Autopsie du gouvernement au Congo-Kinshasa

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Le 14 septembre 1960, le colonel Joseph Désiré Mobutu fait son premier coup d'Etat au Congo-Kinshasa et recourt à un groupe de jeunes universitaires pour gérer le pays. Le Collège des Commissaires généraux se met rapidement sous l'autorité du chef de l'Etat Joseph Kasavubu pourtant neutralisé. "Le Gouvernement de techniciens" devient une machine de guerre contre le Premier ministre Patrice Emery Lumumba révoqué. L'ouvrage est centré sur les procès-verbaux des réunions du Collège des Commissaires généraux que l'auteur décortique.
Publié le : jeudi 1 octobre 2015
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EAN13 : 9782336392158
Nombre de pages : 390
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généraux, l’action gouvernementale et la fin de leur mandat. Mais derrière ce paravent se profile l’ombre d’un pouvoir occulte,
Etudes africaines
Série Histoire
Jean-Marie M M K
Autopsie du gouvernementau CongoKinshasa
Le Collège des Commissairesgénéraux(19601961)contrePatriceLumumba
Autopsie du gouvernement au Congo-Kinshasa
Le Collège des Commissaires généraux (1960-1961) contre Patrice Lumumba
Collection « Études africaines » dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
KIYINDOU Alain, ANATE Kouméalo, CAPO-CHICHI Alain (Dir.),Quand l’Afrique réinvente la téléphonie mobile,2015 FAME NDONGO (Jacques),Essai sur la sémiotique d’une civilisation en mutation. Le génie africain est de retour, 2015. TCHAKOTEU MESSABIEM (Liliane),Droit OHADA - Droit français. La protection des créanciers dans les procédures collectives d’apurement du passif, 2015. AMBOULOU (Hygin Didace),Le Droit des entreprises en difficulté dans l’espace OHADA, 2015. AMBOULOU (Hygin Didace),Le Droit de l’arbitrage et des institutions de médiation dans l’espace OHADA, 2015. BASSÈNE (René Capain),Casamance. Récit d’un conflit oublié (1982-2014), 2015. DOSSI (Faloukou),L’universalisation de la démocratie, Vers la théorie habermassienne de la démocratie, 2015. NDOMBET (Wilson-André, dir.),Processus électoraux et immobilisme politique au Gabon (1990-2009), 2015. ANGOULA(Jean-Claude),L’Église et l’État au Sénégal, Acteurs de développement ?,2015. MOUCKAGA (Hugues), OWAYE (Jean-François) WANYAKA (Virginie), Démocratie et/ou démocrature en Afrique Noire ?, 2015. TOPPÉ (Gilbert),Éducation aux archives. Théorie, pratique et valorization, 2015. Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentationdu contenu des ouvrages, peut être consultéesur le site www.harmattan.fr
Jean-Marie MUTAMBAMAKOMBOKITATSHIMA
Autopsie du gouvernement au Congo-Kinshasa
Le Collège des Commissaires généraux (1960-1961) contre Patrice Lumumba
Du même auteur L’U.D.P.S. dans l’œil du cyclone. La violence politique au Zaïre sous Mobutu (Octobre 1985),Paris, L’Harmattan, 2015, 106 p. Plan Directeur de Développement de la Province du Lomami(co-dir.), Kinshasa, Editions du Lomami, 2009, 123 p. L’Histoire du Congo par les textes, tome 3°, 1956-2003, Kinshasa, Editions Universitaires Africaines, 2008, 614 p. L’Histoire du Congo par les textes, tome 2, 1885-1955, seconde édition revue et augmentée, Kinshasa, Editions Universitaires Africaines, 2007, 256p. Première édition, Kinshasa, Edideps, 1987, 314 p. L’Histoire du Congo par les textes, tome 1, Des origines à 1884,Kinshasa, Editions Universitaires Africaines, 2006, 215 p. Patrice Lumumba correspondant de presse (1948-1956), seconde édition revue et augmentée, Paris, L’Harmattan, 2005, 228 p. Première édition, Bruxelles, Cahiers Africains, n°3, 1993, 84 p. Du Congo belge au Congo indépendant 1940-1960. Emergence des « évolués » et genèse du nationalisme, Kinshasa, Ifep, 1998, 688 p. Plaidoyer pour un journalisme civique et de développementKinshasa, Ifep, (dir.), 1998, 174 p. Valeurs et Objectifs d’un parti politique démocrate, social et chrétien (co-dir.), Kinshasa, Ifep, 1997, 64 p. Le système éducatif au Zaïre : d’une réforme à l’autre,Kinshasa, Bureau Unesco/Kinshasa, 1995, 90 p. L’organisation des élections démocratiques au Zaïre:Principes et conditions(dir.), Kinshasa, Ifep/FKA, 1995, 176 p. Kasa-Vubu, Père de l'Indépendance du Congo-Zaïre(co-dir.), Kinshasa, Ifep, 1991, 202 p. Makoko, Roi des Bateke, 1880-1892, Kinshasa, C.R.P., 1987, 136 p. Cadres et Dirigeants au Zaïre : Qui sont-ils ? Dictionnaire biographique, Kinshasa, C.R.P., 1986, 542 p. (en collaboration avec Mabi Mulumba). © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06698-1 EAN : 9782343066981
Introduction
Les délibérations des Commissaires généraux étaient marquées du sceau du secret le plus absolu. Aussi la première question qui se pose naturellement estellecelle de l’authenticité des documents que nous présentons et commentons. D’où proviennent ces procèsIls sontverbaux ? tirés des archives personnelles de MM. Benoît Verhaegen et Jules Gérard Libois, tous les deux promoteurs et auteurs des études chronologiques et documentaires couvrant la période 19591967 publiées au Centre de Recherche et d’Information SocioPolitiques (CRISP) à Bruxelles et connues sous le titre deCongo. Ces procèsverbaux ont été rédigés par l’équipe du secrétariat permanent du Collège des Commissaires généraux composé de Daniel Tshilombo, le titulaire, assisté de J. Emany et J. Kalambaïe. Le premier a participé à dix sept séances, le second à vingt séances et le troisième à neuf séances. Ils ont couvert toutes les réunions, sauf deux exceptions. Félicien Lukusa a fait office de secrétaire pour la deuxième réunion, le 24 septembre 1960. La quatrième réunion tenue le 27 septembre 1960 eut comme secrétaire Joseph Mbeka. D. Mulenga, rédacteur, a participé à l’élaboration du procèsverbal de la réunion du 7 décembre finalisé par J.Emany. Le procèsverbal de la séance du weekend du 13 et du 14 janvier 1961 consacrée au sort de Patrice Lumumba est indisponible à cause de son caractère très sensible. Du reste, y eutil vraiment un procèsverbal ? On sait toutefois que deux Congolais de Brazzaville ont pris part à ces délibérations, tout comme André Lahaye de la Sûreté belge et Larry Devlin, le chef d’antenne de la C.I.A. au Congo, qui assistaient à toutes les réunions du Collège depuis le début. Un blackout était imposé sur leurs noms dans tous les procèsverbaux. Les listes des présences dans les procèsverbaux ont omis un nom à sept reprises, deux noms à cinq reprises, et trois noms une fois. Certains procès verbaux sont tronqués parce qu’il y a des passages qui manquent (30 septembre 1960, 6 octobre 1960, 13 octobre 1960) ou sont illisibles (21 1 novembre 1960) . Nous reproduisons ces documents tels que nous les avons reçus. Certains noms sont orthographiés de deux ou trois manières
1 Les dates entre parenthèses sont celles des procès-verbaux.
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différentes pour le même personnage : Djoku et Ndjoku, Gondo et Ngondo ; Kalambaie, Kalambay, Kalambaïe et Kalambayi ; Ngoie, Ngoïe et Ngoy. Mario, le prénom de Cardoso, se substitue quelquefois à son nom. Ces procèsverbaux des réunions des Commissaires généraux ont été mis à la disposition de Jean Omasombo Tshonda, coopté dans la commission parlementaire belge constituée pour élucider les responsabilités dans l’assassinat de Lumumba. Il les a exploités et présentés dans deux rapports à Bruxelles, en août 2000 : «Dossier Assassinat de Patrice Lumumba. Collège des Commissaires Généraux et autres acteurs congolais (septembre 1960janvier 1961). Biographies, Chronologie des événements et Comptes rendus 2 des réunionsen octobre 2000 :» et, « Acteurs Congolais et coursdes événements : juin 1960février 1961 ». Une autre question s’impose: quelle est la portée de ces procèsverbaux ? Certes, ils apportent au lecteur des informations surl’identité des Commissaires généraux, la vie quotidienne des Commissaires généraux, et l’action gouvernementale. Mais, par ailleurs, plusieurs dossiers leur échappaient, tels l’opération Kivu, la réorganisation de l’armée, l’utilisation des fonds secrets belges, traités par un pouvoir occulte, un pouvoir parallèle, « le Groupe de Binza ». Le Collège des Commissaires généraux étaitil un gouvernement d’opérette? Nous revisitons ces procèsverbaux pour en tirer « la substantifique moelle ».
2  Lire aussi Jean Omasombo Tshonda, «Affaire Lumumba : Organisation et fonctionnement du Collège des Commissaires Généraux 20 septembre 1960 – 9 ème février 1961», Doc 50 0312/007, Annexe 4, Chambre des Représentants, 4 ème session de la 50 Législature, 2001 -2002, pp.930 – 969. Nous remercions Jean Omasombo pour avoir bien voulu mettre à notre disposition la documentation en sa possession.
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1.L’IDENTITE DES COMMISSAIRES GENERAUX 1.1.La création du Collège des Commissaires généraux
Le lundi 5 septembre 1960 dans la soirée, à la surprise générale et sans crier gare, le chef de l’Etat Joseph KasaVubu révoquait à la radio le premier ministre Patrice Lumumba et six membres de son cabinet. Il devait confier la mission de formateur du gouvernement à Joseph Ileo, président du Sénat. Des raisons étaient invoquées : « Il a recouru à des mesures arbitraires qui ont provoqué la discorde au sein du gouvernement et du peuple. Il a gouverné arbitrairement. Il a privé de nombreux citoyens des libertés fondamentales. Et maintenant encore, il est en train de jeter le pays dans une guerre civile atroce ». Mais au cours de la même nuit, Patrice Lumumba donnait la réplique. A son tour, il intervint à trois reprises à la radio en l’espace d’une heure, en français, en lingala et en swahili. Il accusa Joseph KasaVubu de haute trahison. Ni le gouvernement ni le parlement n’avaient été entendus à ce sujet. Le gouvernement jouissait de la confiance du parlement. En conséquence, les partis au pouvoir retiraient leur confiance à Joseph Kasa Vubuqu’ils avaient fait élire. Dès lors, ilcessait d’être le chef de l’Etat. C’était la chienlit au sommet de l’Etat soixantesept jours à peine après l’accession du CongoKinshasa à l’indépendance.Le Conseil des ministres convoqué la même nuit estima que « le Chef de l’Etat a délibérément violéLoi fondamentale et a outrepassé les la prérogatives lui reconnues par le Parlement, par le Gouvernement et par la Nation tout entière…». L’article 20 stipulaitAucun acte du Chef de: « l’Etat ne peut avoir d’effet s’il n’est contresigné par un Ministrequi, par cela seul, s’en rend responsableministres aussi ont déclaré le chef de». Les l’Etat déchu. Le document luJoseph KasaVubu et oublié à la Radio par nationale n’avait pas été contresigné par un ministre. C’est le lendemain quele chef de l’Etat a rédigé une ordonnance contresignée par JustinMarie Bomboko et Albert Delvaux(devenu avec l’Authenticité Mafuta Kizola). Mais l’un n’avait de compétence que dans le domaine diplomatique et, l’autre, dans les relations avec la Belgique. Deux jours plus tard, le 7 septembre, la Chambre des députés annula les mesures de destitution réciproques prises par les deux hommes. Le
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