Brève histoire du Rio Nunez

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Voici un aide-mémoire des principaux repères (dates, événements, personnages) introduisant à l'histoire du Rio Nunez, région natale de l'auteur. On y trouvera une brève histoire du Naloutaye, du Landoumataye et du Bagataye, l'inventaire des plantes utilitaires, l'étymologie de quelques noms et la généalogie des chefs Baga, Landouma... Une brève chronologie historique permet de suivre l'évolution de l'histoire du Nunez du XIXè au XXè siècles grâce à l'exploitation d'archives nationales.
Publié le : mercredi 1 octobre 2008
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EAN13 : 9782296207523
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Brève histoire du Rio Nunez

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan!@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06477-5 EAN : 9782296064775

EL HADJ ABOUBACAR

SOMPARE

Brève

histoire

du Rio Nunez

L'Ht'mattan

«Kakandé est surtout un des sites les plus favorisés que j'ai jamais vus, bâti en amphithéâtre au milieu des bosquets d'orangers, de manguiers et de bananiers au verts et lustres feuillages. Ce village a derrière lui un rideau d'arbres immenses et pour premier plan, les eaux calmes et profondes du Rio Nunez. » (Lieutenant Lambert in Tour du Monde, 1861)

SOMMAIRE

AVANT-PROPOS INTRODUCTION I. RENSEIGNEMENTS GÉOGRAPHIQUES

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II. RENSEIGNEMENTS HISTORIQUES... III. RENSEIGNEMENTS SUR L'ORGANISA nON POLITIQUE IV. RENSEIGNEMENTS ÉCONOMIQUES V. BRÈVE CHRONOLOGIE HISTORIQUE

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ANNEXES
SOURCES DOCUMENTAIRES

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AVANT

PROPOS

Les recherches et la codification de notre histoire ne saurait être confiées à quelques bons savants venus d'occident ou d'ailleurs. Il appartient aux Guinéens de se considérer comme les premiers concernés et d'ériger cette préoccupation majeure en défi à relever par tous et par chacun. C'est pourquoi l'impérieuse nécessité d'écrire aujourd'hui l'histoire de notre pays interpelle non seulement les professionnels mais aussi tous ceux qui par passion, s'intéressent à la chose historique. Il s'agit pour nous de montrer la vitalité historique de nos sociétés, de nous "immerger" dans le temps pour arriver à pénétrer et à comprendre la réalité africaine d'aujourd'hui, extrêmement complexe du reste. C'est à ce titre que le mathématicien que nous sommes avons réagi à la sollicitation en vous proposant le présent Essai de chronologie historique du Rio Nunez. Cependant, l'ouvrage est loin d'épuiser le thème, loin s'en faut, car la richesse et surtout la diversité de l'histoire guinéenne n'offrent pas l'opportunité à une chronologie historique, fût-elle exhaustive, d'en rendre compte. Dès lors, notre travail devient un exercice extrêmement délicat, voire périlleux. D'abord parce qu'on y risque à chaque page l'omission d'une date, d'un événement, d'un personnage ou d'un site, que le lecteur averti s'apprêterait à y trouver. Ensuite, parce que la matière historique qui s'y range selon une chronologie, implique nécessairement une vision fragmentée qui rompt plus ou moins avec la

continuité historique. Ainsi, l'inconvénient d'un tel exercice est de ne pas rendre possible l'établissement à souhait des rapports de cause à effet entre les différents éléments abordés. Toutefois le présent essai doit-il être considéré comme une modeste contribution, un aide-mémoire des principaux repères (dates, événements, personnages) introduisant à l'histoire du Rio Nunez. C'est à cet effet que nous nous sommes employé à proposer une approche permettant à l'ouvrage de rassembler, dans leur diversité, une somme de connaissances qu'il est bon de savoir sur l'histoire du Nunez. On y trouvera entre autres, une brève histoire du Naloutaye, du Landoumataye et du Bagataye, l'inventaire des plantes utilitaires, l'étymologie des noms Boké, Kakandé, Wakyriya, etc., ainsi que la généalogie des chefs Baga, Landouma, Nalou et autres. Aussi, une brève chronologie historique permet au lecteur de suivre l'évolution de l'histoire du Nunez du XIXème au ~me siècles à travers les périples et actes administratifs ayant sanctionné les relations établies le plus souvent au préjudice des populations autochtones. C'est autant dire que nous avons exploité de précieuses sources archivistiques coloniales qui ne manquent nullement d'intérêt, si on sait s'en servir. Chers lecteurs, il faut avouer sans fausse pudeur que pour une histoire exhaustive du Rio Nunez, il y a encore fort à faire. Non seulement il y a bien des aspects qui restent à explorer, notamment l'histoire des sociétés lignagères vers lesquelles très peu de chercheurs se sont orientés, mais aussi, il y a tant d'autres volets déjà abordés

et sur lesquels il va falloir revenir avec une vision et des
perspectives nouvelles. Pour notre part, il nous paraissait important d'aider à identifier pour les compatriotes qui 10

s'intéressent à l'histoire de notre pays, les sources documentaires relatives au Rio Nunez et disponibles à la Bibliothèque Nationale de France. Il est indéniable que cette documentation est le reflet d'une époque et d'une idéologie, d'où le style parfois condescendant, paternaliste et souvent méprisant, ayant constitué pendant longtemps le prisme déformant et spécieux à travers lequel étaient présentées les sociétés traditionnelles baga, nalou, landouma. Pour autant, on ne saurait s'en passer. Le plus important est savoir distinguer la bonne graine de l'ivraie. Nous sommes convaincu que notre travail suscitera, à n'en pas douter de la part des spécialistes, des remarques, critiques. et suggestions qui permettront de reformuler les vieux concepts et de réviser les appréciations subjectives émises par l'anthropologie ou l'histoire coloniales. C'est bien ce souci qui nous a animé en entreprenant la présente recherche. Puisse ce modeste essai bénéficier de vos sages conseils et d'informations complémentaires que nous souhaitons vivement obtenir de vous, en vue d'une meilleure présentation de la prochaine édition. D'ors et déjà, il est à souhaiter que la documentation ici réunie contribue à ouvrir les portes de la mémoire collective du Rio Nunez aux citoyens et citoyennes de la République de Guinée. Que tous ceux qui, de près ou de loin ont contribué à donner au présent travail un quelconque intérêt, trouvent ici l'expression de notre profonde gratitude.
El hadj Aboubacar SOMPARE Professeur Ancien Ambassadeur

Président de l'Assemblée Nationale de la République de Guinée 11

INTRODUCTION

L'histoire de la colonisation de la Guinée est loin d'être achevée. Le manque de documentation ou la nonexploitation judicieuse et exhaustive des documents existants explique dans une large mesure cette lacune. C'est pourquoi l'étude de la monographie de Boké, point de pénétration de la colonisation française en Guinée par l'ouest, paraît être indispensable. Au-delà de son caractère événementiel, la monographie que nous vous proposons permet de lever le voile sur des pans importants de l'histoire vers lesquels l'attention des chercheurs n'était jamais allée. En effet, le récit chronologique des événements ayant marqué l'évolution du Rio Nunez dans la deuxième moitié du XIXèmesiècle donne un aperçu très riche et très diversifié de l'histoire de notre pays du côté des régions du littoral. La lecture des lignes qui suivent permet de constater que l'histoire du Rio Nunez encore appelé Boké durant toute cette période reste étroitement liée à celle du FoutaDjallon dont l'influence s'étendait à de nombreuses régions côtières de la Guinée. Les relations complexes et tumultueuses qui existaient entre les Peuls du FoutaDjallon et les populations autochtones du Kakandé à travers les agissements des Almamy et des rois locaux constituent la trame essentielle de cette histoire. Tout semble indiquer que le Rio Nunez était la plaque tournante des transactions commerciales et des négociations qui s'effectuaient dans les différentes parties

des Rivières du Sud entre les négociants européens, les représentants des gouvernements français et britannique surtout d'une part, et les rois ou chefs locaux d'autre part. Ainsi le Rio Nunez a été surtout le témoin privilégié des négociations que menèrent les différentes puissances européennes au gré des traités et conventions souvent extorqués, pour asseoir leur domination en Guinée. Aussi l'introduction brutale de l'économie monétaire dans nos sociétés traditionnelles devait-elle aboutir infailliblement à la destruction de nos valeurs morales et culturelles auxquelles furent substitués la recherche du profit, la corruption, la duplicité, le vol et le brigandage. Les incursions fréquentes des Peuls dans le cercle du Rio Nunez à des fins de pillage ou de recherche d'esclaves, les désordres intérieurs consécutifs aux conflits ethniques en sont le meilleur témoignage. Ce climat de crise sociale généralisée était dominé par les rivalités entre les puissances étrangères en quête d'hégémonie d'une part, les puissances étrangères et les chefferies locales d'autre part. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la persistance de la traite des esclaves dans le Kakandé malgré son abolition intervenue depuis le 27 avril 1848 dans les colonies françaises. En effet, cette pratique qui était un moyen efficace d'enrichissement rapide s'est maintenue dans tout le Kakandé avec la complicité des Européens et de certains chefs africains jusqu'au ~me siècle, c'est-à-dire jusqu'à la colonisation effective. D'autres questions non moins importantes comme la mise en place des populations de la Basse Guinée, les relations historiques entre le Manding et les Rivières du Sud, le rôle du commerce dans le processus de désintégration des valeurs culturelles africaines et la mise en place du système colonial, les méthodes insidieuses de 14

l'organisation et de la mise en œuvre dudit système par la signature de traités et conventions transparaissent à travers la lecture du présent essai que nous vous proposons. L'on perçoit également en filigrane l'importance et le rôle gradissants de l'islam dans les alliances entre les différentes communautés. C'est ainsi que Dinah Salifou, musulman formé à Timbi Touni, bénéficiera souvent de la solidarité des Toucouleurs et Sarakolés de la rive gauche dans sa lutte pour un Kakandé libre et souverain. Même si les documents d'archives que nous avons exploités sont écrits dans un style condescendant, paternaliste et souvent méprisant, les informations qu'ils nous livrent. demeurent à maints égards précieuses et indispensables pour une relecture de notre histoire. En tout état de cause, ce style est, à n'en pas douter, le reflet fidèle de l'idéologie qui a toujours sous-tendu l'historiographie coloniale: justifier et légitimer la colonisation. Mais que faut-il entendre par les noms de Rio Nunez, Kakandé et Boké? Quels en sont les habitants? D'où viennent-ils? Que font-ils? Ce sont là autant de questions que le présent essai de chronologie aborde, offrant ainsi des opportunités aux futurs chercheurs de les approfondir. Le Rio Nunez, plus connu sous le nom de Kakandé (littéralement quand on a vu une fois ce pays, on ne le quitte plus), fut longtemps la convoitise des navigateurs européens pour la richesse de son sol et la navigabilité de son fleuve qui permettait l'accès du continent africain. Jusqu'en 1866, date de l'occupation française, on se trouva dans le domaine de I'hypothèse. Les autochtones n'ont pas conservé le souvenir très précis de leur arrivée dans le pays, ni des luttes très nombreuses qu'ils durent soutenir contre les Peuls dont ils étaient tributaires.

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CeJ?endant, l~s traditions orales rapportent qu'entre les XVmeme et XXeme siècles des explorateurs dont elles ne précisent guère les nationalités se seraient aventurés sur la rivière Nunez jusqu'au plateau accessible de Boké, point extrême de la navigation, et auraient construit un fort sur le mont Dian Walia (mont St-Jean). Des recherches minutieuses opérées à maintes reprises n'ont pas permis de trouver trace de cette occupation. Mais, sans s'arrêter plus complaisamment à ces vagues renseignements, il reste certain que diverses nations ont cherché à s'installer dans le pays dans le but d'en faire la source des matières premières ainsi que des débouchés pour les produits de leurs industries naissantes. Quelques feuilles, éparses, nous ont permis de reconstituer à la loupe une partie de l'historique du Nunez. Elle est donnée par ordre chronologique, offrant ainsi au lecteur des repères de première main pour une meilleure connaissance du Rio Nunez. Puisse le présent essai de chronologie historique susciter une réflexion nouvelle sur l'histoire de la Guinée en général et celle du Rio Nunez en particulier en ouvrant aux historiens et étudiants d'autres pistes de recherche autrement plus fécondes et plus originales!

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I.
RENSEIGNEMENTS GÉOGRAPHIQUES

A. Relief Le cercle du Rio Nunez est un cercle côtier. Il est limité au nord par la Guinée Portugaise, au sud par le cercle du Rio Pongo, à l'est par le cercle de Télimélé et Kadé et à l'ouest par l'océan (limites officielles J.O. du 15 septembre 1911, p. 626). Il affecte presque la forme d'un pentagone. Si l'on faisait partir du village de Télica (Sud -Ouest du cercle, pays mikiforè) une ligne qui aboutirait à Kandiafara (Nord-Ouest du cercle) en passant par le village de Bendougou (Mikiforè) et la ville de Boké, on partagerait le cercle de Nunez en deux parties bien distinctes tant au point de vue physique et économique qu'au point de vue ethnique. La partie Est du cercle ainsi obtenu est habitée par les Foulah Kounda, les Tenda, les Yola, quelques Foulah et les Landouma. C'est une région extrêmement tourmentée, constituée par une succession de hauts plateaux latéritiques, encaissant des vallées étroites et profondes qui s'élèvent au fur et à mesure que l'on approche des montagnes du Fouta Djallon. Les plus grandes hauteurs se rencontrent aux environs des villages de Ouassou, Boulléré et Bensané à proximité de la frontière portugaise, des cercles de Kadé et de Télimélé. La parie Ouest du Nunez habitée par les Baga, les Mikhiforè, les Nalou est le contraire de la partie Est: c'est

la plaine bourbeuse rizicultivable et la forêt de palmiers naturels. 1. Hauteurs Les principaux sommets sont ceux des monts Kintao, Ounledioussi, Guiledji, Nétéré et Paragogo, d'une altitude approximative de 6 à 700 mètres. Kontinta, à proximité de la fTontière portugaise sur les bords du Cogon, à la même altitude et le mont Téliko, partie Sud du cercle (Mikiforè) également à 6 ou 700 mètres de hauteur. 2. Plaines Les plaines commencent aux environs de Boké et s'étendent vers l'ouest et le sud-ouest. La partie Ouest où sont installés les Bagaforè, les Mikiforè, les Nalous, quelques Baga Mandouri et quelques Foulah Kounda, sur la rive droite du Compony, est l'antithèse absolue de la partie Est. Ici, pas le moindre repli de terrain, pas le plus petit quartier de roc, c'est la plaine bourbeuse transformée en immenses rizières, c'est la forêt de palmiers avec ses richesses à peine exploitées qui s'étend tout le long de la côte depuis l'île de Bourette près de l'estuaire du Rio Capatchez, jusqu'au nord du Rio Compony, à proximité de la Guinée Portugaise. La végétation très luxuriante s'étale partout en de merveilleux décors. C'est aussi malheureusement le pays des marais, des moustiques, des mouches tsé-tsé; c'est en un mot le pays de la fièvre. 3. Nature du sol La partie Est ou partie montagneuse possède un sol rocheux, latéritique et gréseux, alors que le sol de la partie Ouest ou région côtière se compose presque 18

exclusivement de marnes argileuses et de couches sablonneuses, se prêtant parfaitement à toutes sortes de culture (le Bagataye excepté). B. Climat Régime des saisons, températures extrêmes et moyennes, vents régnants, tornades, etc. Le climat dans le cercle tient à la fois du littoral et du Fouta, du littoral par l'humidité et du Fouta par la rareté des pluies. On ne constate pas en effet des journées entières de pluie comme à Dubréka ou à Conakry. Des averses très abondantes, généralement accompagnées de coups de tonnerre, se produisent dans la journée ou dans la nuit, au renversement des marées ou à moitié marée, suivant la saison (mai-juin, renversement marée juillet demi-marée, en septembre et octobre, au renversement de la marée). Ces averses ne durent pas plus de 2 à 3 heures. En août, on constate parfois 7 à 8 heures de pluie consécutive accompagnée de vent frais et assez fort venant du sud-sud-ouest. Pendant ce mois, l'influence de la marée est nulle. Il y a parfois un vent fort et frais sans pluie, averses venant du sud et sud-est. Pendant l'hivernage, il arrive assez souvent que l'on soit favorisé par quelques beaux jours de soleil, mais alors la température est alourdie par la saturation d'électricité qui s'accumule dans l'atmosphère. Le tonnerre se fait entendre presque tout le temps pendant l'hivernage. Les pluies sont accompagnées de vent, tantôt du sud-est et de l'est, tantôt du nord-est. La foudre tombe assez souvent sur Boké. Pendant les averses, la température fraîchit. L'humidité est pénétrante. Il existe deux saisons bien distinctes:

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1. L'hivernage (gnémé en soussou, darran en
landouma) commence vers la première quinzaine d'avril par des tornades sèches parfois très violentes. Les premières pluies régulières font leur apparition en mai par des tornades très fortes, accompagnées de pluies assez abondantes et de vent. Quelques pluies assez fortes ont été cependant observées dans la première quinzaine de décembre. 2. La saison sèche (sogoféré en soussou, mawan en landouma) commence vers le 15 ou le 20 novembre et se termine dans la première quinzaine d'avril. 3. Les débuts de la saison sèche sont extrêmement pénibles. La période de transition durant laquelle la température est lourde et fatigante ne prend fin qu'à l'apparition des premiers vents d'est qui se font sentir vers le 15 ou le 20 décembre. Ils augmentent d'intensité tous les jours et, en février et mars, on se croirait parfois au Sénégal. La transition de la saison sèche et à l'hivernage est également pénible. Vents Les tornades sont toujours accompagnées de vents violents. Au début, le vent vient directement de l'est, 15 ou 20 jours après l'établissement de l'hivernage, de l'est et

du sud-est, en juillet - août, etc., du nord-est. Dès que les
pluies ont cessé dans la journée, ce vent change subitement: il arrive du sud et plus souvent du sud-ouest. Vers la fin de I'hivernage, les pluies sont accompagnées de vents de l'est et du sud-est. A partir de décembre, souffle le vent d'est, qui se maintient même la nuit mais est plus frais. A partir de février, la température est très chaude de 9 heures du matin à 4 heures et demie ou cinq

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heures du soir. Le vent frais d'ouest et du sud-ouest se lève alors. Les nuits sont très agréables (de 13 à 15°). De décembre à février, un épais brouillard enveloppe le Nunez et Boké. Il se dissipe aux premiers rayons du soleil. Il a été constaté cependant qu'il se maintient parfois jusqu'à 2 heures de l'après-midi. Température: Hivernage: minima 16 à 24°, maxima 24 à 30°. Saison sèche: minima 24 à 32°, maxima 32 à 38°. Il n'existe pas dans le cercle d'instruments pour procéder à des observations météorologiques. c. Hydrographie Le cercle du Rio Nunez est arrosé par deux grands fleuves: le Rio Compony ou Cogon et le Rio Nunez ou Tinguilinta. Le Rio Nunez prend sa source à Darémayah (cercle de Télimélé) et coule du sud -ouest au nord-est puis il monte vers le nord et redescend vers le sud jusqu'à Boké, après avoir fait une boucle assez prolongée. Il est appelé Tiguilinta. Il prend le nom de Nunez, un peu au-dessus de Boké (Corrérah et Baralandé) point extrême de la navigation (rapides). Il prend ensuite la direction de l'ouest pour aller se jeter dans la mer par un estuaire large d'une dizaine de kilomètres. Le Rio Nunez (entrée) se trouve par 17° de longitude Ouest et 10°40 de latitude Nord. Ses principaux affluents sont, sur la rive droite, les rivières de Bouroundou, Kassomba et Boffa, sur la rive gauche, les rivières Bourouma, Kamsaré et Taïbé, près de Boké, les rivières Orébofon et Batafon (2 ponts Eiffel).

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Le Rio Compony ou Cogon descend des montagnes de Consotarni (Cercle du Rio Pongo) pour monter jusqu'à hauteur de la Guinée Portugaise, en passant par Bensané, village situé à proximité de la frontière du cercle de Kadé puis il s'achemine vers l'ouest, passe à Kandiafara, redescend vers le sud et va se jeter dans l'océan par un large estuaire en face de l'archipel des îles Tristao. Ces deux grandes rivières qui traversent le cercle dans toute sa largeur ne sont malheureusement navigables que sur une très faible partie de leur cours, par des navires d'un certain tonnage. Les vapeurs, néanmoins à très haute marée, remontent le Nunez jusqu'à Bel Air et les vapeurs d'un tonnage moindre jusqu'à Boké, c'est-à-dire jusqu'à environ 60 km de la mer. Quant au Rio Compony, il est navigable par les petits vapeurs jusque près de Kandiafara. Au-delà de ces points, la navigation est rendue impossible par des rapides et par des chutes infranchissables. Une troisième rivière beaucoup moins importante que les précédentes, le Rio Kapatchez, connue surtout sous le nom de rivière de Katako, prend sa source aux environs du village de Songolou (Mikiforè) et coule à travers le Bagataye avant d'aller se jeter dans la mer au sud des îles Bouroté et de Binari. En plus de ces rivières, il y a une infinité de petits cours d'eau appelés sanguinés qui sillonnent en tous sens la région côtière (pays Nalou et Baga). Serpentant à travers des terrains marécageux et communiquant entre eux, ils forment un enchevêtrement de canaux où sont semées de nombreuses îles plates et basses. Tous ces marigots sans exception ont leurs rives recouvertes d'une épaisse couche de vase grisâtre d'où émergent des racines de palétuviers.

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1. lies Les principales îles sont, en montant du sud au nord: les îles Bourote, Binari, Botini, les îles de Taïdi (Petit Talibouche), celles de Boffa et de Kapsinn et enfin les îles de Katarack, Capken, Niéné Soury (ces deux dernières inhabitées) qui forment l'archipel des îles Tristao. 2. Lacs On connaît deux lacs, celui de Kaboyé près du village de Kaboyé situé un peu au-dessus de la rive droite du Nunez, et à l'ouest de la route de Boké-Kandiafara, celui de Wondou-Bala non loin de la route Boké-Boulléré au point où elle est coupée par la Tinguilinta. Ces deux lacs sont très peu importants. 3. Puits La marée se faisant sentir à plus de 60 km dans l'intérieur, les rivières n'offrent aux indigènes des régions côtières du Bagataye et du Naloutaye que des eaux saumâtres absolument impropres à la consommation. Aussi trouve-t-on dans la plupart des villages des puits dont les plus grandes profondeurs ne dépassent pas 4 mètres et qui donnent une eau douce, mais légèrement sale. Il est vivement recommandé aux Européens appelés à circuler dans ces pays de se munir à leur départ d'une ample provision d'eau potable. 4. Sources Il existe des sources dans le pays Mikiforè, une dans l'île de Capken et une autre à deux heures de marche environ sur la droite de la rive Boké-Fodé-Kontegan, une

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troisième dans la concession de la Mission Catholique à Boké. D. Végétation Dans toute la zone côtière, la végétation est asSez puissante. Les rivières sont bordées de petits palétuviers. La Tinguilinta est bordée de grands arbres et le Compony également. Les plaines des Landouma et Mikiforè sont garnies de ménés et de lamys et d'épais fourrés de bambous. Mais la forêt proprement dite n'existe pas dans le cercle. On rencontre quelques bouquets épars dans les plaines. (Tous ces renseignements ont été fournis par l'Administrateur Adjoint Rimajou.) Plantes utilitaires Il existe dans le cercle, à l'exception du Bagataye, quelques grands arbres mentionnés dans le livre Essai sur la Flore de M. Pobeguin: Doundaré, Gobi, Kaki, Kalantou, Kantingni, Khemfé, Kina, Lami, Lougouré, Lougouré Siné, Mango, Mékia, Méli, Méné, Néri, Ouassa, Ouofri ou Oufiré, Simmé, Simingni ou Kalentou, Sokouy, Sougué, Tola, Tombingni, Toumbo Khari, Yété. Renseignements sur d'autres espèces d'arbres: Fellegué: 1,20m à 1,70m de diamètre, 25 à 20m de hauteur, sert à faire des planches et des tam-tams. Sakaré : 2m à 2,5m de diamètre, 20 à 25m de hauteur, sert à faire du charbon. Boto : 0,50 à 0,60m de diamètre, 8 à 10m de hauteur, sert à faire des pilons. Ouloungi: 0,90m à lm de diamètre, 15 à 20m de hauteur. La sève sert à coller.

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Sambéfigué: 0,60m de diamètre, 8 à 10m de hauteur, sert de médicament. Yagalé: 0,90m à lm de diamètre, 15 à 20m de hauteur, sert à faire des encadrements de porte. Kamoundji : arbuste grand comme le cotonnier, sert à faire de l'encre rouge. Koureïdoundaké: (copa en landouma) 1,5m à 2m de diamètre, 30 à 40m de hauteur, sert à faire des planches. Plantes médicinales Fofi ou popo : l'écorce bouillie sert contre les maux de ventre. Gnégnendji : la racine bouillie sert contre les maux de ventre. Ouendji : sert contre la blennorragie. Kamdéri: sert contre les maux de ventre; les racines servent à nettoyer les dents (kamdéri gbessé). Bolonta: l'infusion de feuilles bouillies sert contre la blennorragie. Dakouna: les fruits se mangent; l'eau des feuilles bouillies sert contre la gale. Bangba: la racine bouillie sert contre les maux de ventre, la blennorragie et la varicelle. Kenkéliba: l'eau des feuilles bouillies sert de diurétique. Toulendi: l'eau des racines bouillies sert de purgatif. Onguélé : les feuilles bouillies servent de purgatif. Koloya: les feuilles bouillies constituent une tisane bonne pour toutes les maladies (se trouve aux environs de Kamsitaye).

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Plantes vénéneuses Téli: l'écore pilée et macérée dans l'eau sert de poison Mémé: il donne un fruit rouge. Les feuilles ressemblent en plus petit à celles de l'avocatier et contiennent du poison. Les animaux meurent s'ils les mangent. Onguélé: c'est un médicament purgatif. La feuille contient du poison. Il faut la laisser bien bouillir pour qu'elle soit inoffensive. Toulondji : comme l' onguélé. Bois de teinture La teinture est obtenue par le mélange des écorces des arbres garé-ouanda et /oubi. Bois à tanner Méli, Karndéri, Kinsi. Arbres fruitiers Mango (mango kounkouri): mangue de couleur blanche, très filandreuse, d'un goût assez prononcé de térébenthine. Mango (cheni) : grosse mangue rougeâtre, ressemble à la mangue greffée. Mokhé : corossolier. Foufia : papayer. Sougué: fruit d'un grand arbre de la taille d'un fromager, ressemblant à une prune oblongue, à jus rouge, avec très peu de chair autour d'un gros noyau, comestible de même que l'amande.

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Kodé: fruit jaune clair, de la grosseur d'une petite cerise, comestible. Moronda: fruit d'un arbuste poussant en grappes jaunâtres. Léfouré : oranger. Tombingni : tamarin; il donne une gousse de O,5m de long. La pulpe qui entoure les graines est acide, légèrement laxative et astringente. La pulpe acide sert aussi à coaguler le latex du caoutchouc. Néri : donne une gousse ressemblant à la fève et dans laquelle se trouvent des graines oléagineuses. Lougouré : fruit de la grosseur d'une petite prune à la peau jaunâtre. Kola: donne des noix très connues. Yagalé: fruit en forme de trèfle, jaunâtre, de la grosseur d'un citron moyen, contenant un noyau. Est comestible. La queue du fruit presque de la même forme contient une graine qui, grillée, rappelle le goût de l'arachide. Les femmes, au moyen d'épingles qu'elles piquent dans cette graine, se tatouent les seins. Koulounch : cocotier. Forè: caoutchouc; donne un fruit en forme de boule, jaune à maturité, de la grosseur d'un citron, qui contient des graines dures et une pulpe acide mais comestible. Koundjia kouné : fruit d'une liane donnant une gousse rouge de la longueur d'une fève moyenne qui contient de petites graines sucrées comme du miel. Méné-touré : graine oléagineuse. Gouyabé : goyave. Ouafiri : graine de palétuvier noir. Tougui : palmistes. Piya : avocatier. Banani : banane (plusieurs espèces). 27

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