Commémorations de la chute du mur de Berlin à travers les médias européens

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Vingt ans après la chute du mur de Berlin, quels regards peut-on porter sur les médias de l'époque ou ceux qui ont commémoré le 20e anniversaire de cet événement ? On trouvera ici des réflexions sur l'histoire européenne récente, l'écho de la chute du mur au sein du monde communiste occidental, l'avant et l'après de la chute du mur vus par la peinture, et l'analyse de la place que les journaux français et allemands ont bien voulu accorder à cet événement vingt ans plus tard.
Publié le : samedi 1 décembre 2012
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EAN13 : 9782296511095
Nombre de pages : 108
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Sous la direction deGloria Awad et Carmen PineiraTresmontant
Les commémorations de la chute du mur de Berlin à travers les médias européens
Les commémorations de la chute du mur de Berlin à travers les médias européens
Communication et Civilisation Collection dirigée par Nicolas Pelissier La collectionCommunication et Civilisation, créée en septembre 1996, s’est donné un double objectif. D’une part, promouvoir des recherches originales menées sur l’information et la communica-tion en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffu-sion plus large. D’autre part, valoriser les études portant sur l’internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d’interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l’on se réfère à l’anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à l’histoire, il s’agit de révéler la très grande diversité de l’approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l’information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants. Dernières parutions Nicolas PELISSIER et Marc MARTI,: succèsLe storytelling des histoires, histoire d’un succès, 2012. Pierre MORELLI et Mongi SGHAÏER (dirs.),Communication et développement territorial en zones fragiles au Maghreb, 2012. Éric DACHEUX et Sandrine Le PONTOIS,La BD, un miroir du lien social,2011. Emmanuelle JACQUES,Le plaisir de jouer ensemble. Joueurs casuals et Interfaces gestuelles de la Wii, 2011. Jean-Bernard CHEYMOL,La brièveté télévisuelle, 2011. Audrey ALVÈS,Les Médiations de l’écrivain, 2011. Laurent Charles BOYOMO-ASSALA et Jean-François TETU, Communication et modernité sociale, Questions Nord/Sud, 2010. Lucienne CORNU, Parina HASSANALY et Nicolas PELISSIER, Information et nouvelles technologies en Méditerranée, 2010. Gloria AWAD,Ontologie du journalisme, 2010.
Sous la direction de Gloria Awad et Carmen Pineira-Tresmontant
Les commémorations de la chute du mur de Berlin à travers les médias européens
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00404-4 EAN : 9782336004044
Préface Passages, mémoires, discours
Carmen Pineira-Tresmontant Les images tournent en boule, à l’infini sur les écrans ; les paroles se répètent dans la presse et résonnent sur les chaînes de radio et de télévision : les médias européens se sont emparés de cet anniversaire et s’en font un écho sans e limites. L’Europe toute entière est invitée à célébrer le 20 anniversaire de la chute du mur de Berlin.
Pourquoi ? e Quel sens peut-on donner à la célébration du 20 anni-versaire de la chute du mur de Berlin ?
Créé en une nuit en août 1961 et abattu en novembre 1989, 28 ans après, ce mur marque la division en deux d’un pays et de l’Europe. Traumatisme extraordinaire.
La chute de ce mur marque-t-elle bien le retour à l’unité de l’Europe et à la liberté, en même temps que la fin du communisme et de la lutte entre les deux blocs ? Nous savons que ces évolutions historiques se sont effectivement produites, et qu’elles font suite à des choix volontaires de certains dirigeants, en phase avec leurs opinions publiques : par exemple, la réunification de l’Allemagne, la prise d’indépendance des peuples d’Europe centrale et de l’Union soviétique. Mais est-ce bien cela qui est célébré en Europe, 20 ans après ? S’agit-il de fêter l’anniversaire d’une date commune aux peuples qui ont décidé à un moment d’un tournant politique ?
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Pour mieux comprendre, il faut considérer l’écart qui sépare les points de vue des acteurs de l’époque et les discours qui s’expriment dans les médias aujourd’hui :
Vingt-deux ans après la chute du mur, les jeunes Alle-mands d’aujourd’hui et des ex « démocraties popu-laires » n’ont pas connu le mur, et ils considèrent cet épisode douloureux comme de l’histoire passée ; leurs préoccupations sont autres, plus individualistes, plus nationalistes, plus pragmatiques. Il existe aussi un fort décalage entre l’analyse des événements vue par les historiens et ce qui en est dit maintenant, c’est-à-dire d’abord ce que les médias en disent notamment au moment de la commémoration : le mur allemand et sa chute font symbole au plan européen, mais les Polonais considèrent qu’ils ont fait le travail de libération dès l’été 2009 ; quant aux Roumains, ils ont destitué leur couple dictatorial à Noël 2009 ; en réalité, le mur allemand est avant tout un symbole allemand et un rappel politique. Les nations centre-européennes ont une autre vision historique.
Les médias ne font pas un travail d’historien mais un travail de visite dans la mémoire. Cette visite est sélective (remémoration) ; à qui s’adressent-ils ? Et pourquoi ? Comment passe-t-on de la vision historique à la vision actuelle, médiatisée ?
Il est possible aujourd’hui d’apprécier l’écart entre l’attente qu’avaient les gens qui ont fait tomber le mur et l’évolution réelle de ces pays. Ceux qui étaient épris de liberté avaient un objectif affiché : construire la Maison commune de l’Europe, dans la liberté et la prospérité.
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Or en vingt-deux ans, l’Europe a évolué d’une façon très différente de ces attentes : sur les plans politique, économique ou social, les déceptions sont apparues et ont grandi. Les médias libres se sont créés et ont repris à leur compte ces déceptions, du moins celles des acteurs de l’époque.
La chute du mur a correspondu à l’ouverture sur l’incertain, le non maîtrisé.
Il faut ainsi souligner trois contradictions vingt ans après :
1.La chute du mur appartient à l’Histoire et célébrer cette chute est étrange car comment célébrer un événe-ment historique ? De plus, il y a une contradiction car les médias ne célèbrent pas l’Histoire. 2.Les attentes des acteurs de l’époque et ce que nous les Européens avons fait de l’Europe sur tous les plans. Certaines attentes ont été exaucées (la réunification de l’Allemagne, les démocraties populaires sont devenues des démocraties parlementaires avec la liberté de presse). Mais l’esprit européen n’a pas émergé au cours de tout ce temps post-communiste ; les oppositions et les rivalités nationales demeurent fortes, les perspec-tives de développement et d’enrichissement n’existent que pour une petite partie des Européens, la Maison commune européenne fait largement défaut. Les son-dages reflètent cet ensemble de déceptions. 3.Jusqu’à 1989, la guerre froide entre les deux blocs régentait les deux mondes et la chute du mur était censée mettre un terme à ce condominium. Or depuis vingt-deux ans, on est rentré dans un monde conflic-tuel où les crises financière, écologique, sanitaire se sont succédées, les famines et les conflits se sont multipliés, l’intégrisme et le terrorisme se sont
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développés. La chute du mur représente la fin d’un empire déjà désagrégé et laisse voir les vrais risques qui existaient déjà mais qui se sont dévoilés depuis.
Alors pourquoi célébrer cette chute du mur de Berlin ?
À cette question Barack Obama a répondu en disant « pourquoi célébrer cette chute ? Je ne viens pas » et il n’est pas venu car pour lui le centre du Monde se trouve du côté du Pacifique et non de l’Europe.
Qu’en disent les médias ? Ont-ils donné ce regard d’ensemble ?
La remémoration médiatique de la chute du mur n’est-elle pas tout simplement le révélateur d’un manque de perspectives et un vain retour sur un temps passé d’influ-ence et de puissance européenne ? À l’origine de la démocratie parlementaire, des révolutions scientifiques et techniques, mais aussi des deux dernières guerres mon-diales, l’Europe a perdu une large partie de son influence, tant économique que culturelle, militaire et politique. Même les médias mondiaux sont mainstream, contraire-ment aux médias européens. D’ailleurs les médias des différents pays ont célébré la chute du mur de Berlin sous un angle national et non européen, avec fort peu d’inter-connexions et de comparaisons, en réalité peu d’intérêt pour d’autres points de vue. Seules les images ont fait le tour de l’Europe.
Ainsi, à travers cette remémoration, l’Europe se montre désemparée et repliée, sans véritable projet commun dans le monde actuel.
L’éclat que les médias nationaux ont donné à l’anniversaire de décembre 1989 est certes remarquable
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par ce qu’il reflète des manques et des attentes insatisfaites des citoyens des différents pays de ce continent.
C’est ce panorama éclaté que nous faisons voir aujourd’hui.
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