bargès (abbé). « Histoire des Beni-Zeiyan, rois de Tlemcen, » B.Duprat, 1853 ; Bargès « Tlemcen, sa topographie, son histoire, etc. », Duprat, 1859. 37.. Braudel (Fernand). « Les Espagnols en Algérie (1492-1792) ». Histoire et Historiens de l'Algérie, (op.cit., pp.231-266.) 38. Monlaü (Jean). Les États barbaresques, Paris, 1964. ; Julien (op.cit., II, Ch.VI. La domination turque en Algérie et en Tunisie (1516-1830)); Kaddache (Mahfoud). « L'Algérie durant la période Ottomane », Alger, OPU, 2003. 39. Braudel (op.cit, T.II, VII, 2, La course, forme supplétive de la grande guerre) ; Boyer (Pierre). «Alger à la veille de l'intervention française », Hachette, 1964, (Ch.IX. la course et les raïs). 40. Chaque odjaq était commandé par un oda-bachi assisté par un vekil-hadji, une sorte de sergent-major. L'avancement se faisait à l'ancienneté. Le oda-bachi passe ainsi boulouk-bachi (officier), position qui peut le mener au poste d'agha de la milice, pour être nommé deux ans après, mazoul agha, ou agha retraité. Vivant de leur soIde et possédant de nombreux privilèges, les Turcs formaient «une communauté très unie, représentant une force militaire, une autorité administrative et une puissance foncière. » Kaddache (op.cit., p.206). 41. Bontems (op.cit., les institutions régionales, pp.49-55) ; Boyer (op.cit., Ch.IV. Le gouvernement); Kadache (op.cit., Les beyliks du Titteri, de l'Ouest et de Constantine ). 42. Boyer (op.cit., Ch.IV. Le gouvernement.) 43. « Les Zouaves ou Zouaoua sont des Kabyles indépendants de la province de Constantine qui vendent leurs services aux puissances barbaresques comme le font les Suisses en Europe» comme l'ont toujours fait leurs «cousins» riffains.» Morizot (Jean). « L'Algérie kabylisée », Peyronnet, 1962.p.54. 44. Bontems (Claude). «Manuel des institutions algériennes. De la domination turque à l'indépendance, 1518-1870, » Cujas, 1976, (pp.48-49). 45. Yacono (Xavier). « Peut-on évaluer la population de l'Algérie en 1830 », Revue Africaine, 1954; Kateb (Kamel). «Européens, «Indigènes» et Juifs en Algérie (1830-1962) », INED/PUF, 2001 (pp.11-13). 46. Max (Karl). Le Capital, Ed. Sociales, 1974, (T.I, Liv.I, Ch.l. La marchandise). 47. Ernest-Picard (P). « La monnaie et le crédit en Algérie depuis 1830 », Carbonel/Plon, 1930. (Ch.I. Le crédit et la monnaie dans la Régence d'Alger.) 48. Lacoste (Yves)-Nouschi (André)-Prenant (André). « L'Algérie, passé et présent, » Ed.Sociales, 1960 (Structures et économie agraire de l'Algérie en 1830, pp.199-217) ; Boyer (op.cit., Ch.VI. L'économie) 49. Lacoste (id, p.219). 50. Boyer (op.cit., Ch.V. La vie des différentes communautés ethniques). 51. Lacoste, (op.cit., p.188) 52. Boyer (Alger, op.cit., Ch.VI, Le commerce). 53. En 1817, Ali Khodja quitte le palais de la Jenina en transportant le trésor et s'enferme avec ses fidèles dans la forteresse de la Casbah. Aidé de contingents kouloughli et kabyles, il noie dans le sang la révolte des janissaires. Boyer (op.cit, pp.92-95). 54. Julien (op.cit.,p.679)

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55. Lacoste-Nouschi-Prenant (op.cit., p.180-182) 56. Vilar (Pierre). «Or et monnaie dans I'histoire» Champs/Flammarion, 1978 (Ch.V-VIII) ; Braudel (La Méditerranée, op.cit.) 57. Pirenne (Henri). «Histoire économique de l'Occident médiéval ». Desclée de Brouwer, 1951 (Mahomet et Charlemagne, pp.62-70). 58. Duby (Georges). « L'économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval », 2 vol. Aubier, 1962.; Bloch (Marc) « Les caractères originaux de l'histoire rurale fTançaise », A.Colin (Agora), 2006 ; Balard (M)-Genet (J.P)-Rouche (M). « Le Moyen Age en Occident », Hachette supérieur, 2005. 59. Le Goff (Jacques). «Marchands et banquiers du Moyen Age », 1969; «La civilisation de l'Occident médiéval », Champs/Flammarion, 1997 (fondamental); Lopez (R.S). « La Révolution commerciale dans l'Europe médiévale », 1974. 60. Mauro (Frédéric).« L'expansion européenne (1600-1870) », PUF, 1967. 61. Wittfogel (Karl). «Le despotisme oriental ».éd. de Minuit, 1977. 62. « Sur le féodalisme ». Centre d'études et de recherches marxistes, Ed.Soc.1971. 63. id, Gallissot.« L'Algérie précoloniale» (pp.147-187). 64. id, « Archaïsme de la société maghrébine» (pp.223-232) et Valensi (Lucette). « Le Maghreb avant la prise d'Alger ». Questions d'histoire/Flammarion, 1969. Confirmation de cette caractérisation de Lucette Valensi en se référant aux grands classiques du Moyen Age: Ganshof (F.L). « Qu'est-ce que la féodalité? ». Paris, 1982; Bloch (Marc). «La société féodale », Paris, 1968; Boutruche (R) « .Seigneurie» et féodalité », T.2 : L'Apogée (XIe-XIIIe siècle), Paris, 1970. 65. id « Réflexion critique sur le dossier: l'Algérie précoloniale » (pp.181-187). 66. id. « Le rapport ville-campagne dans I'histoire du Maghreb» (pp.218-220). 67. id. La transition du féodalisme en capitalisme (pp.35-48). 68. Marx (Karl). « Le Capital ». Ed.Soc.1973, (Livre premier, T.III.8ème section. L'accumulation du capital.) 69. id, .Ch.XXXIII. « La théorie moderne de la colonisation ». 70. Guiral (Pierre). «Marseille et l'Algérie(1830-1841 », Gap, Ed.Ophrys, 1957; Julien (Ch-A). « Marseille et la Question d'Alger à la veille de la conquête », Revue africaine, 1919, pp.16-61. 71. « Le trésor de la Kasbah, inventorié, donna 48 millions et demi, somme un peu supérieure aux dépenses de l'expédition, mais très inférieure à ce que l'on escomptait. » A. Bernard (op.cit., p.181) ; « Le trésor d'Alger et les prises payèrent largement les fTais de l'expédition» Julien.(Conquête, op.cit., p.57) ; Ernest-Picard. (op.cit.. Ch.1. Le trésor de la Casbah). 72. Azan (général Paul). « L'expédition d'Alger», Plon, 1930 ; Noguères (Henri). « L'expédition d'Alger », 1830, Julliard1962 (Utilisation des témoins directs pris dans les deux camps pour une constitution au jour le jour de l'expédition d'Alger, jusqu'à la révolution de juillet). Le texte de la Convention se trouve dans Bontems (op.cit., pp.l 04-105). 73. Esquer (Gabriel). «Les commencements d'un Empire. La prise d'Alger (1830) », Larose, 1929. 74. « De fait, pendant 40 ans, de 1830 à 1870, l'Algérie allait devenir le champ de manœuvres et le domaine réservé de l'Armée.» Ageron (Ch-R). «Histoire de l'Algérie contemporaine », PUF (Que sais-je ?), 1980, p.8.

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La régence d'Alger ne fut qu'un État artificiel plaqué sur une Algérie organisée en villages dans les montagnes des Aurès et de Kabylie et en tribus maillées par des Confréries qui jouèrent un rôle essentiel dans la lutte contre les forces françaises. Cela signifie les précisions apportées ici sur les Confréries

DEUX CONFRÉRIES REBELLES Les Confréries ayant joué un rôle essentiel dans la mobilisation des tribus contre les forces françaises, il semble important de fournir quelques précisions sur deux d'entre elles, les plus importantes. Parlant des Derqaoua et des Rahmanya, Rinn écrit que ce sont: « Ce sont les deux ordres que nous avons le plus frappé, parce que ce sont eux qui ont paru, jusqu'ici fournir le plus d'inspirateurs ou de combattants aux insurrections; ce sont aussi les deux ordres qui ont pris, depuis notre arrivée en Algérie, le plus de développementl.» Derqaoua. C'est une branche détachée de la Confrérie mère des Chadelia qui, en opposition à ses principes fondateurs, s'était inféodée au pouvoir chérifien2. Au XIIe siècle, un théologien célèbre au Maghreb, Abou l'Hassan Moulay préconisa le retour au chadélisme. Et c'est son élève, Moulay el Arbi ed Derqaoui qui, à partir de la zaouia de Bou Berih, créa l'ordre, en le fondant sur un puritanisme rigoureux, des préceptes de pauvreté, de stricte discipline, d'exemplarité et de radicalisme « En s'offrant en exemple à la foule et combattant aussi bien les gouvernements établis que les musulmans qui ne suivent point leurs doctrines rétrogrades3 » Depuis la formation de la Confrérie, on trouve des Derqaoua dans tous les mouvements insurrectionnels du Maroc, comme en Algérie où ils affrontent les Turcs avec acharnement. En 1804, ils dirigent la révolte de la Kabylie de Collo et infligent une défaite au Bey de Constantine. Mais l'exemple le plus remarquable est celui du cheikh Ben Chérif qui mena, de 1805 à 1813, une lutte acharnée contre le Bey d'Oran. Grâce aux khouan (militants) derqaoua implantés dans l'Ouarsenis et le Titteri, il souleva toutes les tribus raïas subordonnées et soumises au kharadj (impôt), du Chélif à la frontière marocaine4. Cette « véritable révolution sociale» (Emerit) sera écrasée, mais elle ressurgira à plusieurs reprises dans les Babors, les Flissas et le Titteri jusqu'en 1813.

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. tribus et à diriger les insurrections en renouvelant les méthodes de lutte. . La qualité des dirigeants, cultivés et aptes à l'organisation, la diplomatie et
Le mode de sélection rigoureux des khouan, leur aptitude à mobiliser les

Les Turcs, pour qui les termes «d'insurgé et de derqaoui» étaient synonymes (Julien) exerceront une répression féroce contre la Confrérie. Mais les persécutions confortèrent les khouan, dans leur refus de tout compromis avec le pouvoir turc. Entrés en clandestinité, ils formeront des réseaux, en prenant appui sur les zaouias qui disposaient de moyens financiers importants. Dans la longue chaîne des insurrections dirigées contre les Turcs, puis contre les Français, plusieurs caractères se dégagent: . L'indépendance matérielle et organisationnelle des différentes branches envers le pouvoir. Ainsi, dans la zaouia de Madaghra (Tafilalet), fondée et dirigée par des chorfa apparentés à la famille régnante «garde une indépendance absolue» envers le Sultan5. La vitalité de l'ordre, constamment dynamisé par la création des zaouias, dirigées par des chioukhs énergiques.

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la guerre. Ces qualités qu'on retrouve chez des chefs comme Mohamed ben Ali6, Ben Arach7, Ben Chérif\ Si Lala, Si Lazereg, Si Kaddour et Bou Amama dessinent un type de leader, identifiable et reconnu par les populations menacées et écrasées. Vers 1880, Mohammed El Habri, moqaddem de la zaouia de Kherther (Rif) s'installera à Tarjirt puis à Drioua ( Ben Snassen) où, devenu Cheikh, il donnera à son ordre, détaché de la zaouia de Bou Berih, un caractère radical. Ses moqaddem investiront l'Oranie, avec comme point d'appui la zaouia de Ain Fezza (mixte) et les deux zaouias de Saïda. Très actifs, «ils surent s'attirer la sympathie des mécontents et des fanatiques». Bientôt, l'ordre, avec ses 21 lieutenants (moqadem) résidant à Ain Fezza (4), Tlemcen (2), Oran (6), Saida (2), Nedromah (1) et implantée dans 22 centres, avec ses 3.612 affiliés dont 394 Khaouniet (femmes), devint la plus dynamique des 8 branches de la zaouia de Bou Berih9. Si les zaouias de Madaghra et de Drioua sont les deux pôles de la zaouia mère de Bou Berih, au Maroc,
« il n'est pas de tribu qui ne compte un certain nombre de derouich Derqaoua ; on cite des zaouia importantes à Fès, Marrakech, Medjour, Kherther (Rit) ; des couvents secondaires dans presque toutes les villes et tribus de l'empire et des corporations chérifiennes. » On peut considérer la confrérie comme la plus importante du Maroc, celle qui représente réellement, l'esprit et les aspirations des populations berbères et constitue le parti de l'opposition systématique au gouvernement.

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Très nombreux au Touat et au Gourara, les Derqaoua sont en outre, répandus dans tout le Sahara jusqu'à Tombouctou..." en Tunisie, en Tripolitaine, en Egypte et au Hedjaz. Ce sont les socialistes musulmans de l'Afrique septentrionale, tout comme les Ouhabites sont ceux du Hedjaz. Ils n'admettent aucun joug et sont en insurrection permanente contre tous ceux qui détiennent le pouvoir, qu'ils soient arabes, Turcs ou ChrétienslO. »

Au cœur de toutes les insurrections de l'Algérie occidentale et fortement implantés au Maroc et au Sahara, les Derqaoua, dont la comparaison avec les ordres de la chrétienté (ordres mendiants, jésuites, Templiers) serait utile, resteront les adversaires irréductibles de la colonisation française en Afrique du Nord. Insistons sur quelques points: l'importance de la filiation marocaine des Derqaoua, leur implantation dans le Rif, les Beni Snassen et le Maroc oriental ( le bled Siba ), la lutte ininterrompue menée contre le Turc puis contre les Français, en Oranie, sur les confins, au Sahara puis au Maroc. Ces traditions qui font partie de l'héritage social et culturel de Messali Hadj, expliquent la profonde implantation du messalisme pendant la guerre d'indépendance. Rahmaniya L'ordre fut fondé, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par un Kabyle du Djurdjura, Abderrahman Bou Qobrin. L'ordre recrutera des adeptes en Tunisie et au Sahara, mais il gardera surtout un caractère kabylell. À condition de prendre en compte les relations entre les Kabylies, les hautes Plaines du Constantinois, les Aurès et la Mitidja. La carte de l'insurrection de 1871 établie par Rinn, montre bien quelle était l'aire de diffusion de la Confrérie, ou plutôt de l'une de ses branches. À la différence des Derqaoua, les Turcs recherchèrent et obtinrent un accord provisoire et limité avec les Rahmaniya. Sans reprendre l'historique et sans faire une étude détaillée, insistons sur les similitudes dans les structures et les comportements entre les Derqaoua et les Rahmaniya: la vitalité des deux ordres et leur aptitude à forger, à travers le j ihâd des modèles de résistance et une culture de la guerre. Annie Rey-Goldzeiguer a établi l'existence de liens entre les deux ordres, dès 1864-1866, ce qui explique, pour une part, l'alliance nouée entre Kabyles et Tlemcéniens, au sein de l'Étoile Nord-Africaine. Après la grande guerre, les confréries jouent un rôle plus limité; leurs discours s'épuisent et elles entrent en compétition avec les organisations politiques nouvelles, les Oulémas12 et le mouvement des élus. Elles seront relayées par le PPA, qui capte les forces vives, propose des modèles d'organisation plus efficaces, crée un nouvelle symbolique. Mais le passage 37

du modèle confrérique au modèle PPA se fait sans rupture: les défilés derrière le drapeau algérien reprennent la tradition des défilés confrériques, tout comme l'organisation quasi militaire du PPA, le port de la chéchia, la solennité des manifestations, le respect des chefs.

Notes
Sur les Confréries, il existe une importante documentation car ce furent les cadres de résistance à la colonisation. Cela explique que les études les plus fouillées soient le fait d'officiers des Affaires indigènes, d'interprètes, de professeurs ou d'admi-nistrateurs rattachés au Gouvernement général ou à l'Armée. -----------------------------------------------

1. Rinn (Marabouts p.I 08-109) 2. Letourneau (Roger).« Derkawa». Encyclopédie de l'Islam. ; Lacroix (Napoléon (cdt). Les Derkaoua d'hier à aujourd'hui: essai historique, Alger, 1902, 34 p. 3. Depont (Octave )-Coppolani (Xavier). Les confréries religieuses musulmanes. Alger, Jourdan, 1897, 511P +carte (p.l 03) 4. Delpech (Derk'aoua, op.cit.) 5. Depont-Coppolani (op.cit. p.507) 6. Appelle en 1783, les fidèles au Jihâd contre le Turcs et bat les troupes du Maghzen, en Oranie (Esterhazi cité par Depont, p.505) 7. Défait en 1808, l'armée du bey Osman (Kabylie) 8. Cour (art.cité) 9. Depont / Coppolani. (op. cit, p.511) 10. Id p.5l2. Il. Julien ( Algérie, p.17) ; Margoliouth. «Rahmâniya» (Ene. Islam, 1936); Hanoteau et Letourneux. La Kabylie et les coutumes kabyles, P, 1893, 3 vol. 515, 560 et 465 p. (nombreuse données sur les origines et l'importance de la confrérie.) 12. Merad Ali. Le réformisme musulman en Algérie de 1925 à 1940. Essai d'histoire religieuse et sociale. Thèse. Ch.!l!. Les forces religieuses en présence (Étudie l'opposition entre l'Islam traditionnel: maraboutisme, Confréries et l'Islam réfor-miste des Oulémas.

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Carte hypsométrique de l'Afrique du Nord

Le recul de la puissance romaine

Carte hypsométrique de l'Afrique du Nord

Antonio Ibla - GiustoTraina « L'Afrique romainede l'Atlantique à la Tripolitaine
(69-439 ap.J-C.)) Sreal,2006

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C.A Julien (Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830) Payot, 1994.

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Livre I

LE CENTENAIRE DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE

Chapitre I LA CONQUÊTE (1830-1870) La période des hésitations
La prise d'Alger révéla que la Régence ne fut qu'« une colonie d'exploitation dirigée par une minorité de Turcs, avec le concours de notables indigènes» (Charles-André Julien). Ignorant tout de l'Algérie et de ses populations, la monarchie de Juillet flotta longtemps entre occupation restreinte, conquête ou complète évacuation. Au Parlement et dans la presse, les anticolonistes, hostiles au maintien de la France à Alger s'opposèrent aux colonistes, partisans de la conservationl. En fonction de l'opinion qui prévalait, les effectifs étaient augmentés ou réduits, l'armée changeait de chef et la colonie de gouverneur. Jusqu'en 1840, se succèdent Clauzel (septembre 1830), Berthézène (février 1831), Rovigo (décembre 1831), Voirol (avril 1833), Drouet-Derlon (juillet 1834), Clauzel (juillet 1835), Damrémont (février 1837) puis Valée (décembre 1837). Pendant trois ans, la présence française est incertaine. Louis-Philippe louvoie entre les libéraux et les ultras puis il désavoue Clauzel, qui voulait installer à Oran et Constantine, des beys tunisiens vassaux de la France. Après l'échec de cet essai de protectorat, le Parlement adopte en juillet 1834, les conclusions d'une Commission d'enquête qui limitait « l'occupation militaire aux villes d'Alger et de Bône avec leurs avantpostes ainsi qu'à Oran et Bougie2. » Cette politique d'occupation «restreinte» était fragile, car après l'effondrement de l'État turc, deux pouvoirs nouveaux émergent. À l'est, celui du bey Hadj Ahmed, un koulougli revendiquant l'héritage du dey et dont l'autorité s'accrut, après le désastre infligé à l'expédition de Clauzel devant Constantine3. À l'Ouest, celui d'Abd el-Kader, « homme de zaouia », imprégné de mysticisme qui se révèlera aussi chef de guerre, diplomate et homme politique remarquable.

Abd el-Kader: un émir guerroyant
L'émir est né en 1807-1808 dans la région de Mascara. Il était le fils d'un sharif, Mohi ed-Dine, réputé pour son érudition, sa sagesse et son sens de l'organisation, devenu moqaddim de la puissante confrérie des Quadriya. De 1826 à 1830, il accompagne son père dans un pèlerinage à la Mecque, visite à Bagdad le tombeau d'Abd el-Kader el Djilani, fondateur de l'ordre de la 45

Quadriya et séjourne à Damas et en Egypte où il étudie l'administration du pays. Le retour en Algérie coïncide avec la chute de la Régence. En 1831, les Français sont installés à Oran et les Marocains veulent s'imposer à Tlemcen. En 1832, le jeune homme est intronisé à 24 ans, émir, conducteur dujihâd, par trois tribus: les Beni Hachem, les Beni Amers et les Gharabas. A peine investi du pouvoir, l'émir proclame le jihâcf, tente d'écraser les anciennes tribus du Maghzen turc, en particulier celles des Douairs et Smala et de reprendre Oran et Tlemcen5. Le Parlement ayant opté pour l'occupation restreinte en Algérie, l'émir accepte la paix que lui propose le général Desmichels. Le traité signé le 26 février 1834 fournit une consécration politique à Abd el-Kader. Il en profite pour se réorganiser, vaincre les tribus maghzen ralliées aux Français et s'impose avec l'aide du général Desmichels dans le beylik. Le général Trézel, successeur de Desmichels ayant renoué avec les tribus maghzen, l'émir proclame le Jihâd et inflige à Trézel une défaite au défilé de la Macta (28 juin 1835). Pour laver cet affront, Clauzel le «Scipion africain» est rappelé. Les deux expéditions victorieuses à Mascara et à Tlemcen, sont annulées par une défaite à Sidi-Yacoub et le siège du camp français de Rachgoun. Chargé de débloquer le camp français, le général Bugeaud à la tête de nouveaux renforts défait l'armée d'Abd el-Kader à la Sikkak (6 juillet 1836). Partisan à cette date de l'occupation restreinte, Bugeaud négocie puis signe avec l'émir, le 30 mai 1837, le traité de la Tafna6. La France conservait en Oranie quatre villes: Oran, Arzew, Mostaganem et Mazagran et dans la province d'Alger: Alger, le Sahel et la plaine de la Mitidja« bornée à l'est jusqu'à l'oued Keddara et au-delà». L'émir se voyait attribuer le beylik d'Oran (moins la partie française), celui du Titteri et la partie non française du beylik d'Alger. La convention de la Tafna, ratifiée avec réticences par la Chambre, rendait Abd el-Kader, maître de la majeure partie de la Régence7. L'émir profitera de la paix signée pour s'imposer aux tribus d'Oranie8, édifier un État, former une armée régulière et élargir son territoire.

L'État d'Abd el-Kader
Le modèle est celui de l'État mekkois originel adapté à la situation existante. L'émir territorialise son émirat en remplaçant les beyliks par des provinces (khalifaliks), subdivisées en districts (aghaliks), regroupant plusieurs tribus, administrées par des caïds et les fractions de tribus (jerkas) par des cheikhs. Écartant les Turcs et la noblesse d'épée (djouâd) l'émir choisit ses khalifas parmi les chefs de tribus locales ou dans les familles maraboutiques. Il établit une hiérarchie stricte et uniforme entre les 46

différents administrateurs devenus des fonctionnaires appointés. Mais les structures antérieures perdurent et en dehors des khalifas, les aghas, caïds et cheikhs, restent liés à leurs tribus. Ils se rétribuaient en prélevant un dixième des impôts qu'ils percevaient. En 1839, on compte huit khalifaliks : ceux de Tlemcen et Mascara en Oranie, ceux de Miliana et Médéa au Centre, celui de Medjana dans le Constantinois et ceux du Mzab, de Laghouat et du djebel Amour au Sahara. Rompant avec le système turc d'une subordination des tribus raïas aux tribus makhzen, l'émir n'exige plus de la population que les impôts coraniques: le kharâ} sera remplacé par l'achour, correspondant au dixième des récoltes, la zekat, impôt de quotité assis sur l'ensemble des troupeaux et une contribution exceptionnelle en cas de djihad, la maouna. Cet impôt de répartition était divisé entre les khalifaliks, à charge pour leurs adjoints de réunir les impôts, plus souvent en nature qu'en espèces, versés dans une caisse publique. La justice fut aussi organisée sur les principes islamiques. Les cadis (juges), furent rétribués mais le Coran restait leur seul guide. En cas d'infraction grave, le coupable était traduit devant le tribunal des Oulémas. Fonctionnant comme une Cour d'appel, elle délivrait un avis, adopté le plus souvent par l'émir. Pour contrôler et défendre le pays, l'émir s'appuie sur un réseau de villes étagées du nord au sud. La ligne nord du système de défense était formée par les villes des khafaliks d'Oranie et du Centre épaulées de centres nouveaux: Tafraout double Tlemcen; Saïda Mascara; Boghar Médéa; T'aza Miliana. Au sud, une ligne de forts ou de villages fortifiés (ksour) contenait les tribus sahariennes. L'émir transforme enfin les villes de Tlemcen, Mascara, Boghar, Saïda, Tagdempt en centres administratifs et économiques9. Sur le plan militaire, Abd el-Kader crée une armée régulière, d'environ 8 mille fantassins et 2 mille cavaliers, habillés, armés et soldés avec le produit de l'impôt. S'y ajoutaient une centaine d'artilleurs et en cas de guerre, les contingents fournis par les tribus alliées, comme à l'époque du maghzen turc. En dix ans, l'émir s'est employé à édifier un État avec un système rationnel d'administration et de fiscalité, une caisse publique et une armée régulière. Il a emprunté aux Turcs et aux Européens des techniques administratives et militaires, mais l'Etat qu'il a fondé restait essentiellement théocratique. (Ageron). La référence à Allah, Mahomet, au Coran et à l'islam était permanente et la lutte menée contre la France, n'est pas «une résistance, moteur de la formation d'un État algérienlO» mais une guerre sainte contre l'infidèle, un Jihâd11. Il est tout aussi abusif de parler de nationalité algérienne à cette date et considérer Abd el-Kader « comme le père du nationalisme algérien12. » Une 47

nation n'existe que sur un territoire déterminé, où les forces productives ayant atteint un certain niveau, des classes sociales et des institutions modernes fonctionnent. Sans assise territoriale réelle, avec une économie fondée sur un mode de production précapitaliste et une base sociale tribale, aucun sentiment national ne pouvait existerl3. L'émir s'est s'imposé par la force aux tribus réticentes et il n'a rallié ni les Kabyles du Djurdjural4 ni le bey Hadj Ahmed, qui, chassé de Constantine en 1837, ne se rendra qu'en 184815. À l'opposé de l'émir, le kouloughli Hadj Ahmed, menait la lutte contre l'occupant au nom du sultan d'Istanbul, pour rétablir la Régence d'Alger.

Bugeaud et Abd el-Kader
En août 1839, le maréchal Valée franchit le passage des Bibân (Portes de fer) en direction du Constantinois. L'émir qui considère que cette région lui est acquise par le traité de la Tafna, proclame la guerre sainte et remporte plusieurs succès. Pour rétablir la situation, Thiers fait appel au général Bugeaud, passé par l'école de la guerre d'Espagne, « le seul homme qui avait battu Abd el-Kader» et qui s'est distingué dans le massacre des ouvriers de la rue Transnonain, à Paris, en 1834. Bugeaud, c'est enfin le député qui s'est prononcé à la Chambre pour « une guerre acharnée» et menée « avec de grands moyens» en Algériel6. Nommé gouverneur de l'Algérie et disposant d'importants effectifs, Bugeaud sera le fondateur de l'armée d'Afriquel? Il remplace le système des petits postes et des fortins par celui des colonnes mobiles de 6 à 7 000 hommes, plus aptes à rayonner sur tout le pays et à affamer les « Arabes» en razziant impitoyablement les tribus et les régions insoumises. En 1842, après deux campagnes, Bugeaud occupe les villes de la zone nord du Tell (Tlemcen, Mascara, Miliana et Médéa), puis les forts et villages fortifiés qui assuraient leur protection: Tagdempt, Saïda, Boghar et Taza. Avec la prise de ces villes, c'est toute l'armature de l'État d'Abd el-Kader qui s'effondre, preuve de sa fragilité. Contraint de vivre dans sa capitale ambulante (la smala), l'émir perd le contrôle de sa population18. En 1843, après la prise de la smala par le duc d'Aumale, l'émir se réfugie au Maroc, qu'il est contraint de quitter19. À l'annonce de son retour en Oranie, les tribus des hautes plaines et de l'Atlas saharien s'insurgent et les confréries soutiennent l'action de Bou Ma'aza (l'homme à la chèvre) qui a soulevé le Dahra, la vallée du Chélif, le Titteri et le Hodna20.La répression sera rapide et féroce et après deux ans de lutte, combattu par les Marocains, traqué et épuisé, Abd el-Kader se rend au général La Moricière, le 23 décembre 1847. La conquête est l'œuvre de Bugeaud, gouverneur général de l'Algérie pendant sept ans (février 1841-septembre 1847). Il a forgé l'armée d'Afrique 48

et mené une guerre de dévastation méthodique des villes et des régions insoumises. La correspondance de Saint-Arnaud, Cavaignac, Montagnac, Changarnier, permet de suivre, de façon précise, les étapes et les modalités de la conquête, avec son lot de razzias systématiques des troupeaux, massacres, pillages, incendies de ksour et de villages. Pélissier restera dans les annales de cette guerre comme le colonel qui a enfumé et asphyxié un millier de membres de la tribu des Ouled Riah, dans les grottes du Dahra21. Après son départ, d'autres révoltes seront écrasées dans le Sud-Oranais et constantinois, le Souf et le Mzab (1854) puis les deux Kabylies, dont la soumission, amorcée par Bugeaud, sera achevée par Randon en 1857. L'Algérie semblait soumise, mais le développement de la colonisation va accentuer la désintégration des sociétés traditionnelles, d'autant qu'elle s'accompagne d'une appropriation des terres collectives et de l'imposition d'un nouveau système juridique, administratif et fiscal. Dans un climat d'inquiétude généralisé, les Musulmans se tournent vers les Confréries Derqaoua, Rahmanya et Senoussya. Elles se trouvent, dès lors, chargées des espérances sociales et religieuses des populations rurales menacées et poussées à l'action. Une nouvelle page des révoltes et de la répression s'ouvre. La chaîne des insurrections (1864-1882)

Après la mise en application du senatus consulte de 1863 qui livrait le territoire des tribus à la colonisation, des révoltes éclatent, se relayant entre elles. L'insurrection de 1864-1865 Initiée par les Ouled Sidi Cheikh (Hauts plateaux oranais), la révolte s'étend du Djebel Amour au Titteri, gagne le pays des Flittas (djebel Amour), puis le Dahra, le Hodna, la Kabylie orientale. Si l'encadrement de la révolte est partiellement le fait de nobles religieux, ce sont les chefs des confréries appuyés sur les marabouts qui jouent un rôle majeur. Grâce aux renforts venus de France, l'insurrection sera écrasée. Le saccage des régions insurgées, le pillage des réserves, la razzia des troupeaux et les lourdes contributions de guerre ruineront l'économie bivalente fondée sur l'équilibre subtil entre céréaliculture et élevage qui prévalait sur les hauts plateaux oranais22. La répression ruinera aussi la politique du clan arabophile menée par Urbain et Lacroix en 1863 et élargira le fossé entre le camp indigène et le camp français23.

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La révolte des Ouled Sidi Cheikh (1867-1870) L'implantation de la colonisation dans les hauts-plateaux oranais a créé les conditions pour une nouvelle expansion vers le Sahara occidental et les confins algéro-marocains. Refusant la désintégration de la société patriarcale et théocratique, les Ouled Sidi Cheikh entraînent dans la révolte une grande partie du Sahara. Jusqu'en 1869, une lutte multiforme atteste de la vitalité très forte des sociétés sahariennes. Dirigée par des chefs des confréries énergiques, la résistance s'organise, mais les colonnes françaises infligent plusieurs défaites aux insurgés. Cependant, malgré les lourdes pertes de la population, les pillages, les destructions et le démantèlement de la société tribale sous les coups redoublés du marteau colonial, le Sahara reste comme le mole berbère de l'Est, de la Kabylie à l'Aurès, des régions qui échappent encore à la colonisation24. L'insurrection de Kabylie de 1871 Jusqu'en 1870, les bureaux arabes avaient maintenu un protectorat de féodaux dans le Constantinois. Les défaites de la guerre de 1870 et la capture de l'empereur, l'aspiration à l'indépendance et l'instauration du régime civil réclamé par les colons, sont les causes principales de l'insurrection. Fin janvier, dans la région d'El Milia, une tribu se soulève et une smala de spahis se mutine. Révoltés et mutins attaquent Aïn Guettar, Tebessa et SouqAhras25. Le 8 avril, le bachagha Moqrani entre en dissidence et proclame le djihâd. En une semaine 150 000 Kabyles se soulèvent. La révolte s'étend rapidement et embrase toute la grande Kabylie, la région d'Aumale, le Hodna et les environs de Cherchell. Les insurgés saccagent les fermes, détruisent les villages et attaquent les villes. Paris réagit sans tarder. Le 9 avril, les premières troupes de l'amiral Gueydon arrivent à Alger et investissent la Kabylie. Après son échec de former « une ligue des seigneurs» (Rinn), Moqrani fait appel au cheikh de Seddouk El Haddad, grand maître de la confrérie des Rahmanya. L'insurrection s'étend aussitôt des ports d'Alger à Collo et jusqu'au Sahara. Elle se développe en trois moments: La première phase (10 avril-5mai) est marquée par l'inaction du bachagha et l'inorganisation de ses contingents, qui mènent des combats confus et peu efficaces. À l'opposé, les khouan Rahmanya, organisés en colonnes de 4 à 5 000 hommes, encadrés par des spahis et dirigés par des chefs déterminés, bloquent les villes et élargissent la lutte à la Mitidja, rejoints par les khammès et les salariés agricoles. Cette phase prend fin avec la mort de Mokrani. Boumerzag, son successeur est un chef énergique, mais, en l'absence d'un plan général de lutte et de moyens, les tribus isolées sont écrasées par 50

l'artillerie qui détruit les fortifications des villages kabyles. Malgré une résistance acharnée (8 mai-19 juillet), le Djurdjura tombe. Du 13 juillet 1871 au 20 janvier 1872, Boumerzag mène les dernières luttes dans les cercles de Collo, Djidjeli, Batna et au Sahara, jusqu'à son arrestation à Ouargla26. La répression aura plusieurs conséquences: La déportation de plusieurs chefs et leurs familles en Nouvelle Calédonie et l'exode de plusieurs tribus vers la Tunisie et la Syrie;

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. Une lourde contribution de guerre (36 millions de francs-or) frappant 800 mille personnes environ. Un séquestre des meilleures terres représentant 70,40 % du capital des indigènes touchés. Le séquestre et les amendes contraignirent les douars à s'endetter et à vendre à vil prix les biens communaux et le bétail. La Kabylie sera frappée dans ses ressources comme dans ses institutions, contraintes de fonctionner dans la clandestinité27. L'Algérie connaîtra d'autres révoltes: le soulèvement d'El Amri (1876), des troubles dans les Aurès (1879), l'insurrection du Sud-Oranais (1881). Mais il ne s'agit que de soulèvements locaux. La chaîne des insurrections, expressions de la lutte contre l'occupant colonial a pris fin avec celle de Kabylie. Notes
1. Julien (Charles-André). « Histoire de l'Algérie contemporaine. La conquête et les débuts de la colonisation (1827-1871) ». PUF, 1964. (Ch.II!. L'occupation restreinte et la colonisation anarchique (1834-1840); Lacoste, Nouschi-Prenant (op. cit. L'opposition « anticoloniste » en France, pp.260-265). 2. Julien (Ch-A) « Conquête, (op.cit., pp.l 08-118) ; Bontems (op.cit., pp.III-112). 3. Les deux expéditions de Constantine ont fait l'objet de nombreux récits et publications. Julien (op.cit., pp.140-142); Azan (Ga1.Paul).» Conquête et pacification de l'Algérie». Lib. de France, 1931. 4. Étienne (Bruno). « Abdelkader ». Hachette/Pluriel, 2003 (Ch.II- Al-Jihad. La guerre juste est proclamée.) 5. Boyer (Piere). « La lutte des races dans l'ouest de l'Algérie avant la paix française» in Emerit (Marcel). « L'Algérie à l'époque d'Abd el-Kader », Larose, 1951, pp.9-37. 6. Le traité Desmichels et celui de la Tafna in Bontems (op.cit., pp.159-167) ; Yver (Georges). « Documents relatifs au traité de la Tafna », Alger, 1937; Ageron (Charles-Robert). «Politiques coloniales au Maghreb ». PUF, 1972 (Premières 51

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négociations franco-algériennes, pp.9-35); Lacoste-N-P (op.cit., pp.257-260); Etienne (Abdelkader, pp.168-170). 7. Julien (op.cit.,pp.137-140; Bernard (op.cit., pp.191-192). 8. L'émir soumit les tribus maghzen Douairs et Smalas, ralliés aux Français, les successeurs de la Régence, les Hachems, les Beni Arrach de la région de Mascara, les Kabyles de Cherchell et Ténès. Il fut aussi combattu par l'ensemble des djouâd. C'est enfin, avec l'aide militaire du maréchal Valée, qu'il chassa Ahmed Bey de Biskra où il poursuivait la lutte contre l'occupant et rasa Aïn Mahdi, siège de la confrérie des Tidjaniya. 9. Saïda était un centre de dépôts d'armes, de blé ou de fer. Située près de Tiaret, Tagdempt deviendra la capitale de l'émir. Son rôle était à la fois stratégique et économique. Il y installera ses premiers arsenaux et fonderies de canon et ses ateliers de frappe de monnaie. 10. Lacoste N-P (op.cit. p.272 et suiv.).L'État d'Abd el-Kader n'avait que les formes de la modernité. Il. Etienne (op.cit., Deuxième partie. Le jihad: la guerre juste en Algérie ).Azan (général Paul). «L'émir Abd el-Kader (1808-1883). Du fanatisme musulman au patriotisme français. » Hachette, 1925. 12. Gallissot (René). «Abd el-Kader et la nationalité algérienne », Revue Historique, 1965, pp.339-368 ; id : «La guerre d'Abd el-Kader ou la ruine de la nationalité algérienne », Hesperis Tamuda, 1964, pp.119-141. 13. Il faut relativiser l'activité économique des villes, dont certaines comme Tagdempt, la capitale de l'émir ne comptait que 2 000 habitants. 14. Morizot (Jean). « L'Algérie kabylisée ». Peyronnet, 1962, p.70 ; Bernard (op.cit. p.193). 15. Lacoste, N-P (op.cit. La persistance du beylik de Constantine, pp.266-267) ; Julien (op.cit., pp.132-142). 16. «Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths. » Discours du 14 mai 1840, cité dans LacosteN-P, p.301. 17. Julien (Ch-A). «Bugeaud ». Les techniciens de la colonisation (XIXe-XXe siècle), PUF, 1946. (Essentiel) 18. La smala était une « Grande ville de tentes, où campaient, avec leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux, des fractions de tribus et des tribus entières; il y avait là 300 douars et plus de 20 000 individus, dont 5 000 combattants.» Bernard (op.cit., p.215). 19. Après la victoire de Bugeaud sur l'armée marocaine à la bataille de l'Isly, l'émir se voyait chassé du Maroc par le traité de Tanger (septembre 1844). 20. Richard (Charles-Louis).« Étude sur l'insurrection du Dahra (1845-1846) », Alger, 1846. (Importance de l'action des zaouias). 21. Sur les méthodes d'extermination: Lacoste-N-P (op.cit., pp.300-315). 22. Julien (id, pp.429-430) ; Rey-Goldzeiguer (Annie) « Le royaume arabe ». Alger, SNED, 1977 (Essentiel). Longue étude sur cette insurrection qui insiste sur le rôle des confréries et des çoffs. pp.275-294.

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