//img.uscri.be/pth/c3ebc081ba2085d7b2190f012d19ab363fd426d3
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Chroniques odontologiques des rois de France et de la dynastie napoléonienne

De
290 pages
En entrant dans les "sanctuaires" buccaux des rois de France et de la dynastie impériale, des perspectives fabuleuses se dessinent : dentaires, en développant une histoire de l'art dentaire et de l'hygiène originale ; archéologiques, par l'étude des crânes royaux ; historiques, l'histoire intimiste pouvant rejoindre la grande histoire. De récits truculents en anecdotes savoureuses, de Clovis à Napoléon III, 39 têtes couronnées sont ici étudiées.
Voir plus Voir moins










Chroniques odontologiques
des rois de France
et de la dynastie napoléonienne

Du même auteur

e - La pratique dentaire dans les camps du III Reich, Collection
Allemagne d’hier et d’aujourd’hui, L’Harmattan (éd.), Paris, 2002.
e- Les dentistes allemands sous le III Reich, Collection Allemagne
d’hier et d’aujourd’hui, L’Harmattan (éd.), Paris, 2005.
- L’influence des dentistes américains pendant la Guerre de Sécession
(1861-1865), Collection Médecine à travers les siècles, L’Harmattan
(éd.), Paris, 2006.
- Les dentistes, détectives de l’Histoire, Collection Médecine à travers
les siècles, L’Harmattan (éd.), Paris, 2007.
- Première Guerre mondiale et stomatologie : des praticiens
d’exception…, Collection Médecine à travers les siècles, L’Harmattan
(éd.), Paris, 2008.
- Plaidoyer pour un enseignement historique de l’Art dentaire,
Collection Ethique & Pratique médicale, L’Harmattan (éd.), Paris,
2008.
- Etude de la pratique odontologique et de ses déviances dans les
camps de l’Allemagne nazie, A.N.R.T. (éd.), Lille, 2008.
- Quand la dent mène l’enquête…, Collection Médecine à travers les
siècles, L’Harmattan (éd.), Paris, 2008.
- Pionniers de la chirurgie maxillo-faciale, Collection Médecine à
travers les siècles, L’Harmattan (éd.), Paris, 2010.
- Histoires de la médecine bucco-dentaire, Collection Médecine à attan (éd.), Paris, 2010.
- Etude de la pratique dentaire dans les camps de l’Allemagne nazie,
entre dérives et thérapeutiques médicales, Les Editions Universitaires
Européennes, Sarrebruck, 2010.
- Dentistes héroïques de la Seconde Guerre mondiale, Collection
Médecine à travers les siècles, L’Harmattan (éd.), Paris, 2011.

Contribution à une œuvre collective

- Le conflit, sous la direction d’Olivier Ménard, Journée de la Maison
des sciences de l’homme Ange-Guépin, Collection Logiques sociales,
L’Harmattan (éd.), Paris, 2006.
ème- Actes du 2 Congrès International de Pathographie, sous la
direction de Philippe Charlier, De Boccard (éd.), Collection
Pathographie, Paris, 2009.
- Odontologie médico-légale : entre histoire et archéologie, co-écrit
avec le Dr Francis Janot, L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à
travers les siècles, Paris, 2010.
Xavier Riaud







Chroniques odontologiques
des rois de France
et de la dynastie napoléonienne




Préface du Docteur Patrick Hescot
Préambule de M. Stanis Perez
































































































































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55531-0
EAN : 9782296555310







À ma femme et à mes filles
que j’aime du plus profond de mon cœur.




Préambule

On ne les voit que rarement. On les devine cependant dans ces
portraits de souverains débonnaires. On les imagine en action
lors de banquets, de fêtes et de soupers rutilants. On les
entendrait presque lors des discours vibrants et des grandes
proclamations royales. Un grincement et le sort du courtisan est
scellé. Une apparition furtive et la proclamation arrive, dans un
éclat de rire ou un signe de princière satisfaction.
C’est de la dentition des rois dont il s’agit ici et dont nous parle
Xavier Riaud dans ce livre riche en tous points. Assurément, de
sa lecture, personne ne ressortira ignorant. A partir de quelques
fragments, d’une allusion presque sans trace ou d’une longue
narration médicale des tourments dentaires des têtes
couronnées, cette longue chronologie ne rechigne pas à
défricher l’histoire qu’il reste à écrire de ces petits riens…
De ces petits riens qui font notre sourire, notre profil, notre voix
et, une fois de plus, le travail mordant et passionné de Xavier
Riaud.

M. Stanis Perez

ème èmeEnseignant de l’Histoire de la santé XVI -XVIII siècles – Paris XIII
Membre de la Société française d’histoire de la médecine
Auteur de plusieurs ouvrages relatifs à la santé de Louis XIV
7



Préface

Aujourd’hui où nous considérons que la santé dentaire est au
cœur de la vie de chacun d’entre nous, il est bon de mesurer tout
le chemin parcouru par notre profession pour obtenir la
reconnaissance de l’importance d’une bonne santé bucco-
dentaire.
Le remarquable travail de Xavier Riaud nous permet de situer le
long parcours pour obtenir cette reconnaissance. En effet, bien
que l’hygiène dentaire soit connue dès l’Antiquité et que les
èmepremiers médecins des dents soient apparus dès le V siècle
avant J-C, il ne faut pas oublier que les maux de dents étaient
une fatalité absolument incontournable pour tout à chacun et
bien entendu pour ceux qui régnaient à la tête du royaume de
France.
Si l’odontologie a occupé peu de place au sein de la médecine
médiévale, la limite entre la médecine et la superstition n’a pas
été très nette jusqu’à la Renaissance et avant 1423, les barbiers,-
qui sont en fait les ancêtres du dentiste -, ont travaillé aussi bien
dans leur boutique que sur les foires, et sur les marchés. Qui n’a
pas vu ou ne possède pas encore chez lui le fameux dessin d’un
homme assis sur une chaise avec deux personnes qui lui
tiennent les mains et le sinistre barbier qui lui arrache trois ou
quatre dents dont certaines doivent encore être saines ? Ce
« praticien » archaïque ne courait aucun risque puisqu’il n’avait
pas à justifier de ses actes …
Si, à partir de la Renaissance, Léonard De Vinci (1452-1519)
donne les premiers dessins exacts sur les dents, pendant
quelques temps encore, celles-ci sont en fait reconnues en tant
qu’os.
Les dentistes font petit à petit leur apparition dans l’entourage
des rois et de leurs familles, et ceux-ci peuvent faire état de
leurs connaissances tel Pierre Fauchard qui parle de la
dentisterie moderne en publiant le premier ouvrage de référence
intitulé Le chirurgien dentiste ou Traité des dents en 1728. Les
charlatans sont ridiculisés !
9A cette époque, le dentiste reçoit le titre de « maître expert des
dents » et l’art dentaire acquiert ses lettres de noblesse. Les
dentistes deviennent alors des hommes savants comme les
médecins et ont leur place à côté des rois, et des empereurs. Le
dentiste n’est pas encore « le complice de leur sourire », mais
est l’accompagnateur et celui qui traite les maux dentaires.
Mais, progressivement, nos hommes d’Etat comprennent la
nécessité d’une bonne hygiène dentaire. A ce titre, Napoléon
s’est fait une fierté toute sa vie d’avoir gardé de belles dents !
Parallèlement à l’évolution du métier, l’hygiène bucco-dentaire
est connue de toutes les civilisations. Si les cure-dents sont en
èmeusage depuis l’âge de Bronze (3 millénaire avant notre ère),
les dentifrices datent de la Chine ancienne. Le détartrage,
premier acte de prévention, est mentionné dès le Moyen Âge.
Au travers de la vie des rois de France, de Clovis (465) à
Napoléon III (1873), Xavier Riaud, par ses anecdotes, par ses
recherches précises, par son sens de la formule et par sa passion
des mots, nous restitue l’importance de la santé dentaire et du
chirurgien-dentiste auprès de ces monarques.
Ce travail minutieux et approfondi, pour tout passionné
d’histoire, est un vrai plaisir de lecture qui ne peut que nous
donner envie d’être fiers de notre métier et de poursuivre la
tâche de nos ancêtres au travers de la définition de la santé
physique, morale, et sociétale telle que l’UFSBD la promeut
depuis plus de 40 ans.

Docteur Patrick Hescot

Président de l’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire, Centre
Collaborateur OMS
Expert OMS
10


Avant-propos

Pendant mon enfance, puis mon adolescence, j’ai été un féru de
cinéma. Les films hollywoodiens ont souvent habité mes après-
midi. J’ai toujours été fasciné par les sourires blancs et bien
alignés des acteurs qui se présentaient à moi : Cary Grant, John
Wayne, Dean Martin, Kirk Douglas, Robert Mitchum et mon
préféré, Errol Flynn. Et que dire de ceux des actrices comme
Ava Gardner, Olivia de Havilland et d’autres ! Ainsi, les rois
anglais, français ou d’ailleurs, joués par ces comédiens, avaient
des sourires magnifiques. Naïvement, j’ai été de très
nombreuses années à penser que nos rois, les vrais ceux-là,
avaient les mêmes sourires. Comme si ceux-ci étaient la
particularité des gens riches et de pouvoir.
Et, puis, j’ai fait mes études pour devenir chirurgien-dentiste.
J’ai découvert un monde que je ne connaissais pas. J’ai grandi
et par conséquent, j’ai commencé à relativiser la question, et à
comprendre que ces monarques ne pouvaient être différents des
patients que nous sommes amenés à soigner. Comment
pourrait-il en être autrement puisque l’hygiène bucco-dentaire
était inexistante, que les soins dentaires n’étaient que radicaux
et que la prévention ne se résumait la plupart du temps qu’à des
saignées, et à des purges plusieurs fois par jour ?
Je ne suis pas spécialiste de l’histoire de l’Art. Pourtant, c’est
une devinette d’un confrère historien, Henri Lamendin, qui a
posé cette question dans un journal confraternel, qui a suscité
chez moi l’envie d’aller plus loin dans ma quête d’informations
sur le sujet. « Pourquoi les portraits peints de nos rois le sont-
ils avec des profils creusés, des lèvres supérieures minces et
effilées, et de grosses lèvres inférieures ? » La réponse est la
plus simple du monde. Nos rois n’avaient plus de dents.
Le deuxième point de départ de cette réflexion est l’ouvrage
écrit par le Dr Pierre Baron intitulé L’Art dentaire à travers la
111peinture qui retrace cette discipline souvent représentée dans
des toiles de maîtres, de l’Antiquité à nos jours.
Enfin, la découverte de plusieurs témoignages, tels que le
2Journal de santé de Louis XIV écrit par trois de ses médecins,
Antoine Vallot (1594-1671), Antoine D’Aquin (1620-1696) et
Guy-Crescent Fagon (1638-1718), ou encore le Journal de Jean
Héroard, médecin de Louis XIII, m’a permis d’admettre
qu’effectivement ces majestés n’étaient pas différentes de nous,
avec leur lot de souffrances, d’abcès dentaires et de rages de
dents. Les remèdes employés sont souvent étonnants, efficaces
quelquefois et barbares fréquemment. Pourtant, la résistance à
la douleur de ces personnages est étonnante et dépasse
véritablement l’entendement. Ces comportements constituent de
vrais révélateurs de caractères extrêmement forts et même s’il
s’agit d’une histoire dans l’histoire, ils permettront aux lecteurs,
à n’en pas douter, de mieux comprendre la grande Histoire.
Aussi, me suis-je décidé à raconter les affres dentaires de nos
rois de France par ordre chronologique avec une structure de
présentation assez simple : les éventuels problèmes dentaires du
monarque considéré, l’histoire du dentiste qui s’est occupé du
royal patient et l’éventuelle approche de ce dernier de la
dentisterie de son époque, sans oublier les éventuelles
anecdotes. Délibérément, j’ai choisi de ne pas faire de notices
biographiques pour chaque roi. A la fin des chapitres, j’ai
imaginé une rubrique décrivant les problèmes dentaires des
membres de la famille royale considérée, des gouvernants de
l’époque ainsi que des éventuels opposants, voire adversaires. A
travers cette étude, se devinent aussi les modes alimentaires de
chaque époque, l’hygiène dentaire et les procédés employés à
cet effet, ainsi que les divers traitements envisagés lorsque des
problèmes apparaissaient.

1 Cf. Baron P. & Baron A., L’Art dentaire à travers la peinture, ACR (éd.),
Paris, 1986.
2 Stanis Perez explique que le Journal de santé de Louis XIV est tiré des
Remarques sur la santé du Roy qui appartient à la Bibliothèque nationale
aujourd’hui. Ces derniers feuillets ont été acquis en 1744, par le conservateur
de l’époque. Une transcription en français moderne a été réalisée au milieu du
èmeXIX siècle. C’est ce document qui a servi à la publication du livre auquel
Stanis Perez a eu accès.
12J’ai choisi de terminer cette modeste présentation par la
dynastie des Napoléon. En effet, bien que n’appartenant pas aux
Mérovingiens, aux Carolingiens, aux Capétiens, aux Valois et
aux Bourbons, sans oublier les Orléans, le Corse a régné sur le
territoire français en monarque absolu et, alors que la révolution
avait aboli les privilèges des nobles, il a instauré une autre
noblesse, celle d’Empire.
Il était également indispensable de rappeler, s’il en est besoin, le
positionnement de nos rois face à l’art dentaire aux différentes
époques de cette profession, depuis les barbiers, les charlatans,
aux praticiens que nous connaissons tels que les a mis en place
la Loi Brouardel de 1892, en leur conférant un véritable statut.
Pour cela, j’ai jugé important de conserver le mode de rédaction
des chroniques des divers rois à l’époque médiévale avec leur
lot de vérités absolues, d’approximations quelquefois et enfin,
de mythes. Ainsi, les textes cités sont placés entre guillemets
avec la référence bibliographique correspondante, mais ces
extraits ne sont pas mis en italiques qui n’existaient pas alors.
Le travail d’un historien est de corroborer ses informations avec
des textes contemporains aux personnages étudiés, des
témoignages ou d’autres documents. Dans le cas qui nous
préoccupe, la quête d’archives a été extrêmement ardue,
quelquefois bloquée par des éléments extérieurs. Dans ces
conditions, je n’ai pas toujours pu effectuer les recoupements de
rigueur. Aussi, ai-je souhaité ce livre comme un recueil
d’informations le plus exhaustif possible en ayant parfaitement
conscience que demeureraient des imprécisions. Pour celles-ci,
le conditionnel a été employé.
Enfin, il convient de rappeler que l’impression de livres,
mémoires d’une époque, n’est survenue qu’avec l’invention de
Gutenberg (v. 1400-1468). Avant, il a bien existé de nombreux
textes manuscrits, mais les témoignages relatifs aux problèmes
de santé ont été extrêmement rares parce que les chroniqueurs,
les portraitistes, les peintres ou les médaillistes n’ont jamais
souhaité donner qu’une seule image du roi qui les gouvernait,
une image positive qui mettait les monarques en situation
flatteuse et avantageuse. De plus, il ne faut pas oublier que
beaucoup de ces textes n’ont hélas pas traversé les couloirs du
temps pour parvenir jusqu’à nous.
13Aussi, s’il existe des déséquilibres entre certains rois qui ne
voient que quelques lignes les concernant et d’autres qui ont de
nombreuses pages consacrées à leurs seules pérégrinations
dentaires, il n’a malheureusement pas pu en être autrement.
En ne considérant que les « praticiens » qui ont œuvré dans la
bouche des rois, il m’a semblé nécessaire de rappeler que les
extractions dentaires à l’époque des Capétiens ou des Valois
étaient le plus souvent effectuées par des barbiers, quelquefois
par des médecins, voire par des chirurgiens. Plus tard, sont
apparus les opérateurs pour les dents, les experts pour les dents,
les officiers de santé dentaire, les dentistes et finalement les
chirurgiens-dentistes.
14









Les Mérovingiens


Clovis (465-511)

Le palais de Clovis abrite des médecins notamment qui sont
directement attachés à son service personnel. Lorsque le roi se
déplace, la Cour entière le suit. Cet usage a longtemps persisté.
Ainsi, en a-t-il été encore sous les Carolingiens et les premiers
3Capétiens .
4Une légende circule sur Clovis. Ses descendants seraient
identifiables par un particularisme dentaire. En effet, en cassant,
les dents du roi des Francs prennent une morphologie étoilée,
caractéristique qui serait retrouvée chez ses héritiers.
Une autre histoire circule concernant Clovis et saint Rieul.
Premier évêque de Senlis, Rieul est réputé pour ses miracles.
Son ministère dure 40 ans à parcourir les forêts avoisinantes et à
5accomplir toutes sortes de faits prodigieux . Il décède le 30
mars 260. Clovis fait bâtir une église pour lui qui prend son
nom. A cette occasion, l’évêque Levangius lui aurait remis une
dent prise dans la bouche de saint Rieul. Clovis n’aurait pas pu
la conserver et aurait été contraint de la remettre dans la
6sépulture du saint homme .

Famille :
erLe père de Clovis, Childéric I (436-481), serait mort étranglé
par un cure-dent, ou ce qui s’y apparenterait, qu’il aurait avalé
7par mégarde .

3 Cf. Bordonove Georges, Clovis, Pygmalion (éd.), Paris, 2009, pp. 155-156.
4 Cf. Richardot Philippe, communication personnelle, Paris, 2007.
Cette légende m’a paru suffisamment intéressante pour être citée. Toutefois, je
n’ai trouvé aucun texte relatant pareil fait.
5 Cf. Mainguy Martine, « Saint Rieul, « Premier évêque de Senlis » », in
catholique-beauvais.cef.fr, sans date.
6 Cf. Fredeau, Tableau La légende de saint Rieul, 1645, Cathédrale Notre-
Dame, Paris et cf. http://pagesperso-orange.fr/charles.fevre/page_senlis.htm,
sans date, pp. 1-3.
7 Cf. http://oldbooks.incognitaterra.org, Les Mérovingiens - Childéric, sans
date, pp. 1-2.
17

er
Clotaire I (497-561)

En 560, apprenant la trahison de son fils, Chramne, Clotaire
aurait réagi sous le coup de l’émotion en « grinçant des dents ».
Puis, il aurait lancé son armée en direction de la Bretagne où il
8l’aurait défait à Carnac, cette même année .

Les bruxistes manifestent leur anxiété en grinçant des dents. Ce
ertémoignage est-il suffisant pour conclure que Clotaire I était
un angoissé, un bruxiste ? Je ne crois pas, mais s’il est
mentionné, c’est que ce grincement a marqué les esprits, peut-
être plus que ceux émis dans d’autres occasions. Ce ne sont là,
bien sûr, que des suppositions.

èmeGrégoire de Tours, dans son Histoire des Francs (VI siècle), ne mentionne
pas les circonstances de la mort du père de Clovis. Il convient donc de rester
circonspect quant à cette allégation.
8 Cf. Bulletin archéologique de l’Association bretonne, La bataille de
er ème èmeChramne contre Clotaire I , 1893, pp. 50-57 (34 congrès, 1892, 3 sér.,
èmet.11) et cf. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VI siècle ; livre IV.
18

er
Dagobert I (602/605 –638/639)

Aujourd’hui, le musée Tavet-Delacour à Pontoise possède un
erfragment de la mâchoire de Dagobert I , avec deux dents dans
9leurs alvéoles .

9 Cf. Portier-Kaltenbach Clémentine, Histoires d’Os et autres illustres abattis,
J. C. Lattès (éd.), Paris, 2007, p. 187.
19









Les Carolingiens


er
Charles I ,
dit Charles le Grand ou Charlemagne
(747-814)

La translation des restes de saint Germain au sein de l’église de
Saint-Germain-des-Prés a eu lieu le 28 juillet 754, devant le
pape. Charlemagne a alors 12 ans. Ce déplacement du cercueil
interne à l’église ne se fait pas sans péripéties. Charlemagne en
fait d’ailleurs le récit devant une assemblée de clercs se tenant
dans la nef de l’abbatiale. Un moine hagiographe anonyme a
retranscrit ses propos dans « La vie de Saint Germain » qui nous
est parvenue. La date n’est pas précisée.
A la fin de sa narration, Charlemagne a terminé par ces mots :
« Alors, je fis acte d’enfant : je sautai impétueusement dans la
crypte pour considérer le cercueil déposé miraculeusement par
les anges. La chute ne me fit d’autre mal que celle de ma
10première dent de lait . » Il n’a donc pas souffert, semble-t-il, ni
pour l’une, ni pour l’autre des deux chutes.
11D’après son secrétaire personnel, Eginhard, « il
(Charlemagne) avait de beaux cheveux blonds, des yeux plein
de vie et un nez proéminent. » A la cinquantaine, toujours
d’après Eginhard, il est très jovial et souriant. De plus, il jouit
d’une exceptionnelle bonne santé. C’est une véritable force de
12la nature .

La légende veut que jeune homme, il ait eu dans le pommeau de
13son épée, une dent de saint Jean-Baptiste . La « Chanson de

10 Cf. Gobry Ivan, Pépin le Bref, Pygmalion/Gérard Watelet (éd.), Paris, 2001,
p. 129.
11 Cf. http://www.lucidcafe.com/library/96apr/charlemagne.html, Charlemagne,
roi des Francs (742-814), pp. 1-4.
12 Cf. Bordonove Georges, Charlemagne (768-814), Pygmalion (éd.), Paris,
2008, p. 146.
13 Cf. Lamendin Henri, Petites histoires de l’art dentaire d’hier et
d’aujourd’hui (Anecdodontes), L’Harmattan (éd.), Collection Ethique
médicale, Paris, 2006, p. 30.
23Roland » (v. 1090) affirme que Durandal, le glaive de ce
chevalier contenait dans son pommeau, une dent de saint Pierre.
Vers 1646, strophe CXXIV : « Trenchet le nes e la buche e les
14denz . »
Les empereurs allemands se sont réclamés de lui. Otton III
(980-1002), empereur du Saint-Empire romain germanique de
15996 à 1002, a fait exhumer la dépouille de Karolus Magnus .
Selon les témoignages, il s’est approprié la croix d’or pendant à
son cou et lui a retiré une dent.

A Aix-la-Chapelle, un reliquaire qui représente le buste de
l’Empereur, contient tout ou une partie de son crâne. Cet objet
sacré a été façonné en 1349. C’est à la commande de l’empereur
16Charles IV qu’il a été réalisé .

Une dent de Charlemagne a été retrouvée dans les collections
du duc de Berry, à sa mort en 1416. Serait-ce la même que celle
17d’Otton III ? Rien ne l’atteste .

« Avant Charlemagne, l’enseignement médical est directement
issu des Gallo-Romains. Avant la constitution des écoles de
médecine, le savoir médical est transmis de maître à élève en
colloque singulier dans les monastères (clercs) ou dans les villes
(libéraux). La médecine conventuelle naît sous Charlemagne et,
pendant trois siècles, chaque monastère possède sa propre école
pour moines et clercs. Les connaissances délivrées ne sont pas
exclusivement médicales. Pourtant, les moines médecins
18exercent en véritables praticiens … »
Charlemagne a créé de nombreuses écoles religieuses où l’étude
des plantes a été la principale base de l’enseignement

14 Cf. Lamendin Henri, Emptoz François & Devars François, Dictons, propos,
slogans bucco-dentaires, d’hier et d’aujourd’hui, Musée dentaire – Faculté
Odontologie, Lyon, 2006, p. 25.
15 Cf. Bordonove Georges, Charlemagne…, op. cit., 2008, p. 12.
16 Cf. Verdeil Auguste, « Histoire du canton de Vaud », in
www.rootsweb.com, pp. 1-7.
17 Cf. Vandergriff Amanda Misty, « Gothic Materialism », in
www.students.sbc.edu, 2004, pp. 1-24.
Le duc de Berry (1340-1416) est le frère de Charles V et de Philippe le Hardi.
C’est aussi, à l’époque, un des hommes les plus riches de France.
18 Cf. Baron P. & Baron A., L’Art dentaire…, op. cit., 1986, p. 56.
24pharmaceutique. Jusqu’alors, seuls les moines, surtout les
19Bénédictins, soignaient les malades .
Charlemagne utilise les plantes citées par Théophraste (v. 372-
20v. 287 av. J.-C.) . Ce dernier est l’un des élèves les plus doués
d’Aristote qui lui lègue ses biens par testament. Philosophe et
botaniste grec, il est l’auteur d’une « Histoire des plantes » qui
fait de lui le plus grand botaniste de l’Antiquité, inégalé jusqu’à
21la Renaissance .



22Théophraste (v. 372- v. 287 av. J.-C.) .

Théophraste utilise l’amandier comme excipient de diverses
préparations bucco-dentaires, l’anis en aromathérapie bucco-
dentaire, le cannelier en aromathérapie bucco-dentaire,
notamment pour des infections buccales et des abcès dentaires,
la gomme arabique tirée de l’acacia, en excipient dans des
médicaments, la jusquiame en calmant contre les douleurs

19 Cf. Girre Loïc, Traditions et propriétés des plantes médicinales, Privat
(éd.), Toulouse, 1997, p. 45.
20 Cf. Lamendin Henri, Précurseurs de la phytothérapie occidentale,
L’Harmattan (éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2008,
pp. 26-29.
Cf. Agier Camille, « Les plantes médicinales », Travail de maturité, Collège
Calvin, 2004, pp. 1-19, in http://tecfa.unige.ch/perso/lombardf/calvin/
TM/04/agier/ et cf. http://www.facite.com/site/index.php?, « Etude de
quelques périodes de l’histoire », in Le langage des fleurs, pp. 1-14.
21 Cf. Lamendin Henri, Précurseurs…, op. cit., 2008, pp. 26-29.
22 Cf. Denkmäler des klassischen Altertums, 1888, Band III, seite 1764.
25dentaires, les graines de lin dont la farine a une action anti-
inflammatoire appliquée en cataplasme, le maceron
recommandé dans les lésions gingivales scorbutiques, le
marrube employé contre la fièvre, le pavot dans la lutte contre
les douleurs dentaires, le poivre noir placé dans les cavités
carieuses, la réglisse pour ses qualités anti-bactérienne et anti-
inflammatoire, le rosier rouge dont les pétales aux propriétés
astringentes servaient à des gargarismes, le coquelicot pour ses
effets calmants, la guimauve très émolliente en gargarismes et
23le millepertuis pour son action sédative .
En 812, Charlemagne promulgue le Capitulaire de Villis. Il
aurait été probablement écrit par Alcuin, un des grands scribes
du roi des Francs, qui aurait rencontré Charlemagne à Parme, en
781, et serait resté à ses côtés de 782 à 790. Il se sépare du
monarque pour séjourner un temps en Angleterre, son pays
natal, de 790 à 793. De retour dans le royaume franc, Alcuin
devient abbé de Saint-Martin de Tours en 796, et se fixe à Tours
en 801. En 796, Charlemagne l’aurait missionné afin qu’il
écrive un texte ayant pour vocation de réglementer la culture
des plantes dans ses domaines (villae, villis). Alcuin enseignait
la botanique, la pharmaceutique et l’agriculture. Précepteur et
conseiller de l’Empereur, il a dirigé l’Ecole palatine d’Aix-la
Chapelle en 782. Il convient donc parfaitement pour la tâche qui
vient de lui être confiée. Au préalable, il a bien évidemment
fallu collecter ces plantes, les répertorier et vérifier leurs vertus
thérapeutiques, ce qui a demandé beaucoup de temps. Alcuin
décède à Tours, en 804. « Son » travail, - dont la paternité est
24encore aujourd’hui contestée -, s’est donc appelé le Capitulare
de villis vel curtis imperii (ou pour certains auteurs Capitulare
25de villis et curtis imperialibus ). Promulgué en 812 par
Charlemagne, son application et sa diffusion sont revenues au
er 26fils de l’Empereur, Louis I , le Pieux (778-840) .
Cette longue ordonnance est composée de 120 capitulae
(chapitres ou articles). Ce texte aborde de nombreux sujets,

23 Cf. Lamendin Henri, Précurseurs…, op. cit., 2008, pp. 26-29.
24 Girre (1997, p. 45), n’affirme-t-il pas que ce capitulaire aurait été écrit par
Eginhard, le chroniqueur personnel de Charlemagne?
25 Cf. Girre Loïc, Traditions et propriétés…, op. cit., 1997, p. 45.
26 Cf. www.encyclopedie-universelle.com, Le Capitulaire de Villis, sans date,
pp. 1-7.
26comme les métiers, la médecine ou principalement la
27botanique . Par cette succession d’articles, Charlemagne
entend réformer entièrement l’agriculture et l’administration de
ses domaines immenses qui s'étendent de l'Allemagne à
l’Espagne, et qui sont reconnus pour certains, à l’Ouest
notamment, en Francie, pour être très mal gérés, et entretenus.
Ce sont des règles strictes à respecter très scrupuleusement sous
peine de lourdes sanctions (amendes, révocation, emprisonne-
ment, bannissement…), car ce texte est une ordonnance royale
dont l'application concrète est contrôlée directement sur le
terrain par les missi dominici (les envoyés du seigneur). Les
plantes sont, quant à elles, décrites dans les capitules 43, 62 et
70. Des indications très précieuses sont ainsi fournies dans ces
28trois chapitres, sur les fruits et légumes cultivés à l’époque .
Le capitule 70 comprend 88 plantes exclusivement médicinales
qui sont toutes citées par Pline l’Ancien (23-79), dans son
œuvre intitulée « Naturalis Historiae Libri » (livres XIV à XXV
– 37 volumes au total) et par Dioscoride (v. 40-v. 90) dans son
29livre « De Materia Medica ». Parmi celles-ci, figurent
certaines avec une action bucco-dentaire soutenue. C’est le cas
notamment de l’ail qui a un rôle antifongique et antibactérien au
niveau buccal, et qui soulage les maux de dents, de l’aneth qui
soulage la douleur des dents, de la bardane qui est utilisée en
lavage de bouche contre la douleur dentaire ou contre les
aphtes, de l’estragon qui est employé contre les rages de dents,
en cataplasme sur la dent douloureuse, mais aussi en prévention
contre le scorbut et les lésions gingivales qui en découlent, du
fenouil qui sert en cure-dents pour soulager les douleurs des
gencives ou en pansement autour d’une dent douloureuse, du lis
qui est appliqué en pansement antiseptique et cicatrisant sur une
dent malade ou aussi en bains de bouche, du livèche qui est
vantée en masticatoire dans la lutte contre les aphtes, de la
moutarde qui est mâchée contre les maux de dents ou contre le
scorbut, de l’oignon qui est très efficace contre les aphtes, les
douleurs dentaires ou encore le scorbut, de l’origan qui est

27 Cf. http://fr.wikipedia.org, Alcuin, 2009, pp. 1-4.
28.wiki, Capitulaire de Villis, 2009, pp. 1-3.
29 Cf. www.encyclopedie-universelle.com, Le Capitulaire de Villis, sans date,
pp. 1-7.
27réputé être un antalgique ou un antiseptique très satisfaisant
contre les douleurs dentaires, du persil dont l’action contre
l’halitose ou les douleurs dentaires est remarquable, de la rue
qui est recommandée en prévention des lésions gingivales
scorbutiques, et enfin, de la sauge qui est indiquée en
masticatoire pour calmer la douleur des dents, pour lutter contre
30les inflammations muqueuses et buccales .

En 798, Charlemagne promulgue une loi salique qui reprend et
31modifie celle éditée en 511, par Clovis . « L’an de grâce 798, à
la sixième indiction, moi Charles, roi des Francs, ai ordonné
32d’écrire ce livre de la loi salique . » Après que ce dernier ait
constaté qu’il « manquait beaucoup de choses aux lois de son
peuple », il a projeté, selon Eginhard, « d’ajouter ce qui
manquait, d’accorder ce qui différait, de corriger ce qui était
33vicieux . »
Le Code salien est divisé en 71 Titres, eux-mêmes subdivisés en
articles. Ainsi, le Titre XXXI intitulé « des mutilations » est très
intéressant.
Art. 16 : Si quelqu’un a eu la langue coupée, de manière à ne
plus pouvoir parler, le coupable sera condamné à payer 4 000
deniers, ou 100 sous d’or.
Art. 17 : Celui qui aura fait tomber une dent à un autre homme
34sera condamné à payer 600 deniers, ou 15 sous d’or .
Telle est l’amende infligée à celui qui s’est rendu coupable
d’avoir, soit par méchanceté, soit par violence, arraché une dent
à autrui. Pour comprendre, il est nécessaire de comparer avec
d’autres contraventions apparaissant dans le texte : une dent
vaut la même somme qu’une clochette de troupeau de porcs,

30 Cf. Lamendin Henri, Soignez votre bouche par les plantes, L’Harmattan
(éd.), Collection Médecine à travers les siècles, Paris, 2007.
31 Dans le haut moyen âge, le terme « loi salique » désigne un code de lois
èmeélaboré pour le peuple des Francs, dits « saliens ». Dans le courant du XIV
siècle, un article de ce code a été exhumé, isolé de son contexte, employé par
les juristes de la dynastie des Valois pour empêcher une femme d’accéder au
trône de France. A la fin de l’époque médiévale jusqu’à l’ère moderne, la loi
salique définit les lois de succession au trône de France.
32 Cf. Peyré J. P. A., La loi salique, Firmin Didot (éd.), Paris, 1828.
33 Cf. Deviosse Jean, Dents et art dentaire dans la civilisation mérovingienne,
Thèse Doct. Chir. Dent., Paris VII, 1973, pp. 24-25.
34 Cf. Peyré J. P. A., La loi salique, op. cit., 1828.
28que la portée d’une truie, qu’un porc de deux ans, qu’un chien
de chasse pour le sanglier, que six ruches ou qu’un esclave,
homme ou femme, de petite qualité, etc.
Si la faute n’est pas prouvée de façon formelle, le prévenu est
appelé au malum pour subir l’épreuve de l’eau. L’inculpé doit
plonger sa main dans une chaudière d’eau bouillante. Il est
acquitté si sa main ne porte pas de trace de brûlure. Dans le cas
contraire, il est condamné. Il peut toutefois payer 3 sous d’or de
plus, en plus des 15 prévus par l’amende, pour racheter sa main
35et éviter cette épreuve .


35 Cf. Deviosse Jean, Dents et art dentaire dans la civilisation mérovingienne,
Thèse Doct. Chir. Dent., Paris VII, 1973, pp. 24-25.
29