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Comprendre le gaullisme

De
184 pages
S'appuyant sur de nombreux faits et des citations soigneusement sélectionnées, l'auteur présente dans ce livre des interprétations originales, souvent à contre-courant de l'abondante littérature sur le sujet. A travers l'analyse thématique de plusieurs contresens, paradoxes et idées reçues sur le gaullisme, se bâtit par petites touches une véritable biographie condensée du général de Gaulle. En filigrane se lisent aussi quelques préceptes à usage de ceux qui se réclament aujourd'hui de son exemple.
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À propos de quelques contresens sur la pensée et l’action du général de Gaulle
Questions contemporaines
COMPRENDRE LE GAULLISME À propos de quelques contresens sur la pensée et l’action du général de Gaulle
Questions contemporaines Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective. Dernières parutions Daniel LAGOT,Le droit international et les guerres de notre temps,2016 Zéphirin ROMANOVSKI,Les réseaux de migrants haïtiano-guyanais dans l’espace américain, 2016. Frédéric GOBERT,Le système éducatif français à l’ère des perversions idéologiques, 2016. Corentin BULTEZ,Zygmunt Bauman. La nouvelle question éthique, 2016. Nicolas TANTI-HARDOUIN,Santé et grande précarité, L’exclusion par le soin des populations roms, 2016. Guylain BERNIER,Radicalisme, Dichotomie entre croyance et tolérance, 2016. Jean GIRARDON,Sauver la démocratie. Regards sur la e démocratie contemporaine auXXIsiècle, 2016. Jean AMADO,Principes éternels et universels de l’art de gouverner. Traité de gouvernement tome 1, 2016. Jean AMADO,À la recherche du temps futur. Traité de gouvernementtome 2, 2016. Jean AMADO,De l’action gouvernementale. Traité de gouvernement tome 3, 2016.André PETERS,la dictature financière à la démocratie De monétaire,2016. Frédéric GOBERT, Le système éducatif français à l’ère du ludique, de l’hédonisme et de l’adulescent,2016.
Francis CHOISEL
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© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10280-1 EAN : 9782343102801
L’HOMMEQUIADIT«OUI»
Àl’ ouverture de l’ édifiant spectacle que Robert Hossein consacra il y a quelques années à l’homme du Dix-Huit-Juin, le général de Gaulle apparaît debout, en avant du rideau, sur la droite de la scène. Puis, avec la raideur un peu gauche qui était alors la sienne, il lance au public son fameux appel. En écoutant ce texte bien connu qu’à chaque anni-versaire on lit devant nos monuments, le spectateur averti est soudain saisi d’entendre une phrase, qui n’y figure pas: « La France a perdu une bataille. Elle n’a pas perdu la guerre! » On sait en effet que cette formule fut forgée peu après pour résumer, sur une affiche bordée de tricolore, lecredodes Français Libres. Dans le spectacle aussi, la bataille perdue et la guerre qui ne l’est pas résument en quelques mots l’ensemble du raisonnement. Ainsi remanié, l’appel se trouve donc tronqué. Le passage essentiel a disparu :
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L’homme qui a dit « oui »
La France n’est pas seule! Elle n’est pas seule! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire der-rière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis. Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheu-reux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Les auteurs ont-ils trouvé l’appel trop long? les para-graphes un peu ardus? Peu importe. Le résultat de cette coupure est que l’équilibre du texte fondateur du gaul-lisme de guerre est rompu et le spectateur induit en conséquence à faire un contresens sur la démarche première et la motivation réelle du Général. Il ne retient que ces phrases plus littéraires, plus théâtrales: Le dernier mot est-il dit? L’espérance doit-elle disparaître? La défaite est-elle définitive? Non. […] Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. Sous ce jour, de Gaulle, apparaît comme le premier Résistant ou, pour reprendre le titre même de la pièce, « l’homme qui a dit non », celui qui refuse la fatalité de la défaite. Tout un pan de la rhétorique gaullienne, celle qui fustige le renoncement, renforce d’ailleurs cette interpré-tation. Pour beaucoup comme pour Robert Hossein, le Dix-Huit-Juin, donc le gaullisme, est d’abord une affaire de tempérament et de caractère, le miracle d’une volonté qui
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L’homme qui a dit « oui »
renverse le cours de l’Histoire: «On n’est vaincu que lorsque l’on s’avoue vaincu.» disait Foch. «Si l’on n’est plus que mille, écrivait avant lui Victor Hugo, eh bien j’en suis ! Si même ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla. S’il en demeure dix, je serai le dixième. Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là…» De Gaulle, ce serait Ver-cingétorix, la Légion à Camerone, ou encore Cambronne : « La Garde meurt et ne se rend pas! » Or, quand on écoute attentivement le discours du Dix-Huit-Juin, le vrai, dans son intégralité et dans son équi-libre, ce qui frappe, c’est qu’il n’a rien de flamboyant, rien de romantique, malgré cette petite flamme de la résistance et de l’espérance, qui ne doit pas s’éteindre et qui rappelle celle de l’Arc de Triomphe de l’Étoile. L’appel, en effet, ne s’adresse pas aux cœurs mais à l’esprit. Il ne cherche pas à entraîner mais à convaincre. C’est un modèle de rationalité et de maîtrise de soi, un condensé de géopolitique et de stratégie, une magistrale analyse prévisionnelle, objective et mesurée, de ce que serait, sans l’ombre d’un doute, l’évolution de la guerre, et qui advint effectivement: « Le destin du monde est là. » De Gaulle n’est pas un Don Quichotte mais un vision-naire. Il ne renverse pas la marche de l’Histoire, il en désigne seulement le sens général, avec un remarquable discernement. Et, parce qu’il a compris mieux que tous, et avant tout le monde, ce sens de l’Histoire, il peut mieux que tous en tirer parti et tenter, dans la modeste mesure du possible, d’en infléchir – d’en infléchir seulement – la marche. Il n’est pas rebelle – pour reprendre cette fois le qualificatif de Jean Lacouture qui sert de titre au premier tome de la magistrale biographie qu’il a consacrée au
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