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Aux origines de la nation ivoirienne 1893-1946

De
378 pages
La conscience d'une commune appartenance au même destin est une donnée que partage la soixantaine d'ethnies qui compose aujourd'hui le peuple ivoirien. Comment s'est-elle forgée ? C'est à cette interrogation que répond ce deuxième volume qui en retrace le cheminement de l'érection de la Côte d'ivoire en colonie autonome par le décret du 10 mars 1893 à la date des premières élections législatives organisées dans les colonies françaises en 1945 et 1946.
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Aux origines de la nation ivoirienne 1893-1946 Volume II

site: www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattan1@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9822-5 EAN : 9782747598224

René-Pierre Anouma

Aux origines de la nation ivoirienne 1893-1946

Volume II
Corset colonial et prise de conscience 1920-1946

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie KOnyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa Fae..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti,lS 10124 Torino ITALIE L'Harmattan Burldna Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

- ROC

Livre II

CORSET

COLONIAL

ET PRISE DE CONSCIENCE 1920 1946

-

« Nous mentons en France, en Europe, dans le monde entier, à Genève et au Bureau International du Travail, lorsque règlements et circulaires en mains, nous parlons de l'organisation du travail aux colonies sur les chantiers des travaux publics. Nous déshonorons notre administration coloniale et nous démoralisons les fonctionnajres en leur demandant d'appliquer sur le papier seulement des règlements pratiquement inapplicables»

François de Coppet, gouverneur général de l'A.O.F au ministre des Colonies. Dakar, le 25 janvier 1937

La période 1920-1930 correspond à une phase d'expansion économique dans la colonie. En effet, au développement de l'infrastructure routière et ferroviaire qui se poursuit régulièrement durant cette période s'ajoute une mise en valeur agricole voire industrielle consécutive à l'injection de capitaux de plus en plus importants dans la colonie comparés aux investissements de la période d'avant guerre. La sécurité de ces capitaux et leur rentabilité constituèrent une constante préoccupation des capitalistes eux-mêmes mais aussi de l'Administration coloniale dont 'les efforts tendirent à leur assurer les meilleures conditions de rendement. Elle le fit d'autant plus aisément qu'elle escomptait des retombées pour les populations dont elle avait la charge et la responsabilité de conduire à la « civilisation» mais aussi au bénéfice de la métropole. La première guerre mondiale ne venait-elle pas de montrer ce que la France pouvait escompter de son domaine colonial mais encore plus de colonies rationnellement mises en valeur? 276

La formation d'un marché du travail dont l'inexistence, par le passé, avait constitué un lourd handicap dans le processus d'équipement des colonies en devenait la condition. Et ce sera l'objectif essentiel du décret du 22 octobre 1925, la première réglementation d'ensemble en A.O.F. du travail. De l'inadéquation entre les moyens fina~ciers et humains. mis en œuvre avec les objectifs que s'assignait la colonisation devait naître une exploitation de la main d'œuvre que les textes devaient, de leur côté, en principe protéger. Ce qui était loin d'être le cas. Cette carence en matière de protection devait, dès lors, valoir au système de mise en valeur français critiques et condamnations sévères des autres puissances coloniales. Dans la colonie elle-même nombreuses étaient les réactions de réprobation des travailleurs forcés qui se traduisaient notamment par l'abandon des chantiers, la fuite, voire l'exode. A ces réactions faisaient écho les prises de position de certains fonctionnaires, des « évolués» ou des militants de partis politiques métropolitains contre le colonialisme brutal et ses tenants locaux. Faisant fi de la réprobation que soulevait sa politique coloniale, la France refusait d'adhérer à la Convention de Genève de 1930 condamnant le travail forcé. Lorsqu'elle s'y résout, sept années plus tard, ce n'était pas sans avoir accompagné sa démarche de nombreuses réserves. Elle restait, ce faisant, fidèle à sa doctrine coloniale qu'elle n'abandonnera finalement qu'à partir de 1946 avec le profond réaménagement que connaissent les colonies suite aux mesures libérales votées par la Constituante de 1945 et de 1946. Ce seront notamment la loi du Il avril 1946 abolissant le travail forcé sur lequel avait reposé jusqu'alors la mise en valeur des colonies et la loi du 30 avril 1946 mettant sur pied les plans de modernisation et d'équipement de l'Union française et créant le Fonds d'investissement pour le développement économique et social (F.I.D.E.S), chargé de financer ces plans. Une société en pleine mutation, telle apparaît la colonie à la veille et au lendemain de la seconde guerre mondiale.

277

1ère PARTIE

LA PERIODE D'EXPANSION ECONOMIQUE (1920-1929) : EXPLOITATION DE LA MAIN D'ŒUVRE ET REMISE EN CAUSE DU SYSTEME FRANCAIS

« Nous t'en supplions, obtiens que l'on ne nous prenne plus nos hommes; il en part trop et il en reste trop en bas»

Les notables à l'inspecteur-vérificateur Harranger en mission d'inspection en 1930-1931 dans les cercles et subdivisions de Kong, Korhogo, Boundiali et Ferkéssédougou.

278

CHAPITRE 7 LES BESOINS EN EQUIPEMENTS ET LES DIFFICULTES D'EXECUTION

« Dans ce pays, où I'homme constitue la principale richesse, où tout le développement économique, où tout le progrès est fonction de la quantité de la main d'œuvre, il n'est pas de sacrifices qu'on ne devrait faire pour protéger et faire fructifier le capital humain» . J. Van Vollenhoven - Discours d'arrivée du gouverneur général à Dakar. (Dakar, le 3 juin 1917) - Une âme de chef op. cit.
pp. I 14-120.

Avant la guerre, le président de la Chambre de Commerce constatait que la pénurie de la main d' œuvre constituait une entrave à un « essor économique plus rapide» de la colonie. Cependant pour inquiétante qu'était la situation, elle n'était pas pour autant irrémédiable puisqu'il suffisait, selon lui, « d'attirer vers le Sud les travailleurs des régions à population plus dense» du Nord de la colonie et du pays Mossi enparticulier1. Dix années plus tard la pénurie de la main d'œuvre demeurait encore au centre des préoccupations coloniales puisque aussi bien les pouvoirs publics que les milieux d'affaires en déploraient, les conséquences négatives sur l'évolution harmonieuse de la colonie. Au lendemain de la guerre de 1914-1918 en effet, la question se pose avec une acuité toute particulière puisque déjà rare avant la..guerre la main d' œuvre va subir les effets de la pacification, de la guerre mondiale et des premiers recrutements de main. d'œuvre. Concernant la pacification, deux conséquences peuvent se dégager. La première positive en ce sens qu'elle a permis d'étendre progressivement l'autorité effective de la France sur l'ensemble de la colonie et donc de faire apparaître un nombre plus élevé d'habitants. En 1901 par exemple, un recensement effectué dans les zones alors connues, 279

c'est-à-dire les cercles de Kong, de Bondoukou, de l'Indénié, d'Assinie, de Grand-Bassam, des Lagunes (y compris le pays Akyé), de Lahou, de Sassandra, du Cavally et une partie du Baoulé avait permis de dénombrer 1 139 360 habitants. A ce chiffre devait s'ajouter 815 000 habitants représentant l'évaluation de la population des régions encore inoccupées c'est-à-dire la partie Sud de la région comprise entre le N'zi et le Comoé, le Moronou, les populations non recensées du Baoulé et l'hinterland des cercles de Sassandra et du Cavally. C'est donc à un chiffre approximatif global de 2 'millions d'habitants que pouvait être évaluée, au début du siècle, la population de la colonie. Sans attacher une importance absolue aux différentes évaluations de la population telles qu'elles ressortent des recensements effectués, il faut constater que le chiffre initial de 2 millions d'habitants se retrouve encore en 1938. Que seraient alors devenues les populations que représentent les différences entre les estimations du début du siècle et les évaluations successives consécutives à un meilleur recensement? Représenteraient-elles le nombre des victimes des différentes opérations militaires qui se succèdent dès le début du siècle et dont la phase la plus répressive se situe entre 1908 et 1915 ? On ne saurait l'affirmer car sur cet épisode de l'histoire coloniale on ne dispose que d'informations fragmentaires qui se résument aux indications fournies par les comptes rendus de tournées de police ou des opérations militaires, tout aussi laconiques les uns que les autres et dont il est, en définitive, difficile de tirer des enseignements précis. Il n'en demeure pas moins que la pacification aura fait des victimes plus ou moins nombreuses et là se situe son aspect négatif au plan de la démographie. En effet, les pertes en vies humaines qu'elle a causées, de même que les nombreuses destructions matérielles qui l'ont accompagnée étaient loin de constituer des facteurs particulièrement favorables à l'accroissement de la population, de même que les recrutements militaires qu'imposa la guerre de 1914-1918 et les premiers recrutements de main d'œuvre destinée aux entreprises privées et aux chantiers publics. Tous ces éléments donnaient déjà une indication des possibilités réelles de la colonie en matière de fourniture de main d'œuvre. Les capacités de la colonie en la matière, déjà faibles avant la guen-e, s'amenuisent encore, quand aux causes objectives d'insuffisance s'ajoutent des éléments subjectifs liés au refus des populations, pour diverses raisons, de se faire recruter et de quitter leur territoire. Or au lendemain de la guerre la « reprise des affaires» que traduit la création' de plusieurs sociétés commerciales, ou d'exploitations forestières et agricoles dont le fonctionnement appelait une main d'œuvre abondante, 280

allait entraîner une forte sollicitation des populations. De l'inadéquation entre l'offre et la demande découlera la pression à laquelle l'Administration devra recourir et à laquelle elle eut recours effectivement pour répondre aux nombreuses sollicitations dont elle était l'objet de la part des entreprises coloniales. Agissant au mépris de la réglementation qu'elle avait édictée et des populations qu'elle avait pour mission de protéger, l'Administration engendra elle-même le travail forcé et le défendait, bien qu'elle s'en défende. En effet en récusant «le travail forcé» au profit du «travail obligatoire» qu'elle fonde sur l'idée que l'indigène n'a pas le droit de ne pas travailler alors que le travail forcé ne s'appliquerait que dans le cas d'une réquisition opérée pour une corvée bien définie, l'Administration col~niale tentait ainsi de légitimer sa méthode et sa pratique de contrainte. En fait, ces deux termes « travail forcé et travail obligatoire» ne sont que deux appellations d'une même réalité: l'obligation faite à l'indigène de travailler, obligation par ailleurs assortie de sanctions très sévères telles que six mois d'emprisonnement, neuf mois de travail sur les chantiers de l'Etat ou engagement de force chez un colon. Il apparaît bien, dans ces conditions, que le travail obligatoire alimentait tout naturellement le travail forcé puisque la rupture par les Noirs d'un contrat était considérée, au terme d'une réglementation du travail intervenue en 1901 et reprise par la suite, comme un « délit» et exposait le contrevenant non plus aux paiements des dommages-intérêts, mais à une sanction pénale coercitive.
1-

Le problème de la main d'œuvre: insuffisances

besoins et

Au lendemain de la première guerre mondiale les besoins en main d'œuvre de la colonie sont énormes: besoin en main d'œuvre pour l'exécution des travaux publics mais aussi pour le fonctionnement des entreprises coloniales dont la multiplication constitue l'élément essentiel de la période. En effet, succédant à la phase de conquête, la période 1923-1930 correspond à celle d'une mise en valeur accélérée de lacolonie et correspond aussi au passage d'une « économie de pillage» caractérisée par l'exploitation des produits de cueillette (caoutchouc, kola et palmistes) à une phase plus élaborée celle de l'économie de plantation dont l'amorce remonte au gouverneur Angoulvant. On se souvient en effet de l'avertissement qu'il lançait aux colons dont il dénonçait et condamnait « la conception égoïste» de-la colonisation, une colonisation 281

à courte vue puisqu'elle se bornait à «échanger rapidement de la marchandise contre du caoutchouc sauvage et de l'huile brute ou des graines »2. Jusqu'à la première guerre mondiale la part des produits spontanés rep,.-ésentait99 % des exportations de la colonie dénotant ainsi la fragilité de l'économie coloniale soumise au moindre souffle venu d'Europe ou d'Amérique et à « cet affolement perpétuel de la boussole commerciale »2. L'après-guerre allait rompre avec cette tendance au profit des « deux formes supérieures du labeur. humain» que sont l'agriculture et l'industrie. La période 1923-1930 est marquée par la mise en œuvre d'une politique de promotion d'une agriculture spéculative, par la multiplication des entreprises coloniales et l'exécution de travaux d'infrastructure et d'équipement, toutes choses qui faisaient appel à une main d' œuvre importante et variée. AL'exécution des travaux et autres utilisations de la main d' œuvre

L'exécution des travaux reposa autant sur les prestataires que sur la main d'œuvre recrutée. Mais à partir de 1927 grâce au SMOTIG (Service de la main d'œuvre pour les travaux d'intérêt général), la colonie disposait d'une main d'œuvre prélevée sur la deuxième portion du contingent. 1- Le service de la main d'œuvre d'intérêt général (SMOTIG) pour les travaux

Le service de la main d'œuvre pour les travaux d'ir~.térêtgénéral avait pour but l'utilisation à des travaux de mise en valeur, de jeunes gens de la 2ème fraction du contingent et laissés à la disposition des autorités administratives. Ce système organisé pour la première fois à Madagascar par le gouverneur général Olivier fut appliqué en A.O.F. en vertu du décret du 31 octobre 1926. Le contingent ainsi levé fut réparti pour la première fois entre la Côte d'Ivoire et le Soudan. Comment fonctionnait le système? Les opérations de recrutement se déroulaient de la façon suivante: les recrues étaient tirées au sort, les hommes mariés après les célibataires (les femmes pouvaient accompagner leurs maris et avaient droit aux soins et à la nourriture) et ces hommes étaient astreints à trois 282

ans de service. Ils étaient répartis ensuite en unités de travail, dites compagnies, elles-mêmes subdivisées en sections de 200 indigènes et affectés aux travaux. Les recrues devaient autant que possible, servir dans leur colonie d'origine, mais, exceptionnellement et sur décision du gouverneur général des dérogations purent être apportées à ce principe, notamment pour l'exécution des grands travaux intéressant l'ensemble de la Fédération ou des travaux communs à deux colonies vdisines, et lorsque les ressources en hommes de la deuxième fraction du contingent d'une colonie présentait un déficit tel que l'exécution de son programme de grands travaux pouvait en pâtir. C'est ainsi que la Côte d'Ivoire fut amenée à bénéficier de l'apport des travailleurs voltaïques. En 1928, il Y eut 7 000 travailleurs ainsi recrutés et répartis sur les différents chantiers de l'A.O.F,. Ainsi par le biais de la deuxième fraction, l'Administration se constituait une réserve de main d'œuvre en vue de ses travaux d'utilité publique pour l'exécution desquels la main d' œuvre prestataire eut été notoirement insuffisante en raison de la faiblesse des dotations budgétaires.

2-

La faiblesse des dotations budgétaires compensation par la prestation

et la

La modicité des dotations budgétaires se trouve reflétée dans les tableaux qui suivent et qui font état des dépenses effectuées depuis 1923 sur les fonds du budget de la colonie pour ses principaux travaux: ports et rades, voies ferrées et routières, travaux d'irrigation et aménagement

des eaux, édilité et urbanisme.
2-1 Ports et rades.

.

Très modiques en 1923 et 1924, les dépenses effectuées,pour les ports et les rades de la colonie deviennent un peu plus importantes à partir de 1925 sans toutefois dépasser de beaucoup 8 millions de francs pour la période 1923-1928.
Travaux Contribution aux travaux de Vridi-Port-Bouët 1923 1924 1925 1926 3 000 000

1927 500 000

1928 2 000 000

-

-

-

283

Quai d'Abidjan Dragages et

54 480 16 637

47 075 39 700

315 992

126 671

230 304

500 000

agrandissement du port Lagune de Bassam Quai du fleuve
à Sassandra Wharf de Gd501 724 284 024

463 920

-

305

100 000

-

-

-

29 531

-

Bassam
Total (en frs) 572 841 370 799

760 140

2 600 000

779 912 3 126 671

Comme on peut le constater les dépenses effectuées restent très faibles au regard de celles qui sont engagées pour d'autres chapitres: l'Administration et le personnel notamment. Qu'en est-il des dépenses effectuées pour les voies ferrées et routières. 2-2 Voies ferrées et routières.

Les dépenses effectuées au titre de cette rubrique restent inférieures d'un million environ à celles consacrées aux ports et rades. Il faut dire que l'emprunt de 1913 lui allouait déjà d'importantes dotations.
Travaux Route Bassam-Aboisso Amélioration et extension du réseau routier Bassam- Assinie Aboisso Total (en francs) 1923 1924 1 909 1925 214380 1926 488 836 784 032 1927 177 641 1928 1 000 000

-

195 629 226 359 853 161

699 286 2300000

49134 195 629 228 268 1116 675 1272 868

65 951

100 000

942 878 3400 000

2-3

Irrigations et aménagement des eaux

Les autres travaux et notamment l'aménagement des eaux connurent aussi de très faibles dotations comme en témoigne le tableau ci-après:
284

Travaux Canal de jonction de la Lagune Ebrié au fleuve Bandama

1923 75 025

1924

1925

1926

1927 1928

76 017 209 829

74 772 77 267 500 000

2-4

Edilité, urbanisme (alimentation en eaux, égouts, assainissement)

Les sommes les plus importantes consacrées aux travaux d'édilité et d'urbanisme se situent en 1928, date à laquelle 250 000 francs leur sont alloués.
Travaux
.

1923

1924

1925

1926

1927
31 993

1928
50000

Remblais des marigots de Grand-Bassam
Construction de puits Alimentation d'Abidjan en eau potable Total (en francs)

723

17 040 28 040
1400 7972

18 481 79 204

36 202

100 000 100 000

723

-

-

68 195

18 440 36 012

97 685

250 000

Qu'en est-il des autres travaux? 2-5 Les autres travaux

Les dépenses concernant les autres travaux et notamment celles relatives à la construction et aux aménagements des bâtiments administratifs, s'élevaient, en 1923, à près de 300 000 francs sur lesquels 89 % environ étaient consacrés au transfert du chef-lieu à Abidjan; la différence ayant servi à la construction de maternités et de dispensaires (1,41 %) et à la construction de l'école d'apprentissage d'Abidjan (9,61 %). L'année suivante, c'était une dépense d'environ 230 000 francs que le budget consacrait aux travaux et qui se répartissaient comme suit: 73,50 % pour le transfert du chef-lieu, 24 % pour l'école d'apprentissage d'Abidjan et enfin 2,50 % pour la construction des logements des fonctionnaires et agents de l'Administration. En 1925 les pourcentages étaient respectivement de 72,39 %, 8,38 % et 6,74 % : la différence étant 285

consacrée à des travaux qui ne figuraient pas l'année précédente, comme par exemple la construction de magasins et l'amélioration de l'outillage du wharf (3,53 %), et la construction de la Mosquée de Kong (0,31 %). En 1926, 1927 et 1928, le budget local ne consacre plus rien au transfert du chef-lieu à Abidjan et c'est en revanche la construction de l'école d'apprentissage d'Abidjan et celle des bâtiments administratifs et des logements des fonctionnaires et agents et à partir de 1927 l'amélioration de l'outillage du wharf, qui reçoivent d'importantes dotations. Ainsi pour ces trois années consécutives la part des sommes consacrées, au titre des « dépenses de Bâtiments », à la construction de l'école d'apprentissage était de 28,68 % en 1926,20,71 % en 1927 et 9% en 1928. Les dépenses totales effectuées par la colonie pour ses travaux atteignent à peine 17 % des recettes budgétaires. Ce chiffre concerne l'année 1928 et représente le taux le plus élevé de cette période comme en témoigne le tabl~au suivant:
Désif!nation 1923 16 547 699 1 041 904 6,29 1924 16 778 280 I 146277* 6,83 1925 29434 091 2 557 656 8,68 1926 55 322 509 6 032 605 10,90
69

1927
1 0 1 371

1928 74 673 840 12 130000 16,24

Budget local Dépenses Pourcentage

4 III 158 5,94

* Il s'agit de la prévision pour l'année 1924 et non des résultats définitifs. La modicité de ces affectations budgétaires va donc conduire à faire reposer l'exécution de la plupart des travaux sur la main d'œuvre prestataire. La prestation devient ainsi un moyen commode pour suppléer l'insuffisance des moyens financiers de la colonie comme l'indique l'état . des journées de prestations exécutées de 1923 à 19283.
Années Nombre de journées de prestation en nature 4 896 668 4 855 324 5 184 672 Taux de la taxe de rachat par journée (en francs) 1,25 1,25 1,25 Valeur représentative des journées de prestation en nature 6 120 835 6 069 155 6 480 840

1923 1924 1925

286

1926

2 377 548 1 864 488 919 944 5 161 980

1,25 1,50 2,50 2,~0 2,50 3,00

2 971935 2 796732 1 839 888 7 608 555 7 650 250 6 706 860 14 357 386

1927

3 060 208 2 235 622 5 295 622

1928

2 429 120 3 290 220

3,00 4,00

7 287 360 13 160 880

5 719340

20 448 240

La comparaison du montant de la valeur représentative des journées de prestation en nature et celui que le budget local consacre, à la même époque, aux dépenses des travaux de toute nature situe le niveau et le rôle de la prestation dans l'équipement et la mise en valeur de la colonie. En 1923 ce montant est presque six fois supérieur à la part du budget local, un peu plus de cinq fois, en 1924; il est le double en 1925, le triple en 1927 et un peu moins du double en 1928.
Désignation Valeur représentative des journées
de prestation

1923 6 120 835

1924

1925

1926 7 608 555

1927 14 357 386

1928 20 448 240

6069 155 6 480 840

en nature Dépenses
effectuées par

le budget local pour l'ensemble des travaux de toute nature Pourcentage

1 041 904

I 146 277

2 557 658

6032605

4 111 158

20 130000

17

18

39,46

79,20

28,60

59,32

Ainsi la part que le budget local consacre aux travaux représente par rapport à la valeur représentative des journées de prestation en nature 17 % en 1923,18 % en 1924,39,46 % en 1925,79,2 % en 1926,28,6 % en 1927, et 59,32 % en 1928. Mais à quoi était utilisée la main d'œuvre prestataire durant cette période d'intense activité économique? 287

Outre la contribution apportée aux travaux deconstruction du port de Vridi/Port-Bouët, celle des quais d'Abidjan et de Sassandra, ainsi que le wharf de Grand-Bassam, la main d'œuvre prestataire fut également utilisée aux travaux de jonction des Lagunes Ebrié-Lahou (par le canal d'Assagny). Mais ce fut surtout pour les travaux d'édilité, d'urbanisme, de construction ou d'entretien des voies ferrées et routières que les prestataires furent particulièrement sollicités. De 1923 à 1928, 117 kilomètres de voies ferrées étaient ouvertes; ils représentaient la distance Katiola (kilomètre 371) et Tafiré (kilomètre 488). Durant la même période l'amélioration et l'extension du réseau routier furent poussées de façon régulière au point où en 1923, 647 kilomètres de route étaient achevés sur un total de 945 kilomètres soit un taux de 68,46 %. En 1924 ce taux était de 70,92 % (soit 283 kilomètres sur 399 kilomètres prévus) et 63,70 % (soit 216 kilomètres sur 339 kilomètres prévus) en 1925 (en raison du fait qu'aucun travail ne fut entrepris sur le tronçon Tiassalé-Divo : 70 kilomètres). Quant au tronçon Bouaké- Bondoukou les travaux ne portaient que sur la réfection partielle de l'ancienne route. En 1926 le taux était de 25,12 % à cause de l'achèvement de plusieurs tronçons, celui de Guéyo-Soubré (88 kilomètres dont 32 furent construits en 1925 et 50 en 1926) et enfin le tronçon Tabou-Paté (30 kilomètres dont 5 construits en 1926). Ce taux était par contre de 65,50 % en 1927 au moment où s'achevaient la construction du tronçon Tiassalé-Toumodi (20 kilomètres construits en 1927) et celle du tronçon Divo-Yokoboué (70 kilomètres dont 25 construits en 1926 et 45 en 1927). Ainsi à l'exception de l'année 1926 où le taux de kilomètres construits dans l'année est inférieur à 30 0/0,les années 1923, 1924, 1925 et 1927 apparaissent comme des années particulièrement "laborieuses" pour la main d'œuvre astreinte aux travaux de construction des routes puisque le taux se situe au delà de 65 %. Ce qui équivalait concrètement à la construction de 647 kilomètres en 1923, 283 kilomètres' en 1924, 216 kilomètres en 1925 et 188 kilomètres en 1927, c'est-à-dire précisément les années où le budget local affecte moins de 10 % de ses recettes aux dépenses pour les travaux. Avant la grande crise économique le réseau routier est pratiquement mis en place. Il ne restait plus qu'à le perfectionner et l'améliorer et c'est à quoi seront consacrés les efforts futurs. Par cercle il apparaît de la façon suivante3 :

288

Désignation des cercles Agnéby Assinie Baoulé Bondoukou Bassam Bas-Cavally Bouna Daloa Gouro Indénié Kong Labou Lagunes Man Guiglo N'zi Comoé Odiénné Ouorodougou Sassandra Tagouana Côte d'Ivoire A.O.F.

Longueur dans le cercle (en km) 379 94 938 573 141 93 338 348 530 256 1 397 221 428 492 211 652 577 579 385 521 9 153

Superficie en km2 9200 6750 19 700 40 000 2950 14 ] 00

Population

Densité de population (b/km2) 6,03 2,52 10,88 1,73 9,58 1,24

55 499 16 927 24 399 69 339 28 273 16 714

15 250 12 500 6450 37 500 12 750 8000 17 650 12 500 20 650 30 000 24 000 18 200 15 850 324 000 4 800 000 289

80 603 88 917 19 614 259 064 84 099 76 675 218 895 30 353 123 522 114 010 87 364 85 614 54 667 1 724 545 13 540 000

5,28 7, Il 3,03 6,90 6,59 9,58 1,24 2,42 5,95 3,80 3,64 4,70 3,44 5,32 2,82

La lecture de ce tableau qui montre un réseau routier de 10 000 kilomètres environ fait apparaître que certains cercles, sans doute en raison de leur étendue mais certainement à cause de leurs potentialités économiques sont particulièrement bien desservies puisqu'ils disposent de plusieurs kilomètres de route. Ces cercles étant en général les plus peuplés, on peut penser que la répartition des charges sur un nombre plus élevé de prestataires pouvait constituer un certain allègement. Ceci bien évidemment -n'est qu'une hypothèse qui n'enlève rien au caractère contraignant et particulièrement pénible de la prestation car plus un cercle est doté en routes et plus forte aura été la pression sur les prestataires du cercle pour les construire! On peut conclure que certains cercles pâtirent plus que d'autres de la prestation. C'est le cas des cercles de Kong, du N'zi Comoé, du Ouorodougou, d'Odiénné, de Bondoukou, des Gouro, des Tagouana, de Man. Cependant en faisant intervenir le facteur densité de populations, ce sont alors les cercles d'Assinie, de Bassam, des Lagunes, ou de Lahou qu'il faut considérer. Nous verrons par la suite les conditions dans lesquelles cette main d'œuvre prestataire fut employée, conditions pratiquement identiques à celles que connut la main d'œuvre recrutée par l'Administration et employée à son service.

3-

La main d'œuvre recrutée par l'Administration pour ses propres chantiers

L'utilisation de la main d'œuvre prestataire n'excluait pas le recrutement et l'utilisation d'une main d'œuvre payée celle-là contrairement aux prestataires et à la main d'œuvre pénale. 3-1 La main d'œuvre pénale

Couramment pratiquée dans la colonie, l'utilisation de la main d'œuvre pénale a été prévue par un décret du 29 mars 1901 qui en précisait les conditions4. Ainsi les condamnés non employés sur les chantiers ou dans les ateliers du service pénitentiaire pouvaient être utilisés « à des travaux de colonisation d'utilité publique, pour les divers services de l'Etat, de la colonie ou des municipalités », et pouvaient de même « au nombre de 100 au plus, être mis à la disposition des particuliers, mais seulement pour des travaux de colonisation ou d'utilité publique exécutés à l'entreprise pour le compte de l'Etat; des colonies ou des communes ». Il était également prévu que l'Administration pouvait 290

«aussi leur faire exécuter des travaux temporaires pour le compte des particuliers ». Ces dispositions permirent donc à l'Administration de recourir à cette main d'œuvre qu'il lui était loisible de constituer. Elle le fit d'autant plus facilement que le code de l'indigénat l'autorisait à punir d'emprisonnement les auteurs de faits et d'actes énumérés par l'arrêté général du 14 septembre 1907. Les prétextes à emprisonnement ne manquaient donc pas, les plus fréquents étaient le refus de payer l'impôt ou d'exécuter les prestations et plus tard le délit de vagabondage et les entraves à un service public. L'Administration réparait, par ce biais, les préjudices que lui causaient les indigènes. Ainsi en refusant de payer son impôt ou d'exécuter sa prestation en homme libre ou prétendu tel, l'indigène l'accomplissait en tant que prisonnier! A quoi était particulièrement utilisée cette main d'œuvre dans la colonie? Elle servait de main d'œuvre d'appoint voire de main d'œuvre de remplacement en cas de défaillance des recrutés administratifs. Ainsi par exemple le directeur du chemin de fer demandait, en 1920, qu'on lui affecte la main d'œuvre pénale en raison des difficultés que rencontraient ses chantiers du ballastages. Cette demande était accompagnée de propositions de tarif de pénalités échelonnées à appliquer en cas de manquements légers. Il proposait en particulier que le service de surveillance soit assuré par les gardes de cercle et miliciens chargés de la police, une échelle de punitions comportant la privation de la ration de viande ou de .poisson seulement, le travail forcé d'une demi-journée ou toute la journée du dimanche, l'application de corvées supplémentaires pour les infractions légères et pour les infractions sérieuses le transfert du responsable au jugement du commandant. Quant à la durée du travail, elle serait de 9 heures avec repos le dimanche sauf les punis. Le taux de la ration de vivres serait le même que sur les chantiers libres, sauf en ce qui concerne la viande ou le poisson fumé, qui au lieu d'être servi tous les jours, ne le serait que le jeudi ou le dimanche. Le salaire journalier serait de 0,60 franc pour les journées de présence effective décomptées sur carnets et état de paiement dont le montant total serait versé aux caisses du budget local. Les malades et les exemptés de service n'ayant droit qu'à la ration alimentaire. Par ailleurs une enquête commandée .en 1928 par le gouverneur p.i. Bourgine confirmait aussi que cette main d'œuvre très abondante dans les centres urbains était utilisée par les administrateurs pour exécuter de menus travaux au bénéfice des fonctionnaires de leur 291

circonscription: corvées d'eau, entretien des bâtiments administratifs, voirie. .. Certains prisonniers connurent d'autres affectations comme ceux que le gouverneur Antonetti envoya comme manœuvres au railway où ils se trouvaient mêlés à d'autres manœuvres libres ceux-là voire volontaires! Combien furent-ils? Nos sources ne nous permettent pas de la déterminer précisément avant 1930. Elles parlent seulement d'une main d'œuvre très abondante. On peut penser que le nombre fut constant puisqu'aux différentes phases de la colonisation correspondaient plus particulièrement certaines causes d'emprisonnement, donc de renouvellement de cette main d'œuvre qu'explique aussi la courte durée d'incarcération: une à deux semaines théoriquement. S'il y avait pour ainsi dire des causes classiques d'emprisonnement qui se retrouvent aux différentes phases de la colonisation, refus de payer l'impôt et les amendes, d'exécuter les prestations en nature, voire tout simplement négligence manifestée dans ces paiements ou dans l'exécution de ces prestations, on peut cependant dégager des causes particulières liées aux circonstances du moment. Ainsi pendant la période de la conquête, l'internement et le séquestre étaient ordonnés pour faits d'insurrection contre l'autorité de la France, de troubles politiques graves ou de manœuvres susceptibles de compromettre la sécurité publique et ne tombant pas sous l'application des lois pénales ordinaires. Dans ces cas le décret du 21 novembre 1904 prévoyait dans son article 3 qu'il pourra être imposé aux villages sur les territoires desquels les faits se seront produits, et aux collectivités dont les membres y auront participé, une contribution spéciale destinée à assurer à l'Administration les moyens de réprimer les désordres et d'en prévenir le retour. Après la phase de conquête, d'autres motifs interviennent comme le délit de vagabondage ou le départ sans autorisation d'une circonscription administrative dans le but de se soustraire au paiement de l'impôt ou à l'exécution d'une décision de justice, les cas d'irrespect ou de propos offensants vis-à-vis d'un représentant ou d'un agent de l'autorité, sans omettre les «discours et propos tenus en public dans le but d'affaiblir le respect dû à l'autorité française ou à ses fonctionnaires (et les) chants proférés dans les mêmes conditions... »6. L'arrêté du 14 septembre 1907 énumère en effet dans le détail toutes les infractions spéciales aux indigènes pouvant conduire à l'emprisonnement, les infractions les plus sérieuses comme les plus futiles. Ainsi par exemple les coups de feu tirés sans autorisation à moins 292

de 500 mètres de toute agglomération européenne. Tam-tam ou autres réjouissances bruyantes au-delà de l'heure fixée par l'autorité.. . Un arrêté du gouverneur général en date du 27 janvier 1927 donnait toute latitude aux gouverneurs d'organiser et d'appliquer la cession de la main d'œuvre pénale. Intervenant après le décret du 22 octobre 1925 organisant le travail indigène en A.O.F., il visait à mieux organiser le marché du travail mais surtout à la réglementer pour éviter les abus auxquels son emploi avait donné lieu jusque là. Mais c'est après 1930 suite à l'adoption de la Convention de Genève et surtout après l'adhésion de la France à cette Convention en 1937 qu'intervinrent des mesures libérales puisque les arrêtés des 28 octobre 1932 et 28 septembre 1938 précisaient les catégories de condamnés astreints au travail obligatoire. Il s'agissait des condamnés de droit commun, des condamnés des conseils de guerre purgeant leur peine dans les prisons administratives et enfin des indigènes punis disciplinairement. L'arrêté du 28 septembre 1938 supprimait, en outre, la cession de la main d'œuvre pénale aux exploitations privées, la réservant aux services et aux chantiers publics où elle avait plus de chance d'être traitée humainement,

du moins l'espérait-on.
3-2 Les recrutés administratifs

.

La multiplication des routes carrossables à partir de 1923 et surtout le transport par le chemin de fer du matériel de l'Administration permirent de libérer quelque peu une partie des travailleurs initialement requis pour le transport administratif et de les affecter à d'autres secteurs d'activité économique plus rentable pour la colonie: railway, wharf et autres services. En effet, quand on sait qu'un « camion d'une tonne dans une journée de 6-7 heures de marche fera 75 kilomètres environ, soit trois étapes et portera en moyenne 35 charges» alors qu'il aurait «fallu un groupe de 35 porteurs marchant pendant trois jours pour accomplir le même travail et avec un retard de 3 jours dans le transport »2,on mesure l'importance de la main d'œuvre que libère ainsi la limitation progressive du portage à tête d'homme et le gain pour la colonie en force de travail. Le portage administratif ne se poursuivit pas moins, servant à transporter, là où le besoin se faisait sentir le personnel administratif, c'est-à-dire les administrateurs, les fonctionnaires africains et leur famille, mais aussi les chefs de canton, voire les garde-cercles et les auxiliaires indigènes. Les derniers cités ont laissé de tristes souvenirs à leurs compatriotes qui se souviénnent encore des traitements particulièrement pénibles que subissaient les porteurs. 293

En 1920 les besoins de l'Administration en manœuvres étaient évalués à 2 000 hommes, huit années plus tard ils étaient passés à 9 200 soit une augmentation de 21,73 %. En retranchant 4% représentant la proportion des travailleurs affectés aux travaux des centres administratifs (portage, entretien et travaux divers), la différence représentait en moyenne 8 000 hommes par an et correspondait aux travailleurs dirigés sur le railway, le wharf ou sur les autres chantiers publics. Sur cet effectif moyen, 10 % environ constituaient le lot des manutentionnaires et travailleurs de force du wharf de Grand-Bassam où ils étaient employés à pousser les wagonnets sur les rails Décauville dans les rues de la ville avec toute la gêne qui pouvait en résulter pour la circulation. Quant aux autres recrutés administratifs, ils étaient affectés aux travaux publics, au railway ou au service forestier qui prend une grande importance à partir de 1925 avec la fourniture du bois de chauffe au chemin de fer qui lui était alors confiée; mais ils pouvaient aussi être cédés par l'Administration à des particuliers qu'elle aidait, par ailleurs, à recruter leur main d'œuvre comme on le verra. La multiplication des entreprises coloniales à partir de 1923 de même que la mise en œuvre d'une politique de promotion d'une agriculture spéculative allaient avoir pour conséquence une augmentation de la demande en main d'œuvre et avec elle une accentuation de la responsabilité de l'Administration. En effet face à la double exigence de concilier la protection des indigènes dont elle avait la charge morale et la nécessité d'aider au développement des entreprises coloniales, l'Administration eut à privilégier l'une ou l'autre exigence en fonction des impératifs du moment. Toute la difficulté résidait dans la recherche et le maintien d'un équilibre entre ces deux exigences qui n'étaient pas, au fond, incompatibles encore moins contradictoires. Durant la période d'expansion économique l'Administration privilégia la prospérité des entreprises coloniales après pourtant s'être montrée, au sortir de la guerre, particulièrement pointilleuse ,dans la

confection et la conclusion des contrats de travail. Ainsi la Palmhuil se
vit-elle refusée en août 1919 le visa d'un projet de contrat avec des grimpeurs de Soubré, refus motivé par l'adjonction de dispositions jugées Bureau chargé des questions de la main d'œuvre. inacceptables par le 3ème Elle rappelle, à l'occasion, que «seul le recrutement de travailleurs volontairement et librement consentant »7peut être pratiqué, ainsi que le stipule en termes formels l'arrêté du 23 août 1912 qui sanctionne de pénalités sévères la violation de ce principe. Par ailleurs instruite par les «constatations lamentables» faites par l'inspection mobile, l'Administratio'n se montre, ainsi que le confinne 294

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Bureau, «fermement décidée à garantir, aux d'ailleurs le chef du 3èn1e travailleurs par tous les moyens de contrôle qui sont en son pouvoir, l'exécution stricte et sincère des clauses qui lient vis-à-vis d'eux les exploitants, à leur assurer le bénéfice d'un traitement convenable et humain »8.
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morale où ils se trouvent de ne donner leur avis aux contrats présentés que si réellement les hommes qui y sont désignés, sont en âge et en état de robustesse suffisant pour s'adonner au travail pénible qui sera exigé d'eux en forêt» et invite à « un examen médical des indigènes recrutés toutes les fois que la présence d'un médecin la rendra possible ». Mais cette même Administration parce qu'elle ne dispose « d'aucune sanction (lui) permettant de contraindre l'indigène au travail, même dans son village, même dans son champ, même à son profit et pour son bien» conseille à ses agents d'intervenir à titre de conseil auprès des indigènes et de leurs chefs lorsque le concours de leur main d'œuvre est sollicitée par des particuliers, et d'exercer sur eux une pression morale pour les engager à contracter si eux agents reconnaissent que « leur propre intérêt (celui des indigènes s'entend) et l'intérêt général de la colonie y trouvent à la fois leur compte »8. Laissant ainsi à ses agents toute latitude dans l'examen et l'appréciation des contrats, on peut dire, sans préjuger de leur compétence ou de leur sens moral, que là se trouvait la faille car en dehors de l'arrêté forestier du 23 août 1912, applicable en principe à la seule main d'œuvre destinée aux entreprises forestières, il n'existait aucune réglementation d'ensemble hormis quelques textes, arrêtés ou circulaires. Ainsi au lieu de textes réglementaires et précis à appliquer, on s'en remettait, au bon sens de l'administrateur. Lorsque par la suite, et le développement de l'esprit de lucre aidant, les entreprises coloniales, voulurent rentabiliser au plus vite leurs investissements, le bon sens commanda d'agir autrement! Les administrateurs étaient appelés dès lors à ne pas perdre « de vue que la colonie a un intérêt majeur à ce que les difficultés de recrutement de la main d'œuvre n'arrêtent pas l'essor des industries locales, de l'industrie forestière notamment, facteur puissant de sa prospérité économique générale, élément de richesse utile au premier chef aux besoins de la reconstruction nationale »9. Mieux lorsqu'ils s'avisaient comme ce nouveau chef de subdivision Oval, de critiquer, écœuré, le travail forcé, ils étaient très vite invités à «se montrer mieux avertis sur cette importante question »9.Que conclure alors, lorsqu'un chef de colonie, fût295

Ainsi appelle-t-elle l'attention de ses agents sur «l'obligation

il intérimaire, se voit remercier pour ce même motif sous la pression de la Chambre de CommercelO? On était dès lors suffisamment éclairé sur la position de la Chambre de Commerce en la matière. Pour elle, refuser le travail forcé c'était méconnaître systématiquement l'intérêt général bien compris de la colonie, intérêt, au demeurant, confondu avec la prospérité des entreprises coloniales, car d'elles dépendaient les « sommes importantes» laissées à la colonie sous forme de salaires versés aux manœuvres, d'achat de couvertures et d'outillage forestiers achetés aux maisons de commerce, de droits de douane et de wharf et des frais de recrutement acquis au budget local, bref « une somme qui doit évoluer

entre 15 et 18 millions de francs» Il.
Lapalud ne dit rien d'autre, lorsqu'il écrit à propos de l'affaire aval que « si chaque commandement de cercle, de subdivision raisonnait aussi sommairement que Monsieur Oval, les exploitations forestières ou agricoles de la Côte d'Ivoire seraient aussitôt arrêtées. Or à la prospérité de ces entreprises est liée étroitement la prospérité de la colonie. Les recettes domaniales et forestières qu'elles procurent au budget local contribuent, pour une large part, à assurer son équilibre. Celui-ci se trouverait compromis dans la mesure où le seraient les sociétés qui l'alimentent. La faillite des entreprises forestières auraient une répercussion immédiate sur l'avenir économique du pays qui se trouverait aussitôt sérieusement entravé »9. C'est précisément contre cette relation faite systématiquement entre les intérêts des milieux d'affaires et ceux de la colonie que s'inscrira, comme on le verra, l'action du Syndicat agricole africain créé en 1944. Au moment de l'Affaire Brunot en 1924, la toute puissante Chambre de Commerce tirait argument de la présence de plus en plus importante d'entreprises coloniales (agricoles, commerciales et forestières), toutes grandes consommatrices de main d'œuvre. En effet, avec leur accroissement durant la période d'expansion économique qui suit la guerre, les besoins en main d'œuvre vont s'en trouver accrus, enregistrant notamment une progression annuelle de 30 % entre 1921 et 1929.

B-

La multiplication des entreprises commerciales et industrielles

Au lendemain de la guerre mais surtout à partir de 1923, les entreprises coloniales aussi bien forestières, agricoles, commerciales qu'industrielles commencent à s'implanter de plus en plus dans la colonie. 296

Ce mouvement limité en ce qui concerne les entreprises industrielles, est beaucoup plus important, en revanche, pour l'industrie forestière d'où sont pratiquement éliminés les exploitants forestiers africains à la veille de la crise économique de 1930. En effet, titulaires de 37 des 337 chantiers d'exploitations forestières dénombrés en 1923, soit Il % de ce total contre 54 % en 1910, ils n'en détenaient plus que quelques uns en 1929. 1Les entreprises commerciales et industrielles Les entreprises industrielles étaient, avant la guerre, en nombre fort limité et implantées essentiellement dans le Sud-Ouest avec l'huilerie de Drewin, le Centre avec l'égreneuse de Bouaké, et dans le Sud, la briqueterie (des Pères des Missions de Lyon) et la scierie de la S.C.A.F toutes deux implantées à Moossou près de Bassam. Après la guerre mais surtout après la crise de 1921-1922, ce mouvement va se poursuivre avec l'implantation de nouvelles unités ou l'agrandissement de celles existant déjà. On enregistre ainsi la construction de nouvelles briqueteries à Aboisso et à Dabou, la création de petites unités de transformation, distilleries d'essences à parfum à Tiassalé et à Dabakala. Beaucoup plus important, par contre, est le mouvement qui affecte la transformation du coton brut. Plusieurs usines d'égrenage sont construites à Korhogo (deux égreneuses de 60 scies et une presse avec moteur de 25 eV) en 1923-1924, à Séguéla en 1926 et à Dimbokro en 1928. L'usine d'égrenage de Bouaké qui traite le coton du Baoulé Nord mais aussi de la région de Katiola voire de Korhogo et Séguéla-Mankono, s'enrichit de deux égreneuses Dobson de 70 scies et d'une presse actionnée par un moteur de 40 CV. A partir de 1926, plusieurs égreneuses à main et des presses à bras sont installées en divers endroits de la colonie à Odiénné, à Bondoukou, à Dabakala, à Mankono, à Touba, à Bouaflé,.à Vavoua et à Zuénoula en 1927. A côté de ces unités de transformation, il faut signaler la création de nouvelles scieries telles la Compagnie Forestière Equatoriale (dans la région d'Adzopé) et la scierie de la C.A.C.I. (Compagnie Agricole de la Côte d'Ivoire) de Badikaha, mais aussi d'huileries comme celles appartenant à la société des Plantations et Huileries de Bingerville. Toutes ces unités industrielles disposaient d'un personnel relativement faible (10 à 50 ouvriers) à l'exception de l'entreprise minière de Kokumbo qui occupait, au moment de sa fermeture en 1930, plus de 600 ouvriers dont 500 employés aux travaux d'extraction. Quant aux Huileries de Drewin, on y employait encore à la veille de la crise une centaine d'ouvriers quand se relayaient. à l'usine d'égrenage de Bouaké 297

deux équipes d'ouvriers travaillant quatorze heures chacune par jour avec 180 broches et 5 métiers à tisser. Ainsi en tenant compte de l'ensemble de ces «unités industrielles », c'est une main d'œuvre assez importante qui s'y trouve engagée même si à l'époque, l'activité industrielle en tant que telle est loin de se rapprocher de celle de la métropole. Elle n'en suscitait pas moins des inquiétudes, si on en croit les « apaisements» que croit devoir donner le gouverneur Lapalud à propos de l'usine de Gonfreville. « L'usine de Gonfreville, écrit-il, ne saurait concurrencer nos filatures de la métropole ni diminuer les quantités disponibles pour l'exportation. En effet, organisée uniquement pour produire des tissus et pagnes du pays, elle peut et doit utiliser les cotons de basse qualité qui seront rebutés à la sortie de la colonie (...). L'usine de Gonfreville répond dès maintenant aux desiderata ( ...) de Monsieur le gouverneur général (à savoir) entrevoir un modus vivendi qui permettra au tissage mécanique de se développer dans le pays sans compromettre les intérêts prépondérants de la métropole »12. En revanche peu suspectes de «compromettre les intérêts prépondérants de la métropole», les entreprises commerciales firent l'objet d'une constante sollicitude de la part de l'Administration au point même qu'en 1925, le représentant des exploitants forestiers éleva une vive protestation contre l'inégalité pratiquée par l'Administration dans la répartition de la main d'œuvre. « Je réclame, écrivait-il alors au président de la Chambre de Commerce, l'égalité pour tous (...) je ne récrimine pas contre les facilités dont jouissent les exploitations administratives et commerciales. Je ne désire ni faire moisir le cacao, ni arrêter le wharf ou le chemin de fer. Les exploitants forestiers ne demandent la mort ou la ruine de personne. Ils demandent seulement à exercer leur droit de vivre.

N'est-ce pas légitime» 12 ?
Nous devons à Kipré Pierre de nombreuses informations sur les entreprises commerciales qui se créent à cette époque dans la colonie. Il ressort, en effet, des travaux de ce chercheur que sur 237 entreprises immatriculées à Grand-Bassam entre 1898 et 1930, 83 % ont été fondées entre 1920 et 1930: 16,9 % des entreprises datent de la période 1920-1925, 66 % de 1925-1930 dont 43 % pour les seules années 1927-1929. Dans le même temps l'accroissement du nombre des électeurs de la Chambre de Commerce pendant la période traduit également cette tendance puisque de 164 électeurs au lendemain de la guerre ils étaient 413 en 1929 dont 8,5 % à Abidjan, 7,5 % à Bassam, le reste étant disséminé dans la coloniel3. 298

Par ailleurs, la reprise des investissements à partir de 1923 traduit l'euphorie retrouvée après la crise de 1921-1922 que la colonie aura cependant «traversé sans à-coup... et cela tout en permettant l'accroissement de (son) avoir et en poursuivant avec prudence mais ténacité le programme de développement économique basé sur l'extension des cultures vivrières et industrielles et sur l'ouverture de routes automobilisables partout où l'accroissement de la production le
nécessitait})
14.

Mais si l'ouverture des routes et la mise en circulation des automobiles avaient entre autres conséquences de limiter le portage, cela ne concernait en fait que la main d'œuvre utilisée par les grandes maisons de commerce dont seules les demandes régressaient, passant de 13 % en 1923, à 7 % en 1924 pour ne plus plafonner qu'à 2 % en 1928 de l'ensemble des 25 .800 manœuvres recrutéslS pour le compte de toutes les entreprises privées quand, dans le même temps, celles des commerçants indépendants s'accroissaient. En d'autres termes les porteurs que libérait l'automobile étaient récupérés par les commerçants indépendants dont le nombre en constante augmentation explique le nombre particulièrement élevé de manœuvres employés à porter produits et marchandises. On en dénombrait 4 000 environ en 1928. En retranchant ce chiffre de l'ensemble des manœuvres recrutés pour le compte de toutes les entreprises privées, on obtient la part de la main d'œuvre qu'occupaient les entreprises agricoles et forestières, soit près de 20 000 travailleurs. Ce chiffre correspond aux différentes estimations de la direction des affaires économiques de la colonie16. C'est dire que les entreprises agricoles et forestières demeurent les principales utilisatrices de la main d'œuvre recrutée avec l'aide de l' Administration.

2-

Les entreprises agricoles et forestières

Les besoins métropolitains au lendemain de la guerre mais aussi les aléas de l'économie coloniale avait conduit l'Administration non seulement à accroître la production mais à la diversifier de manière à la faire reposer sur des bases plus sûres. En effet la crise économique qui avait affecté les produits de cueillette n'avait que trop signalé la fragilité d'une économie reposant essentiellement sur les seules produits de cueillette ou sub-spontanés. Il fallait à travers le développement des cultures de plantation s'assurer une production régulière et croissante.

299

A la veille de la guerre les produits de culture représentaient seulement 1 % des exportations de la colonie; en 1925 ils atteignaient 5,5 % pour se situer en 1930 autour de 17% des tonnages exportésls. Cette progression due essentiellement aux plantations africaines pour l'essentiel localisées dans l'lndénié, le N'zi Comoé, le Sanwi, le Bas Cavally, le Bas Sassandra et le Baoulé méridional, attire bientôt l'attention des Européens qui désireux de placer des capitaux outre-mer déploient de grands efforts entre 1926 et 193017. Entre ces deux dates, en effet, on assiste à la création de plusieurs plantations individ~elles de 50, 100 voire 200 hectares et d'une douzaine de grandes plantations de cacaoyers, de caféiers et de palmeraies, telles celles de Baudez, de Drevet, de la S.P.A.O. (Société des Plantations de l'Afrique occidentale) ou de la S.P.R.O.A (Société des Plantations réunies de l'Ouest Africain) au capital de 38 000 000 de francs en 1937 et dont l'action s'exerçait aussi bien en A.O.F. qu'en A.E.F., au Congo et au Gabon. Mais si les plantations européennes ne dépassaient guère durant la période 10 000 hectares, elles consommaient près de 80 % de la main d' œuvre. Ceci sans doute en raison de la mission de «pionnier» qui lui était assignée comme le confirmait encore en 1937, au Conseil de Gouvernement de Dakar, le gouverneur général De Coppet lorsqu'il déclarait: «aucun antagonisme, ni rivalité ne saurait exister entre les colonisations européennes et indigènes. Elles sont, au contraire, étroitement associées et complémentaires. A la colonisation européenne revient l'honneur d'ouvrir la voie, de mettre en œuvre un outillage perfectionné et des méthodes modernes de cultures. La colonisation indigène, colonisation de masse, vient ensuite. La colonisation européenne représente la qualité, la colonisation indigène la quantité. Les deux peuvent et doivent former un tout harmonieux »18. Toujours était-il qu'en affectant à la seule colonisation européenne 80 % de la main d'œuvre, on introduisait une profonde discrimination qui pénalisait tout aussi bien les producteurs africains qu'elle gênait l'ensemble de la production agricole de la colonie car l'importante main d'œuvre qui était ainsi consacrée aux exploitations européennes et utilisées à produire à peine 1/5 des produits de plantations représentait autant de force de travail retirée à la production en général et à celle des cultures vivrières en particulier. Se partageant avec les exploitations agricoles l'essentiel de la main d'œuvre les exploitations forestières occupaient en permanence environ 15 000 hommes dont la présence sur les chantiers, estimaient les exploitants forestiers, ne pouvait aucunement gêner la production 300

vivrière. D'ailleurs la place occupée par l'industrie forestière dans le commerce de la colonie ne justifiait-elle pas, aux yeux des colons, qu'on lui ~ccorde toute l'attention requise et notamment qu'on lui assure la main d' œuvre dont elle avait besoin? Cette situation appelait donc la mise en œuvre d'une politique rationnelle de la main d'œuvre aussi bien au niveau de la colonie qu'à celui de l'Ouest africain. 11L'organisation d'un marché du travail

Les difficultés de recrutement de la main d'œuvre et particulièrement celle destinée aux exploitations forestières avaient amené les pouvoirs publics et les milieux d'affaires à confronter leurs points de vue afin de dégager les solutions que requérait la situation. Si les pouvoirs publics et les milieux d'affaires se rejoignaient dans une commune constatation de la rareté de la main d' œuvre, ils se séparaient, en revanche, quand il s'agissait d'en apprécier l'ampleur et les causes, et de proposer les solutions les plus adéquates pour faire face à ces difficultés. Pour les milieux d'affaires et notamment les exploitants forestiers, on ne saurait parler de crise de la main d'œuvre lorsque les besoins globaux des entreprises coloniales ne représentent que 1 % de la population totale de la colonie car en évaluant à près de 400 000 le nombre des adultes de 18 à 40 ans, c'est-à-dire la frange des personnes susceptibles d'être recrutées comme manœuvres, c'est à peine 3 % de ce chiffre soit 15 000 personnes environ qu'il faudrait pour le fonctionnement de toutes les exploitations forestières. Dans ces conditions plutôt que de parler de crise de la main d'œuvre c'est au contraire, estimaient les milieux d'affaires coloniaux, l'inexistence d'une organisation rationnelle du travail qu'il fallait déplorer. En effet une telle structure aurait pu, par une action efficace de recensement des besoins des entreprises et des possibilités de recrutement des différentes régions, contribuer à organiser progressivement le marché du travail. Comment, à défaut d'un «prolétariat prêt à se consacrer au développement des entreprises européennes »19, instaurer une organisation de la production qui puisse assurer la rentabilité des entreprises coloniales? Comment générer cette «spontanéité» de l'offre de travail qui une fois amorcée permettrait la mise en valeur de la colonie? C'était en ces termes, en effet, que se posait le problème de la main d'œuvre. 301

Les coloniaux crurent trouver la solution d'abord dans la contrainte directe et l'application de sanctions sévères tant ils étaient et demeuraient convaincus qu'en tant que «mineur », l'Africain ne pouvait avoir «le libre exercice de sa volonté» ; mieux «on ne consulte pas un mineur, affirmaient-ils, pour savoir s'il veut manger sa soupe et plus tard aller à l'école, au lycée ou à l'usine pour l'apprentissage. On le commande et si la persuasion ne suffit pas, les gifles pleuvent. Par ces procédés qui sont en pratique dans les sociétés les mieux policées et les plus civilisées, l'enfant acquiert avec les connaissances indispensables, le sentiment de ses responsabilités; il devient un homme, conscient et réfléchi et en même temps qu'il apprend que le «travail forcé est une des formes du servage », il sait que celui qui ne travaille pas devient un parasite, une épave, ou crève de misère »12.Ils crurent, par la suite, la trouver dans une réglementation du travail indigène qui devait assurer en même temps que « la liberté du travail », de bons traitements, des salaires élevés, toutes choses dont on espérait le développement du salariat, la panacée de l'exploitation coloniale. ALa réglementation 1925 du travail indigène avant

«A-t-on le droit d'accorder des concessions, de faire engager des sommes considérables dans des entreprises coloniales, et de ne pas leur assurer, par ailleurs, les possibilités de leur succès »12? Telle est la question que se posaient les milieux coloniaux. Le problème ainsi posé, celui du succès des entreprises coloniales auquel était par ailleurs lié l'avenir économique de la colonie, appelait de la part de l'Administration, la recherche de solutions à plus ou moins longue échéance. En d'autres termes, la question qui se posait était de savoir comment constituer, au profit des entreprises coloniales, la force de travail dont elles avaient besoin? Situation d'autant plus délicate, au sortir de la guerre que la colonie qui en avait subi les effets avait déjà dû répondre à l'effort d'e guerre imposé par la métropole et faire face aux impératifs de la reconstruction. Ainsi la Côte d'Ivoire, faiblement peuplée s'ouvrait à la grande colonisation agricole européenne à un moment où l'insuffisance de la main d'œuvre nécessaire à la mise en valeur venait de s'accentuer du fait de la «reprise» mais surtout depuis que beaucoup d'Africains s'étaient mis, d'abord sous la pression puis sur les conseils de l'Administration, à la culture du cacao, du riz, à l'exploitation du caoutchouc, du palmier à 302

huile et du colatier, plus rémunérateurs pour eux que les salaires versés sur les chantiers. Soucieuse de J'approvisionnement des entreprises coloniales, l'Administration élabore des textes dont elle espère trouver la solution de la pénurie de la main d' œuvre. Avant 1925, la réglementation du travail indigène restait dominée par les dispositions du titre III de l'arrêté forestier du 23 août 1912 dont s'inspiraient les entreprises dans la confection de leurs contrats avec les indigènes. En principe conçue pour les exploitations forestières, cette réglementation n'en constituait pas moins une référence pour tous les contrat,s de l'époque. Des aménagements successifs dictés par le 3ème Bureau contribuèrent à améliorer le recrutement de la main d'œuvre.
1-

Les différentes modalités de recrutement main d' œuvre

de la

Le recrutement de la main d'œuvre se passait selon deux modalités, suivant qu'elle était destinée aux services publics administratifs ou aux entreprises privées. 1-1 Manœuvres recrutés pour l'Administration

Il s'agissait dans ce cas d'un recrutement d'office et c'était au chef de subdivision, qu'il appartenait de trouver les hommes demandés. Ces derniers se répartissaient la charge au prorata des prestataires et instituaient un roulement entre les villages. Destinés au wharf ou aux chantiers du chemin de fer, ces travailleurs dont le nombre variait selon l'importance de la population des zones de recrutement et la nature des travaux, n'étaient pas liés par des contrats particuliers. Qu'en était-il des manœuvres destinés aux entreprises privées? 1-2 Manœuvres recrutés entreprises privées pour le compte des

Deux modes de recrutement ont été employés: le recrutement privé et le recrutement administratif.

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Le recrutement privé s'effectuait lui-même selon trois modalités: le contrat avec la collectivité, les contrats individuels et l'embauche des travailleurs sur les chantiers mêmes. Ainsi une entreprise ayant été autorisée à recruter un nombre déterminé d'hommes, délègue un agent européen pour procéder en personne et sur place, dans les régions que lui indique l'administrateur, à l'enrôlement des manœuvres. Ceci se passe en général sans intervention administrative directe. En fait, le recruteur s'adjoint comme auxiliaires des interprètes ou des représentants qui, moyennant rétribution, lui servent d'indicateurs. Ces derniers agissent de façon très efficace sur les chefs de canton et les chefs de village en les intéressant pécuniairement à l'opération. Dans le cas du contrat avec la collectivité, l'opération de recrutement portait sur la fourniture d'un nombre déterminé de manœuvres destinés le plus souvent au tirage de billes. Après accord avec les manœuvres, l'engagiste était tenu de verser un acompte d'un montant variable. Par contre, la seconde modalité dite contrat individuel, présentait pour le manœuvre l'avantage de tenir compte de son choix. Il était personnellement sollicité et débattait directement avec l' engagiste des conditions d'engagement. L'accord, une fois conclu, un contrat était passé au poste voisin. La troisième modalité, l'embauche des travailleurs sur les chantiers même, se passait de la façon la plus simple. Les contrats étaient encore passés dans ce cas mais ils n'étaient ni notifiés à l'Administration, ni contrôlés par elle, ce qui bien évidemment était source de difficultés en cas de contestation de l'une ou l'autre des parties. Compte tenu des mauvais traitements dont les recrutés étaient l'objet, les indigènes répugnaient de plus en plus à s'engager et alors l'intervention de l'Administration se faisait plus active et plus directe. Dans le cas du recrutement administratif dit encore recrutement obligatoire, l'administrateur procédait directement par le soin de ses agents puis répartissait ensuite les recrues aux différents solliciteurs. Une gratification était accordée aux chefs de village qui répondaient ainsi de la présence des manœuvres sur les chantiers. Cette gratification était de 2 francs par homme pour un engagement d'un mois et de 5 francs lorsque l'engagement excédait un mois. La forme de recrutement la plus couramment pratiquée était le recrutement administratif parce que, en définitive, plus simple et plus avantageux pour les entreprises qui étaient ainsi assurées de trouver la main d'œuvre nécessaire. La question étant de la conserver sur les 304

chantiers. Or elles ne pouvaient le faire que pour autan.tque les clauses des contrats « librement débattus» et visés par l'Administration étaient respectées. Quelle en était la teneur?

2-

Les dispositions générales des contrats

Qu'il s'agisse de recrutements administratifs ou privés, les contrats passés devaient s'inspirer des dispositions de la réglementation en vigueur, c'est-à-dire l'arrêté forestier du 23 août 1912. Enregistrés devant l'administrateur qui leur accordait son visa et donc sa caution morale, ils liaient les parties contractantes qui devaient en cas de litige se référer au Tribunal de Bassam. Quelles en étaient les principales clauses? Elles concernaient aussi bien la durée du séjour sur les chantiers, le nombre de jours de travail effectif, le salaire que les conditions sanitaires, les indemnités de route ou de décès, la procédure de règlement des différends. Conclu pour une période de six mois, les contrats devaient nécessairement comporter une déclaration écrite adressée à l'administrateur constatant l'arrivée des manœuvres sur les chantiers où ils étaient astreints à travailler six jours par semaine à raison de 10 heures par jour. Jusqu'en mai 1924, le salaire des manœuvres variait de 1,25 franc à 1,50 franc par jour et par homme pour les manœuvres et de 2 à 2,50 francs pour les contremaîtres. Ces taux ont été portés respectivement de 1,75 à 2 francs pour les manœuvres et de 2,50 à 3 francs pour les contremaîtres en application de l'article 4 de l'arrêté du 9 avril 1924 fixant les salaires et la ration qui doivent être alloués aux manœuvres des services publics et qui fait obligation aux employeurs privés de s'engager, dans leurs contrats, à allouer à leurs manœuvres le minimum prévu. La ration alimentaire fait l'objet des précisions suivantes: 600 grammes de riz ou en remplacement, 1,200 kilogrammes de milou de maïs, 2,500 kilogrammes d'ignames, de bananes ou de manioc, 15 grammes de sel et 40 grammes de matières grasses. S'ajoute à ces éléments, la fourniture deux fois par semaine de 200 grammes d'huile de
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palme, de poisson fumé ou de viande fraîche.
Quant aux conditions sanitaires et d'hygiène, il y a lieu de préciser que les campements étaient construits par les manœuvres' euxmêmes qui recevaient une couverture pour la durée de leur engagement. Les soins médicaux étaient donnés gratuitement et il était conseillé, sans que cela soit encore une obligation, de faire subir une visite médicale aux 305

manœuvres avant leur mise en route sur les chantiers. La réglementation prévoyait d'ailleurs une compensation de 500 francs représentant le montant de l'indemnité de décès payés aux familles. Les salaires payés en principe intégralement pouvaient cependant, dans certaines conditions, subir des retenues en cas de maladies ou d'absences par exemple. Manœuvres et employeurs s'engageaient à remplir les obligations fixées par les articles 43 à 50 de l'arrêté du 23 août 1912, mais seuls les préjudices causés à l'employeur étaient, en fait, sanctionnés comme le stipulait de façon expresse le texte. La nature du préjudice étant l'inobservation des clauses du contrat par l'absence non motivée (paragraphe F de l'article 45 de l'arrêté du 23 août 1912), l'insubordination, toute faute, mauvais vouloir, inexécution du travail prescrit, perte ou détérioration (autrement que par l'usure) d'outils ou d'objets appartenant à l'employeur. Tous ces préjudices donnaient également lieu à des retenues sur le salaire des manœuvres. conformément à l'article 26 du décret du 26 juin 1912. Le Tribunal de Bassam était en principe seul compétent pour connaître les litiges survenus à l'occasion des contrats de travail. Dans la

pratique, c'était le tribunal du 1er degré de la localité où avait été conclu
le contrat qui tranchait. Mais le plus souvent les parties s'en remettaient à l'arbitrage du commandant. En fait le recours au Tribunal était rare, les parties ayant chacune sa façon de se rendre justice. Ainsi face au non respect par l'employeur des clauses du contrat, le manœuvre lésé n'avait qu'une issue: l'abandon des chantiers et le refus de tout engagement ultérieur; quant à l'employeur lésé par la défection d'un manœuvre, il lui était loisible, avec l'aide de l'Administration (mais en violation de la réglementation) d'obtenir le remplacement du manœuvre défaillant ou de conserver les retenues constituées en vue du pécule. La conséquence de cet état de choses était la difficulté qu'éprouvaient les entreprises coloniales et plus particulièrement les entreprises forestières pour trouver la main d'œuvre. Phénomène général qu'illustrent des cas précis. Ainsi les Etablissements d'Hubert autorisés à 4ème recruter 300 manœuvres dans le cercle des Gouro au cours du trimestre de 1922 en trouvaient péniblement 226, quand dans le même temps la Société Donnefort n'obtenait, après 15 jours de présence de son agent dans le cercle, que la moitié des 300 manœuvres qu'elle aurait souhaité recruter. Dans le cercle de Bouaflé également les agents recruteurs n'obtenaient que le 1/3 des effectifs souhaités après plus d'un mois de prospection! 306

Pénurie ou résultat d'une mauvaise organisation, les difficultés de recrutement de la main d'œuvre appelaient une intervention décisive de l'Administration. Or Antonetti se contentait de rappeler les employeurs au respect de leurs engagements usant à peine du droit de contrôle reconnu en ces matières aux autorités administratives locales. Comptant plus sur la bonne volonté des employeurs que l'application des sanctions, il demeurait persuadé que «si l'indigène s'aperçoit que l'européen observe enfin les clauses du contrat signé, il acceptera les propositions qui lui seront faites, sachant que les promesses des agents recruteurs seront tenus sur les chantiers »20. Les différents rappels à l'ordre, de même que les appels au « bon sens» des employeurs étaient loin de constituer des solutions durables au problème de la main d'œuvre dont l'acuité avait conduit le ministère des Colonies à proposer une réflexion globale sur le travail indigène. Depuis 1921 en effet, le Bureau International du Travail, partant du constat que certaines formes de contraintes administratives pouvaient engendrer des situations proches de l'esclavage, avait entrepris des enquêtes et constitué une Commission temporaire de l'esclavage chargée d'étudier et de faire des recommandations. C'est ainsi que naquit progressivement l'idée d'une conventio~ internationale qui devait se concrétiser en 1930. C'est à l'évidence pour désarmer « l'intrusion étrangère» dans les affaires de l'Empire et trouver des arguments contre la mise en accusation de son système d'exploitation coloniale que la France élabora hâtivement une réglementation du travail indigène en 1925. B. Le décret du 22 octobre 1925 ou la réglementation du travail libre Fortement inspirée par les intérêts Cololliaux abusivenlent assimilés à ceux de la colonie et des Africains, la réglementation du travail mise sur pied par le décret du 22 octobre 1925 et complétée par les arrêtés généraux et locaux d'application, semblait, aux dires des autorités de la rue Oudinot, avoir été rédigée plus dans l'intérêt des employeurs que des travailleurs. Elle n'en constituait pas moins, en dépit de ses insuffisances et des graves critiques auxquelles elle a donné lieu, la première réglementation d'ensemble en A.O.F. et une étape importante, voire décisive de l'évolution qui, 27 années plus tard, devait conduire à l'élaboration du Code du Travail en 1952.

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1- Les circonstances de l'élaboration du décret du 22 'octobre 1925 L'élaboration du décret du 22 octobre 1925 donne lieu dans la colonie à une vive polémique entre la Chambre de Commerce et l'Administration locale, à l'époque, dirigée par les gouverneurs Antonetti d'abord puis Brunot. Dominée par les exploitants forestiers, la Chambre de Commerce s'oppose formellement à l'établissement d'une nouvelle réglementation qu'elle juge totalement inutile, en raison du «degré d'évolution» des populations pourvoyeuses de main d'œuvre d'une part, et d'autre part de l'existence de l'arrêté forestier du 23 août 1912. Elle souhaite que l'on s'en tienne, en ce qui concerne la colonie, à la réglementation déjà existante, c'est-à-dire, celle instaurée par le titre III du règlement forestier car pour elle une nouvelle réglementation du travail ne rendra pas la main d'œuvre «plus abondante, plus souple», pas plus qu'elle n'améliorera« la qualité des travailleurs ». Elle demande, en revanche, une application sévère des sanctions prévues dans les textes existants et suggère même que des pénalités soient prononcées, en ce qui concerne l'inexécution des contrats par les manœuvres, par les Tribunaux de cercles auxquels seraient adjoints un colon et un notable, membres d'une Commission du travail (à créer) et qui pourraient prononcer des jugements sans appel, comme la contrainte par corps. Cette Commission du Travail serait créée par arrêté du lieutenant-gouverneur dans les chefs-lieux de cercle comme Bassam, Assinie, Lahou, Abidjan, Agboville, Dimbokro et Bouaflé, c'est-à-dire' partout où l'importance des entreprises et l'affluence. des travailleurs

pouvaient en justifier l'existence.

Alors qu'Antonetti déclare partager les vues de la Chambre de Commerce en ce qui concerne notamment la contrainte par corps, le gouverneur Brunot par la circulaire du 18 janvier 1925 relative au recrutement de la main d'œuvre destinée aux « exploitations forestières, industrielles ou agricoles de la colonie» ne préconisait ni plus ni moins que le recours au recrutement volontaire. Son renvoi de la direction de la colonie à la suite des pressions exercées par la Chambre de Commerce signifiait le retour aux méthodes de contrainte en matière de recrutement de la main d'œuvre, et il n'est pas exagéré de penser que la réglementation du travail élaborée par les « experts» de la rue Oudinot n'ait été quelque peu influencée par la situation particulière de la colonie, zone d'attraction de certains capitaux privés coloniaux. Ainsi alors même qu'elle devait viser à protéger et à conserver la main d'œuvre, la réglementation du travail ne servit que de 308

couverture derrière laquelle les entreprises coloniales avec la bénédiction de l'Administration, c'est le constat de l'inspecteur Maret, se livrèrent à toutes sortes d'abus dans le souci évident de rentabiliser leurs investissements. 2Les dispositions du décret du 22 octobre .1925

Le décret du 22 octobre 1925 organisant le travail indigène pour l'ensemble de l'A.O.F. se présente en termes très généraux laissant au gouverneur général et aux lieutenants-gouverneurs le soin de prendre toutes les mesures nécessaires à leur application. Ces instructions furent complétées par un arrêté général du 29 mars 1926 et une série d'arrêtés locaux en date des 15 novembre 1926, 15 et 16 mars 1927. Au Sénégal l'arrêté d'application n'intervint que le 22 avril 1929. Faut-il y voir les résultats des pressions des groupements d'intérêts sénégalais? S~inspirant des formes métropolitaines, elle avait pour objet de donner « un aspect contractuel achevé aux relations du travail afin de permettre le développement des engagements salariaux et d'assurer le fonctionnement d'un marché libre »21.Le bilan de son application sur ce point fut négatif puisqu'elle ne contribua pas à instaurer le travail libre. 2-1 Le champ d'application de la réglementation Le champ d'application de la réglementation était des plus variables. Certaines dispositions s'appliquaient aux seuls travailleurs recrutés pour les entreprises commerciales, industrielles ou agricoles; d'autres au contraire concernaient toutes les catégories de travailleurs quelle que fut la forme de la convention qui régissait leur contrat; certaines encore s'appliquaient aux travailleurs fournis en exécution de contrats passés selon une procédure et dans une forme particulière; certaines enfin, s'appliquaient aux contrats qui avaient reçu le visa de l'Administration. Cette diversité était en elle-même source de confusion même si le rôle de l'Administration demeurait, comme par le passé, fondamental. En fait la réglementation n'était appliquée qu'aux travailleurs employés dans les entreprises et uniquement aux « recrutés », c'est...à-dire ceux qui avaient été engagés par l'Administration. Les ouvriers employés par les services publics en étaient exclus puisqu'on supposait que ces services offraient sur leurs chantiers toutes les garanties de santé et d'hygiène contrairement aux chantiers privés réputés pour le peu de cas qu'ils faisaient de .la réglementation et du respect de la personne humaine.
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