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Au secours d'Emin-Pacha - 1889-1890

De
378 pages

La pensée de porter secours à Emin-Pacha dans son poste de Ouadelaï fut suggérée, dès le printemps de 1886, par le professeur Schweinfurth, qui, à cette époque, habitait encore le Caire. Schweinfurth m’écrivit alors une série de lettres, où il me donnait des indications sur la situation d’Emin et m’expliquait l’importance de l’endroit qu’il occupait sur le haut Nil. Ces lettres, que j’ai publiées en leur temps, ne manquèrent pas de faire impression sur les cercles coloniaux d’Allemagne, et, dès ce moment, eurent lieu quelques efforts, assez faibles il est vrai, afin de venir en aide à notre compatriote.

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Carl Peters
Au secours d'Emin-Pacha
1889-1890
I
EN ALLEMAGNE
La pensée de porter secours à Emin-Pacha dans son p oste de Ouadelaï fut suggérée, dès le printemps de 1886, par le professe ur Schweinfurth, qui, à cette époque, habitait encore le Caire. Schweinfurth m’éc rivit alors une série de lettres, où il me donnait des indications sur la situation d’Emin et m’expliquait l’importance de l’endroit qu’il occupait sur le haut Nil. Ces lettr es, que j’ai publiées en leur temps, ne manquèrent pas de faire impression sur les cercles coloniaux d’Allemagne, et, dès ce moment, eurent lieu quelques efforts, assez faibles il est vrai, afin de venir en aide à notre compatriote. Pour ma part, en cette année 188 6, j’étais tellement absorbé par le soin des acquisitions coloniales sur la côte orient ale d’Afrique et par là fondation de la compagnie allemande de l’Est-Africain, que je ne po uvais, avec la meilleure volonté du monde, tourner les yeux vers un but lointain. C’éta it l’époque où Jühlke entreprenait son expédition au pays des Somali, l’époque où l’on établissait les bases financières de l’entreprise est-africaine, et où la convention de Londres déterminait la sphère des intérêts anglais dans cette partie du continent noi r. Bientôt après, Stanley prit la résolution de porter assistance à Emin-Pacha, et il eut vite fait de réunir en Angleterre les fonds nécessa ires à la réalisation de son projet. Dès le commencement de 1887, il s’embarquait pour l a côte est d’Afrique, et, au printemps de la même année, il arrivait au Congo av ec l’escorte recrutée par lui à Zanzibar. J’étais alors occupé, dans cette dernière ville, du règlement des affaires côtières et de certaines mesures d’administration fondamentales concernant notre colonie. En juillet 1887, je réussis à obtenir du sultan de Zan zibar la conclusion d’un traité préliminaire qui transférait en principe à la compa gnie allemande de l’Est-Africain la régie des douanes et du littoral. Pendant ce temps, l’expédition de Stanley vers les districts du haut Nil dut naturellement attirer de plus en plus l’attention des cercles publics, et spécialement fixer les regards de ceux qui avaient un intérêt pratique au développement des régions situées autour des lacs é quatoriaux. Parmi ceux-ci figurait en première ligne la compagnie allemande de l’Est-A fricain. Lorsque, en février 1888, j’eus été rappelé de Zanz ibar en Europe, le président de ladite société, M. Karl von der Heydt, me remit, à Nervi, une note où le plan d’une expédition de secours à Emin était expliqué en déta il, avec la perspective d’une souscription de 30 000 marks, au cas où je serais d isposé à me charger de l’entreprise. J’acceptai l’offre en principe, tout en subordonnant ma résolution définitive à l’accueil que cette idée trouverait en Allemagne. Entre temps, le sort de notre compatriote à Ouadela ï avait éveillé peu à peu un intérêt d’humanité pure dans toutes les classes de la nation germanique. Cet intérêt général se traduisit dans la section de Nuremberg, dont mon frère était alors le secrétaire, par une motion soumise en avril 1888 au comité de direction de la compagnie et qui représentait comme un devoir d’hon neur pour le peuple allemand de porter secours à notre compatriote. La direction en tra dans cette vue, et se déclara prête à favoriser une entreprise allant à ce but. Là-dessus, j’invitai pour le 27 juin quelques parti sans de l’expansion coloniale à une conférence familière dans une salle de la Chambre d es députés. Quatorze personnes en tout répondirent ce soir-là à mon appel et, aprè s un débat approfondi, résolurent de
se constituer en un « comité provisoire d’assistanc e à Emin-Pacha ». La présidence initiale de ce comité me fut dévolue et, ultérieure ment, on décida de lancer un appel définitif et de pousser entre soi à l’extension du comité provisoire. Voici les termes de cet appel, tels qu’ils furent arrêtés le 17 septemb re 1888 : il indique exactement et le point de vue d’où sortit le mouvement initiateur et la base dernière qui servit d’étai à notre entreprise.
APPEL
« L’insurrection du Mahdi au Soudan a anéanti les p remiers germes de la culture européenne sur le haut Nil. Le monde civilisé voit avec épouvante se développer de plus en plus sans entraves les horreurs de la trait e humaine. En apprenant que notre compatriote, le docteur Edouard Schnitzer, dit Emin -Pacha, résistait aux assauts du Mahdi dans les provinces équatoriales au sud du Sou dan que lui a confiées le gouvernement égyptien, et y maintenait avec ses tro upes le dernier boulevard de l’influence européenne, on a espéré en Europe que c es provinces d’Emin pourraient servir de point de départ à une action civilisatric e au centre de l’Afrique. Muni de ressources abondantes, Stanley est parti, avec une mission du gouvernement britannique, pour tâcher d’opérer sa jonction avec Emin ; par malheur, son expédition peut être considérée comme ayant avorté. Emin-Pacha cependant a un impérieux besoin d’assist ance ; ses lettres annoncent qu’il est sur le point de manquer d’approvisionneme nts et de munitions. Laisserons-nous notre héroïque compatriote succomber faute de secours ? Laisserons-nous retourner à la barbarie une province acquise à la c ivilisation par l’énergie d’un Allemand ? Les efforts tentés pour le joindre en pa rtant du Congo ont échoué ; mais, de la côte orientale, on peut gagner le haut Nil pa r le chemin le meilleur et le plus sûr qui existe ; il y a là un territoire allemand qui o ffre une excellente base et des points d’appui à souhait pour une expédition de secours. L e peuple allemand est invité à venir en aide au docteur Schnitzer. Seulement, sous peine d’arriver trop tard, il faut que cette aide soit immédiate. Le comité d’Emin-Pac ha sollicite donc de la nation un concours efficace. Que chacun contribue pour sa par t à la réalisation d’une entreprise qui ne doit pas seulement hâter l’établissement de notre puissance au delà des mers et ouvrir de nouveaux débouchés à notre commerce, m ais qui équivaut avant tout à un devoir d’honneur à remplir envers le vaillant pionn ier de l’Allemagne. Des sommes importantes sont arrivées déjà au comité soussigné ; mais pour qu’on puisse agir sans retard, il est nécessaire que tous les cercles s’em pressent de participer aux sacrifices que l’œuvre exige. Les souscriptions seront reçues par notre trésorier Karl von der Heydt, à. Elberfeld, dans les bureaux établis par lui à cet effet : La compagnie allemande de l’Est-Africain, Berlin Ou est, Krausen Strasse, 76 ; Ou la compagnie allemande des Plantations est-afric aines, Berlin Ouest, Kaiserin-Augusta Strasse, 71 ; Ou M. von der Heydt-Kersten et fils, à Elberfeld. » (Suivent les signatures.) Sur la proposition du docteur Otto, on convint en o utre, dès cette première séance, de me proposer pour chef de l’expédition, avec les pouvoirs les plus étendus. Les personnes présentes étaient, d’après le procès-verb al, MM. von Steun, J. Wagner, professeur de gymnase, baron von Langermann, von Od den, conseiller provincial, von Pilgrim, président de régence, Schultzlupitz, Livon ius, Lucas, généraux de brigade,
von Teichman et Logischen, Dr Schroeder, Dr Timothe us Fabri, Dr Arendt, directeur ministériel Sachse. Pour poursuivre l’affaire, on é lit parmi eux une commission de cinq membres composée de MM. Arendt, Livonius, Peters, S achse et Schroeder. Cette commission, qui se réunit le 7 juillet, décid a, avant toutes choses, d’adresser des pétitions à Sa Majesté l’Empereur et au chancel ier prince de Bismarck pour solliciter leur adhésion à l’entreprise projetée. D ans la séance du 18, nous adjoignîmes à la commission M. le ministre d’État v on Hofmann, le professeur Dr Schweinfurth, le lieutenant A.-D. Wissmann et l’ass esseur Lucas. Dès ce jour commencèrent les tentatives pour établir une coopération entre Wissmann et moi dans la conduite de l’expédition. A Madère, où il venait de passer neuf mois pour se guérir d’une maladie de poumon, Wissmann avait conçu égale ment la pensée d’une expédition allemande à l’effet de secourir Emin-Pac ha ; nous nous entendîmes donc vite au moins sur la question de savoir s’il nous é tait possible d’agir de concert. Cette communauté d’action, à vrai dire, offrait peu de chances de succès : la première condition de réussite dans une affaire de ce genre, c’est l’unité de commandement. Wissmann, pas plus que moi, n’en dout ait ; aussi tombâmes-nous d’accord que, s’il y avait lieu à une coopération, ce ne pouvait être que sous la forme d’un dédoublement de l’entreprise, ou, pour parler plus clairement, en organisant deux expéditions au lieu d’une. Mais là encore la diffic ulté était d’assurer l’unité d’action dans la province équatoriale. Pour la rendre possib le, Wissmann signa à Wiesbaden une déclaration écrite aux termes de laquelle il s’ engageait à demeurer mon subordonné autant que je le jugerais nécessaire. A Wiesbaden furent prises également toutes les mesu res pour la constitution définitive du comité allemand d’Emin-Pacha, constit ution qui fut consommée à l’occasion d’une séance publique du conseil de dire ction de la Compagnie coloniale allemande. Le chiffre des souscriptions atteignait déjà 224 413 marks, et aux requêtes du comité provisoire l’Empereur et le prince de Bis marck avaient répondu en saluant sympathiquement l’expédition en projet. Le comité r ayonnait en outre sur l’Allemagne entière et comptait plus de cent adhérents. A la séance décisive qui fut tenue à Wiesbaden le 1 2 septembre 1888 assistaient les personnes suivantes : Vice-amiral Livonius, Berlin ; Chambellan comté Behr-Bandelin, Gützkow ; Dr Jamer, Hanovre ; Professeur Dr Fabri, Godesberg ; Prince Hohenlohe, Langenburg ; Conseiller de gouvernement Simon, député au Landtag , Berlin ; J. Ulrich, membre du Reichstag, Pfungstadt ; V. Palézieux, Weimar ; Dr Schroeder, Poggelow ; K. von der Heydt, Elberfeld ; Dr Otto Arendt, député au Landtag, Berlin ; Conseiller Lùcius, id., Erfurt ; Hetzler, Erfurt ; Dr Ritter ; Waldenburg (Silésie) ; Dr Fritz Becker, Worms ; Dr Rud Grosse, Strasbourg ; Lieutenant Maercker, id. ; Wissmann, lieutenant en premier ;
Dr Busse, Dormund ; Dr M. Lindeman, Brême ; L. Friederichsen, Hambourg ; M. Schubert, fabricant, Chemnitz ; G. Wittenbrinck, professeur de gymnase, Burgsteinfu rf ; Dr Wibel, médecin, Wiesbaden ; A. Kressmann, major, Carlsruhe ; Grofs, avoué, Pforzheim ; Dr Grimar, président ministériel, Carlsruhe ; Gerhard Rohlfs, consul général, Weimar ; Chr., baron von Tucher, conseiller de gouvernement, Nuremberg ; Sachse, directeur des postes, Berlin ; Dr R. Sernau, id. ; Von Hoffmann, ministre d’État, id. ; Dr Carl Peters ; Hetzler, architecte ; G. Truppel, Rudolstadt ; Henri Scharrer, Nuremberg ; Wilhelm, Prince Zu Mied, Neuwied ; Von Cuny, conseiller de justice, député au Landtag et au Reichstag, Berlin. r LE D PETERS.
L’esprit qui animait l’assemblée répondit parfaitem ent à la grande pensée pour la réalisation de laquelle elle s’était réunie. Il fut reconnu presque à l’unanimité que da ns l’appui à donner à notre compatriote à Ouadelaï, l’honneur de la nation allemande était engagé ; les cercles qui ava ient inscrit sur leur drapeau l’idée d’une politique col oniale devaient être invités à tenir compte avant tout de ce devoir d’honneur. Le point de vue de l’expansion coloniale , dans ce mouvement, resta toujours au second plan. Le même-accord se retrouva dans toutes les décisions qui fu rent prises ce jour-là : c’est ainsi que, sur toutes cho ses, fut arrêtée la transformation du comité provisoire en u n comité définitif, et que fut adoptée la proposition du pri nce Hohenlohe d’en nommer présidents le ministre d’État von Hofmann, le Dr Schroeder et moi. Comme trésorier, o n élit M. Karl von der Heydt, comme secrétaire le Dr Arendt. On prescrivit au bur eau d’affaires du comité de se livrer à une active propagande tant par la plume qu e par la parole et, de tous côtés, fut proclamée instamment l’urgence d’une prompte exécut ion de nos visées. La somme nécessaire à l’expédition était évaluée à 400 000 m arks. Il s’agissait de recueillir encore 175 000 marks en Allemagne. L’assemblée pens ait que ce ne serait point une grosse difficulté, puisque, en un temps très court, le montant de la souscription obtenue dans une sphère restreinte avait atteint dé jà en chiffre rond 225 000 marks. Pour provoquer de nouveaux apports, il fallait livr er à la publicité, signé de tout le comité, l’appel qui jusque-là était demeuré confide ntiel. La séance se termina solennellement par un vivat à Sa Majesté l’Empereur. Mais, par une coïncidence singulière, ce fut juste à ce m oment que je reçus la première dépêche circonstanciée relative à l’extension du mo uvement insurrectionnel sur la côte est de l’Afrique. N’y avait-il pas lieu de se demander si les événements accomplis
à Pangani, à Bagamoyo, à Dar-es-Salam n’étaient poi nt de nature sinon à contrecarrer le plan qui venait de faire l’objet de la réunion d e Wiesbaden, du moins à en modifier d’une manière sensible l’exécution ? Il n’y en eut pas moins, dans l’après-midi du 12 septembre, une nouvelle séance intime, où, en vertu de la lettre réversale présentée par Wissmann, le commandement de toute l’entreprise me fut attribué, avec une coopération de Wissmann, aussi indépendante que pos sible. Ce dernier arrangement donna lieu dans la presse à toutes sortes de commentaires et de débats. Nous n’en avions pas fait connaître a lors les termes précis ; aussi, comme il arrive souvent, l’opinion publique, durant tout l’hiver de 1888-89, se démena-t-elle au milieu de conjectures qui portaient à fau x. Cette question du partage du commandement entre Wissmann et moi occupa de nouvea u le bureau le 19 septembre 1888. Ce jour-là, MM. Livonius, Sachse et Schweinfurth furent chargés de rédiger avec Wissmann et moi, sur les bases arrêtée s à Wiesbaden, les conventions relatives à l’expédition. Il fut décidé, au sujet d e notre action commune, que Wissmann se mettrait immédiatement en marche avec une petite colonne, pour s’avancer jusqu’au lac Albert. Pendant ce temps, j’organisera is la colonne principale. Sur l’Albert Nyanza nous opérerions notre jonction ; puis Wissma nn, avec sa colonne, dont il conserverait le commandement absolu, concourrait à l’exécution du plan, arrêté par le comité, que je lui communiquerais. Le 23 septembre, il fut entendu que Wissmann partirait le 5 ou le 12 octobre pour Zanzibar ; le choix de la route nous était laissé à tous deux, après consultation des gens compétents ; celui des armes nous restait également réservé. Le mouvement cependant progressait en Allemagne. Co nformément aux résolutions de Wiesbaden, la Compagnie coloniale allemande y ét ait entrée. A Hanovre se fonda, sous la présidence de Rodolphe de Bennigsen, la Soc iété de l’Allemagne du Nord-Ouest pour la délivrance d’Emin-Pacha. Une conféren ce faite par le directeur ministériel Sachse à Wiesbaden fut répandue dans to ute l’Allemagne ; des souscriptions furent dès lors recueillies de tous l es côtés, et il n’était plus douteux désormais qu’on parferait la somme prévue de 400 00 0 marks. Les événements marchaient aussi sur la côte est d’A frique. La compagnie de l’Est-Africain dut évacuer coup sur coup tous les points du littoral qu’on lui avait livrés le 15 août, à l’exception de Bagamoyo et de Dar-es-Salam. A Kiloa Kivindche, ses employés furent massacrés, et, à voir les choses d’Europe, i l semblait que tout l’est de l’Afrique fût en conflagration. On reconnut, il est vrai, par la suite, que c’était là une erreur complète, et l’expédition d’Emin principalement fut à même, par ses agissements, de démontrer combien on se trompait. Abstraction faite de la tribu des Masiti, soulevée personnellement par Bouchiri, le mouvement n’avait pas entamé, à proprement dire, la population nègre de l’Afrique orientale. Les Ouapoc omo du Tana n’avaient pas même connaissance de l’insurrection, ni à plus forte rai son, les Galla ou les Massaï. On conçoit pourtant que les chefs de l’expédition p rojetée en faveur d’Emin devaient, à la fin de septembre 1888, se demander s i l’entreprise était vraiment exécutable, à un moment où les bases qu’elle avait présentées à Wiesbaden paraissaient radicalement faire défaut. Ce fut la q uestion qui occupa le bureau dans la matinée du 30 septembre. A cette séance assistait, en dehors des membres dudit bureau, le docteur Junker, de Vienne. J’informai l’ assemblée de l’idée où était la compagnie allemande de l’Est-Africain, que l’insurr ection était organisée là-bas sur un plan d’ensemble et qu’elle occupait les routes des caravanes ; comme conclusion, je posai la question de savoir si, en face de cette si tuation nouvelle, il n’y avait pas lieu d’agir de concert avec l’Angleterre et l’État du Co ngo. Wissmann, abondant dans mon
sens, ajouta qu’à son avis l’expédition d’Emin deve nait provisoirement impossible sur les bases antérieurement arrêtées. Le docteur Junke r émit la même opinion et recommanda un accord avec l’Angleterre et le Portug al pour écraser l’Arabisme. Je proposai là-dessus de se mettre immédiatement en ra pport avec le comité anglais d’Emin-Pacha. M. Sachse, de son côté, insista pour que, en tout état de cause, on continuât de pousser les souscriptions, afin de pou voir saisir, aussitôt qu’il se présenterait, le moment favorable à l’exécution. So n Excellence von Hofmann et moi, nous clôturâmes le débat en formulant la motion sui vante, qui fut adoptée à l’unanimité : « Considérant que, d’après le jugement des hommes c ompétents appelés en consultation, la mise à exécution, selon le plan co nçu, de l’expédition d’Emin-Pacha est rendue pour le moment impossible par les compli cations survenues sur la côte est d’Afrique, le bureau décide qu’elle reste ajournée jusqu’à ce que le gouvernement impérial la juge réalisable, mais que, en attendant , on continuera à provoquer les souscriptions concernant l’entreprise. » La teneur de cette résolution fut aussitôt publiée par nous, et saluée avec une grande joie par les journaux du parti adverse. On c royait l’affaire à vau-l’eau. On informa également des résultats de cette séance le prince de Bismarck, qui, dans sa réponse datée de Friedrichsruh, le 16 octob re, exprima le vœu que le bureau du comité entrât en rapports avec la direction de l a compagnie de l’Est-Africain et essayât de s’entendre avec elle au sujet d’une acti on commune. Le 21 octobre, le bureau fit savoir au chancelier qu’il était prêt à marcher dans la voie indiquée. Effectivement, des négociations furent entamées ave c la compagnie ; elles aboutirent à un arrangement qui fut communiqué au Ministère de s affaires étrangères ; mais bientôt, par suite de la nouvelle attitude prise pa r le gouvernement dans la question de l’Afrique orientale, les choses revêtirent une tournure toute différente.
En face des troubles dont le territoire de protecto rat était le théâtre, la Commission se demanda s’il n’y avait pas moyen, pour l’expédit ion, d’éviter complètement les districts insurgés. Wissmann et d’autres encore pen saient qu’on pouvait atteindre la province équatoriale par la route du Tana. Ce chemi n, s’il était praticable, offrait l’avantage incontestable de rendre immédiatement po ssible la mise en œuvre du projet. Il est vrai qu’une route du Tana n’existait pas à proprement parler : jamais
encore le commerce caravanier du littoral est ne s’ était dirigé de ce côté, et il faut toujours, en pareil cas, compter avec certains obst acles naturels, que l’on peut rencontrer le long d’un fleuve aussi important que l’est le Tana. On n’était pas cependant fondé à dire que le négoce n’eût pu se fa ire par cette voie, si elle eût été réellement appropriée aux conditions du trafic côti er.
RODOLPHE DE BENNIGSEN, président de l’Association allemande de secours à Emin-Pacha.
Ajoutons à cela que la majeure partie des souscript ions recueillies provenaient des cercles de la compagnie de l’Est-Af ricain, qui, en s’intéressant à l’expédition, agissaient surtout da ns l’espérance de la voir opérer principalement dans le territoire du pr otectorat. Ces points furent, le 22 novembre, discutés au sein de la compagnie. Wissmann recommandait la route du Tana ; moi, de mo n côté, j’étais hésitant ; et ces discussions de fait, qui aboutire nt d’ailleurs dès le 25 à une entente complète, provoquèrent une explosi on de joie dans la presse hostile, ravie du désaccord constaté au sein du comité ; « W issmann contre Peters », disait-elle. Le 25 novembre, il fut décidé que l’expédition sera it entamée sans délai, et que Wissmann, à qui on laissait le choix de sa route, c onformément aux stipulations arrêtées en septembre, gagnerait le plus tôt possib le la côte est d’Afrique, pour y étudier sur place la situation et se déterminer d’a près cet examen. On émit le vœu que, si la chose pouvait se faire sans une trop gro sse perte de temps, on prît le chemin du territoire de protectorat. Il fut ensuite convenu que je m’occuperais activement de préparer et de mettre en train mon ex pédition personnelle. Wissmann et moi, en vertu de ces décisions, nous nous mîmes imm édiatement en devoir de nous procurer l’équipement nécessaire. Tel était l’état des choses, quand le prince de Bis marck se résolut à intervenir officiellement dans l’est de l’Afrique, et choisit pour exécuteur de la tâche, le lieutenant Wissmann. Celui-ci renonça donc à l’entreprise dont Emin était l’objectif, et, partant, il ne fut plus question d’un dédoublement de l’expédit ion. Si celle-ci s’en trouvait notablement affaiblie, les moyens d’ensemble, d’un autre côté, étaient désormais dans une seule main ; l’unité de commandement surtout de venait assurée, et, avec la face que présentaient les affaires dans l’Est-Africain, c’était la première condition pour la réussite de l’entreprise. On sait que, pendant tout ce laps de temps, l’Angle terre ne cessa d’inonder l’Europe de nouvelles relatives à Emin-Pacha : tantôt on dis ait que lui et Stanley avaient été massacrés par le Mahdi, tantôt on le représentait c omme étant, lui seul, prisonnier à Khartoum ; tantôt encore on assurait qu’ils avaient quitté ensemble la province de Ouadelaï. Ces informations, qui trouvèrent d’abord créance en Allemagne, formaient cependant un ensemble si contradictoire, que nous a rrivâmes à une conviction, que n’a pas même détruite ultérieurement le départ effe ctif d’Emin, en compagnie de Stanley : c’était que toutes ces rumeurs étaient de pures inventions tendant à empêcher l’expédition allemande de secours. De ce d épart d’Emin et de Stanley, on ne savait pas alors le premier mot en Angleterre, e t tous les bruits qu’on faisait courir péchaient conséquemment par la base. Nous résolûmes donc de ne point nous laisser induire en erreur par ces informations. r D GEORGES IRMER, vice-président de l’association allemande de secours à Emin-Pacha.