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Art et enseignement de la prédication

De
265 pages
Grande figure intellectuelle du XVII° siècle, Jean Amos Comenius (1592-1670) fut le dernier évêque de l'Unité des Frères tchèques et moraves, église protestante héritière spirituelle de la réforme hussite. Philosophe, théologien et pédagogue d'exception, il oeuvra pour mettre un terme à la guerre de trente ans, favorisa un dialogue entre catholiques, protestants juifs et musulmans. Il rédigea vers 1621 un manuel d'homilétique à l'attention des séminaristes et des jeunes pasteurs de son Eglise, traduit pour la première fois en français.
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Art et enseignement de la prédication

ŒUVRES PUBLIÉES
Chez le même éditeur

RÉCIT ET FOI CHEZ FÉDOR M. DOSTOÏEVSKI. Contributions narratologique et théologique aux «(Notes d'un souterrain) (1864), Paris, L'Harmattan, 2002 (Critiques littéraires).

POÉTIQUE DE LA FABLECHEZ I<HALILGIBRAN (1883-1931). Les avatars d'un genre littéraire et musical: le maqdm, Paris, L'Harmattan, 2005 (peuples & cultures d'Orient). TRADUCTION
Chez d'autres éditeurs

Jan Erben, IZYTICE.Un bouquetdefleurs} Paris, Bohemica, 2000 (en collaboration avec l'Atelier de traduction de Paris-IV).

www.librairieharmattan.com Harmattan! @wanadoo.fr di ffusion. harmattan @wanadoo.fr @L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-005 l 3-6 EAN : 9782296005136

Jean Amos COMENIUS
( 1592-1670)

Art et enseignement de la prédication
Manuel d'homilétique de l'Unité des Frères tchèques et moraves

Traduit du tchèque et commenté par Daniel S. Larangé

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso Fac. .des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa

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Ouagadougou 12

- ROC

À mes professeurs qui m'ont fait découvrir l'œuvre de Comenius: Madame Dagmar Capkova et Monsieur Jan Blahoslav Lasek de l'Université Charles Madame HanaJechova-Voisine et Monsieur Xavier Galmiche de l'Université Paris-IV et Monsieur Vladimir Urbanek, rédacteur d'Acta Comeniana

L'auteur

remercie sincèrement Claire L.amorlette et Amault pour leur travail de relecture.

Maréchal

La couverture et certaines il/ustrations sont de Bruno S al/ée.

ART ET ENSEIGNEMENT @ L'Harmattan, 2006.

DE LA PRÉDICATION

Comenius, Jean Amos (1592-1670) Larangé, Daniel Sébastien

1. Prédication. 2. Histoire de l'Église. 3. Réforme. 4. Jednota Bratskâ. Principales abréviations:
AC : Acta Comeniana. Internationale Revue für Studien über J .A. Comenius und Ideengeschichte der frühen N euzeit (prag). AJAI< : Ardùv pro badânî 0 zivote a spisech J.A. I(omenského (praha).

CEHM : Comenius' Heritage and Education of Man for the 21 st Century (praha).
FC : Filosoficky Casopis, Praha : Filosoficky ûstav A V CR. CCM : Casopis Ceského Musea (praha). CMM: Casopis Matiee Moravské (Brno). SCetH : Studia Comeniana et Historica (Uhersky Brod). SEER: The Slavonic and East European Review. Symposium Com. : Symposium Comenianim, Praha : Academia, 1982/1986/1992 (praha). DJAK: Dflo Jana Amose Komenského, Praha : Academia, 1973Clit : Ceskâ literatura : easopis pro literarni vêdu, Praha : Û stav pro èeskou literaturu A V CR. aDO: Johannes Amos Comenius: Opera Didactica Omnia Variis bujusque occasionisbus Hscripta'~ 'iJiversisque" etc, Pagre: Sumptibus Academia; Scientiarum Bohemoslovenicre Pragre, 1957.

TABLE
--~Gce+--..

INTRODUCTION

-.JEAN
AMOS

Histoire AnalYse

COMENIUS du texte du texte

UN JEUNE

PRÉDICATEUR

À FULNEK

7 12 18 (1651)

ART ET ENSEIGNEMENT
ART ET ENSEIGNEMENT

DE LA PRÉDICATION

-.DE LA PRÉDICATION DE

Avertissement Sommairede l'art de laprédication

J. A. COMENIUS 27 29 35 39 39 42 43 45 46 50 57 58 69 69 70 76 91 98 104 117 118

PREMIÈRE PARTIE: LA RICHESSE DES MOTS ET DES PROPOS L'abondance de la parole L'abondance despropos La préparation à la prédication Le postille des œuvres de Dieu et celui des auditeurs L'examen du texte Démonstration par l'exemple Des commentaires et postilles des autres Ce qu'il faut dire de l'analYse DEUXIÈME PARTIE: LA MISE EN ORDRE DE LA PRÉDICATION Ce qu'il convient d'exposer dans la prédication et ce dont ilfaut se garder La façon d'extraire la saveur du texte La déduction d'un enseignement La démonstration [du nécessaire} L'amplification ou la distribution L'explication des obscurités du texte La double disposition Les principales parties du sermon

TROISIÈME PARTIE: LE PLAISIR DE LA PRÉDICATION Le plaisir d'une prédication totale La beauté des choses L'ornement des mots L'ornement de la sentence Le plaisir de la voix La gravité du geste QUATRIÈME PARTIE: LA PUISSANCE DE LA PRÉDICATION ET SON EMPREINTE Conditions à respecter Parler selon l'Écriture Parler avecgravité Parler avec hardiesse Une juste admonestation La mise au point Vérité et sincérité Invoquer l'assistance de Dieu Comment exhorter avecpuissance? Comment châtier avecpuissance? Comment réconforter avecpuissance? Comment conclure avecpuissance? La prière du seroiteur de l'Église ApPENDIX

135 135 138 140 149 155 156 159 159 160 163 163 164 166 167 168 169 171 173 173 175 178

COMMENTAIRE

-.PRÉSENCE DES TRADITIONS HOMILÉTIQUES CHEZ COMENIUS Enseignements religieux et politique de la rhétorique Les modèles de référence de la rhétorique du XVII siècle Rhétorique etprédication chez les Frères tchèques Comenius et la prédication baroque

181 187 194 208 244

BIBLIOGRAPHIE

-.Les principaux Les principales textes de Jean Amos traductions françaises Comenius et leurs éditions

261 264

RÉSUMÉS Abstract - Zusammenfassung

---

265

Jean Amos Comenius Un jeune prédicateur à Fulnek

Philosophe et pédagogue tchèque, Jean Amos Comenius1 naît à Nivnice en Moravie le 28 mars 1592 et meurt en exil, à Amsterdam, le 15 novembre 16702. TIest le dernier évêque de l'Unité des Frères moraves, courant protestant né des cendres de l'utraquisme, du radicalisme taborite et des Frères de la Loi du frère Grégoire3. La petite communauté s'enorgueillit d'être l'héritière spirituelle de Jean Hus et d'avoir été présente aux sources de la Réforme. D'une piété exemplaire, les Frères moraves se caractérisent, notamment, par l'importance qu'ils accordent à la formation intellectuelle et au travail manuel. Le jeune Comenius reçoit les premiers rudiments de l'instruction dans une école d'Uhersky Brod, tenue par des Frères moraves. Son père décède en 1602 et sa mère, deux ans plus tard. L'enfant, spolié de son héritage par des tuteurs malhonnêtes, doit abandonner provisoirement les études et travailler pour gagner sa vie. II les reprend, néanmoins, dès que cela lui est possible, et n'hésite pas à commencer, à l'âge de seize ans, des études secondaires à l'école latine de Pierov. Il gardera toute sa vie un souvenir horri1 Ioannes Amos Comenius est le nom latinisé de Jan Amos Komensky. 2 Les biographies de Jean Amos Comenius sont très nombreuses. Parmi les plus importantes en langue française, citons: Pierre Bayle, Comenius,in : Dictionnairehistoriqueet critique (CE-LC) - tome V, Paris, Desoer, 1820 ; Pierre Bovet, Jean Amos Comenius,un patriote cosmopolite, Genève, Rosello,

du monde), A.-M. Boyer - P. Roy - V. Weben (tr.), Strasbourg, Les Bergers et les Mages/Oberlin, 1992; Marcelle Denis, Un certain Coménius,Paris, Publisud, 1992 ; Olivier Cauly, Comenius,Paris, Le Félin, 1995. 3Voir à ce sujet le chapitre XVIII de l'histoire de l'Église tchèque de Jan Amos Komensky :
Historie 0 teZkjch protivenstvich cirkve éeské hned odpoéatku jtjiho na vim kfesttanskou obraceni v létu Pane 894 az do léta 1632, za panovani Ferdinanda II, Praha, Spolek Komenského, pp. 45-48 ; Historie 0 téZkjch protivenstvich, in : DJAK [91], Praha, Academia, 1983. Voir aussi: Ttima
Pfelouesky, Spis 0 pûvodu Jednory Bratrské a 0 chudjch lidech [De l'origine de l'Unité des Frères

1943 ; J an Mille

Lochman,

Comenius.

«( Galilée

de l'éducation,

citoyen

et à propos des pauvres], Praha, Melantrich, 1947.

8

INTRODUCTION

fié de ces trois années d'études, ce qui explique ses efforts pour améliorer l'organisation de l'enseignement. Jean Amos Comenius formule de virulentes critiques contre les écoles de son temps qu'il considère comme «des chambres de torture pour l'intelligence, d'où ne sortaient que des ânes sauvages, des mulets sans frein et dissolus ». En 1611, il se rend à la Faculté de théologie d'Herborn, dans le duché de Nassau, où il poursuit des études supérieures auprès de maîtres aussi célèbres que le savant Johann Fischer (piscator) ou l'encyclopédiste Johann Heinrich Alsted (Alstedus). Après avoir été reçu docteur, il visite Amsterdam, puis Heidelberg. TIrentre, à pied, à Prerov, où l'Église lui confie la direction d'une école, pour laquelle il formule des règles pour une grammaire plus facile (Grammaticae fad/iorispraecepta,1616). Le 26 avril 1616, à l'âge prescrit par le règlement intérieur de l'Église des Frères moraves, il est ordonné prêtre. En 1618, il se voit confier la cure et l'école de Fulnek, un de ses centres les plus importants4. Jeune pasteur, fraîchement sorti de l'université, il y aurait rédigé un manuel d'homilétique afm de faciliter la composition de sermons, si essentiels dans la liturgie des Frères centrée sur la proclamation de la Parole de Dieu. Trois ans plus tard, les troupes espagnoles de la Contre-Réforme envahissent la provinces et il perd sa bibliothèque et ses manuscrits lors du sac de la ville. Lui-même ne doit son salut qu'à la fuite. Sa vie errante ne l'empêchera pas de rédiger, en 1623, un ouvrage qui ne sera publié qu'en 1631, Le Labyrinthe du Jan Amos I<.omensky (1590-1672) monde et le paradis du cœur>. algré les M
4 Jaroslav Pleskot : Fulnecké intermezzo] ana Amosa Komenského [Intermezzo de Comenius à Fulnek], Ostrava, Profù, 1970 et Jan Amos Komensky's Years in Fulnek, Praha, 1972. S Olivier Chalerie, La Reconquête catholique de l'Europe centrale.XVIe-XVIIe siècle,Paris, Le Cerf, 1998 (Histoire du christianisme), pp. 45-48. 6 Jan Amos Komensky : Labyrint svIta a rég'srdce,Jaroslav Kolar (ed.), in : DJAK [3], Praha, Academia, 1978 ; Le Labyrinthe du monde et leparadis du cœur, M. de Crayencour (tr.), Lille, L. Danel, 1906 ; Le Labyrinthe du monde et leparadis du cœur, Xavier Galmiche (tr.), Paris, Desclée, 1991 (La nuit spirituelle) ; Le Labyrinthe du monde et Jeparadis du cœur, Christian Fleischl (tr.), Ottawa, eBooksLib, 2005.

INTRODUCTION

9

atrocités ordonnées par Ferdinand II de Habsbourg, ancien élève des jésuites décidé à extirper le protestantisme de son royaume, les Frères moraves, profondément patriotes, s'accrochent désespérément au sol natal. Toutefois, lorsque l'édit impérial du 31 juillet 1627, décrétant le catholicisme seule religion officielle, prescrit le bannissement de tous les hérétiques, Comenius se

prépare à l'exil. En février 1628, il passe la frontière polonaise avec les Frères moraves et s'établit à Leszno, petite ville du duché de Poznan. Le seigneur local, le comte Raphaël Leszynski, homme instruit et libéral, accorde sa protection aux réfugiés et confie à Comenius un poste de maître d'école puis, en 1636, celui de recteur. En 1631, Comenius publie sa Janua linguarum reserata [La Porte ouverte des langues], méthode nouvelle pour une étude linguistique rapide et facile7. L'ouvrage est traduit en douze langues européennes et plusieurs langues orientales. La première traduction française est datée de 1642. La renommée de Comenius devient à cette époque si grande dans le monde des savants que Samuel Hartlib obtient du Parlement anglais l'autorisation de le faire venir en Angleterre, pour y créer un Collège des sciences universelles8. Comenius arrive à Londres en 1641, mais les événements politiques du moment ne permettent pas au Long Parliament de réaliser ce projet9. Aussi accepte-t-illa proposition de Louis de Geer (1587-1652), qui l'appelle chez lui, à Norrk6ping (Suède), afin de réformer le système de l'enseignement du royaumelO. Le Cardinal duc de Richelieu lui a également fait parvenir une invitation par l'intermédiaire de son secrétaire, Antoine Rossignol des Roches. Ne pouvant se déplacer, Comenius dépêche à Paris un de ses disciples et amis, Joachim Hübner, qui trouve le Premier ministre de Louis XIII sur son lit de mort. Il ne parvient à discuter des principes pansophiques, chers à Come7 Jean Amos Comenius, Janua lingvarum, in : DJAK [15~, Praha, Academia, 1986. 8 G.H. Turnbull, HartlibJ Dury and Comenius, London, 1947. The Teacher Nations. Adresses of and Essqys in Commemoration of the visit to England of the great Czech Educationalist Comenius 1641, Joseph Needham (ed.), Cambridge, University Press, 1942. Robert Fitzgibbon Young, Comenius in England. The visit of Jan Amos Komenskj (Comenius) the czechphilosopher and
educationist to London in 1641-1642 ,. its bearing on the origins of the Royal S ocieryJ on the development

and of the ençyclopedia, onplansfor the highereducationof the Indians of New England and VirE/nia, London, Humphrey Milford/ Oxford University Press, 1932.
9 Marie-Agnès Manry, De Bacon à Comenius: science,religionet langageau XVIIe siècleen Angleterre (1606-1660), Lille, Septentrion, 1998. 10 Simon Grabowski, Mannen som villefdrbattra varlden. En biograftsk essa om JA. Comenius och livsuppfysningens pedagogik, Gôteborg, Nordens folkliga akademi, 1995. Finspongskj rukopis Jana Amose Komenského [Un Manuscrit de Comenius à Finspang], Blanka Karlsson (ed.), Praha, L. Marek, 2000 (pontes pragenses ; 2).

10

INTRODUCTION

nius, qu'avec Marin Mersenne (1588-1648) et Jean Doujat (1609-1688)11. Jean Amos Comenius demeure au service de la reine Christine de Suède jusqu'en juin 1648, travaillant à la réforme des écoles et multipliant les écrits pédagogiques. Dès la première année de son séjour en Suède, il publie, entre autres, son Pansophiae diaryposis (1641)12, introduction remarquée à la grande
œuvre de sa vie, la Pansophia

-

qui ne verra jamais le jour.

En mars 1650, Comenius accepte la charge de praeses et la mission de réformer les écoles de Hongrie13. il rédige un règlement pour la nouvelle école modèle dès l'année suivante, sous le titre Scholapanso.fica,hoc est, universalis sapientiae officina [L'École pansophique, c'est-à-dire le laboratoire de la sagesse universelle]. Cet ouvrage est suivi, en 1654, par Schola ludus seu ençyclopaedia viva [L'École du jeu ou encyclopédie vivante], œuvre dans laquelle Comenius professe, comme plus tard dans sa Didactica magna14,que le jeu possède une dimension didactique qui mériterait d'être davantage et mieux exploitée dans le cadre d'une pédagogie raisonnée. Il suffit de donner aux enfants des outils, qui non seulement les familiariseront avec les différents métiers, mais encore «permettront au maître de voir les enfants agir spontanément et de deviner leur vocation: les uns, par le choix du jeu et par leur conduite en jouant, manifesteront les aptitudes nécessaires aux fonctions d'État, civiles ou militaires, les autres se révéleront doués pour la médecine, pour l'architecture ». TIfaudra près de trois siècles pour que les théories de ce génial précurseur de l'orientation scolaire puissent être officiellement admises. À la même époque il compose son projet de réforme de l'entendement et de la société, qui ne sera publié que partiellement en 1666 à Amsterdam, De rerum humanarum emendatione consultatio catholica [Consultation générale sur la réforme des affaires humaines]15. La première partie, intitulée Panegersia [Le
Il Anna Heyberger,Jean Amos Comenius (Komenskj). Sa vie et son œuvre d'éducateur, Paris, Hono-

ré Champion, 1928, p. 63. Olivier Cauly, op. cit., pp. 243-245. Jan I<umpera, Komenského neuskutecnenépozvani do Prande [L'invitation non honoré par Comenius en France], ScetH 55-56 XXVI (1996), pp. 421-425
13

12Jan Amos Komensky, Pansophiae diaDPosis, in : DJAK [14], Praha, Academia, 1974. Jôszef Bakos: Comenius és a nyelvi nevelésnéhany kérdése [Comenius et la problématique d'une didactique des langues], Budapest, Pedag. Foiskola, 1958 ; Fejezet a magyar Comenius kutates tb'rténetébiH[Un chapitre d'histoire sur la phase hongroise de Comenius], Budapest, Orsz. Pedag. Kônyvt. és Muzeum, 1971. 14 I.A. Comenius: Didactica magna, in : DJAK [15~, Praha, Academia, 1986; La Grande didactique, traité de l'art universeld'enseignertout à tous, J .-B. Piobetta (tr.), Paris, Puf, 1952 ; La Grande didactique ou l'art universelde tout enseignerà tous, Marie-Françoise Bosquet-Frigout - Dominique Saget - Bernard Jolibert (tr.), Paris, Klincksieck, 1992 (philosophie de l'éducation). 15 I.A. Comenius, De rerum humanarum emendatione consultatio catholica, Praha, Akademia vëd, 1966 (2 vo!.).

INTRODUCTION

11

Réveil de tous], semble avoir inspiré le fameux Livre des constitutions maçonniques (1723) du Révérend James Anderson (1680-1739). Dans cette œuvre d'exception, Comenius préconise le rapprochement, par voie d'une coopération de plus en plus étroite, de tous les États d'Europe et, lorsque cette union sera solidement cimentée, de tous les pays du monde. Toutefois, même s'il faut que tous prennent part à l'œuvre commune, aucun peuple ne doit être exclu des délibérations, et au cours de celles-ci l'abstention ne peut être admise. TI s'élève également contre la diplomatie secrète qui « en éveillant soupçons et méfiance ne peut que provoquer querelles, violences et désastres sans nombre». Autant prophétique que méconnue, cette œuvre n'a été traduite qu'en tchèque16. Persuadé de vivre la fin des temps, motivé par une théologie de la Réforme marquée par une eschatologie prégnante17, il œuvre pour un irénisme universel dans un monde ravagé par les guerres de religions18. Les lettres qu'il adresse aux grands de ce monde, à Louis XIV, au pape Alexandre VII et à d'autres souverains et princes, restent sans réponse. Comenius ne rencontre pas davantage de succès dans sa réforme de l'éducation: il se heurte à une forte opposition, tant de la part des élèves que de celle des maîtres. Pour pallier les difficultés qui surgissent lors de chaque essai de mise en application de ses théories, il écrit divers petits textes d'un très grand intérêt: un modèle de règlement scolaire ayant pour titre
Fortius redivivusJ sive de pellenda scholis ignavia (1652)
19

et Loges scholae bene ordina-

tae (1653). Enfin, en 1654, il termine son Orbis sensualis pictus (Monde en
16Jan Amos Komensky, Obecndporada 0 ndPrave vecllidskjch, Praha, Svoboda, 1992 (3 vo!.). 17 Libor Bednât, K otdzke chiliazmu v diele Komenského "Rerum humanarum emendatiol1econsultatio catholicate [La question du chiliasme dans le « Rerum humanarum emendatione consultatio catholica» de Comenius], in : "De rerum humanarum emendatione consultano catholica" a odkaz fana Amosa Komenského pre tretie tisicroéie, Bratislava, Univerzita Komenského, 2001. Joachim Friedrichsdorf, Umkehr: Prophetie und Bildung bei Johann Amos Comenius, Idstein, Schulz-l<irchner, 1995. Franz Hofmann, Die chiliattische Begriindung der Universalreform und die Theologie der Versônnung, SCetH 53 XXV (1995). P. I<olârovsky, Prorocké vlile v tjvote JA. Komenského [Visions prophétiques dans la vie de Comenius], in : Jan Amos Komensk:f a S 10vensko [Comenius et la Slovaquie], Bratislava, Univerzita Komenského, 1993. Amedeo Molnâr, Réflexion sur l'aspect chiliaste de la Consultation coménienne,AC 1 (XXV), 1969. 18 Ferdinand Hrejsa, Komensk:f irénik [Comenius pacifiste], in : fan Amos Komensk:f. Soubor statl o :fjvoté a dile uéitele ndrodu [Comenius. Recueil d'articles sur la vie et l'œuvre du maître des nations], Praha, L.J. Peroutka, 1942. Hans-Joachim Müller, Die irenischen Bemiihungen des fA. Comenius in Polen 1642-1645 und die Entstehung der "Consultatio Catholica", Comenius-

J ahrbuch

4 (1996).

Vèra

Soudilovâ

: K teologicko-enckému

aspektu

Komenského

irénismu

[De

l'aspect théologico-éthique de l'irénisme de Comenius], SCetH 51 XXIV (1994) ; Philosophische Grundlagen des l renismus bei JA. Comenius, AC 9 XXXIII (1991). 19 LA. Comenius, Fortius redivivus, Brno, J ednota, 1915.

12

INTRODUCTION

images], qui sera traduit depuis dans presque toutes les langues européennes et a servi de modèle pour toutes les encyclopédies à images et tableaux synoptiques encore en usage de nos jours dans les écoles. En 1652, Comenius retourne à Leszno, mais la guerre est portée au-delà des frontières de la Pologne et, après avoir envahi Cracovie, les Suédois s'emparent de Leszno. Une fois reprise par les Polonais, la ville est pillée et incendiée, les Frères moraves ayant manifesté quelque sympathie à l'égard des envahisseurs du fait de leur confession protestante. Comenius y perd, une ultime fois, tous ses biens, sa bibliothèque et la documentation accumulée pendant des décennies en vue de la composition de son œuvre maîtresse, la Pansophia. Reprenant son bâton de pèlerin, il part de nouveau pour Amsterdam, où il finira ses jours. Invité par le Sénat de la ville à publier ses manuels pédagogiques, il les réunit en 1657 en un volume sous le titre général d'Opera didactica onmia ab 1627 ab 1657 contznuata.En tête de l'ouvrage, il place sa Didactica magna, qui paraît pour la première fois sous sa forme complète. Préconisant une instruction généralisée, dispensée librement à tous, sans distinction de sexe ni de classe, Comenius affirme que, « lorsque l'éducation générale de la jeunesse commencera par la bonne méthode, il ne manquera plus à personne ce qui lui est nécessaire pour bien penser et bien agir ». Dans l'un de ses derniers écrits, paru en 1668 sous le titre Unum necessarium, scire quid sibi sit necessarium [Unique nécessaire], il fait l'examen de ses travaux avec une sincérité et une modestie qui restent uniques dans les annales de la littérature mondiale.
HISTOIRE DU TEXTE

Art et enseignement laprédicationforme un précis systématique de théorie et de de pratique homilétique. Certains historiens et théoriciens de la littérature tchèque, à l'instar de Stanislav Soucek20, soutiennent que l'ouvrage aurait dû servir de manuel à la formation des prédicateurs, et plus précisément de ceux qui ne maîtrisaient pas pleinement le latin. Deux copies du XIXe siècle ont permis de transmettre jusqu'à nos jours le manuscrit de Jean Amos Comenius. Le pasteur Josef Liboslav Ziegler en publie une première édition en 1823 à Prague. Sur la base de celle-ci, deux

20 Stanislav Soucek, Komenskj jako theoretik kazatelského uméni [Comenius théoricien homilétique], Praha, Akademie Vêd a Umêni, 1938 (Rozpravy CA VU III ; 76).

de l'art

INTRODUCTION

13

autres publications voient le jour à la fin du siècle, préparées par Frantisek Augustin Slavik (1872)21 et Ludvik Bohumil I(aspar (1893)22. Seules deux éditions sont réalisées à la fin du XXe siècle. Antonin Skarka propose, en 1974, la publication de la troisième partie du manuel intitulée 0 libeznost! kazan! [Du plaisir de la prédication]23, établie à partir d'un exemplaire déposé alors à la bibliothèque de la Faculté de théologie évangélique Comenius, aujourd'hui Faculté de théologie évangélique (ETF), extrait destiné au septième tome de l'édition des œuvres choisies de Comenius, l/Ybrané Spi!)lJana Amose Komenského. Il faut attendre 1983 pour que Nadezda Lupinkova et Vera Petrackova proposent, dans le quatrième tome des éditions critiques des œuvres complètes de Comenius, Johannis Amos Comenii opera omnia, la version intégrale de l'ouvrage24. La présente traduction se fonde sur l'édition DJAI( [4] dirigée par Milan I(opecky, dans la mesure où il s'agit de l'édition critique la plus complète à ce jour. Cependant certaines libertés ont parfois été prises afin d'améliorer la lisibilité du texte et sa compréhension, en adoptant des tournures ou présentations proposées dans les éditions de Lubomir B. Kaspar et de Antonin Skarka. De plus, pour des questions de précision, certains retours ont été faits sur la première édition de Josef Liboslav Ziegler25. La première copie B est conservée à la Bibliothèque nationale des sciences (Université Comenius) de Brno sous la cote RI(P 61. La seconde P est déposée à la Bibliothèque de la Faculté de Théologie Évangélique (ETF) de Prague sous la cote 2 P 531. Il existe plusieurs exemplaires de l'édition de Josef Liboslav Ziegler.
Édition de J .L. Ziegler (1823)

21Jan Amos Komenskj, Uméni kazatelské [Arts homilétiques], Praha, Theodor Mourek, 1872. 22 Jan Amos Komensky, Sebrana di/a kazatelska [Recueil d'œuvres homilétiques], suivi de : Kazani [Sermons], L.B. Ka.spar (ed.), Praha,J. Stolar, 1893. 23Jan Amos Komensky, Dila slovesného umélce [Œuvres de littérature], Antonin Skarka (ed.), in : VSJAK [VII], Praha, SPN, 1974, pp. 93-106. 24 Jan Amos Komenskj, Zprava a nauéeni 0 kazatelstvi. 0 poe~ éeské. Diof!Ysii Catonis Dislicha moralia. Pfidavek Dislichû} 'lalmy. N ovépfsné nékteré. 'lehnani knéi! ] anaé Cyrilla. Pisnéka ku pohfbu Pavla Fabricia. Verfované modlitby zpfidavkû k Praxis pietalis. Pisné a kratfi basnicka sklddanf. De
metris Bohemicis adnotaliuncula. Parafraze IV: Eglogy Vergili01!Y. Carmina per occasionem scripta

-

Basnépfile~tostné, Milan Kopecky (réd.), in : DJAK [4], Praha, Academia, 1983. 25 :Sana Q{mosa Stomenské~o Um~ni Staôate(ské geXpo stu a sebmbesati broau [etec~ ô rukopisu rot)~

ora[, a poprroérot)ba(30sef £ioos[aro3ieg[er ro1)raôe, 1823. U 9Ylartina9leureuttra.

14

INTRODUCTION

La date de sa composition reste imprécise. Sur les pages de garde des deux copies du XIXe siècle figure l'année 1651. B est datée de 1807 alors qu'aucune mention n'est indiquée sur P. Nous ignorons si, à cette époque, l'ouvrage a fait ou non l'objet d'une publication, mais il est certain qu'il a dû être composé vers 1620-1621. Pourtant l'Epis/ula ad Mon/anum (1661) n'en fait pas mention (in: DJAI< [1], pp. 15-55)26. De plus, nous ignorons si l'autographe de Comenius était mentionné sur l'original ou a été ajouté par les copistes. L'édition de Josef Liboslav Ziegler est, sans doute, beaucoup plus ~j )) ~Ji 'J[ riche en informations. L'éditeur a aménagé le texte en adaptant une JCtLt1éC1U terminologie, des formulations, une .D mise en page et un découpage par chapitres entiers pour la publication de l'ouvrage. L'édition n'est pas ~$\2131lI££6XWJ1 commentée mais précédée d'une (tl{it itif 'iXofu' J 65l ot, préface qui introduit l'auteur, son J,t n et (:;'ltl 0 ';1 JiOl1tClr/'.:}j3o= œuvre et ses « dernières volontés» (posfebnj pak roufi ~omenské~o)27 qui Ji t(!tj5~ 9t'lt.t~iJ. . (Pt;. ~ ~fd 1,,"<,I'r;:()!;Il f'tJ. a.'t 1rdfi reprennent, en fait, le chapitre X de '1.\1.0 q~" .3.b J~. iY ~ ~ u;,Xv~~t, , :;>:D. , ~ fi. Unum necessarium (1668)28. A la fin . ÇY~e a".,1,f1!Jdide. 'tta.'t-,',f r. .. t.;"â.tlVt.m, ~11.C.9(11't'11;) f~_, . .Jt.an/~/~ 'f' du texte, l'éditeur a ajouté un index fJrc(itin/~./na. :p.~'~~l ' v~1C1'~'rPf1f."'. 'ttt JJf<tt.~'a.fft~~1 (obsa~) très utile de huit pages, qui ~.t.ta." ll~~ne.; 1,.& 7. CJ répertorie les principaux termes Manuscrit (B) conservé à Brno rhétoriques latins avec leur traduc-

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26 Il

s'agit d'une lettre (epistola) écrite en vue de sa publication en 1662.Comenius y propose

un bref aperçu de l'ensemble de son œuvre, des précisions sur son activité et un exposé de ses projets. Outre de précieuses informations bibliographiques, l'épître contient d'importants renseignements relatifs à sa biographie et forme une première tentative de composition de mémoires. Josef Dobrovsky est le premier à avoir attiré l'attention sur la valeur du texte. Cf. Jan Kumpera, Jan Amos Komensk:j.Poutnik na rozhranivékil [Comenius. Un pèlerin aux frontières du siècle], Ostrava, Amosius Servis/Svoboda, 1992, p. 236.
27 3ana Q.(mosa5{omenské~o UmYni 5{a3ate(ské, pp. 25-38.
28

I.A. Comenius, Unum necessarium (1668),Julie Novâkovâ (ed.), in : DJAK [18], Praha,

Academia, 1974. Il s'agit d'un des derniers écrits de l'auteur, considéré par Johannes Gottfried Herder (1744-1803) comme l'un des plus beaux; inspiré de Lu 10,42, il se présente comme un testament spirituel dans lequel Comenius tente de mettre un terme aux disputes théologiques et œcuméniques, en tenant un discours chrétien universel, au-delà des confessions, éthique et jamais dogmatique. C'est pourquoi l'ouvrage connaîtra un si large succès dans le piétisme et l'orthodoxie protestante.

INTRODUCTION

15

tion tchèque. Les deux éditions suivantes sont établies à partir de celle de Josef L. Ziegler, sans son index et avec une autre mise en page. Stanislav Soucek consacre une étude textologique très minutieuse visant à comparer B, P et l'édition de Ziegler29. Le manuscrit B indique, dans son titre, la personne à qui l'on doit la copie et la raison qui l'a poussée à retranscrire le texte: 31)i1QBQ( / Q( / 9lautenj/ Ù /

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1651. / ob / :Sana Q(mosa ~omenâk6~o. Le copiste, en effet, s'identifie sur une ligne décalée en datant son travail: ~tet6~to ~ukopiâ / ptO ge~o Yjbkost a
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5. / 1)rosetjnské,na 1)anstwj Stunstat..
sém, / ro C)Jlatg~tabstroj C)Jlotaroském / 2eta 1)ane: 1807 (1v1anuscrit Qui / a été copié pour sa rareté et sa valeur / par JOZEFF GERZI / Pasteur de l'Église évangélique W. 5. (?) / à Proserin, dans la Seigneurie de !(unstat,

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en Moravie / En l'An de Grâce: Manuscrit (P) conservé à Prague 1807.] Stanislav Soucek parvient même à démontrer que l'édition de Ziegler est établie à partir de B plutôt que de p30.Il loue l'éditeur pour son ingéniosité à réduire les latinismes de Comenius et à créer un lexique pour les tropes et figures rhétoriques31. Enfin, son dernier mérite est d'avoir restitué le contenu religieux et théologique à un texte composé à une époque où le catholicisme romain est rayonnant et interdit tout discours en marge de sa dogmatique32. La réception de l'édition de Ziegler a été déterminante pour les lettres tchèques, plus particulièrement pour la critique littéraire et la poétique de Josef Jungmann qui s'en inspire dans sa Slovesnost (1845) [Littérature]33.

29 Stanislav Soucek, op. cit., pp. 1-79. 30 Stanislav Soucek, ibid., pp. 29-30. 31 Stanislav Soucek, ibid., pp. 31-53. Frantisek M. Bartos, Po stopach Komenského Uméni kazatelského [Sur les pas d'Art et Enseignement de la prédication de Comenius], Kostnické Jiskry 35 (1950) c. 40. 32 Stanislav Soucek, op. cit., pp. 54-61. 33 Stanislav Soucek, ibid., pp. 65-79.

16

INTRODUCTION

De plus, le succès éditorial de l'ouvrage a permis de prendre en considération la valeur littéraire de l'homélie tchèque, même si le manuel de Dominik Alois Spechta, Homelitika fili navedeni k duehovnimu fernie/vi (1849) (L'Homilétique ou l'introduction à une rhétorique spirituelle] ne le cite pas34. Ziegler tout comme Josef Jungmann attribuent sans hésitation l'ouvrage à Comenius35. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour voir se formuler des doutes sur l'origine coménienne du manuel. L'historien Josef Jirecek est le premier à manifester son scepticisme36. il prétend qu'il s'agit d'une traduction tchèque de De me/hodis libri (Rostock, 1555)37, second livre du théologien danois, élève à Wittenberg de Melanchthon, connu de Comenius38, Niels Hemmingsen (1513-1600)39. L'ouvrage aurait, en effet, été traduit en tchèque par Bartholomeus Justinum en 1570, puis revu avec Jean Gerson un an après40. Pour Jan Lehar et Josef Smolik, il est peu problable que Comenius ait pris connaissance de ces traductions41. Il n'en reste pas moins que Hemmingsen est présent dans les bibliothèques des universités réformées d'Allemagne et de Suisse.
Comenius, dessin de Bruno Sallée @2004.

34Stanislav Soucek, ibid., p. 77. 35Josef Jungmann, Historie literaturyéeské (1825) [Histoire de la littérature tchèque], Praha, 1849, p. 582. 36Josef Jirecek, Ceské rukopi!JcisdfskébibliothelgOlomouckéajinjch [Manuscrits tchèques de la bibliothèque royale d'Olomouc], CCM 35 (1861), pp. 276-277. 37Amedeo Molnar, Ceskobratrskdtjchovapfed Komenskjm[L'Éducation des Frères tchèques avant Comenius], Praha, SPN, 1956, p. 1956. 38 Comenius fait de nombreuses références à l'œuvre théologique et rhétorique de Niels Hemmingsen (Hemmingius), comme dans Novissima lingvarummethodus£0201, in : DJAK [1511], Praha, Academia, 1989, p. 264 au Consultaliocatholica, . 1229. p 39Frederick Winkel Horn, Den danske litteraturshistorie densbegynsdelse voretage[Histoire Ira iii de la littérature danoise des origines à nos jours], Kj0benhavn, F. Hegel & S0n, 1881, pp. 183sqq. 40Amedeo Molnar, op. cit., p. 33. 41Voir les commentaires de l'édition critique, in : DJAI< [4], p. 108.

INTRODUCTION

17

Jan Vaclav Novak42, Arne Novak43, Julius Heidenreich44, Antonin Skarka45 et Stanislav Soucek46 ne voient aucune raison valable de douter de l'authenticité du texte et de son origine coménienne. Cependant, c'est loin d'être l'avis du coméniologue de renom Josef Hendrich47 qui dénonce, dans son article «Pochazi Umeni kazatelské skutecni ad I(omenského ? »48 [L'art homilétique est-elle bien de Comenius ?] de nombreuses incohérences entre le manuel et la troisième partie des Eruditionis scholasticae49, l'Atrium rerum et lingvarum ornamento exhibens et plus précisément la partie intitulée « Ars ornatoria sive Grammatica elegans, et Eruditionis scholasticre atrium» (1652). Il commence sa démonstration, paradoxalement, par les arguments les plus faibles. Tout d'abord, il reproche à Josef Liboslav Ziegler sa carence en coméniologie, l'insuffisance de sa connaissance du XVIIe siècle et l'absence de jugement critique. Ensuite, il s'en prend à Julius Heidenreich qui aurait décrit une rhétorique coménienne en se référant exclusivement à Art et enseignementde la prédication sans faire l'effort de consulter l'essentiel de son œuvre, des textes dont l'authenticité coménienne est mieux établie. Josef Hendrich propose plutôt de confronter l'ouvrage au manuel de grammaire atriale, Ars ornatoria sive grammatica elegans (1652) afin d'en vérifier la cohérence et la filiation.
42Jan Vâclav Novâk, Jan Amos KomenskjJjeho zjvot a spif) (1920) Dean Amos Comenius, sa vie et son œuvre], Praha, DêdictvÎ Komenského, 1932. 43Arne Novâk, Pfehlednéd(jiny Ii/eraturyéeské(1936-1939) [panorama de l'histoire de la littérature tchèque], Praha, Atlantis, 1995.- Id., D(jiny éeského pisemnictvi,Olomouc, 1994. 44Julius Heidenreich, Theoriefeenictviu Jana Amose Komenského[Théorie de la rhétorique chez Jean Amos Comenius], Pedagogické rozhledy 36 (1926), pp. 113-120 & 193-200. 45 Antonîn Skarka, D(jiny Ii/eratury éeské - 1 [Histoire de la littérature tchèque - 1], Praha, NCSAV, 1959, p. 415. 46Stanislav Soucek, op. cit., pp. 79-81. 47Josef Hendrich, Jan Amos Komens~ vesvétlest!fchspisu [Comenius à la lumière de ses écrits], Praha, DruzstvÎ Prâce, 1941. 48Josef Hendrich, Pochaz!nUméni kazatelskéHskuteenéod Komenského? ["Art et enseignement de la prédication" vient-il vraiment de Comenius ?], AJAK 13 (1932), pp. 87-92.
49

I.A. Comenius,

Eruditio scholastica, in : ODO

III, Praha, 1957.

18

INTRODUCTION

ANALYSE DU TEXTE

Art et enseignementde laprédication propose, dans le quatrième chapitre de la troisième partie consacrée au plaisir de la prédication « 0 libeznostî kâzâni » [Du plaisir de la prédication], un classement de dix figures de style, alors que la Grammatica elegans(cap. IX,20) en répertorie douze: Art & enseignement(1620-1621) 1. Exclamatio, zvolâni 2. Interrogatio,otâzka 3. Aposiopesis, zamlceni 4. Correctio,napraveni aneb advolâni 5. Apostrophe, obrâceni feci jinam 6. Prosopopeia,v osobê jiného mluveni 7.Addub#atio,rozpakovâni 8. Communicatio, k soudu podâni 9. Occupatio, feci pfedchvâceni 10. Concessio,pusteni
Grammatica elegans (1652)

1. Interrogatio 2. Exclamatio 3. Parrhesia 4. Reticentia 5. Revocatio 6. Concessio 7. Promissio 8. Apostrophe 9. Prosopopeia 10. Deliberatio 11. Communicatio 12. Praeoccupatio

Les parrhesia et permissio manquent, guent dans leur nomenclature:
aposiopesis correctio occupatio

tandis que certaines figures se distin-

'*

reticencia revocation

'* '*

praccupatio

À cela s'ajoutent des dérives dans l'emploi et dans la présentation des figures. La défmition, par exemple, de l'interrogatioest plus précise dans la grammaire atriale (IX,21 )50que dans Art et enseignement e laprédication51. 'exclamatio y d L est réduite à deux formes, le récit (povident)ou la pétition (zados~, alors que la Grammatica elegansen propose sept: « 1. admirationem,2. indignationem,3. optationem,4. desperationem,5. objurgationem,6. irrisionem,7. imprecationem ».

50« Interrogatio est, cum, quod nobis dicendum esset, quid sentiamus, dicendum offerimus
alüs» (IX,

~ 21).

51 «Interrogatio, Èpurt1l0Lç,otazka, jest figura, kdyz neco zvlastnJho s dotazkou povidame. » : « Interrogatio, ÈpWt1l0LÇ, question, est une figure quand nous parlons de quella que chose de particulier en nous interrogeant. »

INTRODUCTION

19

Art et enseignementde la prédication ne traite, dans le troisième chapitre de la même partie, que de quatre figura dictionis (anaphora, epistrophe,climax et paronomasia) sur les dix recensées dans les manuels, car elles sont les plus fréquentes pour les rhéteurs, tandis que cet effort d'économie n'est pas respecté dans la grammaire atriale qui les dénombre toutes les dix (IX,35). La définition de la paronomase est problématique. Dans le manuel de
prédication, nous lisons au quatrième chapitre: « Paronomasia

-

jest figura

feci, kdyz se malicko litery v slove zmeru, aby si smysl zmenil, atd.» [La paronomase, est une figure du discours qui a lieu lorsqu'on change une petite lettre dans un mot pour lui conférer un autre sens, etc.]. Grammatica elegans (IX,36) propose: «Paronomasia est allusio vocum (vel phrasium et sententiarum) similium ad significatas res similes. » Art et enseignementde la prédication joint à la paronomase la figure du ploce : «I(dyz se jedno a téz slovo bez meneru opetuje, tak vsak, aby neprv osobu, potom povahy znamenalo» [quand un seul et même mot est répété sans changement afm qu'il signifie d'abord une personne puis un caractère.] il n'en est pratiquement pas question dans la grammaire. Symplocey désigne quelque chose de bien différent (IX,44) : « Concursus anaphorre et anastrophre. » L'étude des tropes présente également de nombreuses dérivations. Art et enseignementde la prédication, à l'instar de la grammaire (VI, 11), reconnaît quatre tropes (la métaphore, la métonymie, la synecdoque et l'ironie) dans sa seconde parrie consacrée à l'ordre du sermon (0 spofddnosti kdzdnz), mais la manière de les présenter est sensiblement différente. Dans Art et enseignement laprédication,nous lisons la défmition suivante: de « Metonymie jest trapus,jimz menime slovo za slovo nebo vec za vec pro zevnitfni spojenost, kteraz mezi nima jest, to jest takovou, ze na jednu vec bez druhé pomysliti nelze. »52 La grammaire atriale offre une définition cette question du lien (VI,20) : plus précise qui approfondit

« Metonymia est, cum causa ponitur pro effectu, vel subjectum pro adjuncto, vel abntecedens pro consequente, aut contra. » Nous avons certes là une formulation plus heureuse, mais qui ne s'oppose en rien à celle présentée par Art et Enseignement de la prédication. Celle-ci ne cite que deux genres de métonymie, la metonymia subjecti et la metonymia acfjuncti,que la grammaire classe en six genres (VI,21) :
52 La métonymie est un trope où on remplacera un mot par un autre, une chose par une autre, en fonction de leur lien extérieur qui fait que l'on ne peut songer à l'un sans l'autre.

20

INTRODUCTION

« Sex itaque sunt metonymiae species: Metonymia 1. causae, 2. effecti, 3. subjecti, 4. ajuncti, 5. antecedentis, 6. consequentis. » En ce qui concerne la synecdoque, Art et enseignementde la prédication la définit également dans toute sa subtilité: « Zmena slov, kdyz se cela vec jmenuje a rozumÎ se castka, aneb na odpor tomu, kdyz se castka jmenuje a mini se cela vec. »53 Cette présentation est plus réduite que celle de la grammaire (VI,19) : « Synecdoche est, cum 1. totum exprimitur nomine partis, aut 2. genus nomine speciei, vel 3. contra. » Art et enseignement e la prédicationrange l'hyperbole et l'allégorie dans les trod pes, tandis que la grammatzcaelegansadopte une démarche différente, en progressant des tropes lexicaux aux tropes propositionnels (translatiosententiarum),traitant de la sententiahyperbolica (VI,48), mais omettant l'allégorie. La distinction est d'un autre ordre: «Sententiis tropicis annumerantur allusivae et hyperbolicae. » La sententiaallusivarecouvre une notion plus large que l'allégorie. De plus, le manuel d'homilétique n'envisage aucune différentiation de niveaux dans ses taxinomies, différentiation qui apparaît précisément dans la grammaire atriale et fait l'objet de plusieurs réflexions de Comenius lors de son séjour à Elbing, comme en témoignent les fragments de sa Janua rerum (1643) et même sa Janua rerum reserata(1670). Josef Hendrich reconnaît toutefois la difficulté à expertiser le style de l'auteur. Cependant, les méthodes d'approche et les manières de concevoir sont trop différentes, à ses yeux, pour les attribuer à un même auteur. À cela s'ajoute la distance existant entre la théorie, ici homilétique, et la praxis coménienne du sermon. Ainsi, la théorie de la dispositiodu sermon, telle qu'elle est formulée dans Art et enseignement e laprédication,ne trouve pas son illustration dans les prédicad tions de Comenius. La structure en six étapes (exorde, proposition, déclaration, démonstration, application et épilogue) ou même en trois parties (exordium, tractaliotextus, epilogus) e semble nulle part respectée. n L'analyse du sermon XXI «I(azani 0 tajemstvich smrti, vzkfiseni a na nebe vstoupeni Krista spasitele sveta »54 [Sermon sur les mystères de la mort, de la crucifixion et de l'Ascension du Christ, sauveur du monde] propose une répartition, à quelques détails près, identique à tous ses prêches:
53Le remplacement du mot, quand une chose en entier désigne et signifie une partie ou au contraire quand une partie désigne et signifie une chose en entier.
54 Jan Amos Komenskf: Harmonie aneb Rni/ïmanf 0 umuéen4 smrti, pohfbu i vzkfifeni Pana nafeho Je:7jfe I<rista, sebrana ze éfyr evangelistu a vjsij pofadék uvedena, Praha, Vincence Paseka, 1864, pp. 367-483 ; Sebrana dfla kazatelskaII. Kdzan!, L.B. Kaspar (ed.), Praha,J. Stolar, 1893, pp. 239-312.

INTRODUCTION

21

1. Quelques phrases d'introduction (bref introït) 2. Le texte 3. La Prédiction (pfedpoviddnt) 4. Mystère (tqjemstvt) 5. Enseignement (nat/lent). Il n'est fait nulle part mention, dans Art et enseignementde la prédication, des parties intitulées «prédictions» (pfedpoviddnz) et «mystère» (tajemstvz). Par ailleurs, l'Enseignement (naucenz) ne répond pas toujours aux attentes d'une applicatio,mais plutôt aux exigences de l'epilogus. Somme toute, la critique de Josef Hendrich n'est dénuée ni de fondement ni d'intérêt, mais elle pêche par manque d'informations non encore disponibles à l'époque. Une trentaine d'année séparent Art et enseignement e la prédicad tion (1620-21) de la Grammaire atriale (1652), ce qui ne peut rester sans conséquence chez un penseur à l'activité intellectuelle si intense que Comenius. Art et enseignementde la prédication est une œuvre de jeunesse, écrite dans une langue tchèque relativement peu soignée, sans doute au cours de son année pastorale passée à Fulnek, où il s'exerce, entre autres, à la prédication, à l'enseignement et à l'intendance55. Eruditionis scholasticaeest une œuvre de maturité écrite en latin à l'attention de futurs lettrés, dans un but certes pratique - l'enseignement - mais également théorique, d'où son caractère exhaustif (trois gros volumes). La position de Stanislav Soucek semble alors être la plus cohérente et permet de résoudre certains des problèmes soulevés par Josef Hendrich:
« Art et enseignement de la prédication est un projet imparfait pour une publication, rédigé dans une langue qui ne possède pas encore de terminologie et de phraséologie appropriées et bien établies, avec des formulations scientifiques précises dans la discipline en cours de gestation et qui lui est familière dans son expression latine; l'Ars Ornatoria, au contraire, est une œuvre prête à être publiée, écrite dans une langue qui a fait ses preuves depuis plus d'un millénaire. Art et enseignementde la 55 Sbornfk Jan Amos Komenskj ve Fulneku [Comenius à Fulnek], Ostrava, Profll, 1958. Jaroslav Konecny, Po stopach JA. Komenského ve Fulneku [Sur les pas de Comenius à Fulnek], Olomouc, Pamatnl'k Slovanského gymnasia, 1957. St. Brandejs,JA. Komenskj ve Fulneku [Comenius à Fulnek], Praha, 1955. B. Indra, Kostelpodohojfch a Komenského sbor bratrskj ve Fulneku [Le monastère utraquiste et la paroisse des Frères de Comenius à Fulnek], Slezky sbornfk 52 (1954). Adolf Turek, Bratrskci fko/a ve Fulneku [L'école des Frères à Fulnek] et JA. Komens/(j

ve Fulneku [Comenius à Fulnek], Vychovatelské Listy 39 (1939). Stanislav Oppl, Z

kronik:Y

staros/avéhomlsta Fulneku, pusobisté Jana Amosa Komenského [Des anciennes chroniques de la ville de Fulnek en fonction de Comenius, Fulnek, 1928. Frantisek Slameru'k, Komenskj ve Fu/neku [Comenius à Fulnek], Tyderu'k Vychovatelsky 32 (1904). FrantisekJ. Zoubek, Zivot Jana Amosa Komenského, Praha, 1871. Josef Kramar, Fulnek, nlkcfy h/avnf sfdlo éeskjch bratfi [Fulnek, autrefois principal centre des Frères tchèques], Olomouc, 1878.

22

INTRODUCTION

prédication poursuit un objectif pratique visant à élever l'art homilétique dans l'Unité. Il enseigne, bien entendu, les tropes et les figures en fonction seulement des besoins des prédicateurs, et à côté de cela ce qui est fondamentalement important, comme ce en quoi consiste et vise le discours spirituel; l'Ars Ornatoriaest un essai pour systématiser les éléments stylistiques du point de vue pansophique. »56

Stanislav Soucek décide de reprendre la méthode de Josef Hendrich en introduisant dans la comparaison un troisième ouvrage qu'il présente comme un intermédiaire entre Art et enseignementde laprédication et l'Ars Ornatoria57: le manuel de langue latine intitulé Janua Linguarum (1633)58 et désigné sous l'abréviation JanL, dont la version dramatisée de 1656, Schola ludus seu enryclopaediaviva, est davantage connue59. La tentative de relier Art et enseignement e la prédicationà l'Ars Ornatoria s'en d trouve grandement améliorée. L'analyse rigoureuse des trois corpus mis en parallèle semble convaincante et prouve pour le moins qu'un texte comme Janua Unguarum, dont l'identification à Comenius n'a jamais porté à controverse, ne se confond pas pour autant avec l'Ars Ornatoria contient de sensibles différences et qui sont autant de témoignages en faveur de l'évolution dynamique de la conception rhétorique du dernier des évêques de l'Unité des Frères. Cela permet à Stanislav Soucek de justifier la mention de l'an 1651, année où Comenius aurait repris son texte en vue d'y apporter des corrections. Cette éventualité a déjà été formulée par Frantisek Jan Zoubek60 et semble satisfaire Milada Blekastad61, tandis que Jan Vaclav Novak laisse la question ouverte62. Il ne s'agit pas de reprendre toute l'argumentation de Stanislav Soucek, beaucoup trop longue et détaillée pour une présentation de Art et enseignement de la prédication. Toutefois, il nous semble intéressant de publier les deux
56 Stanislav Soucek, op. cit., pp. 80-81. 57 Stanislav Soucek, ibid., pp. 81-97. 58 10. A. Comenius,fanua Lingvarum Reserata Aurea: Sive Seminarium Lingvarium Et Scientiarum Omnium, Lipsire, 1633 [conservé à Prague (cote UK 45 G 97) et à Prerov (K 420)], et ~roere e3aô1)ku oberorené ~o gest ~ratk6 a snabn6 3pusob které()okoU e3a31)kaspo(u 1) s 3acatk1) rossec~ umen; sroobobn6c~ pocbopen;, SBo()emice, 1633 [Bibliothèque Klementinum de Prague (M:s UK 54 K 23259)]. Jan Amos Komensky,Janua lingvarum sive seminarium lingvarum et scientiarum omnium (1631), in : DJAK [15~, Praha, Academia, 1986, pp. 261-301. 59Johan-Amos Comenius, Schola Ludus seu Enryclopaedia Viva, Amsterdalmi, 1657. 60 FrantisekJan Zoubek, Zivot Jana Amosa Komenského na os/avu tfisetletépamat~jeho narozeni [La Vie de Comenius à l'occasion du tricentenaire de sa naissance], Praha,J. Otto, 1892, p. 205. 61 Milada Blekastad, Comenius. Versuch eines Umtisses von Leben, Werk und Schicksal desfan Amos Komenskj, Oslo/Praha, Universitetsforlager/ Academia, 1969, p. 505. 62Jan Vaclav Novak - Josef Hendrich,fan Amos Komenskj,jeho ~vot a spisy [Comenius, sa vie et son œuvre], Praha, Dèdictvl Komenského, 1932, pp. 466-468.

INTRODUCTION

23

tableaux comparatifs traitant des figura sententia et des figura dictionis, dans la mesure où ils montrent dans quelle direction ont évolué certaines interrogations rhétoriques coméniennes63.
Figura sententia ] anua Unguarom Ars Ornatoria

Art et enseignement de la prédication

(= Schola
[1.] [2.] [3.] [4.] [9.] [10.] [5.] [6.] 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8.

Ludus)

1. Exclamatio 2. interrogatio 3. aposiopesis 4. correctio 5. apostrophe 6. prosopopeia 7. addubitatio 8. commurucatio 9.occupatio 10. concession

Exclamatio interrogatio reticentia correctio praeoccupatio concessio apostrophe prosopopeja

[2.] 1. lnterrogatio [1.] 2. exclamatio [3.] 3. parrhesia [3.] 4. reticentia [4.] 5. revocatio [6.] 9. prosopopaeia [7.] 10. deliberatio [8.] 11. commurucatio [9.] 12. praeoccupatio

Ainsi, nous constatons que les huit figura sententicede la Janua Linguarum sont parfaitement incluses dans Art et enseignementde la prédication et que, par conséquent, la distance entre le manuel d'homilétique et la grammaire atriale tend à se réduire considérablement.
Figura dictionis
Art et enseignement de la prédication JanNa Unguarom (= Schola Ludus)

Ars Orna/aria

Les rhéteurs en répertorient dix; mais le prédicateur n'en emploie que quatre: 1. Anaphora 2. epistrophe 3. climax 4. paronomasie

1. Epizeuxis [1.] 2. anaphora [2.] 3. epistrophe 4. epanalepsis [3.] 5. climax 6.epanodos [4.] 7. paronomasia 8. polyptoton

[4.] 1.Paronomasia 2. polyptoton 3. epizeuxis 4. epanalepsis 5. epanodos 6. anadiplosis [1.] 7. anaphora [2.] 8. epistrophe 9. symploce [3.] 10. climax

Non seulement toutes les figura dictionis présentées par Art et enseignement de la prédication sont répertoriées dans la Janua Linguarum et l'Ars omatoria, mais encore celles de la Janua Linguarum sont toutes regroupées dans la grammaire atriale. TI faut prendre en compte que l'éloquence ne recoupe que partiellement la rhéto-

63 Stanislav Soucek, op. cit., pp. 86-88.

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rique et que l'art homilétique est en priorité un art verbal, avant de devenir littéraire. De ce fait les figures mises en place dans sa stratégie discursive se distinguent de celles, plus nombreuses et variées, auxquelles une stratégie littéraire fait recours. L'éloquence est à la charnière de la mise en scène et de la mise en discours. « L'éloquence est une action de la vie réelle, un effort contre une résistance, une compulsion,on pourrait dire un drame où un seul personnage paraît, mais où il y en a deux, et qui a son nœud, ses péripéties et son dénouement. »64 De concert avec l'édition DJAI( [4] de l'Académie des Sciences, nous fondons notre traduction sur le manuscrit de la Bibliothèque universitaire de Brno (Rl<P 61) que nous désignons, depuis Stanislav Soucek par B. Ce dernier considère néanmoins le manuscrit P de la Faculté de théologie évangélique de Prague (cote 2 P 531) comme une version antérieure à B. il justifie son choix par la meilleure finition de B, tandis que P manifeste plus d'inexactitudes, de corrections, de notes dans les marges. L'analyse calligraphique des deux manuscrits B et P, confrontée à l'écriture du pasteur évangélique morave Jozef Gerza, semble confirmer que ce dernier était effectivement le copiste de B. En ce qui concerne certains choix lexicaux ou, plus formels, de mise en pages, nous nous sommes inspirés de l'édition de Lubomir B. I(aspar (1893), qui, faute d'être peut-être exhaustive, a le mérite d'être claire et ordonnée, ne cherchant pas à économiser de l'espace dans sa présentation. Les extraits que nous présentons veulent donner une vue d'ensemble de l'éloquence religieuse, de la théorie homilétique et de la rhétorique de l'esprit telles qu'elles sont confondues, dans Art et enseignementde la prédication, par Comenius. En effet, même s'il n'est qu'un manuscrit en cours de construction, Art et enseignement e laprédication est un document essentiel pour la connaissance de d l'homélie de l'Unité, de ses fondements et intentions théoriques. Il révèle également d'importantes informations relatives aux jeunes séminaristes, à leurs niveaux, leurs capacités, leurs formations et leurs difficultés. Enfin, œuvre de jeunesse, l'ouvrage offre au lecteur la possibilité de découvrir, en quelques pages, une face peut-être moins connue de Jean Amos Comenius, jeune pasteur affecté à la paroisse de Fulnek. D'une part, la traduction du précis d'homilétique de Comenius invite à une plus vaste réflexion sur le statut de la prédication dans la théologie et la liturgie protestante. D'autre part, elle témoigne de l'exégèse telle qu'elle pouvait se réaliser dans la tradition des Frères et offre un aperçu sur l'herméneutique du jeune
64 Alexandre Vinet, Esprit d'Alexandre Vinet. Pensées et réflexions extraites de tous ses ouvrages

-

tome 2.' Philosophieet littérature,J.-F. Astié (ed.), Paris/Genève, pp.428-429.

Joël Cherbuliez, 1861,

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Comenius. La prédication est, par essence, une production verbale qui se classe dans l'orature65. Néanmoins, elle a subi aux cours des temps, du bas Moyen Age jusqu'à l'époque baroque, en passant par la Renaissance et l'humanisme, d'importantes transformations qui ont abouti à la constitution de postilles parfois rédigés exclusivement en vue de lectures privées. L'étude des sermons apparaît encore insuffisante de nos jours, dans la mesure où les sermonnaires sont les témoins encore vivants d'un passé déjà révolu. À ce titre, l'Histoire a su y puiser les illustrations et les arguments de son discours, comme dans une source vive. Il incombe désormais aux autres sciences humaines et à la critique littéraire, de se pencher sur ces sermons et de retirer de leurs analyses des exemples concrets des procédés littéraires, rhétoriques, poétiques, voire thématiques. Les manuels d'homilétique possèdent un intérêt qui dépasse largement le cadre exclusif du discours théologique. Certes, le prêche forme le pendant de la lecture et du cantique dans la liturgie. TIcherche à insuffler de l'esprit à la lettre, autrement dit à vivifier des textes bibliques qui ont rassemblé des générations successives de fidèles autour d'un autel et qui se retrouvent, à chaque instant, menacés d'être figés par l'Histoire sous forme de documents archéologiques. Toutefois, pour parvenir à ressusciter le texte et prétendre à l'incandescence d'une Parole de Dieu, proclamée par son humble ministre, la prédication extrait l'essence de son discours de l'alambique de l'exégèse. Dès lors, le manuel d'homilétique traite en priorité de l'herméneutique, l'art d'interpréter les textes sacrés. Le travail herméneutique nécessite de plonger successivement dans la philologie (hébreu, grec, latin, langues vernaculaires), dans les arts de la parole (grammaire, rhétorique, poétique, stylistique, dialectique) et l'Histoire (Histoire ancienne, patrologie, Histoire moderne et contemporaine, politique). L'explication homilétique déborde la simple critique littéraire, même si elle en récupère les grandes étapes. Son intention est de montrer à quel point la Parole de Dieu se renouvelle, autrement dit que le sens du Texte est accommodant: la foi résiderait dans la signification que le croyant accorde aux choses. L'enjeu culturel du sermon, comme nous invitons à le découvrir, est beaucoup plus important qu'il n'y paraît de prime abord. Du point de vue herméneutique, il propose une démarche exégétique et kérygmatique originale : le sermon s'inscrit dans un schéma de communication66 où, après être généré par la réception d'un texte, en l'occurrence la lecture liturgique, il
65 Bernhard tique).
66 Christian-Erdmann Schott, Predigtgeschichte aIs Ztlgang ZUr Predigt, Stuttgart, Calwer, 1986.

Reymond,

De vive voix: ort/littlre etprédication, Genève,

Labor et fides, 1998 (pra-

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devient émetteur par la proclamation du kérygme67. Discours de Dieu, discours sur Dieu, le sermon met en forme des structures littéraires qui lui sont spécifiques et qui fondent, dans l'idiome tchèque, une communauté culturelle hors du commun. La parole prêchée devient parole de Dieu à un moment donné de l'histoire tchèque68. La traduction d'Arl et enseignementde la prédication se présente comme une initiation à la fois à la tradition culturelle de l'Unité et à la conception d'une rhétorique du discours spirituel. L'étude de la théorie homilétique chez Comenius a le double mérite de contribuer à une meilleure connaissance de la théologie du philosophe tchèque et de sa philosophie linguistique. Elle est ainsi une invitation à découvrir une pensée originale et brillante. L'abondance des notes et des renvois cherche à fournir au lecteur une première base de références essentielles sur l'Histoire tchèque. Ces références ne se limitent pas aux travaux français ou tchèques, car nous avons choisi de montrer la richesse et la variété des contributions internationales.

67 Ingo Reuter, Predigt verstehen:Grundlageneiner homiletischen Hermeneutik, Leipzig, Evang. Verl.-Anst., 2000 (Arbeiten zur praktischen Theologie; 17).
68 Predigt ais of!enes Kunstwerk: Homiletik und Rezeptionsiisthetik, Erich Gardhammer

- Heinz-

Günther Schôttler (eds.), München, Don Bosco, 1998.