Au carrefour du Soudan et de la Berbérie: le Sultanat Touareg de l'Ayar

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Le sultanat de l'Ayar (improprement écrit Aïr) fut sans aucun doute la plus élaborée des formations politiques édifiées par des Touareg. L'auteur s'est attaché à retracer cette expérience unique, à partir des textes anciens relatifs à l'expansion des Berbères au Sahara et à la formation du peuple Touareg. Les Touareg de l'Ayar apparaissent comme des bâtisseurs de civilisations, créateurs de la prestigieuse cité d'Agades, édificateurs d'écoles, écrivains, penseurs, protecteurs de routes et marchands, mais aussi combattants pour des causes moins nobles, animateurs de nombreux conflits internes et externes.

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Le sultanat touareg de l' Ayar

Au carrefour du Soudan et de la Berbérie

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Fériel BELCADH!, L'image de la Côte d'Ivoire dans le quotidien Le Monde, 2006. Théo DOH-DJANHOUNDY, Autopsie de la crise ivoirienne. La nation au cœur du conflit, 2006. Georges Niamkey KODJO, Le royaume de Kong), 2006. France MANGHARDT, Les enfants pêcheurs au Ghana, travail traditionnel ou exploitation, 2006. Viviane GNAKALÉ, Laurent Gbagbo, pour l'avenir de la Côte d'Ivoire, 2006. Daniel Franck IDIATA, L'Afrique dans le système LMD, 2006. Enoch DJONDANG, Les droits de l 'homme: un pari difficile pour la renaissance du Tchad et de l'Afrique, 2006. Abderrahmane N'GAÏDE, La Mauritanie à l'épreuve du millénaire. Mafoi de « citoyen », 2006. Ernest DUHY, Le pouvoir est un service, le cas Laurent Gbagbo, 2006. Léonard ANDJEMBE, Les sociétés gabonaises traditionnelles, 2006. Gaston M'BEMBA-NDOUMBA, Les Bakongo et la pratique de la sorcellerie, 2006. Mouhamed Lemine Ould EL KETT AB, Ouadane, port caravanier mauritanien, 2006. Mouhamed Lemine Ould EL KETTAB, Facettes de la réalité mauritanienne, 2006. A. C. NDINGA MBO, Introduction à l 'histoire des migrations au Congo-Brazzaville. Les Ngala dans la cuvette congolaise. XVIr-XIX siècles, 2006. Pierre N'GAKA, Le droit du travail au Congo Brazzaville, 2006. Doudou SIDffiÉ, Démocratie et alternance politique au
Sénégal, 2006.

Pierre Bouopda KAME, La quête de libération politique au Cameroun, 2006. Amadou BOOKER SADJ!, Le rôle de la génération charnière ouest-africaine. Indépendance et développement, 2006.

Djibo HAMAN!

Le sultanat touareg de l'Ayar
Au carrefour du Soudan et de la Berbérie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements viIta 96 12B2260 Ouagadougou 12

KIN XI

de Kinshasa - RDC

ère 1 édition, Institut de Recherches

en Sciences Humaines,

Niamey,

1989

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr

@

L'Harmattan,

2006

ISBN: 2-296-00215-3 EAN : 9782296002159

A la mémoire de mon père, Mallam Hamani ABUBAKAR A ma mère, Sa'adatu AHMADU A ma femme, Adama ZATAO

REMERCIEMENTS

De très nombreuses personnes ont aidé à la réalisation de la thèse qui paraÎt aujourd'hui dans la collection des Études Nigériennes. Parmi elles le regretté Yves Person et le professeur Jean Devisse (de la Sorbonne) qui ont, l'un après l'autre, dirigé sur une dizaine d'années nos travaux de recherche et de rédaction. Cet ouvrage leur doit beaucoup dans ce qu'il contient de méritoire. Le regretté professeur Abdullahi Smith (Université Ahmadu Bello Zaria) nous a apporté une aide précieuse dans notre collecte de manuscrits arabes. Mais cet ouvrage est aussi et surtout l'aboutissement d'un travail de terrain. qui a bénéficié de l'aide et de la sympathie de la population de l'Ayar que nous ne

remercierons
Le soutien

jamais

assez.
d'Ayar,

"Sarkin Abzin Ibrahim Umaru nous fut consà l'instar de feu Sarkin Makada Kutuba firent preuve d'une remarquable disponibilité; enfin le responsable de la base IRSH d'Agades, Mohamed Fani mérite d'être mentionné ici lui qui, des années durant participa à nos campagnes de collecte des données. A toutes ces personnes nous dédions également ce livre en signe de remerciement. Enfin nous remercions l'IRSH, pour avoir bien voulu accepter cet ouvrage dans sa déjà célèbre collection.

du Sultan

tamment

acquis;

les informateurs,

Orthographe

Il existe, pour chacune des cinq principales langues nigériennes (regroupant quelque 99 % de la population), une transcription officielle dont voici les principales particularités communes par rapport à celles du français: - le e n'est jamais muet, et se prononce é - le c se prononce tché - le u se prononce ou - le h est toujours aspiré - la lettre s se prononce toujours Isl quelle que soit sa position dans un mot. La tamajaq ou langue des Touareg possède un certain nombre de sons qui lui sont particuliers et qu'on retrouve dans la langue arabe. Ainsi:
parisien) (en tifinagh::

-

le gh est l'équivalent

)

arabe (j en écriture dite maghrébine: en tifinagh: : Précisons en outre quoen tamajaq le t suivi de la voyelle i se prononce Itchi/. Les citations que nous ferons tout au long de cette étude ne respectent pas ces règles, qui leur sont d'ailleurs généralement postérieures. Il convient aussi de savoir que, dans la prononciation des mots d'origine arabe, les Kel Tamajaq (et aussi les sédentaires d'Ayar) donnent au E le son et au è le son . Ainsi Ali devient Ghali et Abdu, Ghabdu, Isa aevient Ghisa ; Ahmad devient Akhmad, etc. La chose devient franchement gênante quand elle affecte les textes écrits. Une autre difficulté réside dans le faible développement du système vocalique de la langue. L'écrlture Tifinagh ne comporte que des consonnes: tamajaq s'écrit + C #-:: (TMJQ). La vocalisation de certains mots varie dans la langue parlée, selon les régions ou même les interlocuteurs. Ainsi le mot amanokal est parfois entendu amanùkal ; le mot KelAway, tantôt Kel eway, tantôt Kel oway ; Iwillemmeden devient Wullummedan, Iwillimmidan, Iwillimmindan, etc. En attendant donc une orthographe officiellede tous les termes de la tamajaq du Niger, le lecteur voudra bien nous pardonner les variations qu'il rencontrera en nous lisant. Un dernier mot à propos du terme touareg: nous avons finalement décidé de le considérer comme un mot français, mais neutre et invariable. Nous écrirons donc: un Touareg, une Touareg, des Touareg; un pays ou un chant touareg.

-

le kh, identique au.
le q, identique au j

Z arabe (en tifinagh::.:

.

de l'arabe

l

proche '

du Irl français

(accent

dit

)

t

t

Toponymes

et ethnonymes

spéciaux

Un certain nombre de toponymes et ethnonymes que nous emploierons fréquemment dès les premières pages de cet ouvrage méritent d'être explicités dès le départ car ils risquent de dérouter le lecteur non averti. A yar : le nom du pays, transcrit Aïr dans les publications en langues européennes, et Ahir (qui devait s'écrire Ahyar) dans les documents en langue arabe. C'est l'ensemble du pays sous commandement du Sultan d'Agades, c'est-àdire la moitié Ouest de l'actuel département d'Agades. En fait, Ayar devait au départ désigner uniquement la zone montagneuse et ce sens réapparaÎt souvent dans les conversations. Historiquement donc, le nom de Kel A yar (gens de l'Ayar) devait s'appliquer aux seules populations du massif montagneux jusqu'à la conquête de Tigidda au XVIe siècle. D'Ayar vient sans doute le terme ha usa ayari, synonyme de caravane. Azbin ou Abzin : Synonyme ha usa d'Ayar. Contrairement à ce qu'on lit souvent sous certaines plumes, les deux termes sont tous « corrects». On constate cependant que les Hausa de l'Ouest disent Abzin et ceux de l'Est Azbin, mais il est fréquent de trouver les deux formes dans une même zone, par exemple à Agades. Abzin a un sens plus large qu'Ayar et ne se limite jamais à la zone montagneuse. Toute la zone qui s'étend à l'Ouest jusqu'à Tuduq, c'est Azbin. Hausa: Les Kel Ayar désignent ainsi les pays situés au Sud de Damargu, et parfois ils y incluent ce dernier. Le terme hausa désigne la langue (et même toute langue), le pays. Le peuple doit être appelé Hausawa (Sing. ba-haushe) mais il nous arrivera souvent de parler des« Hausa » ou d'un homme hausa. Kel : « gens de », équivalent parfait du terme arabe ahl. Sert à nommer un groupe ou une fraction de groupe. Peut avoir une connotation géographique: Kel Aghazar : ceux de la vallée. C'est parfois un sobriquet tiré d'une spécialisation professionnelle: Kel UIIi (les « gens des chèvres» c'est-à-dire les pasteurs de petit bétail), Kel Alekod
« les gens de la cravache», désigne dans l'Azawagh une tribu qui avait des attributions judiciaires. Asbinawa ou Abzinawa : gens d'Azbin (en hausa). En réalité le terme doit s'appliquer exclusivement à la couche aristocratique (les ImajaghanJ. Les Hausa n'ont pas de terme collectif pour désigner les Touareg même s'ils se servent parfois du mot Azbinawa pour nommer les hommes blancs de ce peuple. Touareg: Dans la littérature européenne, ce mot sen à désigner les locuteurs blancs de la langue tamajaq. Ces derniers ne représentent aujourd'hui qu'une minorité des Kel Tamajaq qui sont 600 000 au Niger et 300 à 400 000 pour le Mali, l'Algérie et le Burkina réunis. Il convient à notre avis de donner à ce terme une signification strictement culturelle et de le considérer comme un simple équivalent de Kel Tamajaq et KelTagelmust. C'est dans ce sens que nous l'emploierons une fois réalisée l'intégration des Berbères au milieusahélien.

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Sigles et abréviations usités

a) Périodiques B.LF.A.N. B.L.S. B.S.O.A.S. : Bulletin de l'Institut Français (puis Fondamental) d'Afrique Noire (Dakar). : Bulletin de Liaison Saharienne, Alger. : Bulletin of the School of Oriental and African Studies, Londres. : Cahiers du Centre d'Études et de Recherches Marxistes (Paris) . : Revue de l'Institut des Belles Lettres Arabes, Tunis. : International Journal of African Historical Studies, Boston. : Journal of African History, Londres. : Journal of the African Society, Londres. : Journal of the Historical Society of Nigeria, Ibadan. : Journal de la Société des Africanistes, Paris. : Revue Française d'Histoire d'Outre-Mer, Paris. : Revue de l'Occident Musulman et de la Méditerranée, Aixen-Provence. : Travaux de l'Institut de Recherches Sahariennes, Alger. de documentation et Institutions de Recherche

C.E.R.M. LB.L.A. LJ.A.H.S. J.A.H. J.A.S. J.H.S.N. J.S.A. R.F.H.O.M. R.O.M.M. T.LR.S.
b) Centres A.B.U. B.N. C.H.E.A.M.

C.N.R.S. C.N.R.S.H. LF.A.N. I.R.S.H.
N.A.K. N.H.R.S. O.R.S.T.O.M.

: Ahmadu Bello University, Zaria, Nigeria : Bibliothèque Nationale, Paris, France : Centre des Hautes Études Administratives Musulmanes, puis: Centre des Hautes Études Administratives sur l'Afrique et l'Asie Modernes (Paris). : Centre National de la Recherche Scientifique (Paris). : Centre Nigérien de Recherche en Sciences Humaines (aujourd'hui I.R.S.H.), Niamey. : Institut Français d'Afrique Noire, Dakar. : Institut de Recherche en Sciences Humaines (ex - CNRSH) Niamey. : National Archives of Kaduna, Kaduna, Nigeria. : Northern History Research Scheme of A.B.U., Zaria. : Office de Recherches Scientifiques et Techniques d'OutreMer (Paris).

7

c) Ouvrages TIS TIF 11M T/W RIA BSS SIM d) S.d. S.n.d.1. : : : : : : : Tarikh ai-Sudan (Abderrahman al Sa'adi) Tarikh al-Fettach (Mahmud Kati) Infaq al-Maisur (Muhammad Bello) Taziyin al-Waraqat (Abdullahi dan Fodio) Raudat al-Afkàr (Abd al Qadir al-Mustafa) The Bornu, Sahara and Sudan (H.R. PALMER) Sudanese Memoirs (H.R. PALMER)

: Sans date : Sans nom de lieu.

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1. LE NIGER ET L'A YAR DANS L'AFRIQUE DU NORD..OUEST

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AVANT-PROPOS

Dans la plupart des États de l'Afrique post-coloniale, la recherche historique a connu au cours de ces deux dernières décennies un développement sensible lié à des causes diverses et en premier lieu à leur émancipation politique. « Connais-toi toi même» a dit le philosophe. Ce précepte, aussi ancien que les sciences humaines, les jeunes États en quête d'assises solides se le sont approprié dans le but de fonder ou de fortifier des consciences nationales plus ou moins vacillantes, plus ou moins menacées par des tendances centrifuges ou des forces externes. Le Niger, indépendant depuis 20 ans à peine, ne fait pas exception à cet effort général de réappréhension d'un passé que l'historiographie coloniale a cherché et parfois réussi à dénigrer et à travestir. Mais notre pays appartint à ce qu'on peut appeler la périphérie du système colonial français, ce qu'illustre éloquemment son taux de scolarisation de 3 % en 1960 au bout de 60 ans de colonisation, chiffre largement inférieur au taux de fréquentation de l'école coranique traditionnelle à la même époque. La pénurie généralisée de cadres explique donc que, malgré l'engouement pour le passé au sortir de la colonisation, les travaux historiques soient restés rares, et même très rares par rapport à d'autres pays Ouest-Africains. De vastes régions du pays attendent encore leur premier historien de langue française ou européenne. Le travail que nous présentons aujourd'hui sur l'Ayar se veut avant tout une contribution à l' œuvre de reconstitution de l'évolution de l'espace nigérien. On comprendra donc que l'un de nos soucis majeurs soit l'articulation de cette étude à la problématique générale de l'histoire du pays. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, malgré l'éloignement de Niamey où nous résidons, et en dépit de l'immensité et des difficultés de déplacement dans la zone, nous avons tenu à porter nos efforts sur cette région septentrionale du Niger. En effet, et la suite de l'étude le montrera, l'A yar ne fut jamais le superbe isolat humain, culturel et politique que certains ont cru découvrir. Au contraire, il est la région nigérienne qui s'inscrit avec le plus de netteté et de constance dans la totalité de l'espace historique national. Malgré les difficultés, d'ordre logistique surtout, que comportait notre entreprise, cet aspect particulier de l'histoire de l'Ayar en faisait déjà un champ d'investigation plein d'intérêt: de la période préhistorique aux débuts de la colonisation française, Abzin fut constamment un pays « ouvert», et le chercheur est sans cesse frappé par l'existence de liens « tous azimuts» qui l'ont en permanence uni à ses voisins, liens humains, culturels, religieux, politiques et économiques. En étudiant son histoire, on est aussi amené à poursuivre, nécessairement, un double objectif: saisir la trame de l'évolution d'un espace géographique et humain individualisé, mais aussi, indirectement, contribuer à éclairer des pans entiers du passé des régions voisines. C'est peut-être cette ouverture historique de l'A yar sur l'ensemble des régions nigériennes qui explique, entre autres raisons, l'intérêt profond qu'il

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suscite chez tous, l'attrait de tout ce qui se rapporte à lui. Tenant compte du fait, nous avons cherché à rédiger une œuvre accessible au plus grand nombre possible de Nigériens, spécialistes de l'histoire ou non; le succès que remportent de plus en plus les conférences historiques, même chez les « élites», montre que de nombreux responsables se rendent aujourd'hui compte que, loin d'être un savoir contemplatif et gratuit, la connaissance du passé constitue une condition indispensable à la compréhension des sociétés qui en sont les héritières. Dans un pays où le passé détermine encore dans une large mesure les rapports sociaux et l'attitude des individus face au changement, il va de soi que cette connaissance doit sous-tendre tous les efforts de construction d'une société progressive. Sinon, le « Développement», maÎtre-mot de la vie politique moderne, resterait un slogan creux, une incantation de plus. Nous espérons donc que notre contribution à la découverte du passé de cette région-clef de notre pays sera aussi une contribution à la réflexion sur une meilleure articulation des projets de développement « moderne» avec une réalité qui plonge ses racines dans la préhistoire. L'étude qui va suivre a été intitulée: Au Carrefour du Soudan et de la Berbérie, le Sultanat Touareg de l'Ayar (Histoire Politique).

Le terme

«

carrefour » comporte non seulement une connotation géogra-

phique aisément saisissable, mais il se veut en outre significatif d'une réalité que nous tentons de démontrer tout au long de ce travail: à savoir que le monde des Kel Ayar aussi bien que le Sultanat d'Agades sont, sur tous les plans, les héritiers à la fois du monde berbère et du monde soudanais, et ne peuvent être compris que replacés dans ce contexte. Le Sultanat de l'A yar, dont la capitale la plus prestigieuse est Agades, occupe la place centrale de cette étude; ce choix s'explique par plusieurs raisons: la naissance de cette institution représente un moment capital de l'histoire du pays, et aussi le début d'une expérience unique dans le monde touareg, celle d'un pouvoir politique stable et sédentaire, établi non par suite d'une entreprise conquérante, mais par consensus de groupes jusque-là opposés. Par cette opération sans précédent, les Kel Ayar réinséraient leur pays dans l'espace relationnel du Soudan Central et, en même temps, étendaient et densifiaient ces relations vers le Nord, au profit de l'ensemble de la région. Cette étude se veut enfin essentiellement politique, et cette restriction mérite explication: si nous avons préféré nous en tenir à la dimension politique de cette expérience historique, c'est d'abord à cause de l'ampleur qu'aurait prise une étude étendue au domaine économique. La documentation que nous avons accumulée sur le sujet est si importante qu'elle aurait donné, à notre avis, un caractère démesuré à cette thèse. Nous avons donc jugé préférable de prévoir, dans un futur très proche, une publication séparée, consacrée à l'histoire économique de l'Ayar et de sa capitale. Cette restriction a égaIement l'avantage de limiter le cadre de l'étude à l'Ayar et à ses rapports avec les pays proches. Les relations économiques de cette région s'inscrivaient en effet dans un espace qui allait de la Méditerranée au Golfe de Guinée, relations dont l'Ayar fut une des pièces maÎtresses en raison de sa position géographique et du rôle joué par ses caravaniers Kel Away . Toute étude de ce rôle économique doit donc se situer nécessairement dans le cadre général des relations trans-sahariennes et doit parler au moins autant du monde Hausa et de l'Afrique du Nord que de l'Ayar lui-même qui leur servait de lien. Nous n'avons pas pour autant occulté le facteur économique et commercial dont le poids transparaÎt tout au long de l'étude. Le caractère montagneux d'une partie de l'Ayar, en en faisant une excroissance de la zone tropicale vers le Nord, facilita la déviation d'une partie des routes trans-sahariennes vers cette zone du Soudan Central. La prospérité économique des Etats du Soudan aux XVe et XVIe siècles explique en partie la naissance du Sultanat, le transfert de la capitale à Agades, les expéditions du

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Songhai, la lutte avec Tigidda et l'établissement de relations solides avec le monde Hausa, etc. Proguisant lui-même bien peu de choses, obligé d'importer et son alimentation et son habillement, l'Ayar tout entier avait donc un intérêt direct à la vie d'échanges, et cette nécessité amena le développement de la location et du convoyage des caravanes et aussi la naissance d'une entreprise dont l'impact fut considérable dans la vie du Soudan Central: la taghlamt ou caravane de sel du Fashi, du Kawar et du Jado. Par l'Ayar, des éléments culturels, des hommes et des plantes atteignirent le Nord et le Sud du Sahara et rapprochèrent ces deux rives bien plus que ne le montre l'état de leurs relations présentes. Nous avons également, mais pour d'autres raisons, renoncé à écrire une « histoire des tribus» qui ne saurait qu'être parallèle à celle de l'institution sultanale censée représenter le pays dans son ensemble. En effet, la qualité d'arbitre et d'Imam du Sultan de l'Ayar en faisait essentiellement un conciliateur entre tribus et confédérations, un rassembleur en cas de conflit avec l'extérieur et un responsable de la sécurité des routes caravanières. La plupart du temps, chaque tribu, chaque confédération, réglait ellemême ses problèmes et se passait totalement de l'institution centrale. Sa vie, sauf dans le cas des caravaniers, se limitait très souvent à l'entretien de ses bêtes, richesse essentielle et même unique. L'ensemble du pays se présentait donc comme une juxtaposition d'entités autonomes dont la jonction ne se faisait qu'à de rares moments. Dans ces groupes, où même la fonction politique suprême ne se distinguait guère d'une fonction patriarcale, les archives sont uniquement orales et se réduisent le plus souvent à l'évocation des exploits guerriers et à la remémoration des traditions d'origine, où s'enchevêtrent liens réels et liens fictifs. Nous avons donc renoncé à entreprendre l'histoire de chacune des plus de cent tribus ou fractions de tribus de l'Ayar, 90 000 habitants dispersés sur plus de 340 000 km2, et nous ne les avons évoquées que dans la mesure où elles s'inscrivent dans la vie politique, économique ou religieuse de l'Ayar dans son ensemble. Cette histoire, quoique s'appuyant sur des données recueillies dans toutes les régions de l'Ayar s'intéresse donc davantage au sultanat et à Agades, d'autant plus que cette dernière renferme la quasi-totalité des archives écrites du pays, et les meilleurs dépositaires de ses traditions orales, du moins celles qui présentent une envergure « nationale». L'étude dans son ensemble comprend six grandes parties: La première, la plus courte, est intitulée: De la côte méditerranéenne aux marges de la Savane, ou la longue marche des Berbères. Notre objectif ici, à partir de données écrites (pour la plupart arabes) et orales (locales) est de renouveler la vision traditionnellement donnée de la constitution du peuple Touareg, et, surtout, du processus d'occupation de l'Ayar par des Kel Tamajaq. Il ne s'agit pas d'apporter des faits nouveaux, de nouvelles sources. En dehors de quelques traditions orales, le matériel que nous utiliserons est déjà connu et parfois cité. Mais, une nouvelle lecture des textes arabes et leur confrontation avec les sources locales et la réalité ethnographique actuelle, permettent de lever certaines confusions, d'atténuer certaines généralisations, et de donner une vision plus exacte du processus d'implantation des Berbères au Sahara, au Sahel et en Ayar. Ici comme sur l'ensemble de l'étude, nous partons des réalités locales, des sources locales, pour chercher la vérité historique avec l'aide de données externes. On remarquera que cette démarche, souvent négligée par les historiens de l'Afrique confrontés à la pénurie des sources, s'avère pourtant toujours payante. La deuxième partie, l'Etablissement du pouvoir Touareg en Ayar vise trois objectifs fondamentaux: montrer le pourquoi de la création d'une

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autorité supérieure (le Sultanat) en Ayar, l'origine de cette autorité, et les raisons du transfert du siège de cette autorité de la zone montagneuse de Tadliza à Agades. Elle comporte un aperçu sur le royaume Imussufa (Massufa) de Tigidda et sur le peuplement pré-Touareg (Soudanais) de l'Ayar. La création du Sultanat de l'Ayar et son histoire présentent tant de points obscurs et d' « anomalies» ou de singularités qu'elle a donné naissance à des interprétations et des remaniements qui méritent d'être entièrement réexaminés. Nous nous sommes donc attelés à la réécriture des circonstances de cet événement en utilisant toutes les sources aujourd'hui disponibles sur le sujet. Replacée dans le contexte historique local et régional, la mise en place du nouveau pouvoir apparaÎt comme l'aboutissement de deux séries de contradictions: celles qui, d'une part, opposaient les différents groupes touareg de la montagne entre eux, celles qui, d'autre part, opposaient ces derniers dans leur ensemble aux Touareg caravaniers de la plaine (ceux de Tigidda). Le transfert de la capitale du pays à Agades, dans une zone de plaine éloignée de la zone habitée par les sujets du Sultan, visait également deux objectifs que nous tâcherons d'éclairer: il s'agissait, d'une part, de permettre un modus vivendi entre la volonté d'indépendance des tribus et leur besoin d'un arbitre et d'un guide unique et, d'autre part, de créer les conditions d'une participation fructueuse au commerce transsaharien dont la principale bénéficiaire dans la région était la ville Massufa de Tigidda. Enfin, la question de l'origine des Sultans, qui a attiré l'attention de tous les chercheurs que l'Ayar a intéressés, a fait l'objet d'un traitement spécial. Parti de la première invraisemblance évidente de la tradition officielle, à savoir l'origine turque d'un Sultan qui serait venu d'Istambul 50 ans avant l'occupation de cette ville par les troupes musulmanes, nous avons abouti au rejet de toutes les traditions qui courrent sur ce sujet, officielles et populaires, et à la réfutation des conclusions de plus d'un chercheur.

La troisième partie, Agades ou la consolidation du pouvoir des « Istambulawa » montre la relation dialectique qui s'est établie entre la ville et ses Sultans: son expansion du fait de leur présence, leur consolidation grâce à son dynamisme économique. L'une des énigmes de la perpétuation d'un régime dont le responsable n'avait très souvent aucune emprise sur le pays, fut en réalité l'enchaÎnement des destins de la ville et de la dynastie. Nous nous attacherons donc à montrer l'émergence et l'expansion de la ville d'Agades qui, à son tour, donna aux Sultans une assise beaucoup plus stable que celle qu'ils eurent dans la montagne. Cette période faste de la ville (du milieu du XVe siècle à la fin du XVIe siècle) sera également replacée dans son contexte régional; elle correspond en effet à un moment de renaissance pour l'ensemble des pays situés entre Tombouctou et Lac Tchad: Songhai, Hausa et Borno. C'est aussi la période du triomphe de l'Islam et de l'intelligentsia qui en était issue. Avec les marchands, ces lettrés allaient faire du Soudan Central un espace intégré sur plus d'un plan. On verra que l'ancrage du monde Kel Ayar au Soudan, et surtout au monde Hausa, se fit véritablement à cette époque. Mais cette période apporte aussi un élément de différenciation entre la vie religieuse de l'A yar et celle du massif: alors que Shaikh Zakariyya imprimait sa marque à l'Islam urbain d'Agades, dans la zone pastorale Mahmud ai-Baghdadi adaptait l'Islam aux conditions locales et donnait naissance à des pratiques qui durent encore, notamment les circuits des mosquées créées de son vivant par ses disciples. Cette époque de grandeur pour la ville d'Agades correspondait malheureusement au tarissement des sources arabes. Aucun observateur étranger ne visita Agades avant le XIXe siècle, et cette absence de rapports sur la ville fut sans doute l'une des raisons du peu de renommée dont elle bénéficia par rapport à d'autres, parfois de moindre envergure.

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La quatrième

partie est intitulée:

L'A yar aux XVIIe et XVIIIe siècles:

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succès extérieurs et tensions internes, les prémisses d'une décadence. Cette période est à la fois celle de la plus grande émancipation des Sultans face au pouvoir touareg, et celle de l'amorce d'une décadence due principalement aux guerres civiles déclenchées par les grandes confédérations. Elle est aussi marquée par trois faits historiques d'une grande importance: - l'abandon de la succession utérine au profit de la ligne paternelle au XVIIe siècle, alors que la succession patrilinéaire est présentée, par toutes les sources orales, comme liée à l'origine même du système. - le début des expéditions militaires des Kel Ayar vers le Sud, alors que, jusque-là, le mouvement des armées fut toujours Sud-Nord. - l'émigration de Kel Ayar vers le Sud, et l'expansion politique de leur pouvoir dans deux importantes régions de cultures: le Damargu et l'Adar. Nous nous attacherons à éclairer les changements d'ordre institutionnel qui se sont produits à Agades à cette époque, innovations liées aux efforts des Sultans d' Ayar pour sortir de l'état d'impuissance dans lequel les enfermaient les tribus électrices. Au cours de cette période de grandeur militaire, les Kel Ayar eurent l'occasion de connaÎtre les pays de cultures. la canalisation du bellicisme des tribus vers le Sud par les Sultans n'eut donc pas tous les effets escomptés: il poussa d'une part au développement des conflits entre Kel Ayar euxmêmes et, d'autre part facilita les départs de tribus entières. le résultat final en sera l'affaiblissement définitif du pouvoir central. la cinquième partie est intitulée: Sociétés et Institutions politiques de l'A yar. Dans le déroulement chronologique des faits adopté jusque-là, cette partie constitue une rupture qu'impose la suite des événements. En effet, avec l'échec final de la tentative d'affirmation de l'autorité centrale, chaque confédération recouvra sa totale indépendance ou presque, y compris dans ses relations avec le monde extérieur, et les mécanismes traditionnels de la société touareg reprirent toute leur vigueur. Cette nouvelle situation qui s'installa dès la fin du XVIIIe siècle, devait, pour qu'elle soit pleinement comprise, être précédée d'une analyse détaillée des structures sociales et des institutions politiques centrales, régionales et locales. Nous avons envisagé séparément la société nomade et celle des centres sédentaires d'Agades et d'Ingal-Tigiddan Tesum. En effet, l'Ayar juxtapose deux types d'institutions sociales et deux types d'institutions politiques qui se complètent ou s'ignorent selon les circonstances. Concernant la société touareg et ses institutions, nous avons surtout essayé, dans la mesure où les données disponibles le permettaient, d'en suivre l'évolution et les transformations. Elles reflètent en effet davantage le contexte local saharien et sahé-

.

lien où elles sont nées et se sont développées, qu'un quelconque héritage

«

médi-

terranéen », lointain et difficile sinon impossible à démontrer. Quant aux institutions politiques centrales, nous avons cherché, tout en en décrivant le fonctionnement, à montrer qu'au-delà des influences évidentes venues des pays voisins, elles sont le reflet des spécificités du milieu géographique, humain et politique de l'Abzin. est consacrée à cette période de complète décrépitude du pouvoir, qui correspond aux XIXe siècle: rupture entre la dynastie et le pays, entre Agades et le commerce transsaharien, entre les différents groupes Kel Ayar, entre ces derniers et les autres groupes Touareg, entre l'Ayar et ses prolongements méridionaux : l'Adar et le Damargu. Comme on le verra, ces épreuves ne furent pas spéciales à l'Ayar, mais concernèrent l'ensemble du Soudan Central: elles marquèrent l'avènement de l'ère des Jihad islamiques et la création d'un nouvel ordre politique, économique et spirituel dans l'ensemble de la région. Pour l'Ayar, ce fut presque le retour aux temps qui précédèrent l'avènement du premier

.

la sixième partie: Ruptures et Décadence: la dérive des

((

Istambulawa

)}

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Sultan. Les descendants de ce dernier, réfugiés la plupart du temps en pays Hausa, étaient totalement inféodés aux souverains de Sokoto. Le Damargu attirait de plus en plus les populations Kel Ayar, et il était en passe de se transformer en puissance politique et économique majeure lorsqu'arrivèrent les Français, qui trouvèrent un Ayar exsangue où la notion de pouvoir central n'avait plus grand sens. Cette sixième partie représente la fin du travail de recherche consacré à l'histoire d'Abzin. Notre étude, dont l'objectif premier était de renouer les fils de l'évolution de l'Ayar depuis l'installation des Touareg, et surtout depuis le début du XVe siècle (avènement du Sultanat) devait aboutir à la remise en cause d'un certain nombre de données considérées jusque-là comme acquises, universellement acceptées par les peuples qui en sont les dépositaires, et justifiées par les travaux les plus récents, à cause de leur évidente rationalité. La collecte d'un nombre élevé de traditions conservées par les groupes humains éparpillés de l'Ayar, une plus grande attention portée aux contradictions internes de ces mêmes traditions, et aux cérémonies qui continuent de lier encore le peuple de l'Ayar à son propre passé, enfin une pratique patiente des textes anciens, de préférence dans la langue d'origine, permettent de franchir les écueils et de renouer les trames vraies de l'évolution du pays. Mais cette évolution, nous n'avons réussi à la saisir que dans ses grandes lignes. Malgré l'existence d'un certain nombre de manuscrits locaux, qui font de l'Ayar une des régions privilégiées de notre pays (surtout avant le XIXe siècie), les traditions orales occupent une place considérable parmi nos sources. Lorsqu'il s'agit de dépasser les faits politiques pour saisir le mouvement profond de la société, ces sources orales deviennent à la fois quasi-exclusives et inopérantes, car elles tendent le plus souvent à donner des sociétés une image statique, où le présent représenterait la reproduction d'un passé à peine modifié par l'intrusion européenne. Cette impression d'immobilisme, que nous savons fausse, mais que les traditions orales véhiculent, est également reproduite par les travaux des premiers administrateurs coloniaux et seules quelques mentions éparses contenues dans les textes écrits, en particulier ceux du XVe siècle, nous permettent de nous faire une idée de ce qu'a pu être l'évolution de la société Kel Ayar pendant les quelques siècles qui précédèrent la colonisation. C'est dire que l'avènement d'une « histoire totale » de l'Ayar précolonial s'avère problématique, et on peut penser, à voir les difficultés que rencontrent les historiens de l'Europe et d'ailleurs dans ce domaine, que l'entreprise risquerait de rester pour toujours un travail de Sisyphe. C'est une raison de plus (mais non une excuse) pour limiter ce travail à un domaine où les données disponibles et exploitables nous permettent d'éviter de tomber dans les pièges de la spéculation, car l'historien, sous toutes les latitudes, reste tributaire du document.

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LES SOURCES

DE L'HISTOIRE

D' A V AR

Comme pour la plupart des régions du Niger, trois sources fondamentales concourent à la reconstitution de l'histoire de l'Ayar : les sources orales, les sources écrites et l'archéologie. Mais cette région présente l'avantage de posséder un certain nombre de manuscrits presqu'aussi anciens que le Sultanat lui-même, ce qui facilite, ici plus qu'ailleurs, le travail du chercheur, surtout pour l'établissement d'une chronologie correcte. La tradition orale présente, on le verra, un certain nombre de faiblesses, la plus remarquable étant le remaniement qu'elle semble subir fréquemment en milieu nomade. Quant à la recherche archéologique, elle a déjà donné de remarquables résultats pour la période préhistorique surtout; pour celle qui nous intéresse, peu de données récentes nous sont offertes. Nous avons donc utilisé pour ce travail principalement les manuscrits anciens et la tradition orale et, dans une certaine mesure, les données fournies par les voyageurs européens du XIXe siècle.

A. LES SOURCES

ÉCRITES

Elles comprennent quelques écrits en langues européennes, datant du XVIe siècle (Léon l'Africain, Marmol, Anania) ou du XVIIe siècle (Pétis de la Croix, Girard), mais surtout et essentiellement des textes en langue arabe. proviennent d'écrivains étrangers, Arabes ou Persans, - Les plus anciens et se réduisent le plus souvent à quelques mentions isolées. des documents locaux, en arabe, - A partir du XVIe siècle apparaissent langue qui fut, jusqu'au début du XXe siècle, la langue de la culture et de la diplomatie dans notre région. Ces témoignages autochtones prennent heureusement le relais des sources d'origine arabe ou persane qui tarissent subitement après le XVe siècle (à l'exception du cas particulier de Léon l'Africain). Ces documents sont des témoignages conscients dans leur grande majorité : ouvrages de géographie, relations de voyage, chroniques. Il existe cependant quelques sources d'archives comme les fatawi du XVIe siècle, les correspondances officielles et les documents religieux du XIXe siècle. Nous diviserons cependant les documents autochtones en fonction de leur provenance géographique: Ayar, Hausa, Borno, Songhai.

I. lES MANUSCRITS

DE l'A Y AR :

Ce sont, et de loin, les plus nombreux. La plupart d'entre eux sont des chroniques destinées à la postérité et sont conservés par les Sultans du pays. En principe, les copies de tous ces manuscrits sont conservés au « Service des Manuscrits» de l'Institut de Recherche en Sciences Humaines de l'Université de Niamey. Nous avons retrouvé aux National Archives de Kaduna (Nigeria) quelques documents importants originaires de l'Ayar mais qu'on n'y trouve plus.

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Parmi les témoignages mentionner:

écrits qui ont servi de support à notre étude il faut

1) Kitab asli sultanati Ahyar wa Kitab Sultanati Barna (le livre sur l'origine du Sultanat de l'Ahyar et le livre du Sultanat de Borna). Il s'agit en fait de 4 manuscrits d'âge et d'auteurs différents, qui ont été rassemblés par la suite pour constituer une série sur « les Origines» : a) Origine du Sultanat d'Ahyar b) Origine des Sandal (lsandalan) c) Origine du Sultanat de Barno d) Qrigine du Sultanat d' Adar. Les copies des trois premiers manuscrits dont nous disposons ont toutes été tirées d'un même ouvrage, écrit par AI Shaikh AI-Mukhtar b. AI Shaikh Abd al-Qadir al-Jikati. Nous savons que, parmi les premiers compagnons de Shaikh Mahmud ai-Baghdadi, qui vint en Ayar au début du XVIe siècle, il y eut Shaikh Abd al-Qadir al-Jikati et son frère Shaikh Muhammad ai-Hajj. Le second est enterré à Cighzarin (de l'Est) et le premier a sa tombe à Jikat, autre mosquée célèbre. C'est donc le fils de Shaikh Abd al-Qadir qui fut l'auteur de l'ouvrage qui contenait les trois documents, ouvrage qui datait donc de la deuxième moitié du XVIe siècle au plus tard, et qui est probablement perdu pour toujours. Il devait sans doute contenir d'autres documents précieux car les trois manuscrits en question n'en sont que des extraits. Comme on le constatera par la suite, ils n'ont pas tous été rédigés au même moment, ni probablement par la même personne, et peut-être Shaikh al-Mukhtar les a-t-il lui-même recopiés dans un autre ouvrage? a) Kitab asl Sultanati Ahyar (ms I conservé à l'IRSH sous le n° 40) relate en 67 lignes, sur cinq pages, l'arrivée des premières tribus touareg, l'occupation du pays alors habité par des populations noires, les raisons de l'institution du Sultanat, les fondements et la nature du nouveau pouvoir. Ce texte est unique parmi les manuscrits traitant de l'Ayar, car il est seul à évoquer ces questions de fond. On peut le dater du XVIe siècle pour les raisons suivantes: il a été écrit en effet à une époque antérieure à l'expulsion des Ibarkoreyan de la Cour d'Agades (début XVIIe siècle) et postérieur à la date de construction de la grande mosquée (début XVIe siècle). Ce manuscrit, qui porte le numéro 8 dans les « Chroniques d'Agades » d'Urvoy (1934) avait été traduit auparavant par

Palmer dans Sudanese Memoirs (1928) sous Ie titre

«

The Sultanate of Ahir ».

L'auteur précise que la copie qu'il a traduite avait été envoyée par la famille royale au Sultan de Sokoto qui régnait à l'époque. Il existe une autre copie de ce manuscrit chez les Itesayan de Tambai (département de Tawa) où elle porte le titre de « Tarikh des Itesayan ». Ces diverses copies sont identiques, et les quelques différences qui apparaissent dans les traductions ne proviennent pas des textes arabes. b) Origine des Sandal (Asl Sandal) (ms Il ; cote IRSH n° 41). Ce manuscrit comprend seulement 14 lignes, dont la moitié constitue d'ailleurs une reprise du Kitab Asl Sultanati Ahyar. Son intérêt est pourtant double : d'abord il complète le précédent et l'éclaire sur la nature des liens entre les premières tribus Touareg de l'Ayar ; d'autre part il renseigne sur les raisons du départ des Imakkitan de l'Ayar, première migration de Kel Ayar vers le Damargu. Ce manuscrit est postérieur au premier puisqu'il en reprend certains passages. Il date toutefois d'une époque assez ancienne, à un moment où les Isandalan (ou Sandal) étaient encore les maÎtres de l'Ayar ; il a donc bien été écrit au XVIe siècle, soit juste après le précédent, soit, au plus tard, à la fin du siècle.

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e) Kitab Sultanat Barno (ms III ; Cote IRSH n° 45) Ce manuscrit de 51 lignes (3 pages) est présenté séparément des précédents par Urvoy, et porte le nom de « manuscrit C. ». Dans la collection du Sultan d'Agades, il vient à la suite du texte sur l'origine des Sandal, et n'est pas précédé de la « basmallat » (( Au nom de Dieu») qui normalement annonce tout texte autonome. Le texte de Tambai (Tarikh Itesayan) étant identique à celui d'Agades, il apparaÎt bien donc que la séparation du Kitab Sultanat Barno des deux précédents a été opérée par Urvoy. Ce manuscrit comprend une première partie qui retrace les événements qui aboutirent au départ des Imakkitan de l'Ayar, à leur émigration au Kanem puis leur retour dans leur pays, donc des événements datant du XVe siècle, puisqu'il y est question de la fondation de Birni Borno (Birni Gasargamo). La deuxième partie du manuscrit reprend des événements relatés dans Kitab asl Sultanat Ahyar et fait jouer aux Imakkitan, auprès du Sultan de Borno, le rôle joué par les « cinq tribus» auprès de celui d'Ayar. Il s'agit donc d'un pastiche manifeste. Il est difficile de dater ce manuscrit, mais il est postérieur au ms I dont il reprend certains éléments. Il date sans doute du XVIe siècle mais transcrit des connaissances orales sur des événements des XIVe et XVe siècles. d) Asli Sultanati balad Adar (Origine du Sultanat de l'Adar) (ms IV ; Cote IRSH n° 43). 26 lignes. Rédigé en 1907, ce texte donne l'origine du pouvoir du Sarkin Adar, et la liste des Sultans jusqu'à cette date. La liste est exacte mais incomplète, et ne tient pas compte des doubles ou triples retours au pouvoir qui ont caractérisé l'Adar au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. On peut considérer ce texte comme l'état des connaissances orales sur l'Adar conservées au Palais d'Agades à l'époque.

2) Tarikh al-Salatin Ahyar (Histoire des Sultans d'A yar). Nous disposons de deux
manuscrits portant ce titre. Le premier (le ms V) est un texte de 92 lignes en 6 pages donnant la chronologie des règnes depuis le premier Sultan Yunus. Une copie de ce document est conservée à l'IRSH (sous le n° 7) ; elle provient de la collection de l'actuel Sultan d'Ayar. Il a servi à Palmer et Urvoy. La traduction donnée par le permier

en 1928

((

Chronicle of the Sultanate of Ahir », dans Sudanese Memoirs (51)

et celle du second le « Manuscrit A » des chroniques d'Agades publiées en 1934 dans le Journal de la Société des Africanistes, T. IV, fascicule 2, pp. 145-1 77) sont pratiquement identiques, quoique provenant, le premier d'une copie trouvée à Sokoto, le 2e d'une copie de l'original en possession du Sultan d'Agades. Urvoy dit de ce manuscrit: « il est certainement authentique et à toutes les époques plusieurs copies ont dû en exister» (Urvoy, 1934 : 146). L'authenticité et l'ancienneté de ce document ne font aucun doute en effet. Du XVe au XIXe siècles, plusieurs sources étrangères à l'Ayar (arabes, songhai, hausa ou européennes) nous permettent de confirmer les dates et faits exposés dans les chroniques de l'Ayar. C'est pourquoi on peut avancer que, probablement dès le début du Sultanat, certains lettrés, appartenant sans doute au milieu même de la dynastie, avaient commencé à consigner la liste des souverains de l'A yar. On ne doit d'ailleurs pas oublier que ces souverains étaient eux-mêmes des lettrés. Le deuxième manuscrit (ms VI) présente la même liste dynastique que le précédent. La version (incomplète) que nous avons, comporte 128 lignes sur 8 pages. Ce document ne se trouve pas parmi les copies conservées à l'IRSH et semble avoir disparu de la collection du Sultan d'Agades. Il y était pourtant au début de ce siècle, car il a été traduit en 191 7 pour R. Tardivet à Agades, et publié en 1928 dans le Bulletin du Comité d'Etudes Historiques et Scientifiques

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de l'AOF (pp. 689-694). Une copie de ce manuscrit est conservée aux National Archives de Kaduna (Nigéria) sous la cote NAK n° P/AR 277 ; sa traduction a été publiée par H.R. Palmer en 1936 dans The Bornu, Sahara and Sudan (BSS) sous le titre An Ashen Record (p. 63). Il semble que ce manuscrit n'était déjà plus en possession du Sultan à l'époque où Urvoy passa à Agades; il croyait en effet que Tardivet avait fait traduire un texte identique à son manuscrit « A », et que les différences entre leurs deux traductions provenaient des interprètes,

qui y auraient ajouté

«

de petits récits dont je n'ai pas retrouvé l'origine» (Urvoy,

1934 : 146). La traduction de Tardivet comporte cependant de nombreuses lacunes dans la transcription des noms et des toponymes, parfois totalement déformés par les interprètes qui se sont en outre permis d'apporter des précisions sur certains passages. Il apparaÎt également que Palmer a inclus dans sa traduction des interprétations absentes du texte arabe, et qu'il y ait ajouté des passages provenant d'autres sources, pour donner un aperçu plus complet de l'histoire du pays. La copie du manuscrit que nous avons trouvée à Kaduna est incomplète et s'arrête à la mort du Sultan Muhammad Ghuma en 1251 (1835/6). Il apparaÎt nettement pourtant que, y compris dans la traduction de Tardivet, la date de H. 1251 marque une rupture, car la suite du texte est moins détaillée et ne comporte pas de dates... Palmer nous précise que la première partie de son texte s'arrête après le règne d'Abdul Qadir successeur de Ghuma. Il est d'ailleurs dit que la chronique est l'œuvre d'un certain « Abu Tali of the house of Annaju, Sherifs who built the mosque at Asben ». Cette introduction ne se trouve ni dans notre manuscrit ni dans la traduction de Tardivet, mais il est possible qu'elle se trouve à la fin du texte dans la partie qui nous fait défaut. La suite du texte de Palmer (après le règne d'Abd al-Qadir) est attribuée à l'Imam d'Agades (mais lequel ?). Cette référence à l'Imam nous permet de dire qu'il s'agit, comme Abu Tali, d'un descendant de l'Imam AI-Najib (et non Annaju) qui fut le premier Imam de la grande mosquée d'Agades, et dont la famille monopolisa longtemps cette fonction. Ce deuxième manuscrit est plus détaillé que le précédent, mais nous pensons que l'un et l'autre ont été constitués à partir d'éléments écrits dont certains datent du XVe siècle ou au plus tard du XVie, comme le prouve la concordance entre des sources extérieures (AI-Suyuti, TIS et TIF) et celles de l'Ayar. Ces deux manuscrits présentent une importance fondamentale pour l'établissement d'une chronologie satisfaisante de l'histoire de l'Ayar, du moins jusqu'en 1835/6 qui marque la fin du ms VI, et aussi le début, dans le ms V, d'une période de confusion dans les dates, ce qui indique pour la cour d'Agades toute entière, la fin de toute une tradition historique. 3) Tarikh Salatin Abzin {histoire des Sultans d'Abzin (ms VII). Copie conservée aux National Archives, Kaduna, sous le n° NAK P/AR 2. Complet, 87 lignes, (6 pages), allant du 1 er Sultan, Yunus, au Sultan Tagama : le manuscrit a été complété alors que ce dernier venait d'avoir 4mois de règne (1907). On constate que, contrairement aux manuscrits précédents, celui-ci porte Abzin (nom Hausa de la région) et non Ayar. On peut supposer que c'est parce que l'auteur le destinait à un lecteur du Pays Hausa qu'il l' a fait. Pourtant ce manuscrit est ancien, et la notice sur le Sultan Yusuf (1594-1621 ) a été commencée de son vivant car elle comporte la mention « Nasrahu lIah » (que Dieu le fasse victorieux) qui n'aurait pu être écrite s'il était mort. Il en est de même du passage sur le début du règne de Muhammad Agabba (1687-1720). Ce manuscrit présente également la particularité de ne comporter aucune date, se contentant de donner les durées de règne. Dans la plupart des cas, cependant, il s'accorde avec les précédents, sauf pour le règne du Sultan Yusuf (le premier) pour lequel il donne 10 ans au lieu de 16.

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4) Tarikh Asli Wilayat Amir Abzin (ms VIII). Cote à Kaduna NAK N° P/AR 7/4. Le manuscrit retrace l'histoire de la recherche du Sultan à Istambul par les Itesayan, son arrivée en Ayar, son installation à Agades et les hostilités qui suivirent entre Itesayan d'un côté et les habitants d'Agades (Gobirawa et Ibarkoreyan) de l'autre. Il s'agit à notre avis de la transcription, dans le courant du XIXe siècle, d'une tradition orale des Itesayan destinée en partie à valoriser leur position. Le texte comporte plusieurs mots hausa que l'auteur n'arrivait probablement pas à traduire en arabe. Il a été certainement composé à Sokoto même, ou en milieu Itesayan, par un petit lettré de cette tribu. Palmer l'a traduit en introduction à son An Asben Record où il débute par « According to Ibn Assafarani », précision intéressante qui ne se trouve pas dans notre copie. L'intérêt de ce texte réside surtout dans sa deuxième partie, qui porte sur la présence d'Ibarkoreyan à Agades auprès des Gobirawa, précision qui a son intérêt pour comprendre l'apparition de ce groupe auprès du Sultan au XVe siècle.
5) Tadhkirat al-Nisian 1 (rappel de l'oubli)

- (ms

IX ; cote

à l'IRSH

n° 45).

Manuscrits de 91 lignes sur 5 pages. Chroniques d'événements de l'année 1094 H (1683) à 1192 H (1 778). Il est composé de plusieurs morceaux maladroitement juxtaposés, avec des retours en arrière: le premier de 1094 (H) à 1181 ; le 2e de 11 54 (H) à 1175 ; le 3e de 1141 à 11 53 ; le 4e de 1183 (H) à 1192 ; et une ligne sur un événement de 1189 (H). Il a été traduit par Urvoy sous le nom de « manuscrit E ». Le passage sur Muhammad al-Adel ibn Muhammad Humad (1768-1 792) nous permet d'affirmer qu'il a été rédigé sous son règne, mais à partir de sources écrites disponibles à Agades. Cette chronique d'événements (et non des règnes) complète les précédents et confirme plusieurs de leurs dates. C'est un catalogue d'événements internes et externes, militaires pour la plupart. 6) Tarikh al aCwam wa tadhkirat al-nisian (ms X) (cote à l'IRSH : n° 42).
«

Chronique des années et rappel de l'oubli).

Manuscrit F » de la traduc-

tion d'Urvoy. 73 lignes sur 6 pages. Il constitue en quelque sorte la suite du précédent, puisqu'il relate des événements (pour la plupart militaires) allant de 1202 H (1788) à 1307 H (1890). 7) Tarikh al-acwam wa tadhkirat al-Nisian 12 97 lignes sur 7 pages. « Manuscrit H » de la traduction d'Urvoy. Il commence en 1683 comme le premier, dont il reprend les informations parfois en les précisant, mais il se poursuit jusqu'en 1829. Il a été rédigé sous le deuxième règne du Sultan Muhammad Ghuma (1828/9 - 1835/6). Sa chronique de 1788 à 1829 est identique à celle du manuscrit précédent qui dérive donc de lui. 8) Tadhkirat al-Nisian 2 (30 lignes sur 2 pages (ms XII) « Manuscrit I » des « chroniques d'Agades » il va de 1231 H (181 6) à 1285 H (1869). Malgré la concordance des dates, ce manuscrit ne dérive pas

du précédent. Par contre, les informations contenues dans le « manuscrit X »
entre 1245 H (1830) et 1273 H (1857) dérivent de ce ms XII. C'est l'existence de ces quatre derniers manuscrits qui rend possible la reconstitution de la chronologie des règnes et de la trame des principaux événements de l'histoire de l'Ayar au XIXe siècle. Contrairement aux listes dynastiques, ils ne semblent pas être des documents « officiels». Les lettrés qui les ont rédigés vivaient sans aucun doute à Agades, mais pas forcément auprès des Sultans; les actions de ces derniers (qui vivaient d'ailleurs la plupart du temps en pays Hausa) sont à peine mentionnées, au profit des entreprises dirigées par les chefs des grandes tribus. Ils nous permettent ainsi de sortir de la confusion des dates qui caractérise les listes dynastiques au cours du XIXe siècle.

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9) Tawarikh ma waqaCa wa ma jara (ms XIII) Cote IRSH n° 47. (Histoires des événements) publié par Urvoy sous le titre: « Mémoires de Abu-Bakr fils de Attaher-Tashi », manuscrit J. de la traduction d'Urvoy. Document de 335 lignes sur 19 pages, c'est sans aucun doute le témoignage écrit le plus important de l'histoire de l'Ayar pour la période allant du début du règne de Muhammad al-Mubarek (1654) à 1696, date à laquelle s'arrêtent ces Mémoires. Leur auteur, Abubakar, fils de Attaher Tashi est né en 1067 (1657) à Agades, et appartient à la couche aisée de la population de la ville. Il a recueilli auprès de son père le récit des événements relatifs au début du règne de Muhammad al-Mubarek. Sa position sociale en fait un observateur privilégié de la vie d'Agades et de sa cour. Quoique son intérêt s'attache surtout aux événements politiques, il ne manque pas de temps à autre de nous faire pénétrer dans des secteurs plus individuels, plus intimes, et ne néglige pas les phénomènes naturels ou la vie religieuse. Il a en outre voyagé à plusieurs reprises en Adar, et a été le témoin par exemple de l'affrontement entre Kel Ayar et Gobir en 1689. 10) La réplique de Muhammad b. Ahmad b. Hamid à Hadahada et Hamidtu poème de 97 vers (8 pages) provenant de l'Azawagh, conservé à l'IRSH sous la cote 67. L'auteur, plus connu par le nom de sa mère Tighna, était un faqih de Tadliza, la première résidence des Sultans de l'Ayar, où on voit encore sa tombe. Le poème est consacré à la réfutation des arguments avancés par HadaHada pour lancer son Jihad contre le Sultan de l'Ayar. Une glose donne le nom
de ce Sultan: Muhammad al Tafrij (1621/2

- 1654)

information

confirmée

par

d'autres données comme nous le verrons en abordant le règne de ce souverain et l'action de Hadahada. Il date donc de la première moitié du XVIIe siècle, et les événements qu'il relate sont liés à la fois au départ des Ibarkoreyan de l'Ayar et à l'arrivée des Iwillemmeden dans l'Azawagh (XVIIe siècle). Ce poème confirme en outre la grande influence d'AI-Suyuti sur les Vlama de la région. 11) Les fatawi (sing. fatwa) ou réponses sur des questions de droit. Avec le progrès de l'influence de l'Islam sur les pouvoirs politiques, les souverains ont éprouvé le besoin de s'adresser à des savants, souvent étrangers, pour solliciter leur avis sur des questions de droit islamique. On sait que des fatawi ont été rédigées par des ulama' locaux pour leurs souverains ou pour des souverains voisins; c'est ainsi que le célèbre Ahmad Baba, repris par Abderrahman al-Sa'adi (1) nous apprend que le Savant de l'Ayar AI'Aqib b. Abdullah alAnusammani al-Massufi (XVie siècle) avait, en réponse à des questions, composé deux fatawi : l'une, Ajwibat al-faqir 'an as'ilat al-Amir pour l'Empereur Askia Muhammad de Gao, et l'autre, AI jawab al-majdud 'an as'ilat ai-qadi Muhammad b. Mahmud. Malheureusement, aucun de ces textes n'a été retrouvé jusqu'à ce jour. Les fatawi que nous possédons proviennent toutes du savant égyptien Jalal ai-Din al-Suyuti. Elles doivent toutefois être considérées comme des sources internes, dans la mesure où leur intérêt historique repose essentiellement sur le contenu des questions posées par des Kel Ayar à un savant étranger. Ces fatawi donnent en effet une description plus ou moins détaillée des sociétés, des événements, ou des pratiques sur lesquelles elles sollicitent l'avis autorisé des savants de l'Islam. Elles nous permettent donc de connaÎtre en profondeur les réalités sociales, politiques, économiques et spirituelles des pays et des hommes auxquels elles se réfèrent. Malheureusement, ces pays et ces hommes ne sont pas toujours nommés, et s'impose alors, pour les préciser, un exercice parfois ardu de dissection du texte, et de comparaison avec des sources extérieures ou internes.
(1) Ahmad Baba: Na yI al-Ibtihaj bi Tatriza al-Dibaj repris par A. AI-Sa'adi : Tarikh al Sudan p. 67 (texte arabe p. 41).

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Les documents

émanant

de l'Imam Jalal ai-Din al-Suyuti sont:

a) Une fatwa adressée à un correspondant anonyme et qui porte principalement sur le problème des pâturages. Elle nous donne un aperçu des rapports entre le Sultan d'Agades et les Chefs de tribus d'une part, entre les différentes communautés Touareg d'autre part. Comme ceux qui suivront, ce texte doit dater des dernières années du XVe siècle. Cette fatwa a été publiée dans une collection de « Réponses» rédigées par al-Suyuti : AI-Hàwï lil-fatàwï (Le Caire 1933 pp. 148-149) et a été traduite par H.T. Norris (1975 : pp. 49-50). b) Une fatwa intitulée: As-ila wàrida min al- Takrür fi Shawwal 898 (questions parvenues du Takrur au mois de Shawwal 898), c'est-à-dire en juillet ou août 1493. Elle se trouve dans la même collection de fatawi que la précédente et a été traduite en anglais par J.O. Hunwick sous le titre: « Notes on a late fifteenth century document concerning al-Takrur », article publié dans African Perspectives (1970 : 7-33) édité par C.H. Allen et R.W. Johnson. L'auteur de ces questions est un certain Muhammad b. Muhammad b. Ali al-Lamtuni, mais le pays concerné n'est pas nommé. Une analyse détaillée du texte et du contexte régional nous permet pourtant d'affirmer qu'il ne peut s'agir que de l'Ayar. Ce texte, malgré certaines ambiguïtés, est un précieux tableau de l'Ayar (nomade et urbain) de la fin du XVe siècle. e) Une troisième correspondance enfin adressée par l'Imam al-Suyuti « aux rois et Sultans des pays du Takrur en général et au pieux monarque Muhammad ibn Sattafan, souverain d'Agades et ses frères Muhammad et Umar, et le fils de sa sœur Muhammad Abd al Rahman, et au monarque Ibrahim, souverain de Katsina, en particulier ». Le règne de Muhammad Sattafan prenant fin
l'année même où commence celui d'Ibrahim Sura, en 899 (octobre 1493

- octo-

bre 1494), c'est donc en 1494 qu'il convient de placer la date de cette correspondance. Elle présente moins d'intérêt que les précédentes et contient surtout des injonctions à caractère religieux. Elle a été publiée par Usman dan Fodio dans son ouvrage Tanbih al-Ikhwancala ahwàl ard al Südan, écrit en 1811, et qui discute de la situation du Jihad dans le Hausa. Cet ouvrage a été traduit in extenso par H.R. Palmer sous Ie titre: « An early fulani conception of Islam» (Journal of African Society, XIII 1913-14 et XIV 1914-15), une traduction abrégée de cette lettre se trouve dans Nigerian Perspectives (1975 : 118-1 20) sous Ie titre: « As-Suyuti : Advice to Ibrahim Sura». Ce sont là les principaux manuscrits originaires de l'Ayar qu'il nous a été possible de consulter. Exceptées les fatawi d'al-Suyuti, ces documents sont donc pour l'essentiel liés au pouvoir installé à Agades. Les difficultés de conservation du papier sous nos latitudes rendent évidemment difficile sinon impossible tout espoir de découvrir des originaux de documents datant de plusieurs siècles. Les manuscrits conservés par les Sultans ont dû être repris à plusieurs reprises, mais sans altération consciente. Les quelques variations qu'on observe sont dues d'abord à des erreurs de copistes. Il faut remarquer enfin que plusieurs de nos documents se complètent, et qu'ils ont été rédigés indépendemment les uns des autres, parfois hors de la Cour, mais à Agades. Il. DOCUMENTS PROVENANT DES PAYS VOISINS D'autres documents, provenant courrent à l'histoire de l'Ayar. de régions plus ou moins éloignées con-

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1) Documents de l'Azawagh : Tarikh al-Tawari : (Histoire des Attawari) comprenant deux versions dont nous avons eu des copies auprès des Touareg Attawari d'Abalagh (Azawagh) en 1973. Ces textes paraissent provenir en partie de traditions orales transcrites probablement au XIXe s., en partie de sources écrites peut-être disparues. D'après la version I des événements, certains de ses éléments ont été tirés d'écrits de Muhammad ag Muhammad al-Amin (XVIIe siècle). Ils sont intéressants pour ce qu'ils nous apprennent sur l'origine des Attawari, leur séjour à Agades (confirmant les textes et traditions de cette ville), l'arrivée des Iwillemmeden dans l'Azawagh nord, et les débuts de Muhammad al-Jilani. 2) Les documents en provenance de Sokoto et des Kel Ayar du Sud A partir du début du XIXe s. et jusqu'à l'occupation européenne, le principal partenaire politique et économique de l'Ayar a été le Califat de Sokoto. Et dans la mesure où l'on sait l'intérêt porté par ses dirigeants et ses lettrés aux documents écrits, on ne peut être étonné de trouver dans cette région une quantité appréciable de références à l'histoire de l'Ayar. Nous avons d'ailleurs remarqué plus haut que certains manuscrits d'origine agadésienne qu'on ne trouve plus dans la bibliothèque de son Sultan sont conservés à Sokoto. Plusieurs de ces documents sont des lettres relatives aux relations des Sarakunan Musulmi (commandeurs des croyants) de Sokoto, qui traitent de leurs rapports avec les Touareg et en particulier les Kel Ayar. les sources les plus importantes sont: a) Infaq al-Maisur fi tarikh al-biliKIal- Takrur de Muhammad Bello, fils du réformateur Shehu Usman dan Fodio, et un des principaux dirigeants du Jihad armé. Il fut également Sultan de Sokoto de 181 7 à 1837, et fut l'artisan de la consolidation du nouveau pouvoir. Infaq al-Maisur a été achevé en 1812. Deux éditions en ont été publiées, celle de C. E. Whittings en 1951 et celle de Abubakar Gummi en 1964 (publiée au Caire, 243 pages). Sous le titre the Rise of the Sokoto Fulani (Kano, 1922) E.J. Arnett en a publié une version anglaise paraphrasée. Nous avons trouvé aux National Archives de Kaduna la traduction hausa (en ajami et en caractères latins) dont nous avons malheureusement perdu les cotes. La version en caractères arabes (ajami) a été achevée le Vendredi 21 sha'ban 1334 (juillet 1916) pour le compte, semble-t-il, d'Arnett qui l'a traduite en anglais: l'ouvrage se veut une histoire des pays du Takrur depuis le Darfour jusqu'au Moyen Niger. Il comprend un grand nombre de traditions orales ou des références à des écrits anciens, notamment sur les Kel Ayar. Il rapporte en outre les principaux événements du Jihad jusqu'en 1812. C'est donc un témoignage unique, important pour l'Ayar du début du XIXe siècle. b) Raudat al-Afkar ou Akhbar al-Biladal-Hausiyya wa-al-Sudaniyya composé en 1825 par Abdul Qadir al-Mustafa, se veut une histoire du Soudan Central en général et des pays hausa en particulier. Plusieurs de ses informations sur le XIXe siècle sont identiques à celles contenues dans Infaqal Maisur et parfois rapportées en des termes identiques. Certains auteurs pensent que, et Muhammad Bello et l'auteur de Raudat al Afkar ont puisé certaines de leurs informations à la même source, d'un ouvrage ancien aujourd'hui disparu. l'intérêt du Raudat al Afkar pour l'Ayar réside dans les relations des guerres du XVIIe et XVIIIe siècles contre le Gobir et le Kabi. le manuscrit comprend 33 feuillets d'une douzaine de lignes chacun. Il a été traduit en hausa dans Hausawa da Makwabtan su (volume I) et aussi en anglais par Palmer (( Western Sudan history: the raudthat'ul Afkari, J.A. S. 191 5-16, 1 5 : 261-73) mais cette dernière traduction n'est guère utilisée à cause de ses nombreuses lacunes.

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c) Les correspondances Elles ont, des siècles durant, permis aux souverains et notables d'entrer en contact les uns avec les autres. Grâce à la maÎtrise de l'écriture, les lettrés musulmans étaient entrés au service des monarques avant même l'islamisation de ces derniers. Malheureusement, ces correspondances ne sont pas conservées, et il a fallu le XIXe siècle pour voir apparaÎtre à Sokoto un régime qui leur attache assez d'importance pour veiller à leur conservation. Cette habitude s'est répandue dans le reste de notre région, et on trouve par-ci par-là des lettres appartenant à cette période. En dépit de cet effort tardif, les archives de Sokoto conservent le plus grand nombre de correspondances échangées dans le Sudan Central, à l'arrivée comme au départ de Sokoto. En Agades même, nous n'avons pu entrer en possession d'aucune lettre reçue ou envoyée avant le début du XIXe siècle. Parmi les correspondances connues, une seule concerne la vie intérieure de l'Ayar, toutes les autres sont en relation avec la politique extérieure, et en particulier les relations avec Adar, les Kel Ayar du Sud et Sokoto. Ces lettres proviennent de deux sources: les archives des sultans de Sokoto et celles de la famille de Shaikh Wasshar, alliée de première heure de la famille dan Fodio, qui jouera auprès des Touareg du Sud un rôle de chef religieux vénéré tout au long du XIXe siècle. Ces correspondances nous permettent de prendre la mesure exacte de la nature des relations entre les différentes autorités de notre région: elles nous évitent de porter des jugements tranchés sur les inimitiés, les amitiés, les « dominations» ou les « dépendances » des uns par rapport aux autres. Elles nous montrent qu'entre les différents pouvoirs de la région, l'état de belligérance fut l'exception plutôt que la règle malgré le Jihad, et que les relations commerciales et humaines furent toujours encouragées de part et d'autre. Parmi les principales d'entre elles on peut citer: - Lettre du Sultan Abd al-Qadir envoyée aux Chefs des Kel Away en octobre 1850 pour les appeler à l'aide contre les Kel Fade. Nous n'en avons que la traduction, publiée par Henri Barth (Bernus : p. 123-4) ; c'est une parfaite illustration de la faiblesse militaire du Sultan de l'Ayar dépendant totalement des forces touareg. - Deux lettres du Sultan du Maroc Mulay Sulayman (1 792-1822) adressées l'une au Sultan Muhammad al-Baqri et l'autre à Usman dan Fodio, en réponse à une correspondance par laquelle le Sultan de l'A var informait celui du Maroc des activités de Shehu Usman. Elles datent de juillet 1810. Leur intérêt quant à l'Ayar est de nous montrer à la fois le point de vue d'AI-Baqri sur le Jihad et celui du Sultan marocain sur celui de l'A yar. Ces deux lettres ont été publiées dans Infaq-al-Maisur (Edition du Caire pp. 202-203). - Lettre du Sultan d'Ayar Abd al Qadir à Shaikh Mahmud Ibn Wasshar délimitant les localités attribuées à la famille Wasshar par Muhammad Bello et reconnaissant par là-même l'amputation de l'Adar par Sokoto. - Lettre du Sarkin Musulmi Muhammad Bello à Mahmud ibn Wasshar où il lui renouvelle la concession territoriale faite à son père. Lettre du même souverain au Sarkin Magori sur le même sujet. - Lettre de Muhammad Bello à un autre « feudataire » anislem touareg du nom d'Amuddur Shibo, lui annonçant l'arrivée d'un émissaire de Sokoto chargé de lui délimiter son territoire dans le Gobir- Tudu. - Lettre de Muhammad Bello à Muhammad al-Jilani (Arewa house, Kaduna, M. 1 ff. 3b-6a) ; quoique n'intéressant pas directement les Kel Ayar, c'est une correspondance qui mérite d'être mentionnée ici. En réponse à une demande d'al-Jilani, Muhammad Bello expose ici son point de vue sur son entreprise et sa conception d'un gouvernement islamique (1820). - Lettre de Sarkin Musulmi Atiq aux Chefs Touareg Kel Geres et Itesayan. Nous disposons de plusieurs lettres échangées entre Sokoto, le Gobir, l'Adar

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et les Touareg du Sud ou de l'Azawagh. Deux de ces correspondances méritent une mention spéciale; elles ne sont pas datées, mais d'après leur contenu il apparaÎt qu'elles furent écrites au cours de la deuxième année du règne de ce Sultan, c'est-à-dire entre octobre 1838 et octobre 1839. destinée à justifier la position du Sarkin Musulmi, accusé d'intervenir dans les querelles de succession au trône de l'Ayar. En fait, la majeure partie du texte est consacrée aux rapports politiques d'ensemble entre Touareg et Sokoto: nous y apprenons que les Touareg du Sud comme ceux de l'Azawagh et les Kel Away avaient fait allégeance à Atiq à son accession au trône; que Sokoto avait établi la paix entre les Kel Ayar du Sud et les 2 autres confédérations, etc. - La seconde lettre (Arewa House M. 15 ff 23b-24b) adressée expressément aux Kel Geres et Itesayan. Abubakar Atiq l'a lui-même subdivisée en trois points: la question de l'élection des Sultans d'Ayar ; les relations entre lui et les Kel Ayar du Sud; les relations entre ces derniers et les Iwillemmeden. Cette correspondance détaille donc la première sur plusieurs points, et nous montre à quel point les problèmes de succession au trône d'Agades se résolvaient très loin de cette ville.
3) Les sources Songhai
-

La première lettre (M. 17Iff 26a-27a) adressée à tous les Touareg, est

Il s'agit essentiellement des deux ouvrages célèbres de Mahmud Kati (Tarikh al-Fettash) et Abd al Rahman al Sa' di (Tarikh aI-Sudan), ouvrages écrits à la gloire de la ville de Tombouctou et du roi Songhai Askia Muhammad (1493-1 528). Quelques indications contenues dans ces deux sources permettent de vérifier certaines dates contenues dans les manuscrits de l'Ayar. Les passages tirés de l'œuvre d'Ahmad Baba (XVie siècle) sur les « Savants de Tombouctou », également reproduits par Muhammad Bello dans Infaq al Maisur contiennent des indications intéressantes sur quelques lettrés célèbres de Tigidda et d'Anu Samman (Ayar de l'Ouest).
III. LES SOURCES ARABES

Pour les périodes les plus anciennes, les sources d'origine arabe sont les seules sources écrites disponibles. Elles restent malheureusement presque toujours squelettiques, ne comportant que quelques indications isolées. Il nous manque pour l'Ayar ce qu'AI-Bakri ou Ibn Khaldun ont laissé sur le Mali ou Ibn Sa'id sur le Kanem. Les seules exceptions notables sont celles d'Ibn Battuta sur Tigidda et Léon d'Africain sur Agades. Les premiers écrivains Arabes qui s'intéressèrent aux régions sahariennes et sahéliennes du Bilad ai-Sudan nous sont surtout utiles pour la connaissance des ancêtres des Touareg à travers leur habitat et leurs multiples subdivisions. Parmi ces écrivains, le plus important reste, pour l'Abzin, Ibn Hawqal, auteur du Kitab Sürat al A rd. (Xe siècle), qui nous permet d'établir un lien éclairant entre les Touareg d'Ayar et ceux de Tadamakkat (Adghagh des Ifoghas). Avant Ibn Hawqal, al- Ya 'qubi, a publié vers la fin du IXe siècle deux ouvrages : Kitab al-Buldàn et Tàrikh qui contiennent les premières informations arabes sur le Sahara méridional et le Sahel. Il mentionne l'existence de royaumes berbères à l'Ouest de l'Ayar et aussi, semble-t-il, pour la première fois, le nom pré-touareg du pays, Azbin (Hazbin). AI-Bakri (Kitab al-Masàlik wa I-Mamàlik 1068) présente comme unique intérêt celui d'être le premier à mentionner le nom touareg du pays: A yar. AI-Idrissi, dans Kitab nuzhat al mushtaq fi Ikhtiraq al afàq, écrit en 1154, rapporte les seules indications écrites que nous ayons sur la ville de Maranda, mises à part les mentions du nom que nous trouvons ici et là depuis al-Va' qubi.

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AI-Umari (XIVe siècle)
courte d'Ayar

rapporte dans Masalik al-Absar fi Mamalik al-Amsaar une description des royaumes berbères du Sud saharien, parmi lesquels celui (mentionné pour la première fois), et celui des Inussufa. Toujours au cours de la première moitié du XIVe s., nous avons la relation de voyage d'Ibn Battuta, connue sous le nom de Rihla. De tous ceux que nous citons, il est le premier et le seul à avoir visité notre région. Sa description de Tigidda reste le document historique le plus important sur cette ville: description des activités marchandes, de la production et du commerce du cuivre, de certaines coutumes locales. Le passage d'Ibn Battuta à Tigidda reste quelque peu décevant pourtant sur plusieurs points car, mis à part le secteur du cuivre, les autres aspects de la vie du pays sont négligés ou passés sous silence. On le voit, les sources arabes, exception faite d'Ibn Battuta sur Tigidda, rapportent bien peu de choses sur notre région. Les indications que nous avons se résument parfois à une ligne ou à la mention d'un nom sur un itinéraire. Heureusement, à partir du XVe sècle, les sources locales apparaissent en même temps que naît le Sultanat d'Ayar. La période « arabe» des sources écrites prend fin avec un écrivain arabe qui publia son texte en langue européenne, AI Hasan Ibn Muhammad al-Wazzan al-Zayyati, plus connu sous le nom de Léon l'Africain. Comme nous le verrons plus tard, il est certain que, contrairement à ce qu'il écrit, il n'a pas visité Agades; mais les informations qu'il a recueillies à Tombouctou au cours de ses deux voyages (entre 1500 et 1513) montrent à l'évidence que ses informateurs étaient bien renseignés sur la capitaled' Abzin. La relation de voyage de Léon l'Africain a été publiée sous le titre de Description de l'Afrique (en 2 volumes).

IV. LES SOURCES EUROPÉENNES AVANT LE XIXe

S.

Les premières sources européennes sur l'Ayar ont repris la plupart de leurs informations de Léon l'Africain. C'est le cas de Giovanni Lorenzo Anania auteur de l'Universale fabrica deI mondo, overo cosmografia, publié une première fois à Naples en 1573, puis réédité en 1575, 1582 et 1596. Le passage qui nous intéresse a été publié dans une étude de Dierk Lange et S. Berthoud : « l'intérieur de l'Afrique Occidentale d'après Giovanni Lorenzo Anania (XVie S.) « dans Cahiers d'Histoire Mondiale (Journal of World History) Vol. XIV, 2, 1972 Neuchatel pp. 299-351. Nous avons profité davantage de l'autre travail de compilation du XVIe siècle, publié à la même époque, Descripcion general de Africa de Luys dei Marmol Carvajal (1 599) dont les informations sur Abzin paraissent pour la plupart tirées de Léon l'Africain, mais qui comportent quelques originalités. Pour le XVIIe siècle, nous disposons de deux documents français qui font parfois référence à l'Abzin. L 'Histoire Chronologique du Royaume de Tripoly de Barbarie rédgée en 1685 par un chirurgien retenu longtemps esclave à Tripoli, Girard. L'ouvrage, suivi d'un Discours historique de l'Etat du Royaume de Borno (B.N. mss F. Français n° 1 2219) contient plusieurs indications intéressantes sur le commerce transsaharien et son prolongement transméditerranéen. Une ou deux autres références sont faites à l'Ayar en rapport avec la vie politique de Borno. - Suite des Remarques de Tripolyde Barbary, publiées par l'interprète Pétis de la Croix en 1697 (B. N., Niles Acquisitions Françaises mss n° 7488), contient des renseignements sur le commerce transsaharien de Tripoli. Le document a été publié par Dierk Lange sous le titre: « Un document de la fin du XVIIe Siècle sur le commerce transsaharien» ; Revue française d'Histoire d'Outre-Mer, T. LXVI (1979), nOS 242-243, pp. 211-222. Hornemann fut le premier européen à parler - Au XVIIIe siècle l'Allemand des Kel Away, qu'il rencontra au Fezzan: Voyage dans l'Afrique Septentrionale

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depuis le Caire jusqu'à Mourzouk (Paris 1803), mais c'est déjà le début des grands voyages qui vont précéder la colonisation de l'Afrique par les principales puissances d'Europe. V. LES RELATIONS DES VOYAGEURS EUROPÉENS DU XIXe S. L'Ayar a, si on peut dire, « bénéficié» de l'intérêt considérable montré un moment par les Anglais au contrôle du commerce africain passant par le Sahara Central et la Tripolitaine. C'est pour le compte de Sa Majesté Britannique que l'Allemand Henri Barth traversa l'Ayar en 1850 et séjourna à Agades dont il nous aura laissé une description détaillée. Il a noté avec minutie ses observations sur tous les aspects de la vie des zones traversées et a tenté de rassembler le maximum qu'il pouvait d'informations sur l'histoire du pays. Malheureusement, les conditions dans lesquelles voyagea l'équipe de Richardson, à laquelle appartenait Barth, ne furent pas toujours sereines. L'Ayar était dans un moment de décadence et d'insécurité, et la petite équipe européenne était en permanence sur le qui-vive. Barth semblait encore moins rassuré lors de son séjour solitaire dans la ville d'Agades. Il ne semblait même pas toujours faire confiance à ses informateurs et guides. Ce ne fut donc pas toujours dans les meilleures conditions qu'il recueillit ses renseignements, en Ayar du moins, où sa qualité de chrétien soulevait sans arrêt l'hostilité. Cette situation se réflète dans ses écrits, beaucoup plus fiables dans les domaines géographiques ou ethnographiques que dans ceux qui nécessitent des contacts plus poussés avec la population comme l'histoire. Un autre point faible de l' œuvre de Barth est son approche raciale sinon raciste de l'histoire de l'Ayar, qui lui fait expliquer le plus ou moins grand rôle politique des tribus par leur plus ou moins grande proportion de « sang blanc» dans les veines. Cela l'a amené à plusieurs contradictions qu'il ne semblait pas saisir, notamment vis-à-vis des Kel Away. La deuxième source importante du XIXe siècle est Erwin de Bary. De février à septembre 1877, Erwin de Bary effectua en Ayar un séjour qui aurait pu valoir une moisson d'informations aussi abondante que celle de Barth. Se faisant passer pour un médecin turc, il avait plus de chance d'être accepté par la population que Barth qui revendiquait sa qualité de chrétien. Malheureusement, de Bary fut pratiquement obligé d'effectuer son séjour dans Ajiru, la résidence d'al-Hajj Bulkhu alors homme fort du pays. Il n'a pu se rendre à Agades ni poursuivre son voyage vers le Hausa. Ses observations manquent souvent de profondeur et sa curiosité est sélective, au contraire de celle de Barth. Son journal publié en 1898 par Henri Schirmer sous le titre: Le dernier rapport d'un Européen sur Ghat et les Touareg de l'Aïr - (Journal de Voyage d'Erwin de Bary 1876-1877), Paris, représente toutefois une source importante pour la connaissance de la vie de la zone des montagnes. C'est même le seul témoignage direct de l'époque d'al-Hajj Bulkhu que nous ayons. . Le texte d'Ulrich Seetzen (1). Voyageur allemand, Ulrich Seetzen (1767-1811) séjourna deux ans en Egypte (entre 1807 et 1809). Il y rencontra un pélerin Peul originaire de l'Adar, AI Hajj Muhammad, qui avait quitté son pays à l'extrême fin du XVIIIe S. Le recueil des récits du pélerin de l'Adar contient des informations de première importance sur l'Adar, quelques renseignements sur les tribus Kel Ayar (Kel Geres, Itesayan) installées dans la région, sur les rapports entre Sarkin Adar et Sarkin Abzin (qu'il confirme être AI-Baqiri à la fin du XVIIIe siècle). Les textes de Seetzen envoyés en Allemagne sous forme de lettres, ont été publiés par le baron Von Zach dans son journal Monatliche Correspondens Gotha (1809).

.

(1) Ce document nous a été communiqué pour ce geste et pour d'autres encore.

par John Lavers (Université de Kano) que nous remercions

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B. LES SOURCES

ORALES

L'écriture tifinagh ne semble pas avoir servi à transcrire un seul texte en tamajaq avant la période coloniale. Malgré l'existence de cet alphabet donc, la société Kel Tamajaq d'Ayar reste dominé par l'oralité, et la tradition orale y est la dépositaire exclusive des faits du passé, à quelques très rares exceptions près. Mais, comme partout au Niger, et au contraire de ce que l'on rencontre au Soudan Occidental, nous n'avons pas ici d'historiens « professionnels». La conservation de la mémoire collective est l'apanage de tous, et même les groupes plus ou moins castés, comme les Inadan, ne présentent sur ce point aucun avantage sur le reste de leur tribu. Lorsqu'on se lance dans la collecte des traditions historiques, on ne sait donc jamais d'avance où la récolte sera la meilleure. La conception du passé et son rapport au présent présentent quelques différences selon qu'il s'agit des groupes urbains d'Agades et d'Ingal- Tigiddan Tesum, ou des groupes Kel Tamajaq. Chez ces derniers, la mémoire reste fortement sélective et privilégie les événements relatifs à la vie de la tribu ou même la fraction de tribu, lorsque cette dernière a une certaine autonomie en matière de résidence ou de commandement. Les faits « confédéraux» ou « nationaux» ont généralement tendance à être occultés, de même que les revers dans les batailles, alors que sont exaltées les prouesses des héros de la tribu sur les champs de bataille ou la magnanimité de ses chefs. L'éclatement des tribus et la très grande autonomie donnée aux dirigeants (Ighollan) des fractions vassales depuis la colonisation, sont parfois présentés comme des données très anciennes, et beaucoup d' Ighollan n'hésitent pas aujourd'hui à prendre le titre d'Amanokal autrefois réservé aux chefs des Confédérations. Ce repli sur soi de la mémoire collective appauvrit très souvent le répertoire des spécialistes de l'histoire dans la plupart des tribus. En général, d'ailleurs, le principal champ d'intérêt des anciens est celui des généalogies; mais la mémoire, ici, n'a aucun support écrit et elle s'essouffle vite, d'autant plus vite que la filiation reste en ligne maternelle dans une société dominée par les hommes et où seuls les noms des guerriers (c'est-à-dire des hommes) sont considérés comme dignes d'être retenus. Alors que l'histoire du groupe tend à minimiser les rapports extérieurs, les généalogies présentent une tendance opposée, et visent le plus suvent à donceux du Damargu et du Hausa) une ner à l'ensemble des Kel Ayar (y compris origine (sinon une ancêtre) commune. Il y a donc, malgré tout, une très forte conscience de communauté d'origine chez tous les Kel Ayar. Malheureusement, les traditions d'origine ont parfois subi des retouches ou même des remaniements profonds visant à les adapter aux situations socio-politiques dominantes. Nous aurons, à plusieurs reprises, l'occasion de mentionner de tels remaniements, notamment chez les Kel Away. Dans le milieu urbain d'Agades, le passé est d'abord celui de la dynastie des Sultans d'Ayar. La diachronie s'installe dans les mémoires; le pays est perçu comme un tout, mais la vie des Kel Tamajaq n'intéresse que dans son rapport à la ville ou au Sultanat. C'est à Agades et, dans une moindre mesure à Ingal et Iferwan (ancienne porte d'entrée des caravanes), que nous avons recueilli la majorité des traditions relatives à la vie politique du pays. Dans la capitale de l'Ayar comme en milieu nomade, la tendance générale est de diriger le chercheur vers les lettrés. Mais partout, ils se sont révélés d'assez piètres informateurs. Les meilleurs connaisseurs de l'histoire politique de l'Ayar appartiennent à la Cour du Sultan. Parmi eux se détache Sarkin Makada Kutuba, mort en 1979, mais que nous avons eu, fort heureusement, la chance d'interviewer une semaine durant en 1978. On peut toutefois dire que, d'une façon générale, pour retracer l'histoire politique d'Abzin, nous nous sommes appuyés surtout sur les textes

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écrits. Nos informateurs ignoraient la plupart des souverains qui régnèrent entre 1405 et 1900. le plus souvent, Yunus, Yusuf, Muhammad Humad, AI Ghadil, Muhammad al Mubarek, Muhammad Agabba, Muhammad Ghuma, Muhammad al Baqri et Ahmad al Rufa'i, sont les seuls noms retenus par les meilleures mémoires. le manque d'intérêt pour le passé, que l'on constate aujourd'hui, semble avoir deux causes principales: la première est l'abandon d'une pratique qui, semble-t-il, avait cours à Agades jusqu'à l'époque du Sultan Umaru père du Sultan actuel: ce Sultan avait continué l'habitude de se faire lire souvent les manuscrits que nous avons mentionnés plus haut, et il ne manquait jamais une occasion de faire de véritables cours d'histoire à ses courtisans ou visiteurs. La deuxième raison, plus prosaïque, est liée à l'appauvrissement de monarques qui ne peuvent plus subvenir aux besoins de leur fadawa (courtisans). Ces derniers, obligés de chercher leur subsistance hors du palais, se désintéressent de plus en plus des racines d'une autorité qui ne leur est plus d'un grand secours. L'absence de traditionnistes se trouve être, ici, un avantage certain. Dans la mesure où chaque membre de la communauté peut conserver et transmettre l'histoire, il revient au chercheur de couvrir autant de terrain qu'il peut et de rassembler le maximum des données. C'est ce que nous avons fait, et l'opération s'est, à notre avis, révélée payante. Fort heureusement, beaucoup de ces traditions ont été recueillies et conservées, certaines dès le XVIe siècle. la grande période de collecte des traditions a été le XIXe siècle, ce qui nous a valu quelques-uns des manuscrits en arabe que nous avons passés en revue plus haut. l'un des meilleurs de ces recueils de traditions est la Chronique de Mal/am Ahmad ben Detchouko dont la traduction a été publiée en 1907 par le lt Peignol et qui retrace l'histoire des lllisawan en Adar. Nous n'avons malheureusement pas le texte d'origine, qui était en arabe, mais il semble bien qu'elle intègre également des éléments tirés de sources écrites. Les militaires et administrateurs coloniaux se sont, dès leurs premières interventions en Abzin (1905), intéressés aux traditions historiques du pays et en ont collecté un bon nombre. La première œuvre du genre fut celle du lieutenant Camille Jean rédigée en 1904 : Résidence d'Agades : étude sur les Kel Oui et la situation politique de l'Azbin : projet d'organisation après la création de la résidence d'Agades (72 p), publiée plus tard (1909) sous le titre: « Les Touareg du Sud (Aïr). Leur rôle dans la politique saharienne L'auteur présente non seulement la situation d'Abzin au début du XXe siècle, mais il tente également une rétrospective des événements depuis l'arrivée du premier Sultan dans le pays. Autant le tableau de l'Ayar 1904-1905 est digne d'intérêt, autant la reconstitution du passé souffre de graves lacunes, en particulier une tendance à accepter les traditions les plus invraisemblables, les dates les plus fantaisistes. la meilleure monographie est, à notre avis, celle du Capitaine Dario : « Monographie d'Agades )) : formation historique et ethnique, nomenclature des groupes, origine, rapports avec d'autres groupes de la colonie; organisation politique, administrative, judiciaire avant la colonisation, etc. ». Ecrite en 1913, au moment où les effets de la colonisation ne s'exerçaient pas encore fortement sur le pays, cette monographie présente pour nous un double intérêt: tout en rassemblant un nombre appréciable de traditions historiques, elle nous présente la structure du discours sur le passé à un moment où l'indépendance du pays ne semblait pas encore, pour beaucoup de Kel Ayar, irrémédiablement compromise. Plusieurs des monographies publiées par la suite se contentent généralement de reprendre les principaux éléments des précédentes, et en particulier de celle de Dario. Il faut enfin signaler que, récemment, des traditions orales ont été
)J. ))

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transcrites en arabe: Histoire de la Mosquée d'Agades, (Tarikh masjid Agadas. IRSH n° 57) et l'Histoire du Damargu (Tarikh Ard Damargu : IRSH n° 44). Certaines de ces traditions ont d'ailleurs déjà été rapportées dans les monographies coloniales comme celle d'Yves Riou sur les Touaregs du Cercle de Tanout écrite en 1945.

C. l'APPORT

DE l'ARCHÉOLOGIE

Territoire archéologique particulièrement intéressant, l'Abzin renferme de nombreux vestiges de cultures matérielles préhistoriques, aussi bien paléolithiques que néolithiques, qui ont fait l'objet d'un certain nombre de publications. La période historique, cadre de la présente étude, n'est pas trop mal représentée non plus: un peu partout dans le massif, dans des zones parfois abandonnées aujourd'hui, on rencontre des vestiges d'habitations attribuées aux populations soudanaises et aux premiers immigrants Touareg, prédécesseurs des habitants actuels. Ces traces d'habitat se retrouvent dans toutes les régions du pays, depuis Iferwan et jusqu'aux abords du Tanere. Les plus remarquables de ces ruines sont celles d'Assode, en plein centre du massif montagneux, à l'Ouest de la localité de Timia. La ville, qui a pu contenir probablement plus de 10 000 habitants, était presque totalement abandonnée au milieu du XIXe siècle, mais son Chef, l'anastafidet et sa suite, ne partirent définitivement qu'après 191 7. Cette ville n'a encore intéressé aucun archéologue, ce qui est bien dommage car son architecture à elle seule mérite d'être au moins décrite. Ily a aussi le site d'Asanagga près de Tadaliza, celui d'Anu Sam man à proximité de la vallée de Tintabisgin. Il y a enfin Tigidda-Azelik, la fameuse cité visitée en 1353 par Ibn Battuta. Cette région recelant des réserves d'uranium concédées à une compagnie japonaise, le Niger et la France avaient mis au point un programme d'urgence pour étudier l'archéologie d'Azelik et des zones voisines, avant le démarrage de la production industrielle d'uranium. Ce projet dit « Programme de Sauvetage Archéologique de la Région d'Ingal-Tigiddan Tesum » a permis d'importantes découvertes sur les métallurgies du cuivre et du fer, mais la ville « médiévale» elle-même n'a pour ainsi dire pas été fouillée et la question du « Sauvetage Archéologique» reste entière. Heureusement pour Azelik, le projet industriel lui-même a subi un retard qui pourra, nous l'espérons, être mis à profit pour conduire des fouilles qui ne manqueront pas d'enrichir la connaissance de l'histoire Ouest-Africaine. En définitive, l'archéologie historique de l' Ayar, de laquelle on peut légitimement attendre beaucoup, n'est pas encore d'un grand apport pour l'historien.

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2. L'AYAR, LE DÉPARTEMENT D'AGADES ET LA RÉPUBLIQUE DU NIGER
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32

LE CADRE

PHYSIQUE

ET HUMAIN

Ici, plus qu'ailleurs, le milieu physique a imposé sa contrainte aux hommes. Cependant, à travers les siècles, les populations de l'Ayar ont réussi non seulement à s'adapter au pays et à utiliser intelligemment les faibles ressources qu'il offre, mais elles ont su aussi compléter leurs revenus en se servant, mieux que d'autres, de la position exceptionnelle qui fut la sienne pendant longtemps entre zones économiques complémentaires. I. LE CADRE PHYSIQUE

L'ancien Sultanat de l'Ayar comprend un certain nombre de

«

Pays ». On

peut toutefois distinguer, d'une façon générale, deux domaines morphologiques bien individualisés: les zones hautes et les zones basses. 1) Les Zones hautes C'est « Ayar » proprement dit, « la montagne », la plus importante et aussi la seule zone montagneuse habitée du Niger, étalée sur environ 80 000 km2. Le massif de l'Ayar présente une forme allongée dans le sens Nord-Sud, entre la falaise de Tigidit qui le sépare du plateau du Tagama, et la Tanezrouft qui le sépare de l'Ahaggar, soit une longueur totale de 400 km. Dans le sens de la largeur, il s'étend entre le 7e et le 10e méridiens et atteint au maximum 250 km. Massif ancien profondément remanié par l'érosion, l'Ayar est en fait « un vaste plateau compris entre 500 et 900 m, où dominent des étendues planes : regs caillouteux ou surfaces taillées dans la roche en place, interrompues par des appareils volcaniques, par des pitons en forme de pain de sucre, par des crêtes rocheuses escarpées qui s'alignent parfois sur quelques centaines de mètres, par des reliefs plus ou moins ruiniformes recouverts de chaos de blocs et de boules, ou enfin par de véritables petits massifs aux versants abrupts disséquées par de nombreuses ravines. De ce plateau émergent une quinzaine de hauts massifs bien individualisés, alignés selon un axe Nord-Sud» (Morel, in Atlas du Niger, 1980 : 6). Ces hauts massifs sont pour la plupart situés dans la moitié orientale de l'Ayar, ce qui donne à ce dernier un aspect dissymétrique très net qui influe sur la physionomie du réseau hydrographique: alors que la partie orientale s'élève brutalement au-dessus de l'erg du Tenere, la partie occidentale descend progressivement vers la zone basse du Talaq et de l'Aghazar wan Agades. Les plus vastes de ces massifs orientaux « ont une allure tabulaire. Bordés par des escarpements de plus de 500 mètres de hauteur, ils présentent une surface sommitale sub-horizontale comprise, selon les cas, entre 1400 et 1900 mètres» (Morel, in Atlas du Niger, 1980 :6). Parmi les plus caractéristiques de ces massifs orientaux, on distingue, du Sud au Nord:

33

3. A Y AR : CARTE

DU RELIEF

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Kori 34

- Le Bagzan... La plus célèbre des montagnes de l'Ayar, largement connue à l'extérieur de ce pays: le Bagzan est situé au centre-sud du système montagneux, à environ une centaine de kilomètres au N-NE d'Agades. C'est un massif volcanique « présentant au Sud, à l'Est et au Nord des parois presque verticales entaillées, comme au couteau, de profondes gorges, d'ailleurs peu nombreuses. Le sommet est un vaste plateau situé à 1500 mètres d'altitude, hérissé de collines, de pitons et de cônes volcaniques... A l'Ouest au contraire, le plateau s'incline et, par une vallée dont l'altitude moyenne semble être de 900 mètres, se trouve séparé du Mont Todera (Todgha) (1853 m) qui lui est symétrique et qui domine la localité d' Aouderas ». Etalé sur environ 600 km2, le Bagzan « présente aussi de hauts bassins alluviaux à fond plat dans lesquels se sont fixés des villages» (Adamou, 1979 : 9). C'est là que se trouve le plus haut sommet de l'Ayar et aussi du Niger: Indukâlen- Taghas, relief volcanique « postiche» qui atteint 2020 mètres. L 'Adghagh Agalak au Nord du Bagzan, est un petit massif qui atteint 1874 m au NW et qui domine, au Sud Est, la localité de Timia, connue pour ses jardins et son commerce caravanier. - Le Gundai : (1 768 m), situé au Nord d'Agalak dont il est séparé par une zone de plateaux parcourus de vallées dont la célèbre Unan Karad. le Takolokuzat dont nous remarquerons l'importance dans l'histoire du peuple Kel Away. A l'Ouest - Nord-Ouest, le Takolokuzat est voisin d'un massif plus réduit mais plus élevé, le Taghmert, d'aspect circulaire. Plusieurs de ses sommets dépassent 1 600 mètres. - Le massif de Tamgak, à l'Ouest du Taghmert, est, après Bagzan, le plus connu des massifs montagneux de l'Ayar. Son nom est lié à celui des Kel Away comme celui de Bagzan est lié au peuple des Itesayan. Il surplombe la palmeraie d'Iferwan et la vallée connue sous le nom d'Aghazar. Plusieurs de ses sommets dépassent 1800 mètres et il atteint 1892 mètres dans l'Adghagh de Tchirelisen. Au Nord de cette série de hauts massifs, après une zone de bas plateaux, apparaît une autre région haute mais nettement plus réduite, qui comprend notamment le mont Grebun qui atteint 1944 mètres et qui fut pendant longtemps considéré comme le plus haut sommet du Niger. De là l'altitude descend progressivement vers le Nord en direction du piémont méridional de l'Ahaggar. En dehors de ces hautes surfaces de l'Ayar Oriental, la partie centrale du massif comporte quelques montagnes notables comme celle d'Agalal qui porte le nom d'une célèbre localité religieuse de l'Ayar. Située au Sud-Ouest du Tamgak et à 200 km au Nord d'Agades, son point culminant atteint près de 1600 mètres. Signalons également, au Sud de Bagzan, le massif de Taghawaji: situé au Nord-Est d'Agades, il dépasse rarement 1000 mètres d'altitude (900 mètres en moyenne) mais présente un aspect mouvementé qui tranche avec la planéité de la surface sommitale du plateau de Bagzan. Toute la moitié occidentale du massif de l'Ayar est un plateau qui descend progressivement vers les plaines d'inondation du Talaq et de l'Aghazar-wanAgades.
2) Les Zones basses
-

Au Nord-Est du Gundai, surplombant les sables du Tenere, se dresse

La région à l'Ouest du massif de l'Ayar appartient à un immense bassin sédimentaire dit « bassin des Iwillemmenden », du nom du groupe Touareg le plus nombreux de la région. C'est la partie Nord de ce vaste bassin qui concerne l'A yar au sens large et qui en constitue la zone occidentale, succédant

35

à l'ensemble

montagneux.

C'est un domaine uniformément

plat, dans lequel

on peut distinguer deux « pays».
- Au Nord, la plaine de Talaq, également connue sous le nom de Tamesna chez les Touareg de l'Ouest. C'est une plaine argileuse (Talaq : argile en Tamajaq) fermée du côté Ouest par une ligne de plateaux. des». Cette plaine, immense et plate à l'excès, forme un arc de cercle qui borde le massif de l'Ayar au Sud et au Sud-Ouest. De très nombreux Kori qui naissent dans la montagne se rassemblent à l'Ouest pour former l'Aghazar-wan-Agades qui inonde annuellement la région, y permettant ainsi l'existence d'abondants pâturages pendant une bonne partie de l'année. est limitée au Sud par la fa/aise de - La plaine de l'Aghazar-wan-Agades Tigidit, cuesta incurvée sur 200 km d'Ingal à l'Ouest jusqu'au puits d'Ighalgawan à l'Est, et qui se fractionne en buttes-témoins jusqu'au delà de Tigiddan Tesum. Dans sa partie médiane (région de Marandet), elle présente un front continu et d'importantes dénivellations au-dessus de la dépression creusée dans les argiles de l'Aghazar-wan-Agades. Quoique n'appartenant pas à l'Ayar, 2 zones qui jouent un rôle fondamental dans la vie passée et présente de ce pays méritent d'être mentionnées ici: - Le Tagama : plateau de grès prolongeant la falaise du Tigidit au Sud. - Le Tenere: (Tanere), immense zone de sables située à l'Est de l'Ayar. Il. lES DONNÉES CLIMATIQUES Données fondamentales entre toutes, car, en Ayar comme dans le reste du Niger, c'est le climat (et la pluviosité en particulier) qui crée les contraintes physiques les plus déterminantes sur la vie des hommes. L'Ayar, comme les autres régions du Niger, se trouve entièrement situé dans la zone intertropicale, plus précisément dans sa partie nord, la plus sèche et aussi la plus chaude. Le climat présente une très longue saison sèche qui s'étend d'Octobre à Juin, et une courte saison de pluies allant de Juin à Septembre (96 0A> des pluies annuelles). 1) la Saison sèche Elle est caractérisée, dans son ensemble, par une suprématie de vents d'origine saharienne (vents d'Est et du Nord-Est ou harmattan). Cette saison se divise elle-même en : a) Saison froide: (- Tagrest en tamajaq, dari en hausa) qui commence au début du mois de Novembre et se prolonge jusqu'en début de Mars. Pendant cette saison, la moyenne des maxima est de l'ordre de 280 et celle des minima descend à 11 o. Dans l'extrême Nord, la température nocturne minimale avoisine 00, et le gel se produit parfois entre Décembre et Février. b) Saison chaude: (awe/an en tamajaq, rani en hausa) Dès le mois de Mars, la chaleur réapparaît, en général brutalement. Le vent d'Est, devenu chaud et desséchant, s'abat quotidiennement sur l'ensemble du Niger et sa nocivité maximale se déploie particulièrement dans cette zone septentrionale. Les températures atteignent rapidement des sommets à partir de la mi-avril. La moyenne des minima quant à elle ne descend jamais au-dessous de 250. Cette saison est particulièrement éprouvante pour les plantes, les animaux et les hommes; elle est, surtout à ses débuts, caractérisée par l'apparition de certaines épidémies de grippe et de méningite.

- Au Sud, c'est le domaine de l'Aghazar wan-Agades,

«

la vallée d'Aga-

36

4. A Y AR : CARTE DES ISOHYÈTES

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170 500 km

(D'a prés Etudes

Elect rie ite d'OutreMer)

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Sa fin s'annonce par l'apparition la saison des pluies (akasa). 2) La Saison humide (akasa) Précipitations

du vent du Sud-Ouest

(efare) qui précède

en Ayar et dans quelques Précipitations annuelles moyennes (en mm) 19 62 168 233 303 428 484 513 592 870

zones voisines,

entre 1941 et 1970 Hauteur minimale observée (en mm) 2 14 40 68 100 209 206 256 309 656

Station Bilma Iferwan Agades Ngigmi Tanut Tawa Madawa Zinder Niamey Gaya

Hauteur maximale observée (en mm) 57 152 288 472 512 583 831 801 901 1059

L'Ayar occupe la partie Nord de la zone sahélienne et l'extrême Sud de la zone saharienne. Il est donc très peu arrosé. Cette région se situant en effet à l'intérieur de la zone intertropicale, les précipitations qui l'affectent sont liées au déplacement du Front intertropical (F.I.T.) ou zone de convergence intertropicale, zone de discontinuité entre les masses d'air humide venues du Golfe de Guinée (de direction Nord-Est) ou mousson guinéenne, et les masses d'air sec venues du Sahara (de direction S.W.). Le F.I.T., qui se situe à la latitude de Niamey à la mi-avril, se déplace progressivement et n'atteint le Nord de l'Ayar qu'en juillet. Ce déplacement est appelé par l'existence, pendant la période d'été, d'une dépression thermique centrée sur le Sahara. Mais le F.I.T. qui atteint sa limite septentrionale maximale en Août, commence à descendre aussitôt vers le Sud, écourtant ainsi le temps d'hivernage dans la région. Une autre particularité du F.I. T. dans sa poussée extrême est qu'il provoque souvent des orages secs, situation qui caractérise le plus souvent le Nord de l'Ayar. Il découle de cela que la saison des pluies est courte en Ayar et que la quantité d'eau qu'il reçoit est faible par rapport aux zones plus méridionales. La région dans son ensemble se trouve située, en année normale, entre les isohyètes 200 mm et 50 mm : Agades reçoit en moyenne près de 170 mm de pluies et Iferwan 60 mm. Mais les variations sont fréquentes et parfois considérables d'un espace à l'autre, d'une année à l'autre: c'est ainsi que Agades a reçu 288,2 mm de pluies en 1958 et 39,7 mm seulement en 1970 (donc au cours de la dernière sécheresse 1968 - 1973). On peut s'imaginer facilement les conséquences, parfois dramatiques, de ces caprices de la saison des pluies, sur la vie d'une région presqu'entièrement vouée (jusqu'à ces dernières années du moins) à la vie pastorale. La pluie tombe de 14 à 37 jours à Agades, avec une moyenne de 25 jours, et de 4 à 17 jours à Iferwan, avec une moyenne de 12,6 jours, contre une moyenne de 3,8 jours à Bilma, 47 jours à Tawa et 50,3 jours à Niamey.

38

Dans l'ensemble nord-sahélien et saharien, l'Ayar se présente pourtant comme une zone privilégiée. Comme dans toute la zone saharienne, il se produit, au-dessus du massif, une zone dépressionnaire à l'intérieur de la dépression saharienne, mais l'Ayar est nettement plus arrosé que l'Adghagh des Ifoghas voisin et surtout l'Ahaggar. Le massif d'Ayar provoque en effet une nette recrudescence des pluies de mousson, et, quoique située à une latitude légèrement supérieure, Iferwan reçoit plus d'eau que Bilma (60 mm contre 20 mm). On constate toutefois une certaine dissymétrie entre l'Est et l'Ouest du massif, dissymétrie due à l'effet de continentalité : la zone Ouest reçoit plus d'eau comme le montre l'allure nettement oblique (N.W. - S.E.) que prennent les isohyètes dans la région. Ces pluies se concentrent aux mois de juillet et août, et se poursuivent jusqu'en septembre, mais le mois de juin en reçoit très souvent une bonne partie, et il n'est pas rare que des échappées du F.I.T. provoquent des précipitations en avril et même au mois de mars. Il faut également signaler que l'extrême Nord du pays peut, exceptionnellement, être atteint par des dépressions polaires en hiver. Les pluies Station: Bilma Iferwan Agades: : : 4 3 4 : : 2 1 20 mensuelles J F moyennes M A de 1941 M 1 5 6 J 2 5 9 à 1970 JAS 3 13 40 10 26 85 145 2 818 5
-

(en mm) 0 2 N D

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Tawa: Zinder Gaya

44
17 28 69

47 101 157
56 116 54 1 39 208 11 6 1 86 248

54
77 63 1 58

11 6 20

III. LE RÉSEAU 1) Les Kori :

HYDROGRAPHIQUE

ET LE PROBLÈME

DE L'EAU

Le massif de l'Ayar possède un réseau remarquable de Kori, cours d'eau temporaires qui coulent cinq à dix fois par an en moyenne, et pendant cinq à dix heures après chaque pluie. Il va de soi que, selon les zones et les années, cet écoulement peut être plus fréquent, plus long, et se poursuivre sur de très longues distances, en particulier dans le Sud du massif (kori Telwa) où les précipitations annuelles sont relativement fortes. Le kori présente en général un profil transversal qui « reflète sa vie brutale et temporaire: un lit principal tapissé de sables grossiers, encadré de terrasses souvent arborées, parfois cultivées, et menacées par les crues violentes qui rongent les berges. Les kori de l'Aïr constituent bien entendu les exemples les plus nombreux et les plus remarquables, par l'importance des bassins versants (plusieurs milliers de kilomètres carrés), le volume montagneux, la forte déclivité du profil longitudinal (de 1000 à 1 500 m entre le sommet et la plaine de base) et la longueur des vallées» (Bernus, 1 981 : 43). Les kori de la partie orientale du massif présentent généralement un cours très bref et un écoulement plus rare. Ils se perdent rapidement dans les sables du Tenere dès qu'ils quittent la montagne: c'est le cas du Tafidet et d'Agamgam. Ceux de la partie occidentale forment un réseau hiérarchisé et des lits considérables qui débouchent dans les plaines occidentales après un long

39

5. LE RÉSEAU

HYDROGRAPHIQUE

DE L'AYAR

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40

parcours: Tim-Meghsoi, Zilalet, Anu-Zaggaghan (issu de l'Anu-Maqqaran), Aghazar-wan-Agades. Ces plaines occidentales sont donc une immense zone d'épandage où les eaux issues du massif créent des pâturages qui en font une zone de vie pendant de nombreux mois chaque année. 2) les ressources en eau

Comme la plupart des Nigériens et des Sahelo-Sahariens, les habitants de l'Ayar ne disposent donc d'aucun cours d'eau permanent. Ce sont les eaux du sous-sol qui y rendent possible une vie permanente. Pendant la saison des pluies, hommes et bêtes sont en général alimentés par les eaux des mares temporaires, surtout dans les zones de plaine. Quelques rares points d'eau permanents existent cependant dans le pays. Ce sont: - Les sources, parfois salées ou natronnées comme celles de Tigiddan Tesum, Tigiddan Adghagh, Tigiddan Tagait, Gelele, Azelik, Fagoshia, Dabla ou l'abondante source d'Ighalablaben dans le Bagzan. - Les retenues d'eau dans les rochers, (age/mam pl. : /ge/maman) dont la plupart ont d'ailleurs une existence temporaire. Les retenues permanentes subissent elles-mêmes des variations saisonnières: agelmam de Tafadek, Timia, etc. Par rapport aux besoins, ces eaux de surface représentent bien peu de chose. Les populations ont donc recours aux possibilités offertes par la nappe phréatique. Dans la plupart des zones du massif (les parties centrale et occidentale en particulier), elle se renouvelle chaque année, et dans certaines zones comme Iferwan, Timia, Auderas, Telwa et Tabelot, les réserves d'eau sont souvent pluri-annuelles. La nappe phréatique atteint son niveau maximum aux mois de Novembre/Décembre après la saison des pluies, et son niveau le plus bas en Juin/Juillet, au moment où les mares temporaires commencent, fort heureusement, à se former. Au moment où la nappe est la plus haute, il suffit, dans certains kori, de creuser très peu (moins d' 1 m) pour voir apparaître l'eau. Mais en général ces puits, sommaires la plupart du temps et appelés jrsan (sing. eres) atteignent plusieurs mètres. Façonnés de façon rudimentaire, ils doivent être repris chaque année. Les puits permanents (unan sing. anu), creusés sur les terrasses des kori, peuvent atteindre 20 m, mais sont généralement moins bien confectionnés que ceux des zones sédentaires, les Kel Ayar ne possédant pas de puisatiers spécialisés. Ces puits servent à l'alimentation des hommes, des bêtes, et aussi à l'irrigation des jardins. IV. lA VÉGÉTATION L'élevage représentait autrefois l'activité quasi-exclusive des habitants des régions rurales dont la survie dépendait donc du tapis végétal. Ce tapis végétal quoique présentant certaines formes reliques, reste principalement lié aux précipitations annuelles. La végétation de l'Ayar est celle d'une région tropicale, semi-désertique dans sa plus grande partie, et désertique dans certains secteurs. Ses variations sont liées à la latitude, aux effets de la continentalité, à la nature des sols, à l'altitude et aux ressources locales en eau. Ainsi, on peut distinguer: - La végétation des bords des kori : relativement importante et parfois franchement luxuriante, ses arbres forment dans certains lieux de véritables forêtsgaleries. Plusieurs vallées de l'Ayar méridional et central sont aujourd'hui beaucoup plus boisées que celles des régions plus arrosées mais aussi plus

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densément habitées du Niger méridional. Les espèces les plus fréquentes qu'on y rencontre sont le palmier doum (tagait en tamajaq) et des acacias comme l'atagag (A. raddiana), tiggart (A. nilotica), tiboraq ou aduwa (Balanites aegyptiaca), etc. Ces bords de Kori sont particulièrement fournis en plantes herbacées comme le tazmey Aristida mutabilis et le fameux cram-cram Cenchrus bitlorus ou wajjaq. Cette végétation se raréfie puis disparaÎt rapidement dès qu' on s'éloigne des bords de kori. - Dans les zones hautes, les falaises sont pour la plupart nues de toute

végétation, mais sur les plateaux

«

la végétation peut dans certaines vallées

être très étendue et, comme à Tassesset (Monts Baguezan, 1500 m) former une véritable futaie à sous-bois dense» (Chopard et Villiers, 1950 : 20) et, dans les gorges recélant des sources permanentes comme à Ighalablaben (Bagzan) des cultures de dattiers, citronniers, des champs de mil, s'ajoutent à une végétation parfois abondante. Grâce à sa latitude et à son élévation, le massif de l'Ayar présente certains traits originaux: ainsi la présence de certaines plantes typiquement sahariennes, comme l'Azawa (Tamarix sp.), de plantes méditerranéennes comme les oliviers à tronc énorme (2 à 3 mètres de diamètres) du Greboun et l'Acacia a/bida normalement présent dans les zones méridionales où il tombe plus de 300 mm de pluies par an. - Dans les zones d'épandage généralement argileuses situées à l'Ouest du massif (celles du Talaq et de l'Aghazar-wan-Agades), l'argile « permet autour des bas-fonds craquelés, le développement d'arbres qui atteignent souvent de belles dimensions. Ces zones basses argileuses, discontinues dans les creux interdunaires de l'erg fossile, forment parfois des rubans qui suivent l'axe des grandes vallées mortes recoupant les plateaux: elles sont toujours marquées par des peuplements arborés denses et bien développés... Le tapis herbacé y est totalement absent et ne se dévelppe que sur les lisières et dans les zones non inondées d'argile moins compact» (Bernus, 1981-31).

Le Nord de cette plaine

«

est une zone aride communément

appelée

Tamesna. Le Nord-Est de cette zone est pratiquement inoccupé. Mais cette région, malgré son aridité, reste le domaine de prédilection de l'a/wat, herbe spéciale qui fleurit en saison sèche et qui est très appréciée des chameaux» (Adamou, 1979 : 20-21). - La région située au Sud de l'Ayar, grâce à sa pluviométrie relativement importante, présente une végétation assez abondante; l'adaras (Commiphora atricana) y a son domaine d'élection au point que toute la zone a reçu le nom de Tadarast. Presque toutes les régions de l'A yar sont donc des zones de pâturages plus ou moins attirants, en fonction de la nature des végétaux qui y poussent et de la disponibilité en eau. Les pâturages sont naturellement abondants surtout en saison des pluies: plaines de l'Aghazar-wan-Agades et du Talaq sont les plus chargées d'animaux pendant cette période, mais ces derniers n'y passent que 2 mois par an en moyenne, le temps que disparaissent les mares d'hivernage. Pour la plus grande partie de l'année, les pâturages permanents les plus utilisés so nt : - Ceux du plateau et des vallées de la Tadarast, eux-mêmes en partie inutilisables en saison sèche, à cause du manque de points d'eau permanents pour abreuver le bétail. - Les plaines et vallées du massif. - Les kori des bordures Sud et Ouest du massif. « La dépendance des pâturages vis-à-vis des pluis montre que des précipitations irrégulières dans l'espace au cours d'une même année, créent des pâturages discontinus que seuil' élevage nomade permet d'exploiter rationnellement. Les troupeaux de bovins et d'ovins, principaux consommateurs de la strate

42

herbacée, forment donc des groupements mobiles, qu'il faut conduire, les ovins surtout, sur des emplacements éloignés, reconnus à l'avance. C'est pourquoi le nomadisme des campements, lié à l'exploitation des pâturages saisonniers, se double en saison sèche d'un nomadisme secondaire des troupeaux, qui permet une exploitation des différents types de pâturages, en tenant compte de leur état» (Bernus, 1981 : 36). V. lES HOMMES ET lEURS ACTIVITÉS L'Ayar d'aujourd'hui, centré essentiellement sur les arrondissements de Tchighzarin, d'Arlit, et la ville d'Agades, est l'une des moins peuplées des régions historiques Nigériennes: 150 000 habitants environ sur 342 000 km2, soit une densité moyenne de 0,45 habitant/km2. 1) la Population urbaine La réalité de l'occupation spatiale apparaît encore plus nettement quand on considère séparément populations urbaines et populations rurales: ainsi, les villes industrielles jumelles d'Arlit et d'Akokan représentaient, avec 19 000 habitants, environ 57 % de la population totale de l'Arrondissement d'Arlit en 1982 ; dans l'ancien arrondissement d'Agades (aujourd'hui Tchighzarin), les centres urbains d'Agades (environ 33 000 habitants), Ingall (3500 habitants), Tchighzarin (2000 habitants), et Adarbisinat, avec environ 40 000 habitants, rassemblent plus du tiers de la population de l'Arrondissement en 1982 : proportionnellement à la population donc, le phénomène urbain prend ici des proportions inconnues ailleurs au Niger (environ 40 % des habitants contre 15 % pour l'ensemble du pays). Cette urbanisation, son accélération du moins, est en effet un phénomène très récent, lié principalement à l'expansion des activités minières modernes, mais aussi, dans une certaine mesure, aux conséquences de la dernière sécheresse (1968-1973) qui a poussé beaucoup de ruraux vers les centres administratifs et miniers. L'exploitation de l'uranium par la Société des Mines de l'Aïr (SOMAIR) a donné naissance en 1968 à une ville nouvelle, Arlit, dans une zone franchement désertique, à 60 km à l'Ouest du massif montagneux et 250 km au Nord-Ouest d'Agades. En 1977, apparut, à 7 km au Sud-Ouest d'Arlit, la nouvelle ville d'Akokan, à proximité d'un nouveau gisement d'uranium exploité par la Compagnie des Mines d'Akokan ou COMINAK. Selon les prévisions, Arlit et Akokan devraient rassembler 23 500 habitants en 1982 et 26 000 en 1983. La récession qui frappe depuis deux ans les économies liées à l'Europe (principal partenaire du Niger), et la chute du prix du pétrole, ont provisoirement faussé ces prévisions, en freinant la production d'uranium; il n'empêche que d'ores et déjà 60 % de la population de l'Arrondissement résident dans les centres miniers d'Arlit et d'Akokan et dans le poste administratif d'Iferwan. Dans l'Arrondissement d'Agades, dont le siège vient d'être transféré à Tchighzarin à 60 km au Nord, l'exploitation minière a également accéléré le processus d'urbanisation. Agades, capitale du Département (et aujourd'hui commune de plein exercice) a vu sa population passer de 20 714 habitants en 1977) à 33 000 en 1982. La ville de Tchighzarin (appelée parfois Anu Araghan) est née il y a deux ans de l'exploitation du charbon destiné à l'alimentation des centres miniers et urbains du département et de la région voisine de Tawa. Sa population ne dépasse pas 2000 habitants. Cette population urbaine est du fait même de son accroissement rapide, beaucoup plus hétérogène que la population rurale t se décompose en : e

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(ou gens d' Agades), groupe bien individualisé et de lan- Agadessawa gue hausa. - Isawaghan, habitants d'Ingal et de Tigiddan Tesum, groupe résiduel parIant une langue dérivée du Songhai, la Tasawaq, très proche de celle des pasteurs Igdalan (la tagdaft). - Les populations des centres miniers, venues de toutes les région du Niger, mais avec une nette dominante hausa.
2) La Population rurale

La régression relative de la population rurale, découle davantage de l'immigration des travailleurs venus du Sud du pays, que d'un phénomène d'exode rural propre à l'Ayar. Bien entendu, beaucoup de Jeunes d'Agades, d'Ingal ou de Tigiddan Tesum sont allés se faire employer dans les villes minières, de même que d'autres venus des centres agricoles traditionnels du massif, mais seul le mouvement de ces derniers relève de l'exode rural et a contribué, dans une certaine mesure, à l'accroissement urbain. Aussi, la physionomie rurale de l'Ayar a-t-elle peu changé, même si les circuits traditionnels des produits agricoles, et leur volume, ont subi certaines modifications du fait de l'explosion industrielle. Ces populations rurales appartiennent pour l'essentiel à l'ethnie touareg (Kel Tamajaq) avec des minorités d'Igdalan (d'origine touareg mais différents par la langue) Kunta (Arabes) et, de plus en plus nombreux, des Fulbe (peuls Bororo). Elles se différencient donc nettement des milieux urbains, comme nous l'avons dit. Les Kel Tamajaq des zones rurales représentent encore la majorité de la population de l'A yar. Ils se subdivisent en un nombre considérable de confédérations, « tribus», « sous-tribus», « groupements», dont les limites sont d'autant plus difficiles à saisir que les dénominations administratives sont venues se superposer à des divisions déjà passablement compliquées. En effet, certaines « tribus» (Taushit) (1) étaient déjà scindées à l'arrivée du colonisateur français, et ce phénomène de scission n'a fait que s'accentuer, au point que certaines fractions se retrouvent aujourd'hui dans deux ou trois départements en dehors de celui d'Agades, n'ayant plus entre elles que des rapports de parenté très lâches. Il y a à l'heure actuelle en Ayar 4 « grandes» tribus, celles dont le chef porte le titre prestigieux d'amanokaf. Ce sont: - Les Kef A way: dont l'Amanokal porte le titre spécial d'Anastafidet, et réside à Agades depuis le début de ce siècle; c'est le plus nombreux des groupes touareg de l'Ayar, le plus original aussi: contrairement aux autres groupes, ils sont aujourd'hui pour la plupart noirs ou métissés; ils habitent la zone montagneuse alors que les autres sont pour l'essentiel dans la zone des plaines ; ils sont agriculteurs ou caravaniers et vivent dans des villages fixes au contraire des autres groupes qui vivent sous la tente et mènent une existence nomade mais à faible rayon de déplacement. Ce sont aussi les plus fortement islamisés. - Les Kef Ferwan : le 2e groupe en nombre. Une petite fraction d'entre eux (quelques centaines d'individus au plus), détachée du groupe principal depuis plusieurs siècles et sédentarisée, vit dans la région d'Iferwan. L'essentiel des Kel Ferwan vit dans la zone de plaines située au Sud du massif, mais beaucoup ont quitté l'Ayar pour s'installer soit au Damargu, soit dans l'arrondissement
(1) Nous reviendrons plus tard sur ce terme qui sert à désigner les organisations touareg et que les Européens ont traduit par tribu.

sociales

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de Dakoro, où ils constituent des fractions autonomes. Leur Amanokal est égaIement connu sous le nom d'Anasfarwa. - Les Ke/ Fade: dont l'Amanokal est aussi appelé Anasfade, sont nettement moins nombreux que les deux groupes précédents, et vivent presque tous à l'Ouest de la localité d'Ingal. - Les /makkitan : leur Amanokal est plus connu sous le titre d'Amiki. Groupe célèbre mais extrêmement réduit, divisé en deux fractions partagées entre l'Ayar et l'Alakkos (département de Zinder). Les Imakkitan de l'Ayar vivent aujourd'hui dans le massif, principalement dans la région de Timia où se tient l'Amiki. Malgré leur faiblesse numérique, ces groupes représentent en fait de véritables fédérations, subdivisées parfois en un nombre impressionnant de fractions et sous-fractions; les Kel Away regroupent une trentaine de « tribus» et « fractions de tribus» parmi lesquelles on peut citer les Kel Tafidet, Azanyares, Kel Faras, Amazzagzil, Kel Afis, Kel Bagzan, Igermadan, etc., etc., ellesmêmes divisées en un grand nombre de sous-groupes. Les autres groupes présentent la même structure que les quatre précédents, et leurs chefs sont de plus en plus appelés du titre d'Amanokal comme les Imanokalan « historiques». Ils sont en effet aujourd'hui totalement indépendants des précédents et bénéficient parfois de faveurs spéciales de l'Administration selon la conjoncture politique. Parmi ces groupes ont peut citer: - Les Ke/ Tada/e (parmi les plus nombreux), les /kaskazan, Ke/ Gharus, /maqqoghan et /fada/an dans l'Arrondissement d'Arlit. Sud.

-

Les /haggaran

et les /gda/an

dans

l'Arrondissement

de Tchighzarin

au

Cette population rurale se divise en deux groupes aux modes de vie radicalement différents, que la conjoncture économique présente tend à rapprocher, mais très lentement: - les agriculteurs-caravaniers sédentaires du massif; - les pasteurs transhumants des zones basses dont une faible fraction penche de plus en plus vers la vie agricole. Aujourd'hui, la population rurale se partage à égalité entre ces deux groupes, mais la plus forte proportion de paysans se trouve concentrée dans le Sud (Arrondissement de Tchighzarin), dans la zone montagneuse de l' Arrondissement d'Arlit, et à proximité de ses centres miniers. a) Les Sédentaires: 25 % de la population totale et plus de 40 % des ruraux. La faiblesse de la pluviométrie réduit les possibilités agricoles de la région. Pas de cultures sous pluie mais un jardinage intensif qui réduit la dépendance par rapport aux zones céréalières du Sud, apporte un surcroÎt de numéraire et permet des échanges fructueux avec les Oasiens du Kawar et du Jado. Les sédentaires produisent des céréales (mil-sorgho-blé), des légumes (tomates, oignons, pomme de terre), de l'ail et des dattes. Activité traditionnelle des populations de Bagzan, de Timia et surtout d'Iferwan, le jardinage s'est répandu récemment dans le reste de l' Ayar, à la suite de l'émigration forcée des habitants de cette dernière localité dans la région d'Agades après l'insurrection de 1916-1 917 contre le pouvoir colonial. La dernière sécheresse (1968-1973) a à son tour poussé beaucoup de ceux qui ont perdu leurs troupeaux à se réfugier dans le jardinage, en particulier dans le Sud-Ouest et le Sud. Il y a aujourd'hui six zones principales de cultures dans l'Ayar : - la zone centre-nord du massif, avec Timia et Iferwan ; - la zone sud, de loin la plus importante, avec le Bagzan, Tabelot, Aude-

ras, le Talwa, la région de Gofat et Tchighzarin, Taghazar, Amdigra, etc.

-

la plaine d'Aghazar au Sud-Ouest la palmeraie d'Ingal ;

autour des forages;

45

-

les mares du Sud, avec Tin-Taboraq,

Les jardiniers sont en général regroupés dans des villages fixes, qui atteignent souvent plusieurs centaines d'habitants. Certaines vallées, comme celles de Tabelot et le Telwa, présentent un alignement presque continu de jardins sur plusieurs dizaines de kilomètres. La plupart de ces agriculteurs appartiennent au groupe Kel Away, et vivent dans les vallées du massif. Ces Kel A way sont également, depuis des siècles, spécialisés dans le trafic caravanier, et c'est cette activité qui, plus que l'agriculture ou l'élevage, permet en réalité à ces populations de subsister. Dans la plupart des centres agricoles anciens comme Timia, Iferwan, Tabelot, Bagzan, il existe dans chaque famille une véritable division des activités entre ses membres : certains s'occupent des jardins, d'autres de la transhumance, un troisième groupe participe aux caravanes. Les caravanes, pâle reflet du grand commerce d'autrefois, se rendent, par convoi de 50 à 100 chameaux, (et jusqu'à 300 parfois) dans le Kawar, le Jado ou à Fashi, après une pénible traversée de 450 à 700 km à travers le désert du Tenere. Il arrive encore annuellement jusqu'à 25 000 chameaux dans les centres de Fashi, Bilma et Jado. Les départs les plus importants se font fin Septembre et le retour a lieu fin Octobre. Les caravaniers transportent du mil, du blé, des tomates séchées, des oignons, de la viande séchée et des produits manufacturés qu'ils échangent contre du sel et des dattes. Deux semaines après leur retour, les caravaniers prennent la route du Sud vers le pays Hausa où ils échangent dattes et sel contre du mil, du sucre, du thé, de l'huile et divers produits manufacturés (tissus, chaussures, etc.). Ils restent dans le pays Hausa (Zinder, Tasawa, Katsina, Kano, etc.) pendant plusieurs mois après avoir stocké leur mil chez les paysans, et se livrent à une activité de transport rémunéré entre différents villages et régions, en faisant en même temps profiter leurs bêtes des pâturages locaux. En Juin-Juillet ils rentrent en Ayar, où ils restent pendant toute la période d'hivernage, pour permettre à leurs animaux de refaire leurs forces, en attendant Septembre, période de récolte des dattes dans les oasis du NordEst. Ces déplacements sont extrêmement pénibles, mais les bénéfices en sont particulièrement élevés: 1 mesure de mil permet d'obtenir à Bilma 2 mesures de dattes ou 1 pain de sel, pain de sel qui permet d'obtenir 1 5 mesures de mil à Tasawa et encore plus dans le Nigeria du Nord; une mesure de blé produit en Ayar permet d'obtenir en fin de compte 8 à 10 mesures de mil au bout du circuit caravanier. Ce commerce subsiste encore donc malgré ses difficultés et malgré la concurrence de plus en plus menaçante de l'automobile. 35 % de la population totale et près de 60 % des ruraux La presque totalité des Touareg non - Kel Away sont exclusivement pasteurs ; ils n'ont pas d'habitat fixe, mais leurs déplacements se font en général sur des distances moyennes, au contraire des peuls Bororo qu'on peut considérer comme les seuls véritables nomades de l'Ayar. Les zones favorables à l'élevage occupent une faible partie de la région, et se situent essentiellement dans la partie Sud. Pendant la saison des pluies, et, dans les bonnes années, jusqu'aux mois de Novembre-Décembre, la principale zone de pâturages est la zone de l'Aghazar-wan-Agades, célèbre pour ses herbes riches en vitamines et en sel. C'est la période dite de la « cure salée}), qui voit l'arrivée dans la région de pasteurs venus d'autres Départements (Tawa, Maradi et Zinder). Pendant la saison sèche, la Tadarast est la principale zone de pâturages, et il y a des centres secondaires comme certaines vallées du massif et les bordures Sud de celui-ci, qui reçoivent surtout le petit bétail, le grand se dirigeant de préférence vers la Tadarast.

la zone d'Arlit-Akokan,

Adarbisinat, Amalaulau... qui utilise les eaux purifiées des deux villes.

b) Les nomades:

46

Ces éleveurs possèdent principalement des camelins et des chèvres, mais les bovins et moutons se trouvent en nombre important dans le Sud plus humide. C'est chez ces pasteurs que les stratifications sociales traditionnelles ont gardé leur plus grande vigueur. C'est là également que s'est le mieux conservé le célèbre artisanat touareg, spécialité d'un groupe semi-casté, les Inadan (sing. Enad), forgerons également bijoutiers et travailleurs du cuir et du bois. C'est surtout ce groupe qui connaÎt les difficultés de l'adaptation au monde moderne, et qui est le plus frappé par les sécheresses qui déciment les troupeaux, son seul bien. Les anciens esclaves et les forgerons, qui assuraient l'exclusivité des travaux manuels, quittent les campements pour les centres agricoles, miniers ou urbains: la grande mutation que connaÎt l'Ayar d'aujourd'hui n'est donc pas synonyme de progrès ou de bien-être pour tout le monde, et il est à prévoir que pour les Imajaghan (caste aristocratique) en particulier, ceux du secteur pastoral du moins, la situation ne fera que s'empirer, à moins d'une profonde reconversion des mentalités et d'une accélération spectaculaire du programme gouvernemental de forages de puits.

47

6. l'A Y AR MODERNE:

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