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Chronique Kal Ansar. Le tambour suspendu

De
264 pages
Cette chronique révèle l'histoire lointaine et contemporaine des Kal Ansar, une composante importante du monde touareg de la région de Tombouctou et du centre du Mali. C'est un regard de l'intérieur, introduit par le témoignage de Mohamed Elmehdi Attaher Al Ansari, dernier amanokal (souverain) des Kal Ansar. Les références d'auteurs, les écrits et récits des prédécesseurs, des contemporains, d'administrateurs du temps colonial et du Mali apportent des éclairages.
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Chronique Kal Ansar Zakiyatou OUALETT HALATINE
Le tambour suspendu
Cette chronique révèle l’histoire lointaine et contemporaine des Kal
Ansar, une composante importante du monde touareg de la région de
Tombouctou et du centre du Mali. C’est un regard de l’intérieur, introduit Chronique Kal Ansarpar le témoignage important de Mohamed Elmehdi Al Ansari, dernier
amanokal (souverain) des Kal Ansar. Les références d’auteurs, les écrits et
récits des prédécesseurs, des contemporains, d’administrateurs du temps
colonial et du Mali apportent des éclairages. L’auteure espère que cette
Le tambour suspenduchronique contribuera à la compréhension de l’histoire des Touaregs, du
Mali, du Sahara et du Sahel.
Zakiyatou Oualett Halatine, née d’un père enseignant et d’une
mère tradi-thérapeute, fréquenta les écoles de Diré et Goundam
(Tombouctou), le lycée de jeunes fi lles à Bamako et obtint un diplôme
d’ingénieure à l’Institut Polytechnique de Kiev. Dans les années 90,
elle était parmi les quelques fi lles touarègues qui ont terminé un cycle
supérieur. Elle fut chef d’entreprise, consultante, fonctionnaire des
Nations Unies, ministre de 2000 à 2002 et aussi récipiendaire de
plusieurs distinctions honorifi ques. Avec la crise au Mali, elle se retrouva
subitement sans emploi, sans maison, sans papiers, sans argent. Les vrais
amis et l’écriture, passion non assouvie, devinrent ses alliés.
Témoignage de
L’Amanokal Mohamed-Elmehdi Ag Attaher Al Ansari
Image de couverture : L’amanokal Mohamed-Elmehdi, le jour de son élection, Tin Aïcha,
1946. Auteur inconnu.
ISBN : 978-2-343-05439-1
28 €
Chronique Kal Ansar
Zakiyatou OUALETT HALATINE
Le tambour suspendu




Chronique Kal Ansar
Le tambour suspendu

Zakiyatou Oualettt Halatinee




Chronique Kal Ansar
Le tambour suspendu


Témoignage de
L’Amanokal Mohamed-Elmehdi Ag Attaher Al Ansari











Du mê me auteur :
Ehaf, Proverbes et adages touaregs, 2009, 112 p., Grandvaux.
Adages touaregs, Tuareg sayings, novembre 2013, 78p., Harmattan.


Passions du Désert, Nouvelles, janvier 2014, 134 p., Harmattan.










































© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05439-1
EAN : 9782343054391



1En hommage à l’Amanokal
Mohamed-Elmehdi Ag Attaher Al Ansari
En reconnaissance à ses illustres prédécesseurs.
En souvenir de celui qui me donna une chance unique :
apprendre à lire et à écrire !
Reposez en paix !
Mes remerciements à la Mauritanie,
où j’ai pu finir ce travail, donc tenir
la promesse faite à l’amanokal.
Au Mali, je souhaite la paix.


1Amanokal : un suzerain élu par l’aljamaat (assemblée) d’une timinia (pouvoir) ou d’un attabel (royaume,
pays, entité). A partir de la colonisation française, l’amanokal fut nommé chef de tribu. Par analogie, il y
eut aussi chef de fraction (tawset). Dans le cas des Kal Ansar, les auteurs ont traduit le mot amanokal
diversement : roi, suzerain, pontif, chef, amanokal (pl. Imanokalan).

Remerciements

L’expression de ma profonde gratitude à l’amanokal feu Mohamed-Elmehdi Al Ansari. Je le
remercie de m’avoir fait confiance et j’espère que je n’ai pas trahi l’esprit de ses propos.
Une mention spéciale pour :
Fadi, l’exemple d’une vie de don de soi, qui m’a appris à aimer sans distinction.
Mohamed-Ahmad (Indehma) et A. A. M. Elmoctar.
Ma reconnaissance à Mariama, une femme généreuse au grand savoir spirituel. Le point de
vue féminin de Mariama tranche d’avec les préoccupations des hommes.
Je remercie :
A. Ag Mohamed Attaher, un grand spécialiste de l’élevage, auquel, je souhaite que ses efforts
soient reconnus un jour.
F. El Ansari, A. Ag Ghakrimatou, journaliste, pour leur grande patience
I. Ag Youssouf, A. Marty, M. Gilles, pour l’appui méthodologique et bibliographique.
T.Abensberg, Père M. Cadillac, H. Claudot-Hawad, A. Rochegude, J. Brunet- Jailly, qui ont
eu la gentillesse de lire des parties de cette chronique, ont fait des remarques judicieuses et
m’ont encouragée.
Pour leur accompagnement et leur patience, M. J. P. Chagnollaud et ses collaborateurs dont
M. S. Esposito, tous des éditions l’Harmattan.
Ismaël Zackary, qui a mis une lumière dans ma vie.
Toutes les institutions, personnalités, amis et proches qui m’ont soutenue, aidée.
Assurément, tous ne sont en aucunes manières responsables des opinions émises dans cette
chronique.


SOMMAIRE

Avant-propos ..................................................................... 13
Chapitre I: Mohamed-Elmehdi Ag Attaher Al Ansari
(1923-2014) ......................................................................... 19
1. Autobiographie ................................................................................ 20
2. Histoire des Kal Ansar ................................................................... 39
Chapitre II : Eclairages .................................................... 75
1. Témoignages de prédécesseurs ...................................................... 75
2. Témoignages de contemporains ..................................................... 95
Chapitre III : Essai de synthèse ..................................... 145
1. Temps anciens ............................................................................... 146
2. Migrations ..................................................................................... 154
3. De la timinia à l’attabel ................................................................. 185
4. Période contemporaine ................................................................. 216
Tableau des illustrations ................................................. 237
Bibliographie ................................................................... 239
Glossaire ........................................................................... 249


11 Avant-propos
2« Chaque enfant a quatre parents . L’enfant s’identifiera à l’un d’entre eux
par amour, vanité ou contrainte.» Adage touareg.
« Le jour où tu ne sais plus avancer, regarde derrière-toi, tu ne verras que
l’abîme de l’histoire faite depuis toujours par des hommes, alors, tu sauras
èmeavancer !» Hawalen Ag Hammada, amanokal, 18 siècle.
« A mal nommer les choses, on ajoute au malheur du monde » Albert Camus
« Dans la vie il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les
créer et les solutions suivent. » Antoine de Saint-Exupéry.
Mohamed-Elmehdi nous a quittés le 28 décembre 2014. Même s’il a lu une
première mouture de ce travail, mon grand regret est de n’avoir pu le finir de
son vivant.
Cette chronique répond au besoin de recueillir le témoignage de
MohamedElmehdi Ag Attaher Al Ansari, personnalité contemporaine la plus
importante des Kal Ansar : dernier amanokal en date, depuis 1946, acteur
3influent et respecté de la vie politique de l’attabel , du Soudan Français, de
4l’éphémère OCRS et du Mali indépendant. Les Kal Ansar sont un ensemble
humain habitant principalement les aires qu’ils nomment : Al’akla, Affala,
Azawad, Telemse, Hodh, Méma, Karéré, Arabanda dans les cercles de
Niafunké, Goundam, Tombouctou, Gourma-Rharouss, Bourem dans le nord
et le centre du Mali. La décision de commencer ce travail en juin 2009, fut
motivée par la découverte d’un échange épistolaire entre deux chercheurs au
sujet de l’origine des Kal Ansar. J’ai pensé utile de trouver des points de
convergence entre eux. La curiosité d’apprendre aux sujet de mes ancêtres
me poussa à aller de l’avant. Dès mes premières recherches, j’ai cru
comprendre d’où me venait l’intérêt pour la conciliation : était-ce vraiment
nécessaire de concilier les positions de ces deux chercheurs ? Déception :
cette chronique que j’avais pensée mienne, dans la mesure où elle est celle
de mes ancêtres, s’éloignait de moi au fur et à mesure que j’avançais loin
dans le travail. Ma fierté se mua en peur face à une histoire qui racontait une
infime partie de l’histoire des religions et des peuples de l’Afrique et de la
Méditerranée, mais une partie quand-même. Alors, le piège se referma sur

2
Comprendre quatre grands parents : deux grands-mères et deux grands-pères.
3 « Un tambour monstre était le symbole du pouvoir, seul le chef de tribu avait le droit de le faire battre »
dans (Marty, 1920-1921), p.265.
4 Vers 1950, un projet colonial : une entité qui regrouperait une partie du Sahel et du Sahara.
13 moi : fallait-il abandonner ou avancer ? Le salut ne m’est venu que de mes
amis qui se sont mis à la tâche avec moi. Ils scrutaient partout les mots «Kal
Ansar », « Ansar». Enthousiasme initial et angoisses se transformèrent en
exigence de bien comprendre et transmettre sagement chacun des propos
ayant contribué à élaborer cette chronique. Les divergences et les similitudes
des récits sont apparues comme la vraie source du travail que je voulais
réaliser. Elles devinrent un fil tendu, le long duquel, j’ai cru pouvoir lire
l’histoire des Kal Ansar. Il a fallu rester critique, vigilante dans la lecture et
l’écoute des propos diversement dits et conclure. Les écrits d’illustres
auteurs et des repères avérés ont balisé ce travail. Ce fut un pari difficile,
sachant que mes compétences en histoire remontent au lycée. Malgré les
imperfections, le résultat obtenu permet, je l’espère, d’imaginer cette
« traversée des ancêtres ». Comme l’a dit l’amanokal Mohamed-Elmehdi :
« il va de soi que la partie contemporaine est la plus fiable, car plus
documentée ». Cependant, il ne faut pas jeter l’anathème sur la partie
antérieure : elle reste plausible, selon les informations relatives à cette
époque dans les ouvrages comme dans la tradition des Kal Ansar.
Cette chronique comprend trois grands chapitres :
- Le témoignage de Mohamed-Elmehdi Ag Attaher, voix majeure,
- Les éclairages de ses prédécesseurs et contemporains,
- Un essai de synthèse.
La contribution centrale de l’amanokal Mohamed-Elmehdi Ag Attaher Al
Ansari est complétée entre autres par des témoignages de personnages
importants comme les imanokalan Hammada, (Abba Wan Tibaghawen, le
père des lacs (1687- 1775), Mohamed-Ali, Taghlift n Yalla, (1900-1994),
frère aîné de Mohamed-Elmehdi et ceux de personnes ordinaires
contemporaines de Mohamed-Elmehdi dont des femmes et des jeunes. Des
extraits d’archives, des rapports d’administrateurs coloniaux, du Soudan
5Français et du Mali, des manuscrits et des coupures de presse complètent
ces éclairages.
Ce récit aux multiples facettes s’étend de la Fitna (Grande Discorde) à
l’attabel. La propre voix des Kal Ansar raconte leurs liens avec trois
Prophètes : Moïse, par l’origine de leur écriture, Ibrahim, par l’ascendance et
Mohamed par la croyance. Elle évoque leur serment de non-violence, la
migration des ancêtres et le rejet de l’or maléfique. Elle explique l’origine de

5 Appellation du territoire actuel du Mali sous la colonisation.
14 6leur nom (Kal Ansar, Banu Yantsar), de leur timinia (pouvoir), de leur
attabel (royaume). A l’origine du périple qui se termina dans la région de
Tombouctou, au cœur du Sahara et du Sahel d’alors, se trouvent Sanba, le
epacifique (7 siècle), Qinwan l’andalou, Yaqub le marocain, et Infa le
touareg (1567, Aïr-1648, Arawan). Les témoignages mettent en exergue des
acteurs de premier plan : les ancêtres lointains qui ont créé le mythe : Sanba,
e eZoulkarneyni, Qinwan, Yaqub Al Ansar, Hamal (7 -13 siècles); les liens
entre le passé Al Ansar et le futur Kal Ansar : Abou Bakr, Alqassim,
eAlwidane, Almouzaffer (13-15 siècle); les fondateurs et acteurs de l’histoire
relativement récente : Almouzammil, Infa, le bien faisant ; les bâtisseurs :
e eQutbu, Hammada, Hawalen, Babakayna, Duwaduwa , Inghalalan, (17 -18
siècles) ; les symboles de la résistance : Allouda, Ingonna, le héros
eemblématique, (19 siècle) ; les femmes et les hommes de science, symboles
de justice et de sainteté, artisans de la cohésion: Amahilli, Makoultou, Ahbar
I, Abilhouda, Ahbar II, Elhaj Bella, Intabardjant, Intezarwalt,
Zouwala,(14e e20 siècle); les beautés parmi lesquelles Houria, Manama (17e-18
siècles) ;les paravents contre la violence de la colonisation : Allouda,
Elmehdi, Attaher, Mohamed-Ali dit Taghlift n Yalla, celui qui, contre toute
attente, lia l’histoire des Kal Ansar au Soudan Français et son frère,
Mohamed-Elmehdi, dernier amanokal en date, la continuité pour sceller ces
liens au sein du Mali. A l’image de ces illustres personnages issus de
nombreux brassages, le pays Kal Ansar est né de solidarités sociales,
politiques, militaires et économiques. Les traces des Kal Ansar se trouvent
dans bien de pays : des bords de la Méditerranée aux Iles Canaries, de
Chinguetti à l’Aïr, où l’un des dialectes parlés à Agadez était appelé
Tinsert (langue des Ansar), de la Mauritanie au Burkina Faso, où se trouvent
des lointains cousins Deyboussat, Tajjakanit, Idowghali et Iwraghen.
Au Mali, les Kal Ansar se disent apparentés depuis des siècles aux Peuls,
7 8Sonrhay (Songhayten de Gao, Ihaten de Tombouctou) de la région de
Tombouctou) et à beaucoup de communautés touarègues du Mali dans la
Boucle du Niger (région du fleuve, Azawad, Arabanda Affala, Al’akla),
Adghah, Azawak, Tamesna.). Leur timinia aurait fait des lacs d’Affala (nord),
sur la rive gauche du fleuve Niger, un grenier pour le Hodh, tout le nord du
Mali jusqu’à l’Adagh et la France coloniale. Ce grenier a contribué à nourrir
de nombreuses villes dont Tombouctou et Goundam des siècles durant.

6Selon Dr I. A. Youssouf, ce mot dérive d’« amanaï », celui qui est au dessus. « timinia » veut dire règne,
pouvoir. Timinoukala : (exercice du pouvoir) dérive de cette même racine.
7 Certains Ihaten (Sonrhaïs) et Ifolan (Peuhls) de la zone de Bamba et Bourem sont désignés comme
Abbaten, « fils de nos pères ou nos pères » à cause du très grand brassage qui eut lieuà cette époque.
8
Sonrhay désigne les Sonrhay, Sorko et Armas. Lorsque nécessaire chacun de ces groupes est désigné
spécifiquement par : « Sonrhay », « Issarka » et « Arrima ».
15 Leur entité, disent-ils, a résisté à diverses convoitises dont la colonisation
française. Malgré la supériorité de l’armée coloniale (fusils et logistique bien
rodée contre sabres, lances et javelots), leur résistance dura sept ans. Cette
entité fut victime, entre autres, d’un régime Vichy sourd et aveugle qui s’est
employé à la dominer, la diviser et l’appauvrir par les impôts, taxes, la prise
en charge des tirailleurs, la fourniture et l’entretien des « partisans », par
« l’effort de guerre » en viande et céréales durant les deux guerres
mondiales. La violence que les Kal Ansar voulaient éviter par leur serment,
les rattrapa plusieurs fois. Ils se retrouvèrent face à cette permanence des
hommes, que Dieu créa porteurs de violence comme de paix. La
manifestation la plus récente fut la barbarie des jihadistes dans le nord du
Mali. Sans arguments, ni forces organisées à opposer, ils durent subir cette
fatalité.
Au-delà des événements épiques et des personnalités à forte aura, c’est leur
manière, bien à eux, de gérer les hommes et le territoire qui attire l’attention.
Dans un registre plus ludique, ce récit est un infaillible point de convergence
des croyances africaines, entre un « commandant timoré », un « amanokal
particulier » autour d’un « tambour suspendu », raconté par
MohamedElmehdi Ag Attaher Al Ansari, le dernier amanokal en date.
Le choix des chroniqueurs, la transcription, l’agencement des contributions,
la recherche et l’exploitation de documentations de référence, la rédaction
sont de l’auteure. Pour éviter une mauvaise interprétation et rester fidèle aux
récits, les noms désignant les communautés ethniques, les surnoms de
personnages sont parfois en tamasheq et écrits en italique. A certaines de
leurs apparitions, leur sens usuel est donné. Les noms cités par les auteurs
9sont restés tels. La formule de Pierre Boiley dans « Kal Adghagh » a inspiré
l’orthographe du mot « Kal Ansar ». Les notes en bas de page, quand elles
ne sont pas des références ou citations, sont de l’auteure. Les autres mots ont
été écrits le plus simplement possible. Un lexique à la fin du document en
explique certains. Tous les récits oraux de cette chronique ont été colletés
entre 2009 et 2014 en langue tamasheq et pour quelques passages, dans un
mélange de français et tamasheq. La traduction en français et la transcription
sont de l’auteure.
Ce travail commencé il y a quatre ans, donc avant la crise au Mali, reste dans
l’esprit avec lequel il a été entamé, mentionné au tout début de cet
avantpropos. Cette chronique rassemble quelques voix qui sont des opinions dans
leurs contextes et ne représentent certainement pas toutes les visions, ni des

9(Boiley, 1989).
16 Kal Ansar, à fortiori des autres. L’histoire d’un groupe humain inclut
forcement les liens en son sein et avec d’autres groupes ; il importe, en lisant
cette chronique, de comprendre qu’elle ne vise ni à légitimer un ordre social,
ni des revendications et encore moins à porter atteinte à des personnes ou des
communautés. Les erreurs et les lacunes de ce travail ne sont imputables
qu’à son auteur.
Ce modeste apport est une introduction variée à l’histoire des Kal Ansar, qui
10pourrait contribuer à changer le constat fait par Ambeïry Ag Rhissa :« l’une
des faiblesses de l’histoire écrite des Touaregs est l’absence regrettable de
contributions des Touaregs eux-mêmes».
Zakiyatou Oualett Halatine


10 (Ag Rhissa, 2008)
17 Chapitre I: Mohamed-Elmehdi Ag Attaher
Al Ansari (1923-2014)
Mohamed-Elmehdi s’est toujours considéré comme étant au service des
peuples qui ont constitué la timinia et l’attabel Kal Ansar, leurs alliés et
voisins, mais aussi de l’ensemble du Mali. Il se voyait et il a été surtout
perçu comme un trait d’union fort entre les différentes composantes du Mali,
singulièrement celles de l’actuelle région de Tombouctou. Même après son
retrait de la vie politique, il n’était pas rare d’entendre dire qu’«il est un
faiseur de politique dans sa région ». Il était considéré par certains comme
un homme d’une longévité politique exceptionnelle. «Dans le souci de servir
mon pays, ma région, ma communauté d’origine dans toute sa diversité »,
disait-il. C’est un homme d’un grand charisme, généreux, patient, affable,
qui force le respect. Patriote, il a consacré sa vie entière à son peuple et à son
pays, le Mali. Mohamed-Elmehdi était pour les siens un symbole de droiture,
de justice, de loyauté. Il était reconnu par eux comme un visionnaire. Il était
à la fois aimé et craint, parce que plein de sollicitude et d'exigence envers les
siens. Cette chronique ne relate qu’une infime partie du travail important
qu’il a accompli pour la paix et dans la construction de l’histoire des Kal
Ansar, des Touaregs et du Mali.
L’amanokal Mohamed-Elmehdi Ag Attaher introduit l’histoire des Kal
Ansar de la Boucle du Niger sur une période longue allant de la Fitna
11(Grande Discorde ) au déclin consécutif à la colonisation par la France de la
Boucle du Niger à partir de décembre 1893. Il raconte les Kal Ansar et leurs
pays sous certains de ces prédécesseurs, son règne, la colonisation, le
Soudan Français, l’OCRS, la République Soudanaise et la République du
Mali. Il explique l’évolution de la timinia, de l’attabel, de la timinukala Kal
e eAnsar le long de la période allant de la fin du 15 au début du 20 siècle.
Dans son autobiographie allant de 1923 à nos jours, il parle de sa famille, de
son élection comme amanokal, de sa carrière politique et administrative. Il
rappelle que la dite réforme agraire de 1972 a laissé exsangues des
communautés entières de Kal Ansar. Ce que, selon lui, il n’a cessé de
rappeler aux différentes hautes autorités du Mali. L’amanokal
MohamedElmehdi a été de ceux qui ont milité pour une République du Mali dans ses
limites d’aujourd’hui. Cette conviction lui a valu le désamour de ceux qui

11
C’est la période pendant laquelle il y eut des luttes internes liées à la succession temporelle après la
mort du Prophète Mohamed.
19 n’ont jamais cru à une possible place pour les Touaregs au sein du Mali,
mais n’a pas pu le protéger contre ceux pour qui tout Touareg est un rebelle
ou possible rebelle, voir apatride ou même étranger. Mohamed-Elmehdi
souhaitait que soit ardemment entretenue la mémoire du bon voisinage, des
liens de parenté, des solidarités et de l’amitié entre toutes les communautés
de l’ancien attabel, entre toutes les composantes humaines du Mali. Il relate
l’amitié, la complémentarité, l’espoir mais aussi les déceptions.
Le récit de Mohamed-Elmehdi a été enregistré directement par l’un de ses
enfants à partir d’un questionnaire préétabli. Ce récit en tamasheq et en
français a été entièrement transcrit en français. Ce travail d’enregistrement et
de transcription a été réalisé entre mi-septembre 2009et fin janvier 2012.
Mohamed-Elmehdi a fourni une documentation très riche dont des
documents personnels, de la tribu, des archives administratives coloniales,
nationales, régionales, du cercle, des rapports et notes diverses. Le récit de
Mohamed-Elmehdi est présenté en deux grands sous-chapitres, son
autobiographie et l’histoire des Kal Ansar.
1. Autobiographie
1.1. Enfance et éducation
er 12« Je suis né le 1 mars 1923, sur les bords du lac Faguibine , dans l’attabel
13n timinia Kal Ansar, dans la tribu du même nom, de père Kal Ansar et de
14mère Chérifen . Je suis orphelin de père dès 1926. Mes frères aînés,
Hamama, Mohamed-Ahmad (né en 1921) et moi avons été élevés par nos
grands frères Mohamed-Ali dit Taghlift n Yalla et H'matika. En 1932, mon
grand frère Mohamed-Ahmed a été recruté à l’école de Goundam et l’année
suivante, je l’y ai rejoint. Nous étions les deux premiers enfants Kal Ansar à
15être inscrits à l’école des Français . Nos études ont commencé à l’Ecole
Régionale de Goundam. En 1937, à la demande de Taghlift n Yalla, nous
avons été admis à l’Ecole Primaire Supérieure Terrasson de Fougère à
Bamako. Nous y avons passé deux années. Le climat à l’époque, très

12
Zone lacustre qui se situe au nord-ouest de Goundam et de Tombouctou (voir carte au chapitre IV).
13La tribu Kelantessar est l’appellation par laquelle le colonisateur français à nommer cet « attabel». Ce
nom est resté même après la colonisation dans les actes officiels de la République du Mali, pour désigner
la seule tribu Kal Ansar au lieu de l’ensemble des communautés qui constituaient l’attabel (cf., archives
administratives coloniales (coloniales, 1917), (coloniales, 1919), (coloniales, 1954), etc., (Al Ansari II,
1978)et actes officiels du Mali).
14 Chérifiens, Chérifs, en tamasheq des Kal Ansar.
15 Voir (Oualett Facki, 2012-2014) à propos du même sujet.
20 pluvieux, n’était pas très favorable aux gens du nord. Mohamed-Ahmad,
mon ainé n’a pas pu supporter, il a été hospitalisé plusieurs fois. Nous
n’avons pas pu tenir ; le directeur de l’école nous a donc renvoyés dans notre
région. C’est ainsi, que nous sommes revenus à Goundam. Nous y avons
poursuivi nos études jusqu’au Certificat d’Etudes Primaires. En 1939,
Taghlift n Yalla a insisté pour que je retourne à l’école Terrasson de Fougère
à Bamako. J’y suis resté deux ans. Après cela l’administration coloniale
n’était plus très favorable à ce que nous poursuivions les études à l’école
française. J’ai donc encore été ramené à Goundam sur décision du
Commandant français, puis envoyé à Sevaré pour fréquenter une école
d’élevage et d’agriculture. J’y suis resté une année. Un Français, «
piednoir » d’Algérie, Monsieur Vermand, était le directeur du Cours Normal de
Sevaré. Monsieur Vermand me demandait chaque soir de lui faire du thé. Un
soir, il me fit une confidence qui a eu une grande répercussion sur le restant
de ma vie : « Que fais-tu à Sevaré ?» me demanda-dit-il. « Je ne sais pas »,
lui répondis-je. Il me dit alors : « Votre grand frère a pu vous faire admettre
au lycée Van Volenhoven à Dakar, mais le Gouverneur du Soudan Français
a écrit au Gouverneur du Sénégal pour lui dire ce qui suit » : « …le jeune est
un peu âgé. Il ne faut pas l’accepter, nous allons l’orienter vers l’élevage et
l’agriculture, c’est ce qui l’intéresse, car dans son pays, sa famille, ils sont
16éleveurs et agriculteurs » . « ... C’est le Commandant français du cercle de
Goundam qui a dit à votre grand frère que vous n’avez pas besoin d’aller au
lycée pour les raisons invoquées par le Gouverneur du Soudan
17Français…» .Cette confidence de Monsieur Vermand, m’a fait comprendre
que me faire évoluer intellectuellement n’était pas la raison qui m’a amené à
Sevaré. Je lui ai dit : « Demain, je vais demander à rentrer chez moi.» Il m’a
fait faire une demande, qu’il a présentée au Commandant de cercle de Mopti,
le Commandant Faucheran, qui, sur l’insistance du directeur d’école, a
accepté de me faire retourner à Goundam. Arrivé à Goundam, Taghlift n
Yalla a tenté encore de me faire admettre au lycée de Bamako. Cela n’a pas
été accepté. En 1936, il m’a orienté, avec d’autres jeunes gens Kal Ansar,
comprenant son propre fils, à la medersa de Tombouctou. Nous y avons fait
deux années de scolarité. »


16
Cette communication se trouve dans les archives coloniales du cercle de Goundam.
17 Cet écrit, ainsi libellé, se trouve dans les archives coloniales.
21 1.2. Enseignant
« A la fin du cycle de deux ans à la Médersa de Tombouctou, je suis revenu
à Goundam. Ma priorité était la scolarisation des enfants Kal tamasheq. A
l’époque, l’école française était considérée par certains milieux comme
l’école des «infidèles ». Les instituteurs du sud qu’on nous envoyait ne
voulaient pas aller enseigner au nord. Ils étaient dépaysés et ne comprenaient
pas la langue du milieu ; les salaires n’étaient pas élevés. Donc, il y avait peu
de motivation, malgré les efforts intenses déployés par l’amanokal, Taghlift
n Yalla. Une nécessité s’est imposée : trouver la formule adaptée pour
scolariser les enfants de notre « tribu » dans leur milieu. C’est ainsi, que le
Commandant de cercle de Goundam et Taghlift n Yalla ont proposé à
l’inspecteur de l’enseignement du Soudan, Monsieur You, de faire de moi un
moniteur d’enseignement pour ouvrir la première école des
18« Kelantessar ». Ce qui se fit en 1943. Pendant trois ans (1943 à 1946), j’ai
recruté des enfants. J’ai enseigné à la première vague de jeunes gens de la
« tribu »Kal Ansar. Pour convaincre les quelques sceptiques qui étaient
hostiles à l’école des Français, il a fallu réfléchir et trouver une méthode
d’enseignement attrayante pour tous. C’est ainsi, qu’on décida la formule
combinant l’enseignement en français et l’enseignement traditionnel. Pour ce
faire, il fallut trouver une personnalité comprenant l’enjeu et acquise à la
scolarisation. C’est ainsi que j’ai eu recours à mon oncle, Mohamed Attaher,
connu comme Halatine. Il a été nommé moniteur bilingue, il enseigna
l’arabe « francisant ». Il accepta le défi, car il donnait un grand sens à
l’éducation. L’autre condition était qu’il fallait que les petits enfants restent
près de leurs mères qui assuraient la transmission de leur culture, qui devait
se faire en même temps. Le programme des cours était le suivant : le matin
les cours de français, donnés par moi-même et le soir l’enseignement arabe
francophile. La culture était transmise par les mères, les tantes et parfois les
hommes. Ainsi, nous avons pu conquérir la confiance des notables. Cette
confiance était doublée du sentiment de respect que l’on avait pour
l'amanokal de la tribu, Taghlift n Yalla. Les gens ne voulaient pas le
contrarier, car ils connaissaient l’étau dans lequel il se trouvait :
l’administration coloniale, la poussée de convoitise sur nos terres de la par
des autres communautés, l’esprit non convergeant de certains leaders
d’opinion. Tout ceci attisé par un peu de fanatisme et la perspective d’un
nouvel ordre. Notre chance a été que les populations étaient rassurées par le

18D’autres écoles ont été ouvertes pour les tribus du cercle de Goundam (voir plus loin dans les récits).
22 fait que ce sont deux éléments du même milieu et de la même religion qui
enseignaient aux enfants. Voici quelques-unes des écoles de l’époque
d’avant moi et de mon temps : Menzara, vers 1925; Bankor, 1940; Takara,
1943; Maghdougou, 1944; Gargando, 1947; Horo1, 1950-1951 ; Horo 2,
1951-1954; Guolbel, 1954-1956; Goundam, “Ecole nomade”, 1954-1956. En
plus, il y avait beaucoup d’écoles itinérantes dont je ne me souviens plus des
noms. Le recrutement a couvert presque tous les fils des chefs de fractions,
qu'ils soient « rouges » ou « noirs », des notables et des gens qui avaient
confiance à l’action de l'amanokal. Par contre, ceux qui ne voulaient pas de
l’école, qui qu’ils soient, n’ont pas envoyé leurs enfants à l’école.
Voilà, comment j’ai été un enseignant ! »
191.3. Amanokal
1.3.1. Election comme amanokal
Mohamed-Ali, Taghlift n Yalla, mon grand frère a remplacé notre père mort
20en 1926 parce que l’aljamaat en avait ainsi décidé. Il dirigea la tribu de
1927 à 1946. Bien que toutes les missions administratives que lui confiaient
le Commandant de cercle, le Gouverneur du Soudan fussent exécutées à
satisfaction, Taghlift n Yalla avait eu des difficultés avec l’administration
coloniale en 1946. Il était considéré comme un auxiliaire zélé. En fait, le
colon voyait que Taghlift n Yalla avait un esprit visionnaire et son ambition
ne s’arrêtait pas seulement à scolariser les Kal Ansar pour apprendre le
français et être des auxiliaires modèles du régime colonial, mais, il
considérait aussi l'avenir, car envisageait au-delà des temps de l’époque
coloniale. Il faisait des projections et pensait à un avenir pouvant nous mener
à l’indépendance. Ayant voyagé à travers les pays Arabes et en Europe, où il
avait participé à une importante conférence (conférence économique
21internationale en 1932) . Il avait noué des contacts avec d’autres chefs de
tribus, de cantons de l’Afrique occidentale et du monde. Il a constaté que

19
Selon Ag Youssouf, une étymologie plausible d’amanokal en ferait une forme abrégée «amana n akal»
signifiant : « maître du sol, pays ». Le mot « amana » n’est plus utilisé que pour désigner Dieu, surtout
dans l’expression « Amana i maqqaren » le maître absolu, autrement dit Dieu. Certains pensent
reconnaitre « amana » dans les noms de certains pharaons égyptiens comme « Toutankhamon ». Ag
Youssouf signale qu’une tribu touarègue dont le suzerain porte ce nom doit avoir les attributs qui vont
avec (voir d’autres explications à ce sujet aux pages 83 à 87).
20Aljamaat : groupe, assemblée. Dans le cas des Kal Ansar : Aljamaat est composée des représentants de
la lignée de « dos » d’Infa ou dag Infa, (qui constituent la timinukala) et des notables de toutes les
composantes de l’attabel (tiwsaten et titrétiyen), quelle que soit la catégorie sociale et l’ascendance
(sages, ainés, cadis, juristes, braves guerriers reconnus, etc) ; l’avis des femmes comptait, quelles que
soient leurs catégories sociales.
21 Voir chap. III.
23 bien qu’il fût bien aimé par le régime colonial qui l’a décoré plusieurs fois,
comme son père, d’ailleurs (chevalier de l’ordre colonial, officier de la
légion d’honneur), ce n’était plus possible pour lui de continuer. Il trouvait
qu’avec le régime de Vichy, les choses n’étaient pas faciles. Alors, il m’a dit
ceci : « La situation est devenue très difficile pour moi. Je vais essayer de me
retirer. Je vais demander aux Kal Ansar de choisir un remplaçant ». C’est
ainsi qu'en 1946, le Commandant de cercle de Goundam, après avoir fait
accepter la demande de démission de Taghlift n Yalla par le Gouverneur du
Soudan, Louveau, a convoqué à Goundam, l’aljamaat Kal Ansar qui est
habilitée à la désignation de l’amanokal. Cette aljamaat était constituée de
tous les chefs de fraction, tous les notables de la timinia et de l’attabel qu’ils
soient « rouges » ou « noirs », « sédentaires » ou « nomades ». A
l’unanimité, tous ces notables m’ont élu comme amanokal. Rappelons que le
colonisateur avait déjà pris un acte pour diviser l’attabel en deux « tribus ».
22Hamata Ag Ingonna a présenté ma candidature. Lorsque, j’ai été présenté
comme candidat, je n’ai eu aucun opposant. Beaucoup de candidats
pouvaient se présenter, y compris Hamata, lui-même car, ils sont tous des
descendants de « dos » d’Infa. Hamata a présenté ma candidature. Ce jour-là,
devant le commandant de cercle de l’époque, après mon élection, il a conduit
la Fatiha sur ma tête en communion avec l’aljamaat et toute la population
présente. Le procès-verbal qui fait foi est consigné dans les archives de
Goundam. La décision date du 25 novembre 1946. J’étais très jeune. A l’âge
de 23 ans, je me suis trouvé en face d’une administration coloniale difficile,
de gens qui sont émancipés dans une tribu qui s’étendait de Bamba (dans
l’actuelle région de Gao) jusque vers le Hodh, à la frontière de la Mauritanie
et au sud, vers le Macina. Mon grand frère, qui était mon prédécesseur, n’a
pas eu le temps de me former ni faire correctement la passation. Il a fini par
voyager pour s’éloigner du danger qui le menaçait chaque jour un peu plus.
Les gens avaient peur, beaucoup peur pour lui.
1.3.2. Rapports avec les membres de l’Attabel
« A l’époque de ma nomination, jusqu’aux premières années de
l’Indépendance de notre pays, je n’avais que 23 ans et un peu plus. J’étais
très jeune pour gouverner des hommes. Très embarrassé de diriger une tribu
de grands saints, de grands hommes, d’érudits, qui s’étendait sur un grand
espace, avec tous les problèmes mentionnés ci-haut. A mon âge, sans
expérience, sans passation de service, je n’ai pas été assisté, comme déjà dit,

22 Fils d’Ingonna. Ingonna fut amanokal jusqu’à l’entrée des troupes coloniales à Tombouctou.
24 Taghlift n Yalla étant parti en exil, parce qu’il craignait d’être arrêté. En ce
moment-là, je me suis retrouvé très seul. Je me suis mis à la tâche, Dieu m’a
aidé ! Heureusement à l’époque, j’avais avec moi tous les notables, tous les
chefs de fractions, toute la population. Ils m’ont aidé. Il n’y avait pas de
méchanceté, ni d’animosité. Il n’y avait pas de haine, il y avait plutôt une
23unité tribale , une coordination entre les chefs de tribu et de fraction qui se
traduisait par une situation religieuse, politique, économique, sociale et
culturelle stable. »
1.3.3. Rapports avec les alliés et les voisins de l’attabel
« Avec nos alliés Sonrhay, Imoushagh, Peuls, c’étaient aussi la même chose.
A propos de l’alliance avec Inbounan (M’bouna), voici son origine : vers
1700, dans la zone de Nouara (actuelle Nara), il y avait une tribu Awlad
M’Bareck qui par des guerres intestines s’était exterminée. Zoufoundi
d’origine Awlad M’Bareck et Soninké quitta alors Nouara et s’installa vers
l’actuelle M’Bouna et Bintagougou. A ce moment les Kal Ansar avaient mis
en valeur une partie des lacs. Une fois à Inbounan (M’Bouna), ils sont
devenus Pays de Dourfan, d’abord installé à Edjedjel, puis à cause des
incursions des Ihaggaren, ils se déplacèrent et s’installèrent à l’actuel site de
M’Bouna et Bintagoungou. Zoufoundi et les siens commencèrent
l’exploitation agricole. Pour se protéger des incursions des Peuls et des
Ihaggaren, ils se mirent en alliance avec les Kal Ansar. C’est ainsi que plus
tard, ils prirent part à la bataille de Sarayamou aux côtés des Peulhs Tioki,
Imoushagh et des Kal Ansar contre les Peuls du Macina.
Il est important d’exploiter tous les documents afférant à la situation de la
tribu Kal Ansar ainsi que toutes les autres informations que je vous ai
transmises et qui émanent de personnes ressources du milieu, de la région du
nord et du pays en général. Je me tiens à la disposition pour répondre à des
questions éventuelles autour des problèmes que j’ai connus et gérés, ceux
des différentes tribus qui composent l’attabel, à travers les imanokalan et les
alliés.»


23Les notes des administrateurs coloniaux depuis le règne d’Attaher jusqu’à celui de Mohamed-Elmehdi
en témoignent. Les notes relatives à l’état de la « tribu » sous la colonisation de De Loppinot, reprises
dans le chapitre II de cette chronique sont édifiantes. De Loppinot qualifiait la tribu de : « modèle de
tribu, modèles de citoyens ». Les rapports évoquent la paix, la concorde et le respect de la hiérarchie qui
prévalait dans cette tribu.
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