//img.uscri.be/pth/0a920d2cdf171ed8839e602b0fe897f81c0f31d0
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Ceuta aux époques almohade et mérinide

De
232 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 200
EAN13 : 9782296315297
Signaler un abus

CEUTA
aux époques almohade et mérinide

Collection Histoire et perspectives méditerranéennes dirigée par Jean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Hannattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.

Derniers ouvrages parus:
Rachid Tridi, L'Algérie en quelques maux, autopsie d'une anomie. Samya Elmechat, Tunisie, les chemins vers l'indépendance (1945-

1956).
Abderrahim Larnchichi, L'islamLnne en Algérie. Jacques Canteau, Le feu et la pluie de l'Atlas, vie quotidienne d'une famille de colons français. Roland Mattera, Retour en Tunisie après trente ans d'absence. Marc Baroli, L'Algérie terre d'espérances, colons et ilnmigrants (18301914). Andrée Ghillet, Dieu ailne celui qui aime le..ttdattes, dialogue judéoislanw-chrétien. Jean-François Martin, Histoire de la Tunisie cOl1telllporaine, de Ferry à Bourguiba (1881-1956). Serge Pauthe, Lettres aux parents, correspondance d'un appelé en Algérie. Nicolas Béranger, Introduction et notes de Paul Sebag, La régence de Tunis à la fin du XVIIe ..ttiècle. Joseph Katz, L'honneur d'un général, Oran 1962. Khader Bichara (00.), L'Europe et la Méditerranée. Géopolitique de la proximité. Mokhtar Lakehal, Récits d'exil d'un écrivain. Maurice Faivre, Un village de harkis. Bertrand Benoît, Le syndrollte algérien. L'i111llginaire de la politique algérienne de la France. Belkacem Mostefaoui, La télévisionfrançaise au Maghreb. Structures, stratégies et enjeux. Maurice Faivre, Les c0l11battants 111usulnzans de la guerre d'Algérie. Des soldats sacrifiés. Lionel Lévy, La convnunauté juive de Livourne. Makilam, Lo,n1l1g;edesfenvnes kabyles et l'unité de la société traditionnelie.

Mohamed CHERIF

CEUT A
aux époques almohade et mérinide

5 - 7, rue de l'Ecole Polytechnique
75005 Paris

Editions L'Harmattan

En couverture: drapeau de Ceuta musulmane

@ LtHARMATTAN, 1996 ISBN: 2-7384-4029-0

à mes parents à Claudine sans qui ce livre n'aurait pu être écrit

DATES Dans une date, le premier nombre indique l'année de l'Hégire, le second celle de l'ère chrétienne. La concordance des ères a été établie selon les tables dressées par H.G. Cattenoz (Rabat, 1953).
ABREVIATIONS

AM AIEO ASLSP BAEO BG BR CAMC CIEG CT EHR El EI2 IQ JA JAOS JESHO Hesp. Hesp.T. META MMMA RA RH RHCM RHES RIEl ROMM SI T

Archives Marocaines Annales de l'Institut d'Etudes Orientales (Alger) Atti della Societa Ligure di Storia Patria (Gênes) Boletin de la Asociaciôn Espafiola de Orientalistas Bibliothèque Générale (Rabat) Bibliothèque Royale (Rabat) Cuadernos deI Archivo Municipal de Ceuta Congreso Internacional "El Estrecho de Gibraltar" Cahiers de Tunisie English Historical Review (Londres) Encyclopédie de l'Islam Encyclopédie de l'Islam, NIle éd. Islamic Quaterly Journal Asiatique Journal of the American Oriental Society Journal of Economic and Social History of the Orient Hespéris Hespéris -Tamuda Miscelanea de Estudios y Textos Arabes (Madrid) Majallat Ma 'had al Makhtûtât al 'arabiyya (Revue de l'Institutdes Manuscrits Arabes) Revue Africaine Revue historique Revue d'Histoire et de Civilisation du Maghreb (Alger) Revue d'Histoire économique et sociale Revista del Instituto de Estudios Islamicos en Madrid Revue de l'Occident Musulman et de la Méditerranée Studia Islamica Tamuda (Tétouan-Maroc)

5

Remerciements Ce livre est issu d'une thèse de Doctorat (ancien régime) soutenue le 12 octobre 1987 à l'Université de Toulouse-II devant un jury composé deMo Berthes (président), A. Ducellier (rapporteur), P. Guichard et S. Robert (membres). Que tous ceux qui m'ont aidé à le réaliser trouvent ici l'expression de ma reconnaissance. Ma gratitude va en tout premier lieu à mon maître le professeur Alain DuceIlier qui a bien voulu assumer avec patience la direction de cette thèse. Il me faut reconnaître que cette étude n'aurait pu être menée à son terme sans ses conseils, sa compétence et sa compréhension coutumière. Qu'il veuille bien trouver ici l'expression de ma profonde gratitude. Je tiens à remercier vivement M. P. Guichard, professeur à l'université Lumière-Lyon-II, qui a eu l'extrême obligeance de s'intéresser à ce travail depuis qu'il a accepté de faire partie du jury de sa soutenance, et de me donner ainsi l'occasion de tirer parti de ses savantes interventions et remarques judicieuses, ainsi que MM. les professeurs M.Berthes et S. Robert, professeurs à l'université de Toulouse-II, dont les suggestions perspicaces lors de la soutenance, m'ont aidé à rectifier certains points de vue. Qu'ils veuillent bien me permettre de leur en exprimer ma vive reconnaissance. Ma reconnaissance va aussi à mon collègue et ami le professeur Mhammad Benaboud, pour le concours généreux et la compréhension coutumière que j'ai toujours trouvés auprès de lui. Ces témoignages de reconnaissance seraient incomplets si nous n'y associions MM. A.Wasmine, H. Aïdouni, et A. El Baye qui ont eu l'amabilité de relire ce travail.

7

PREFACE

On n'en est plus, aujourd'hui, à s'étonner de voir sortir des presses le travail d'un jeune chercheur maghrébin, et, pour s'en tenir à mon cas personnel, ce m'est un plaisir tout particulier d'avoir à écrire, après l'avoir fait pour l'important ouvrage du tunisien Tahar Mansuri, quelques lignes pour présenter un livre marocain, celui de Mohamed Cherif, dont j'ai aussi eu, pendant plusieurs années, le privilège de diriger les recherches. Comment éviter la banalité en un genre aussi conventionn~l que celui de la préface? Je me bornerai à dire que je m'y livre assez rarement et que, lorsque je le fais, c'est que j'attache un prix tout particulier à l'ouvrage que je préface: il est clair que c'est bien le cas du livre que Mohamed Cherif consacre à la ville de Ceuta que le grand public, en général, ne connaît guère que par son statut apparemment étrange de ville espagnole en territoire marocain, au point d'ignorer jusqu'à son nom arabe de Sabta: c'est dire aussi qu'on ne sait rien de son passé portugais, et bien moins encore des visées génoises sur la ville,qui faillirent aboutir au XIIIe siècle, ni des importantes relations de Sabta avec le royaume d'Aragon. Quant au fait que la ville ait été un important enjeu dans les luttes complexes que ne cessèrent de se livrer les différentes entités politiques de l'Espagne musulmane, d'al Andalus, et surtout du Maghreb, après la décomposition du. grand empire almohade, au début du XIIIe siècle, il va de soi qu'il est aussi fort peu connu. Il est donc clair que Mohamed Cherif, au seul énoncé de ces quelques traits politiques, doit échapper au reproche qui viendra le premier à l'esprit, celui d'avoir choisi un sujet microscopique, puisqu'on en aura déduit que, pendant une très longue période, Sabta a été le point d'application de nombreuses ambitions rivales et venues des quatre points cardinaux, ne serait -ce qu'en raison de la position stratégique qu'elle occupe aux abords immédiats du détroit de Gibraltar. Le principal mérite de l'auteur est donc, en choisissant Sabta, de nous administrer, certes en miniature mais d'une manière déjà magistrale, une preuve de plus de l'ancienneté et de la permanence de ces tensions croisées qui caractérisent encore l'ensemble du bassin méditerranéen, dont chacun peut encore constater aujourd'hui la vigueur souvent redoutable. Cependant, Mohamed Cherif, en authentique historien qu'il est, ne s'en tient pas à une trame politique dont il sait cependant retracer les phases sans jamais être rebutant: sa juste ambition est de nous livrer une histoire totale de la ville, et je crois pouvoir dire qu'il y parvient, ce qui étonnera sans doute ceux qui tiennent pour un fait définitif 9

l'impossibilité d'appréhender d'une manière vivante les réalités historiques des pays musulmans. Au prix d'un travail considérable, qu'on peut mesurer à l'ampleur de sa documentation inédite et imprimée, l'auteur prouve en effet que la pénurie des sources, qu'on invoque généralement quand on touche au passé du Maghreb et qui permet trop souvent de s'en tenir à une pure histoire politique, voire dynastique, n'est certainement pas toujours une réalité, même si Sabta, comme le dit honnêtement Mohamed Cherif, est évidemment illustrée par des sources plus abondantes, plus riches et plus diverses que la plupart des autres villes littorales du Maghreb. C'est que son travail, à côté de sa richesse en détails peu connus ou franchement ignorés en matière d'histoire économique, sociale, religieuse et culturelle de la cité et de son environnement, est aussi une belle leçon de méthodologie historique, en ce sens qu'il sait parfaitement combiner les apports des sources réputées bien connues comme les chroniques ou les traités de géographie, dont il montre que la relecture peut être fructueuse, avec ceux de documents encore insuffisamment exploités comme les biographies ou les textes juridiques, religieux et hagiographiques. Et comment ne pas souligner l'effort exceptionnel dont l'auteur fait preuve, malgré les difficultés extrêmes que rencontrent en la matière tous les jeunes chercheurs maghrébins, afin de tirer le meilleur parti de tous les documents originaires des pays chrétiens, péninsule Ibérique, France ou Italie? Certes, il reste beaucoup à faire en ce sens afin qu'un terme soit enfin apporté à la situation actuelle, qui perpétue la coexistence, voire parfois l'affrontement, d'enquêtes historiques menées, dans les pays arabophones, par des chercheurs qui ignorent le latin et n'ont donc aucun accès à l'énorme majorité des sources d'archives des grands dépôts européens, de Lisbonne à Séville, Valence, Barcelone, Gênes et Venise, pour ne citer que les plus importants, et de travaux accomplis, dans l'ensemble de l'Europe et de ses excroissances plus ou moins lointaines, par des historiens parfaitement initiés au travail d' archi ves mais qui ne connaissent les sources arabes que dans des traductions trop rares, trop sélectives et souvent trop anciennes. Préfacer un ouvrage de cette qualité aura donc été pour moi l'occasion de plaider, une fois de plus, en faveur d'un égal usage, dans l'ensemble du bassin méditerranéen, des sources arabes et non arabes: sans mettre en cause les spécificités de l'histoire musulmane, il peut sans aucun doute contribuer à faire reculer nombre de préjugés des plus dangereux, dont le plus courant est de croire que les réalités orientales et maghrébines sont totalement incomparables à celles que nous connaissons bien mieux dans nos climats. L'étude exemplaire que mène Mohamed Cherif des relations islamo-chrétiennes à Sabta et de leur conséquence la plus mémorable, la genèse de la fête du Mawlid, fera sentir tout le prix qu'on doit attacher aux recherches menées ou à venir en la matière. Un peu partout dans les pays arabophones, du Maroc à l'Orient méditerranéen, de jeunes écoles historiques se font jour depuis trois décennies, qui ne craignent plus d'utiliser les méthodes d'investigation les plus modernes, en prenant le risque d'être accusées de se couler dans le moule des anciens colonisateurs: ceux qui les illustrent en luttant 10

contre l 'historiographie traditionnelle tout en sachant en conserver les apports incontestables se seront reconnus dans les lignes qui précèdent. Mohamed Cherif est l'un d'entre eux, et nous espérons de lui, après ce premier ouvrage si prometteur, qu'il persévérera dans}' effort que récompense déjà sa publication et qu'il contribuera, par son exemple, à confirmer la vigueur de ces jeunes écoles dont on ignore trop qu'elles sont désormais capables de se renouveler d'elles-mêmes.
Alain DUCELLIER

Il

INTRODUCTION

La ville arabo-musulmane n'a pas cessé de susciter depuis plusieurs décennies un vif intérêt chez les chercheurs. Les nombreux colloques qui lui ont été récemment consacrés et les publications auxquelles ces réunions scientifiques ont donné lieu, ont largement contribué à une meilleure connaissance de cette ville. Malgré cet intérêt et cette floraison d'études, on est encore loin de connaître d'une façon satisfaisante le passé des villes arabo-musulmanes. Si ce jugement peut être valable dans son ensemble pour les villes de l'Orient musulman qui ont pourtant bénéficié, et depuis longtemps déjà, de l'attention des chercheurs, il deviendra une réalité frappante s'agissant des villes du Maghreb et surtout du Maroc au Moyen Age. Les quelques tentatives qui ont vu le jour il y a maintenant un demi-siècle, portent essentiellement sur les capitales dynastiques. Beaucoup de monographies ponctuelles restent à entreprendre pour préparer la voie à des recherches plus synthétiques. La ville de Ceuta qui ne fut pas une capitale politique et dont la destinée ne fut donc pas directement liée à celle d'une puissance dynastique, n'a pas eu une histoire moins passionnante. Le rôle qu'elle joua dans le bassin occidental de la Méditerranée médiévale est loin d'être négligeable. Cependant, elle n'a bénéficié d'aucune étude approfondie qui aurait donné des éléments de réponse à plusieurs problèmes que pose l'histoire des relations hispano-marocaines au Moyen Age. Quelques études partielles ont mis en lumière certains aspects de son histoire. Celles des chercheurs espagnols portent essentiellement - et ce n'est pas par hasard! - sur la période préislamique, et celles des Marocains donnent la priorité à son rayonnement culturel. Une étude globale de la ville reste à faire; et elle n'est pas du reste impossible à entreprendre, d'autant plus que Ceuta est parmi les rares villes à bénéficier de l'existence d'une documentation non négligeable qui commence à être bien connue ces dernières années. Nous avons choisi pour cadre chronologique de notre recherche, la période allant de l'avènement des Almohades jusqu'en 1415. Si la date limite n'a pas besoin de justification puisqu'elle marque une rupture dans l'histoire de la ville et la fin d'une page, celle de l'ère musulmane par l'occupation portugaise, la date initiale nous a été inspirée par le fait que
~

13

---

c'est à partir du XIIe siècle que la personnalité de la ville prend pleinement consistance au moment où l'Empire almohade réussit pour la première fois à unifier tout l'Occident musulman sous une seule autorité. C'était le moment aussi où l'essor économique de l'Occident chrétien refaisait de la Méditerranée une route très utilisée, une grande voie de passage tendant ainsi à refaire du Bassin méditerranéen un ensemble où Ceuta jouera son rôle. C'est sous les Almohades que le rôle commercial de Ceuta, mais aussi son rôle militaire et intellectuel s'affirmèrent d'une façon nette pour préparer l'apogée qu'elle atteindra sous les Mérinides aux XIIIe et XIV e siècles. D'autre part, la période précédente a fait l'objet d'une thèse doctorale qui retrace la trame politique de la ville jusqu'à "l'occupation" almoravide 2. Enfin, c'est à partir du XIIe siècle que notre documentation nous a permis de suivre l'évolution de la ville d'une façon relativement claire. Par sa position stratégique sur le Détroit, l'histoire de Ceuta fut intimement liée à celle de l'Andalousie. Durant tout le Moyen Age, elle fut la base navale redoutable de laquelle les sultans s'embarquaient pour aller s'opposer à l'avance chrétienne. On l'appelait alors "la clé de l'Andalousie". Ce rôle fut renversé dans le premier quart du XIIIe siècle à la suite de la décomposition de l'Empire almohade. La victoire de Las Navas de Tolosa en 1212 avait donné aux chrétiens de la péninsule Ibérique un élan qui a pu les porter jusqu'au-delà du Détroit. Ceuta allait être l'un de leurs objectifs principaux. Non seulement Ceuta échappa à la chrétienté mais elle essaya de devenir indépendante et y réussit à plusieurs reprises. Le mouvement autonomiste que connaîtra Ceuta atteindra son point culminant avec la famille 'azatlde qui saura maintenir son indépendance jusqu'au début du XIVe siècle. Ce mouvement imprégna la destinée de Ceuta médiévale et lui donna toutes ses caractéristiques spécifiques. Dans quelle mesure la ville s'était érigée en principauté indépendante, et quelles étaient ses relations avec le pouvoir central, et son statut juridique? La réponse à cette question qui est notre fil conducteur nous a amené à retracer une histoire politique aussi claire que possible pour mieux apprécier le rôle qu'elle joua dans les relations hispanomarocaines, mesurer en quelque sorte le degré de son autonomie et savoir comment la ville se comporta entre diverses puissances. Cette indépendance n'aurait su se maintenir sans l'appui d'une force navale capable de défendre la ville et à l'occasion d'être le seul support pour la cause des Musulmans d'Andalousie. Mais la base la plus solide de cette indépendance était sans aucun doute son économie et spécialement son grand commerce. Comment les relations commerciales de la ville avec le monde méditerranéen lui ont-elles assuré une base économique solide qui contribua à maintenir son autonomie? Le processus d~autonomie n'allait-il pas de pair avec un développement remarquable des activités commerciales de la ville? Et son échec n'était-il pas lié à une décadence de cette activité? Et peut-on soutenir que le commerce méditerranéen qu'on considère comme un symbole et une condition de prospérité a toujours été lié dans l'histoire du Maghreb à un affaiblissement de l'autorité politique? L'alliance du grand commerce et de la culture ne pouvait pas 14

~..,-

surprendre en Islam. Ceuta s'intégrait dans l'ensemble culturel arabomusulman, mais les manifestations de son autonomie se reflètent même dans sa production littéraire qui connut au Moyen Age une floraison considérable.

1. Vu l'actualité du problème de Ceuta entre le Maroc et l'Espagne, les études historiques qui lui ont été consacrées s'inscrivent forcément, pour la plupart d'entre elles, dans ce contexte et elles sont souvent d'une objectivité douteuse, suivant les tendances politiques et même religieuses de leurs auteurs; cf. Cherif M. "Ceuta dans les écrits récents", Revue de la faculté des lettres de Tétouan, VU, 1994. 2. J. Vallvé Bermejo, Contribucion a la historia medieval de Ceuta hasta la ocupacion almoravide, Faculté de Philosophie et des lettres, Madrid, 1962 (dactylographiée).

~ ,

15

SOURCES FONDAMENTALES ET VOIE D'APPROCHE

I

La pénurie de pièces d'archives et la maigreur de notre documentation archéologique, épigraphique et numismatique, nous ont réduit à une information essentiellement imprimée. La matière historique relative à Ceuta médiévale se trouve dispersée entre des sources de qualité variable que nous pouvons classer comme suit: 1- Pièces d'archives 2- Témoignages archéologiques et numismatiques 3- Chroniques 4- Recueils biographiques et sources littéraires 5- Documentation socio-religieuse 6- Descriptions géographiques et monographies locales. Il n'est nullement question de négliger l'importance de l'une ou de l'autre catégorie des sources précitées, mais, objet et valeur en diffèrent suivant les renseignements fournis et la méthode suivie. Une même source sera mise à contribution - vu le caractère polyvalent des renseignements qu'elle véhicule - à des niveaux différents selon qu'il sera question des événements politiques, des réalités socio-économiques ou des activités religieuses ou culturelles. Dans l'examen critique qui va suivre des principales sources utilisées, l'accent sera mis uniquement sur les principaux apports de chaque source pour l'élaboration de notre sujet. 1- Pièces d'archives Quelques documents d'archives relatifs à Ceuta nous sont parvenus et nous ont été très utiles dans l'analyse de certains aspects politiques et administratifs de la ville. Les documents arabes diplomatiques des Archives de la Couronne d'Aragon, publiés par Alarcon et de Linares en 1940 nous ont donné l'essentiel de nos connaissances sur les tractations qui se sont déroulées entre les Mérinides et les Aragonais pour soumettre la ville de Ceuta. Ces documents dévoilent ce que les chroniques officieux ont essayé de cacher, ou de passer sous silence, à savoir l'alliance du Sultan musulman avec l'ennemi pour réduire une ville marocaine et ses habitants musulmans. Le traité de paix entre Jacques le Conquérant et Abû I Qâsim al 'Azafi, publié par Cubelli en 1916, est un document d'une importance capitale pour évaluer la position de la principauté' azafîde de Ceuta sur la scène internationale de l'époque. Mais ce sont les lettres de la chancellerie de Ceuta au teJnps des 'Azafides qui nous ont été d'une utilité incomparable pour l'approche de plusieurs aspects de l'histoire de la ville, et tout particulièrement de la relation de la ville avec le pouvoir central et avec les autres régions et forces du bassin occidental de la Méditerranée. Il s'agit de onze lettres 17

écrites entre 1250 et 1284 et couvrant chronologiquement trois étapes dans l'évolution de l'histoire de la cité: celle de la domination almohade (4 lettres), celle de l'indépendance de la ville (2 lettres) et celle de la soumission à l'autorité mérinide (5 lettres). L'absence des noms propres dans ces lettres et leur remplacement par le mot ''fulân'', ainsi que la négligence de leur datation rendent l'exploitation de ces missives parfois hypothétique et même problématique comme c'est le cas pour la lettre VIII relative à une trêve entre Ceuta et la Castille. Les autres documents européens sont relativement nombreux mais concernent essentiellement les activités commerciales des chrétiens dans la ville. Plusieurs chercheurs ont exploité ces fonds d'archives comme c'est le cas des archives d'Espagne largement exploitées par Ch. E. Dufourcq, l'auteur de plusieurs études dont l'incontournable "Espagne catalane et le Maghreb", ou bien H.C. Krueger, W. Byrne, di Tucci, PosacMon et surtout G. lehel qui exploitent les archives de Gênes, ou encore des chercheurs français tels P. de Cenival, C. Chovin, R. Pernoud, l. Caillé, entre autres, qui ont utilisé les documents de la ville de Marseille dont l'essentiel nous a été livré par L. Blancard, L. Mery et F. Guidon. Mais toutes ces pièces d'archives mettent en lumière les activités des commerçants chrétiens à Ceuta. Les activités des commerçants de Ceuta nous restent presque inconnues. 2- Les témoignages archéologiques et numismatiques Le visage urbain de l'actuelle Ceuta est essentiellement européen. Les vestiges datant de l'époque musulmane ont presque totalement disparu de la scène urbaine de la ville. Les documents archéologiques sont rares alors que plusieurs problèmes que pose l'histoire de la ville et de sa région ne trouveront de solutions que dans les résultats des prospections archéologiques, malheureusement très timides comme en témoignent les sondages effectués à Belyûnech, aux environs de Ceuta, et dont les résultats sont attendus depuis si longtemps par les historiens. Les efforts qui étaient accomplis dans ce domaine concernent plus particulièrement Ceuta préislamique l, alors que ceux consacrés à Ceuta musulmane reposent pour la plupart du temps sur des témoignages écrits - et non pas sur des fouilles archéologiques scientifiquement entreprises - et ne font qu'interpréter ces témoignages. Restent les travaux riches de Posac Mon qui nous ont été utiles. La publication récente de la "Numismatica de Ceuta Musulmana" 2 nous a fourni un instrument de travail inestimable qui dispense de recourir à des recueils numismatiques généraux dont l'acquisition n'est pas toujours aisée. 3- Les chroniques Nous ne possédons pas de chroniques traitant spécifiquement de l'histoire de Ceuta. C'est dans les compilations générales, qui ne dépassent guère le niveau officieux la plupart du temps, qu'il faut chercher des données pour la reconstitution de l'histoire de la ville au Moyen Age. Les chroniques de la dynastie almohade sont indispensables pour saisir le déroulement des événements dans la ville durant les premières années de la présence almohade. On peut glaner des indications dans" Les mémoires d'al Baydaq" le disciple d'Ibn Tûmart et le compagnon d"Abdel Mûmen, dans "al mann bî al imâma " d'Ibn Çâhib aç-Çalât (m. en 1198) dont la partie qui nous est parvenue relate avec beaucoup de précisions

18

les événements allant de 1159 à 1174, ou dans le "Mu 4jib " d'al Murrâkuchîqui acheva son ouvrage en Orient en 1224. Quant à Ibn al Qattân le fragment du VIe tome de son "Nazm al jummân ", qui s'étend sur 33 ans (de 1106 à 1139), a consigné quelques informations précieuses sur Ceuta almoravide. Le recours aux compilations orientales telles que le "Kitâb al kâmil fi târîkh",,- histoire universelle du Syrien Ibn al Athir (m. en 1234),2.et la "Nihâyat al arab" de l'encyclopédiste égyptien an-Nuwayn (m. en 1332) nous a permis de compléter et même de rectifier certaines données des chroniqueurs maghrébins. C'est le XIVe siècle qui marque l'apogée de l'hjstoriographie maghrébine avec la composition des sources principales pour l'histoire générale du Maghreb durant le Moyen Age 3: le Bayân, le Qirtâs, al Hulal al mûchiyya et la grande histoire d'Ibn Khaldûn "al 4/bar". Le "Bayân al mugrib " d'Ibn 'Idârî, achevé en 1312, est une histoire générale du Maghreb et de l'Espagne musulmane au Moyen Age. C'est la partie consacrée aux Almohades du Bayân qui est une source fondamentale pour notre sujet. Bien documenté, citant les œuvres utilisées et les énumérant dans sa préface, Ibn 'Idârî a consigné l'essentiel de nos informations sur Ceuta almohade. Ses notices sont originales sur la plupart des aspects de la ville et enrichissent substantiellement nos connaissances sur cette époque. Ses passages sur l'attaque génoise, l'ascension d'al 'Azafî au pouvoir et ses relations avec les Almohades sont uniques en leur genre. En plus, Ibn 'Idârî qui utilise les documents d'archives de l'Etat almohade, nous a signalé cinq lettres officielles échangées entre al 'Azafi et le Calife al Murtadâ et nous a transmis le texte de l'une d'entre elles. Enfin, le "Bayân" est caractérisé par une chronologie rigoureuse et beaucoup d'événements n'ont été situés que grâce à son concours. "al Hulal al Mûchiyya " composé par un auteur anonyme à la fin du XIVe siècle retrace l'histoire des Almoravides et des Almohades en débouchant brièvement sur l'époque mérinide. L'intérêt qu'il a porté à Ceuta est squelettique, mais il renferme quelques données sur la flotte de la ville. Le poème d'Abû Fâris al Malzûzî "Nazm as-Sulûk" composé en 1284, est un essai d'histoire générale des dynasties musulmanes, dont l'histoire mérinide forme la dernière et la plus importante partie. Il renferme quelques allusions aux' Azafides de Ceuta. Son témoignage sera pris et développé par les autres chroniqueurs de la dynastie mérinide tels que l'auteur de "Dakhîra" et Ibn Abî Zar'. "Dakhîra " composée au début du XIVe siècle est une histoire des Mérinides qui s'arrête en 1281, et le "Rawd al Qirtâs" d'Ibn Abî Zar' est une histoire locale de Fès dans sa première partie et une histoire dynastique dans sa majeure partie. Les deux chroniques sont indispensables pour la période mérinide. Dakhîra a en plus le mérite de nous conserver intégralement deux lettres de la chancellerie 'azafide. Mais l'aspect trop partisan de ces trois ouvrages ne permet pas d'évaluer objectivement les relations des' Azafides avec le pouvoir central. Sur ce point, il faut les utiliser avec une grande suspicion. D'ailleurs, leur silence "volontaire" sur des événements d'une grande importance historique qui ont marqué la destinée de Ceuta à la 19

fin du XIIIe siècle et au début du XIVe, et qui mettaient en cause les Mérinides, est une preuve éclatante de leur aspect partisan et du discours qu'ils véhiculent. Toutefois, le "Kitâb al t/bar" du grand Ibn Khaldûn (m. en 1406) est, du point de vue de l'abondance des renseignements, une source inépuisable. Les passages qu'il a consacrés à Ceuta sont relativement détaillés. Mais ce qui atteste la grande valeur de son témoignage pour notre sujet, c'est que certains de ces récits relatifs aux' Azafides lui ont été communiqués directement par les membres de cette famille avec laquelle il avait des liens de sang. Ceci dit, il faut se garder de suivre aveuglément une œuvre bien différente des chroniques habituelles, mais non moins sujette à caution, surtout qu'Ibn Khaldûn ne mentionne que très rarement ses références. On y relève bon nombre d'inexactitudes et même des contradictions. Sa "Muqaddima" qui était destinée à constituer une introduction à la "Grande Histoire", débouche sur une présentation de la pensée de l'auteur sur l'évolution des sociétés. Des arguments tirés de l'exemple de Ceuta pour illustrer certaines de ses théories nous ont été fort utiles. Les chroniques d'Ibn al Khatîb (m. en 1374) viennent combler quelques lacunes dans notre documentation. Son "kitâb A tmâl al atlâm " qui était destiné à constituer une sorte d'histoire universelle genre kitâb al '/bar renferme quelques notices sur l'histoire de Ceuta. Ibn al Khatib fut assassiné .avant de l'avoir terminé, et la partie manquante concerne le XIVe siècle où l'auteur avait prévu de consacrer une partie entière à "ceux qui s'étaient rendus indépendants à Ceuta tels Saqût al Bargwâtî, Ibn Khalâç, al Yanachtî, ainsi que six princes des Banû al 'Azafl". Sa relation de voyage intitulée "Nufâdat al jirâb ", composée au Maroc en 1362, contient des informations qu'on ne trouve pas ailleurs sur les événements du règne du Mérinide Abû Salîm (1359-1361). Par contre, sa "Lamha " et son "Raqm al Hulal "n'offrent à peu près rien dont nous ne disposions pas ailleurs. A part leur titre et leur préambule, ces deux chroniques n'offrent rien d'original car tout le reste se trouve presque mot pour mot dans son œuvre maîtresse l'''/hâta''. 4- Répertoires biographiques et sources littéraires En l'absence de documents d'archives, les recueils biographiques demeurent des sources fort appréciables. Lévi-Provençal a pu écrire à propos de ces recueils: "Leur contenu apparaît infiniment plus riche, plus vivant, moins figé et, si l'on peut dire, moins "officiel" que celui des productions de l'historiographie de cette époque, qui sont presque toujours uniquement orientées vers le souverain et son entourage de courtisans. La littérature relative aux cadis et à la judicature accepte au contraire de se pencher sur les classes les plus humbles de la société et de nous révéler à l'occasion quelques traits de leur condition et de leur

j t ~ ~

.~

1

psychologie" 4. Bien que Lévi-Provençal ait écrit ce jugement en pensant
surtout à l'Espagne musulmane jusqu'au XIe siècle, et quelles que soient les réserves que l'on peut formuler à propos de ce jugement, on peut affirmer que les recueils biographiques qui suivent présentent les mêmes qualités. Et les hommes de Ceuta restent largement privilégiés par les biographes. Il suffit de jeter un coup d'œil sur les index de n'importe quel recueil biographique à partir du XIIe siècle pour se rendre compte 20

~

I

J

de la place qu'ils y tenaient. Une grande partie de notre temps a été consacrée au dépouillement de cette documentation qui est parfois, il est vrai, décevante dans la mesure où les mêmes personnages se trouvent mentionnés chez la plupart des biographes, et les qualificatifs qui leur sont décernés deviennent - du fait des emprunts - stéréotypés, perdant ainsi beaucoup de leur valeur. Les "Madârik" que le Cadi 'Iyâd a consacrés aux célébrités malikites du monde musulman jusqu'à son époque, et surtout le "Mukhtaçar " de son disciple Ibn Hammâda (il s'arrête en 530 / 1135), consacré essentiellement aux juristes de Ceuta, sont primordiaux pour connaître le ~ milieu religieux de la ville avant les Almohades. Le "Ta rît' que Mohamed Ibn 'Iyâd (m. en 575 / 1179-80) a consacré à son père renferme une multitude d'informations sur la personnalité de Cadi 'Iyâd, dans le cadre urbain. Cependant, la partie qui traite des relations de son père avec les Almohades est marquée par un travestissement de la vérité. La "Çila" du Cordouan Ibn Bachkawâl (m. en 1183) ne débouche que fi très rarement sur la deuxième moitié du XIIe siècle. C'est la "Takmila du Valencien Ibn al Abbâr (m. en 1260) qui "achève" l'œuvre de ses prédécesseurs à côté de son "Huila as-Siyarâ'" qui est une source principale pour la période almohade, du même que" Çilat Çila " d'Ibn az-Zubayr (m. en 1308) et la "Marqaba " d'an-Nubâhî (m. à la fin du XIVe siècle) qui est un document important pour l'histoire de la judicature dans l'Occident musulman au Moyen Age. Les notices de l'un et de l'autre s'étendent sur la période mérinide. Mais l'œuvre biographique la plus monumentale est "Dayl watTakmila" qui se veut - comme l'indique son titre - un "appendice" à Ibn Bachkawâl et un "achèvement" de l'œuvre d'Ibn al Faradî, bien que ses notices soient généralement relatives aux hommes du XIIe et du XIIIe siècles. C'est une œuvre de longue haleine qui renferme des renseignements substantiels de tout genre. Son auteur Ibn' Abd al Mâlik al Murrâkuchî (m. en 1303) qui a séjourné à Ceuta et noué des relations avec ses savants et ses gouverneurs 'azaffdes nous a transmis des biographies riches sur les gens de la ville qu'il connaissait personnellement et tout particulièrement au VIlle volume de son corpus. Vers la même époque, deux savants de la ville, Ibn Abî Rabî' (m. en 688 / 1289) et at- Tujîbî (m. en 1329) ont consigné dans leurs "Barnâmaj" le plus clair de notre documentation sur la vie littéraire de la ville à leur époque. Les matériaux transmis par le Barnâmaj d'at- Tujîbî, qui est spécifiquement sebti, ne représentent pas un grand intérêt du point de vue historique; la masse considérable de matériaux qu'il fournit (le nom de 1377 personnages et transmetteurs et le titre de 340 ouvrages) a une importance avant tout bibliographique, bien que tout en décelant les informations traditionnelles de ce genres d'écrits, at-Tujîbî nous laisse entrevoir le milieu social où se développait la vie des personnages qu'il mentionne. C'est grâce à lui que nous connaissons plusieurs institutions religieuses et laïques de Ceuta, en plus des informations sur les programmes culturels et la vie intellectuelle en général. L'œuvre maîtresse d'Ibn al Khatîb, "al [hâta", est une source inépuisable renfermant des données appréciables - biographiques et 21