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Cameroun

156 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296151352
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CAMEROUN, MÉMOIRE D'UN COLONISÉ

DANS LA MÊME

COLLECTION

Eugène WONYU : Cameroun, de l'uPc à l'uc, témoignage à l'aube de l'indépendance (1953-1961), 1985, 336 p. Sékou TRAORÉ: La Fédération des Étudiants d'Afrique Noire en France (F.E.A.N.F.), 1985, 104 p. Magatte Lô : Sénégal, l'heure du choix, 1986, 107 p. Gaston DONNAT : Afin que nul n'oublie, l'itinéraire d'un anticolonialiste (Cameroun, Algérie, Afrique), 1986, 400 p. Pierre TITI NWEL: Thong Likeng, fondateur de la religion de Nyambebantu (Cameroun), 1986, 238 p. Ardo OUSMANEBA : Camp Boiro, sinistre geôle de Sékou Touré, 1986, 276 p. Birago DIOP: Du temps de, mémoires IV, 220 p. Léon KAPTUE: Travail et main-d'œuvre au Cameroun sous régime français (1916-1952), 282 p. Jean CHAPELLE: Souvenirs du Sahel, 288 p.

Théodore ATEBA YENE

CAMEROUN, MÉMOIRE D'UN COLONISÉ

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@

L'Harmattan,

1988

ISBN 2-7384-0097-3 ISSN: 0297-1763

A V ANT -PROPOS

J'avais souvent eu l'occasion, aussi bien avec mes enfants, que mes amis et autres relations, pendant les périodes de détente, de relater certains souvenirs des événements très importants que j'avais vécus depuis mon enfance jusqu'à l'âge de l'adolescence. Mes enfants et mes amis m'avaient demandé de rassembler les souvenirs de ces événements dans un livre étant donné leur caractère précieux. Ces souvenirs des faits vécus n'ont pas pour objectif de susciter ou de raviver une haine à l'endroit d'une quelconque communauté, fût-elle blanche. Mais à l'instar de Frédérick Douglas qui écrivit Les mémoires d'un esclave, dans l'édition Maspero à Paris, je me suis senti dans l'obligation impérieuse, quelles que soient les difficultés auxquelles ces révélations m'exposent, d'éclairer là postérité qui a le droit de connaître tout ce qui s'est passé dans notre cher pays, le Cameroun. Dans l'introduction, je tiens à attirer l'attention du lecteur sur l'orthographe du Cameroun écrite soit avec « K » soit avec « C ». De la période de 1884 à 1918, son orthographe était «Kamerun ». Ce n'est qu'après le départ des Allemands que les Français la transformèrent en « Cameroun ». Il avait fallu plusieurs années d'hésitation, pour que le 30 avril 1986, ma décision fût prise après une veillée avec mes enfants dans mon appartement en banlieue parisienne, au cours de laquelle un grand tour d'horizon de ces souvenirs leur fut brossé. Je saisis ici l'occasion de remercier la communauté des Mayens-de-Sions, petite bourgade suisse en altitude sur l'une des multiples montagnes de Sierre dans le Canton 5

du Valais, et plus particulièrement la famille Schwetteger qui en mai 1986, mit gracieusement son chalet ainsi que toutes les commodités adéquates à ma disposition. Grâce à ce cadre idéal et propice à l'inspiration, j'eus le loisir de coucher noir sur blanc, ces quelques faits que je m'en vais vous relater dans les pages qui suivent.

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PRÉFACE

Lorsque j'eus la primeur de cette œuvre attachante, ma réaction première fut quelque peu sceptique. Depuis le 6 novembre 1982, les Camerounais semblent être atteints de logorrhée collective aiguë: la politique de renouveau de Paul Biya représente pour eux une immense espérance qu'il est difficile de comprendre à l'extérieur. Seuls, peut-être, peuvent comprendre les Russes qui ont vécu la Révolution d'Octobre ou les Espagnols du roi Juan Carlos qui ont connu la dictature franquiste. Ce renouveau porté par un espoir des masses aux proportions parfois insoupçonnées par le pouvoir, semble avoir ouvert les vannes d'une pensée comprimée, réprimée et brimée pendant vingt cinq ans. Alors, de plus en plus, les Camerounais parlent, discutent, se contredisent, confèrent à la radio, à la télévision toute neuve, dans les colonnes de leurs journaux; lors de séminaires, de colloques, de conférences, de débats, de tables rondes. Il n'yen a jamais tant eu depuis l'avènement de « l'homme du 6 novembre ». Nombreux sont également ceux qui prennent la plume: journalistes devenus écrivains, essayistes, enseignants, chercheurs, politiciens. Les résultats de cette liberté d'expression nouvellement accordée ne sont pas toujours très probants: œuvres parfois écrites trop vite, nombreuses sont celles à qui manque la totalité essentielle d'une œuvre qui est de susciter l'intérêt du lecteur. Il en est tout autrement de l'œuvre que l'on va lire et qui ne peut laisser le lecteur indifférent. Elle suscitera même des réactions assez violentes. Ecrite par un autodidacte érudit et un grand voyageur reconverti dans les affaires, cette œuvre, impensable seulement il y a cinq ans - avant l'arrivée de Paul Biya au pouvoir -, est une œuvre écrite avec passion et sentiment. Disons tout de suite ce qu'on n'y trouvera pas: les grandes analyses, les gran-

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des constructions monolithiques qui essaient de rationaliser l'histoire en « causes» et en « conséquences ». Il ne s'agit pas non plus d'un traité historique. Nous avons là en fait, un simple récit. Mais quel récit! Tout d'abord, le sujet même est un défi: l'auteur se propose de relater les graves événements qui ont marqué la vie des Camerounais dans les deux quarts de siècle qui ont précédé et suivi l'indépendance. Epoque mouvementée du Cameroun s'il en fut. Si le sujet en lui-même est remarquable, il ne manquera pas en outre d'instruire Camerounais et étrangers de tous bords, et de susciter de passionnantes controverses, l'une des raisons étant que la plupart des Camerounais et étrangers qui ont vécu ces événements ou qui en ont été les acteurs sont encore vivants. En effet, Ateba Yene nous propose ici une peinture des événements tels qu'il les a perçus. Et il nous fait un récit très dur. Très dur. C'est une œuvre qui ne sera pas aimée de tout le monde car elle risque de gêner. L'auteur y révèle un esprit indépendant, intransigeant et sans compromis. Dans la peinture de cette époque troublée qu'il nous fait, certains épisodes coloniaux par exemple n'ont rien à envier à Soweto - il le dit lui-même - et semblent culminer dans le règne sans partage de vingt-cinq ans du chef de l'ancien régime, Ahmadou Ahidjo. Celuici apparaît comme un Hitler aux petits pieds d'autant plus dangereux et impuni que contrairement à son émule allemand, il se gardait de toute publicité et a réussi jusqu'à nos jours le tour de force de se faire sanctifier comme l'un des dix sages de l'Afrique, même par Amnesty International dont l'esprit colonial peu sérieux se reflète dans le silence de ses rapports sur les horreurs de l'apartheid contre les Noirs d'Afrique du Sud. Dans ces Mémoires d'un colonisé, Ateba Yene égratigne tour à tour les Français, les communistes, les Américains et leur réarmement moral des années 50 contre les Soviétiques ainsi que les Soviétiques eux-mêmes. Cependant sa plume rageuse s'en prend principalement aux Camerounais eux-mêmes et parfois à des amis de longue date. Homme d'affaires avisé donc sensible, perméable aux concepts d'intérêt et de bénéfice et promoteur d'une entreprise de fabrication de mousse de polyuréthane qui a ravitaillé plusieurs provinces camerounaises pendant 8

la décennie, Ateba Yene, l'écrivain, s'en prend pourtant ici aux profiteurs de toute sorte, de tout acabit pour qui l'idéalisme des autres n'est qu.'un moyen supplémentaire pour s'enrichir: sous cet angle, il place au même rang les profiteurs d'idéalisme politique et les profiteurs d'idéalisme religieux. Aucun homme qui manifeste des inclinations à l'égoïsme ne trouve grâce à ses yeux, et la. plus grave preuve de l'égoïsme est pour lui de changer d'idéal comme on change de veste. Enfin, selon lui, rien n'excuse les traîtres. Entier, intransigeant sur le plan des principes, il fustige tous ceux qui se sont servis sans vergogne d'une situation pour mieux se servir des autres et se servir eux-mêmes. Dans cette optique, on ne manquera pas de retenir des portraits d'une férocité que certains qualifieront d'extrême. Parmi eux, celui de l'ancien maire de Yaoundé - reconduit à ce poste ad infinitum jusqu'à sa mort par Ahidjo. Dans la même veine également il faut ranger le portrait de l'ancien premier ministre André-Marie Mbida: en ces temps de rassemblement démocratique prôné par les nouvelles autorités de Yaoundé, de tels portraits apparaîtront à certains fort injustes. En revanche, le lecteur appréciera à leur juste valeur d'autres portraits comme celui, attachant, pittoresque par moments et attendrissant, bien que traînant des relents inquiétants d'ambiguïté politique, du grand tribun des assemblées sénatoriales françaises, Charles Okala. Aucun doute, l'auteur n'a pas cherché à dissimuler ses sympathies et encore moins ses antipathies bien au contraire, et il lui a fallu pour les exposer un certain courage. Mais s'il a pris ce risque, c'est qu'il veut faire œuvre utile, partager ce qu'il sait, ce qu'il a vécu avec ceux qui n'étaient pas là ou ceux qui étaient trop jeunes entre les années 50 et les années 60 pour se souvenir. Ce qui donne son prix et impartit un intérêt certain à ce livre, c'est le fait que l'histoire, les événements politiques connus, maintes fois relatés, soient racontés ici par quelqu'un qui les a réellement vécus: tour à tour spectateur, et souvent acteur, maintenant simple chroniqueur du temps jadis, Ateba Yene nous apporte ici un témoignage. Le témoignage d'une certaine époque du Cameroun. C'est la raison pour laquelle le livre prend par endroits des allures de biographie où le décor met directement en scène, soit l'auteur 9

lui-même, soit son père, un parent ou un membre de sa famille, comme dans le mémorable et succulent épisode où après une condamnation arbitraire du père de l'auteur par un tribunal raciste, son avocat antillais se met à fourrager dans son sac pour chercher une justice qu'il ne trouve pas au Cameroun. Mais l'on commettrait une erreur en ne voyant dans ces épisodes qu'une intention biographique, et les avatars d'une famille camerounaise sous la colonisation. L'auteur va au-delà de la simple anecdote. Plus qu'une biographie, il s'agit là d'une chronique africaine des temps modernes. Temps modernes qui paraîtront à beaucoup de lecteurs de la jeune génération comme étant des temps plutôt préhistoriques, en particulier lorsqùe ceux-ci liront les épisodes relatifs aux invraisemblables brimades de toute sorte, judiciaires, ouvrières, sexuelles, perpétrées autant par l'administration coloniale que par les hommes d'Eglise et les politiciens. ~uvre de souvenirs personnels certes, mais aussi œuvre d'histoire sociale. En fait, le principal personnage mis en scène dans cette « biographie» est le Camerounais au Cameroun depuis le protectorat allemand, vite expédié car l'auteur ne l'a pas connu, jusqu'aux temps du mandat et de la tutelle française. Cette vie quotidienne des Camerounais au temps de la colonisation, nous la vivons sur plusieurs niveaux jusqu'aux affres de l'Indépendance et les dernières années de l'ancien régime. Non pas à travers la manipulation des idées mais à travers des êtres de chair et de sang: au niveau plancher, le petit peuple des gagne-petit qui semble n'avoir aucun droit et qui réussit on ne sait trop comment à survivre à toutes les astuces qui ont été inventées par l'homme pour asservir les autres hommes depuis Abraham, à moins que ce ne soit depuis Cham, le fils de Noé, qui s'était moqué de son père nu et ivre sous la tente et que l'on prend communément pour l'ancêtre de la race noire. Au niveau médian, comme nous le dit l'auteur lui même, les Noirs « évolués» c'est-à-dire dont le métier, l'instruction faisaient qu'on les tolérait comme des demi-blancs. Et enfin au sommet de la pyramide humaine, les Blancs et les missionnai-

res.

.

L'auteur n'est pas très tendre envers l'Eglise catholique, ou plutôt pour être exact et juste, envers son 10

« staff» : de ce point de vue, on serait tenté ici de lui asséner un peu trop hâtivement le qualificatif d'« anticlérical », d'« athée» ou d'« anti-catholique ». Rien n'est plus faux: la plupart des épisodes qu'il relate, et qui mettent en exergue le rôle peu reluisant et peu flatteur de certains hommes d'Eglise au Cameroun lors de la période coloniale, sont toujours étayés par des faits détaillés. Pour le lecteur sensible, certains de ces épisodes seront à la limite du supportable. Mais à la décharge d'Atebe Yene, on peut en dire autant des épisodes « laïcs» ou « profanes ». Cette chronique palpitante de la vie quotidienne des Camerounais pendant environ cinquante ans se lit comme un roman: nous avons affaire ici, non pas à une chronique linéaire mais à des tranches de vie parfois saignantes. L'auteur est servi par une mémoire phénoménale. Une mémoire cependant sélective qui procède par bonds: il ne raconte que ce qui l'a naguère frappé et dans cette optique c'est un auteur sincère. La forme d'esprit de l'auteur le pousse surtout à retenir les contradictions, l'étrange, le cocasse. On retiendra, entre autres, l'incroyable, pour la jeune génération, et inoubliable anecdote du tout premier Noir à Yaoundé marié à une Blanche et qui pour satisfaire la curiosité des habitants incrédules doit s'exhiber tous les matins devant la foule avec sa dulcinée comme deux poissons dans un aquarium ou deux animaux dans un zoo. Le récit est truffé de telles anecdotes, la plupart inédites et souvent savoureuses. Un nombre impressionnant de sujets sont abordés: politique, religion, problèmes sociaux, racisme, corruption. Ce récit est servi par une prose vivante, « parlée », imagée, tout en mouvement comme son auteur qui se défend souvent d'être un philosophe et un contemplatif mais admet être un homme d'action. Et cette prose généreuse, prolixe, si « parlante» finit par entraîner les réticences. L'ironie est une arme continuellement utilisée et maniée par l'auteur aux seules fins de fustiger l'injustice partout présente, l'égoïsme et l'écart flagrant entre la grande proclamation politique, idéologique ou religieuse et la réalité des faits. Alors, l'auteur est-il un iconoclaste? Un anti-Français ? Un « anar » ? On a envie de lui demander après certains chapitres: « Mais pour qui êtes-vous donc? Ou pour quoi? » A cela nous pouvons répondre à la lumière de 11

ce qui transparaît dans certains passages du livre: l'auteur est pour la justice, contre les idées sécurisantes hypocrites transmises de génération en génération, pour le respect de l'humanité quelle que soit la couleur de la peau. Et si par hasard, comme Yahweh dans Sodome et Gomorrhe, il rencontre un juste, alors il devient lyrique, comme envers cette famille française qui, avec deux ou trois autres, sortait du lot commun du colonialisme ou encore envers ces trois syndicalistes français, un instituteur, un cheminot et un géomètre, qui en fait ont été les Pères Fondateurs, Founding Fathers - du syndicalisme camerounais. En fait, au bout de ce périple que nous avons entamé avec lui, l'auteur apparaît dans cette œuvre comme un grand sentimental, un incorrigible idéaliste. Le chercheur, l'historien trouveront peut-êtrel matière à glaner ici pour leur recherche, car l'anecdote vécue et rapportée est irremplaçable pour l'historien: c'est grâce à elle souvent qu'il peut capter l'esprit d'une autre époque et en faire la synthèse. Mais là n'est pas la prétention de l'auteur dans cette fresque historique qu'il nous offre à grands coups de pinceau, ralentie seulement par des battements de cœur; et nous l'envions finalement d'avoir été le spectateur privilégié d'une époque révolue. Gisèle Tchoungui, Chargé de cours à l'université de Yaoundé, 4 septembre 1986.

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INTRODUCTION

Au Cameroun, Comment finirent les combats des gladiateurs
Les batailles et les guerres, aussi bien celles des tranchées de 1914-1918 que celles nucléaires de nos jours, requièrent un. grand déploiement de forces en matériel et surtout en savoir-faire. Pour les mener à bien, il faut disposer de tous ces atouts. Cet ouvrage qui sort des sentiers battus et dont l'auteur n'est pas un universitaire, n'a aucunement la prétention de se substituer aux abondants manuels scolaires et romantiques déjà existants, ni de constituer un démenti formel sur tout ce qui a été écrit auparavant sur le Cameroun par d'éminents hommes de lettres aussi bien nationaux qu'étrangers. Il ne doit pas non plus être placé parmi les mémoires qu'écrivent des hommes célèbres, son auteur étant jusque-là un citoyen dans son pays, le Cameroun. Les jours se suivent mais ne se ressemblent point. L'histoire du Cameroun, ou plutôt les faits les plus marquants de son histoire, ont été sérieusement déformés sinon même transformés, soit par méprise ou par l'ignorance de ces faits, soit plus exactement par un simple souci de complaisance à l'endroit du pouvoir omnipotent en place à l'époque. Sans être censeur, dans une certaine mesure, l'auteur est enclin à croire que la dernière hypothèse est la plus plausible. « Au Cameroun, comment finirent les combats des gladiateurs » ; à priori, le lecteur se posera la question de savoir le rapport de ce titre qui évoque une époque révolue de l'antiquité avec nos temps modernes. « A ve Caesar morituri te salutant » : honneur à César, ceux qui vont mourir te saluent. Ces paroles rituelles 13

étaient prononcées par les gladiateurs romains qui défilaient avant les combats devant la loge impériale de César Auguste. Ce titre semble paradoxal de nos jours. Mais à quelques rares exceptions près, il est le reflet de tout ce qui s'est passé au Cameroun. Les gladiateurs ici sont représentés par les hommes politiques camerounais qui se sont livrés une bataille sans merci avec pour objectif la conquête du pouvoir; l'arène étant le Cameroun, et, César Auguste, la France, ancienne puissance tutrice et tutélaire de tous les temps. Le lecteur trouvera certains documents authentiques relatifs à l'époque coloniale, entre autres, la préface du gouverneur J. Repiquet du 20 mai 1936 de L 'œuvre de la France au Cameroun, ainsi que la loi du 29 Juillet 1913 ayant pour objet d'assurer le secret et la liberté de vote, la sincérité des opérations électorales Outre-Mer et quelques professions de foi~ des candidats aux élections au Cameroun. Ces documents apportent le témoignage selon lequel, nonobstant certaines lacunes de la colonisation, la France a toujours été soucieuse de la démocratie, même si parfois celle-ci fut bafouée aux colonies par certains de ses représentants peu scrupuleux envers ce noble idéal.

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Après de longues négociations, le gouvernement français, estimant qu'il n'était aucunement responsable en droit des engagements et dettes contractés par les Allemands, rejeta en bloc les revendications sur les expropriations présentées par les chefs traditionnels Douala. Les principaux intervenants et signataires de ces pétitions avaient pour noms: Ngaka Akwa chef des Akwa ; Eyoum Ekwalla chef des Deido ; Mbape Branga chef des Bonabery ; et Théodore Lobessel, alias Lobesell. Les revendications foncières, présentées jadis d'une manière artisanale par les chefs Douala, prirent une tournure juridique aussi bien dans le fond que dans la forme avec l'arrivée de Vincent Gant y, originaire du Dahomey (actuel Bénin). Nous citons Le Vine de la page 150 à 152 : « Au début de 1931, les chefs Douala trouvèrent un porte-parole en la personne d'un certain Vincent Gant y, lequel, selon les autorités françaises, était un Africain qui autrefois avait travaillé au service des douanes en Guinée. Gant y arriva à Douala et, apparemment, s'associa aux chefs Douala. L'administration soutint que Gant y « abusait de la crédulité des Noirs dans une circonscription (Douala), au moyen de prodiges et de pseudo-miracles ». Gant y activa à tel point l'agitation que l'administration! l'emprisonna et infligea une peine semblable au plus turbulent des chefs. Après sa mise en liberté, Gant y se rendit à Paris pour y continuer sa lutte (1). Arrivé à Paris, Gant y commença à accabler la Commission permanente des mandats de pétitions et de mémorandums. Il se donna le titre de « délégué en Europe des citoyens noirs du Cameroun» et, en même temps qu'un mémorandum, présenta une lettre signée par cinquantequatre chefs, notables et simples citoyens, qui lui conférait le titre d' « unique agent en Europe du peuple camerounais », ayant tout pouvoir pour traiter toutes affaires en son nom (2). L'administration accusa Gant y de s'intituler « le défenseur des peuples noirs opprimés », de tenter d'instituer une république du Cameroun sur le papier,
(1). XXII. CPM. 1932. 214. Voir aussi Rapport du Cameroun (1931), p. 26; XXI. CPM. 1932. 142. 217. (2). Voir XXI. CPM. 1932. 142, 217, relatifs à la pétition de Gant y du 18 mars 1931. 17