Auteuil et Passy

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Enfin, Hubert Demory, historien du XVIe arrondissement, nous livre les prémices de l'histoire de nos villages. Après Auteuil et Passy : de la Révolution à l'Annexion (1789-1860) et Auteuil et Passy : de l'Annexion à la Grande Guerre (1860-1914), il clôt ici son triptyque par ce livre qui est, en fait, le premier de la série. Partant des bords de la Seine et du Grand Egout, il dessine les seigneuries, raconte les fiefs, l'importance des vignes et des sources, sans oublier les grandes demeures.
Publié le : vendredi 1 février 2013
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EAN13 : 9782336287904
Nombre de pages : 230
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Auteuil et Passy Hubert Demory
Du Moyen-Âge à la Révolution
eEn n, Hubert Demory, historien du XVI arrondissement, nous livre
les prémices de l’histoire de nos villages. Après Auteuil et Passy : de la
Révolution à l’Annexion (1789-1860) et Auteuil et Passy : de l’Annexion à la Auteuil et PassyGrande Guerre (1860-1914), il clôt ici son triptyque par ce livre qui est, en
fait, le premier de la série.
Comme à son habitude, il décrit par de nombreuses anecdotes la vie de Du Moyen-Âge à la Révolution
ces villages : Auteuil, Chaillot et Passy, sans oublier le Bois de Boulogne.
Partant de la boucle de la Seine et du Grand Egout, il dessine les seigneuries,
raconte les efs, la vie du temps jadis, l’importance des vignes et des sources,
esans oublier les grandes demeures qui expliquent la topographie du XVI
arrondissement actuel.
Grâce à ce troisième ouvrage, Hubert Demory nous permet de revivre
le passé et de comprendre la quintessence de cet arrondissement qui reste
exceptionnel par son histoire et par les célébrités qui y ont demeuré (voir
e aussi son livre Mémoire du XVI arrondissement).
Hubert Demory est vice-président de la Société historique d’Auteuil et de Passy,
administrateur de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques
de Paris et de l’Île-de-France, sociétaire de l’Académie des sciences, lettres
et arts d’Argen, etc.
En couverture : La pompe à feu d’Auteuil en 1839, étude peinte par J.A. Ronot (mort à Passy
en 1841).
ISBN : 978-2-343-00091-6
Histoire de Paris22 euros
Auteuil et Passy
Hubert Demory
Du Moyen-Âge à la Révolution








AUTEUIL ET PASSY
Du Moyen-Âge à la Révolution


Histoire de Paris
Collection dirigée par Thierry Halay

L’Histoire de Paris et de l’Ile-de-France est un vaste champ
d’étude, quasiment illimité dans ses multiples aspects.
Cette collection a pour but de présenter différentes facettes de
cette riche histoire, que ce soit à travers les lieux, les personnages
ou les événements qui ont marqué les siècles.
Elle s’efforcera également de montrer la vie quotidienne, les
métiers et les loisirs des Parisiens et des habitants de la région à
des époques variées, qu’il s’agisse d’individus célèbres ou
inconnus, de classes sociales privilégiées ou défavorisées.
Les études publiées dans le cadre de cette collection, tout en
étant sélectionnées sur la base de leur sérieux et d’un travail de
fond, s’adressent à un large public, qui y trouvera un ensemble
documentaire passionnant et de qualité.
A côté de l’intérêt intellectuel qu’elle présente, l’histoire
locale est fondamentalement utile car elle nous aide, à travers les
gens, les événements et le patrimoine de différentes périodes, à
mieux comprendre Paris et l’Ile-de-France.

Dernières parutions

Pascale GAUTHIER, L’Épopée des Espagnols à Paris de 1945 à
nos jours, 2010.
eHubert DEMORY, La Mémoire du XVI Arrondissement. Inven-
taire des plaques commémoratives, 2010.
Pierrette BINET-LETAC, Les sœurs de l'Hôtel-Dieu dans le Paris
e edes XIV et XV siècles. Philippe du Bois, Marguerite Pinelle...,
2010.
Sylvain BRIENS, Paris, laboratoire de la littérature scandinave
moderne. 1880-1905, 2010.
Janice BEST, Les monuments de Paris sous la Troisième
République : contestation et commémoration du passé, 2010.
Hubert DEMORY, Auteuil et Passy. De l’Annexion à la Grande
Guerre, 2009.
Françoise BUSSEREAU-PLUNIAN, Le temps des maraîchers
erfranciliens. De François 1 à nos jours, 2009.
Hubert Demory










AUTEUIL ET PASSY
Du Moyen-Âge à la Révolution































































































Du même auteur


Auteuil et Passy : de la Révolution à l’Annexion, L’Harmattan,
2005.
Monsieur Antoine, grand maître de la Haute Coiffure,
L’Harmattan, 2006.
Histoire du Jeu de paume de Paris : 1908 – 2008, Société
sportive du jeu de paume et de racquets, 2008.
eLa mairie du XVI arrondissement (en collab. avec Pierre-
Christian Taittinger), L’Harmattan, 2009.
Auteuil et Passy : de l’Annexion à la Grande Guerre,
L’Harmattan, 2009.
eLa Mémoire du XVI arrondissement : Inventaire des plaques
commémoratives, L’Harmattan, 2010.





























































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00091-6
EAN : 9782343000916
Introduction


Après la publication de Auteuil et Passy : de la
Révolution à l’Annexion, basé sur les délibérations des
conseils municipaux de ces deux villages, et de Auteuil et
Passy : de l’Annexion à la Grande Guerre, basé sur les
délibérations du conseil municipal de Paris, il nous a été
demandé de rédiger l’histoire de nos villages sous
l’Ancien Régime.

Ce livre reprend un grand nombre de nos articles
epubliés dans les journaux locaux du XVI arrondissement
et fait une synthèse des nombreuses publications, éditées
depuis 250 ans, sur l’histoire de notre arrondissement. Le
lecteur qui voudrait approfondir tel ou tel chapitre pourra
s’adresser à la Société Historique d’Auteuil et de Passy
qui possède un très important fonds historique et
iconographique.

Nous présentons ici le mode de vie dans chacun
de ces villages ainsi que les grandes demeures dont nous
poursuivons l’histoire jusqu’à nos jours. Cela permet de
mieux comprendre le dessin de chaque élément de nos
quartiers d’aujourd’hui.

Enfin, nous remercions vivement la Société
Historique d’Auteuil et de Passy qui a bien voulu mettre à
notre disposition toutes ses collections, et madame Nicole
Lamouroux qui, une fois encore, a assuré la relecture de
nos publications.





5 Les Origines


D’après la Genèse, au commencement Dieu créa
la lumière, le ciel et la terre, les monts et les plaines, les
rivières et la mer. Les rivières coulent des monts,
traversent les plaines et vont se noyer dans la mer. Mais
parfois elles rencontrent un obstacle qui les oblige à
changer de direction. C’est ainsi que la rivière Seine,
arrivant dans ce qui est aujourd’hui Paris et provenant du
Sud-Est, se heurte d’abord à la colline de Chaillot à la
hauteur de la place de la Concorde ce qui la dévie vers
l’Ouest, puis de nouveau à la hauteur de la place de
l’Alma ce qui la détourne vers le Sud-Ouest. Elle trouve
bientôt sur son chemin les collines de Meudon et de
Saint-Cloud qui la renvoient vers le Nord-Est jusqu’à
Saint-Denis d’où elle repart vers le Sud-Ouest.

Cette importante boucle de la Seine crée une
sorte de presqu’île qui, étant largement irriguée, se
couvre d’une épaisse forêt de chênes rouvre. C’est ainsi
que la forêt de Rouvray s’étendit jusqu’à Saint-Denis. Elle
abritait de nombreuses bêtes sauvages dont des ours et
des loups. Aucun homme n’y vivait, mais on raconte que
les druides s’y rencontraient régulièrement dans ce qui
deviendra le quartier de La Fontaine à Auteuil.

La première traversée par les hommes est
racontée par Jules César dans ses Commentaires sur la
guerre des Gaules. Il situe l’événement en 52 avant
Jésus-Christ. Son lieutenant Labienus veut prendre la
capitale des Parisii, qui deviendra Lutèce. Son camp est
dressé un peu au nord de la place du Châtelet, car les
rives de la Seine sont très boueuses. Afin de surprendre
les Parisii, il fait passer de nuit ses légions dans la forêt
de Rouvray jusqu’au bas de la colline de Passy, entre le
pont de Grenelle et le pont Mirabeau. Là, grâce à des
bateaux qui l’attendaient, il traverse la Seine et vient
7


Plan de Nicolas de Fer en 1727
8 rencontrer les troupes gauloises commandées par
Camulogène. Les Parisii sont écrasés et doivent se
soumettre à la Pax Romana.

Les Romains apportent leur civilisation et bientôt
on commence à défricher le versant Est de la colline de
Chaillot pour y cultiver la vigne, pour exploiter l’argile et
faire des tuiles. Quelques cabanes sont construites à la
hauteur de la place d’Iéna, le sommet de la colline
recevant une modeste villa à la romaine : Nimio, qui
deviendra Nigeon. Vers l’an 250, les Romains
construisent un aqueduc pour amener l’eau des sources
de Passy à un grand établissement thermal situé à
l’emplacement des jardins du Palais-Royal. Cet aqueduc
sera détruit par les Normands lors du siège de Paris en
octobre 886. Ils créent aussi plusieurs carrières pour
obtenir les pierres et le plâtre nécessaire pour les
constructions.

Le temps passe, Clotaire II qui possède la
propriété de Nigeon la donne à l’évêque du Mans,
Bertran. Saint Bertran, né dans le Poitou vers le milieu du
eVI siècle, fut sacré évêque du Mans en 586. Les guerres
intestines qui troublent alors la France l’obligent à quitter
trois fois son diocèse ; mais il est rétabli par Clotaire, et
répare vaillamment les désordres. A sa mort, en 623,
Bertran lègue sa propriété à l’évêque de Paris, lequel
apprécie fort le vin de Nigeon.

Cependant le défrichement continue. Quelques
cabanes se regroupent à Auteuil où on trouve des terres
fertiles et de l’argile pour les tuiles. Une petite ferme se
crée aussi sur ce qui deviendra Boulogne : Menuz-les-
Saint-Cloud. En 717, Chilpéric II fait donation de la forêt
de Rouvray à l’abbaye de Saint-Denis.

Par la suite, le duc de Bretagne devient
propriétaire de Nigeon et érige, au sommet de la colline,
9 une tour de guet. Veuve de Charles VIII, la duchesse
Anne de Bretagne épouse Louis XII, ce qui permettra la
réunion de la Bretagne à la France. Elle donne, en 1493,
des terrains à Nigeon pour permettre la fondation d’un
monastère des frères minimes qui seront surnommés Les
Bonshommes de Nigeon.

Les villages se développent peu à peu. Dès 1109
Auteuil est déjà une seigneurie. En 1270, la seigneurie de
Chaillot existe. En 1381, la seigneurie de Passy fait retour
au roi Charles VI. Quant à la forêt de Rouvray, elle
connaîtra de nombreuses modifications et surtout une
très forte diminution dont le bois de Boulogne en est le
vestige.
10 Le Grand-Egout de Paris


Il y a fort longtemps, la Seine avait un autre bras
e equi traversait le Paris actuel en contournant les III et II
arrondissements. Commençant à la hauteur du bassin de
l’Arsenal, il suivait le tracé des boulevards entre la Bastille
et la République, puis celui des rues du Château d’Eau,
des Petites Ecuries, Richer, de Provence, de là il
rejoignait la rue Roquépine, et par les rues du Colisée et
Marbeuf allait rejoindre le bras principal à la hauteur de la
rue de la Manutention. Par la suite la Seine abandonna ce
détour.

En plus de la Bièvres, la Seine recevait un second
affluent : le ruisseau de Ménilmontant. Ce ruisseau
prenait sa source à Ménilmontant et, d’après Pierre
Larousse, « traversait les faubourgs Saint-Martin et Saint-
Denis, passait derrière la Grange-Batelière, prenait son
cours par la Ville-l’Evêque et le Roule, et se jetait dans la
Seine près de Chaillot. » On peut en douter. En effet si le
tracé du deuxième bras de la Seine est encore très visible
sur un plan de Paris, celui du ruisseau n’est pas
discernable. On peut donc supposer que ce ruisseau
rejoignait, du côté de la République, l’ancien bras de la
Seine.

A cause des eaux pluviales et de ce ruisseau, une
large zone, entre Montmartre et la Seine, était
marécageuse et reçut le nom de Grand-Marais. En 1154,
ce marais fut concédé à des particuliers pour être
desséché et exploité, ce qui eut lieu tant et si bien que le
ruisseau de Ménilmontant s’assécha ne recevant plus que
le trop plein des eaux pluviales. Très vite les habitants du
voisinage prirent l’habitude d’y déverser leurs eaux usées.

Jadis des eaux stagnantes séjournaient dans les
rues de Paris, les transformant en cloaques infects.
11


Les égouts de Paris en 1789
12 Charles V fit construire cinq égouts à ciel ouvert pour
drainer ces eaux et les déverser dans l’ancien bras de la
Seine qui prit alors le nom de Grand-Egout de Paris.
Comme la pente y est très faible, il était fréquemment
encombré d’immondices et d’eaux stagnantes. On peut
penser qu’il fut une cause de l’importance de la peste à
erParis sous François I .

Le Grand-Egout, outre par ses odeurs, gène
l’accroissement de la population vers Chaillot car il faut le
traverser. En 1725, le duc d’Antin, qui a fait restaurer en
1713 les bâtiments de la Savonnerie, ordonne la
construction d’un pont de pierre enjambant cet égout pour
permettre une liaison aisée entre Paris et Chaillot, et de là
jusqu’à Versailles. Et en 1740 Turgot, prévôt des
marchands, entreprend de faire voûter l’égout en
chargeant les propriétaires riverains d’exécuter ce travail
à leurs frais, moyennant la concession du terrain, large de
36 pieds, rendu disponible par cette couverture d’une
berge à l’autre. L’opération s’accomplit peu à peu et
permet la construction d’un grand nombre de propriétés
particulières à ses abords.

Il faudra attendre Haussmann pour que les travaux
d’Eugène Belgrand révisent complètement le système
d’égouts de Paris et fassent cesser définitivement les
rejets directs dans la Seine. Mais on peut encore voir, au
pied de la passerelle Debilly, une grande porte sur le
quai : c’était l’embouchure du Grand-Egout de Paris.

13
Mais où est donc passé Labienus ?


Tous les habitants de l’ouest parisien savent que
les Commentaires de la guerre des Gaules de Jules
César sont le plus ancien texte rapportant un événement
qui a eu lieu à Auteuil et Grenelle. Rappelons brièvement
les faits.

En 52 avant Jésus-Christ, la coordination Gauloise
(comme on dirait aujourd’hui) menée par Vercingétorix
décide d’expulser les occupants Romains. César se met à
la poursuite de Vercingétorix (qui pratique la politique de
la terre brûlée pour affamer les romains et leur cavalerie)
et parvient à le cerner près de Gergovie ; mais la position,
perchée comme un nid d’aigle sur des rochers
inaccessibles, est défavorable à César qui préfère se
retirer, repasser la Loire et chercher du ravitaillement
auprès des Eduens, l’un des plus puissants peuples de la
Gaule, alliés des Romains, qui occupaient à peu près les
départements de la Saône-et-Loire et de la Nièvre actuels.

Pendant ce temps, il charge son premier
lieutenant Titus Attius Labienus de mater les Senones,
autre puissant peuple de la Gaule et dont la capitale est
Agedincum (Sens), ainsi que les Parisiis (Parisiens). Le
petit peuple des Parisiens a son territoire resserré entre
les possessions de peuples puissants : les Silvanectes
(Senlis) au nord, les Carnutes (Chartres) au sud et à
l’ouest et les Senones à l’est. La capitale des Parisiens
est Lucotetia, mot dérivé du celtique LOUK-TEIH qui
signifie le lieu des marais et qui deviendra en latin Lutetia,
ainsi que le précisera Ptolémée. Le R.P. Lobineau dans
son Histoire de la ville de Paris, publiée en 1735, décrit :
“ Ce n’était du temps de Jules César qu’un amas de
maisons bâties de bois et de terre, et couvertes de
chaume. Elle était alors habitée principalement par des
15 négociants, et toute renfermée dans cette île qui a été
appelée depuis l’île du Palais [île de la Cité] ; les deux
bords de la Seine qui l’entouraient lui servaient en même
temps de limites et de défense, et la rendaient par sa
situation, malgré son peu d’étendue, une des fortes
places des Gaules. Il y avait un pont au nord et un autre
au midi, au bout desquels César, selon l’opinion vulgaire,
fit construire deux forts. Des bois et des marais
occupaient ce vaste espace, qui forme aujourd’hui la plus
considérable partie de la ville. On n’y voyait alors tout au
plus que quelques maisons éparses ; mais dès le
troisième siècle les collines des environs étaient plantées
de vignes qui rapportaient d’excellents vins et l’on y voyait
aussi des jardins délicieux où les Parisiens, dont le
commerce était florissant, avaient trouvé l’art d’élever des
figues”. (Les vignes étaient sur la colline de Chaillot et les
figuiers dans la fertile plaine de Grenelle.) Et Pierre
Larousse d’ajouter : “ Sa position entre les deux bras du
fleuve, les fortifications naturelles qui en rendaient
l’approche difficile et dangereuse, la valeur de ses
habitants, tout, en un mot, devait tenter le génie des
Romains.”

Or donc, Labienus marche sur Lutèce avec quatre
légions. Dès que la nouvelle est répandue, les peuples
avoisinants accourent ; ils viennent de Chartres, d’Evreux,
du Mans, de Rouen et se regroupent derrière
Camulogène, originaire de la Normandie actuelle ; c’est
un vieillard mais il possède une profonde expérience
militaire. Il masse ses troupes derrière des marais, du
côté de Corbeil. Labienus tente d’abord de combler ces
marais avec des claies et des fascines, mais doit
renoncer devant la difficulté. De nuit, il marche sur Melun
(c’est aussi une île), s’empare de cinquante bateaux et
attaque la ville qui tombe aussitôt. Il rétablit le pont que
les habitants avaient coupé les jours précédents, fait
passer ses légions et marche sur Lutèce en suivant la
Seine. Averti, Camulogène fait mettre le feu à Lutèce et
16 couper les ponts ; puis, toujours protégé par les marais, il
campe au bord de la Seine, vis-à-vis de Lutèce en face
du camp de Labienus qui devait être donc à peu près sur
la place des Halles actuelle. Il convient toutefois de
préciser ici que certains traducteurs estiment que le camp
de Labienus était à Saint-Germain l’Auxerrois et celui de
Camulogène à Saint-Germain des Prés, ce qui les
auraient placés à la pointe aval de Lutèce et non vis-à-vis
de Lutèce comme le précise César ; d’autre part, Saint-
Germain l’Auxerrois était alors dans un marais.

Dès le début de la nuit, Labienus envoie les
cinquante bateaux qu’il a amenés de Melun descendre la
Seine en silence sur une distance de quatre mille pas
(5,9 km) et de l’attendre là. Il envoie aussi cinq cohortes
vers l’amont avec armes et bagages ainsi que quelques
barques réquisitionnées ; il leur demande aussi de faire le
maximum de bruit pour attirer l’attention des Gaulois. Au
milieu de la nuit, laissant quelques cohortes pour garder
son camp, il part avec trois légions, en silence, rejoindre
les bateaux envoyés en aval. Profitant d’un de ces orages
si fréquents au mois de mai, il fait passer la Seine à son
infanterie et à sa cavalerie ; les éclaireurs Gaulois placés
sur l’autre rive sont surpris et égorgés. Camulogène,
informé à l’aube qu’une troupe remonte la Seine et qu’une
autre la traverse en aval, divise ses forces en trois, envoie
une partie en amont, en laisse une autre face au camp de
Labienus et part avec la troisième en aval. Au lever du
soleil, le combat commence dans la plaine de Grenelle.
Les Gaulois, animés par l’exemple de Camulogène, se
défendent avec la plus héroïque intrépidité ; pas un
Parisien ne faiblit ni ne quitte son poste, mais ils sont
taillés en pièces et Camulogène rend le dernier soupir au
plus fort de la mêlée. César précise même : “ Ceux que
les bois et les collines ne mirent pas à couvert furent
massacrés par notre cavalerie “ afin de renforcer cette
idée de déroute totale. (Il est bien dommage que les
Gaulois n’aient pas laissé quelques récits sur cette
17 époque !) La rébellion est matée, Labienus rejoint César
avec toutes ses troupes ; et bientôt ce sera Alésia.

Déterminer à quel endroit exactement Labienus a
traversé la Seine est difficile d’autant plus que César,
n’étant pas présent, doit s’inspirer du rapport fait par
Labienus. De plus les quatre mille pas ne sont qu’un
ordre de grandeur. Si le camp de Labienus était aux
Halles, le passage aurait pu se faire à la hauteur du pont
de Grenelle, c’est-à-dire après avoir passé la colline de
Chaillot ; s’il était à Saint-Germain l’Auxerrois, ce qui est
peu vraisemblable, c’est le pont Mirabeau qui correspond
le mieux.

Pour compliquer un peu, on peut lire dans Histoire
et Dictionnaire de Paris : “Cette version, due à Paul-Marie
Duval, est contestée par Anne Lombard-Jourdan et
Michel Roblin qui inversent les rives. Labienus serait parti
de Sens par la rive droite et le marais qui l’aurait arrêté ne
serait autre que le bras nord ancien de la Seine, qui
dessine un arc de cercle du bassin de l’Arsenal à Chaillot.
Revenu à Melun et passé sur la rive gauche, il aurait
franchi la Seine en aval de l’île aux Cygnes et livré
bataille dans la plaine d’Auteuil”. Mais à cette époque
ladite plaine faisait partie de la forêt de Rouvray et les
combats n’y étaient pas possibles. De plus, il ne s’agit
pas de l’île aux Cygnes mais de l’allée des Cygnes. En
effet la pointe de l’île aux Cygnes, ou île Maquerelle,
correspond au pont de Bir Hakeim et fait donc face à la
colline de Chaillot, terrain peu favorable pour combattre,
et l’allée des Cygnes n’existait pas à cette époque.

Enfin il faut tenir compte du fait que l’ancien bras
nord de la Seine créait un marécage jusqu’à Chaillot et
qu’une armée ne pouvant passer entre la colline de
Chaillot et la Seine, Labienus a dû contourner en partie
cette colline pour arriver à la Maison de la Radio actuelle.

18 En conclusion, c’est au voisinage du pont de
Grenelle que les légions et la cavalerie romaines ont
traversé la Seine en 52 avant Jésus-Christ. Aller plus loin
n’aurait présenté aucun avantage militaire supplémentaire
et aurait augmenté les risques d’attirer l’attention des
Gaulois.

19


Abbaye des Bons-Hommes de Nigeon


20 Les bonshommes de Nigeon


C'est François de Paule, ermite de Calabre, qui
fonda l'ordre des Minimes, reconnu par le pape Sixte IV le
18 juin 1472. Louis XI, qui l'appréciait beaucoup, le fit
venir auprès de lui, à Plessis-lès-Tours, en 1475 et
favorisa l'expansion de son ordre ; ainsi vit-on s'ouvrir des
couvents à Plessis, Amboise, Fréjus, Toulouse et en 1493
près de Paris. La règle des Minimes recommandant aux
frères la solitude, il n'était alors pas question de s'installer
dans Paris. Nigeon-lès-Chaillot, situé à une demi-lieue de
Paris, entre Chaillot et Passy-lès-Paris, était un lieu idéal.
C'était à l'époque un lieu-dit recouvrant la colline de
Chaillot sur lequel les ducs de Bretagne avaient édifié une
tour. Les frères pourraient ainsi jouir du calme et méditer.

Dès 1491, deux religieux de Tours vinrent
demander à l'évêque de Paris, Louis de Beaumont, la
permission d'établir un couvent ; mais la tendance était de
développer les ordres existants plutôt que de favoriser
l'installation de nouveaux ordres. Il fallut l'intervention de
Saint François de Paule, et vraisemblablement d'Anne de
Bretagne, pour que l'accord fût finalement donné le 15
mars 1493. Ce sera la première communauté à s'installer
sur la colline de Chaillot.

Le couvent fut constitué de plusieurs donations : la
première fut faite par Jean de Morhier, chambellan de
Charles VIII, qui donna la tour de Nigeon entourée d'un
enclos de 2 hectares en stipulant qu'une église devait y
être construite dans les 2 ans. En 1496, l'église n'étant
pas achevée, il reprit son don et le vendit à Pierre de
Cerisy, contrôleur général d'Anne de Bretagne, mais
celle-ci racheta le terrain ainsi que le terrain avoisinant et
donna le tout, soit 4 hectares, à la communauté, devenant
ainsi la fondatrice de ce couvent. On peut penser que ce
dénouement heureux est dû à l'influence de Saint
21


Le couvent des Bons-Hommes en 1770

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