Canada Québec en bref

De
Canada-Québec en bref propose ce minimum qu’il faut savoir pour comprendre le présent.La rencontre entre Français et Indiens ; le peuplement de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre, les affrontements coloniaux, la fin des alliances franco-indiennes, l’ultime French and Indian War; le schisme anglo-saxon, les États-Unis se séparent de la Grande-Bretagne, l’Amérique du Nord scindée en deux, la Province de Québec issue de 1763 et 1774 donne naissance à deux Canadas; majoritaires dans le Bas-Canada, les députés Canadiens français réclament le contrôle complet du budget et le vote des lois; la double rébellion; Londres réplique par l’Union des deux Canadas (1841) qui fera place à la Confédération canadienne (1867); l’industrialisation n’empêche pas l’exode des Canadiens français vers les États-Unis; l’expansion vers l’ouest provoque la révolte des Métis, l’exécution de Louis Riel ; les guerres mondiales et, entre les deux, la crise économique; la révolution dite tranquille, l’évolution de l’idée d’indépendance, le rapatriement de la constitution, les revendications amérindiennes; la loi sur les langues officielles n’arrête pas l’assimilation des francophones de l’extérieur du Québec, une nouvelle mosaïque canadienne ; l’impasse constitutionnelle.En bref• Un survol de ces questions, et de quelques autres, en dix pages ;• Un cahier de 32 pages d’illustrations en couleurs sur des sujets souvent méconnus ;• Une chronologie de 36 pages qui situe le politique dans la trame socio-économique et le contexte culturel.Chercheure efficace et éditrice expérimentée, Marcelle Cinq-Mars est associée aux éditions du Septentrion depuis près de dix ans.Denis Vaugeois, pour sa part, partage son temps entre l’édition et la recherche. Ces dernières années, il a signé L’Indien généreux, Québec 1792 : les acteurs, les institutions et les frontières et La Fin des alliances franco-indiennes.
Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782896642540
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marcelle cinqmars
denis vaugeois
CANADA QUÉBEC e n b r e f 1534-2000
septentrion Extrait de la publication
Les éditions du Septentrion remercient le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) pour le soutien accordé à leur progr amme d’édition. N ous reconnaissons également l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition.
Mise en pages : Gilles Herman Révision : Solange Deschênes Conception du cahier couleurs : Bleu Outremer Maquette de couverture : Folio infographie Illustration de couverture :Canoes in the fog, Lake Superior,1869. Huile de Frances Anne Hopkins (1838-1919). Collection du Glenbow Museum, Calgary. Cette mag nifique toile résume en quelque sorte l’histoire du Canada : le canot de type rabaska est de conception indienne, l’équipage est canadien et la flottille appartient à la Compagnie de la Baie d’Hudson pour laquelle travaille le mari de l’artiste. Ils sont en route vers l’intérieur du continent. Sur le dos du livre, une aquarelle sur le même sujet et de la même artiste.
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© Les éditions du Septentrion 1300, avenue Maguire Sillery (Québec) G1T 1Z3 ISBN 2-89448-174-8
e Dépôt légal – 4 trimestre 2000 Bibliothèque nationale du Québec
Extrait de la publication
Diffusion au Canada : Diffusion Dimedia 539, boul. Lebeau Saint-Laurent (Québec) H4N 1S2
Diffusion en Europe : Librairie du Québec 30, rue Gay-Lussac 75005 Paris France
3 ¥ Espagnols, Portugais, Anglais, SURVOLFranÁais ? Tous pareils ? Hollandais, 14921763 Le seul point commun : chaque rencontre est le point de départ d’échanges qui modifieront profondément, sinon totalement, les deux vieux mondes qui entrent 1 ¥ Pourquoi ce nom dÕIndiens ?en contact à partir de 1492, année du premier voyage de Christophe Colomb. Deux vieux mondes ? Oui, Dans une lettre de février 1493, Christophe Colomb l’Europe et l’Amérique sont deux vieux mondes, lieux résume son « voyage aux Indes » et parle des « Indios » de grandes civilisations. Tous deux sont des « nouveaux qu’il a rencontrés. En route pour le royaume du grand mondes » pour l’autre, mais il est impropre de Khan (le Cathay), il rêvait d’atteindre le « Paradis désigner l’Amérique comme le « Nouveau Monde », terrestre ». Lorsqu’il atteint les Antilles, le climat sauf aux yeux des Européens de l’époque, comme il est tempéré lui laisse croire qu’il est près de son but. Les abusif de parler de « découverte » de l’Amérique en habitants sont nus, hommes et femmes. Ils n’en 1492. Celle-ci n’a pas attendu Colomb pour exister. ressentent aucune gêne, aucune honte, comme des Il vaut donc mieux parler de rencontre qui sera êtres en marge du péché originel ! suivie d’échanges, non seulement d’objets mais aussi « Ils étaient bien faits, écrit-il, très beaux de corps et surtout d’idées, de façons d’être. Les Européens ne et de visage ». Les Tainos en particulier l’émerveillent. s’y trompent pas : ils seront friands de cette littérature Peuple de 3 millions en 1492, ces derniers ont presque qui leur décrit les sociétés amérindiennes. disparu 50 ans plus tard, victimes des massacres et des épidémies. Ils ont le temps de léguer à l’humanité 4 ¥ Une histoire qui se rÈpÈtera quelques mots comme canot, hamac, pirogue, maïs Tout indique que la première rencontre entre Colomb devenu blé d’Inde, tandis que la région elle-même et Guacanagari, chef indien des Antilles, fut cordiale. devient les Indes occidentales (West Indies). Dès l’année suivante, les choses se gâtèrent. Lors de Il faut rappeler que Colomb avait préparé son son second voyage, Colomb ne retrouva pas ceux qu’il voyage à l’aide des calculs du géographe grec Ptolémée avait laissés sur place. Leur comportement inhumain qui avait évalué la circonférence de la terre à 28 000 leur avait été fatal, expliqua Guacanagari. Les Espa-km, soit 12 000 de moins que la réalité. Il n’est pas gnols réagirent avec brutalité ; les épidémies firent le étonnant qu’en touchant les Antilles Colomb se soit reste. cru en Inde. 5 ¥ Le testament dÕAdam 2 ¥ Peut-on parler de gÈnocide ? Dès 1493, le pape Alexandre VI accordait aux Espagnols La population des Amériques était sans doute compa-tout le territoire à l’ouest d’une ligne longitudinale qui rable à celle de l’Europe à l’époque de Colomb, soit passait sur la pointe du Brésil. L’année suivante, ce autour de 100 millions d’habitants. Au fur et à mesure tracé était repoussé un peu vers l’ouest et confirmé de la progression des contacts avec les Européens, des dans le traité de Tordésillas. C’est ainsi que le Brésil maladies, inconnues jusque-là en Amérique, firent des sera colonisé par les Portugais et que les autres nations ravages indescriptibles. Ce n’est pas Cortez qui vint à européennes seront priées de reconnaître la souve-bout des Aztèques, ni Pizarre des Incas, ce furent les raineté espagnole sur le reste de l’Amérique. Elles épidémies. La maladie précédait les troupes. Les armes demanderont à voir le testament d’Adam ! à feu, les chevaux, les chiens de combat ou même les Hollandais, Anglais et Français se lanceront peu trahisons sont des causes secondaires. à peu à l’assaut de l’Amérique du Nord, territoire Pour autant, peut-on parler de génocide ? Oui, en négligé par les Portugais et les Espagnols par ailleurs ce sens qu’il s’agit d’une extermination à peu près fort actifs au sud. À l’arrivée de Champlain en 1603, les complète d’une population, bien qu’il ne s’agisse pas colonies espagnoles comptent déjà 160 000 habitants de « destruction méthodique ». Qui en effet aurait pu répartis dans 200 villes ou villages, dominant plus de croire à de tels effets dévastateurs dus à la grippe ou à 5 millions d’Indiens et 40 000 esclaves noirs. la variole ?
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de leur position géographique, entourés qu’ils sont 6 ¥ LÕaventure coloniale franÁaise par les Hollandais, les Anglais et les Français et que les Des Français tenteront des expéditions au sud, soit au ressources en fourrures de leur propre territoire se Brésil, soit en Floride. Elles sont le fait de protestants. font plus rares. Tous ceux qui s’allient aux Français Raison de plus pour les Portugais et les Espagnols de deviennent leurs rivaux, sinon leurs ennemis. Ils ont les massacrer. aussi besoin de reconstituer leur groupe. Les Hurons C’est un navigateur de Saint-Malo, Jacques sont dans leur mire. Ils détruisent la Huronie, Cartier, qui fera connaître, par trois voyages réalisés de massacrent les uns mais cherchent surtout à intégrer 1534 à 1542, le fleuve Saint-Laurent, région qui le maximum de captifs. L’Iroquoisie s’étendra dans donnera naissance au Canada. toutes les directions. Après les Mohicans et les Hurons, Pourquoi ce long silence entre les voyages de ce sera les Neutres, les Ériés, les Miamis, les Illinois, etc. Jacques Cartier et ceux de Samuel de Champlain ? Silence n’est pas synonyme d’absence. Il arrive!8 ¥ NewYork fut dÕabord une ville hollandaise tout simplement que ceux qui fréquentent le Saint-Henry Hudson était à l’emploi d’une compagnie Laurent entre 1540 et 1603 n’écrivent pas. Ils viennent hollandaise. En 1609, il se trouve à l’embouchure de la pour la morue, aliment important à l’époque, et rivière qui portera son nom. Il amorce un important s’intéressent progressivement au castor devenu commerce avec les Indiens installés le long de cette follement à la mode. rivière. En 1626, on raconte que Pierre Minuit, alors Champlain rompt ce silence. Il écrit, dessine, gouverneur des colonies hollandaises, aurait acheté explore et cartographie. En 1603, il est chez les des Indiens Shinnecock l’île de Manhattan. Montagnais dans la région de Tadoussac. Il convient Tout comme les Français, les Hollandais multi-avec le chef Anadabijou d’une alliance contre les plieront les traités d’amitié et de commerce avec les Iroquois. Dans la troupe de Champlain, il y a un Indiens. La légende fait remonter la première alliance Indien qui rentre de France et qui déclare que le roi à 1613 ; elle prendra la forme d’une « chaîne de fer » Henri lV (qui l’aurait reçu en audience) assure les avant de devenir la célèbre « Covenant Chain » ou Montagnais « qu’il leur voulait du bien, qu’il désirait « Chaîne d’alliance ». Les Anglais soumettront les peupler leur terre et faire la paix avec leurs ennemis ou Hollandais en 1664. Nieuw Amsterdam devient New leur envoyer des forces pour les vaincre ». Anadabijou, York et Fort Orange, Albany. Les Hollandais s’assimi-après s’être dit « fort content d’avoir Sa Majesté pour leront lentement. grand ami, se dit fort aise que sa dite Majesté peuplât leur terre et fit la guerre à leurs ennemis ». Le chef9 ¥ Le peuplement indien ne croit pas à la paix, il opte pour l’assistance Après l’expédition de 1585 conduite par Sir Walter militaire. Raleigh, bien connue grâce au libraire-éditeur Richard Hakluyt et au dessinateur John White, il y aura , à 7 ¥ Peupler leur terre ? O˘ sont les Indiens ? l’embouchure de la rivière James (en Virginie), une Mystérieusement, après Cartier, le Saint-Laurent a nouvelle tentative d’établissement conduite par John perdu une large partie de sa population. Les guerres ? Smith parallèlement aux efforts de Champlain à Les épidémies ? On ne sait trop. Québec (1608). Champlain veut explorer le nord, remonter le C’est là qu’intervient la célèbre Pocahontas qui Saguenay, aller vers l’ouest, remonter le Saint- épousera finalement John Rolfe, un colon anglais. Ce Laurent ; les Montagnais cherchent à le retenir. Ils se mariage qui a laissé au moins un descendant est proposent comme intermédiaires, comme le feront les l’occasion de souligner une grande différence de Algonquins de la région de Trois-Rivières ou de comportement entre Anglais et Français vis-à-vis des l’Outaouais et les Hurons du nord des Grands Lacs. Indiens ou plutôt des Indiennes. Lorsque Champlain y parvient enfin, il est émerveillé. Ainsi Champlain raconte qu’il a, un jour, déclaré Il a trouvé de nouveaux intermédiaires possibles, mais devant le chef Capitanal : « Nos fils marieront vos mieux installés et mieux placés. Les Iroquois, au filles, nous formerons un nouveau peuple ». Même si courant de tout, se voient aussi dans un rôle d’inter- peu de mariages sont conclus entre Blancs et Amérin-médiaires d’autant qu’ils comprennent les avantages diennes, beaucoup d’unions libres se forment. C’est la
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règle à l’ouest de Montréal. Dans les colonies anglaises, Maricourt ou Chabert de Joncaire, le dialogue est le métissage est moins fréquent et le plus souvent mal maintenu avec les Iroquois. Ils seraient prêts à faire la vu. paix avec les Français, mais non avec leurs alliés Les problèmes politiques et religieux de l’Angle- indiens. Pendant une trentaine d’années, ce sera la terre poussent vers l’Amérique des vagues successives valse hésitation ponctuée de raids et d’enlèvements. d’immigrants qui fondent les Treize Colonies à Français et Anglais s’intègrent ainsi dans les commu-l’origine des États-Unis. nautés amérindiennes. Phénomène d’autant plus À l’époque deux fois plus peuplée, la France est intéressant qu’il concerne autant les femmes que les un pays uni où dominent les catholiques. L’immi- hommes, tandis qu’on ne connaît pas de cas inverse, gration vers l’Amérique est faible et interdite aux non- c’est-à-dire d’adoption réussie d’Indiens chez les catholiques. Juifs et protestants sont exclus. Français ou les Anglais. Dans les colonies anglaises, on trouve donc des Pendant cette période les Français se répandent familles qui veulent s’établir et qui convoitent la terre, sur le continent. Dans toutes les directions et toujours tandis qu’en Nouvelle-France il y a surtout des plus loin. La région des Grands Lacs devient un célibataires, hommes de métier et soldats. extraordinaire lieu de rencontres, d’échanges, de métissage. Les Français s’intéressent au commerce et 10 ¥ Gr‚ce ‡ la menace iroquoise ! profitent à plein de cette vie d’indépendance et de liberté. Ils s’avancent en célibataires et ne convoitent À plusieurs reprises, la menace iroquoise est telle que pas la terre. Ils pratiquent la cohabitation. Le roi l’avenir de la colonie française est compromis. Para-multiplie par leur intermédiaire les alliances politico-doxalement, ce péril assurera un démarrage démogra-militaires. Elles atteignent un sommet à l’été 1701 phique par la venue de renforts militaires : le régiment alors qu’une quarantaine de nations indiennes font la de Carignan en 1665. Ce contingent de plus de mille paix à Montréal. Les Iroquois sont du nombre. soldats fournira à la colonie plusieurs centaines de colons. Les officiers se voient offrir des seigneuries. Ils 12 ¥ 1713 annonce 1763 laisseront leur nom à plusieurs localités : Lavaltrie, e Varennes, Verchères, Contrecœur, Saint-Ours, Sorel, Au début du 18 siècle, la population d’origine Chambly, Berthier, La Durantaye, etc. européenne est d’environ 15 000 personnes dans Pour compléter l’opération, il faut des « filles à l’ensemble de l’Amérique française qui s’étend du marier ». Depuis les débuts, il n’en est pratiquement golfe du Mexique à la baie d’Hudson laissant aux pas venu. Les autorités s’en mêlent, dont Sa Majesté. colonies anglaises la côte atlantique (du Maine à la Sur une période d’une douzaine d’années, quelque Virginie) où s’entassent (!) plus de 300 000 colons. 850 filles du roi — le roi les prend à sa charge — Ce déséquilibre démographique annonce la fin. seront recrutées et envoyées en Nouvelle-France. Des Elle surviendra en 1760 avec la capitulation de filles dans la vingtaine, orphelines et toujours Montréal face à des troupes anglo-américaines de célibataires, aptes à fonder un foyer. Il est à noter que 20 000 hommes. L’année précédente, une armada de ces filles venaient principalement de la région près de 200 navires montés par 30 000 hommes avait parisienne où l’usage du français dominait, ce qui fait le siège le Québec, dévastant la région immédiate. n’était pas le cas dans toutes les régions de France. Wolfe et Montcalm s’étaient affrontés sur les plaines Leur influence en Nouvelle-France fut déterminante. d’Abraham. Si on parle français au Québec, ce serait grâce aux Cette guerre de la conquête, ainsi nommée par Iroquois ? plusieurs historiens québécois, était en réalité un des volets d’un conflit européen : la guerre de Sept Ans 11 ¥ La paix de MontrÈal de 1701 (1756-1763). Pour les Américains, c’était la troisième (ou X ième) French and Indian War. Depuis près de Grâce à l’intelligence de certains gouverneurs comme 150 ans en effet, coloniaux français et anglais s’affron-Frontenac et Callière, à l’action de missionnaires taient, convoitant les mêmes ressources et rêvant de comme Simon LeMoyne ou Pierre Millet, à la sagesse conquêtes réciproques. Les Français compensaient la de chefs indiens comme Garakonthié ou Kondiaronk, faiblesse du nombre par leurs alliances avec les Indiens à l’habileté de marchands comme Le Moyne de
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partout sur le continent en même temps qu’ils Pierre et Miquelon, à la hauteur de Terre-Neuve, pour installaient autour de Montréal, Trois-Rivières et assurer l’accès à la pêche à la morue. Québec des groupes d’Indiens convertis au catho- Une mode, le chapeau de castor, avait permis la licisme. Ces Indiens « domiciliés » se retrouvaient à Nouvelle-France ; une autre, le thé sucré, en sonnait Caughnawaga, Odanak, Lorette, etc. le glas. Il appartiendra à un Anglo-Américain établi dans la région d’Albany et marié à une Iroquoise, Molly 17631849 Brant, d’ouvrir une brèche dans les alliances franco-indiennes. William Johnson, en obtenant la neutralité 14 ¥ Exit la France des Indiens alliés des Français, transformera la French Le 10 février 1763, la Nouvelle-France cesse d’exister. and Indian War en une French and Canadian War. Les Français d’Amérique rentrent dans leur pays. Le Déjà, au moment du traité d’Utrecht en 1713, la Canada est rayé de la carte, il reste des Canadiens, France avait montré des signes de faiblesse. Sans avoir c’est-à-dire des Français ou des descendants de perdu de combats en Amérique, la France avait Français habitués à leur nouveau pays. Ils sont 65 000. accepté le démembrement de l’Amérique française, Les anciens administrateurs français sont partis. cédant à l’Angleterre la baie d’Hudson, Terre-Neuve et Quelles seront les lois en vigueur ? En vertu de quelles l’Acadie. Elle avait aussi accepté une forme de lois sera-t-on propriétaires, dressera-t-on les contrats, protectorat des Anglo-Américains sur les Iroquois jugera-t-on les conflits ? De qui importera-t-on les établis de part et d’autre des Grands Lacs. C’était une produits européens dont on a besoin ? À qui vendra-façon de couper la Nouvelle-France en deux, d’isoler t-on les fourrures et autres produits destinés à la Louisiane, territoire immense qui remontait l’exportation ? Que vaut l’argent de papier mis en jusqu’aux sources du Missouri et du Mississippi, de circulation par les Français ? couper toute liaison terrestre avec le Canada. 13 ¥ Le 10 fÈvrier 1763 : le traitÈ de Paris 15 ¥ La Proclamation royale de 1763 Londres crée une nouvelle colonie, la Province de Quelques mois plus tôt, à l’insu des Anglais, la France Québec. Celle-ci vient s’ajouter à la Nouvelle-Écosse. avait confié la Louisiane à son allié espagnol. Que Les quinze colonies britanniques existantes sont deviendrait les autres possessions françaises ? William toutes situées sur la côte atlantique, sauf celle de Pitt qui avait eu l’intelligence de mettre en place un Québec qui est à l’intérieur. Les autorités improvisent solide blocus sur l’Atlantique pouvait s’attribuer une des limites étroites qui s’inspirent de celles de la zone bonne partie des mérites de la victoire. Mais il seigneuriale et qui ignorent la zone véritable d’in-appréhendait la suite. Déliv rés de la présence fluence. Le commerce des fourrures se fait en dehors. française, les Américains se sentiraient sans doute plus Comment le réglementer ? indépendants vis-à-vis de leur métropole, l’Angle-Au nord, à l’ouest et au sud-ouest de cette terre. Pour tout dire, Pitt aurait préféré rendre le Province de Québec, le territoire est placé sous Canada à la France et garder les îles à sucre (Guade-l’autorité de Sa Majesté et « réservé pour le présent... loupe, Martinique, Saint-Domingue,etc.). Le lobby du pour l’usage desdits sauvages ». sucre, formé des riches planteurs des îles britanniques, James Murray est nommé gouverneur. D’origine s’y opposa vigoureusement. La concurrence des écossaise, il parle français. Plusieurs militaires écossais planteurs français qui pratiquaient des prix largement décident de s’installer dans la nouvelle colonie. Des inférieurs n’était surtout pas la bienvenue dans ce Huguenots, c’est-à-dire des protestants de langue marché soutenu à la hausse par ces amateurs de thé française, les imitent de même que quelques juifs sucré. Pitt fut désavoué. Le Canada fut cédé à la arrivés dans le sillage de Wolfe en 1759 ou d’Amherst Grande-Bretagne. Choiseul, ministre français des en 1760. Affaires étrangères, partageait la vision de Pitt. « Nous Les Canadiens forment 99 % de la population, les tenons », aurait-il murmuré en signant le traité par mais ils sont sans influence. Ils reconstruisent leurs lequel la France renonçait à son empire nord-maisons, reconstituent leurs troupeaux, reprennent la américain, tout en se réservant ses îles à sucre et Saint-
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route des fourrures au service cette fois de marchands Chaque province a un Parlement composé de britanniques, surtout écossais. deux Chambres comme en Angleterre, l’une dont les Les lois sont anglaises. Les Canadiens s’en membres sont nommés par le roi, l’autre dont les accommodent tant bien que mal. Le conquérant membres sont élus. Pour avoir droit de vote, il suffit s’adresse à eux en français. Le peu d’argent qu’ils d’avoir un minimum de biens, d’avoir 21 ans et d’être possèdent ne vaut pas grand-chose. La France ter- né sujet britannique ou de l’être devenu par la giverse. Les plus audacieux spéculent et acceptent le Conquête ou un acte du Parlement. Dès la première « papier du Canada » bien en bas de sa valeur. élection tenue en 1792, des femmes, des Indiens et des Pitt aurait préféré rendre le Canada à la France. juifs voteront. Choiseul savourait une revanche probable. La suite Le processus législatif prévoyait le vote des deux leur donnera rapidement raison. Chambres et la sanction royale (c’est-à-dire l’appro-bation du roi) que pouvait accorder le gouverneur à 16 ¥ Quelques dates ‡ retenir qui revenait la responsabilité de désigner les membres de l’Exécutif, contrairement à aujourd’hui alors que D’abord trois repères constitutionnels : 1774, 1791 et ceux-ci sont choisis par le premier ministre, c’est-à-1840. Trois dates, trois constitutions. Puis trois autres dire par le chef du parti qui détient la majorité des dates : 1783, 1838 et 1849. Que représentent-elles ? sièges en Chambre. Des moments forts qui expliquent le reste. Quiconque saisit raisonnablement ce qui se cache 19 ¥ LAÕcte dÕUnion derrière chacune d’elles possède la clé pour com-En 1841, entre en vigueur un nouveau régime politique prendre la période qui va de la Conquête à la Confé-fondé sur l’union des deux Canadas créés 50 ans plus dération. Ce n’est pas rien ! tôt. Les structures parlementaires restent les mêmes, 17 ¥ LAÕcte de QuÈbecmais il y a dorénavant une seule Chambre d’Assem-blée, un seul Conseil législatif et un seul Conseil En 1774, Londres vote l’Acte de Québec.Cette nouvelle exécutif. L’objectif est de mettre les Canadiens français constitution est accueillie avec satisfaction par l’élite en minorité. Pour y parvenir, malgré une différence de canadienne-française de l’époque et acclamée par population entre les deux Canadas, l’égalité de repré-plusieurs historiens. sentation est prévue, c’est-à-dire 42 députés pour Les lois civiles françaises sont rétablies, tandis que chacune des anciennes provinces même si le Bas-les lois criminelles anglaises sont maintenues. La Canada compte 200 000 habitants de plus que le pratique religieuse connaît certains assouplissements : Haut-Canada. le serment du Test qu’un bon catholique ne pouvait L’anglais devient la seule langue officielle (c’était prêter sans renier sa foi n’est plus requis pour accéder la première fois que Londres légiférait à cet égard). Les à une charge publique, « le libre exercice de la religion revenus et les dettes des deux Canadas sont conso-de l’Église de Rome est accordé sous la suprématie du lidés ; en clair, le Bas-Canada héritait de la dette roi ». Le régime seigneurial est conservé, ce qui satisfait énorme du Haut-Canada. les seigneurs qui n’hésiteront pas, l’année suivante, à L’Union ne fonctionnera pas. On corrigera ce s’opposer militairement aux Américains. Enfin, le qu’on pourra avant de se tourner vers une fédération territoire de la Province de Québec est modifié. Celle-des deux Canadas, de la Nouvelle-Écosse et du ci comprend dorénavant la région des Grands Lacs et Nouveau-Brunswick. rejoint au sud la rivière Ohio jusqu’au Mississippi pour remonter jusqu’au territoire concédé à la20 ¥ Sur quoi repose cette Èvolution ? Compagnie de la Baie d’Hudson. Si on peut imaginer ce qui conduit l’Union mise en place en 1841 vers la Confédération de 1867, il est 18 ¥ LAÕcte constitutionnel difficile cependant de deviner les causes des consti-En 1791, le Parlement de Londres vote l’Acte consti-tutions de 1774, 1791 et 1840. L’examen des événe-tutionnel.La province de Québec est divisée en deux : ments de 1783, 1838 et 1849 fournira les éléments le Haut-Canada à l’ouest et le Bas-Canada à l’est. d’explications. Il restera à articuler le tout.
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Venu pour enquêter, lord Durham recommande 21 ¥ LÕindÈpendance des …tats-Unis une fédération de toutes les colonies britanniques de En 1783, les États-Unis obtiennent leur indépendance. l’Amérique du Nord ; mais, pour aller au plus urgent, Vingt ans ont suffi pour donner raison à Choiseul avec il accepte l’idée d’une union des deux Canadas sans son « Nous les tenons ». toutefois fausser la représentation. Dès les premiers mouvements d’agitation dans les Treize Colonies, la France s’en fera la complice.23 ¥ La marmite saute, le parlement br˚le Lorsqu’on fait le bilan de l’aide militaire apportée par L’année 1849 fut tellement folle qu’on a voulu la France aux Américains, on se rend compte que l’oublier. Honte suprême, des émeutiers de langue celle-ci fut supérieure à l’effort fait pour défendre la anglaise sont descendus dans la rue. Bilan de plusieurs Nouvelle-France de 1755 à 1760. semaines de terreur: assauts contre le gouverneur, Les hostilités entre la Grande-Bretagne et les agressions contre les élus, plusieurs incendies crimi-États-Unis éclatent en 1775. Le 2 juillet 1776, le nels dont celui du parlement, le 25 avril 1849. Congrès américain vote l’indépendance. À cette Il semble que l’entrée en vigueur d’une politique époque, environ le tiers seulement des Américains de libre-échange sème l’émoi dans les milieux sont d’accord. À la fin du conflit, au moment où un d’affaires canadiens. Privés d’avantages tarifaires, nouveau traité est signé à Paris pour reconnaître leur plusieurs marchands sont acculés à la faillite. Il s’agit indépendance, près du tiers des Américains continuent d’une politique prôné par les whigs (les libéraux) d’exprimer leur attachement à la Couronne britan-portés au pouvoir en Grande-Bretagne en 1846. Les nique. Ce sont les Loyalistes. Quelque 100 000 d’entre tories canadiens (les conservateurs) ne manquent pas eux quitteront les États-Unis à destination de la mère-l’occasion de protester auprès du gouverneur à titre de patrie ou des deux colonies restées fidèles à la Grande-représentant de Londres. Les choses auraient dû en Bretagne, la Nouvelle-Écosse et la Province de Québec. rester là. Une série d’événements, mineurs en soi, soulèvent 22 ¥ Le rapport de lord Durham la colère des « Anglais de Montréal ». En mars 1848, Majoritaires à l’Assemblée, les députés canadiens- les députés retirent leur confiance aux ministres français découvriront vite les limites de leur pouvoir. nommés par le gouverneur. Ce dernier, lord Elgin, Les lois qu’ils votent sont régulièrement bloquées par juge le moment venu de demander au chef de la le Conseil législatif. majorité parlementaire de choisir ses ministres, c’est-Ils entendent également approuver la totalité du à-dire de former un ministère. C’est ce qu’on appelle budget. Or, Londres envoie l’argent nécessaire au la responsabilité ministérielle : les ministres deviennent paiement des salaires des hauts fonctionnaires dont responsables devant la Chambre et non plus au celui du gouverneur. Comme ces sommes ne suffisent gouverneur. S’ils sont désavoués, ils doivent dé-pas, le gouverneur demande aux députés de combler missionner. C’est le fondement de la démocratie l’écart en votant des « subsides », selon le terme parlementaire. Le pouvoir passe entre les mains des employé à l’époque. Tout naturellement, les députés représentants du peuple, en l’occurrence des réfor-demandent à voir la liste des salaires en cause. mistes dirigés par La Fontaine et Baldwin Au fil des années, le ton monte. De 1808 à 1810, En août 1848, Londres révoque la clause de l’Acte le gouverneur Craig s’emploie d’abord à dissoudre les d’union qui proscrivait l’usage du français. En janvier Chambres. Avec ses proches conseillers, il rêve d’union 1849, le gouverneur, dans un discours prononcé en des deux Canadas. La guerre se répand en Europe et les français, annonce l’amnistie générale des insurgés de Américains, encouragés par Napoléon, se font mena- 1837-1838. Quelques jours plus tard, La Fontaine çants. Londres choisit d’amadouer les Canadiens. introduit un projet de loi visant à indemniser les Craig est rappelé. La paix survient et les problèmes victimes des répressions de 1837-1838 tout comme cela refont surface. Nouveau projet d’union. Londres a été fait au Haut-Canada. Le 25 avril, le gouverneur hésite et finalement autorise le gouverneur à puiser sanctionne le « bill des indemnités ». « La marmite dans les coffres de l’Assemblée sans son autorisation que les médias anglophones de Montréal chauffaient si nécessaire. C’est alors qu’une rébellion armée éclate depuis quelques mois saute », constate l’historien en deux temps, 1837 et 1838, et dans les deux Canadas. Gaston Deschênes.
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Sibérie
Béringie
Étendue de la glaciation dite de Wisconsin
Routes probables de migration des premiers Amérindiens
TO U S D E S
I M M I G R A N T S
La napped’eau qui sépare l’Asie de l’Amérique avait l’allure d’une vaste plaine durant la dernière glaciation. Les êtres humains et les animaux s’y répandirent et gagnèrent le cœur de l’Amérique au fur et à mesure du retrait des glaciers qui ouvrit un corridor du nord au sud. Les glaces marquèrent un versant vers le Pacifique et un autre fort important vers les mers du Nord. C’est grosso modo le Canada d’aujourd’hui. L’Amérique du Nord est habitée par des humains depuis plus de 8 000 ans.
La tapisserie de Bayeux racontela conquête de l’Angleterre parles Normands.Les bateaux qui furent construitsà cette occasion sont semblablesà ceux que les Vikings utilisè-rent pour visiterle Groenland,puis l’Helluland,le Markland etle Vinland. Cesmystérieux voyages sont connus parles sagas et décrits sur des cartes bienprimitives.
Tapisserie de Bayeux
Saga des Groenlandais, c.1350 Extrait de la publication
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