Comines de Siècle en Siècle

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Histoire de vingt siècles, retraçant, du premier village gaulois aux communes actuelles, françaises et belges, une longue aventure collective aux péripétie nombreuses et variées, succession d'accalmies et de bouleversements. A chaque étape d'un devenir toujours en question, une vie communautaire intense a triomphé de l'adversité, rétabli l'équilibre fonctionnel, relancé l'activité et progressé dans tous les domaines, spirituel, politique, social, culturel. Ce survol bi-millénaire permettra au lecteur d'apprécier la richesse et l'originalité de l'héritage historique des Cominois.
Publié le : mardi 1 septembre 1998
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EAN13 : 9782296369641
Nombre de pages : 144
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COMINES DE SIÈCLE EN SIÈCLE
Une double destinée

@L'Hannattan, 1998 ISBN: 2-7384-6929-9

André SCHOONHEERE

COMINES DE SIÈCLE EN SIÈCLE
U ne double destinée

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

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- NAISSANCE

ET BAPTÊME: le Village et la Paroisse
(des origines à 840)

La vallée de la Lys moyenne où se trouve le territoire de Comines a depuis très longtemps attiré les hommes. Les peuplades errantes des âges préhistoriques ont fini par se fixer dans ce pays de marécages et de forêts où elles pouvaient vivre de la chasse et de la cueillette, puis de la culture et de l'élevage quand elles exploitèrent la fertilité des terres limoneuses de la plaine fluviale. Leur présence, par petits groupes disséminés, est attestée par les récentes découvertes archéologiques d'objets divers, particulièrement leur outillage lithique, exhumé çà et là dans des fouilles, silex taillés, haches et tranchets polis, burins, grattoirs, pointes de flèche, meules, poteries, dont les spécimens les plus anciens datent d'environ dix mille ans. Ces témoins de la première occupation du sol par une population sédentarisée ne révèlent pas l'identité des occupants qui sont passés de l'âge de la pierre à l'âge des métaux, cuivre, bronze ou fer, sans laisser de signe graphique ni transmettre de message oral. Carence documentaire qui ne permet pas de désigner nommément les lointains ancêtres des Cominois.

En Gaule Belgique La première indication traditions protohistoriques générique est rapportée par les qui nous font connaître la
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civilisation celtique répandue dans toute la Gaule, ce vaste espace conquis dans l'antiquité et qui rivalise d'importance avec les mondes grec et romain. Venus de l'est, les envahisseurs celtes ont progressivement colonisé toute l'Europe du nord et de l'ouest, absorbant ou supplantant les populations autochtones. Celles de leurs tribus pérégrines qu'on appelle les Belges ont franchi le Rhin six siècles avant notre ère et, passant de rivière en rivière, ont gagné les bassins de l'Escaut et de la Lys où se sont installés les Ménapiens. C'est ce dernier nom qui nous permet de désigner les nouveaux habitants de la vallée lisienne, répondant aux appellations plus générales de Belges, Gaulois ou Celtes.

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L'EXPANSION DES CELTES

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Les Ménapiens occupaient sporadiquement le pays, leurs petits groupes familiaux dispersés vivant dans des huttes de branchage et de chaume crépies d'argile. Ils pratiquaient avec bonheur l'élevage, porcs, moutons, volaille, la culture des céréales, froment, seigle, orge, et des plantes à fibres textiles, lin et chanvre. D'habiles artisans travaillaient le fer et le bois, fabriquant instruments aratoires, tonneaux, chars à roues cerclées, puits à cuvelage de boisage tressé, silos à grains, embarcations. De nombreuses habitations s'amassèrent au voisinage de la rivière qui offrait la voie de communication la plus commode avec le développement de la batellerie, choisissant la rive non inondable, près d'un passage à gué facilitant les transports terrestres. Ainsi se forma un village aux familles prospères bénéficiant de l'heureux mariage de la terre et de l'eau.

La Paix romaine La Ménapie vécut une existence plus ou moins paisible, quand des rivalités de clan ne la déchiraient pas, jusqu'à ill demi-siècle avant notre ère. Alors la calamité de la guerre d'invasion la frappa, la Rome de César ayant entrepris la conquête de la Gaule. Aux dires de César lui-même, ce sont les tribus belges qui opposèrent la résistance la plus farouche, et le terrain de la région, coupé de bois malaisément pénétrables, au sol argileux facilement détrempé et sillonné d'eaux lentes, freina la progression des légions. Le pays finalement conquis subit la loi du vainqueur. L'administration romaine s'installa dans la Gaule Belgique, laissant la province divisée en cités respectant le tribalisme 9

local. Facteur d'unité, elle officialisa l'usage de la langue latine, et l'amalgame des idiomes et des mœurs instaura ce qu'on a appelé la civilisation gallo-romaine. La connaissance topo graphique du territoire s'exprima en termes latinisés. Le premier chef-lieu de la Ménapie, Cassel, était le Castellum Menapiorum, le second, Tournai, devenu prééminent, s'appelait Turnacum. On imagine que l'agglomération des bords de Lys, constitUant un vicus à la romaine, portait un nom, le plus probable étant Cominium, qui deviendra Comines. L'onomastique s'interroge encore sur l'origine et le sens de ce mot. La racine est vraisemblablement soit un mot celtique qui désigne une particularité géographique, soit un anthroponyme se rapportant à un personnage remarquable. C'est peut-être kom signifiant « vallée profonde» ou koming, « lieu d'arrivée », s'appliquant au cours de la Lys coulant entre les hauteurs boisées des monts de Flandre, et offrant un lieu de passage et d'étape. Très plausible l'hypothèse qui postule un nom d'homme, Cominios, formé à partir de kern voulant dire
«

le mutilé », désignant le possesseur du domaine majeur de

la localité et distinguant l'appartenance communautaire des habitants. Il est plus difficile d'admettre que Cominium rappellerait l'Atrébate Comius qui fut gouverneur des Ménapiens, ou le général de cavalerie Cominius dont on œ peut établir le moindre lien avec le modeste village comlnOlS.

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Le Message chrétien Sous l'autorité tutélaire de Rome et à l'intérieur des frontières protégées de l'Empire, la province Belgique connut près de trois siècles de tranquillité et de paix, favorisant le développement de l'activité économique, élevant le niveau de la vie matérielle, règlementant la vie sociale dont la composante religieuse ne cessa d'évoluer. L'enseignement et les rites des Druides, interdits par les empereurs Tibère et Claude, se maintinrent quelque temps dans les campagnes, mais avec les divinités locales furent concurremment vénérés les dieux romains, fusionnant les croyances des adorateurs en un syncrétisme mythologique. Alors que le druidisme déclinait, une foi nouvelle commença à se répandre, inaugurant l'ère chrétienne. Apôtres et missionnaires propagèrent le message du Christ dans tout le monde antique. Le christianisme gagnant en audience se heurta à l'hostilité du vieux culte païen et du pouvoir impérial qui tenta de l'abolir en persécutant les adeptes de la jeune Eglise. Les apologistes saint Irénée et Tertullien, écrivant à la fin du l l e siècle, attestent que de leur temps l'évangélisation avait touché les peuples gaulois. La conversion des habitants de la Gaule septentrionale fut plus tardive et s'amorça quand, vers 250, le pape Fabien en confia la mission à plusieurs évêques dont l'un fut saint Denys de Paris. C'est à cette époque que la tradition place la prédication de l'Evangile dans les vallées de la Lys et de l'Escaut, œuvre des apôtres Piat, Chrysole et Eubert. Aucune relation officielle, aucun témoignage contemporain n'authentifient le fait. Nous devons aux hagiographes, épris de merveilleux, le récit de l'action de Chrysole à Comines, Il

élevant un autel dédié à saint Pierre, expirant au pied de cet autel, victime, en 303, de la dernière persécution exercée sous Dioclétien.

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Carte de la Gaule indépendance

On ignore tout du sort de la communauté chrétienne qu'aurait fondée Chrysole, noyau de la future paroisse. Survécut-elle à l'apôtre martyr, rassérénée en 313 par l'Edit de Milan rétablissant la liberté du culte, confortée par l'exemple, en 337, de l'empereur Constantin converti al
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christianisme qui deviendra religion d'Etat? Peu nombreux sans doute étaient ces chrétiens de la première vague al milieu d'une population rurale encore attachée à ses divinités des sources, des champs et des bois. Ils furent probablement débordés par l'intrusion des Barbares infiltrés dans l'Empire, difficilement contenus derrière la ligne fortifiée qui protégeait les pays romains, le limes, jusqu'à l'invasion massive et irrésistible de 406 triomphant de toutes les défenses.

L'Europe occidentale au début du Vlè siècle

Les Royaumes francs Parmi les peuples germaniques qui franchirent le Rhin à cette époque, celui des Francs Saliens envahit la Ménapie, se répandant dans les vallées de l'Escaut et de la Lys. En 431, 13

les Saliens sont à Tournai, en 446, ils déferlent jusqu'à la Somme. Leurs raids sont ravageurs, leur supériorité combative écrasante. Alertés dès les premières razzias franques, les Cominois cherchèrent à se protéger et se barricadèrent dans leur village transformé en castellum palissadé, préfiguration du futur château fort. Mais toute résistance était vaine. La Gaule tomba aux mains des Barbares, ce qui provoqua, en 476, la ruine définitive de l'Empire romain d'Occident. Comines appartint désormais au royaume des Francs. En 482, son roi reconnu, issu de la tribu salienne des Sicambres, fut Clovis, petit-fils de Mérovée, ancêtre de la dynastie mérovingienne qui règnera jusqu'en 752. Le baptême de Clovis, en 496, fut le signal d'une conversion massive des Francs au christianisme. De nouveaux évangélisateurs partirent à la conquête des âmes, à l'exemple de saint Amand qui vint prêcher en Ménapie. La documentation relative à la période mérovingienne qui s'étend sur trois siècles est si pauvre que ce qu'on en dit tient autant de la légende que de l'histoire. La tradition rapporte que saint Eloi, évêque de Noyon-Tournai, vint à Comines, en 656, où il exhuma les os du martyr Chrysole et autorisa le culte de ces saintes reliques. Faut-il supposer qu'à l'époque existait une véritable paroisse sous la conduite spirituelle d'un curé et rassemblée autour d'un édifice religieux, la première église cominoise? Cette existence n'est pas improbable mais ne sera confirmée que sous le règne des Carolingiens, authentifiée par des données historiques plus précises. L'organisation ecclésiastique fut fermement établie sous Charlemagne, inspirée par les directives de saint
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