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CARNETS DE GUERRE 1914-1919

205 pages
Étienne Grappe est mobilisé comme caporal, le 6 août 1914 au 105e régiment territorial à Grenoble. Il a trente-sept ans. Il passa plus de quatre ans sur le front avec l’interruption de quelques permissions. Promu sergent, il reste avec son régiment dans la région de l’Argonne. Au lendemain de la bataille de Verdun, il faut remplacer les officiers tombés. Il est désigné d’office pour être élève-officier, il est alors affecté au 103e régiment d’active comme sous-lieutenant. « Si plus tard, mes enfants, vous relisez ces lignes, rappelez-vous ce que les héros de la Grande Guerre ont souffert et ne souhaitez jamais que ces maux se renouvellent. »
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CARNETS DE GUERRE 1914-1919
52 mois sur lefront

Collection Mémoires du XXe siècle
Dernières parutions

Marie-Gabrielle COPIN-BARRIER, Marguerite ou la vie Rochambelle, 2001. Guy SERBAT, Le P.C.F. et la lutte armée, 1943-1944,2001.

d'une

Lionel LEMARCHAND, Lettres censurées des tranchées, 2001. Laure SCHINDLER-LEVINE, L'impossible au revoir, 2001. Marc CHERVEL (en collaboration avec Georges Alziari, Jean Brugié, Michel Herr, Léon Horard, René Paquet), De la résistance aux guerres coloniales,. des officiers républicains témoingnent, 2001. Jean-William DEREYMEZ (dir.), Etrejeune en Isère (1939-1945), 2001. Jean-WilliamDEREYMEZ (dir.),Etrejeune en France (1939-1945),2001. Jean SAUVY, Unjeune ingénieur dans la tourmente (1938-1945),2001. Gérard SESTACQ PINTO,L'usurpateurou la résurrectionde Lazare,2001. MadeleineCOMTE, Sauvetageset baptêmes- Les Religieusesde Notre-Damede
Sion face à la persécution desjuifs en France (1940-1944), 2001.

Hanania Alain AMAR, Unejeunesse juive au Maroc, 2001. Louis DE WIJZE, Rien que ma vie. Récit d'un rescapé, 2001. Constance DIMA, Les petits princes de l'univers, 2002. Max de CECCA TY, Valbert ou la vie à demi-mot, 2002. Michaël ADAM, Les enfants du mâchefer, 2002. Sami DASSA, Vivre, aimer avec Auschwitz au cœur, 2002. Jacqueline WOLF, Récit en hommage aux Français au temps de l'Occupation, 2002.

Sous-lieutenant Etienne GRAPPE

CARNETS DE GUERRE 1914-1919
52 mois sur le front

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Ualla Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-2960-6

AVANT-PROPOS

Etienne Grappe, mon grand-père maternel, me marqua fortement de sa personnalité. Il remplaça mon père disparu prématurément peu après ma naissance. Les deux carnets de guerre qui sont reproduits dans ce livre, je les conservais précieusement depuis longtemps, et il m'arrivait parfois d'en lire quelques pages. Il aura fallu l'approche de l'an 2000, mon 60e anniversaire, et surtout la disparition de ma mère, pour que ressurgisse le passé de cette famille qui m'est si chère et que je ressente la nécessité de conserver ce moment d'histoire. Ce livre est la transcription intégrale et la plus fidèle possible de deux carnets qui furent tenus quasi quotidiennement. Le style, les expressions et l'orthographe sont d'origine, les fautes sont rares. Seule une ponctuation a été mise pour faciliter la lecture. Le texte se passe de commentaires, il est très probable que l'auteur se soit auto-censuré, surtout au début, au niveau des événements politiques et militaires, ce qui nous prive de son esprit critique qui deviendra vite militant.

Daniel WINGERTER 8t- Genis-Laval- Rhône En l'an 2000 7

Photo de groupe du sous-lieutenant Grappe (fin 1917), au milieu de ses hOlmnes du 103e régiment qui subira peu après de lourdes pertes.

BIOGRAPHIE

Etienne GRAPPE est né le 14 avril 1877 à Oris-en-Rattier, près de La Mure, en Isère. Son père fut « légiste» à Vizille, puis petit notaire de campagne à Oris, il se retire au Perier, canton du Valbonnais, devient conseiller général et meurt dans la pauvreté. Ses cinq enfants ne reçoivent, pour cette raison, aucune instruction au delà du Certificat d'Etudes, mais jouissent d'un niveau culturel bien supérieur à celui de leur condition sociale. Sorti de l'école à 12 ans avec son Certificat d'Etudes, Etienne GRAPPE contribue à faire vivre sa famille en cultivant le petit « domaine» montagneux du « Sert de la Croix », au Perier. Puis il devient sans enthousiasme apprenti boulanger. Il vient à Lyon et entre comme simple employé de bureau à l'arsenal de LyonPerrache. Entre-temps, il effectue son service militaire, de novembre 1898 à septembre 1901 - trois ans - au 22e régiment d'infanterie de Gap. Il est mobilisé comme caporal le 6 août 1914, il a déjà 37 ans, au 105erégiment d'infanterie territoriale, à Grenoble. Il retrouve son travail à l'arsenal de Perrache après cet épisode de guerre, non sans avoir fait en tant que lieutenant de réserve, et sans déplaisir, plusieurs périodes au 9ge régiment d'infanterie de Lyon.
Il mourra en 1958 après une vie bien remplie.

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Note historique

Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. C'est le début de la guerre de mouvement. Déjà, le 2 août, deux état neutres: Le Luxembourg et la Belgique sont envahis par les troupes allemandes qui prennent le camp retranché de Liège et se heurtent aux armées françaises et anglaises qui doivent reculer pour ne pas être prises en tenaille. Le front se stabilise après trois semaines au sud de la Marne (Meaux, Vitry-le-François, Verdun). Toute la zone côtière reste libre. La contre-offensive Joffre - La bataille de la Marne - a lieu du
6 au 12 septembre et repousse les Allemands jusqu'à l'Aisne.

L'unité du caporal Grappe arrive le 18 septembre par le train à Vitry-le-François et participe à la reconquête de cette région, en remontant en direction du nord-est. Le front sud finit par s'établir sur une ligne Soissons-ReimsI'Argonne-Verdun, qui restera peu changée jusqu'à l'offensive allemande de 1918. L'Argonne, avec Verdun restera le pivot défensif français pendant toute la guerre. C'est au nord de Sainte-Menehould que le lOSe régiment territorial cantonne. Il est en soutien immédiat des unités d'active sur le front. C'est le début de la guerre de tranchées. En février 1915, offensive allemande victorieuse au nord de Massiges. Des combats furieux se déroulent dans cette zone. Massiges-Vauquois sont des hauts lieux de sacrifices et de résistance.

Il

Du jeudi 6 au mardi Il août 1914 Les hommes ont été habillés et placés dans leurs escouades respectives. Du mardi Il au dimanche 16 août 1914 On a reformé la compagnie (un soir jusqu'à 8h30). J'ai couché alors dans un lit sans me dévêtir, à l'Armée du Salut. J'ai été affecté à la IOe escouade (comme caporal). On nous a conduits à l'esplanade pour la présentation du drapeau. Le vendredi 14 août 1914 Triage des classes 1899-1898. Samedi 15 août et dimanche 16 août 1914 Quartier ouvert, journée triste, dîné en ville. Lundi 17 août 1914 Nous sommes partis le matin pour Le Mûrier, où nous sommes cantonnés dans une mauvaise grange, temps pluvieux et légèrement froid. Du lundi 17 au vendredi 28 août 1914 Nous restons au Mûrier, nous faisons l'exercice, nous passons des revues, nous faisons des corvées pour le génie, au fort, coupe de bois pour dégager le champ de tir des canons, nous faisons aussi des marches d'entraînement. Du samedi 29 août au 16 septembre 1914 A Eybens. Nous sommes cantonnés. Mon escouade est à la tuilerie d'en haut. Les hommes couchent dans des chambres sur de la paille. Je couche dans un lit avec un homme de la ge escouade, Barthelon qui est de Vizille, chez le patron de la tuilerie (braves gens qui nous offrent toujours quelque chose). Nous faisons des marches, des manœuvres sous la direction du commandant. Il fait très chaud et je transpire beaucoup.

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Revue du régiment par le général le lundi 14 septembre au polygone de Grenoble. Je suis allé en permission non régulière à Lyon voir ma famille le 7 septembre où j'ai failli me faire punir. Mercredi 16 septembre 1914 Départ à 7 h trois quarts du soir pour une direction inconnue. Nous prenons le train à Il h 00 à Grenoble. Nous restons une nuit, un jour, et une nuit dans le train. Nous passons par la grande ligne du PLM jusqu'à Saint Florentin, puis nous prenons la ligne de la Marne. Vendredi 18 septembre 1914 Nous arrivons à Vitry-le-François le vendredi 18 septembre au jour. Cette dernière nuit a été tragique. Le train allait lentement. Nous avons vu là le premier champ de bataille - maison du chef de gare percée d'obus, dévalisée, tombe d'un officier allemand, capote de soldat français toute percée. Départ pour Merland qui est à huit kilomètres par Vitry-enPerthois. Nous voyons en passant le deuxième champ de bataille et la place des camps. Tout le long de la route nous voyons le résultat de l'orgie des allemands. Nous arrivons à 2 heures du soir. Nous apprenons qu'un jeune homme a été tué sur la place par les boches à leur passage. J'ai pris la garde en arrivant dans un poste affreusement mal-propre, plein d'excréments boches. Je le fais entièrement nettoyer et mettre de la paille propre. Le pays est un peu ravagé et les gens peu sympathiques. Samedi 19 septembre 1914 Je suis de garde jusqu'à 5 heures du soir. Les consignes sont sévères: il faut tout arrêter. Je suis très las, le chemin de fer m'a beaucoup fatigué. Le soir je couche sur de la paille, où j'ai eu froid. Dans la nuit j'ai pris des vomissements et des coliques. Très fatigué.

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Dimanche 20 septembre 1914 Nous partons pour Possesse. Je mets mon sac sur la voiture, me sentant pas la force de le porter, nous passons par Vavray-IeGrand et Vavray-Ie-Petit (ce dernier est incendié). Nous passons à Saint-Jean-devant-Possesse où nous avons stationné (la deuxième compagnie) avant le cantonnement pour enterrer les animaux morts (travail très désagréable). Nous arrivons à Possesse à 2 heures du soir. Le village est dévasté. Il s'en dégage une odeur affreuse (l'abattoir contient les restes d'au moins deux cents têtes de bétail tout à découvert). Je prends l'ordinaire de la compagnie à partir de ce jour. J'ai couché dans un lit chez une vieille où j'étais bien car je n'étais pas complètement remis de mon indisposition. Nous commençons à entendre distinctement la canonnade. Lundi 21 septembre 1914 La compagnie fait une marche de reconnaissance à Nettancourt et à Sommeilles où tout est dévasté. Sommeilles est complètement brûlé il ne reste que trois maisons sur un village de huit cents habitants. Le maire a été tué, sept à huit autres personnes ont été mutilées et tuées. La compagnie enterre encore des chevaux tués et rentre à 7 heures du soir, pas grand chose à manger (sardines et pain) nous devons encore vivre sur les conserves. Mardi 22 septembre 1914 Nous sommes au repos. On entend toujours la canonnade. Mercredi 23 septembre 1914 Nous allons cantonner à six kilomètres au village de SaintMard-s-Ie-Mont, nous arrivons à 8 heures du matin. Je couche chez le boulanger. Jeudi 24 septembre 1914 La compagnie va en reconnaissance et je m'occupe de l'ordinaire, j'achète des pommes de terre qui sont en quantité et pas chères. 15

Vendredi 25 septembre 1914 Nous faisons étape à Epense à six kilomètres deux cent quatre vingt habitants. Les Allemands y ont séjourné, c'est peu ravagé. Ils en sont partis le Il après être restés huit jours. On nous donne du tabac pour la première fois, c'est un grand événement dans la compagnie.

-

Samedi 26 septembre 1914 La compagnie fait l'exercice ce qui me paraît bizarre. On entend de plus en plus la canonnade. Je couche dans un bon lit là où est cantonnée mon escouade. Je m'occupe toujours de l'ordinaire avec trois hommes de mon escouade et nous faisons sauter le soir de bons bifteck arrosés d'un bon vin blanc que nous avons trouvé à acheter. Dimanche 27 septembre 1914 C'est le départ pour Rapsécourt annoncé, je pars pour le cantonnement et il y a contre-ordre, nous revenons à Epense. Lundi 28 septembre 1914 Nous partons à Rapsécourt en passant par Dampierre-IeChâteau (pays dévasté). Je m'occupe en arrivant de faire piocher des pommes de terre qui sont dans un champ situé à un kilomètre. Je couche le soir dans une grange sur de la paille et je n'ai pas eu chaud. Mardi 29 septembre 1914 La compagnie va en reconnaissance à Valmy en partant à 9 heures du matin, on voit pour la première fois des prisonniers allemands enterrant des chevaux. Mercredi 30 septembre 1914 Nous allons cantonner à Sainte-Menehould. C'est une jolie localité un peu montagneuse. Nous sommes logés à la caserne des cuirassiers. Nous voyons beaucoup de malades revenant du 16

feu. Je couche dans un bon lit là où j'ai acheté mes légumes pour la compagnie (était fatigué).
Jeudi 1er octobre 1914 M'occupe de la cuisine de l'ordinaire. Un aéroplane allemand ère lance trois bombes sur la 1 compagnie qui venait de ChaudeFontaine (personne de blessé mais grand émoi).

Vendredi 2 octobre 1914 Nous partons à Florent en passant par Moiremont, situé à neuf kilomètres. Nous passons dans de grands bois et nous arrivons à Florent par un temps brumeux. Village très sali par des malades revenus du front, beaucoup d'hommes prennent la diarhée. Du jeudi 3 au 6 octobre 1914 La compagnie va faire des tranchées et essuie pour la première fois les canonnades et les obus allemands, la situation devient intenable à certains moments, je reste à Florent pour m'occuper de l'ordinaire, et fais porter le café aux hommes qui sont aux tranchées. Mercredi 7 octobre 1914 Nous partons à quatre heures du matin pour La Neuville-auPont en passant à Moiremont. Nous arrivons à 8 heures du matin. Il fait très froid et il y a de la gelée blanche. Les maisons sont en moellons, il Y en a de très belles. Les femmes ont des coiffes blanches ou en couleur. Le tantôt, la compagnie a repos, et moi, je m'occupe de l'ordinaire et de l'achat du bois pour les
CUISlDJers.

Jusqu'au dimanche Il octobre 1914 La compagnie prend la garde de l'état-major et le lundi Il octobre nous partons pour Moiremont l'après-midi. Nous arrivons bientôt car la distance est courte. Je trouve un bon lit dans le cantonnement de la compagnie. Les sous-officiers couchent sur la paille. J'invite le fourrier qui est mon camarade de régiment à partager mon lit. L'on voit beaucoup de blessés 17

revenant du front et beaucoup de troupes qui viennent au repos après le séjour dans les tranchées. Jusqu'au vendredi 6 novembre 1914 Nous restons à Moiremont où la compagnie va faire une route forestière, elle part par peloton le matin et ne revient que le soir. Nous avons beaucoup de malades causés par la diarhée qui règne avec beaucoup d'intensité, je suis moi-même beaucoup fatigué par cette contagion et je n'ai pas d'appétit. Je m'occupe toujours de l'ordinaire. Nous voyons passer de temps à autre des prisonniers allemands, il y en a qui sont blessés. Nous voyons constamment des bombes, une section de bon tireurs a été désignée spécialement pour tirer dessus. Je couche toujours dans un bon lit avec mon fourrier et le soir je passe mes veillées chez les gens chez qui je couche. Un voisin le père Thomas, vieux musicien, me prête son violon avec lequel je me distrais. Les lettres arrivent plus régulièrement, et j'envoie ma procuration au sujet de mon traitement. Samedi 7 novembre 1914 Nous partons à 8 heures pour le bois de la Croix-Gentin. Nous nous installons dans le bois dans des huttes construites par le 2e bataillon. La compagnie a 43 cahutes. La cahute comprend en partie 5 à 6 hommes. Je suis avec 5 de mes hommes dans une cahute toute humide. Nous installons aussitôt un bas flanc pour nous coucher avec des morceaux de bois et un peu de fougère au-dessus. Je fais percer une cheminée et nous faisons beaucoup de feu, mais elle ne tire pas et je l'ai agrandie. Je fais agrandir le lendemain la baraque et nous l'aménageons le plus que nous pouvons, banc, cheminée et râtelier d'armes. La cheminée ne fume plus et chauffe beaucoup, nous nous trouvons relativement bien et nous avons du bois en quantité. Je fais aussi installer la cuisine de l'escouade à proximité et la fais recouvrir de genêts, pour nous garantir de la pluie qui commence à tomber.

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Dimanche 8 novembre 1914 La compagnie est au repos. La 1èreet la 4e vont construire des tranchées à La-Placardelle. Je m'occupe de l'ordinaire de la compagme. Du lundi 9 au vendredi 13 novembre 1914 Les compagnies font des tranchées à La-Placardelle. Il tombe des obus près des tranchées. Il y a un blessé à la 3e compagnie d'un éclat d'obus, un nommé Leyraud (du Valbonnais). Il a été blessé au mollet (il est mort plus tard de sa blessure). Le temps est froid et la pluie continue à tomber. Samedi 14 novembre 1914 La compagnie va faire des tranchées à La-Harazée, qui se trouve sur la ligne du feu. Toute la journée des balles sifflent dans les arbres, plusieurs sont explosives et renversées ce qui produit des détonations lorsqu'elles rencontrent un corps dur. Les arbres sont hachés, il passe beaucoup de blessés dont beaucoup meurent en route. Ils sont enterrés au cimetière de LaHarazée. Au retour, les boches bombardent La-Harazée, il y a 5 morts et 7 blessés. Les balles sifflent de tous les côtés. C'est un spectacle spécial que ce retour de la compagnie dans la nuit, la clarté des obus qui partent, on voit des fusées lumineuses, des rayons de projecteurs. On entend la fusillade. Il pleut toujours. Du dimanche 15 au mercredi 25 novembre 1914 Les compagnies vont toujours à tour de rôle par deux compagnies faire des tranchées en première ligne du côté de la Saint-Hubert sous les balles et les obus, il y a quelques blessés peu grièvement. Dans la nuit du 25 il tombe de la neige. J'ai accompagné vers le soir des officiers d'Etat-Major qui ont visité les cahutes avec le commandant. Ils ont spécialement visité ma cahute qui était la mieux aménagée. Une deuxième fois je reçois la visite de deux sergents et un cycliste d'Etat-Major, conduits par le sergent Guimet. Je leur offre le café et le schnaps.

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Jeudi 26 novembre 1914 La compagnie est au repos. Dans le tantôt, le bivouac a eu la visite, très rapide d'ailleurs, d'une mission officielle internationale, une quarantaine d'officiers, des généraux français et des officiers anglais, puis d'autres de toutes les nations, belges, russes, italiens, serbes, roumains, bulgares et japonais, etc Ils nous ont posé quelques questions et regardé l'intérieur de nos cahutes. Le temps est couvert, la neige fond un peu. Il y a beaucoup de boue froide. Vendredi 27 novembre 1914 Le temps est gris mais il n'y a plus de neige. Je reçois le matin pendant que je mangeais une boîte de sardine, la visite du Président de la République accompagné de Viviani, Dubost, Deschanel. Il pénètre dans ma cahute avec Viviani et me pose quelques questions sur la nourriture. Je lui réponds que le sel manque ainsi que les bougies, il regarde de tous les côtés et s'en va en me tendant la main. Viviani l'imite. Il rentre ensuite un général de corps d'année qui regarde et s'en va en munnurant ces paroles: « c'est une escouade de débrouillards ». On dit que le 1er bataillon va être cité à l'ordre du jour. Poincarré a l'air jeune, il a une allure très lente, chapeau mou gris, pardessus, et jambière de cuir. Le Président de la République a assuré que la guerre ne durerait plus que quelques semaines. Une anecdote surprenante: français et boches font des boyaux en avant des tranchées, si bien que parfois, ils ne sont qu'à quelques mètres et se parlent. Un français et un boche se sont ainsi parlés, ils avaient travaillé ensemble dans une usine. Avant hier français et boches sont sortis des tranchées, un boche a payé le kirch. Tous ont trinqué, même un lieutenant français. Ils se sont touchés la main. On leur a promis de rendre la bouteille pleine de vin avec des journaux car ils croient toujours être les vainqueurs. Je n'approuve pas cette familiarité. Samedi 28 novembre 1914 La section des tireurs d'aéros de Moiremont est venue nous rejoindre dans un abri spécial d'escouade. 20

Dimanche 29 novembre 1914 On annonce la mort de Méard (adjudant) qui avait été évacué (nouvelle reconnue fausse). Du lundi 30 novembre au mercredi 2 décembre 1914 Les compagnies continuent à faire des tranchées sous les obus et les balles, à certains moments la fusillade est telle que les hommes sont obligés de se coucher à plat ventre. Au retour ils sont obligés de prendre des chemins détournés car La-Harazée est bombardée sans relâche (il n'y a pas de blessé). L'adjudant Gilet est nommé officier d'administration du service de santé. Il nous fait ses adieux. Jeudi 3 décembre 1914 La 3e compagnie a eu 5 blessés au travail. Un à la tête, un au nez, un au reins, un au pied. Un est resté à La-Harazée. Le lendemain il y a eu deux évacués. Vendredi 4 décembre 1914 La compagnie est au repos, à 3 heures nous avons eu la visite d'un groupe de journalistes au bivouac, ce sont presque tous des hommes plus ou moins éclopés, bossus, malingres, boiteux. Un grand vêtu de brun a photographié notre cahute, c'est un correspondant de l'Illustration. Le temps est toujours pluvieux. Samedi 5 décembre 1914 La compagnie va faire des tranchées au ravin du mortier. Les balles sifflent mais personne n'est atteint. Du dimanche 6 au mardi 8 décembre 1914 La compagnie continue à faire des tranchées à La-Harazée. Le soldat Gessend (2e escouade) est blessé au menton. La balle est entrée et sortie de la chair sans toucher au maxillaire, sa pipe est restée aux dents. Ce n'est que le sang vu par un camarade qui 21

lui a fait deviner qu'il était blessé. II a été pansé par le major de l'active. II a été évacué sur Sainte-Menehould Mercredi 9 décembre 1914 La compagnie est au repos. Jeudi 10 décembre 1914 La compagnie va au travail des tranchées et part à 5 heures du matin. Hier la compagnie travaillant à Fontaine-Madame a eu deux morts: En arrivant, le sergent Giraud, père d'une fillette, habitant Paris. Les hommes se sont cachés, un officier de ligne à donné l'ordre malgré l'officier du génie de continuer, un homme se fait tuer: Raymond de Saint-Martin de la Cluze, père de 3 enfants. Les deux morts ont été essayés d'enlever par deux infirmiers du génie qui se font blesser à leur tour. On a pu les enlever de jour. Jeudi la compagnie n'a pas eu le moral. Je suis nommé sergent en même temps que deux camarades. Du vendredi Il au samedi 12 décembre 1914 Travail aux tranchées. Dimanche 13 décembre 1914

Un instituteur de la 1ère compagnie, Marquet a été tué d'une
balle sur la tranchée au ravin de Mortier. On l'a enterré au ravin. Il a une croix avec son nom. Mardi 15 décembre 1914 La compagnie est à une corvée de route. Mercredi 16 décembre 1914 La compagnie va aux tranchées. Jeudi 17 décembre 1914 La compagnie va aux tranchées. Il y a une attaque violente, une tranchée française a été prise. Le bombardement a été 22