Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Christophe Colomb

De
0 page
La première édition de L'Extraordinaire Odyssée est parue en 1992, l'année du 500e anniversaire de la découverte de l 'Amérique par Christophe Colomb. Évidemment, une foule d'ouvrages furent publiés pour marquer cette célébration. Victor-Emmanuel Roberto Wilson profita de cette occasion pour présenter le fruit de ses recherches et de ses réflexions sur le célèbre navigateur. Passionné de l'histoire des Amériques et en particulier de celle de son pays d'origine, Haïti, l'auteur avait toutes les raisons  pour souligner cet événement. Il nous fait non seulement connaître Colomb, ses ambitions, sa détermination et les embûches qu'il rencontra avant d'atteindre son but, mais nous situe l'homme dans  l'Europe du XVe siècle, avec ses figures majeures et ses événements marquants. Il nous révèle aussi les différentes hypothèses, certaines ayant toujours cours, sur qui était réellement Christophe Colomb. L'Extraordinaire Odyssée nous plonge au cœur de cette formidable épopée, fondatrice du continent américain.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Victor-Emmanuel Roberto Wilson

Christophe Colomb

L'Extraordinaire Odyssée

 


 

© Victor-Emmanuel Roberto Wilson, 2016

ISBN numérique : 979-10-262-0836-5

Image

Courriel : contact@librinova.com

Internet : www.librinova.com


 

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

 

Deuxième édition revue et corrigée

Révision/Correction 2016 : Mélinda Wilson

Édition 2016 : Roberto Wilson

La succession de Victor-Emmanuel Roberto Wilson
12, rue de Josselin
Blainville (Québec) J7B 1X8

Publié précédemment en version imprimée par les Éditions Quisqueya-Québec, Québec, Canada, ISBN 2-9802278-0-9 et les Éditions du Pélican, Québec, Canada  ISBN 2-89011-037-0,1991

 

Introduction

 

La première édition de L'Extraordinaire Odyssée est parue en 1992, l'année du 500e anniversaire de la découverte de l 'Amérique par Christophe Colomb. Évidemment, une foule d'ouvrages furent publiés pour marquer cette célébration. Victor-Emmanuel Roberto Wilson profita de cette occasion pour présenter le fruit de ses recherches et de ses réflexions sur le célèbre navigateur. Passionné de l'histoire des Amériques et en particulier de celle de son pays d'origine, Haïti, l'auteur avait toutes les raisons  pour souligner cet événement. Il nous fait non seulement connaître Colomb, ses ambitions, sa détermination et les embûches qu'il rencontra avant d'atteindre son but, mais nous situe l'homme dans  l'Europe du XVe siècle, avec ses figures majeures et ses événements marquants. Il nous révèle aussi les différentes hypothèses, certaines ayant toujours cours, sur qui était réellement Christophe Colomb.

L'Extraordinaire Odyssée nous plonge au coeur de cette formidable épopée, fondatrice du continent américain.

 

 

 

À ma petite-fille Olivia et à mon frère Arnold

 

À Me Paul Bouchard
Ex-professeur de géographie économique à la Faculté de commerce et d’histoire du monde hispanique à la Faculté des lettres de l’Université Laval de Québec

 

« Viendra un temps dans les dernières années du monde, où l’océan desserrera les liens des choses. Une terre immense se révèlera, car un navigateur surviendra, tel celui qui eut nom Thiphis et qui fut guide de Jason, et il découvrira un nouveau monde. Et Thulé ne sera plus la fin des terres. »

― SÉNÈQUE (MÉDÉE)

 

Préface

 

Le génie n’a qu’un siècle ! Pas celui du grand Christophe Colomb qui, loin de dégénérer, continue, cinq siècles après l’Extraordinaire Odyssée qui a changé la face du monde, d’éblouir les esprits les plus brillants et de frapper les imaginations les plus fertiles. Donnant combien de milliers de fois raison à sa belle-mère, Dona Isabella Moniz de Perestrello, Christophe Colomb continue d’étonner le monde entier. Et je ne crois pas me tromper en disant que sa légende ne peut que croître avec le temps, amplifiée par tous ceux et celles qui ne manqueront pas de vouloir réécrire ou redire à leur façon la geste de Christophe Colomb, lui apportant ainsi leur tribut d’admiration et d’hommage. Rendez-vous donc en 2492 !

En attendant, Victor-Emmanuel Roberto Wilson se range d’ores et déjà parmi ces millions d’admirateurs de Christophe Colomb et parmi ces milliers d’hommes et de femmes, à travers le monde, qui à l’occasion du cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique ont décidé de payer un tribut spécial à la gloire du grand navigateur génois. C’est ainsi que je perçois d’abord Christophe Colomb - L’Extraordinaire Odyssée que Victor-Emmanuel Roberto Wilson offre aujourd’hui au public, un vibrant hommage à l’audace, au courage et au génie d’un homme dont l’exploit marquera à jamais l’histoire de l’humanité. Dans ce sens, je n’ai pas de doute que le livre de Victor-Emmanuel Roberto Wilson saura plaire à ses nombreux lecteurs et lectrices dans la mesure où les sentiments que l’auteur a exprimés sont à leur exact diapason. Même les mots utilisés par Neil Amstrong en débarquant sur la lune : Ce petit pas pour l’homme et ce grand pas pour l’humanité. auraient pu être mis volontiers dans la bouche du grand Christophe Colomb débarquant à Guanahani le 12 octobre 1492, car non seulement ils n’auraient pas été exagérés, mais ils auraient correspondu comme tels aux perceptions et sentiments du grand public.

Au-delà de son caractère d’hommage au découvreur du nouveau monde, je vois dans l’ouvrage de Victor-Emmanuel Roberto Wilson un travail fouillé, le résultat de recherches minutieuses, qui d’un point de vue historique, apporte pour sûr une contribution utile à une meilleure connaissance de Christophe Colomb et des événements auxquels il a été associé directement ou indirectement. À cet égard, je ne me réfère pas tant aux questions très controversées – telles les origines de Christophe Colomb – auxquelles le lecteur ne trouvera sans doute pas de réponse claire et encore moins définitive. Mais est-ce là l’important ? À mon avis, non seulement ce ne l’est pas, mais une telle éventualité contribuerait à banaliser l’histoire de Colomb qui, comme celle de tous les grands personnages, doit garder une certaine part de légendaire. Et je ne crois pas du reste que c’était l’intention de Victor-Emmanuel Roberto Wilson de résoudre de telles questions. On lui sait gré cependant de présenter de manière honnête et objective les thèses des tenants d’un Colomb, navigateur génois et chrétien ou d’un Colomb, espion portugais d’origine juive. Par contre, je suis persuadé que le lecteur aura autant ou plus de plaisir que moi à découvrir ou redécouvrir ces pans d’histoire du XVe siècle du royaume du Portugal des Alphonso V et Joâo II et du royaume d’Espagne des Très Catholiques Fernando de Aragon et Isabel de Castilla, de leurs luttes pour la reconquête de leurs territoires aux mains des musulmans et en particulier parmi eux, de la résistance épique de l’Émir Boabdil, fils du Calife, dirigeant du dernier bastion de Grenade ; des relations entre les rois d’alors et les souverains pontifes et autres princes régnants de l’Église. Par ailleurs, les principaux épisodes de la vie du grand navigateur et de son odyssée vers ce nouveau monde, connu aujourd’hui sous le nom d’Amérique, sont narrés dans un style alerte qui ne manquera pas, je suis sûr, de charmer le lecteur.

Cette dernière observation m’amène à ma troisième perception de l’ouvrage de Victor-Emmanuel Roberto Wilson, dont la rigueur des données présentées et analysées n’enlève rien à son caractère fondamental de récit. Cela est dû sûrement à la qualité du style, un style simple, clair et imagé qui nous tient littéralement en haleine par rapport à une histoire pourtant connue, mais dont on ne se lasse pas et dont on veut connaître, pour ne pas dire vivre, la fin. Que Victor-Emmanuel Roberto Wilson me pardonne si je dis que son

Christophe Colomb - L’Extraordinaire Odyssée est en ce sens un piège auquel peu de lecteurs sauront échapper s’ils commencent à le lire, même si je suis sûr par ailleurs qu’il ne se fait pas d’illusion sur l’impact que son livre pourra avoir.

 

Jean Moisset

Professeur titulaire

Faculté des sciences de l’éducation

Ste-Foy

Octobre 1991

 

Avant-propos

 

Entre le 12 octobre 1492 et la même date en 1992, cinq siècles se seront écoulés !

Le débarquement de Christophe Colomb aux Antilles initiait une ère nouvelle, non seulement pour l'Europe, mais pour tous les peuples de la Terre. Avec cet exploit débutait la plus grande époque d'exploration maritime et de découverte que le monde n’ait jamais connue. Cet événement marquant dans les annales de l'humanité a littéralement bouleversé la manière de vivre des nations et transformé bien des cultures. Il est encore bien difficile de séparer dans cette conjoncture le bon grain de l'ivraie.

« La gloire de Christophe Colomb, dit l’auteur ibérique Menendez y Pelayo, est une gloire pour l'Italie et pour l'humanité, exception faite des Espagnols qui ne surent que le tourmenter et qu'exploiter sa découverte de façon inique et barbare, en la transformant en une entreprise de piraterie. »« Au contraire, semble avoir répliqué un autre interlocuteur dans ce débat, l'historien hispanique Blasco Ibanez, Christophe Colomb dut tout aux Espagnols. »

Quant au Français, le commandant Charcot, navigateur réputé, avait déclaré : « Christophe Colomb fut une force dont la nature se serait servi pour défricher, mais à laquelle elle ne voulut pas accorder le triomphe du succès. » Cette observation judicieuse a retenti comme un glas. On pense alors à cette phrase que tous les écoliers apprennent à l'école : Christophe Colomb découvrit l'Amérique. L'injustice est flagrante. Colomb arriva bien avant Vespucci de ce côté-ci de l'Atlantique. Il eût été plus normal de baptiser le Nouveau Monde de son nom. Le sort favorisa plutôt l'utilisation du prénom du Florentin par l'intermédiaire d'une suggestion formulée par un obscur moine XXII de Saint-Dié, Martin Waldseemüller, dans son ouvrage intitulé Cosmographiae introductio, publié en avril 1507. Dans ce livre, le religieux, un féru de cosmographie et de géographie, un peu poète sur les bords, doté d'un talent inné pour trouver des appellations nouvelles désignant des lieux, avait été impressionné par la publication de l'approvisionneur des vaisseaux de Leurs Majestés espagnoles, d'un rapport ayant pour titre Mundus Novus, faisant état et la description de la Quatrième partie du Monde (l'Amérique du Sud). Vespucci avait en effet voyagé dans l'Atlantique Sud pour le compte des rois espagnols. Écarté par l'Espagne purement par chauvinisme, le navigateur servit alors le Portugal et suivit la trace de Colomb en côtoyant les rives de la partie méridionale du Nouveau Monde, dix ans après le premier voyage du Génois. Mettant le cap au sud-ouest quart ouest, il avait débarqué au sud de la Patagonie, à quelque 650 kilomètres de l'extrémité connue aujourd'hui sous le nom de Terre de Feu. Il en fit part à son ami et protecteur Laurent de Médicis en 1502. Vespucci cherchait lui aussi la route vers les Indes véritables, les Indes situées en Asie, et était persuadé que le fameux détroit de Catigara signalé par Ptolémée ne pouvait être ailleurs que dans cette région du Nouveau Monde révélé par Colomb, qu'il appela la Quatrième partie du Monde, c'est-à-dire, les terres situées en deçà de la ligne de démarcation signifiée d'abord par le pape Alexandre VI et plus tard acceptée, avec une légère variante, à Tordesillas, par le Portugal et l'Espagne, donc plus à l'ouest, du côté espagnol.

Sitôt de retour à Lisbonne, Vespucci changeait de nouveau d'allégeance et se rendit à Séville où la nouvelle reine Joanna de Castilla le nomma au poste enviable de Piloto mayor qui consistait à former de nouveaux capitaines dans le but de poursuivre les voyages pour trouver le fameux détroit que Christophe Colomb n'avait pu découvrir vers l'Ouest, au nord de l'Équateur. À cette même époque, le Portugal avait déjà trouvé la route vers les Indes, grâce à Vasco de Gama qui, en 1497, avait doublé le cap de Bonne-Espérance au sud de l'Afrique en direction de l'Orient.

Waldseemüller, ayant convaincu le Duc de Lorraine, Renaud II de Vaudemont, et les membres de la société littéraire le Gymnase vosgien, de l'opportunité de publier le Mundus Novus de Vespucci au lieu de la Géographie de Ptolémée, écrivit dans l'introduction à son ouvrage :

« Maintenant que les trois parties connues du globe (Europe, Afrique et Asie) ont été plus largement explorées et qu'une quatrième partie a été révélée par Amerigo Vespucci (comme on en trouvera la description dans les chapitres suivants), et considérant que l'Europe comme l'Asie doivent leur nom à des femmes, je ne crois pas que personne n'aura d'objection valable à ce que cette partie porte le nom Amerige (du grec « ge » : terre de), ou America Terra (Terre d'Amérique), puisque c'est le prénom de son découvreur, homme de grande valeur. »

Le sort en était jeté. La publication connut un tel succès en avril 1507, qu'une seconde édition suivit quatre mois plus tard. La carte de la Quatrième partie du Monde fut tellement appréciée à travers toute l'Europe que mille exemplaires de plus furent tirés pour satisfaire à la demande. Le tort, involontaire, causé à Christophe Colomb était désormais irréversible. Quand Waldseemüller s'en rendit compte, il supprima le mot Amérique sur trois de ses cartes publiées par la suite. Mais rien n'y fit. Tous les cartographes avaient déjà adopté le terme Amérique. En 1520, Petrus Apianus l'inscrivait sur ses cartes ainsi que Johan Shoerer sur son globe. Le point de non-retour était atteint quand, en 1541, le grand Mercator dessina une nouvelle carte du monde où figuraient non seulement l'Amérique du Sud, mais aussi l'Amérique du Nord.

Christophe Colomb mourant en 1506 à Valladolid, Espagne, ne se douta jamais qu'on allait lui ravir sa gloire. Vespucci, qui n'eut aucune part dans l'affaire Waldseemüller, décéda à Séville en 1512, victime de la malaria contractée lors d'une dernière expédition. Son véritable héritage fut qu'il dressa avant de disparaître plusieurs plans de voyage vers l'Ouest, en indiquant une nouvelle façon de protéger les navires contre les tarets par un revêtement de plomb, et surtout en tentant de faire adopter sa méthode complexe de détermination de la longitude.

À la veille du cinquième centenaire de la découverte de ce qu'il faut appeler l’Amérique - terme qui n'appartient pas uniquement à une seule nation de cet hémisphère, mais bien à tout le continent en son entier, du nord au sud, en passant par le centre et le bassin des Antilles où il fut révélé - notre seul désir est d'apporter notre humble quote-part à ce rappel d'un des plus grands faits de l'Histoire universelle, sans verser dans aucune controverse sur le personnage qui, qu'on le veuille ou non, domine la scène de sa stature imposante de visionnaire.

Voici l'histoire du fils d'un lainier de Gênes, qui se fraya un chemin jusqu'à la cour des Rois Catholiques à la fin du XVe siècle, surgissant à la jonction de deux époques, entre le crépuscule du Moyen Âge et l'aurore de la Renaissance.

Voici donc le récit d'un géant de l'Histoire, qui, comme tous ceux qui marquèrent leur époque d'une empreinte indélébile, atteignit à l'immortalité, « de cette immortalité dont a parlé le grand poète argentin Luis Borges dans l'une de ses conférences, qui n'est point personnelle, mais cosmique. Car au-delà de notre mort, avait-il remarqué, de notre mort corporelle, reste notre souvenir. Et au-delà de notre souvenir, restent nos actes, nos oeuvres, nos façons d'être. »

 

Chapitre 1

Origines controversées

 

Le jeudi 14 juillet 1988, les journaux du monde entier publiaient une étonnante nouvelle : « Christophe Colomb, le découvreur de l'Amérique en 1492, n'était pas un navigateur génois au service de la Cour d'Espagne, comme cela a été admis jusqu'à présent par l'ensemble des historiens, mais bien un espion portugais auprès des rois d'Aragon et de Castille ». Cette nouvelle thèse à priori surprenante, dit la dépêche de l'Agence France Presse provenant de Lisbonne, est défendue par le professeur Augusto Mascarenhas Barreto, historien et chercheur portugais, dans un livre intitulé : Le Portugais Christophe Colomb - Agent secret du Roi Joâo II (1). Il a fallu, signale la nouvelle, vingt années d'étude au professeur Barreto pour le décryptage de la signature cabalistique de Colomb et pour arriver à la conclusion que le fameux marin ne serait pas né à Gênes, en Italie, mais plutôt dans une petite localité de la région d'Alentejo, au sud du Portugal appelé Cuba. Pour plus de précision, Colomb serait le fils bâtard de Fernando, duc de Beja et d'Isabel Camara d'origine juive. De son vrai nom Salvador Fernandez Zarco, Christophe Colomb serait en fait le petit-fils d'un navigateur portugais célèbre, Joâo Goncalves Zarco, à qui l'on doit la découverte de l'archipel de Madère, au début du XVe siècle. Christophe Colomb, membre de l'Ordre du Christ, confrérie qui regroupait pratiquement tous les capitaines et pilotes des caravelles portugaises de l'époque, aurait également entretenu des relations avec l'école nautique de Sagres dirigée par nul autre que l'Infant Henrique, surnommé Le Navigateur, prince considéré comme le père des découvertes maritimes portugaises au XVe siècle. Selon toujours le même historien, Christophe Colomb était un converso, c'est-à-dire un nouveau chrétien, ou mieux encore un juif converti au catholicisme. Jean II du Portugal l'avait envoyé à la Cour d'Espagne pour détourner l'attention des Rois Catholiques, Fernando et Isabel, de la route maritime des Indes et les amener à conclure avec lui le Traité de Tordesillas (2), qui fût d'ailleurs signé en 1494 entre les deux royaumes, soit quatre ans avant l'arrivée de Vasco de Gama, navigateur Portugais, aux Indes, en Asie. Ce document assurait au roi du Portugal le contrôle du Brésil au Nouveau Monde découvert quelques années auparavant par ses pilotes.

Selon encore le professeur Barreto, Christophe Colomb n'utilisa pas son véritable nom en se présentant devant les souverains d'Espagne. Il déclara s'appeler Cristobam Colom (ou Colun). Il aurait caché sa véritable identité non seulement en raison de sa mission secrète, mais surtout à cause de ses origines juives. L'historien a aussi avancé que le mythe du Christophe Colomb né à Gênes en Italie, ne serait que le fruit du travail de chercheurs qui se sont limités à entériner les thèses courantes jusqu'à présent ou à justifier de faux lauriers, en affirmant que l'étude de la signature cabalistique du navigateur, ainsi que celle de ses documents, journaux de bord, et de son ouvrage intitulé Prophéties, prouve son origine portugaise.

Ces assertions sur les origines déjà assez controversées de l'Amiral de la mer Océane ont eu l'effet d'une pierre nouvelle jetée dans la mare colombienne déjà passablement glauque où grouille toute une série d'hypothèses réclamant le sceau de vérité. Dès qu'il eut atteint la renommée, Christophe Colomb ne se doutait guère qu'il deviendrait la cible de deux groupes d'historiens : les tenants de la thèse génoise et chrétienne, et ceux de la catalane-juive converso. Dans le premier camp, on retrouve des noms prestigieux, tels les Français d'Avezac, Roselly de Lorgues, de La Roncière, Sumien, de Hevesy et le commandant Charcot, pour ne nommer que les plus importants. Chez les Anglo-Américains, il faut citer les Samuel Eliot Morison et les Washington Irving. Parmi les Franco-Américains, il y a Harrisse. Chez les Espagnols, il faut compter les Manzano et Ballesteros. Dans le groupe des Latino-Américains, les Molinari (Argentin). Finalement chez les Italiens, et non le moindre, Paolo Emilio Taviani, originaire, comme Colomb, de la ville de Gênes.

En France, nombre d’historiens contemporains se sont penchés sur ce qu’il est convenu d’appeler le cas Colomb. Citons entre autres Alain Decaux, pour qui Christophe Colomb est l’homme le plus insaisissable de l’Histoire. « Que des controverses puissent de nos jours s’ouvrir à propos de sa naissance, écrit-il, dépasse l’imagination (3). » Il a raison, car à notre époque, la technologie ne fait-elle pas bon ménage avec la science archivistique ? Indubitablement, il devient de plus en plus difficile de se tromper dans la consultation de documents déclarés authentiques.

Dans le deuxième camp dominent aujourd’hui Sarah Leibovici et avant elle Simon Wiesenthal, ainsi que le célèbre historien espagnol Salvador de Madariaga dont la thèse en a convaincu plusieurs sur les racines juives et catalanes de Christophe Colomb. La directrice de l’Alcazar de Séville, Consuelo Varela, fait partie des historiens actuels faisant autorité en matière colombienne. Elle vient de déclarer à Serge Raffy du Nouvel Observateur que : « Aujourd’hui, on ne peut plus douter des origines juives de Christophe Colomb. (Il) connaissait l’Ancien Testament sur le bout des doigts. Ce qui ne peut pas être le cas d’un catholique issu d’une même classe sociale que lui. Et puis il rêve de reconstruire le second Temple de Jérusalem. Et pour l’Église catholique, le Christ avait lancé une malédiction sur les Juifs. Le Temple ne serait plus jamais reconstruit jusqu’à la fin du monde. Colomb, dit-elle, était très malin et jouait sur plusieurs tableaux à la fois (4). »

Dans tout cet imbroglio au sujet des origines véritables du grand navigateur on distingue les points qui alimentent l’énigme : où est-il né ? Était-il catholique ou juif ? Au pis aller, juif converti ? Prenons d’abord sa nationalité. D’aucuns ont affirmé que Colomb était né en Corse, d’autres disent en Turquie. Il est vrai qu’il navigua dans la Méditerranée pendant plusieurs années. Il est venu au monde au Portugal, avancent plusieurs. C’était un catalan de naissance, rétorquent les autres. Non ! Il naquit à Savone ou à Gênes en Italie, répondent bien d’autres. On lui trouva même une ascendance romaine. Christophe Colomb descendait du Comte Colombo, seigneur de Cuccaro-en-Montferrat, celui-là même issu de la lignée illustre du général romain Colonius, le vainqueur de Mithridade en l'an 63 avant le Christ. Cela allait-il suffire ? Colomb, clamèrent bien haut d'autres voix, descendait de ce forban des mers connu sous le nom de Colomb Le Pirate, qui n'était autre que Georges Bissiprat Paléologue. On fit savoir qu'il était Français, de la même famille que le fameux amiral-corsaire Casenove-Coullon (ou Coulon). On entendit encore mieux. En Angleterre, un loustic sans doute, écrivit très sérieusement, et de façon péremptoire, pour éviter tout doute que ce soit : Christopher Columbus was born in London but resided in Genoa.

Ballesteros rend responsable de tout ce fouillis le fils cadet de l'Amiral, Don Fernando, fils illégitime, mais reconnu, qui naquit des relations coupables avec une andalouse de petite noblesse du nom de Beatriz de Harana. Le premier biographe officiel du découvreur semblait tout désigné pour jouer les victimes expiatoires sur l'autel de l'Histoire. Il ne s'était pas contenté de s'improviser historiographe de son illustre paternel, il a été de surcroît l'instigateur de la création de la Bibliothèque colombienne de Séville. Pendant trois siècles, et maintenant cinq, historiens, archivistes, chercheurs ne connurent guère d'autre source que la sienne et le copièrent plus ou moins servilement, sans se préoccuper outre mesure de séparer les faits authentiques et la légende. Quand, à notre époque, Washington Irving entreprit d'écrire à son tour une vie de Christophe Colomb, il ne put s'empêcher de reconnaître que Don Fernando était mieux placé que quiconque pour raconter les faits concernant la vie de son père, tout en soulignant que le jeune homme avait malheureusement omis (volontairement ou pas) cinquante-six années de l'existence de l'auteur de ses jours, une période somme toute très importante puisqu'elle englobe complètement celle antérieure à la traversée de l'Atlantique vers l'Ouest. Comment alors s'étonner que bon nombre de biographes aient commis des erreurs fondamentales ?

Que dit Don Fernando à propos des ascendances de son père ?

« Mon père était issu d'une famille noble italienne qui tomba dans la misère à la suite des guerres ayant ravagé l'Italie.

Prudent, il avait ajouté :

Toutefois, cela a-t-il vraiment de l'importance quand on considère que la famille créée par Christophe Colomb débuta avec Christophe Colomb, envoyé par la Providence pour découvrir le Nouveau Monde. »

Don Fernando ne pouvait certes prouver l'ascendance noble attribuée à son père. Mais qui pourrait le faire aujourd'hui? Quand il rédigea et fit publier Historiae nulle contestation d'ordre généalogique ne vint troubler sa paisible conscience. Il était libre de s'imaginer, pour le prestige de l'Amiral (et de sa lignée), que celui-ci était le descendant d'un grand et noble seigneur. Qui n'a jamais eu cette tentation ? Qui n'a jamais souhaité être l'héritier d'une race de braves gentilshommes ou de chevaliers preux et courageux qu'un monarque reconnaissant aurait anoblis au lendemain d'une victoire remarquable contre un ennemi redoutable ? À ceux qui mettraient en doute la pureté du sang bleu d'un tel lointain ancêtre - car pour survivre il a dû mélanger le sien au cours des siècles avec du sang plébéien par un mariage dit de raison - on pourrait citer la fameuse phrase d'Alexandre Dumas père : La noblesse ne se recrute-t-elle pas dans la roture ? Le grand romancier savait de quoi il parlait, en faisant allusion à ces alliances où la fortune prévalait sur les sentiments amoureux. Passons ! Ballesteros absolvait Don Fernando en disant qu'il était tout à fait naturel et humain que le premier biographe de l'Amiral ait agi ainsi. Christophe Colomb, après la découverte du Nouveau Monde, était devenu un personnage très important, fréquentant la Cour des rois de la péninsule ibérique. Il était normal, pour mieux se frayer un chemin jusqu'au trône de Ferdinand de Aragon et d'Isabel de Castilla, qu'il cherchât à dissimuler sous une ascendance noble ses origines. Le reproche dont on a toujours accablé le fils cadet du vice-roi des Indes, ne mérite-t-il pas d'être dirigé contre Colomb lui-même qui a largement contribué à l'invention de sa noblesse ? Il était plutôt à l'autre extrémité de l'échelle sociale, comme l'indiqua un chroniqueur de son temps, Agostino Giustiniani, en écrivant : Colomb, le découvreur du Nouveau Monde, était issu d'une famille de très pauvres paysans de Ligurie. Ce document date de Gênes 1516. L'auteur était un compatriote du navigateur. Il existe d'autres témoignages comme celui du frère de Christophe Colomb, Bartholomeo. Il avait inscrit au bas d'un portulan de sa composition la mention suivante: Protanctore sive pictore janua cui patria est, nomen Bartholomeus Columbus de Terra Rubia.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin