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ALGERIE

De
320 pages
Pour tenter d'apporter un éclairage nouveau à la connaissance du Front Islamique du Salut (FIS) aujourd'hui interdit, l'auteur de ce livre a choisi de donner la parole à quelques uns de ses dirigeants en exil pour qu'ils puissent s'exprimer directement sur les grandes questions qui se posent aujourd'hui en Algérie : la violence, le pouvoir, la démocratie. Donner la parole ne signifie pas croire sur parole. C'est pourquoi l'auteur ne cesse de conduire ces entretiens de manière toujours distancée et critique.
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ALGÉRIE
FIS
Sa direction parle...

Collection Histoire et Perspectives Méditerranéennes dirigée par lean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant l~ monde méditerranéen des origines à nos jours.

Dernières parutions
Samya EL MACHAT, es Etats- Unis et l'Algérie, De la méconnaissance à L la reconnaissance (1945-1962), 1997. François GEORGEON Paul DUMONT et (dir.), Vivre dans l'Empire ottoman. Sociabilités et relations intercommunautaires, 1997. René TEBOUL, 'intégration économique du bassin méditerranéen, 1997. L Ali Ben HADDOU,Maroc: les élites du royaume, 1997. Hayète CHERIGUl, a politique méditerranéenne de la France: entre diL plomatie collective et leadership, 1997. Saïd SMAIL,Mémoires torturées, un journaliste et écrivain algérien raconte, 2 volumes, 1997. Mohammed REBZANI, a vie familiale des femmes algériennes salariées, L 1997. Chérif MAKHLOuF,Chants de liberté. Ferhat la voix de l'Espoir. Textes berbères et français, 1997. Mustapha HOGGA, Pensée et devenir du monde arabo-islamique. Valeurs et puissance, 1997. François CLÉMENT, Pouvoir et légitimité en Espagne musulmane à l' époque des taifas (Vè - Xlè). L'imamfictif, 1997. Michel CATALA, es relations franco-espagnoles L pendant la deuxième guerre mondiale. Rapprochement nécessaire, réconciliation impossible, 1939-1944, 1997. Catherine GAIGNARD, Maures et Chrétiens à Grenade, 1492-1570, 1997. Bernard Roux, Driss GUERRAOUl (Sous la direction de), Les zones défavorisées méditerranéennes. Etudes sur le développement dans les territoires marginalisés, 1997. Serge KASTELL, a maquis rouge. l'aspirant Maillot et la guerre d'AlgéL rie 1956, 1997. Samir BOUZID,Mythes, topie et messianisme dans le discours politique arabe moderne et contemporain, 1997.

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-6169-7

Patrick DENAUD

ALGÉRIE FIS
Sa direction parle...

Éditions L'Harmattan
5-7. rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Du même auteur:

Kalaripayat, Budo Éditions, 1995. Les Arts martiaux, Éditions PUF, 1997 (en collaboration).

Je tiens à remercier, pour leur collaboration et leurs conseils, Nathalie Colombier et M. Laradi.

Avertissement
Les membres du FIS ont eu connaissance, avant cette publication, des textes relatifs aux différents entretiens que nous avons eus. Ils n'ont formulé aucune remarque, ni sur lefond, ni sur la forme.

SOMMAIRE

CHAPITRE
(Les moines)

INTRODUCTIF.

. . . . . . . . . . . . . . . . . 11

Avant-propos. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 Les hommes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29 Le dialogue, arme de paix. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33 Attentats du 4 décembre 1996. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37

ENTRETIENS. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
Bruxelles, mars-avril 1996 Quid Adda Abdelkrim & Ghemati Abdelkrim

Le FIS, histoire,organisationet pensée politique. . . . . . . . .43
Bruxelles, juin 1996

Quid Adda Abdelkrim & Ghemati Abdelkrim

Le FIS en Algérie.. ., . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .77
Bruxelles,finaoût 1996 Quid Adda Abdelkrim & Ghemati Abdelkrim La lutte du FIS, ses moyens et ses buts. . . . . . . . . . . . . . . . 95 Bonn, finaoût 1996 Rabah Kebir Le Président de l'IEFE, histoire, convictions.

. . . . . . . . . . . 119

9

(Les moines)

Londres, fin août 1996 Djaffar Histoire
(Les moines)

El Houari personnelle, perspectives. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147

Bruxelles, octobre 1996 Quid Adda Abdelkrim

& Ghemati

Abdelkrim la guerre des services. . . . . 165

L'environnement
(Les moines)

international,

Bruxelles, fin décembre 1996 Ghemati Bilan
(Les moines)

Abdelkrim de violence. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .201

de cinq années

Londres, fin décembre 1996 Djaffar El Houari

La jeunesse
(Les moines)

et la lutte armée.

......................

211

Cologne, avril-juin 1996 Rabah
Actualités

Kebir
et perspectives

- élections

législatives.

. . . . . . . 245

CONCLUSION.
Le discours
Le discours Les faits.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 259
............................
261

politique.
populaire.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 273

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275

Post-propos. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277 ANNEXES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 285

10

CHAPITRE INTRODUCTIF

Jamais l'homme n'entreprit, avec de si faibles moyens, wze œuvre si démesurée auxforees humaines puisqu'il n'a eu, dans la conception et dans l'exécution d'wz si grand dessein, d'autre instrument que lui-même et d'autres auxiliaires qu'wze poignée de barbares dans wz coin de désert. Enfin jamais homme n'accomplit en moins de temps wze si immense et durable révolution dans le monde, puisque, moins de deux siècles après sa prédication, l'islamisme prêché et armé régnait sur les trois Arabies, conquérait la Perse, le Khorasan, la Transoxiane, l'Inde occidentale, la Syrie, l'Égypte, l'Éthiopie, tout le continent connu de l'Afrique septentrionale, plusieurs des îles de la Méditerranée, l'Espagne et une partie de la Gaule. Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement wz grand homme de l'histoire moderne à Mahomet? Les plus fameux n'ont remué que des armes, des lois, des empires,. ils n'ont fondé (quand ils ontfondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d'hommes sur le tiers du globe habité: mais il a remué, de plus, des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes,. il a fondé, sur wz livre dont chaque lettre est devenue loi, wze nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toute langue et de toute race, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des idoles et la passion du Dieu unique. Ce patriotisme, vengeur des profanations du ciel, fut la vertu des enfants de Mahomet. L'idée de l'wzité de Dieu, proclamée dans la lassitude des théogonies, fabuleuse, avait elle-même wze telle vertu, qu'en faisant explosion sur ses lèvres, elle incendia tous les vieux temples des idoles et alluma de ses lueurs wz tiers du monde. Cet homme était-il un imposteur? Nous ne le pensons pas, après avoir étudié son histoire. L'imposture est l'hypocrisie de la conviction, comme le mensonge n'a jamais la puissance de la vérité. Si laforee de projection est, en mécanique, la mesure exacte de laforee d'impulsion, l'action est de même, en histoire la mesure de laforee d'inspiration. Une pensée qui porte si haut, si loin et si longtemps est une pensée si forte,. pour être si forte, ilfaut qu'elle ait été bien sincère et bien convaincue... Mais sa vie, son recueillement, ses blasphèmes héroïques contre les superstitions de son pays, son audace à affronter les fureurs des idolâtres, sa constance à les supporter quinze ans à La Mecque, son acceptation du rôle de scandale public et presque de victime parmi ses compatriotes, sa fuite enfin, sa prédication incessante, ses guerres inégales, sa confiance dans les succès, sa sécurité surhumaine dans les revers, sa longanimité dans la victoire, son ambition toute d'idée, nullement d'empire, sa prière sans fin, sa conversation mystique avec Dieu, sa mort et son triomphe après le tombeau: plus qu'wze imposture, wze conviction. Ce fut cette conviction qui lui donna la puissance de restaurer wz dogme. Ce dogme était double, l'wzité de Dieu et l'immatérialité de Dieu, l'wz disant ce que Dieu est, l'autre disant ce qu'il n'est pas,. l' wz renversant avec le sabre des dieux
les mensonges, l'autre inaugurant avec la parole wze idée! Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d'idées, restaurateur de dogmes, fondateur de vingt empires terrestres et d'un empire spirituel, voilà Mahomet! À toutes les échelles où l'on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ?

Lamartine. 13

LES MOINES...
44, le Groupe islamique armé affirme de sept religieux français: Christian Marie de Chergé, Paul Dochier (père Luc), Christophe Lebreton, Paul Favre Miville, Michel Fleury, Célestin Ringeard et Bruno Lemarchand. Dans son communiqué

avoir, le 21 mai 1996, « tranché la gorge»

Mai 1997 Londres/Paris. 18h30, par téléphone, Djaffar El Houari me parle de l'assassinat des moines de Tibhérine et m'explique pourquoi ils sont morts... En août 1996 Djaffar El Houari me disait: « L'avenir seul nous dira pourquoi ces pauvres reli-

gieux sont morts et je pense qu'il nous réserve encore des sur. prises»
Djaffar El Houari :

Les services français étaient en contact avec les ravisseurs des moines. Les Français voulaient faire durer les tractations le plus longtemps possible car ayant localisé le lieu de détention des religieux ils préparaient une opération commando pour les libérer. Informées, les autorités algériennes ont très mal pris les choses. Zitouni, l'émir du GIA, qu'il ait été manipulé ou qu'il ait appartenu à la sécurité militaire algérienne, a eu vent de la trahison française et a fait exécuter les moines. Telle est cette « déloyauté» dont parle Zitouni dans son dernier communiqué annonçant la mort des moines, la préparation par les Français d'une opération de forces spéciales pour libérer les religieux sur le territoire algérien. Le journal El Ansar, l'organe du GIA, qui devait faire des révélations importantes, ne les a pas faites, car Abou Koutadha 15

et Abou Mousab, les deux rédacteurs du journal, ont subi des menaces et des pressions vigoureuses des services secrets français, les obligeant à ne pas révéler le contenu des tractations, ni le pourquoi de l'assassinat des trappistes. El Ansar a cessé de paraître immédiatement...
Où est la vérité, que croire, qui croire? Des rumeurs qui circulent dans les milieux islamistes de Londres, une vengeance des services algériens, une opération commando organisée par la France pour libérer les moines - orgueil et prestige en cas de réussite -, un silence complet de la part des politiques - non-information, ristes islamistes... désinformation -, une folie des terro-

De toutes façons un jeu terrible, dans lequel on se demande qui est qui, qui fait quoi... Quelle manipulation, quelle intoxication, quelles tractations? Pour quel enjeu? Tout est dit.

Zitouni a emporté avec lui dans la tombe le secret de toute
cette horreur.

«

Égorger son ennemi, c'est se rapprocher de Dieu»

Un militant du GIA

16

COMMUNIOUÉ 43 DU GIA Dieu dit : « Combattez ceux qui parmi les scripturaires ne croient
pas en Dieu et au dernier jour, n'interdisent pas ce que Dieu et son message ont interdit et ne croient pas à la vraie religion jusqu'à ce qu'ils paient le tribut tout èn étant humiliés ». Il dit aussi: « Combattez tous les polythéistes comme ils vous combattent tous et sachez que Dieu est avec ceux qui le craignent ». Le premier verset concerne les gens du Livre parmi les Juifs et les Nazaréens, et le second concerne tous les polythéistes. Dieu a ordonné aux croyants de tuer les mécréants, en commençant par les plus proches et ceux qui sont les plus dangereux et préjudiciables pour la religion et la vie des musulmans. Dieu a dit : « Ô croyants! combattez parmi les mécréants ceux qui vous portent préjudice et qui trouvent en vous une rudesse. Sachez que Dieu est avec ceux qui le craignent ». C'est en s'appuyant sur ces enseignements que le GIA a tué les mécréants de souche de toutes confessions et ordonné à tout mécréant originel de quitter le pays. Il leur a donné, du temps de l'émirat de mon frère Saïf Allah Dja Far, un délai d'un mois pour le faire. Il a agi en suivant l'exemple du messager de Dieu qui avait laissé un sursis de dix jours à la tribu de Bani Nossayr. Le GIA les a privés de ce qu'ils croyaient avoir comme paix et sécurité. Il a autorisé de liquider ceux qui parmi eux se sont obstinés à rester sur notre sol. Certains ont respecté l'ordre donné, et d'autres se sont entêtés. Alors les Moudjahidines ont commencé à les tuer par groupe ou individuellement. Ainsi d'autres parmi eux ont pris la fuite. Il ne restait que ceux qui ont jugé pertinente leur présence ici, afin de combattre l'Islam et les musulmans. Parmi eux, il y a des politiciens, des militaires, des évangélisateurs et tant d'autres.

Dieu a dit: « Ils ne cesseront de vous combattre jusqu'à votre
conversion à leur religion s'ils le peuvent ». Le bon Dieu a aidé les Moudjahidines du GIA à tuer un grand nombre de mécréants originels, des juifs, des chrétiens, des polythéistes, et des athées. Dieu les a également aidés, depuis plusieurs jours, à enlever sept moines évangélisateurs dans la région de Médéa et qui sont à ce jour vivants et sains.

17

En annonçant après plus de vingt jours leur enlèvement, nous démontrons que ces impies qui ne sont pas en mesure de se protéger eux-mêmes sont également incapables de protéger les autres. Durant les quelques jours passés - notamment depuis que les rangs ont commencé à être épurés des sectaires et des hérétiques, les Moudjahidines ont réussi à faire subir de grandes pertes dans le rang des impies en les tuant ou en les blessant, dans plusieurs régions du pays. À Laghouat, nos frères, les Moudjahidines, ont réussi à tuer plus de cent impies et à en prendre autant comme prisonniers. Ils ont fait tomber un hélicoptère, il s'agit du troisième appareil abattu dans la région. À Médéa même - encerclée par les impies -, une embuscade a été tendue à un de leurs groupes venu chercher les moines. Six pistolets-mitrailleurs ont été récupérés, et environ dix hommes tués. Les autres ont rebroussé chemin et se sont repliés vaincus.

Dieu a dit:

« si des impies qui vous combattent prennent la fuite, ils ne trouveront point de protecteur. La loi de Dieu ne change pas et ne changera pas ».

Il faut noter que les impies, après leur flagrant échec pour cerner toute la région où se trouvent les moines, à cause des actions et coups portés par nos frères Moudjahidines, sont enclins à utiliser actuellement les bombardements avec des canons, des avions militaires et des hélicoptères, avec l'intention pour le moins de tuer les moines, après avoir perdu tout espoir de les retrouver vivants. Dieu en soit remercié dès le début et jusqu'à la fin. Ces orgueilleux moines prétendent que le cheik Abu Younes Atiyya - que Dieu ait son âme -leur a fait la promesse d'épargner leurs vies, et de leur accorder la sûreté. Mais aucun indice n'est disponible pour confirmer son acte. Néanmoins, il ne faut pas y croire, car aucun témoin ne peut en faire le serment. Même s'il avait fait cela, son acte est antinomique ou illicite, surtout qu'ils n'ont pas cessé d'appeler les musulmans à s'évangéliser, de mettre en exergue leurs slogans et leurs symboles et de commémorer solennellement leurs fêtes. Tout cela indique une trahison ainsi qu'il est prouvé par les Oulémas qui ont interprété les conditions définies par l'émir des croyants, Omar Ibn Al Khattab. Cette promesse qu'ils évoquent, même si elle est authentique, ils en ont fait fi. C'est pourquoi ils sont devenus comme ceux qui combattent la religion de Dieu. Ainsi ils méritent le sort des mécréants originels.

18

Une autre interprétation est faite par les hérétiques « algérianistes». Ceux-ci ne considèrent pas comme légitime le meurtre des mécréants originels. Ils dénoncent un tel acte. Ils disent que ceuxci sont des moines et que le moine ne doit pas être tué. Nous leur dirons qu'ils se trompent. Tout le monde sait que le moine qui se retire du monde pour se recueillir dans une cellule s'appelle chez les Nazareens un ermite. C'est donc le meurtre de ces ermites qu'Abu Bakr Al Siddik avait défendu. Mais si un tel moine sort de son ermitage et se mêle aux gens, son meurtre devient licite. C'est le cas de ces moines prisonniers qui ne sont pas coupés du monde. En revanche, ils vivent avec les gens et les écartent du chemin divin en les incitant à s'évangéliser. Leur grief est plus grave encore. Comme il est licite de combattre pour la religion du monde de Dieu et des musulmans, il est aussi licite de leur appliquer ce qu'on applique aux mécréants originels lorsqu'ils sont des combattants prisonniers: le meurtre, l'esclavage ou l'échange avec des prisonniers musulmans, selon l'intérêt légal ainsi que conformément aux recommandations publiées dans le numéro un de la publication Al Ta'ifa Al Mansoura, la communauté victorieuse du cheikh Abud Abdallah Ahmed - que Dieu ait son âme. Le GIA ne croit ni à un dialogue, ni à une trêve, ni à une réconciliation avec les impies. Pour cela nous ne dialoguons pas avec ces saletés et souillures infâmes. Mais nous adressons ce communiqué à la France et à son président, Jacques Chirac. Nous leur disons: « Vos sept moines sont toujours en vie, sains et saufs. »
Comme il est de mon devoir et de celui de tous les musulmans de libérer nos prisonniers conformément au hadith, « libérer le souffrant », je vois qu'on peut échanger nos prisonniers avec les vôtres. Nous en avons une liste complète: d'abord il faut libérer notre frère Abdelhak Layada et nous mentionnerons les autres si Dieu le veut. Mais nous voulons d'abord connaître votre décision. Finalement vous savez que le GIA respecte sa promesse et l'exécute. À titre d'exemple, nous mentionnons le cas de la libération de l'ambassadeur du Yémen et de son homologue d'Oman en échange de la libération de feu le cheik Abud Abdallah Ahymad. L'autre exemple malheureux est illustré par les otages de l'airbus d' AirFrance où devant l'entêtement de Mitterrand et de Balladur, et leur obstination, le malheur est arrivé. Nos frères ont égorgé un bon nombre de passagers et en ont tués d'autres. Avec la volonté de Dieu, nous sommes toujours sur la même voie.

19

Vous avez le choix. Si vous libérez, nous libérerons, et si vous refusez, nous égorgerons. Louange à Dieu.

Jeudi 18 avril 1996 L'émir du GIA, Djamel Zitouni dit Abu Abdal Rahman Amin

Obscurantisme, Moyen Âge, haine. Un texte terrible, insoutenable, glacial. Florilège de la terreur, de l'horreur. Les hommes sont terrifiants. Je me souviens du Liban, en 1984. Un village druze, Kfarmatta, occupé par les milices chrétiennes, avait été repris par les druzes après plusieurs semaines de combats. Je suivais alors les combattants druzes, les villageois, premier journaliste à entrer dans ce petit village de montagne. Partout l'odeur et la vision insoutenable de la mort. Des hommes, des femmes assassinés par dizaines, mutilés... J'avançais aux côtés d'un villageois. Il se précipita vers sa maison. Dans son jardin, il trouva ses deux bébés dans les bras de leur maman, leur tétine encore dans la bouche. Tous trois avaient été égorgés.

Je me souviens... Je m'étais agenouillé avec cet homme, et j'avais pleuré détruit par tant d'horreur.

20

AVANT-PROPOS

L'histoire se répète, comme une bouche sanglante, qui ne vomit qu'un bégaiement furieux.

Albert Camus, Discours pour une paix civile en Algérie

Le fondement de la nation algérienne est l'acte insurrectionnel. Si les autres pays du Maghreb, tels que le Maroc ou la Tunisie, ont su trouver des moyens pacifiques pour se constituer en tant que nations, l'Algérie, elle, a construit son indépendance dans la violence. Dans les années soixante, l'Armée de libération nationale (ALN), branche armée du Front de libération nationale (FLN), préconisait la poursuite de la lutte armée (guérillas, exactions contre les populations, attentats sur le sol français) jusqu'à la formation définitive d'un État algérien libre, et la direction politique du FLN, menée par le Comité de Coordination et d'Exécution (CCE) lui-même dirigé par Ben Bella, était en exil au Caire. Aujourd'hui également, l'Armée islamique du salut (AIS), branche armée du Front islamique du salut (FIS), refuse de baisser les armes tant que le gouvernement empêche l'instauration d'un véritable dialogue avec le FIS, et la direction politique du FIS, menée par Rabah Kebir, est en exil. 21

Bien sûr, il ne s'agit plus de la même époque. Mais le lieu est resté le même, certains acteurs sont toujours là, et les moyens mis en œuvre n'ont pas changé: lutte armée, violence, attentats... Benjamin Stora écrit d'ailleurs, dans l'Algérie en 1995 :
« La successionde gros titres dans les journaux donne l'impression d'être revenu trente ans en arrière. » Le mot « Algérie» évoquait alors, pour de nombreux Français, des images d'affrontements armés, de contrôles policiers, de craintes et de peurs: « Alger: la tuerie anti-française » (France-Soirdu 4 août 1994); « Algérie: la France prise au piège» (Libérationdu 4 août 1994); « La France est déterminée à maintenir sa présence en Algérie» (Le Monde du 5 août 1994); « Les Françaisd'Algérie sous le choc» (Le Figarodu 5 août 1994). On ne cesse d'évoquer, au sujet des événements actuels, les souvenirs de la « première» guerre d'Algérie.. .

Pour comprendre la situation politique complexe de 1997, l'auteur a souhaité interroger les acteurs les plus au cœur de cette pièce de théâtre pas comme les autres. Pendant plus d'une année, il a rencontré régulièrement les responsables du FIS en exil à l'étranger. Illes a écoutés, les a laissés parler, leur a permis de commenter les événements, leurs évolutions et leurs rebondissements au fil des mois. Évolution du discours, de l'analyse, des contradictions parfois... Ces hommes, Rabah Kebir, Ould Adda Abdelkrim, Djaffar El Houari, et Ghemati Abdelkrim, sont d'abord et avant tout des hommes politiques. Ils sont les représentants et les dirigeants d'un parti dont la légitimité populaire, depuis les élections de 1989, n'est plus à démontrer, même si les exactions perpétrées par les groupes armés contre les populations ont entamé son crédit. Ils ont de nombreuses propositions à formuler pour construire l'Algérie de demain. Leur revendication? Le dialogue. Dialogue avec les dirigeants actuels de l'Algérie, dialogue avec les puissances étranacteur essentiel du drame gères et notamment avec la France
~

22

algérien sur les plans historique, migratoire et financier. Leur exigence? La démocratie, pour que soient organisées des élections libres en Algérie, et qu'on laisse s'y exprimer la voix du peuple. Ils ont fait le vœu de prendre la défense des déçus de la société, d'apporter une réponse aux interrogations et aux frustrations de lajeunesse, de redresser l'Algérie pour, comme l'ex-

plique Rabah Kebir, « faire en sorte que demain l'ouvrier dont
le salaire est de 4 000 dinars n'ait pas à payer son litre de lait 40 dinars ». En occupant l'espace central de la contestation, en condamnant la corruption, en proposant un discours fondé sur les valeurs spirituelles et la prise en compte des problèmes sociaux, ils se présentent comme l'incontournable alternative au régime politique en place. C'est en ce sens que ces hommes ont des choses à nous dire. Et leur discours peut et doit nous aider à mieux comprendre: comprendre ce qui se passe en Algérie, les raisons et les enjeux de la situation actuelle, l'avenir dont elle laisse présager. Comprendre aussi ce qui se passe en France, les raisons des attentats terroristes, les jeux de pouvoir en lutte dans les relations avec l'Algérie. L'Algérie est un pays en guerre, et on l'oublie trop souvent. Une guerre mortelle, violente et injuste, qui emporte les civils, les femmes, les enfants, les jeunes... En presque cinq ans, la violence qui oppose les militaires éradicateurs aux partisans de l'Islam a fait probablement plus de 100000 morts. Aux crimes odieux et aux attentats aveugles des groupes islamiques armés (GIA) ont succédé les arrestations et exécutions sommaires perpétrées par les forces de l'ordre. La torture est systématiquement appliquée dans les commissariats, les casernes et les prisons. Effrayés, pris dans l'étau de ces deux violences, les citoyens implorent les partis politiques d'en venir à un accord garantissant la paix. Et pourtant, après avoir chassé les journalistes étrangers, muselé la presse algérienne, et placé l'opinion publique sous anesthésie, les militaires, en toute impunité et à l'abri des 23

regards indiscrets, se sont mis en devoir d'organiser une répression sans précédent depuis la guerre contre le colonisateur français. Compte tenu du rapport de forces sur le terrain, cet état des choses pourrait bien l'emporter encore plusieurs années, tandis que l'Occident, faute d'infonnation véritable, n'a qu'une vision défonnée de la situation, fondée pour l'essentiel sur les assassinats, médiatiques à outrance, visant des journalistes ou des ressortissants étrangers. Dans de telles conditions, quelle doit être l'attitude de la France? Sa volonté affichée de non-ingérence, le vœu pieux d'une aide proportionnelle au retour de la démocratie, en même temps que les livraisons d'armes et l'aide financière accordées au gouvernement, équivaut à une non-politique qui ne garantit en rien la sécurité de son territoire. La preuve, les attentats terroristes de l'été 1995 et de décembre 1996, qui pourraient bien se répéter malgré la vigilance des pouvoirs publics et le démantèlement des différents réseaux terroristes. Alors même que la France est le pays d'Europe occidentale qui accueille le plus grand nombre de musulmans, dont près d'un million d'Algériens, l'islamisme algérien reste pour les Français un phénomène récent, violent, menaçant et difficile à comprendre. La plupart d'entre eux ont peur de ce qu'ils appellent la « montée de l'intégrisme musulman », d'autant plus que la situation de l'Algérie leur paraît être encore inextricablement liée à celle de la France, si bien que le phénomène donne lieu à de multiples analyses dans un climat médiatique et politique tendu et peu clair. On peut trouver de multiples causes à cette attitude: tout d'abord, la spécificité de nos valeurs démocratiques, laïques et républicaines s'accommodent mal de l'attitude politico-religieuse de l'Islam. La France a par conséquent du mal à reconnaître pleinement l'existence d'un mouvement politico-religieux comme le Front islamique du salut, dont l'ambition est l'islamisation du droit et des institutions, ainsi que l'application de lois religieuses issues du Coran. Elle s'oppose, par principe, 24

à établir tout dialogue officiel avec les représentants d'un tel mouvement, alors même que leurs résultats aux élections municipales et législatives leur ont conféré une véritable légitimité en tant qu'interlocuteur politique, arguant qu'au sein de la nébuleuse islamiste, la logique des armes et de la violence semble toujours devoir prévaloir sur les choix politiques: on retient avec plus de fermeté intellectuelle tous les attentats commis au nom de l'Islam que la participation du FIS à Sant'Égidio, et on préfère oublier que ces dernières années, c'est le FIS qui a montré le discours le plus clair et le plus cohérent, que c'est le seul mouvement politique également qui se soit soucié de sa représentativité lors des préparatifs des élections de 1990 et 1991. Ensuite, en ce qui concerne l'Algérie en particulier, force est de constater que les passions suscitées par cent soixante années d'histoire commune ne sont pas éteintes, que nos attitudes et habitudes néo-colonialistes sont toujours vivantes, et que nos relations privilégiées avec les militaires et le gouvernement - pouvoirs en partie d'obédience française -, sont toujours d'actualité. La réalité finalement, c'est que les hommes politiques français, les Français eux-mêmes, forts de l'expérience iranienne, ont le sentiment inavoué que les militaires au pouvoir valent mieux qu'un régime islamiste, une analyse qui ne prend en compte ni la situation particulière de l'état algérien, ni son contexte culturel et religieux. Une analyse qui oublie également que les représentants du FIS ont clairement condamné la violence, particulièrement à l'égard des étrangers, et ont montré en signant la plate-forme de Rome qu'ils étaient animés de la volonté d'aboutir à la paix en respectant la démocratie. Le chômage et la misère sont les premiers responsables de l'attitude de ces jeunes privés d'espoir et d'avenir. La lutte contre la violence, le retour à la paix, doivent nécessairement passer par la mise en œuvre d'une politique économique et sociale inscrite dans la durée, qui donne aux jeunes - dont la seule alternative actuellement revient à choisir entre l'armée et le maquis - une direction de vie et mette fin au désespoir de la population, principal fournisseur des GIA. 25

La seule clé d'une telle situation, c'est le dialogue. Ce n'est qu'en prenant en compte l'avis et les revendications de toutes les composantes impliquées dans le conflit algérien que le paysage politique pourra se transformer, ce n'est qu'à travers la discussion avec les islamistes partisans d'une solution politique que la logique défendue par les groupes armés pourra être vaincue. Le dialogue est la seule voix qui laisse à l'Algérie un espoir de paix. C'est pour toutes ces raisons que l'auteur a laissé s'exprimer les dirigeants actuels du FIS. Au cours de nombreux entretiens réalisés depuis février 1996, à Rome, Bonn, Bruxelles, Londres et Paris, ces hommes dont l'existence politique reste aujourd'hui encore hors-la-loi, et qui sont constamment surveillés par les services de renseignement occidentaux, dévoilent leur vision des choses et leurs projets. Il racontent leur pays, expliquent leur lutte, réagissent sur l'actualité la plus récente, et développent leur projet politique. Il s'agira donc d'une vision « interne» et « brute », parfois même brutale, du Front islamique du salut tel qu'il se présente aujourd'hui en 1997. Un travail simple ou le discours des hommes est privilégié, et non pas une analyse intellectuelle et élitiste telle que pourrait la formuler un penseur médiatique de la situation algérienne... La thématique, volontairement très large, devrait permettre de mieux cerner la diversité et la complexité du problème algérien, et de laisser ainsi place à de nombreuses révélations quant aux jeux de pouvoir en lutte en Algérie, et entre l'Algérie et ses partenaires internationaux. Organisé comme un jeu de questions-réponses entrecoupées de réflexions de l'auteur et de citations journalistiques, l'ouvrage est conçu comme une clé pour pénétrer l'univers politique et religieux des cadres et des dirigeants du FIS, et à travers eux, de l'Algérie d'aujourd'hui. Entre sincérité prudente - souvent - et langue de bois parfois -, l'auteur a pris le parti de laisser ces hommes s'exprimer, de leur laisser la responsabilité d'un discours politique 26

construit à leur manière, avec leurs mots et leur logique, tout en se réservant la possibilité de revenir souvent sur les sujets éludés, pour les amener à mieux exprimer le fond de leur pensée. Menant les débats à la fois sur les thèmes de la politique et de l'Islam, mais également des événements importants de l'actualité, l'assassinat des moines de Tibhérine par exemple (significatif et révélateur de la complexité des rapports franco-algérien), il a eu également à cœur de laisser une large place à la presse occidentale, au travers de citations variées illustrant les thèmes abordés, ainsi qu'aux réflexions les plus récentes des différents spécialistes qui travaillent actuellement sur le problème algérien. Enfin, au-delà des entretiens, les réflexions de l'auteur et les anecdotes personnelles de ses interlocuteurs devraient permettre au discours politique de prendre sa place dans ce contexte particulier, tout en dévoilant les hommes qui l'expriment. Plus d'une année de rencontres, d'interviews au cœur de l'actualité et de la bataille politique, pour que les hommes, finalement, au fil du temps, se découvrent.

En Algérie, ce qui pose problème, c'est l'incessante circulation depuis trente ans d'une culture de guerre dans la société algérienne. Les différents pouvoirs qui se sont succédé ont tous fondé leur légitimité sur l'invocation de la guerre de l'Indépendance contre la France. La valorisation outrancière du principe de la lutte armée au détriment du facteur politique - a été fabriquée par une histoire officielle, épique, légendaire et... religieuse. Ce trop-plein d'une mémoire falsifiée a généré des automatismes redoutables chez les jeunes générations. Aujourd'hui, en Algérie, sur une scène mimétique, se réveille une mémoire de guerre, que certains croient restauratrice de liens fondateurs. Le retour aux siens, la quête d'identité s'opèrent dans l'affrontement, sorte de réponse au désir d'une solidarité, désormais défaite par la « modernisation» autoritaire, voulue par un parti unique.

Benjamin

Stora,

L'Algérie

en 1995

L'islamisme cherche à conquérir le pouvoir ou à exercer sur lui de fortes pressions pour restaurer l'intégralité du dogme religieux et résoudre par le moyen de la religion tous les problèmes sociaux et politiques. Les islamistes sont des intégristes s'ils sont contre toute adaptation de l'Islam, non seulement en matière religieuse, mais aussi dans le domaine sociale et politique. Les musulmans sont fondamentalistes s'ils veulent adapter un Islam épuré et revenu à ses sources de la foi, à la société moderne, et traditionalistes s'ils se cantonnent dans la dénonciation de la dégradation des mœurs. Les musulmans réformistes travaillent dans deux voies: l'exégèse du Coran, et la séparation de la sphère religieuse de la sphère publique. Enfin les néo-fondamentalistes sont, d'après O. Roy, des militants intégristes qui s'impliquent dans un processus de réislamisation par le bas. Un retour à l'Islam qui prend une forme conservatrice, puritaine et messianique, plutôt que révolutionnaire.

Maxime

Rodinson

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LES HOMMES
Rabah Kebir

Rabah Kebir naît à Kenoua, petit village rural de montagne, en 1956. Sa famille, qui fait partie des Ouled Hamished, vit dans cette région depuis sept générations. Bourgeoisie foncière, pieuse et traditionnelle: le jeune Rabah Kebir fréquente le kuttab (école coranique) local dès son plus jeune âge. Il entre ensuite au lycée d'Annaba où il se révèle un excellent élève. Sa conscience politique naît très tôt, dès ses dernières années de lycée: la situation de l'université le préoccupe, il prend parti

pour les islamistes contre les « infidèles ». Il participe dès lors
activement à la protection de la mosquée de l'université contre les « communistes », et en profite pour y prononcer ses premiers discours et y tenir ses premières conférences. Rabah Kebir obtient sa licence en 1979. Il désire poursuivre ses études, mais la législation l'oblige à enseigner cinq années avant de reprendre sa formation. Ses protestations, de même que celles de ses camarades ne changent rien à la situation ; devenu père de famille et militant islamiste actif, il enseignera finalement la physique au lycée de Collo jusqu'en 1991. Avec ses amis, il crée une organisation dès 1980, dont Abdallah Djaballah devient le leader. C'est là qu'il militera jusqu'à ce qu'il devienne, en 1989, vice-président du bureau exécutif du FIS pour la wilaya de Skikda. Ses responsabilités au sein du FIS s'étendent rapidement .:la « révolution de minaret» lui permet d'intégrer le bureau politique national, tandis que la conférence de Batna (juillet 1991) lui permet de devenir responsable de la commission des relations extérieures. C'est lui qui jouera le rôle de porte-parole en septembre et octobre 1991,

durant la période de détention de Hachani, et avec lui que sera décidée la participation du FIS aux élections législatives prévues pour décembre 1991. Après le coup' d'État, puis l'emprisonnement de Hachani (22 janvier 1992), sa position le désigne encore une fois tout naturellement à la tête du parti. Il est arrêté à son tour début février, puis s'enfuit en septembre vers l'Allemagne. C'est de là qu'il s'exprime désormais, en qualité de porteparole; puis de président de l'instance exécutive du FIS à l'étranger. Mis en cause dans l'attentat sanglant de l'aéroport d'Alger, Rabah Kebir sera condamné à mort par le pouvoir algérien. Mandaté par Abassi Madani pour signer les accords de Rome, il n'a pu s'y rendre, les autorités allemandes lui ayant refusé ce déplacement. C'est QuId Adda Abdelkrim qui les

signera à sa place.

.

Les autorités allemandes viennent de lui accorder l'asile politique.

Ghemati

Abdelkrim

Né à Cherchell en 1961, d'une famille sans doute d'origine turque, il vit une enfance aisée et heureuse avec ses cinq sœurs et son frère. Son père dirige une petite briqueterie qui emploie une douzaine de personnes. Elle lui est confisquée par le souspréfet en 1971, mais il parvient à s'en sortir en montant une entreprise dans le transport de matériaux de construction. Tous les enfants de la famille feront des études. Abdelkrim, bachelier en sciences en 1980, puis diplômé de l'ENS en 1985, entame ainsi une carrière de professeur de lycée qu'il ne quittera qu'en 1991 afin de pouvoir se consacrer pleinement à ses responsabilités politiques. Son âme de militant, il l'acquiert à l'université. C'est là qu'il comprend l'importance que l'Islam revêt pour lui. En 1978, un ami militant de la mouvance islamiste l'introduit dans 30

un groupe de réflexion religieuse. Très vite, il prend à cœur sa mission: responsabiliser les élites autour du projet islamique. De 1982 à 1989, il parle dans les mosquées universitaires, organise des conférences et des rencontres, se heurtant en cela à sa propre famille et notamment à son frère, qui ne partage pas ses convictions politiques. En 1989, il s'engage à former un bureau exécutif dans le département de Cherchell. Deux mois plus tard, il rejoint le groupe de Tipasa, au sein duquel il fait la connaissance de Ali Djeddi. Arrêté à deux reprises entre février et mars 1992, Ghemati Abdelkrim quitte l'Algérie pour se réfugier en Europe en octobre 1992. À ce jour vice-président de l'IEFE, il en est l'un des plus hauts responsables, partageant avec Djaffar El Houari la responsabilité de la commission d'information.

Djaffar El Houari
Issu d'une famille d'agriculteurs, Djaffar El Houari entre en 1976 à l'université, où il fait des études de mathématiques. Puis il part en France en 1987 pour y poursuivre ses études (un doctorat de mathématiques). C'est là qu'il crée, pour les étudiants algériens vivant en France, une association qui deviendra la Fraternité Algérienne de France (FAF) après les événements de la fin 1990. En 1989, il adhère au FIS. Proposé comme candidat aux élections législatives de 1991, il obtient 40 % des voix au premier tour. Mais, comme la plupart des hommes politiques de cette époque, il est contraint de quitter l'Algérie après le coup d'État, le 16 janvier 1992. En France, il reprend son travail de militant auprès de la Fraternité Algérienne de France. Mais après l'arrivée de la droite au pouvoir, en 1993, le bulletin de la FAF est brusquement interdit par le ministère de l'Intérieur. Durant la vague 31

d'arrestations du mois de novembre, Djaffar El Houari est arrêté et mis en résidence surveillé dans l'Ariège, puis à Folembray en août 1994, avant d'être finalement expulsé au Burkina Faso. Il réside quelques mois à Ouagadougou puis s'enfuit à Londres, où il vit actuellement. Il n'a pour le moment pas obtenu l'asile politique. À ce jour, il est l'un des plus hauts responsables de l'Instance exécutive du FIS à l'étranger, partageant avec Ghemati Abdelkrim la responsabilité de la commission d'information.

Quid Adda Abdelkrim
Né à Mostaganem en 1955, Ould Adda Abdelkrim entre à l'université d'Oran pour y étudier la psychologie, avant de commencer à travailler à l'hôpital en tant que psychologue clinicien. Militant dans l'âme, habité d'une forte conviction religieuse, il adhère au FIS dès son apparition, en 1989. Il accédera rapidement à un poste de responsabilité, grâce à sa notoriété. Tête de liste lors des élections législatives, il est arrêté, de même que tous les cadres du FIS, et incarcéré à la prison d'Oran. Après les élections et le coup d'État, devenu clandestin, il quitte l'Algérie pour le Maroc, avant de finalement venir s'installer en Belgique en 1993, où il obtient l'asile politique. Aujourd'hui, il est l'un des membres essentiels de l'Instance exécutive du FIS à l'étranger: c'est notamment lui qui remplace Rabah Kebir lorsque celui-ci ne peut s'exprimer; c'est également lui qui se charge des relations entre le FIS et les autres partis algériens. Responsable des relations extérieures, et notamment des relations avec les autres partis politiques, il est également le seul membre de l'IEFE à pouvoir se déplacer librement. Il est aujourd'hui porte-parole de l'IEFE.

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