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Cambodge

De
324 pages
Retracer en lignes claires mais précises la grandeur de l'empire d'Angkor, conter l'histoire de ses rois et de leurs oeuvres, décrire la réalisation comme le symbolisme des impressionnants monuments que ces mêmes rois édifièrent par centaines au sein de leur domaine, suivre au fil des siècles l'évolution des styles des sculptures qui témoignent encore du génie de ce peuple khmer : telle est l'ambition de cet ouvrage.
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JeanMarc CHOUNAVELLE
CAMbODGE Dieux, temples et rois
Cambodge Dieux, temples et rois
Jean-Marc CHOUNAVELLECAMBODGEDIEUX,TEMPLES ET ROISL’Harmattan
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07727-7 EAN : 9782343077277
CAMBODGE : PRÉSENTATION
1 . Source : Ecole Française d’Extrême-Orient.
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Physiquement, le Cambodge présente un peu la configuration d’une cuvette. Des bourrelets montagneux le bordent à l’Ouest, au Nord et à l’Est. Au sud-ouest, dominant le Golfe de Thaïlande et jouxtant le lit-toral : les Phnom Damrei ou « Chaîne des Éléphants. » C’est dans ce massif, à son extrémité méridionale, que se trouve le plus haut sommet 2 du pays : le Mont Aôral, 1 771 m d’altitude . Prolongation de la Chaîne des Éléphants, à l’ouest du pays, les Phnom Kravanh ou Chaîne des Cardamomes. Là encore, certains som-mets avoisinent ou dépassent les 1 700 m d’altitude, comme le Mont Sâmkos, 1 717 m. Au nord du massif, la ville et les collines de Pailin, proches de la frontière thaïlandaise et qui dominent la plaine rizicole de la province de Battambang. Pailin signifie en thaï « saphir » ou « to-paze ». Ce fut le centre de la production des pierres précieuses, saphir et rubis, au Cambodge. Et le dernier fief des Khmers Rouges. Au Nord, la chaîne rectiligne des Dângrêk. Elle sépare désormais la Thaïlande du Cambodge. Composée de collines abruptes en partant de l’Ouest, elle forme progressivement une falaise de plus en plus élevée et escarpée, montant jusqu’à près de 800 m à proximité du Laos à l’Est. À pic dominant la plaine du Cambodge au Sud, elle descend en pente douce vers la Thaïlande. C’est sur un impressionnant surplomb de cette falaise, à environ 600 m de hauteur, que les rois khmers, il y a quelque 1 000 ans, perchèrent le magnifique temple du Preah Vihear. Pierres de
2 : Les données concernant le Cambodge diffèrent souvent d’un ouvrage à l’autre. Certains donnent une altitude pour le Mt Aôral de 1810m.
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contentieux entre les deux royaumes voisins, en dépit des jugements rendus par la Cour Internationale de La Haye reconnaissant la souve-raineté du site et du promontoire aux Khmers, les Thaïs continuent d’en revendiquer violemment la propriété et exigent que le tracé de la fron-tière suive la ligne de crête plutôt que celle située en contrebas du ver-sant septentrional. À l’Est enfin : les deux provinces de Ratanakiri et de Mondolkiri, dans lesquelles s’épanchent les derniers sommets de la Chaîne Anna-mitique qui court tout au long de la péninsule indochinoise. Terre de mamelons peu élevés mais accidentés, elles sont encore couvertes, en partie, des forêts anciennes du Cambodge. Difficilement pénétrables, elles restent le refuge des dernières peuplades tribales de ce pays. Les Khmers les nomment « Khmers Loeu », les « Khmers d’en-haut », elles appartiennent, pour la majorité d’entre elles, au même groupe linguis-tique, dit « austro-asiatique », que les Khmers. Mais la quasi-totalité de la population cambodgienne demeure dans la « cuvette », regroupée dans sa majorité autour du vaste bassin aqua-tique qui occupe une bonne partie de la dépression et qui est vital pour le pays. Le Tonlé Sap, que les Occidentaux rebaptisèrent « le Grand Lac », en réalité le Boeung Tonlé Sap en khmer, le « Lac de la Rivière d’eau douce » occupe le fond de la cuvette. Le Tonlé Sap est non seulement le plus grand lac de l’Asie du Sud-Est mais encore, en ratio, la plus grande réserve halieutique du monde. Son émissaire le relie directement à l’autre ressource vitale du pays, le Mékong. Le Mékong, terme d’origine thaïe, le « Grand Fleuve » (Tonlé Thom) comme le surnomment les Khmers, est le plus long fleuve de l’Asie du Sud-Est : 4 180 km. Il traverse de part en part tout le Cambodge. Après les rapides et les défilés de son cours supérieur et moyen, après les im-pressionnantes chutes de Khôn, c’est dans la plaine que forme la cuvette qu’il s’évase majestueusement. Son bassin et celui du lac et ses af-fluents drainent toute la cuvette. Les rivières qui se jettent dans le fleuve ou dans le lac proviennent des rebords de cette cuvette et d’une petite chaîne montagneuse, isolée au nord-est du lac et parallèle à celui-ci : les Phnom Koulen. L’existence même de ce vaste réseau hydraulique conditionne celle du pays. La bordure orographique du royaume s’ouvre largement au sud. Par cette « ouverture » s’écoule le Mékong. Il se démultiplie en un vaste delta de plus de 55 000 km² et va se déverser dans la mer de Chine méridionale. Ce delta forme l’essentiel de ce que les Khmers nomment
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Kampuchéa kromd’aval », « Cambodge l’ancienne Cochinchine ou française, l’actuel Nam Ky viêtnamien. Ce fut le berceau de la première civilisation cambodgienne : le Fou Nan.
3 Les rois et le peuple du Fou Nan creusèrent, il y a quelque deux mille ans, des centaines de kilomètres de canaux qui reliaient les bras du Grand Fleuve entre eux, doublaient les rivières et les fleuves, débou-chaient sur le littoral marin, constituaient un immense réseau hydrogra-phique d’où émergea cette ancienne civilisation. Ouvrage gigantesque, d’une prodigieuse technologie. Les canaux les plus longs dépassaient deux cents kilomètres, d’un gradient constant. Ils bâtirent leurs villes au sein de ce réseau. Une levée de terre les entourait. Des chenaux dérivés des grandes artères fluviales se ramifiaient pour former une voirie urbaine au long de laquelle s’éle-vaient, érigées sur les talus, les maisons sur pilotis.
3 . Source : Ecole Française d’Extrême-Orient.
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Les canaux, qui servaient àl’irrigation et àla batellerie, partaient du Bassac et se dirigeaient, suivant la pente naturelle, vers la mer. Le pays comprenait le sud du Cambodge actuel et la Cochinchine. Il était par-couru par des centaines de canaux ś les plus importants servaient de col-lecteurs. Cet aménagement du réseau fluvial avait plusieurs objectifs : l’irrigation, la pêche, l’écoulement des eaux de la décrue et le transport des marchandises et duriz.Les villes, larges pour l’époque, étaient en-ceintes de murailles et de fossés (larges douves alimentées par les ri-vières et servant de réservoir), que peuplaient les crocodiles. Ces en-ceintes pouvaient mesurer 3 km x 2 km. Àl’intérieur, elles étaient par-courues par des canaux qui formaient un damier régulier, le long des-quels étaient distribuées les maisons sur pilotis. L’accès àla mer se fai-sait également par ces canaux ainsi que l’accès des bateaux de mer vers les villes. Ces canaux permettaient donc un commerce actif. De plus, servant également àl’irrigation, ils contribuaient àune importante pro-duction de riz (riz flottant). Comme aujourd’hui, l’irrigation se faisait par déversement à l’aide de noria, d’écope ou de systèmes semblables auxchadoufs etdelou égyptiens. On ne sait à partir de quelle date cet aménagement fut réalisé. 4 Mais il est attesté par les chroniques chinoises dès le IIIe siècle P.C.N. . Ces canaux, pour la plupart, sont toujours en usage. À l’époque co-loniale, l’administration française, suivie désormais par les administra-tions modernes, réaménagea et entretint ce réseau. À partir de mai, les eaux issues de la fonte des neiges des sommets tibétains viennent grossir celles du Mékong lequel prend sa source sur ce même plateau tibétain à environ 5 000 m d’altitude. Les pluies de la mousson dès juin renforcent ce phénomène. Dans la plaine alluviale cambodgienne, après Kratié, les eaux du Mékong peuvent ainsi monter progressivement de près de 10 m. Les riverains tirent profit de cette variation importante du niveau du cours du fleuve, dans la mesure où cette variation ne s’avère pas trop brutale. À l’étiage, pendant la saison sèche, le fleuve laisse apparaître des bancs de sable ou des îlots alluvionnaires. Depuis au moins le XIXe siècle, le chef du village auquel appartiennent ces parcelles
4 :post christum natum(« Après la naissance du Christ »).
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