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Case Pilote - Le Prêcheur - Basse Pointe

De
192 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 75
EAN13 : 9782296173071
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A

CASE-PILOTE, LE PRECHEUR, BASSE-POINTE.. . Étude démographique sur le Nord de la Martinique (XVIIe siècle)

Liliane CHAULEAU

A

CASE-PILOTE, LE PRECHEUR, BASSE-POINTE.. .
;

Etude démographique sur le Nord de la Martinique
(XVIIe siècle)

Préface de Jean GANIAGE
Professeur à la Sorbonne

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

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L'Harmattan, 1990 ISBN: 2-7384-0329-8

Préface

C'est at/ec plaisir que l'on accuetllera la parution de la toèse de JIl cycle dé Li/Ülne Coauleau, brillamment soutenue en Sorbonne en mars l' 'est trout/u retardu à plusieurs reprises, L'out/rage débute, comme tl se doti, par une préSentation dés paroisses ou plutôt de « quartiers» beaucoup plus t/astes que les communes tlCtuel/es, ceux dé Basse-Pointe et du Prêcheur au nort/, dé par/ et d'autre dé la montagne Pelu, Case-Ptlote à l'ouest, trois lieues au nord dé For/Royal. LtI population éitlti encore peu nombreuse, moins de deux mtlle personnes en 1680, des escltlt/es pour près des trois cinquièmes, A l'éjJoque, ce n 'éitlti ptlS encore la grtlndé explotitltion .fondu sur ItI monoculture dé ItI ctlnne à sucre, tnomphtlnte au milieu du XVIIIe siècle, Les (( oaotitlnts» éiaient encore pour la plupart de petties gens trtlt/tltlltlnt la terre tlt/ec quelques esclat/es ils se constlcraient tluttlnt tlU ttlOtlC qu 'à " ItI ctlnne, pistlnt une large pltlce aux cultures t/tvnères, Près de la mot: 198J, et dont la publication

tié du terroir resttlti cout/ert de bois ou le domtline de
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Pour ellx, l'âge moyen tlU mtlnage

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modal - étati en effet de 28 ans, soti un peu plus qu'en France Ii la même époque. Du pti de la prééoctié cles manitges chez les .femmes, on pouvati s 'tIttendre Ii une nataltié vigoureuse, avec une .fééond'tié cie type canad'teno Aussi la moyenne de 4,9 enpnts pflr pmille est-elle de nature Ii surprendre, parce qu'elle apparflÎt .fort éloignée des recordr canad'tens et qu'elle est surtout moins élevée que dans IfI motiié nord du royaume oj) les .femmes se manittent pourtant sensiblement plus tard. S'tlgiratitl de malthustitnismeprééoce ? L 'expltcation est plutôt Ii chercher du côté des sources, un sous-enregistrement sinon des bflptêmes, flU moins

des natssancesd'enpnts morts flvant d'tlvoir éié bapttsés, les « ondoyés
dééédés» du vocabulaire démographique. De IfI mortaltié; on rettendra surtout les interrogations habtiuelles, flucune méthode de calcul ne s'étant encore imposée en ce qui concerne le destin des adultes. Retenons pourtflnt que ces parotsses ntrales semblent flvoir été dflns l'ensemble épargnées pflr la fièvre /Qune qui ptsati tant de ravages chez les nouveflux aff/pants, Ii Sflint-Pterre comme Ii Fort-Royal. De même qu'en métropole, l'épidémte la plus dangereuse semble avoir été la vanole, dont on pense au/ourd'hui qu'elle aurati pti plus de vtctimes que la peste. C'est donc un bel ouvrage que nous présente Mlle Chauleau, mats sans doute avec trop de d'tscrétton. Il put être du sératl en effet pour être en mesure d't1pprééter IfI somme de travatl que représentent le dépoutllement des regtstres pflrotsstitux anctens et la reconsttiution des pmtlles. Quant Ii l'htstoire plus classique, celle des étlénements poltit: ques, de l'ééonomte, elle apparflÎt comme le résultat d'une longue .fr~ quentatton ties archtPesdont témoignaient dé/;t ties ouvrages sur la société martiniquatse et le volume de l'Encyclopédie antillaise, pant en 1973. En souDfltiant une belle caff/ère Ii l'htstoire de ces trots parotsses, nous espérons que leur exemple, comme celui de Petti-Canal en Guadeloupe, saura susctier de nouvelles vocattons démographiques df/ns les Anttlles .françatses.
Professeur Jean GANIAGE à la Sorbonne

6

Chapitre premier

Trois paroisses du Nord de la Martinique

CADRE GÉOGRAPHIQUE

Case-Pilote, Prêcheur, Basse-Pointe, trois localités qui s'étendent au

nord de la Martinique 1, de cette partie de l'île au relief plus tourmenté 2, aux courbes côtières plus régulières3. Case-Pilote, du nom
d'un chef caraïbe, le Pilote 4, le Prêcheur « ainsi appelé, nous dit du Tertre 5, à cause que vers cette pointe, il y a une roche en mer, sur laquelle on en voit une seconde plus élevée qui représente de loin la figure d'un prédicateur en chaire ». Au nord du Prêcheur, les falaises abruptes qui se succèdent jusqu'au versant est où se brisent les flots

1. Rappelons que l'île est située dans l'archipel des Antilles à 14 ° 36' 14" de latitude nord et 63°24'44" de longitude ouest. Au XVII" iècle, Du Tertre donne une évaluation à peu près s équivalente: 14°30' de latitude septentrionale. Cf. Histoire générale des Antilles, t. II, p. 21. Aujourd'hui 25 km de routes côtières séparent Case-Pilote du Prêcheur. Cette dernière paroisse se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Basse-Pointe. Notons que la distance moyenne entre 2 paroisses est à la Martinique sensiblement plus grande qu'au Canada (12 à 15 km, cf. Henripin, La population canadienne..., p.3). 2. C'est dans la partie nord en effet que culmine la Montagne Pelée (1430 m) que se dressent les Pitons du Carbet (1200 m). Au sud, la Montagne du Vauclin n'a que 500 m. 3. Par opposition aux côtes du Sud, qui « se résolvent en une infinité de baies et de caps », cf. Pouquet, Les Antilles françaises, p. 50. 4. Allié aux Français, celui-ci s'était, pour leur laisser .Ia partie Nord-Ouest, retiré dans le Sud, en un lieu qui prit le nom de Rivière-Pilote. 5. Du Tertre, op. cit., t. II, p. 24.

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impétueux de l'Atlantique, s'affaissant soudain, s'effilent en un cap de faible altitude: c'est la Basse-Pointe. Les paroisses de Case-Pilote et du Prêcheur appartiennent à la partie occidentale, appelée au XVIIesiècle Basse-Terre, aux côtes plates: la Basse-Pointe fait partie de la région est, celle de la Capesterre, plus escarpée. Ces trois localités comprennent une étroite plaine qui longe

la mer, « un très beau fond de pays uni » nous dit Du Tertre à propos
de Case-Pilote6. Mais l'altitude s'élève vers l'intérieur, à 400 et même 800 m jusqu'aux premiers contreforts de la Montagne Pelée pour la Basse-Pointe et le Prêcheur. Ce dernier est, observe Du Tertre, « le plus

montagneux de l'île, excepté un fond de pays uni 7 ».

Sur le sol, assise sédimentaire recouverte de roches volcaniques et de nuées ardentes auxquelles se mêlent des coulées boueuses à BassePointe, pousse une végétation luxuriante. Car le Nord est, au contraire du Sud, abondamment arrosé. Dès le XVIIe siècle, le P. Labat en témoi-

gne. Nous parlant de la Basse-Pointe, « le pays, nous dit-il, depuis la
rivière Capot où commence la paroisse de la Basse-Pointe jusqu'à la Grande Rivière qui sépare celle de Macouba de la paroisse du Prêcheur [...] est sans contre-dit le plus beau pays, le meilleur et le plus assuré de toute l'île, les habitations sont presque toutes séparées les unes des autres par de petites rivières ou des ravines profondes 8 [...] ». res jeunes hachées de cascades, de rapides» 9 ; la rivière Capot dont parle le P. Labat, alimentée par plusieurs affluents, la rivière de BassePointe dont le lit est encore encombré de laves et de ponces, la rivière du Prêcheur qui, venant du Plateau des Palmistes, « s'enfonce entre les escarpements grandioses dans un des paysages les plus hachés, les plus tourmentés qu'il y ait sur notre terre» : plus au sud, parmi les rivières courtes et de moindre débit, la rivière de Case-Pilote. Situé « au vent », le long du versant est, Basse-Pointe est plus lar-

Le Nord est en effet traversé par de nombreux cours d'eau « riviè-

gement balayée par les alizés et reçoit des pluies plus fortes 10. Dans la région ouest, Case-Pilote et le Prêcheur sont plus abrités 11. On distingue essentiellement deux saisons, celle des pluies ou hivernage, de juillet à décembre, et une période plus sèche, le carème. La tempéra-

6. Du Tenre, t. II, p. 25. 7. Ibid., t. II, p. 24. 8. Labat, Nouveau voyage, éd. 1742, t. I, p. 136. Il convient peut-être d'ajouter que ce quanier était dévolu à la congrégation du P. Labat, celle des dominicains. 9. Pouquet, op. cir., p. 65. 10. A Basse-Pointe même, à faible altitude, les précipitations atteignent aujourd'hui 1,80 m par an. Elles s'élèvent à 4 m dans le bassin de la rivière Capot, la limite sud de la paroisse au XVII" iècle. s 11. La moyenne annuelle est au Prêcheur de 1,42 ID, elle est de 1 .rn pour l'ensemble de l'île. 10

ture varie de 23 à 320 12. C'est vers le mois d'août, septembre, plus
rarement en octobre que se produisent ordinairement les cyclones. Au XVIIesiècle, de violents ouragans ravagent les plantations de la Marti-

nique en 1672, 1680, 1694, 1699, 171313. Moins fréquents, lestremblements de terre se font cependant quelquefois sentir, en 165814, 1690 par exemple.
CADRE ADMINISTRATIF

Au XVIIesiècle, les paroisses qui nous intéressent forment le noyau de circonscriptions administratives, à la fois groupements d'habitations et points commerciaux. Quatre quartiers sont d'abord créés à la BasseTerre et parmi eux, nous trouvons ceux de Case-Pilote et du Prêcheur. La Capesterre est habitée par les Français en 1658, mais ils n'y constituent pas, à cette date, de quartier. Cependant, les quartiers se transforment, s'agrandissent. L'intendant Robert en dénombre cinq en 1696, deux d'entre eux recouvrent presque tout le nord de l'île, incluant les paroisses qui nous intéressent: le quartier de la Basse-Pointe s'étend de la Grande-Anse 15 à la Pointe du Prêcheur; le quartier dit de la Basse-Terre va du Prêcheur à la Pointe des Nègres 16. Les limites des paroisses, assez flottantes au début 17, sont frxées par le lieutenant général Blénac, en 168418. La Case-Pilote s'étend désormais de la Case-Navire 19 au Fond Capot, le Prêcheur de la Pointe La Mare à la Grande-Rivière. La Basse-Pointe rejoint la paroisse du Macouba à l'habitation du sieur Hardy, se prolonge jusqu'à la rivière Capot. Selon la décision de Blénac, les deux premières paroisses continuent d'être desservies par les jésuites, celle de Basse-Pointe est laissée aux dominicains. Ces paroisses, nous le constatons, sont dans l'ensemble plus vastes

12. Elle diminue avec l'altitude: elle est de 10° à partir de 1 000 m. 13. L'un des cyclones les plus dévastateurs fut celui du 10 octobre 1680 (900 victimes, 141 maisons renversées). L'église (act. cathédrale) et l'hôpital de Fort-Royal (actuel Fort-de-France) furent aussi détruits. 14. Les secousses furent assez violentes, cf. Du Tertre, op. cit., t. I, p. 494. 15. Bourg actuel du Lorrain. 16. Arch. nat, Col. Cs A 9, [0 268, 1691, 21 avril. Pointe de Nègres sur l'actuel territoire de Fort-de-France. 17. Du témoignage de Blénac, à son arrivée aux Iles « tous enterroient, baptisoient, rnarioicru indiféramment tout ce qui venoit dans leurs églises »... Arch. nat. Col. C 8 A 4, fo 50, 1685, 30 septembre. - Blénac au ministre. 18. Arch. nat. Col. F3 248, fo 931 et Desalles (P.-R.). Annales du Conseil Souverain, p. 289 et sq. 19. Actuelle commune de Shoe1cher. Il

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que les communes actuelles. La paroisse de Case-Pilote englobait les bourgs de Schoelcher (2 003 ha), de Case-Pilote (3 128 ha), de BelleFontaine (1 379 ha), celle du Prêcheur comprenant le bourg du Prêcheur (2 791 ha) et une partie de Grand-Rivière (1936 ha). La paroisse de Basse-Pointe semble avoir eu, dès l'origine, ses limites actuelles (3 082 ha). Notons que la superficie de ces paroisses est nettement supérieure à la moyenne des paroisses françaises actuelles (1 450 ha). Au début, elles n'incluent pas de bourgs 20. Ceux-ci se forment à la fin du XVIIe siècle. Un mémoire, établi en 1710, mentionne, à propos des localités de la Martinique, l'existence des « bourgs et paroisses ». Le quartier de la Case-Pilote nous est décrit par Du Tertre. Il com-

prenait alors « une église dédiée à la très sainte Vierge21, assez proche
de laquelle il y a un corps de garde, plusieurs magasins et un poids royal» 22.Dans le quartier du Prêcheur, formé vers 1667 de « trois ou quatre assez belles habitations [...] corps de garde, magasins et poids royal» 23, est la paroisse de Saint-Joseph, longtemps desservie par le P. Du Tertre 24. Selon le P. Labat qui y passa en 1694, « le bourg de la Basse-Pointe ne consistoit pour lors qu'en 15 ou 20 maisons, occupées par quelques marchands, des ouvriers, des cabarets ». Vers 1687, avait été construite, une nouvelle église que nous dépeint le même

P. Labat: « Nous arrivâmes, nous dit-il, chez le P. Breton; nous allâmes adorer le Saint-Sacrement et voir l'église, elle est dédiée à SaintJean-Baptiste, elle l'étoit auparavant à Saint Adrien. «Je ne scai pourquoi on a changé de patron. Cette église pouvait

avoir 60 pieds de long et 24 de large 25, sans chapelles: elle étoit

20. Le P. Bouton indique en 1640 : «Les habitations sont jusques à maintenant éloignées les unes des autres sans aucune forme de bourg ». Un peu plus tard, dans son ouvrage dont la 2e édition paraît en 1667-1671 Du Tertre précise qu'il n'y avait alors dans les Antilles françaises « ni ville ni bourg ». A leur emplacement, quelques édifices appelés magasins qui servent aux transactions commerciales des marchands étrangers notamment et où sont installés quelques artisans. 21. Elle fut édifiée sous le vocable de Notre-Dame-du-Bon-Port entre 1640 et 1645. 22. Du Tertre, op. cit., t. II, p. 24. Les poids royaux servaient à peser les marchandises moyennant un droit de 1 % perçu en nature. Ces poids publics dont l'existence est attestée en 1682 disparurent vers la fin du siècle mais la perception du droit subsista. 23. Du Tertre, op. cit., t. II, p. 24. 24. «A la prière de R.P. Chemel, jésuite, qui ne pouvant supporter luy seul le pesant fardeau de cette mission, me pria d'avoir soin de ce quartier pendant le séjour que je ferois dans l'isle,

ce que je fis avec bien de la joye. » Du Tertre, op. cit., , t. II, p. 24.
C'est à un habitant de la paroisse, le sieur Roy que selon le P. Labat qui le note en 1694 « l'église du Prêcheur est redevable de son bâtiment et de la plus grande partie des vases sacrez et des ornemens qui sont en grand nombre». Cf. Labat, op. cit., p. 228. 25. Soit environ 19,50 de long sur 7,80 de large (les mesures adoptées aux Antilles étaient celles de Paris et le pied valait à la Martinique 0,3248 m. Selon Du Tertre, les églises «ont 15 à 16 toises de longueur et 3 ou 4 de hauteur soit une trentaine de mèues sur moins de 8 m de haut. Elles étaient généralement construites de rnaçonnerie (pour la partie basse qui atteignait 1 m à 1,25 m) et de bois (pour la partie supérieure). Cette f~}ç.otl e hâtir en d 14

15

toute de maçonnerie, le comble assez bas. On avoit suivi un .peu trop scrupuleusement l'usage des anciennes églises de mettre l'autel du côté de l'Orient, cela étoit cause que le côté de l'église faisoit face le long de la rue du bourg, au lieu qu'il auroit été plus convenable d'y placer le portail. Au reste les dedans étoient fort propres, l'autel, la chaire, les bancs étoient d'une belle menuiserie, à côté de l'autel, en dehors, on avoit pratiqué une petite sacristie assez commode 26.» Ces paroisses, reliées aujourd'hui par la route, l'étaient au XVIIe siècle le plus souvent par voie de mer. Toutefois, nous dit Du Tertre « on va aisément à cheval par tous quartiers, ce qu'on avoit cru impossible et même [...] j' ay appris de quelques habitans qu'on va à cheval à la Capesterre »27.
CADRE ÉCONOMIQUE

De vastes habitations28 s'étendaient vers 167129 à Basse-Pointe. Elles atteignaient en moyenne environ 2 868 pas carrés (environ 3 700 hectares, 3 707,39 exactement). La Basse-Terre, où l'occupation du sol est plus ancienne, est plus morcelée et les plantations sont sensiblement plus réduites: moins de 1 500 ha au Prêcheur (exactement 1 405,50 ha, 1 064 pas carrés), moins de 2 000 ha à Case-Pilote, 1 986,73 exactement (1 521 pas carrés). Au début, dans nos trois paroisses, on cultive du tabac. A CasePilote, sous l'initiative de la famille de La Vallée, on implanta, par la suite, la casse 30.

et en bois utilisée primitivement pour les églises sera adoptée par la suite pour les maisons particulières (seule la ville de Saint-Pierre aura, à partir du XVIII"iècle, des maisons construites tous tes de pierre). 26. Labat, op. cir., t. I, p. 169 et sq. 27. Du Tertre, op. cit., t. II, p. 25. 28. Habitation: le mot désigne d'abord l'établissement, la colonie, puis la terre défrichée: c'est en ce sens que Du Tertre parle d'habitations des Caraïbes. C'est enfin le domaine, plus particulièrement le grand domaine des Antilles. Les terres étaient concédées gratuitement au début: on les délimitait à partir des côtes puis vers l'intérieur, les habitations les plus proches étaient dites du 1er étage, les autres qui vont au pendant des normes, indique le P. Bouton du second étage et celles qui sont au-delà et au-dessus des mornes sont nommées du troisième étage. 29. Arch. nat. Section a.M. G1 470 registre. - Extrait du procès-verbal de l'estat général des terres de l'isle... 30. «Monsieur son frère et luy, nous dit Du Tertre à propos du capitaine de la Vallée, ont été les premiers qui ont planté des caneficiers et qui ont donné cours à cette marchandise; si les habitants n'en eussent pas fait une si prodigieuse quantité qui l'a rendu méprisable elle eût enrichy l'isle, car elle est aussi bonne et mëme on la trouvoit plus pleine que celle du Levant. » Du Tertre op. cit., t. II, p. 25. 16

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Selon le Terrier de 1671, les cultures
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10 470 pas

Comme nous le constatons, la canne n'est pas encore devenue monoculture, ce qui se produira vers la fin du siècle. Plus importante que le tabac, elle lui cède encore le pas au Prêcheur, elle est inexistante à Basse-Pointe. Au total, on constate un équilibre entre la culture du tabac et celle de la canne dans les trois paroisses concernées (respectivement 10 470 et Il 510 pas). Les vivres occupent la majeure partie des terres cultivables à Case-Pilote et au Prêcheur 31. Mais la proportion

devait décroître par la suite avec la concurrence de la canne 31.
Outre les cultures, l'habitation comprend des savanes, des espaces' non défrichés en « bois debout» et en halliers.
Savanes Case-Pilote Prêcheur Basse-Pointe Total 5 820 pas 5 410 800 12 030 pas Bois 14 220 pas 12 350 2 250 28 820 pas

L'élevage se pratique dans les savanes, en particulier Case-Pilote 32. Le cheptel se composait, en 1715, de 150 chevaux et de 260 bêtes à cornes au Prêcheur, de 363 « bêtes cavalines » et de 470 bêtes à cornes à Basse-Pointe 33. Sur ces habitations s'élèvent des bâtiments: 46 « cases à demeurer» en 1671 34 à Case-Pilote, 40 au Prêcheur, 5 à Basse-Pointe (1 sur
31. Les administrateurs se plaignent alors de l'insuffisance de la production de vivres, du manioc en paniculier. L'année 1700 est marquée par une grande disette. Une' ordonnance de Machault et Vaucresson oblige les habitants sucriers à planter 500 fosses de manioc par tête d'esclave. Mais le manioc manque encore en 1710. Cf. Arch. nat. Col. C 8 A 17, fo 367, 1710, 7 octobre. - Vaucresson au ministre. 32.« Entre la Case-Capot et la Case-Pilote, nous dit Du Tenre, on trouve une spacieuse savane (c'est une prairie qui tient près de deux lieues sur le dos d'une montagne) ; feu M. Du Parquet avoit la bonté de permettre à tous les habitans d'y eslever du bétail; bœufs, vaches et cabrits. Il y avoit quelques personnes destinées à les garder et l'on ne sçauroit croire comme ils y multiplient. » Du Tenre, op. cit., t. II, p. 25. Ce lieu a gardé le nom de Morne au Bœufs. 33. Arch. nat. S.O.M. C 1 470 bis. Carton. 34. Arch. nat. S.O.M. Extrait du procès-verbal de l'estat général des terres de l'isle... 18

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