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CARRIER ET LA TERREUR A NANTES

De
305 pages
D'octobre 1793 à la fin janvier 1794, " un représentant en mission " de la Convention, Carrier, va faire guillotiner, fusiller, noyer 10 000 personnes, à Nantes. Il donne des ordres et il a de féroces exécutants. Il est persuadé que " de grandes mesures " sauveront la République, à un moment où les Vendéens la menacent. Il croit être l'homme d'une mission décisive. Exalté au point de délirer, il est tellement sûr d'être dans la voie tracée par la Convention qu'il prétend, au moment de sa condamnation, " mourir innocent ".
(récit)
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CARRIER ET LA TERREUR À NANTES

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Marcel-Vincent POSTlC

CARRIER ET LA TERREUR À NANTES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA my 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

2001 ISBN: 2-7475-0171-X

@ L'Harmattan,

L'année 1793 marque un tournant dans la Révolution française. Une puissante coalition européenne se dresse contre la République. La levée en masse est décidée le 24 février 1793. La contre-révolution monte. La Vendée se soulève à partir du 3 mars. Les insurgés partent d'abord à l'attaque de villes proches, Saumur, Angers, Nantes, où ils subissent leur première défaite le 29 juin. Alors ils se battent afin d'avoir un port pour le débarquement d'émigrés et de renforts anglais. Vaincus sur leurs propres terres, ils entreprennent ensuite une longue marche avec l'espoir d'une aide de la coalition. La Convention, cernée par les manifestants sans-culottes le 5 septembre 1793 met «la Terreur à l'ordre du jour» et augmente les pouvoirs des Comités révolutionnaires installés dans chaque grande Commune. La dictature du Comité de Salut Public, contrôlé par la Convention, est décrétée. Des Représentants en mission sont affectés par la Convention auprès des départements, investis d'un pouvoir discrétionnaire. CARRIER fut l'un de ceux-là.

Plan de la ville de Nantes de Coulon (1785) . Cliché Ville de Nantes .. 4

DES

SON ARRIVEE A NANTES, UN CARRIER RESOLU

Les chevaux se mirent au pas pour traverser le pont de pierre. « Citoyen représentant en mission, de là tu peux voir la scandaleuse opulence des bourgeois de Nantes, dit Goullin à Carrier. Ils ont fait construire ces hautes maisons de pierre pour montrer leur richesse et le peuple est leur serviteur. Regarde tous ces ballots, toutes ces caisses, ces marchandises qui sortent des magasins. Ici règnent les négociants et les commerçants. Où est l'esprit républicain quand on ne pense qu'au commerce? Ils dominent la ville. Il faut les abattre. Le peuple de Nantes compte sur toi ». Carrier ne répondit pas. Il venait de Rennes où, depuis

le 1er septembre 1793, il avait mené une action dont la

réussite avait été saluée par Jean Bon Saint-André et Prieur (de la Marne). Certes il n'était pas seul, Pocholle était avec lui représentant en mission, et les représentants de Brest avaient écrit au Comité de Salut Public (7 octobre 93) : «A Rennes grâce aux opérations de Carrier et Pocholle, l'esprit public est régénéré et les patriotes triomphent complètement. » Lui-même, il avait écrit au Comité de Salut de Salut Public pour faire le bilan de leur action. La lettre était dans sa poche. Elle partirait de Nantes. Signe qu'il tourne une page, fort du succès. Page glorieuse pour la République. Signe qu'il en ouvre une autre. Il avait en tête ce qu'il venait d'écrire: « Avant mon départ de Rennes, nous avons destitué tout ce qu'il y avait de royalistes, feuillants, aristocrates, fédéralistes et modérés en place. Les emplois dans les vivres, 7

fourrages, domaines et enregistrements sont purgés: nous les avons confiés à des patriotes très prononcés... Le mouvement heureux et rapide que nous y avons imprimé se propage dans toute la Bretagne... » Sans doute Pocholle et lui n'avaient pas pu déporter les prêtres réfractaires, les nonnes, l'évêque de Rennes, parce que Héron, officier de marine, avait fait observer que les Anglais montaient une garde près de la rade de Saint-Malo. Qu'importe, ils les avaient fait enfermer, ainsi que les fédéralistes, au fort du Mont Saint-Michel, parce que, disaient-ils, «là ces êtres malfaisants seront dans l'impuissance de corrompre l'esprit public par le poison du fanatisme. » Goullin continuait son discours: «Regarde où va se nicher l'orgueil de tous ces armateurs et négociants!» Il désignait de la main les mascarons représentant des têtes d'Indiens et de Noirs, des Méduses, les consoles sculptées et les cariatides des balcons. « Le peuple de Nantes compte sur toi. » Cette phrase le marquait et lui revenait sans cesse. Dans la lettre, il écrivait: «Nous ferons en sorte d'effectuer les mesures... » Nous. « A Nantes, ce sera je ,. Moi seul - Oui, je ne vais pas envoyer tout de suite cette lettre. Attendons un peu, je vais la poursuivre en mettant désormais je. La Convention verra que je prends les choses en mains. » Depuis le 15 septembre, il avait écrit des lettres au Comité de Salut Public pour être désigné comme représentant à Nantes. Sans demander, simplement en montrant que Nantes était la ville-clé de la contre-révolution et que lui seul avait une vue globale de la situation. « La Bretagne s'est levée la première pour la Révolution,. elle sera la première contrée de la France qui 8

opérera la contre-révolution, si jamais elle pouvait avoir lieu. Il est inconcevable, c'est même un attentat de lèseliberté nationale, que nul citoyen n'ait encore donné à la Convention Nationale le tableau de la situation politique de la ci-devant Bretagne. Il est temps enfin que cela se sache, qu'il n y a que quelques communes qui marchent dans le sens de la Révolution, qu'il n y a plus que la sans-culotterie dans quelques villes qui soit dans les bons principes,. tout le reste est en contre-révolution ouverte. La ville qui doit le plus fixer nos regards et toute notre sollicitude est Nantes. Vous ne devez pas ignorer ou du moins mes collègues qui y sont doivent vous avoir appris que les étrangers y fourmillent,' les négociants et la cavalerie, qui y forment presque toute la population, sont des contrerévolutionnaires, très connus, qu'ils sont d'intelligence avec les révoltés de la Vendée, qu'ils favorisent et alimentent leurs rébellions, que les Nantais ont été les premiers qui ont donné le funeste exemple de faire une avance très considérable au ci-devant comte d'Artois. Je ne conçois pas quels sont les motifs de ménagements qu'on a pour une ville, qui, si on n y prend garde, deviendra un second Lyon. Depuis Nantes jusqu'à Rennes, il n y a qu'un cordon de contrerévolutionnaires partout. » (15 septembre) ... Post-scriptum.' Prenez un soin tout particulier de Baco, ancien maire de Nantes. C'est un des plus grands contre-révolutionnaires qui existent encore et qui aient jamais existé. Comme il avait su que Hérault de Séchelles, membre du Comité, était particulièrement impressionné par ses rapports, il lui avait adressé une lettre alarmiste le 27 septembre:
9

« Toute la ci-devant Bretagne, considérée en masse, n'offre qu'un miroir vacillant d'une mer agitée. Une commotion contre-révolutionnaire menace d'éclater de toutes parts. .. » L'effet ne s'était pas fait attendre. Un arrêté du Comité de Salut Public lui avait aussitôt ordonné de se rendre le plus tôt possible à Nantes, «pour l'exécution des mesures prescrites par le décret du 5 août dernier concernant les divers membres des autorités constituées à destituer, et y prendre, conformément aux pouvoirs qui lui sont délégués, toutes les mesures de salut public. » On reconnaissait qu'il était l'homme de la situation, celui qui incarne la force du mouvement révolutionnaire, celui qui sait faire passer les grands dogmes de la révolution dans les faits. La lettre de Hérault, jointe à l'arrêté du Comité du 29 septembre, lui indiquait la voie à suivre: « Voilà comme on marche, mon brave ami. Courage, digne républicain,. je viens de recevoir ta lettre, et au même instant je l'ai lue au Comité de Salut Public qui l'a entendue avec une vive satisfaction. Nous serions bien heureux, la République serait vigoureuse et florissante s'il y avait partout des commissaires aussi énergiques que toi et ton collègue. Tu dois être à Nantes, si ta santé te l'a permis,. nous te conjurons dy aller sur le champ. Nous t'envoyons un arrêté qui te presse de purger cette ville, qui est de la dernière importance. L'Anglais menace nos ports, nos frontières. Nous avons lieu de craindre pour Brest. Il y a déjà des commissaires,. nous avons le projet dy envoyer d'autres. Fais-y veiller de ton côté le plus que tu pourras. Il faut sans rémission évacuer, renfermer tout individu suspect. La liberté 10

ne compose pas. Nous pourrons être humains quand nous serons assurés d'être vainqueurs. L'intention du Comité est que tu ailles, avec ton collègue ou seul, de Rennes à Nantes, de Nantes à Rennes, etc. Le caractère de la représentation nationale se déploie avec bien plus de force et d'empire quand les représentants ne séjournent pas dans un endroit, quand ils n'ont pas le temps de multiplier leurs relations, leurs connaissances,' quand ils frappent en passant de grands coups, et qu'ils en laissent (sauf à le suivre) la responsabilité sur ceux qui sont .

chargés d'exécuter.

Adieu, mon ami, je t'embrasse... Nous te recommandons de destituer bien vite, à Nantes et ailleurs, les administrateurs fédéralistes, contrerévolutionnaires, etc. Salut, amitié, fraternité. » Par ces mots, ces expressions du Comité, sa mission était claire. Il n'écoutait plus Goullin, il ne regardait plus autour de lui. Ses yeux semblaient errer dans le vide. Mais il sentait naître en lui une force nouvelle qui le placerait aux avant-gardes de la Révolution. Lui, Jean-Baptiste Carrier, né en 1756, député du Cantal à la Convention, avait fait bien du chemin. Clerc de procureur, après des études au collège des Jésuites à Aurillac, procureur en 1785, année de son mariage, après des études de droit à Paris. Plutôt taciturne, assez obstiné, il menait une besogne procédurière pour une clientèle de gens de la terre, sans faire parler de lui, ni en bien, ni en mal. Il participa à la préparation des Etats Généraux, puis s'engagea dans la vie politique. Par obligation peut-être, à cause de la suppression des offices, qui touchait celui de procureur. Dans les Sociétés Il

populaires il devint très actif et il fut élu député, non sans difficulté, le 5 septembre 1792. Il se montra farouche Montagnard contre les Girondins lors des journées du 31 mai et du 2 juin 1793. Aussi fut-il désigné, avec Pocholle, pour partir en mission dans les départements normands «infectés par le fédéralisme. » Le soulèvement fédéraliste, conduit par Buzot, s'essouffla en juillet et Carrier, dans sa correspondance avec le Comité de Salut Public, mit en valeur son action dans cette lutte. Les deux «représentants du peuple près de l'armée des Côtes de Cherbourg» furent ensuite chargés d'opérer dans la ci-devant 'Bretagne. Il voulait maintenant prouver au Comité qu'il était l'homme d'une situation exceptionnelle et qu'il mènerait une action exemplaire. « Reposez-vous là, comme partout ailleurs, sur ma fermeté inébranlable à dénoncer, à terrasser tous les abus, tous les traîtres et les conspirateurs» avait-il écrit le 4 octobre au Comité. Le 5, il précisait à Bouchotte, ministre de la guerre: « Je pars pour Nantes où on a laissé la trahison s'organiser et la contre-révolution faire les progrès les plus
menaçants. Tu peux compter que j

y

serai

un

vrai

désorganisateur pour y établir le triomphe de la sansculotterie. » La voiture, après avoir longé le quai, tourna vers le jardin de la Petite Hollande, à la pointe de l'lIe Feydeau. Les chevaux ralentirent l'allure. «Nous arrivons, dit Goullin. Les représentants en mission sont logés dans I'hôtel de la famille Villestreux. Nous l'avons réquisitionné. Le commerce avec l'Afrique et les lIes leur a apporté des fortunes, à ceux-là! Regarde les mascarons. Ils en appellent aux génies de la mer et du vent, Neptune et Mercure. Mais ils l'ont fait pour exploiter les 12

nègres! Ces somptueuses demeures, c'est une insulte au peuple! » La voiture franchit la porte cochère et entra dans la cour intérieure, qu'encadraient quatre corps de bâtiments. Carrier ne vit qu'une chose: la berline à six chevaux, au milieu de la cour, entourée d'autres voitures plus modestes. Il se tourna vers Goullin : «Pour qui ce carrosse? ». «Pour Ruelle, dit Goullin. Il l'avait vu passer devant les fenêtres et ill' a fait saisir pour lui. » Quand il monta le vaste escalier de granit, orné de ferronneries, avec la démarche altière d'un représentant officiel, retenant son sabre de la main gauche, il se préparait à la scène de la rencontre avec ses collègues. Il regardait droit devant lui, sans accorder attention aux cris des cochers dans la cour. Il n'avait besoin de personne pour lui expliquer la situation. Il avait envoyé de Rennes à Nantes une «personne sûre », quelques jours avant son départ, pour prendre des renseignements. Il en avait retenu trois idées: Nantes est en pleine contre-révolution, l'armée des révoltés est forte de 200 000 hommes, ses collègues - Gillet mis à part - étalent «un luxe asiatique» et ne s'occupent pas de la chose publique ni des individus qui la dirigent. Il l'avait écrit le 4 octobre de Rennes au Comité de Salut Public. Sur le palier du premier étage, au-dessus de l'entresol, se tenaient deux gardes. « C'est là », dit Goullin. «Annoncez le citoyen représentant Carrier! » Ruelle, d'humeur plutôt hilare, un verre à la main, vint l'accueillir dans l'entrée, en disant d'une voix forte à l'intention de ceux qui se trouvaient dans la salle de compagnie: «Le voilà arrivé, le sauveur de la Patrie! Salut et fraternité! » La poignée de mains fut rapide. 13

Quand il entra dans la salle de compagnie, pièce d'apparat dans ce genre d'hôtel, le décor confirma immédiatement ses convictions: ses collègues se prélassaient dans le luxe et s'y endormaient. A droite, au-dessus de la cheminée en marbre noir, trônait sur des pieds sculptés un grand miroir doré, reflétant les girandoles, posées sur le rebord, aux branches ornées de pendeloques de cristal. A gauche, le mur était entièrement recouvert d'une tapisserie d'Aubusson, en verdure de haute lice. Gillet, Philippeaux, Méaulle, enfoncés dans des bergères, reposèrent leur verre .sur des tables à jeu, en bois

des îles, garnies d'un drap vert.

« Laissez-nous! » Trois jeunes femmes, qui papotaient en étouffant de petits rires, près d'un trumeau posé entre les deux fenêtres de façade, représentant des amours tout roses, s'éclipsèrent aussitôt. Le domestique en livrée, qui s'affairait auprès du foyer, replaça le valet de feu doré contenant pelle, pinces et tenailles, et disparut. Ruelle tendit un verre à Carrier. Celui-ci attaqua tout de suite. «A Nantes il n'y a pas de temps à perdre. Des mesures énergiques doivent être prises.» «Attends qu'on t'explique la situation» dit Gillet. «Je la connais. Il faut briser les autorités constituées, dissoudre le club fédéraliste, adjoindre au Comité de Salut Public des commissaires de chaque section, annuler tous les certificats de civisme, ordonner d'en prendre des nouveaux, donnés par la nouvelle Municipalité et approuvés par le Comité de Surveillance, soumettre à l'arrestation tout individu qui n'en serait pas nanti, faire faire des visites domiciliaires, désarmer tous les gens suspects pour armer les patriotes, faire toutes les arrestations nécessaires, visiter tous les magasins, en un mot danser rondement la Carmagnole! » 14

Carrier s'échauffait au fur et à mesure, comme s'il était à la tribune de la Convention. Il fit sonner le mot Carmagnole, en roulant bien le r à la façon auvergnate. - On ne t'a pas attendu pour y penser!

- Penser,

peut-être. Mais il faut passer tout de suite à

l'action. Vous êtes trop lents! - Eh bien, Goullin, lança Gillet, toi le Nantais, dis-lui ce que nous avons décidé. - On réserve aux Nantais trois jours de surprises, répondit Goullin. Le 10 octobre la municipalité Baco sera destituée, en application de la loi du 27 juillet; ce sont des Girondins, des fédéralistes. Ils ont osé dire que la Convention s'était dégradée, avilie, et qu'elle n'était plus, dans les mains d'une faction scélérate, que le jouet des tyrans qui la dirigent! Nous imposons Renard comme maire. La liste de tous les officiers municipaux et notables est établie. De vrais républicains. Pas des bourgeois. Renard est peintre-vitrier et les officiers municipaux sont de petits commerçants et artisans saignés par les riches. Gillet et Ruelle se chargent de leur installation. Le même jour Philippeaux et Méaulle renouvelleront l'administration du Département. Les administrateurs ont tenté de se repentir. Ils seront destitués. L'évêque constitutionnel Minée prendra la présidence du Département. Le Il octobre Gillet et Ruelle installeront le nouveau Comité révolutionnaire, en remplacement de celui du 29 septembre, qui a toujours freiné la chasse aux suspects. Je suis fier d'en faire partie. Enfin nous allons pouvoir appliquer la loi du 21 mars 93 à la lettre et surveiller les citoyens pour dénoncer les traîtres et écraser les contrerévolutionnaires. Le 12 octobre le club de la Halle sera fermé. Club de fédéralistes qui se sont dévoilés en juillet, qui se croient supérieurs aux autres parce qu'ils ont de l'influence 15

sur les Nantais et veulent donner des leçons républicaines. Enfin la victoire des sans-culottes de Vincent-la-Montagne! - Et on va fermer aussi toutes les chambres de lecture, ajouta Forget. Ce sont des repaires d'aristocratie, peut-être même l'entrepôt infâme des correspondances avec les brigands de Vendée. - Je te présente Forget, du club Vincent-la-Montagne, dit Philippeaux. Goullin me l'a fait connaître, Goullin qui t'a conduit ici. Grâce à lui, et à Goullin qui sont mes secrétaires, je sais quels sont les hommes sur lesquels la Convention peut compter à Nantes. Tu vois, Carrier, nous n'ignorons rien de la situation et nous agissons avec vigueur. Par exemple, nous avons remplacé le 29 septembre le Comité de Salut Public de Nantes créé au mois d'août, d'une faiblesse outrageuse, par un comité de surveillance. Goullin a voulu secouer les membres du Comité et les obliger à prendre des mesures radicales. Ils n'ont pas bougé. Eh bien, nous allons les remplacer le Il octobre. Ils occuperont des postes administratifs où il n'y a pas besoin d'une autorité de fer. GouIlin, lis à Carrier la lettre que tu as adressée le 5 octobre aux membres du Comité. « Aux intrépides Montagnards, composant le Comité de surveillance à Nantes, le sans-culotte, secrétaire de la Commission Nationale, Goullin : Les Représentants me remettent les pièces ci-.jointes que je m'empresse de vous faire passer: examinez, et surtout agissez roide et vite,. frappez en vrais révolutionnaires, sinon je vous réprouve. Le carreau populaire vous est dévolu, sachez en user, ou vous êtes, ou pour mieux dire, nous sommes foutus. Vous manquez, me dites-vous hier, de bras exécuteurs,. parlez, demandez, et vous obtiendrez tout,. force armée, commissaires, courriers, commis, valets, espions, or 16

même s'il en était besoin, pour le salut du peuple, rien ne vous manquerait,' dites un mot, encore une fois, et je suis garant que vous serez servis sur les deux toits. Adieu à tous, je vous aime tous et je vous aimerai toujours, parce que toujours vos principes seront les miens,. songez au navire ou bien à des maisons propres àformer des prisons d'arrêts, des dépôts sûrs. » - Le nouveau Comité Révolutionnaire, dit Philippeaux, composé de vrais sans-culottes, de montagnards reconnus, avec Goullin, Chaux, va appliquer la loi du 17 septembre, dite loi des suspects. Goullin sera l'accusateur public. La loi prévoit que les Comités sont «chargés de dresser la liste des gens suspects, de décerner contre eux les mandats d'arrêt, et de faire apposer les scellés sur leurs papiers. Les commandants de la force publique, à qui sont remis ces mandats, sont tenus de les mettre à exécution sur le champ, sous peine de destitution.» Tout va changer maintenant. Les contre-révolutionnaires de Nantes trembleront. Ils ne pourront plus conspirer. Ils tomberont sous la verge de fer. - Tous les moyens sont légitimes lorsqu'il s'agit de sauver le peuple et d'établir le gouvernement républicain, dit Gillet. - C'est bien ma conviction, répondit Carrier. Il avala d'un trait son verre d'eau de vie. Il ne s'attendait pas à cette contre-attaque. Je suis investi d'une mission, par Hentz et Prieur, au nom du Comité de Salut Public, reprit-il: aller sur place en Vendée, voir l'état de notre armée et installer l'Echelle comme général en chef. Il est animé des meilleures intentions, en bon sans-culotte, mais on veut connaître ses talents militaires. Je pars demain avec lui au quartier général 17

à Montaigu. On va déloger les Brigands de leurs repaires et leur faire mordre la poussière. - Il est temps d'avoir un général pour l'armée, dit Gillet. Canclaux, Aubert-Dubayet, généraux, ont été destitués au moment même de la victoire de notre avant-garde contre 25000 brigands sur le champ de bataille, de même Gronchy sur la route de Montaigu ce matin. Nous venons d'en rendre compte aujourd'hui par un courrier adressé à la Convention Nationale. Rossignol qui devait remplacer Canclaux n'est pas arrivé. L'Echelle est le bienvenu. On craignait d'attendre' encore plusieurs jours. Les soldats sont des braves, entièrement dévoués à la République. Mais il leur faut un chef. Ils n'ont pas pu se mettre en marche aujourd'hui pour profiter, comme prévu, de la déroute des ennemis et saisir leur dépôt de munitions. Demain Méaulle et Ruelle se rendent à Saumur pour conjurer ceux qui dirigent l'armée de la Rochelle de se joindre enfin à nous pour exécuter le plan qui a été arrêté. - Tu vois que nous ne perdons pas de temps, dit Ruelle. A Rennes la situation était plus calme. Ici, à cause des brigands de Vendée, nous sommes sur une poudrière. Une étincelle, et c'est l'incendie. Tu constateras la différence. Avant le souper, on va t'installer dans un appartement audessus, face au port. Tu verras les gabares de Loire et les bateaux de mer, La Fosse, à droite, le quartier des négociants, les chantiers navals. D'un coup d'œil tu connaîtras la richesse de Nantes venue de la traite des nègres et du troc fait à l'île de Saint Domingue. Carrier, face au port de Nantes, resta debout sans rien dire. Les dernières lueurs du jour allongeaient les formes des fenêtres dans la pièce et diffusaient une lumière jaune tendre. 18

Puis il s'installa à un bureau d'acajou situé dans le cabinet de travail. Il sortit de sa poche la lettre commencée à Rennes et il écrivit: Je dois vous prévenir qu'il y a dans les prisons de Nantes des gens arrêtés comme champions de la Vendée. Au lieu de m'amuser à leur faire leur procès, je les enverrai à l'endroit de leur résidence pour les y faire fusiller. Ces exemples terribles intimideront les malveillants, contiendront ceux qui pourraient avoir quelque envie d'aller grossir la cohorte des brigands. On les croit vivants tant qu'on n'en voit pas le 'supplice.

19

Il
LE COUP DE SEMONCE

En cette fin d'après-midi, Carrier, de retour de Vendée après avoir assisté à la défaite des Vendéens à Cholet, regardait la ville de Nantes, derrière la fenêtre de la salle de compagnie de son appartement de 1'hôtel de la Villestreux. Devant lui, le demi-cercle de la petite promenade dite de l'Eperon, souligné de deux rangs d'ormeaux à hautes tiges, taillés en boule, surplombait une grève servant de débarquement pour les foins recueillis en aval de Nantes. Audelà, le port, encombré de navires, de gabares, lieu d'un incessant mouvement de barques et de petites embarcations. Vers la droite, le faubourg de la Fosse, avec ses riches demeures d'armateurs, sur six cents toises, le long de la Loire. Derrière ces immeubles, grouillait toute une vie autour des entrepôts. Là étaient stockées toutes les marchandises venues des Indes occidentales et des Antilles, le poivre, le café, le sucre, le tafia, le coton, le cacao, le tabac, l'indigo. Un garde entra pour demander à introduire deux visiteurs. C'étaient Goullin et Chaux. « Tu regardes les belles maisons du quai de La Fosse, dit Goullin. Propriétés des armateurs et des négociants nantais! On va bien surveiller le commerce nantais, grâce à la loi du 9 octobre. Les Nantais viennent de la connaître aujourd'hui, par leur journal, les Affiches de Nantes. La Municipalité est chargée de vérifier les cargaisons et d'accorder les autorisations. Armateurs et négociants trafiquaient avec les ennemis de la République, qui nous font la guerre, l'Angleterre, les Provinces Unies, les Etats 21

allemands, l'Espagne. Fini! Ils ne peuvent plus acheter des marchandises fabriquées en Angleterre, ils ne peuvent plus importer à leur guise. Ils seront poursuivis s'ils le font! - Ils ont des stocks de vivres, ajouta Chaux. Ils les gardent. On peut les attaquer comme accapareurs, puisqu'ils dissimulent les marchandises nécessaires à la vie de tous. Appliquons le décret du 29 septembre, fixant le prix maximum! Tout négociant, commerçant, fabricant doit mettre en vente sa marchandise par petits lots et à tout venant. - Ces « messieurs », les riches négociants, les commissaires de la Bourse vont trembler devant toi! Carrier fit un signe de tête. - Oui, quand ils sauront ce que je vais dire tout à l'heure! » Goullin et Chaux, voyant que Carrier ne voulait pas prononcer une parole de plus, prirent congé et sortirent. Carrier revint à la fenêtre. Il allait, aujourd'hui 23 octobre (2 brumaire selon le nouveau calendrier, en vertu du décret de la Convention en date du 5 octobre) affronter les Nantais dans une séance de la Commission Départementale. Au bas du Port au Vin, dans le quartier de la Fosse, les gens se rencontraient autour du puits public. « Les Montagnards ont de la rancune. Paris nous en veut parce que nous avons porté la bannière fédérale pour critiquer la faction qui avait juré d'anéantir la liberté publique. Ils ont destitué et consigné chez eux les anciens de la Municipalité. C'est pourtant grâce à elle que nous avons repoussé les Vendéens le 29 juin! Nous avons montré ce que nous sommes capables de faire, les Républicains nantais! - Quelle marionnette montagnarde, ce Renard, placé comme maire par les Représentants en mission, qui ont désigné les membres de la nouvelle municipalité! Il est resté 22

parisien, même s'il a épousé une Nantaise et s'il est peintrevitrier ici depuis quinze ans! - Il faut reconnaître qu'il prend sa fonction au sérieux. On dit qu'il est allé vérifier si les entrées de la ville étaient bien tenues pour éviter l'arrivée des Brigands, ces Vendéens ennemis de la République, et qu'il est allé visiter les prisons. - Et les officiers et notables sont de petits artisans et commerçants. Pas de « messieurs» les négociants! - Pourtant ces négociants sont aussi de bons républicains qui nous font vivre... - Qui ne voient que lèur argent, en bons calculateurs! Ils ne pensent qu'à tirer profit des marchandises qu'ils ont en réserve et qu'ils revendront au bon moment. - Mais la nouvelle loi sur le maximum va les en empêcher! - A bas les accapareurs! Vive la tarification de la viande, du beurre, du lait, du grain. Le petit peuple est enfin protégé. Enfin on prend des mesures rigoureuses ! Avant-hier les tanneurs ont été obligés d'apporter leurs cuirs à la Municipalité, les bouchers doivent garnir leur étal. - Et je connais un charcutier qui a été vertement rappelé à l'ordre! - Oui! Mais le peuple va souffrir. Les rationnements arrivent. Tiens, vendredi dernier, 18 octobre, pardon puisqu'il faut se mettre au nouveau calendrier, septidi 27 vendémiaire - on nous a rationné le chauffage: un quarteron de fagots par ménage, un cent aux boulangers; on leur a donné des bons pour avoir des fagots. - Les réfugiés de Vendée arrivent sans arrêt. Ils nous prennent notre pain, alors qu'on n'en a presque pas! - On ne sait jamais si ce sont des parents des Brigands ou de vrais républicains. 23

peuvent être des soldats vendéens, qui ont fui! Leur moral est atteint, depuis leur défaite à Cholet. - D'autres sont des soldats de la République qui désertent! Les lâches ! Avoir peur de paysans en guenilles qui évitent le combat en se dispersant dans la campagne et en se réfugiant dans les bois! - On dit aussi que les réfugiés vendéens viennent dans Nantes pour conspirer et provoquer un soulèvement dans la ville. Les ennemis sont partout. Il paraît que les prisonniers du Bouffay ont dit hier qu'il était inutile de leur tremper leur soupe, parce qu'ils seraient libres 'aujourd'hui! -- Et les femmes vendéennes! On dit qu'elles ont poussé leurs maris à prendre les armes contre la République et qu'elles ont égorgé des prisonniers! Et elles osent venir chez nous! -Ne vous affolez pas, citoyens! Depuis le 14 octobre tous les habitants des campagnes voulant entrer à Nantes doivent avoir des cartes signées par un membre du Conseil. - Tiens, regarde ces trois hommes là-bas qui chuchotent entre eux. Ils sont trop bien habillés pour être des patriotes. Ils viennent de dissimuler leur cocarde tricolore. Je vais aller avertir le comité de section. » Devant les boulangeries, le peuple s'agitait. Le pain se faisait rare, faute d'approvisionnement en grains. Même si la récolte de 1793 avait été bonne, les paysans se méfiaient du paiement en assignats, dont la valeur diminuait sans cesse. En outre, beaucoup de moulins ne fonctionnaient plus, les uns brûlés pour provoquer la famine chez les Vendéens, les autres par manque de vent. Dans la rue Jean-Jacques Rousseau le garde national chargé d'assurer la sécurité de la boulangerie agita en l'air son fusil muni d'une baïonnette. La file d'attente s'allongeait 24

- Certains

sans cesse et venait d'avoir des soubresauts d'animal récalcitrant. En effet un groupe de femmes en était venu aux mains et se frappait sans ménagement. « Arrêtez, dit le garde, ou je vous pique les fesses! » Des personnes intervinrent pour séparer les belligérantes. « Toi, citoyen garde, tu es sûr d'avoir du pain, nous, pas! Tu es bien heureux, on te le garde, ton pain! Moi, je suis là depuis sept heures du matin. Je n'ai pas pu avoir du pain de la première fournée et je ne sais pas si le boulanger en .

prépare une seconde!

- Comment oses-tu provoquer un commissaire de la République, s'écria le garde. - Tu protèges plus le boulanger que les clients. On a entendu dire qu'il n'y aura plus de pain demain. Pourquoi? - Attention, citoyenne! Tu fomentes une émeute, je peux te faire arrêter! - J'ai sept personnes à nourrir, dit une autre femme, et chaque jour on voit la ration diminuer. Maintenant, une livre seulement. Moi je suis une bonne citoyenne. Que font les citoyens responsables pour assurer les subsistances? - Oui, dit une autre, que font-ils pour empêcher la montée des prix? - Le prix du pain est fixé par le représentant du peuple. Il est affiché ici. Le garde montra du doigt un papier placé sur la vitrine. Depuis le 21 octobre, le pain est à trois sous la livre. Et les proportions du mélange de farine sont imposées: 2/Se de froment, 3/Se de seigle. La loi vous protège. Bien sûr, ce n'est pas du pain entièrement au froment. Mais vous le payez moins cher. Avant, il était à 4 sols 6 deniers la livre! - Ce n'est que du pain de méteil! Gris et vite rassis! - Il y en a qui cachent le grain et la farine.
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- Et d'autres denrées! Les prix sont fixés par la loi du maximum, mais on ne trouve rien à acheter. Où trouve-t-on le beurre à 20 sols la livre, la viande à 10 sols, les œufs à 20 sols? Nulle part. Dans les ruelles on en vend en multipliant le prix au moins par quatre. - Et le sucre, le vin? Peut-on en acheter quand on ne gagne que 2 livres par jour? - Les riches coquins, qui n'ont rien fait pour la République, ont des provisions dans leurs caves pour plus de six mois! - Que nos responsables fassent respecter les lois! - Qu'on aille prendre les denrées là où elles se trouvent! »
Les gens s'impatientaient, parce que la boulangerie n'ouvrait encore pas. La file recommençait à s'agiter. On s'interpellait, on s'insultait: « Je ne t'ai jamais vu ici. Tu n'es pas de la section. Cette boulangerie est réservée à ceux habitent ici, à la section de la Fosse. - Serais-tu un de ces Brigands échappés de la Vendée? Où sont tes certificats de civisme? Montre un papier qui atteste que tu es une bonne patriote. » Des remous apparurent tout autour. Tous dévisageaient l'intruse. Mais une autre altercation, survenue à côté, détourna un moment l' attention. « Eh gueuse! ne cherche pas à gagner des places en te faufilant! - Mon mari est au service de la République; je suis seule à la maison! » 26

Soudain on entendit un bruit à la porte fermée de la boulangerie. Le boulanger ouvrait le guichet, la porte restant solidement close. La foule se déplaça comme une masse contre la façade de la boutique. On se bousculait, on criait, on frappait le voisin à coups de poings et de pieds. Tout à coup, la foule se calma. De l'eau, par grands seaux, venait d'être lancée, on ne savait par qui. Le garde donna quelques coups de crosse pour remettre les gens en file. La distribution pouvait commencer. Ce soir-là l'Assemblée départementale ne siégeait pas seule. Dans la grande salle de la Chambre des Comptes de Bretagne, devenue Chambre du Département, les trois Corps administratifs se trouvaient réunis sous la présidence de Minée, l'évêque constitutionnel, nommé président de la Commission départementale le 20 de ce premier mois de l'an II. Lorsque Carrier entra, la séance était déjà ouverte depuis sept heures du soir. Il avança droit vers la tribune, avec une démarche ostentatoire, la main au sabre, la ceinture tricolore déployée, sous les regards des membres des Assemblées. Minée s'était tu. Les membres de la tribune se levèrent pour l'accueillir. On regarda ce Représentant en mission, en grande tenue, avec curiosité. On savait qu'il était allé en Vendée et qu'il était présent à la bataille de Cholet. Présent comme Merlin et Gillet qui avaient appelé énergiquement au combat pour terrasser l'ennemi, lors de l'attaque de Nantes par les Vendéens le 29 juin, et qui avaient fui? Moraliste comme Philippeaux qui, arrivé en août, avait rédigé un « catéchisme moral et religieux », publié chez l'imprimeur de Nantes A-J. Malassis, pour convaincre les insurgés vendéens? Qui était27

il ? Personne ne le connaissait. Seulement de vagues échos de son action à Rennes. On attendait de le voir à l' œuvre. Chacun pouvait le voir de profil pendant son passage dans la salle. Son allure intriguait: longue silhouette un peu voûtée, presque cassée, non par l'âge, à 37 ans; son visage, soutenu par un haut col de fourrure, écrasé par un couvre-chef à panache, marqué par un grand nez arqué, dominant une bouche dédaigneuse. A la tribune, de face, sa tête entière - débarrassée du couvre-chef - devenait sombre: figure allongée encadrée de cheveux noirs, teint basané, petits yeux enfoncés soutenant le crochet du nez. Seuls les anneaux d'or pendant à ses oreilles jetaient, grâce à la lumière des chandelles, des éclats lumineux. Minée reprit son discours introductif, à l'adresse des «citoyens représentants », membres de cette Assemblée, en s'enflammant davantage. «Continuez, législateurs, à préparer la route de la gloire et de la félicité publiques. N'abandonnez votre poste qu'après l'avoir entièrement aplani. Vous saurez toujours, quels que soient les obstacles, y conduire d'un pas ferme la digne portion qui nous est confiée par le peuple généreux. Apportez une réponse victorieuse aux calomnies des feuillants, égoïstes, muscadins, fédéralistes, des monarchistes, enfin, aristocrates de tous les grades. » On applaudit avec ardeur. Puis la discussion s'ouvrit à propos de l'exécution de la loi sur le maximum du prix des denrées. Çà et là fusaient des opinions contradictoires: « Enfin une loi salutaire », « Une loi impossible à appliquer. » Carrier écouta un moment et fit signe d'interrompre les intervenants. Il prit la parole. 28