//img.uscri.be/pth/b314f6e9f67c50cbc87aec0b6e1db2288e0cf534
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Banyun l'identité comme garantie de survie

De
326 pages
L'auteur transporte le lecteur dans l'atmosphère du passé, en le faisant pénétrer quasiment à l'intérieur de la dynastie banyunaise, qu'il s'agisse de la généalogie des dynastes, des rites initiatiques ou des institutions traditionnelles, voire de la stratification et la mobilité sociales. Il fait découvrir l'histoire du peuple Nyun avec ses mythes, ses rites, son cortège invisible d'ancêtres, de sortilèges et de symboles.
Voir plus Voir moins

BANYUN

Tey LEUNKEU

BANYUN
L'identité comme garantie de survie

Histoire du peuple Nyun et de sa dynastie des origines à nos jours
(Tshô Ngo Nyun)

L ' Harmattan

CDL'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com di ffu sion. harmattan (a!wan ad 00. fr hanllattan 1(0wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-06271-9 EAN : 9782296062719

À mon grand- père TA MFEN YONDJEU À mon père MEN MAM MFÉN KAMTCHOUM KEBEUT AT qui m'ont transmis la conscience tranquille et la raison de croire À ma mère MAGNI NANA, qui a fait le lien et bien plus...

À la mémoire de TAGNI DJAMEN Samuel qui nous a ouvert tant de chemins...

Sommaire

AVANT-PROPOS INTR 0 DUCTI ON À VOTRE ATTENTI ON
G LO S S AIRE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Il 17 25
29

PREMIÈRE PARTIE PEUPLE ET ROYAUME BANYUN Chapitre I La conquête d'un espace vital Chapitre II Conquêtes, guerres et migrations Chapitre III De Nfenyun à Banyun ou la traversée du désert DEUXIÈME PARTIE L'ORGANISATION POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DEN GO NYUN Chapitre IV Les institutions traditionnelles Chapitre V Le roi, ses pouvoirs, son autorité Chapitre VI Les sociétés coutumières de la chefferie Chapitre VII Enterrements et funérailles Chapitre VIII Notion d'interdits Chapitre IX La justice traditionnelle Chapitre X Le totémisme Chapitre XI Stratification et mobilité sociales Chapitre XII Les titres nobiliaires Chapitre XIII Place des parents dans l'échelle sociale de leur progéniture Chapitre XIV L'assise territoriale du système social Chapitre XV Les principes traditionnels du droit foncier TROISIÈME PARTIE LES GENRES DE VIE TRADITIONNELS Chapitre XVI L'organisation de l'espace familial Chapitre XVII La vie agropastorale Chapitre XVIII L'industrie, le commerce et l'échange Chapitre XIX Art et artisanat Chapitre XX Sculpture architecturale et décorative Chapitre XXI Les réjouissances Chapitre XXII Les domaines forestiers

39 45 63 71

83 89 93 105 III 115 117 119 125 131 137 149 165

175 179 183 189 199 205 211 221

QUATRIEME PARTIE DE L'EXPLORATION A LA COLONISATION Chapitre XXIII Les origines de l'expansion coloniale Chapitre XXIV De l'hospitalité à la résistance Chapitre XXV Banyun pendant la colonisation CINQUIÈME PARTIE LA DISLOCATION DES ANNEES 60 Chapitre XXVI Le dépeuplement des villages CONCLUSION
BIB L lOG RAP HIE.

227 231 239 253

261 265 277

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 2 8 3

DOCUMENTS..... .. .. .. CARTES,GRAPHIQUESET PHOTOS

.. ......

.......... ......295 313

AVANT-PROPOS

Au XIe siècle, les souverains de Kanem, au nord des Grasslands, se convertissent à l'islam. Au XIVe, siècle Kanem est surplanté par Bornu ; établissement des grandes pistes commerciales. Entre 1400 et 1500, les Portugais explorent la région côtière d'Afrique. Entre 1501 et 1600, migration des peuplades Tikars vers l'ouest, dans le secteur des Grasslands. Débuts du commerce espagnol, hollandais et anglais vers 1601 : fondation du royaume Bamoun par Share Yen. 1701 - 1750: premiers palais dans les zones des Bamoun et des Grasslands. L'histoire de la mise en place des Grassfields donne l'image d'un glissement de populations, le plus souvent de clans ou d'une poignée d'hommes du nord vers l'ouest. Ce furent quelque-fois des invasions brutales, d'autres fois des conquêtes lentes qui ont duré plusieurs années. D'où viennent les Grassfields ? du pays Tikar, de Bamoun, du nord, répond la tradition. Leurs origines ne sont pas connues avec exactitude comme on peut constater. Les Grassfields absorbèrent quelques courants de populations venus les uns du sud-ouest et d'autres du sud-est. C'est à partir de ces régions qu'on peut tracer l'itinéraire des Grassfields vers leur séjour actuel sur les hauts plateaux de l'Ouest dénommés « Grassland» où « Savane camerounaise ». Les migrations Grassfields peuvent se résumer de la manière suivante: occupation par de petits groupes du haut Mbam et du pays Bamoun. Ils y créèrent les villages suivants: Bapi, Balong, Badeng et bien d'autres encore. La deuxième étape fut l'occupation des hauts plateaux actuels de l'Ouest en plusieurs vagues successives (on en dénombre cinq). La première serait celle du clan Baleng, suivi par les Badeng, les Bapi et le clan des Bafoussam; la troisième vague fut celle des gens de Bagam, Bamendou et Bansoa ; la quatrième vague, celle de Bafamgwa, semble avoir suivi un itinéraire encore obscur; la cinquième vague (la dernière) serait venue du sud- ouest et du sud-est. Chaque clan dut lutter contre les premiers occupants du terroir. C'est à partir de leur fixation définitive dans l'actuel pays Grassfields qu'on peut entreprendre une étude tant sur leur organisation politique

et sociale que sur l'importance de leur chefferie (royaume). C'est également à partir de ce moment qu'on peut dégager les grands traits de l'organisationpolitique et sociale des Grassfields. Un attachement presque religieux au sol nourricier, un même culte des ancêtres permettent de ne voir ici qu'une seule civilisation; les limites du terroir où seuls les membres du clan peuvent cultiver, ramasser les produits végétaux, sont fixées par un arbre, par un point d'eau, par une ligne de dunes, par des tranchées etc... ; la violation des frontières est la principale source de conflits intervillage ou interchefferies. Les sources principales de la connaissance du passé notamment avant l'arrivée des Européens sont les témoignages des personnes qui ont vécu ou entendu raconter les évenements. Ces témoignages nous sont connus soit par quelques textes écrits, soit par des récits transmis oralement de génération en génération. Les sources écrites sont peu nombreuses; la plupart ont pour auteurs: administrateurs des colonies, missionnaires, commerçants ou fonctionnaires. On sait que dans le domaine de la tradition orale il est souvent difficile de dater avec exactitude les témoignages recueillis par les voyageurs, les missionnaires et les ethnologues de profession, tant divergent les sources et les variantes. Les villages de la côte étaient connus vraisemblablement aux premiers contacts qui se sont produits à la faveur des expéditions maritimes engagées dès la fin du XVe siècle. Or voyageurs, explorateurs n'ont pénétré l'intérieur du Cameroun et atteint les pays Grassfields que vers la fin du XIXe siècle. Mais il n'en demeure pas moins que l'histoire des royaumes de l'Ouest peut être valablement étudiée à partir des sources orales. Nous disposons dans ce domaine d'un vaste corpus dont il sera intéressant d'examiner les textes, qui à nos yeux sont très sérieux, relevant pour la plupart de la tradition orale. En effet les groupes humains sont de nature très variée. On réserve généralement le terme de société à ceux qui sont profondément intégrés, c'est-à-dire à ceux dont les relations internes sont nombreuses et régularisées par des habitudes communes et des institutions. Ils se différencient les uns des autres par le type et le nombre des relations qu'ils entretiennent. Les limites de chaque société passent là où les rapports deviennent moins nombreux, plus sélectifs, lorsqu'ils se font selon des modèles différents. Les sociétés ont généralement une base territoriale, mais ce n'est pas une nécessité absolue. Il arrive souvent que plusieurs groupes humains se partagent 12

le même terroir et y sont en quelque sorte superposés. Dans le grand Nord du Cameroun, on voit ainsi s'imbriquer des groupes des Peuls nomades, qui ont des troupeaux, et des groupes d'agriculteurs le plus souvent sédentaires (Kirdi, Mandara, Toupouri etc...) de clans et de langues différentes. Une bonne partie de nos grandes villes offre une superposition analogue de cellules sociales différentes. La société est définie par des institutions, des comportements normalisés, des habitudes fixées dans la distribution des rôles et des statuts, tandis que la culture désigne l'ensemble des valeurs, des connaissances, des croyances et des opinions qui arment de manière consciente ou inconsciente toute société, justifie l'architecture de ses institutions, fixe les buts et les moyens de ceux qui jouent tel ou tel rôle dans le jeu social. La culture n'est pas faite seulement d'éléments conceptuels: elle est une somme de savoir- faire, car les connaissances générales, les croyances ou les valeurs sont liées à des techniques: elles les expliquent et, en même temps, se trouvent liées à leur développement. Structures sociales et systèmes de culture interviennent pour appeler telle ou telle forme de groupement, mais les modalités d'occupation de l'espace sont un premier thème de diversité. Elles sont directement liées aux formes d'activités et aux sources de revenu des populations intéressées; en effet le mode de vie et le système économique dépendent en grande partie du type géographique de la contrée, de la distribution des plantes et des animaux domestiques. Parmi les éléments d'inégalité entre cultures, il en est un autre qui suscite fréquemment des emprunts: c'est celui qui tient à la manière dont est organisé le pouvoir politique, dont il ordonne et maîtrise l'espace. Aux inégalités qui tiennent aux formes de la culture religieuse, de l'idéologie politique et de l'organisation administrative, il s'en ajoute d'autres, qui sont plus visibles, celles qui résultent de l'hétérogénéité des connaissances techniques. Parmi les régions du Cameroun qui se distinguent par leur individualisme culturel, l'une des plus originales est assurément le pays Grassfields : Ouest et Nord-Ouest. Les Grassfields sont connus tant pour leur vitalité économique que pour la vigueur de leur culture. Ils forment un peuple; il suffit pour s'en convaincre de considérer leur nombre, leur histoire, leur structure sociale et leur dynamisme. L'originalité du peuple Grassfield peut également se découvrir dans son organisation ancestrale. En effet, le fondement de la société Grassfield est la chefferie qui répond exactement aux conceptions de 13

la « cité antique» qui connote précisément la notion de micro - Etat
(royaumes, pays). La famille Grassfield qui travaille tour à tour les diverses fractions de son finage en ouvrant périodiquement de nouveaux terroirs à la culture de tubercules et de graines forme l'élément d'un peuplement par petits noyaux (clans) plus ou moins stables en villages séparés par des espaces plus ou moins vides. Ces royaumes se sont constitués en effet au cours d'une histoire qu'on ne peut reconstruire que pendant quelques siècles, mais qui en fait s'étend sur des millénaires et a abouti à la formation de communautés politiques où langues et coutumes se sont uniformisées. L'intérêt de l'étude sur un des royaumes Grassfields, n'est pas seulement une suite d'événements et de personnages célèbres (rois ou notables) ; c'est plutôt une civilisation à la mesure des chefferies, dont elle procède. L'organisation politique des Grassfields tranche singulièrement sur celle des peuples voisins. La forme d'organisation politique de ces derniers est la chefferie et la sous-chefferie; les sous-chefferies sont des chefferies conquises, mais qui ont conservé leurs dispositions anciennes. Des royaumes puissants s'étaient constitués avec des souverains d'origine diverse. A la suite de scissions, des migrations sous la conduite des membres de la famille royale auraient propagé la même civilisation de proche en proche. Les limites des royaumes ont, en fait, varié suivant les époques ou les souveraIns. Organisé partout sur le même principe, le gouvernement du royaume a à sa tête un conseil des ministres que préside le roi, le royaume étant lui-même divisé en sous- chefferies, quartiers et sousquartiers; chaque royaume a sa capitale (la chefferie), son gouvernement; le roi est théoriquement tout- puissant; en fait de nombreux interdits impliquent son caractère divin. D'une durée de neuf semaines, Lakam est la période d'initiation du futur roi à ses fonctions temporelles et spirituelles. Les rites magico- religieux et les enseignements socio- économiques constituent la base de sa formation. Les rois Grassfields se succèdent généralement selon la tradition de père en fils. De toute manière, la désignation du rois doit être approuvée par un conseil de sages (9 dignitaires) qui conseille le souverain dans ses décisions. La civilisation Grassfields est un ensemble de croyances religieus~s, d'organisations politiques et sociales et surtout de création artistique particulier au peuple du grand Ouest. 14

Les Grassfields ne sont pas un peuple particulier, ayant traits physiques déterminés, mais un ensemble de peuples qui parlent des langues de même origine et qui ont des traits communs de civilisation: spécialement la connaissance du travail du bois, du fer, de la poterie et du palmier raphia. Les habitants de chaque royaume (clan du roi) observent la coutume établie par les ancêtres que les parents appliquent et conservent. Les jeunes dans leurs associations apprennent progressivement les coutumes, les proverbes, ce qui est permis ou défendu, le sens des légendes ou des symboles qui rappellent l'origine du clan, des épisodes de la vie des ancêtres légendaires, le sens de l'organisation du villages et du monde. Les cérémonies d'initiation font passer les jeunes de la masse des enfants au rang des adultes. Les Grasfields pensent qu'au-delà de la mort les esprits des ancêtres veillent sur leurs descendants: des rites permettent aux vivants de communiquer avec les «invisibles» et aux « invisibles» de se manifester parmi les hommes. Le problème de la chefferie est par ailleurs commun au Cameroun de l' aprèsindépendance, mais il s'est posé à l'Ouest de manière plus grave à cause des troubles des années 60. Ce livre a le souci de se placer dans le contexte général de l'histoire du peuple Grassfield et d'éviter un particularisme trop étroit qui ferait obstacle à la compréhension même de la chefferie Banyun en particulier et Grassefield en général.

15

INTRODUCTION

L'histoire de l'humanité commence par d'immenses mouvements de populations: toutes les grandes civilisations de l'Asie mineure en ont connus, les invasions barbares ont marqué la fin de l'Empire romain. Les Européens eurent à se défendre bien souvent contre les hordes mongoles, puis contre les invasions arabes. En Afrique Centrale, la première moitié du XIXe siècle a été marquée par les conquêtes Foulbé (peul). Dès le XVIIe siècle, ceux-ci étaient arrivés par petits groupes dans le Nord du Cameroun, s'installant avec leurs troupeaux auprès des populations autochtones; devenus plus nombreux, ils avaient fini par se rendre maîtres des lieux créant de grandes chefferies ou Lamidats, à Rey-Bouba, Garoua etc. La fondation de l'Empire peul sur les débris des royaumes Haoussa eut ses prolongements dans cette région: certaines de ses populations adoptèrent plus ou moins complètement les coutumes "Peul"; d'autres résistèrent solidement retranchées dans des montagnes, tels les Matakam des monts Mandara; d'autres enfin se retirèrent poussant leurs voisins devant eux. C'est ainsi que les Baya et les Mandjia quittèrent l'Adamaoua pour gagner les régions plus sûres à l'est et au sud-est de la République Centrafricaine et du Cameroun; les Tikar descendirent vers le sud et le sud-ouest; ce serait aussi la cause principale de la grande migration des Fang ou Pahouin dirigée du nord-est vers le sud-est au cours du XIXe siècle. L'occupation du territoire par les hommes devait se poursuivre au hasard des migrations lentes et des conquêtes brutales, les multiples groupes ethniques s'installèrent provisoirement sur un terrain menacé. Cette extrême fragmentation et ces constantes rivalités guerrières étaient une cause importante de migration pour les populations désireuses d'échapper à un sort tragique; ainsi les Grassfields (1) trouvèrent refuge dans les hauts plateaux de l'Ouest pour échapper aux ravages causés par les Peul. La colonisation en imposant plus ou moins rapidement la fin des guerres intertribales eut pour effet immédiat de figer dans une large

mesure les limites jusque-là très mouvantes entre les groupes ethniques, et d'autre part de pérenniser une situation qui n'était que temporaire. Les divisions principales interethniques sont fondées sur les langues: au groupe Bantou appartiennent toutes celles qui sont parlées au Congo, au Gabon, dans le Sud du Cameroun et de la République Centrafricaine; les autres se rattachent au groupe soudanais; à la limite on parle de sémi-Bantou à savoir Bamiléké (2) et Bamoun. A l'intérieur de chacun de ces ensembles, la division est extrêmement poussée: on distingue des groupes ethniques présentant une certaine homogénéité et des sous-groupes nettement individualisés. Chaque groupe qui s'était implanté sur un territoire déterminé a conquis son autonomie. Les conquérants ont assimilé complètement les autochtones qui appartenaient à un autre clan, parfois même imposèrent leur propres coutumes et ceux -ci devaient adopter la langue du conquérant; de même le conquérant pouvait adopter celle du vaincu voire même une grande partie des coutumes de ce dernier. Mais l'histoire du village Banyun et de son peuple ne prend toute sa valeur, toute sa signification qu'une fois replacée dans l'évolution des ensembles des migrations, des déplacements des royaumes de l'Ouest. Quelques travaux partiels permettent dès à présent, en dépit de lacunes fort regrettables, de tracer au moins une esquisse de cette évolution. Elle n'est faite, pour une longue période, que de migrations motivées par des impossibilités à demeurer en place pour des raisons de sécurité et de sauvegarde des libertés essentielles notamment l"'identité". L'occupation d'un territoire devait se poursuivre au hasard des migrations lentes et des conquêtes brutales. L'analyse systématique des différents terroirs habités par le peuple Nyun et de ses fréquents déplacements sera pour nous le fil d'Ariane qui conduira à l'explication des étapes traversées par ce peuple. Ce qui est réel, ce sont des terroirs dont l'étendue nous est souvent mal connue, en raison du manque de documents écrits. Mais pour les habitants et surtout les rois, l'espace géographique était connu avec assez de précision par la présence des concessions frontalières, d'une montagne, d'un cours d'eau, d'une forêt etc. . Au-delà des souvenirs, des luttes, des souffrances de jadis, de leur âpreté, du sang versé parfois, la connaissance de I'histoire constitue un antidote efficace contre le risque de résignation. C'est pourquoi nous sommes heureux que cet ouvrage retrace l'histoire du 18

peuple Nyun et les étapes successives qui marquent l'évolution de sa dynastie. Nous sommes également conscient que certaines informations ont échappé à notre attention. Notre vision du peuple Nyun est brouillée tant s'y entremêlent épopées de la conquête et gloires patriotiques partagées lors des différents déplacements. Les traditions orales ont leur valeur: ce sont des sources précieuses, souvent irremplaçables. Mais la réalité des faits tels qu'elles les transmettent ne saurait se confondre avec celle des faits, tels qu'ils se sont effectivement produits. Ces traditions sont interprétées à la lumière des mythes et plus précisément reconverties aux modes d'exploitation de la pensée mythique. En histoire, les mythes sont des réalités; ils s'intègrent à elle et en sont moteurs ou facteurs, lui donnent une autre résonance tout en lui octroyant une dimension supplémentaire. Certes on peut trouver un peu court le crédit qu'il convient d'accorder aux anciens ou aux personnes âgées. C'est une version plus ou moins officielle, mais souvent exagérée, des événements ou des faits qui tournent toujours à l'avantage du dynaste qui est rapportée, mais si délicates soient elles à fixer, ces sources n'en sont pas moins précieuses. Cependant, la rareté actuelle des documents écrits pose l'un des principaux problèmes de l'historiographie. Nous n'avons rapporté dans cet ouvrage que les faits tels que contés par les personnes mûres qui gardent encore leur lucidité. Cependant nous avons focalisé la majeure partie de nos recherches beaucoup plus sur le passé que sur le contemporain; en l'absence d'une enquête approfondie, force est de se référer à des travaux fragmentaires et à des transmissions orales souvent fort contradictoires. Mais un point au moins échappe à la controverse: Banyun n'a jamais été une chefferie vassale. C'est pourquoi nous avons estimé qu'il fallait laisser les quelques pages qui suivent aux générations futures comme témoignage de l'histoire de la dynastie et du peuple Nyun. La raison n'en est bien sûr pas le culte d'une histoire fût-elle glorieuse, ou la glorification d'un passé révolu. Elle tient sans doute pour partie dans la conviction que, dans une chefferie chargée d'histoire comme celle de Banyun, on ne peut comprendre le présent et préparer l'avenir sans connaître le passé. Cette connaissance est un devoir pour tout Banyunais. Nos enfants pourront ainsi avoir une meilleure vision du passé de leur terroir, des facteurs qui l'expliquent et une plus juste compréhension de leur 19

patrimoine culturel. La chance de ce village réside encore dans l'authenticité de cette masse proche du sol, attachée à un rapport cosmique avec la nature, misérable peut -être, si l'on juge surtout avec les critères occidentaux, mais riche d'homogénéité sociale. La réflexion que nous présentons dans les quelques pages qui suivent est représentative de l'ensemble d'histoire des chefferies de l'Ouest Grassfield et notamment celles du département du Ndé. La partie la plus difficile de tout projet est bien souvent de rendre claire une histoire complexe. Les migrations des peuples de l'Ouest demeurent une réalité incontournable. D'où viennent-ils? du Sud (Bantou), du Nord (Soudanais) ou tout simplement des pays Tikar, d'où la notion de semi- Bantous... ? En effet, les hypothèses des uns passent pour être les certitudes des autres à partir desquelles les nouvelles hypothèses peuvent être établies. De toute manière, si l'histoire des migrations des différentes populations de l'Ouest Grassfield demeure encore nébuleuse, l'organisation des différentes chefferies accuse une similitude exemplaire. C'est à croire qu'on est en présence d'une seule et même organisation à quelques nuances près. Le pouvoir appartenait le plus souvent à une aristocratie guerrière. Jusqu'à une époque récente, les chefferies Grassfields formaient un tout sans être unies et leur histoire est ponctuée de querelles souvent violentes. Cependant, elles ont en commun des valeurs fondamentales sans la connaissance desquelles les événements des années 1960 demeurent inexplicables. Ces valeurs, ces concepts peuvent varier selon les chefferies, mais la base de leurs civilisations est partout la même: il s'agit de leur terroir reconnu comme tel depuis des siècles. Le domaine ancestral comprend: des forêts, des terres cultivables, des sites, des lieux sacrés, des zones habitées, des eaux: rivières et marigots etc. La notion du domaine ancestral s'oppose absolument à celle de territoire régalien, de domaine public utilisable comme l'entend l'Etat moderne et donc aliénable, louable ou exploitable sans l'accord des habitants. Pour ces derniers, toucher à ces territoires, c'est les atteindre eux-mêmes puisqu'ils sont consubstantiels à cet espace culturel. Ce phénomène jusqu'ici unique dans l'histoire des villages en pays Grassfield ne prend toute sa signification qu'une fois replacé dans l'évolution d'ensemble des migrations et des déplacements des 20

chefferies de l'Ouest. II n'y eut jamais un royaume Grassfield, mais des hégémonies temporaires d'un village sur l'autre. Plusieurs peuples préférènt émigrer plutôt que de se soumettre. Nous nous sommes efforcé de conserver à certains témoignages et à certaines légendes leurs caractères d'époque, sans lesquels ils perdraient beaucoup de leur intérêt et parfois même de leur charme. Les récits des différents déplacements et migrations du peuple Nyun nous ont été transmis avec toute leur fraîcheur et toute leur vie d'une part et d'autre part, ils nous ont permis de dégager certains aspects significatifs non seulement de la dynastie Banyunaise mais également du peuple Nyun dans son ensemble. Parti de Banyo, dans l'Adamaoua, probablement vers le XVIIe siècle, le peuple Nyun a tout au long des multiples déplacements qui l'ont conduit jusqu'au terroir actuel connu beaucoup de guerres et de ruInes. Pour appréhender l'étendue de ces problèmes, nous avons pensé qu'il convenait de nous adresser à des hommes d'action, à des personnes qui ne risquent pas de rêver; nous avons fait appel pour cela à des chefs de quartiers et à des présidents de Madjo (classes d'âge) qui sont en charge de grandes responsabilités familiales et nous leur avons demandé d'organiser des commissions de travail pour étudier deux problèmes majeurs: l'organisation politique et sociale du village Banyun et l'évolution de sa dynastie. Le travail accompli est donc avant tout une oeuvre collective. Cet ouvrage n'aurait pas existé sans leur coopération active et le sacrifice en temps qu'ils ont accepté, en dépit des lourdes responsabilités et sujétions qui sont les leurs; il est né de la lente maturation au sein d'une instance: le Bureau du comité de développement du groupement Banyun dont nous avons eu l'honneur d'animer le secrétariat général pendant plusieurs années. En effet, le Bureau oriente sa réflexion et son action vers les vicissitudes, la défense des intérêts Banyun et le développement économique, social et culturel. Les années de recherche qui fondent notre travail ont entraîné des déplacements dont il est difficile de comptabiliser le nombre exact de kilomètres parcourus. Nous avons essayé de comprendre le milieu, de poser des questions, de nous informer dans la mesure du possible, d'intervenir par ce moyen dans la mutation qu'a subie ce village. Cet effort nous a valu quelques ennuis et inimitiés, mais en beaucoup plus grand 21

nombre de chaleureuses amitiés. Ne sont-elles pas la preuve la plus satisfaisante que nos premières orientations n'étaient pas des . Impasses... ? . Avant d'inviter le lecteur à nous suivre dans ce que nous avons simplement appellé L'identité comme garantie de survie car économiste, nous apprécions l'histoire, mais nous ne nous en inspirons qu'à la lumière de l'expérience des faits et des hommes, nous voudrions encore une fois remercier tous ceux qui, au cours de ces temps difficiles, nous ont puissamment aidé dans le cheminement d'une pensée qui aboutit aujourd'hui à cet ouvrage. Au premier rang de ceux-ci se trouvent tous les membres du Bureau du comité de développement du groupement Banyun et des «différents» Madjo Banyun: hommes d'action eux aussi et d'expérience dont nous avons synthétisé ici les conclusions des confrontations qui, des années durant, ont été passionnantes et constructives. La matière de cet ouvrage a été rassemblée dans les entrevues avec les notables et élites de plusieurs chefferies Grassfield. Ils ont supporté avec patience, souvent avec enthousiasme, des conversations qui parfois ont duré plusieurs heures. Il ne nous reste qu'à espérer que ce livre ne trahit pas les ambitions de son auteur et à remercier également tous ceux qui ont bien voulu nous prêter leur concours. En tout premier lieu, Anna Jasinska qui a largement participé aux dépouillements nécessaires et s'est passionnée pour l'histoire des royaumes Grassfield. Elle s'est montrée d'une inépuisable courtoisie et d'une patience inébranlable. Nsob Moulem Bijou (Nyantcho Michel), Nsob Sayo Jean-Claude (Président d'honneur du Comité de Développement) et Ndé' Kamtchoum Moïse furent dans cette recherche en commun nos interlocuteurs de tous les jours. Ce livre doit beaucoup à tous les trois. Il est un cheminement autour de la question de l'évolution de la dynastie banyunaise. Pour nous aider dans ce périple, nous nous sommes appuyé sur quelques travaux appartenant à des horizons divers, à des témoignages, des récits, des contes etc... Ainsi au fur et à mesure de la lecture, des personnages apparaissent. Ce sont des auteurs et des personnes âgées qui ont tenté de faire progresser les idées sur l'histoire des chefferies Grassfield. En effet, le but de cet ouvrage est aussi de proposer un bilan de plusieurs années de recherche, de débats. Notre méthode d'analyse des événements a

22

entraîné inévitablement certaines répétitions d'une partie à l'autre de l'ouvrage. D'avance, nous nous en excusons. Nsob Kamwa François, Dja Men Mamfen Fapou David Dagobert (Monsieur le Maire) nous ont apporté, à des moments différents de ce travail, leur précieuse collaboration. La plus noble partie de l'ouvrage est due à Nsob Djamen Samuel, le doyen d'âge Banyun de Douala. Nous pensons que l'on ne pouvait point souhaiter mieux, ni meilleur garant de la crédibilité de cet ouvrage et de sa tenue que Nsob Djamen que les intimes appellent la Bibliothèque Banyun, le baobab. Nous n'aurons garde d'omettre dans l'expression de notre gratitude toutes celles, tous ceux qui, à un titre ou à un autre, ont participé aux débats, apporté leurs idées et suggestions, manifesté leur dévouement dans les travaux de secrétariat. Voici donc quelques réflexions que nous ont inspiré ces entrevues. Nous vous les soumettons pour ce qu'elles sont: des tâtonnements, des mythes. Les réflexions de chacun sont fort différentes. Il s'en dégage tout de même quelques lignes de force: Banyun a valeur de mythe, mais aussi d'archétype des royaumes Grassfield. Cinq parties successives composent notre fil d'Ariane dont le plan est présenté ci-après. La première partie intitulée Peuple et royaume Banyun est un parcours en apparence facile. Il montre le point de départ de nos recherches et le point d'arrivée. II pose la question de savoir d'où vient le nom Banyun et qui furent les premiers dynastes ? La deuxième partie concerne l'organisation politique et sociale de la dynastie banyunaise. Nous nous sommes efforcé d'étudier les problèmes dans chacun de leurs aspects. En effet, essayer de procéder à un examen exhaustif aurait pu paraître téméraire. Nous nous sommes contenté de mettre l'accent sur des points fondamentaux qui sont autant de pôles d'évolution pour les chefferies Grassfields. Dans la troisième partie sont rassemblées les informations que l'on peut obtenir sur les genres de vie traditionnels, tandis que la quatrième met l'accent sur la pénétration européenne et les conséquences de la colonisation à Banyun à l'instar des autres villages de l'Ouest Grassfield. Cette partie est au coeur du débat: la rencontre des civilisations; d'une part le modernisme occidental, d'autre part la chefferie représentative de la tradition et nantie de l'autorité coutumière. La dislocation des années 60 et le repeuplement constituent la cinquième et dernière partie.

23

Cet ouvrage vient combler un vide longtemps laissé sur l'identité culturelle du village Banyun. Il montre tout simplement que la tradition et la culture ancestrale cèdent petit à petit le pas au modernisme occidental. Car l'impact des relations entre sociétés et entre cultures peut s'analyser au niveau des individus et à celui de l'ensemble d'une communauté.
(1) Grassfields ou « savane» du Cameroun. Région des hauts-plateaux, ensemble du gand Ouest du Cameroun, dénommé « grassland ». (2) Les Bamiléké font partie du peuple Grassfield

24

À VOTRE

ATTENTION

La transcription des mots en langue Medùmba a été simplifiée pour la commodité de la lecture par Megni Kweya (Kamtchoum Michel) : . Bu': esclave. . Bwe Num ngub : né sur la peau de panthère: fils du chef

. .

Foge: cérémonies de veuvage.

Ghame: le baobab . Kam pon mfen : notables fils du chef

. Kam: titre de noblesse; . Kambwe: neuf descendants des fondateurs de la chefferie. . Kebù: récipient en bois. . Keson: corbeille traditionnellement faite en fibre de chaumes .
Kam tshe mfen : notable serviteur du chef.

. . .
. .

Ku'nga:

danse secrète qui se pratique dans les chefferies.

. La'Kam; village des notables, lieu d'initiation des nouveaux chefs .
Kwaba: bracelet dû trône.

Kum'nze:réunionde la sociétésecrètede la chefferie.
Lali: danse masquée. non ouvrable (nga par exemple)

. Lè,ze : jour n

Le' ntane :jour du marché Lèn mekale ou Lèn kwèntse : nom des Blancs ou nom de baptême :Isaac, Jacob, Frédéric etc. . Lèn nge : nom de malheur, nuke tshùa' nsi (rien ne dépasse Dieu) Lèn Njog matsi: nom obtenu à la suite des travaux forcés (Moni hart, Two glas, Time for toly). . Mà bwe ngub : première femme du chef

.

. Mbelon: éloge d'un chef ou sous- chef . . Mbu ntswet :entrée de la chefferie. . Mbwe: forêtlangue du Ndé ; . Medùmba: sacrée . .
Màmfen Kwatum : reine qui détient

son titre d'un chef supérieur.

Mfèn Menzwi : louange qui veut dire cheftaine.

Mfèn nte : Sous- chef, généralementvassal d'un chef supérieur. . MIen: chef, roi, dynaste. Titre royal signifiant le maître du royaume

. Ndé'là: Grand guerrier du village.

. Ndon: tissu rituel: malédiction malheur ou . Ndop:pan: grande cuillère . Ndù- cuillère. . Ndù: . Ngaka: sorcier. . Ngamsi: mygale (araignée), consultée pour lire l'avenir, pour prédire . Ngap- tse : canard .
Nfe 'Kun: arbre de la vie ou de la paix

. Ngap: poule. . Nge nda (nefag) : jumeaux, jumelles. . Ngo: lafillede ; Ngo yondjeu Leunkeu Gaëlle Ngub: peau

. . Nkô -pan: pilon. .

Nkèm Ndo : personne qui nourrit les paresseux.

.

Nko- Kebu : pilon.

.
. . . .
.

- Mekale : riz Nkun -Tanyase : haricot

Kekua : autre . Nsem:-nyam : éléphantespèce de haricot pour gâteau (koki) . Nsen place royale
Nsi: Dieu. Nso - ndù : fourchette Ntane: marché
Ntsan: grande maison de la ehefFer're. Nsob nzwi : tueur de panthère; éloge des notables (nsob)

. .
.

. Ntswet: chefferie. . Ntu: gobelet . Nyàm Ke mà : animal sur lequel on ne peut se permettre de tirer (le lion p.ex. ). Nyat nyam : buffle Nziange: totem.

. Nzwe'e: danse royale. . Nzwimàto: panthère.
Pag ngub : côté de la chefferie où est située la case de Mà'bwe ngub.

. Pag nzwikam : pour désigner le côté opposé, où est située laa case de nzwikam

. . . .

Pam Fiage : sac en fibre de raphia Pon mfen : enfants d'un chef Shun mà Mfen : amie de la reine mère.

Ta mfen: celui qui garde le nouveau chef pendant la neuvaine d'
intronisation 26

. . . . .
.

Tentsè: calebasse (de vin de raphia par exemple) Tô-wu mfen -. celui qui ouvre le deuil d'un chef (mfen). Tse'fen: serviteur du chef. Tsitsha: enseignant. Tsûa: corbeille conique.
Twe makô : tortue qui sert pour désigner un coupable.

27

GLOSSAIRE

Comme il arrive souvent lorsqu'un sujet de cette nature est abordé, des désaccords naissent du vocabulaire, voire même comme c'est le cas d'espèce de l'appellation et des notions de base qui sous- tendent toute analyse. Aussi essaierons- nous de préciser les termes que nous utiliserons par la suite: ABDIQUER: Renoncer à la fonction qu'on exerce. Un roi peut abdiquer, renoncer à régner. Rare en pays Grassfield. ADOUBEMENT: Cérémonies qui consacrent l'entrée dans les sociétés traditionnelles de la chefferie. ANCÊTRE: Chaque individu doit son existence aux ancêtres; il deviendra lui-même un ancêtre pour ses descendants et les autres membres de la société. Personne qui est à l'origine d'une famille, dont on descend. Chaque individu, en effet, est intégré à son milieu par l'action passée des ancêtres qui ont bâti le monde où il évolue. Luimême assure la continuité de l'oeuvre accomplie par le premier ancêtre. ANIMISME: : Religion traditionnelle. Gère les rapports de l'homme avec Dieu et son environnement au moyen des rituels et des interdits. Dans l'Afrique traditionnelle, le monde est animé par une force vitale qui prend des aspects différents selon les peuples et les régions, la nature étant liée intimement à l'individu par la religion. ANNEXION: Rattachement de tout ou partie d'un Etat à un autre Etat, qui exerce désormais sa souveraineté sur le territoire ainsi rattaché. Rattachement d'un village par le fait d'une guerre: celui-ci exerce désormais sa souveraineté sur le village ainsi rattaché. APOGÉE: Le point le plus haut. On dira par exemple qu'à telle ou telle date un village, un pays a été à l'apogée de sa puissance. ARACHIDE: Plante originaire d'Amérique du Sud introduite sur les côtes ouest -africaines au début du XYlème siècle.

ARCHÉOLOGIE: Science étudiant le passé des hommes à partir des monuments qu'ils ont laissés. L'archéologie recherche les monuments par des fouilles. ARISTOCRATIE: forme de gouvernement où le pouvoir souverain appartient à un petit nombre de personnes, et particulièrement à une classe héréditaire. ARMES: Les sociétés traditionnelles avaient créé toutes sortes d'armes: arc, flèche, machette, lance, poignard, fronde, piège, hache; utilisées pour la chasse aussi bien que pour la guerre, elles symbolisent aussi la puissance et le pouvoir. ART: Symbole d'une société; manifeste la présence des ancêtres par des rituels. Maintient le lien qui unit les vivants et ceux qui sont morts. AUTONOMIE: Qui est libre de se gouverner par ses propres lois. BA: Les gens de. Le préfixe BA indique le pluriel des mots appartenant à la même classe que màndum = homme, bàndum = les hommes en medùmba. BAMII.ÉKÉ : Pa Nkoutou, « ceux d'en haut» ou « les montagnards» terme utilisé par les Bamoun : leké = le vallon, miléké = les vallons; Bamiléké = ceux des vallons, selon la traduction d'un linguiste d'occasion et fantaisiste. BAMOUN ou BAMUN : Originaire du département du Noun. BANYUN : Un des treize villages du Ndé : Banyun ou Bagnoun. BAOBAB: Gros arbre de l'Afrique (vit en savane) ; millénaire, peut atteindre 6m de diamètre et 19m de circonférence. BIBLE: Pour les chrétiens, la Bible comprend deux ouvrage:. l'Ancien Testament et le Nouveau Testament. Le mot Testament signifie dans ce cas particulier alliance (de Dieu avec les hommes). L'Ancien Testament écrit en hébreu traite de l'histoire des Hébreux (ou Israélites ou Juifs) avant Jésus- Christ: c'est un livre sacré a la fois pour eux et pour les chrétiens. Le Nouveau Testament, écrit en grec, parle de Jésus et des Apôtres. C'est un livre sacré pour les chrétiens seulement. Il comprend plusieurs livres: les quatre évangiles (selon saint Mathieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean) qui racontent la vie et surtout les enseignements de Jésus-Christ; les actes des apôtres, récit des premiers temps de l'Eglise chrétienne en Palestine, puis de la vie de saint Paul; les Epîtres, c'est à dire les lettres de certains apôtres, plus particulièrement saint Paul; l'apocalypse, récit de la fin du monde. 30

BRULIS : Incendie d'un coin de forêt de la brousse ou de la savane pour fertiliser le sol au moyen de cendres et le mettre en culture pendant quelques années. BUDGET: Tableau des recettes et des dépenses d'un Etat, d'une association ou d'un particulier. CACAO: Plante originaire d'Amérique du Sud, introduite en Afrique par les Espagnols au XVIe siècle.. CAFE: Plante tropicale, originaire du Sud- Ouest de l'Ethiopie CASTES: Les sociétés à castes sont des sociétés où les rôles et les fonctions sont assignés à chacun pour son existence entière et de génération en génération. Les membres de chaque lignée n'ont pratiquement aucun moyen individuel de monter sur l'échelle sociale. C'est une société dont les structures excluent toute mobilité sociale individuelle (Inde). CHEF: Représentant éminent d'un clan ou groupe (roi). CHEFFERIE: Unité territoriale sur laquelle s'exerce l'autorité d'un chef de clan ou de tribu, capitale d'un village. CIVILISATION: Tout ce qui caractérise la manière de vivre des habitants dans un village (par extension: pays) à une époque donnée. Système d'organisation sociale, économique et politique partagé par un nombre conséquent de sociétés. La notion est souvent utilisée de façon discriminatoire par opposition à la non-civilisation. Elle est caractérisée par la production d'ceuvres concrètes témoignant des travaux des hommes pour maîtriser leurs conditions de vie (techniques de contrôle de la nature, de l'eau, écriture, arts, sciences, organisation de la société, etc.) CLAN: Toutes les personnes descendant ou pensant descendre d'un Ancêtre commun. Le clan sert à qualifier certains groupes. II se réfère à un lointain ancêtre. COALITION: Entente formée entre plusieurs villages voire Etats contre d'autres. COLONISATION: La colonisation est un processus historique qui lie profondément l'Europe et le reste du monde pendant plus de quatre siècles, à partir des grandes découvertes (Christophe Colomb 1492 et Vasco de Gama 1498). COMMUNAUTÉ: Le concept de «communauté» s'oppose à celui de société et désigne toute forme d'organisation sociale dans laquelle les individus sont liés entre eux par une solidarité naturelle ou

31

spontanée, productrice de forte intégration, et animés par des objectifs communs. CONCESSION: Espace réservé à l'habitation de la famille élargie; comporte les cases plus l'environnement immédiat; une haie vive entoure généralement une concession ou un hameau. CONFLIT: Contestation qui oppose deux ou plusieurs villages. La guerre est considérée comme l'aboutissement d'un conflit qui oppose les pays (Etats) et implique le recours à la force. CONFRERIE: Ensemble d'un groupe de notables associés dans une société coutumière. CONSTITUTION POLITIQUE: Loi qui fixe l'organisation politique d'un Etat, les attributions et le fonctionnement des différents organes du gouvernement et de l'administration ainsi que les droits des citoyens. COUR, COURTISAN: La cour désigne à la fois la résidence d'un souverain et l'ensemble des principaux personnages entourant le souverain (notables et serviteurs). COUTUMES: Habitudes, usages passés dans les moeurs et ayant acquis ainsi force de loi. Les coutumes se transmettent par tradition orale; elles forment un droit coutumier par opposition au droit écrit qui détermine les règles régissant les hommes par les textes écrits, rédigés par les législateurs. CUL TURE: Ce qui distingue l'existence humaine de l'état de nature, c'est-à-dire les processus par lesquels l'homme utilise et développe ses capacités intellectuelles. Elle est communément partagée par les membres d'une collectivité sociale qui en font usage dans leurs interactions. Désigne l'ensemble des valeurs, des connaissances, des croyances et des opinions qui constituent, de manière consciente ou inconsciente, le ciment de toute société. DOGMES: Doctrine religieuse que les membres d'une Eglise sont tenus de croire. DROIT: Ensemble des lois d'après lesquelles sont régis les habitants d'un pays. DYNASTIE: Série de souverains appartenant à la même famille. ESCLAVAGE: Asservissement d'un individu ou d'un groupe d'individus; il apparut dès que la supériorité de la force physique d'une personne, d'une association ou des armes dont elles disposent le permit, par conséquent très tôt dans l'histoire de l'humanité. 32