//img.uscri.be/pth/4df469b4dcda70fe759f750e88bd3afe314c4cc1
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Congo 1960

De
360 pages
Ce livre est dédié à la mémoire de tous les citoyens innocents qui ont perdu leur vie pendant la période allant de 1958 à 1964 du fait de leur identité, leurs opinions ou autres convictions, lors des événements liés à l'indépendance des peuples du Congo. Ce livre donne un point de vue différent sur la tragédie du Sud-Kasaï, sur les atrocités que le Congo a connues, au lendemain de la déclaration de l'indépendance, et des causes de celle-ci.
Voir plus Voir moins

Congo 1960
La Sécession du Sud-Kasaï
La vérité du Mulopwe

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus J.-M.K. MUTAMBA MAKOMBO, Patrice. Lumumba correspondant de presse (1948-1956),2005. J.-R. MAZANZA KINDULU, J.-C. NLANDU-TSASA, Les nouveaux cadres congolais, 2005. Liliane PREVOST, Isabelle de COURTILLES, Guide des croyances et symboles, 2005. Georges TOUAL Y, Réflexion sur la crise ivoirienne, 2005. Thierry de SAMIE, Essais d'Afrique en Sciences du Langage, 2004. Philippe AMPION, Négociant, des oléagineux africains, 2004. Lancine Gan COULIBALY, Côte-d'Ivoire 1975-1993, 2004. André-Hubert ONANA MFEGE, Le Cameroun et ses frontières. Une dynamique géopolitique complexe,' 2004. Michel NKA YA (coord. par), Le Congo-Brazzaville à l'aube du XXI" siècle. Plaidoyer pour l'avenir, 2004. Côme KINA TA, La formation du clergé indigène au Congo français,2004. Julien MBAMBI, Expériences féminines à Brazzaville: Fécondité, identités sexuelles et modernité en Afrique
subsaharienne, 2004. Maurice JEANJEAN, Sékou Touré. Un totalitarisme africain, 2004

William De GASTON, Atumpani.le tam-tam parlant. Anthropologie de la communication, 2004. Maligui SOUMAH, Guinée de Sékou Touré à Lansana Conté, 2004.

Joseph KAMANDA KIMONA-MBINGA, La stabilité du Congo-Kinshasa. Enjeux et perspectives, 2004. Thierry VIRCOULON, L'Afrique du Sud ou la réinvention d'une nation, 2004. Jean FONKOUE, Cheikh Anta Diop au carrefour des historiographies, 2004. Martin KUENGIENDA, L'Afrique doit-elle avoir peur de la mondialisation ?, 2004. Aurélien Kambale RUKW ATA, Pour une théologie sociale en Afrique. Etude sur les enjeux du discours sociopolitique de
l'Église catholique au Congo-Kinshasa entre 1990 et 1997, 2004.

Albert Kalonji Ditunga Mulopwe

Congo 1960
La Sécession du Sud-Kasaï
La vérité du Mulopwe

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8132-2 EAN : 9782747581325

« Lungen yi, ntshisaka tshiambuile muene menji, tshiambuila kapumba tshitshikila mu mayi »
(Proverbe luba)

« Les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé. »
(Renan Ernest, in Souvenirs d'enfance et de jeunesse, Préface,

Éd Levy)

«

Notre

passé

et

notre

avenir sont solidaires. »
Nerval Gérard Labrune in Aurélia

Je remercie vivement Médard NTAMBUE Rose Mbiya Daniel Hannequin Erik Kennes Suzanne Nkusuba Misenga Et Bruno Kasonga Ndunga Mule pour leur précieuse collaboration et leur amitié.

Préface
La culture du dialogue et l'exigence de tolérance nous incitent à entendre toute parole différente de la nôtre afin que nous puissions à notre tour être écoutés. Il n'y a pas qu'une seule vérité au monde. Les vérités sont comme les étoiles, elles brillent pour être vues et s'éteignent pour se faire oublier. L'essentiel est qu'elles aient existé. En ce qui concerne l'histoire du Congo, que de tragédies et de souffrances, le peuple a connu! Mais quelles sont les vérités congolaises qui, de nos jours, sont irréfutables? Nous avons connu des discours souvent contradictoires et des écrits à prétention historique qui provenaient toujours des mêmes sources coloniales, voire néocoloniales. Peut-on dire que seul le colon connaissait la vérité sur le Congo pour l'expliquer aux Congolais? Ne doit-on pas donner aujourd'hui la parole à chaque Congolais qui souhaite s'exprimer sur sa vision du Congo, de l'Afrique et du monde? Doit-on réserver l'unique privilège de la connaissance de l'Afrique, de ses civilisations, de ses cultures et de ses peuples aux seuls Européens? Quand nos ancêtres régnaient sur l'Égypte, la Nubie et l'Éthiopie, quand l'Afrique était sous le soleil de la plus brillante civilisation, l'Orient était sous le croissant de lune, tandis que l'Occident se cherchait encore une âme. Nous n'avions pas besoin d'étrangers qui ne savaient ni lire ni écrire pour venir nous dire qui nous étions. Maintenant, on voudrait nous faire croire le contraire. Étrange est cette situation d'un pays prétendument indépendant où ses institutions et leurs représentants continuent à être dictés de l'étranger, ses livres d'histoire, manipulés par les anciens colons et où la classe politique et l'armée sont encore et toujours désignées, formées et dirigées par l'ancienne puissance coloniale.

5

Ce témoignage est le premier d'un survivant d'une époque trouble qui a plongé le Congo et l'Afrique entière dans le chaos. Fils d'un grand colon propriétaire de sociétés industrielles et commerciales durant toute la période coloniale belge, qui a tout perdu à cause du tribalisme et de l'aventure sécessionniste du Sud-Kasaï, victime moi-même de ces événements, je n'ai pas à prendre parti sur les vérités de M. Kalonji Mulopwe qui, de son propre aveu, connaissait bien la situation économique et sociale de ma famille du temps colonial. Cependant, son courage m'interpelle! Ce témoignage vaut ce qu'il vaut, mais il a le mérite d'exister dans une Afrique où les responsables politiques et économiques n'ont pas la tradition de laisser des traces pour les générations futures. Soit ces responsables s'autocensurent, soit ils créent eux-mêmes un contexte de peur, pas toujours justifié, pour ne jamais apporter d'éclairage sur les faits qui leur sont souvent reprochés. Coupables ou innocents? Seule I'histoire peut en juger, à condition que celle-ci ne soit pas tronquée ni manipulée voire falsifiée. Le manque d'éléments fiables fragilise la construction de l'histoire africaine contemporaine. Le mérite de ce livre est de nous donner un point de vue différent sur la tragédie du Sud-Kasaï, sur les atrocités que le Congo a connues, au lendemain de la déclaration de l'indépendance, et des causes de celles-ci. Kalonji Mulopwe n'est pas un simple spectateur, mais plutôt un acteur impliqué dans ces événements, d'où l'importance de son témoignage écrit. Nous devons l'approcher sans préjugés ni arrière-pensées si nous voulons qu'il nous aide à dévoiler l'une des faces cachées de la tragédie congolaise. Écrire pour se défendre, se justifier d'accusations graves, très graves portées contre soi exige de tout homme une bonne dose de courage. Est-ce un problème de conscience? Peut-être.

6

Les acteurs de l'indépendance du Congo sont-ils responsables de tous les événements tragiques qu'a connus le pays ou devons-nous penser que la situation avait échappé à leur contrôle? Le Congo d'aujourd'hui a-t-il tiré une leçon du passé? La plupart des témoins ayant disparu sans laisser d'écrits probants ni tout autre témoignage crédible, l'histoire du Congo continue de s'écrire avec dès « à peu près », des rumeurs, des hypothèses, mais sans jamais nous fournir de preuves formelles. Je considère, dès lors, que le moment est venu d'inciter toute personne ayant connaissance de vérités relatives à la vie du peuple et à son devenir à laisser des témoignages écrits pour les générations futures. Nous éviterons ainsi des malentendus et des spéculations stériles et nous aborderons l'avenir avec plus de sérénité, de certitude et de rigueur. Nous ne pouvons bâtir le Congo de demain qu'avec des données plus ou moins fiables, exactes. Nous devons avoir le courage d'ouvrir un dialogue profond, intense et franc entre toutes les forces vives de la nation. Ce dialogue passe par l'écoute de tous ceux qui ont eu un rôle à jouer par le passé afin qu'un jour, nous parvenions à une vérité historique distincte de celle qu'on veut bien nous dicter. Nous envisagerons ainsi notre avenir de manière libre de toutes les contraintes extérieures. J'en appelle à tous ceux qui ont quelque chose à dire à prendre courageusement la parole, comme l'a fait Kalonji Mulopwe de son vivant. Notre nation a besoin de connaître ses racines intrinsèques pour construire un avenir plus solide. Pour ma part, je pense que I'heure est venue de doter le Congo d'institutions fiables, qui reflètent les réalités et valeurs des hommes et des femmes qui le composent, ce qui va l'ouvrir à la démocratie, à la culture du dialogue, à la tolérance et à la responsabilisation de tout un chacun. L'unité nationale ne pourrait être possible que par la culture et l'éducation.

7

Je reste convaincu qu'avec la bonne volonté, nous érigerons sur les terres de l'Afrique centrale une nation viable, digne et respectée. Nous devons pour cela commencer à avoir confiance en nous-mêmes, en nos capacités et en nos valeurs intrinsèques. L'ouverture au monde se fera dès lors en accompagnement de nos aspirations légitimes et de nos intérêts sans plus jamais remettre en question notre identité. Le reste ne sera qu'une question de génération. Kama Sywor KAMANDA, écrivain Le 10 octobre 2004...

8

Abréviations
Abako Abazi Aimo AMI AMORC Bansuka BCK-BECEKA Cadulac Cedaf Conakat Conaco C.V.P. DC FAL Foréami Forminière : Alliance des Bakongos, Parti politique de M. Joseph KASA- VUBU : Association des Bayanzi : Main-d' œuvre indigène : Assistant médical indigène : Ancien et mystique Ordre de la Rose Croix : Banque du SUD-KASAÏ : Chemins de fer du BAS-CONGOKASAÏ : Centre agronomique de l'Université de Louvain au Congo : Centre d'études et documentation pour l' Afrique : Confédération des associations tribales du Katanga : Confédération nationale du Congo : Christelijke Vlaamse Partij : Douglas Company, dénomination des aVIOns : Fusil automatique léger : Fonds Reine Élisabeth du bien-être indigène : La filiale minière belge de la Société Générale qui exploitait le diamant au Kasaï. : Institut de recherches et d'études sociales : Messagerie automobile du Sankuru : La Société minière de Bakwanga : Mouvement national congolais : Mouvement national congolais-aile KALONJI : Mouvement national congolais-aile

I.R.E.S. M.A.S. Miba MNC MNC-K MNC-L

9

M.P.R. M.S.M. O.C.A. O.N.U. O.P.J. OTAN O.U.A. P.N.P. P.P.R.P. P.S.A. P.S.C. SABENA Socobanque S.T.A. T.S.F. Ucol U.D.P.S. UMHK

: : : : : : : : : : : : : : : : : :

Lumumba Mouvement populaire de la révolution Mouvement solidaire Muluba Office des cités africaines Organisation des Nations-unies Officier de la Police judiciaire Organisation du Traité Atlantique Nord Organisation de l'Unité africaine Parti national du progrès Parti des paysans ruraux et progressistes Parti solidaire africain Parti social-chrétien (Belgique) Société anonyme belge de navigation aérienne Société congolaise de banque Service transport administratif Téléphonie sans fil Union des colons Union pour la démocratie et le progrès social Union minière du HAUT-KATANGA

Anciens et nouveaux noms des localités
Albertville Bakwanga Brabanta
Charlesville Congo-belge

: : : : : : : : : :

Élisabethville E'ville Hemptinne Jadotville Léopoldville

Kalemie Mbujimayi Mapangu Djokupunda République démocratique Congo Lubumbashi Abréviation d'Élisabethville Bunkonde Likasi Kinshasa

du

10

Luluabourg Mérode Nyassaland Paulis Port-francqui Province Orientale Rhodésie du Nord Rhodésie du Sud Salisbury Stanleyville Sud-Kasaï Thysville Urundi Usumbura Tanganyika Territory and Zanzibar

: : : : : : : : : : : : : : :

Kananga Tshilundu Malawi Isiro Ilebo Haut-Congo Zambie Zimbabwe Harare Kisangani Kasaï-Oriental Mbanza- Ngungu Burundi Bujumbura Tanzanie

Carte du Congo

Chapitre I

Kalonji Ditunga Mulopwe, qui êtes-vous?
Je suis un Muluba, de l'ethnie de ceux qu'on appelait jadis les Balubas du Kasaï (Bakasaï), pour les distinguer des Balubas du Katanga (Balubakat), émigrés de la région des Lacs Samba et Kisale, l'endroit mythique de « Nsanga à Lubangu ». Ce peuple a traversé le territoire actuel du Nord Katanga, en passant par Kamina, et a franchi la rivière Lubilanji1 pour essaimer tout l'espace compris entre cette rivière et ses autres affluents jusqu'au Lac Munkamba et ses environs. C'est là que se trouvent aujourd'hui les territoires de Ngandajika, Muene-Ditu, Kamiji, Miabi, KabeyaKamuanga, Tshilenge, Lupatapata et Katanda. Les territoires de Kabeya-Kamuanga et Ngandajika incluent chacun en leur sein une partie du territoire de Kabinda au Sud, région des Basongye, et du territoire de Dibaya au Nord, région des Luluas du Grand chef Mfuamba wa Luaba. Je vous en parlerai plus tard lorsqu'il s'agira du conflit Lulua-Baluba. Originaire des Bakwa Disho, mon territoire est Miabi. Mon grand-père Mukanya Kanungulu était le fils de Mukanya Konji. Mon père, Mukanya Mulenda Edmond, décida de quitter notre chefferie de Bakwa Tshimuna à la suite d'un conflit fratricide ayant entraîné l'assassinat de son neveu, Muamba wa Katenda wa Kaboke, pour émigrer vers l'Ouest, soit dans l'actuel Kasaï Occidental, un territoire Lulua. Plusieurs personnes du village de Bakwa Tshimuna le suivirent. Il s'installa à environ cinq kilomètres de la mission catholique Hemptinne Saint-Benoît, dans un endroit
1 Lubilanji s'écrit chez certains auteurs Lubilashi.

13

dénommé Bunkonde2 -- qui signifie en français « papayer », car les prêtres de Scheut qui habitaient ce lieu y avaient planté plusieurs arbres fruitiers dont le papayer. Bakwa-tshimuna, un nouveau village, se dressa à cet endroit et c'est là que je vis le jour, en 1929. Je fus prénommé Albert car je naquis au moment de la visite au Congo Belge du Prince Albert et de la Princesse Élisabeth, venus inaugurer la ligne de chemin de fer de la RC.K.3 à Port-Francqui4 La plupart des enfants nés à cette période ont dû porter le prénom d'Albert5. Les origines de mon nom « Kalonji » méritent une explication. Je pense qu'en philosophie bantoue, surtout chez les peuples luba, la majorité des personnes sont conditionnées dans leur évolution sur terre par les noms qu'elles portent et elles finissent par assumer le destin qui les guide tout au long de leur vie. Depuis ma naissance jusqu'à la fin de mes études, j'ai toujours été appelé Albert Kalonji. Le prénom que je porte m'a été attribué par mes parents. Le nom était celui de mon grand-père du côté maternel. Sa signification est particulière: lors de la fabrication de la bière indigène dénommée «tshibuku », on ajoute un ingrédient dénommé « mushimi wa kalonji », ce qui veut dire du « levain », c'est-àdire du maïs fermenté, qui fait lever la pâte. Quand ce levain est ajouté au mélange qui ressemble à une limonade, la mixture change et devient de la bière. « Kalonji » signifie: « le levain qui fait lever la pâte ». Pourtant, je pense que ce nom ne m'a pas été donné en raison de sa signification, mais plutôt pour le besoin de perpétuer le nom de mon grand-père maternel.
2 Voir la carte du Kasaï. 3 B.C.K. ou Beceka: compagnie des chemins de fer du BasCongo/Katanga 4 Port-Francqui s'appelle désormais Ilebo. 5 Le Prince Albert et la Princesse Élisabeth ont effectué une tournée au Congo de 1928 à 1929.

14

Il me semble bien possible que mon nom a joué dans ma vie ce rôle de ferment ou de levain qui fait lever la pâte, que ce soit en politique ou dans d'autres domaines de la vie publique ou privée. Dans mon cas, ce principe ou cette théorie me paraît valable en ce qui concerne mes débuts et mon rôle en politique. En effet, je suis arrivé à Luluabourg, chef-lieu de la province du Kasaï, à la fin de 1953. J'ai pris part aux activités des évolués et des associations des indigènes, parmi lesquelles celles de Bakwa Kalonji, de Bena Mpuka, de Bena Mulenga, Foyer Dishi, et Bakwanga. Près d'un an après mon admission en qualité de membre au Foyer Dishi, Barthélemy Beya, qui était président, a été nommé chef de cité. Il fallait bien le remplacer et les membres m'ont choisi pour ce rôle. Me trouvant à la tête de l'association, j'ai beaucoup souffert du fait qu'en face de nous, les Lulua avaient constitué une unique association, « Lulua-Frères », regroupant toutes leurs tendances. Dans notre camp, il y avait plusieurs tendances, c'est-à-dire celles qui ont été énumérées ci-dessus. Il est nécessaire de souligner que l'administration coloniale avait concédé à l'association « Lulua-Frères » plusieurs facilités, notamment la liberté accordée à son président de se rendre partout au Congo Belge et même à l'Étranger pour récolter des fonds et des dons. Pendant cette période, il n'était pas permis à un Noir de quitter sa province, ou même son pays, pour se rendre jusqu'en Rhodésie, ni non plus de créer une association qui regroupait tous les membres se trouvant dans toute la colonie. Avec tous ces fonds, les Lulua-Frères ont construit un très bel immeuble qui abritera plus tard le cercle des « Lulua-Frères ». Cet immeuble, ils l'ont bâti non loin de chez moi. Je présume qu'ils l'ont fait exprès!

15

Cette situation me préoccupait beaucoup. Je me demandais quand et comment nous allions pouvoir disposer d'autant de moyens financiers pour construire un cercle à nous. Pourquoi ne pouvions-nous pas nous fondre en une seule association, en suivant l'exemple de nos frères Lulua ? Malheureusement, toutes ces réflexions n'ont pas pu aboutir à une action concrète en temps opportun. Dans cette atmosphère empoisonnée de la guerre des nerfs, où chacun s'invective à longueur des journées par la presse interposée, les Balubas ont fini par comprendre, bien plus tard, que tous leurs regroupements devaient se rassembler en une seule association. C'est ainsi qu'est né, en 1957, le « Nkonga Muluba ». Nous avons alors été confrontés à l'animosité de l'administration coloniale qui n'a pas voulu reconnaître cette association, jusqu'à ce que la guerre éclate en 1959. Aujourd'hui, je peux donc oser affirmer que j'ai été à la base de l'idée de créer le Nkonga. , Il y ad' autres exemples dans lesquels il reviendra aux lecteurs de ces mémoires de découvrir où et comment j'ai servi de levain. Que ce soit au Mouvement national congolais (MNC), lors de mes conférences chez les évolués, dans ma participation au sein de différents conseils ou organismes coloniaux, dans mon journal L'Abeille, lors de l'exode des Lubas ou de la création de l'État autonome du Sud-Kasaï, etc.. Je crois avoir bien assumé ce nom de « Kalonji » jusqu'aujourd'hui. En ce qui concerne mon nom de « Ditunga », il a suivi l'intronisation de « Mulopwe », intervenue après l'indépendance. Mulopwe signifie « chef des chefs ». Ce titre m'a été attribué lorsque les chefs coutumiers baluba se sont réunis à Tshibata. Ils ont estimé que j'avais toujours défendu leur cause à Luluabourg, notamment en faisant référence à mon combat contre M. Desquenne, qui affirmait que les Balubas étaient étrangers sur les terres des Luluas. Ainsi allaient-ils devoir se soumettre au chef Kalamba qui 16

allait être proclamé roi et s'ils refusaient, ils devraient s'en aller, ce qui était inacceptable pour nous. Entre-temps, j'avais été coopté au niveau de la province, en qualité de membre du conseil colonial de législation à Bruxelles, à la suite des mesures prises conformément au discours du roi Baudouin du 13 janvier 1959. Sachant que je ne pouvais plus vivre sur place à Luluabourg et que je vivais pratiquement à Bruxelles, les chefs coutumiers Baluba ont jugé que cette situation présentait un avantage pour eux car toutes leurs doléances qui ne pouvaient pas aboutir sur le plan local, devaient absolument être acheminés par moi vers les hautes instances qui dirigeaient la colonie à partir de Bruxelles. Ils seraient, dès lors, assurés de voir ces problèmes soumis directement au ministre des colonies et au roi Baudouin. À cause de la tension qui prévalait au Kasaï, je devais chaque mois y retourner afin de prendre les contacts utiles avec les miens, et aussi les réconforter et intervenir localement dans la mesure du possible. Quant au nom de « Mulopwe », il me paraît tout aussi utile d'évoquer certains événements connexes afin de mieux circonscrire les circonstances dans lesquelles il a été décidé de m'élever à cette dignité. M. RAE, un magistrat de Bruxelles avait été chargé de faire un arbitrage dans ce conflit. Ce dernier est venu à Luluabourg et a créé une commission. Il a réuni au Lac Munkamba les chefs coutumiers, dont la plus grande majorité était Lulua. Seul Mutombo Katshi a été associé à ces travaux, c'est-à-dire un seul chef coutumier Luba sur des dizaines des Luluas. Cette cbnvocation des chefs coutumiers s'était faite sur base des listes que l'administration coloniale lui avait remises. Il est évident que les débats étaient faussés dès le départ. Il apparaissait clairement que l'on voulait favoriser les Luluas. La commission RAE a conclu, à l'issue de la rencontre, que les Lubas étaient sur les terres Luluas et qu'ils devaient payer le tribut au chef Kalamba ou s'en aller.

17

Mutombo Katshi a refusé de se soumettre à ce diktat. Il a fait appel à ses collègues pour qu'ils se réunissent à Tshibata. Telle est l'origine du congrès de Tshibata. Tous les chefs coutumiers qui n'avaient pas été invités à la réunion de Munkamba se sont rendus à celle de Tshibata. Les évolués luba sont venus prendre part à ces travaux. Il y en a qui sont venus du Kivu, d'Usumbura au RuandaUrundi, du Haut-Congo, de Stanleyville, etc.. Après les débats, diverses résolutions ont été adoptées. Les chefs coutumiers ont soutenu qu'ils n'acceptaient pas de se soumettre à Kalamba. Ils préféreraient tous quitter Luluabourg et les autres centres, en groupe, ceux qui travaillaient comme ceux qui étaient dans les villages. Nous devrions ériger notre capitale à Tshipuka, une grande savane se trouvant entre Tshilenge et la ville actuelle de Mbujimayi. Par une décision acceptée à l'unanimité, ils m'ont choisi comme chef. Ils ont fait de moi un chef coutumier, à leur image, d'autant plus que j'étais moi-même le fils d'un chef. Ils ont fait de moi le chef des chefs: un « Mulopwe ». Ils voulaient attendre jusqu'à ce que la lutte pour l'indépendance aboutisse, pour réorganiser leur pouvoir coutumier avec moi, à leur tête, comme Mulopwe. Il y a eu des jaloux, c'est certain, et ils n'ont pas apprécié cette décision, jugeant qu'elle étouffait aussi leurs ambitions. Ils ont tenté de créer des problèmes autour du Mouvement solidaire muluba (M.S.M,) ou Mouvement Nkonga Muluba (association). Une fois la lutte de l'indépendance gagnée, les chefs coutumiers ont fini par être les principales victimes du conflit Lulua-Baluba. Ils en ont beaucoup souffert. Cette fois-ci, c'était le gouvernement congolais nouvellement établi qui organisait la répression contre eux. Le principal acte que ce gouvernement se soit empressé de poser est de chercher à en finir avec les sécessions du Kasaï et du Katanga. Il n'a pas voulu tenir compte des raisons et circonstances qui avaient amené les

18

Balubas, fuyant toutes les persécutions, à se réfugier dans cette partie du pays. Les pouvoirs de Mulopwe que je détenais ne consistaient pas en un pouvoir temporel, ou mystique! Il s'agit d'un pouvoir spirituel et traditionnel. Il est invisible. Vous êtes le représentant des vivants et des morts. Vous êtes l'émanation du pouvoir au nom des ancêtres. Le pouvoir que vous avez du monde de l'au-delà légitime le pouvoir temporel que tout le monde voit et que vous pouvez conférer à un gouvernement ou déléguer à une autre personne. Voilà donc, définies en peu des mots, les prérogatives du Mulopwe. Normalement, le Mulopwe n'est pas censé travailler. Il règne. Lorsqu'il règne, il est établi dans une cour. Et à la tête de celle-ci, il exerce ses pouvoirs devant un aréopage d'exécutants qui ont chacun une responsabilité dans la direction d'un département, ce qui correspond à un ministère sous la forme moderne. Mais le Mulopwe exerce aussi et principalement ses pouvoirs dans les domaines de la justice et de la vie sociale. Ce dernier domaine implique toutes les questions relatives à la vie humaine sur toute l'étendue de son territoire. Cette affirmation est très profonde, elle n'a rien de littéral. Cependant, mon pouvoir n'était pas vraiment effectué effectivement sous cette forme au Sud-Kasaï. Nous avions tenté de moderniser certaines choses. Le Mulopwe au Sud-Kasaï était en même temps le chef de l'État, ce qui signifie qu'il y avait un cumul de deux pouvoirs: le pouvoir spirituel du Mulopwe et le pouvoir temporel et civil d'un chef d'État moderne. Je pouvais, en cette qualité, nommer un chef de gouvernement ou cumuler les rôles. Nous avons maintenu la dualité pour essayer de plaire à Joseph Ngalula qui aurait voulu, lui aussi, être consacré Mulopwe. Les chefs baluba lui avaient refusé cet honneur, précisant que jamais deux chefs n'avaient été consacrés en même temps et que leur choix s'était porté sur le plus méritant d'entre nous. Ils estimaient que, sans moi,

19

ils n'en seraient pas là où ils en étaient. Je les avais sauvés et je leur avais permis de disposer d'un chez eux propre. Partout ailleurs, ils avaient été rejetés, pourchassés, tués. Ce pouvoir, ils me l'accordaient pour me récompenser et c'était, en quelque sorte, une chefferie suprême. J'avais deux options: refuser ou accepter. Il est vrai que, jusque-là, je m'étais toujours senti un peu comme un chef coutumier et, à plusieurs reprises, j'avais été appelé à parler au nom de tous les chefs baluba, comme par exemple, lors de la conférence de la Table Ronde à Bruxelles, en janvier-février 1960. J'avais plusieurs fois tenté de les encadrer ou de leur donner des orientations nationalistes pour leur éviter d'être les éternels auxiliaires de l'administration coloniale. Je ne pouvais pas refuser l'honneur qu'ils me faisaient pour leur rendre service. Cette intronisation exige normalement un certain nombre de sacrifices, parfois humains, dans les pures règles de la tradition. J'étais, à cette époque, assez jeune G'avais 31 ans). J'étais de toutes les manières obligées de faire face à l'ampleur de cette tâche. Ce fut effectivement très difficile et j'ai dû faire preuve de beaucoup de courage! J'ai rempli toutes les conditions qui m'ont été posées à cet effet. J'ai réussi toutes les épreuves, excepté celle exigeant d'offrir aux mânes mon père et ma femme ou ma mère et mon fils aîné. Cette dernière condition n'ayant pas été remplie, ils ont disparu. Imaginez-vous que nous étions dans une assemblée d'invisibles. Nous voyions tous ceux qui vivaient autour de nous, mais eux ne nous voyaient pas car nous étions dans une dimension parallèle. Certes, cela a eu des conséquences sur le plan pratique. C'est à ce moment-là qu'on a semé cette zizanie dans la direction du groupe qui a abouti à la réalisation du coup d'État. C'était une forme de punition. Cette intronisation a donc eu lieu plus tard, lorsque j'étais déjà installé au pouvoir à Bakwanga.

20

Cette installation s'est fait au lendemain de la conférence de Tananarive, à la suite des menaces de guerre civile résultant des agissements de Joseph Ngalula, Honoré Kadima et Paul Kantanga. Ces derniers avaient essayé de nous déstabiliser en posant sans cesse des actes inciviques, par exemple en faisant fouetter et tuer des gens à Kamiji et Kamponde. Partout, la population se plaignait, il y avait des retards dans le paiement des salaires, la justice ne fonctionnait plus comme il se devait. J'ai dû reprendre en main l'administration de l'État et me battre pour réinstaurer la confiance entre la population et ses gouvernants. Les chefs coutumiers avaient déclaré: « Vous voyez, si Albert Kalonji disparaît, nous risquons d'aboutir à des situations désastreuses. Nous devons le protéger et ne plus l'exposer au danger. Pour sauvegarder nos intérêts, nous devons nous assurer qu'il ne s'en ira pas du pouvoir. » Je pouvais accepter comme je pouvais refuser leur offre. J'ai peut-être mal agi en acceptant, car ma décision m'a apporté beaucoup d'ennuis. Je me suis attiré la jalousie et la haine des autres. Ils en ont profité pour me traiter de potentat, sans prendre la peine de considérer les aspects positifs de la situation. Ils n'ont pas voulu reconnaître mes incalculables mérites accumulés grâce à mes actions en faveur de la population. Ils n'ont pas tenu compte de mon dévouement à cette cause, des sacrifices consentis pour arriver à la situation à laquelle nous étions parvenus. Jusqu'à ce jour, je demeure incompris auprès de certains. Ils continuent de croire que je n'agis et ne vis qu'en fonction de ce titre de « Mulopwe » et qu'en dehors de celui-ci, je ne serais pas capable de tenir le rang d'un leader politique. Tel est mon lot de martyr. Après notre victoire militaire sur l'armée nationale qui nous pourchassait, tout le monde estimait qu'il fallait faire quelque chose de spécial pour me remercier pour tout le dévouement dont j'avais fait preuve et tous les sacrifices que j'avais endurés.

21

C'est ainsi que les chefs Baluba se sont à nouveau réunis. Ils ont fait valoir qu'une fois de plus, je les eusse sauvés. J'avais réussi à les regrouper et à les approvisionner, les sauvant de la famine qui les guettait. Ensuite, j'étais allé chercher des armes et j'avais équipé leurs enfants afin de faire échapper les Balubas à l'extermination. C'est la seconde fois que je les sauvais. En conséquence, je méritais amplement le titre de « chef des chefs », en application de la résolution du congrès de Tshibata. Je suis devenu Mulopwe. Cela s'est passé au mois de mars 1961. La plus grande difficulté pour moi était de parvenir à concilier ma vie d'intellectuel avec ce pouvoir coutumier trop pesant! J'en sais quelque chose. L'administration coloniale avait exercé son influence sur plusieurs chefs coutumiers afin qu'ils adhèrent au Parti national du progrès (PNP) qu'elle avait créé, mais tous les chefs coutumiers luba avaient adhéré au MNC. En guise de reconnaissance, lorsque le gouvernement a été constitué, nous avons voulu les associer à la gestion publique. Trois d'entre eux ont été élevés à la dignité de ministres d'État. D'autre part, j'ai subi une initiation à différents degrés afin de faire de moi un véritable chef coutumier, détenteur de tous les pouvoirs traditionnels. J'ai été soumis à une série d'épreuves que j'ai réussies et j'ai été sacré Mulopwe. Dès que vous êtes consacré, il y a un dernier rite qui consiste à être transporté sur un fauteuil spécial sur les épaules de porteurs spéciaux. Nous devions traverser mon village, sous le chant du sacre. On m'a fait faire le tour des quatre points cardinaux, puis on m'a ramené au sol. Pour être posé sur le sol, vous devez faire une déclaration et annoncer à ceux qui sont chargés de vous investir votre nom de règne. C'est à cette occasion-là, plus précisément, que j'ai choisi de porter le nom de « Ditunga ». C'est un nom de pouvoir et je l'ai prononcé spontanément. « Ditunga » signifie le « pays ». Par ce nom, je donnais une orientation à

22

toute l'action et au sens de mon règne. Toute ma vie politique, je l'avais consacrée à la lutte en faveur de notre pays. Je devais continuer à me battre pour la même cause tout au long de mon règne. Tous les membres qui participaient à la cérémonie ont vivement applaudi. Le temps de mon initiation a duré toute une semaine. Il y a beaucoup de cérémonies mystiques, dont une bonne partie se déroule la nuit. Vous devenez automatiquement le chef qui communique avec les vivants et les morts, celui auquel les esprits obéissent. Ce n'est pas simplement un pouvoir temporel, c'est un pouvoir assez vaste' et éprouvant. C'est bien à l'issue de cette initiation que j'ai donc acquise une certaine dimension nouvelle, extra-humaine. C'est une dimension magico religieuse. Malheureusement, elle est frappée d'interdits. Il ne m'est pas possible d'en révéler quoi que ce soit. Toute tentative de violer cette loi du silence ne se paie que par la mort. J'ai vu de quoi ils sont capables et je n'ai pas honte de dire qu'à l'issue de la cérémonie, j'ai refusé d'accomplir une condition qu'ils exigeaient. Ils m'ont puni en semant la zizanie tout autour de moi et cela a abouti au coup d'État qui m'a fait perdre précipitamment le pouvoir. Tout cela est véridique. Si j'avais accepté tout ce qu'ils me demandaient, rien ne me serait arrivé: ils voulaient que je leur offre, par la magie, une personne qui m'était chère et qui était en vie. J'avais le choix entre mon père et ma femme ou ma mère et mon fils aîné. Si j'avais accepté de sacrifier les deux, selon eux, mon pouvoir aurait été intouchable et je

serais devenu invincible.

'

Il n'y a pas d'autre alternatif pour ce genre de sacrifice. Cela ne se discute même pas! En tant que chrétien, je leur ai dit que cela ne m'était pas possible. Subitement, l'assemblée a pris fin et ils ont disparu tous. Je me suis retrouvé seul, alors que nous étions en train de siéger au-dessus d'un arbre dans la cour de mon père. Il était quatre heures de l'après-midi, je m'en souviens. Je voyais

23

tout le monde en bas en train de danser et de chanter. Eux, ils ne nous voyaient pas, mais nous les observions et nous entendions aussi ce qu'ils racontaient. J'étais assis sur un trône. Dès que je leur ai fait part de mon refus catégorique, ils ont disparu! C'était fini! Depuis, je me considère comme un martyr. Oui, je me serais évité ce calvaire, si j'avais refusé la demande des Balubas de me consacrer Mulopwe. D'autant plus qu'aujourd'hui, les chefs coutumiers sont divisés. Certains étaient et sont toujours en ma faveur, d'autres pas, mais la majorité d'entre eux était pour moi. C'est en tout cas ce qui résulte des multiples élections organisées sous le régime de Mobutu, alors même que je n'étais pas au pOUVOIr. J'avais moi-même refusé d'être député sous Mobutu, mais tous ceux que je soutenais étaient élus d'office à la grande majorité. Ce fut le cas du DR Kalala Kizito, qu'Étienne Tshisekedi avait voulu affronter à Ngalula, mais ce fut Kalala qui avait remporté les élections. L'autre preuve vient de mon fils, député depuis 1982, à chaque fois réélu. En 1982 et en 1987, il a été élu avec des voix d'exceptions écrasantes. Ceci démontre qu'en dépit de l'avis de la minorité qui est contre moi, et c'est son droit, je demeure toujours aimé, soutenu et populaire, au Nord comme au Sud, à l'Est comme à l'ouest de l'ex-Sud-Kasaï. C'est pourquoi mes ennemis continuent toujours à me redouter et à me craindre. Ceux qui ne sont pas mes ennemis ont peur de s'exposer au ridicule en concourant aux élections chez nous. Je pense par exemple à Étienne Tshisekedi. Il a créé l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), mais, il n'est jamais allé à Mbujimayi, ni au Kasaï. Quant à Jonas Mukamba, il a fait tout ce qu'il pouvait. Il s'est fait nommer président de la Miba par Mobutu; il a eu beaucoup 24

d'argent que Mobutu lui a laissé prendre; il a essayé de financer tout un réseau de fidèles. Et pourtant. . . Tous demeurent convaincus de ma popularité et ils en sont intimidés. Je le dis sans fausse honte, parce que je ne fais aucun effort pour entretenir une telle popularité. D'ailleurs, je n'en ai pas les moyens et ensuite je n'en ai que faire. C'est une popularité qui reste un mythe dont personne ne veut saisir la réalité. Pourtant, je n'ai pas cherché la consécration, en me présentant aux élections. Tout le monde sait que j'ai refusé d'être élu sous le régime de Mobutu. D'autre part, je n'ai pas d'ambition politique autre que dans l'intérêt général du peuple luba. Par contre, mon fils aîné, Jean Marie Kalonji Mukanya Kanungula (du nom de mon grand-père), a été élu à la majorité écrasante aux élections législatives de 1982 et à celles de 1987. Beaucoup de candidats soutenus par mes adversaires, se sont rendu dans des villages, l'injure à la bouche, l'argent plein les poches, sans succès! J'ai vécu toute mon adolescence dans le voisinage de la mission catholique. Mes parents, eux aussi, avaient fréquenté l'école de la mission. Ayant refusé d'être catéchiste, mon père se retrouva en conflit avec les missionnaires et, de plus, il épousa plusieurs femmes, ce qui le fit compter au rang des païens. À la fin de mes études primaires, je me vis refuser l'accès au Petit Séminaire, alors que je voulais devenir prêtre comme mon cousin Nkongolo Émile dont je voulais suivre l'exemple, car ma famille considérait qu'il avait accompli le parcours idéal. Malheureusement, il n'en fut pas ainsi et je fus obligé de m'orienter vers des fonctions laïques pour devenir agronome. Quelle raison m'incita à choisir cette option peu appréciée à l'époque? Je ne saurai le dire. Personne, à cette époque-là, ne pouvait deviner quel serait son avenir avant le dernier jour de la classe terminale du cycle primaire. C'est le jour de la proclamation, au mois de novembre, que notre sort était fixé. Après avoir annoncé les résultats, le

25

Père Directeur de l'école primaire distribuait les prix aux lauréats. Il citait d'abord les noms des élèves retenus pour fréquenter le Petit Séminaire (Humanités latines), comme candidats-prêtres; puis, les noms des élèves envoyés à l'école normale, pour suivre des études qui les mèneraient à une carrière de moniteurs et d'instituteurs pour enseigner au niveau de la première et de la seconde année de l'école primaire; ensuite, venaient les noms de ceux qui étaient envoyés à l'école moyenne, pour devenir des candidats commis, appelés à venir renforcer les rangs de la multitude de commis auxiliaires de l'administration de la colonie, des colons privés ou des sociétés commerciales et industrielles. Enfin, un ou deux élèves étaient admis à l'école spéciale d'agriculture pour devenir, après leur cycle de formation, des assistants agricoles travaillant auprès des agronomes blancs. Cette école, appelée d'abord « École Moyenne d'Agriculture », fut ensuite désignée sous le nom de « Cadulac» (Centre Agronomique de l'Université de Louvain au Congo). En dernier lieu, le Père directeur annonçait les noms des candidats envoyés à l'école pour les Assistants Médicaux Indigènes (AMI). À cette époque, le Cadulac existait sur trois sites: le premier site, Kisantu, au Bas-Congo, offrait une spécialisation en cultures maraîchères et fruitières, pour alimenter en fruits et en légumes la capitale de la colonie, Léopoldville. Le deuxième site, Kamponde6-- au Kasaï en région Bakete, avait pour spécialités les cultures industrielles (coton, hévéa 7-- café, palmier à huile), les cultures céréalières (mais, riz) et les cultures vivrières (haricot, sorgho, arbres fruitiers et autres cultures
6 Kamponde est le nom d'une localité située le long du chemin de fer Port-Francqui-Katanga-Dilolo, à mi-chemin entre Luluabourg et Élisabethville. Une mission catholique et une gare ferroviaire portent le même nom. 7 L'hévéa est l'arbre qui produit le latex, transformé par un procédé industriel en caoutchouc.

26

maraîchères). Ce centre recevait les étudiants originaires du Kasaï et du Katanga. D abord implanté à Mérode, en 1937, il avait aussitôt été transféré à Kamponde, un village Bakete situé entre Tshimbulu et Muene-Ditu, sans autre motif que la volonté délibérée de priver la région des Balubas d'une école supérieure. Les Bakete étant nos cousins, comme les Luluas, nous n'en fumes pas offensés. Tandis que ces deux premiers sites formaient des assistants agricoles, proclamés « agronomes assistants» et admis en quatrième catégorie du Statut unique de l'Administration coloniale, le troisième site du triangle, Butembo, situé en territoire de Lubero dans le Nord-Kivu, était spécialisé dans la formation d'assistants vétérinaires. Deux jours avant la proclamation des résultats, le Père scheutiste Joseph Vandeputte, directeur de l'école primaire de Hemptinne, me convoqua dans son bureau et, d'un ton solennel, me dit: « Tu viens de passer avec brio la sixième primaire. Tu es premier et tu as obtenu un très haut pourcentage de points dans toutes les matières. Je ne peux pourtant pas t'envoyer au Petit Séminaire comme tu le désires ardemment car ton père est un mauvais chrétien. Il a épousé plusieurs femmes. Je décide donc de t'envoyer à l'école AMI de Léopoldville pour devenir, après avoir réussi tes études, un assistant médical indigène. Mais pour plus de sûreté, tu iras d'abord pendant deux ans à l'École moyenne de Luluabourg. Tu vas y perfectionner tes connaissances de la langue française pour être sûr de réussir tes études médicales. » Ma première réaction fut de pleurer. Il ne m'en empêcha pas. Quand je fus un peu calmé, il me demanda ce que j'en pensais et je lui répondis: « Je veux bien aller à l'École AMI, mais je ne veux pas perdre deux années inutiles à l'École moyenne. Je préférerais fréquenter le Cadulac. » Il acquiesça. Deux jours plus tard, lors de la proclamation, il cita mon nom et celui de Tshibanda Placide comme candidats admis au Cadulac.

27

Il est bien possible qu'une intervention extérieure soit venue influencer le Père Directeur Vandeputte à mon sujet: celle du docteur Jean Cochaux. Je pense avoir impressionné ce médecin à diverses occasions. Nous nous rencontrions souvent à la messe du dimanche où je servais le prêtre officiant, mais aussi à son dispensaire où toute ma famille se faisait soigner. Un jour, alors que je m'étais présenté à son service comme acolyte avec une plaie infectée, il prit lui-même les ciseaux, découpa la chair morte, gratta, nettoya, tant et si bien ma plaie qu'elle saigna. Je ne pleurais pas et il en fut très surpris! Il me fit un pansement et je fus guéri quelques jours plus tard. Il fit certainement part de mon courage au prêtre, chez qui il prenait quelques moments de détente chaque dimanche après la messe. Une autre fois, je me rendis à son dispensaire pour une consultation et je lui déclarai que je pensais être infecté par la bilharziose8. Perplexe, il me demanda si je m'étais rendu, pendant les vacances, dans la région du territoire de Tshilenge: « Mais non, ce n'est pas fossible ! » Me dit-il, «Tu n'as pas été chez les Balubas --. Comment peux-tu prétendre avoir été contaminé? » Je lui répondis: « D'après les symptômes que nous avons appris lors de la dernière leçon d'hygiène, je crois sincèrement avoir été contaminé.» Il ordonna un examen médical qui confirma mes soupçons. Depuis lors, il estima qu'il était important de se préoccuper de mon avenir. C'est donc probablement lui qui
8 Bilharziose: maladie provoquée par un ver parasite du sang qui pénètre le corps, lorsque l'on se promène pieds nus, et que l'on marche sur les détritus contaminés ou sur les coquillages qui abritent ses larves. Il est très ftéquent au Kasaï dans les eaux du lac, des rivières et ruisseaux du bassin de la Lubilanji.
9

La dénomination chez les Baluba était d'usage pour désigner les territoires d'origine des Baluba-Kasaï se trouvant sur l'actuelle Kasaïoriental. C'était là le foyer de la bilharziose, l'ancien territoire compris entre Kandakanda et Kabinda.

28

influença le prêtre pour qu'il décide de m'envoyer poursuivre des études post-primaires à l'École AMI. Finalement, j'ai été dirigé vers le Cadulac, faute de mieux. Vous comprenez bien quel préjudice cela m'a fait subir et le système colonial a pénalisé de la même manière bien d'autres personnes. Quant à mes études au Cadulac, j'ai réussi brillamment mon année préparatoire, puis j'ai consacré les deux années suivantes à l'étude des sciences: chimie organique, chimie minérale, physique, botaniques, mathématiques, trigonométrie, logarithmes, progressions, etc.. Ensuite, pendant deux ou trois ans, les cours furent centrées sur l'agronomie. D'autres disciplines vinrent s'ajouter au programme des sciences enseignées au niveau supérieur: l'agronomie, les sciences vétérinaires, la vie des plantes et des animaux, la législation agricole et la technique agricole. Cet enseignement était suffisamment développé pour être considéré de niveau universitaire. Nous avions atteint le niveau Al, ce qui correspondait à la première candidature (année universitaire) en agronomie. Nous portions le titre d'assistants agricoles. J'étais le premier de ma classe et j'avais obtenu soixante-dix-neuf pour cent des points, soit dix pour cent de plus que le second. Cela ne manqua pas d'attirer l'attention. Ma dernière année scolaire se termina en 1948, soit dans la période de l'après-guerre. Il y avait carence des cadres dans tous les secteurs et l'enseignement n'était pas épargné. La direction du Cadulac demanda l'autorisation à l'Université de Louvain, responsable et fondatrice de cet établissement d'enseignement technique, ainsi qu'au ministère des Colonies l'autorisation de m'engager comme enseignant. Les deux institutions ayant accepté que je sois nommé professeur, je fus chargé des cours de botanique générale et systématique, de phytologie, de cystologie, de morphologie

,
29

internes, de maladies des plantes et des animaux, de technologie agricoles, de législation agricole, notamment. Plus tard, Albert Carlier, un ingénieur agronome belge de Louvain, vint faire un stage sous ma direction, pour apprendre la botanique tropicale. Après son stage, il rentra en Europe où il suivit l'option de la botanique nucléaire. Plus tard, il devint professeur à Lovanium et fut finalement nommé doyen de la faculté d'agronomie. Cet exemple montre à suffisance la qualité de notre enseignement. Nous étions doués, fiers de notre formation et de nos capacités et nous avions atteint un niveau de connaissances élevé, mais nous étions Noirs! Dès lors, j'avais acquis une notoriété très respectable. J'étais particulièrement à l'aise dans tous les milieux européens où j'étais accepté d'office par mes pairs et où j'évoluais sans aucun complexe. Tous les professeurs laïcs de mon établissement (ingénieurs agronomes ou non) me considéraient comme leur collègue. Je dois avouer que je n'ai pas souffert de discrimination raciale. Malheureusement, un peu plus tard, le Frère Élysée, fuyant la Chine populaire après la prise de pouvoir par Mao TSÉ Toung, arriva dans notre établissement et voulut donner cours en deuxième année moyenne. Le directeur laïc, M. Lesire, et nous-mêmes, nous nous Y opposâmes, car il n'avait pas été engagé et l'Université de Louvain ne nous avait pas communiqué son dossier. Aucune note ne nous étant parvenue à son sujet de la province ni du ministère des Colonies, il n'était pas autorisé à dispenser les cours. Ce conflit aboutit à des scènes de brutalité et l'intervention de l'administrateur du Territoire et des autorités provinciales ne parvint pas à calmer la situation. Le Frère fut obligé de se retirer pour n'avoir pas respecté les règles. Prenant fait et cause pour leur confrère, les Frères de la charité démissionnèrent en bloc et quittèrent l'établissement. Ensuite, le ministère des Colonies s'inclina devant les exigences des missionnaires catholiques: ceux-ci

30

soutenaient que les Noirs ne pouvaient pas recevoir une instruction supérieure s'ils n'étaient pas soumis à un enseignement religieux sérieux, à des leçons de discipline et à une surveillance permanente. Les Pères de Scheut furent désignés comme professeurs. Tous les professeurs laïcs réagirent à leur tour en rejetant cette décision, arguant que ces nouveaux professeurs ne bénéficiaient pas d'une qualification suffisante. Ils n'avaient, en effet, même pas atteint le niveau du régendat. Refusant de participer à une formation au rabais, nous présentâmes notre démission. Puis, après cette brève interruption de carrière, je fus engagé d'office par l'administration coloniale pour faire de l'économie rurale et de la promotion des cultures industrielles comme le café et l'hévéa dans le nord du Kasaï, au Sankum. l'étais aussi chargé de la culture du paddylO-du maïs, du manioc et des arachides. Mes trois collègues européens, quant à eux, furent repris par l'Université de Louvain en Belgique et envoyés en qualité de coopérants en Afrique occidentale française (A.O.F.)l1 - notamment au Cameroun et en Côte d'Ivoire. Je fus nommé agronome adjoint. Des Blancs occupaient des fonctions semblables, mais chacun de nous avait son propre secteur. Je n'étais pas sous leur tutelle. Seul l'administrateur du territoire assistant, quand il se déplaçait en mission pour nous contrôler, avait autorité sur moi, en raison du rôle d'OPJ12 à compétence restreinte que j'exerçais. Cependant, les signes de discrimination raciale et d'intolérance persistante, je finis par me disputer âprement

/0 Paddy: dénomination locale du riz cultivé au Congo et non décortiqué. Il L'Afrique Occidentale Française (A.O.F.) est l'actuelle Afrique de l'Ouest, moins les pays anglophones. 12 OP.J. : abréviation d'usage courant utilisé dans les administrations pour désigner l'Officier de Police judiciaire.

31

avec des représentants des sociétés agricoles comme Colocoton et Cotonco. En effet, nous participions à la conférence annuelle agricole à Katako-Kombe. Les organisateurs avaient probablement omis ou négligé de nous envoyer un moyen de transport et notre véhicule n'était pas arrivé à temps. Nous fûmes accusés d'avoir provoqué l'échec de la réunion en raison de notre retard et je n'acceptai pas d'être traité de la sorte: je présentai ma démission. Je n'avais aucun souci à me faire, je venais de terminer des études par correspondance dans plusieurs matières: comptabilité, droit commercial, droit civil, etc. C'était largement suffisant pour trouver une autre orientation professionnelle. Je fus ensuite engagé à la Banque du Congo Belge et du Rwanda-Urundi, à Luluabourg. Je devais effectuer un stage de six mois, puis être envoyé vers la succursale de Kolwezi ou de Jadotville13-- au Katanga. Finalement, la direction a préféré me garder sur place et c'était mon souhait le plus cher. Je me suis ainsi retrouvé parmi les évolués locaux où je n'étais pas un inconnu, car pendant toutes les années de ma vie professionnelle au Cadulac ou au Sankuru, j'écrivais régulièrement des articles qui paraissaient dans les journaux locaux de l'époque. Parmi ceux-ci, il y avait la Voix du Congolais, La Croix du Congo, Les Horizons nouveaux et Le Kasaï, notamment. Les évolués et les Européens les lisaient. Ainsi, ai-je acquis une certaine notoriété, sans trop d'effort ! La plupart de mes articles traitaient de l'amélioration des conditions de vie des indigènes grâce à une agriculture modernisée. Tel était le centre de ma pensée. J'ai critiqué et condamné la politique coloniale qui n'était pas de nature à favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'indigène congolais. J'ai dénoncé les injustices et les mauvais traitements que subissaient les Noirs, en raison de leurs
13ladotville était une cité minière de l'Union Minière du Haut Katanga (U.M.H.K.), au Sud, aujourd'hui connue sous le nom de Likasi.

32

origines, et le manque de considération dont ils étaient victimes. Je me suis également opposé à la Colour Bar (barrière de couleur, à l'instar de l'apartheid) et j'ai formulé diverses autres revendications de même nature. Les motivations qui m'ont incité à m'engager dans une lutte indirecte contre le pouvoir établi représenté par l'ordre colonial, au risque de perdre divers avantages que m'octroyait mon rang social, étaient d'ordres politiques et personnels. Mes études me permettaient d'atteindre le niveau de maturité et de réflexion nécessaire à une prise de conscience des réalités politiques de notre pays en cette période-là de notre histoire. En outre, la morale religieuse nous avait été inculquée dès notre plus jeune âge et nous avions reçu tous les enseignements qui en découlaient. Toute mon adolescence, j'ai été très proche des prêtres: je servais à la messe, j'étais enfant de chœur et fervent chrétien. Ces valeurs religieuses et humaines se conciliaient difficilement avec les pratiques discriminatoires que subissaient les Noirs de la part de ceux qui nous les avaient enseignés. Une révolte intérieure se fit sentir. Notre conscience ne nous permettait pas de tolérer ces comportements et ces dérives autoritaires dont les Blancs en général faisaient preuve. Ces pratiques étaient inacceptables! Nommé représentant des indigènes en 1955, comme membre effectif du TEPSI (Travaux et Études du Progrès Social Indigène), du comité provincial de l'urbanisme et du conseil de province du Kasaï, je me sentais responsable de mes compatriotes. Je pense sincèrement que mes supérieurs avaient compris que je n'abusais pas de l'immunité que me conférait la tribune officielle. J'en veux pour preuve que je fus nommé membre suppléant du conseil du gouvernement général à Léopoldville dès 1957, membre suppléant au conseil Provincial de l'Urbanisme, et aussi membre effectif au Fonds Reine Élisabeth pour la mère et l'enfant

33

(FOREAMI). Je fus également agréé en qualité d'expert comptable-fiscaliste par le Tribunal de première instance de Luluabourg. Celui-ci était présidé à cette époque par M. Zuyderoff, procureur du roi. Par ailleurs, mes amis belges du conseil de Province m'aidèrent à me constituer une bonne clientèle parmi les colons qui étaient éparpillés dans tout le Kasaï. Lorsque je me déplaçais, je logeais et mangeais chez mes clients blancs. J'avais ainsi l'occasion d'entrer en contact avec mes compatriotes qui me découvraient. La plupart ne me connaissaient que de nom via la presse et la radio. Chez la plupart des évolués, qui avaient pu se cultiver et acquérir un certain niveau d'analyse et de perception, la prise de conscience était manifeste. Je peux évoquer à titre d'exemple la rédaction d'une lettre collective des évolués, adressée à M. Le ministre Buisseret lors de sa visite officielle au Congo Belge en 1954. Il faut souligner que nous devons la création des écoles laïques, appelées le réseau d'enseignement officiel, à M. Buisseret, ministre libéral belge du gouvernement Achille Van Acker. M. Buisseret était ainsi connu au Congo Belge comme I'homme ayant osé défier les missionnaires catholiques en introduisant l'enseignement officiel et menacé de couper les subsides aux prêtres catholiques. De nombreux Congolais se souviennent qu'à cette époque, ils furent conviés à prier dans les églises pour que l'intéressé meure en raison de son attitude anticléricale! J'étais catholique pratiquant, à cette époque. Comment avais-je pu m'associer à la signature d'une lettre adressée à celui que les missions catholiques considéraient comme le déstabilisateur de leur œuvre? Je me suis expliqué à ce sujet dans plusieurs articles que j'ai écrits à ce moment-là. J'ai effectivement signé de nombreux documents en faveur de cet enseignement. Mon raisonnement était indépendant du problème de la foi et il ne la remettait pas en cause. Partout, les Blancs affirmaient ne pas devoir nous prendre en considération en invoquant

34