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Congo-Brazzaville - Ainsi naquit cette République des Savants et des Généraux

De
395 pages
Le Congo Brazzaville, Etat autonome dans la Communauté franco-africaine, est né le 28 novembre 1958 en tant que République. Le 18 août 1959, il se donnait un drapeau, un hymne, une devise, et le 15 août 1960 décidait de sa souveraineté nationale et internationale. Cet ouvrage rassemble les messages des Anciens ainsi que leurs allocutions, discours appels...prononcés depuis le 28 novembre 1959, premier anniversaire de la République du Congo, jusqu'en Mars 1961 date de l'investiture du premier président congolais Fulbert YOULOU.
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CONGO BRAZZAVILLE

Ainsi naquit cette
des

République

Savants

et des

Généraux

Calixte

BANIAFOUNA

CONGO BRAZZAVILLE

Ainsi naquit

cetteRépublique
des

Savants

et des

Généraux

Congo Démocratie Volume 5

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

FRANCE

L'Hannattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Hannattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino

ITALlE

Du même auteur
Congo Démocratie - Volume 1 : Les déboires de l'apprentissage, 1995 - Volume 2 : Les références, 1995 - Volume 4 : Devoir de mémoire, 2001 Paris, Éditions l'Harmattan Quelle Afrique dans la mondialisation économique? 1996 Entre le cœur et la raison Paris, Éditions Ligue Congo Démocratie Volume 3 : La bataille de Brazzaville, 1999 Paris, Éditions NM7 Vers une éradication du terrorisme universelle? 2002 Paris, Éditions l'Harmattan

@ L'Harmattan, ISBN:

2003

2-7475-4789-2

À Judicaële
pour

ma compagne notre Amour

chérie, et pour

J'Amour

du Congo,

ce livre

t'est

dédié,

en mémoire

des judicieux conseils de nos parents en ce qu'ils nous invitent au respect des coutumes et traditions de chez nous!

SOMMAIRE

PROLO GUE Un Congo plus que jamais rangé aux ordres de l'ancienne métropole Crédible dans les années 60, le Congo ne l'est plus depuis !
Effacé de l'intérêt national, l'homme politique a cédé sa place

21

30 35 39

aux savants et aux généraux La gestion calamiteuse de l'économie a détruit infrastructures de base créées par les Anciens les

43 46 51

Le Congo qui, hier, se voulait une famille, est devenu un champ de tirs LE CONGO VU DE CEUX
prononcée du Conseil

QUI

L'ONT

AIMÉ

ALLOCUTION au retour

par le Président Fulbert YOULOU Exécutif de la Communauté de

Saint-Louis du Sénégal (16 décembre 1959)

53

ALLOCUTION prononcée par le Président de l'Assemblée Nationale lors de la visite officielle du Président de la République à Pointe-Noire (22 décembre 1959) MESSAGE DE (25 décembre NOËL du Président Fulbert YOULOU

54 56

1959)
AN du Président Fulbert YOULOU

MESSAGE DU NOUVEL (1 er janvier 1960).. ALLOCUTION prononcée

...
par le Président Fulbert YOULOU

58

(8 janvier 1960)
ALLOCUTION prononcée par M. VIAL, ministre des Finances au cours de la session budgétaire (17 janvier 1960) ALLOCUTION prononcée à Libreville par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion de la Conférence des Premiers ministres (9 février 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion du remaniement ministériel (16 février 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président de l'Assemblée Alphonse MASSAMBA-DEBA T à l'occasion de la clôture de la session budgétaire (17 février 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion de la clôture de la session budgétaire (17 février 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion de l'inauguration de RADIO-CONGO (20 février 1960) ALLOCUTION prononcée à Bangui par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion de la Conférence des Quatre Premiers ministres d'Afrique Équatoriale (25 février 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion de l'annonce d'un voyage officiel en France (1 er mars 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU au sujet de la jeunesse sans emploi (4 mars 1960)

61
63

67 69 70

70

73

75

76

78 79

10

DÉCLARATION

du Président

Fulbert

YOULOU

à la

Presse

américaine (8 mars 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU au sujet d'une réunion de travail tenue à Paris (16 mars 1960) DÉCLARATION de M. TCHICHELLE à la suite de la signature des accords franco-maliens de transfert de compétence (4 avril 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU à son retour de France (18 avril 1960) ALLOCUTION prononcée par YOULOUdevant es institutions le Président Fulbert nationales et étrangères

82

84

86 87

(18 avril 1960)
DÉCLARATION du Président Fulbert YOULOU à la suite de la visite de M. HAMANI DIORI à Brazzaville (20 avril
1960)

90

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91

EXPOSÉ du Président Fulbert YOULOU France (24 avril 1960) ALLOCUTION l'Assemblée

sur son voyage en 93 99

du Président

Fulbert YOULOU devant Consulaire de Brazzaville (2 mai 1960)

ALLOCUTION prononcée par M. Jacques OPANGAUL T doyen d'âge à l'occasion de la première session de

l'Assemblée Nationale (10 mai 1960)
DISCOURS du Président Fulbert YOULOU à l'occasion de la première session de l'Assemblée Nationale (10m ai 1960) DÉCLARATION du Sénateur ex-belge (22 mai 1960) IBALICO au sujet du Congo

101

104 113

EXPOSÉ du Président Fulbert YOULOU de Fort-Lamy (29 mai 1960)

sur la Conférence 116

DISCOURS prononcé par M. Pierre ANDRÉPrésident de la Chambre de Commerce de Pointe-Noire (2juin 1960) DISCOURS du Président Fulbert YOULOU devant Chambre de Commerce de Pointe-Noire (2juin 1960) la

121 123

Il

ALLOCUTION prononcée par M. Pierre ANDRÉPrésident de la Chambre de Commerce de Pointe-Noire (3 juin 1960) ALLOCUTION du Président Fulbert YOULOU à la Chambre de Commerce de Pointe-Noire (3 juin 1960) ALLOCUTION prononcée par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion de la venue à Pointe-Noire de M. TILGE, Délégué de la Première Région Économique de France (5 juin 1960) ALLOCUTION par M. GAUCHER, Président du Syndicat d'Initiatives à l'occasion de la IVe Foire - Exposition Internationale de Pointe-Noire (6 juin 1960) ALLOCUTION de M. TCHICHELLE, Maire de Pointe-Noire à l'occasion de la IVe Foire - Exposition Internationale de Pointe-Noire (6 juin 1960) ALLOCUTION de M. le Président Fulbert YOULOU à l'occasion de la IVe Foire - Exposition Internationale de Pointe-Noire (6 juin 1960) EXPOSÉ du Sénateur (5 juillet 1960) KIBANGOU à l'Assemblée Nationale

128 133

135

138

140

143

.145

DISCOURS de clôture de la session ordinaire de l'Assemblée Nationale prononcé par M. MASSAMBADEBAT (5 juillet 1960) RÉPONSE du Président Fulbert YOULOU au discours de M. MASSAMBA-DEBA T (5 juillet 1960) DÉCLARATION du Président Fulbert YOULOU à la suite de la signature des accords de transfert de compétence (14 juillet 1960) DÉCLARATION du Président Fulbert YOULOU au sujet de la situation du ex-Congo Belge (16 juillet 1960) ALLOCUTION prononcée par M. BAZINGA, Ministre de l'Information, à l'occasion d'une remise des décorations aux organisateurs des centres d'hébergement des réfugiés belges (24 juillet 1960)

148 150

152 154

155

12

ALLOCUTION prononcée par M. TCHICHELLE, Maire Pointe-Noire, à la Chambre de Commerce Pointe-Noire (24 juillet 1960) ALLOCUTION prononcée par M. CHARPENTIER, Ambassadeur de France à Léopoldville, à l'occasion d'une remise de vivres aux populations de l'ex-Congo Belge (26 juillet 1960) ALLOCUTION prononcée par M. GANOZION d'une remise de vivres aux populations à l'occasion de l'ex-Congo

de de

157

..161

Belge (26 juillet 1960)
REMERCIEMENTS de M. KABANGI, Ministre congolais du Plan, à l'occasion de la remise de vivres par la République du Congo aux populations de l'exCongo Belge (26 juillet 1960) DISCOURS du Président Fulbert YOULOU, à l'occasion de la session extraordinaire de l'Assemblée Nationale (27 juillet 1960) ... ... ALLOCUTION du Président de l'assemblée Alphonse MASSAMBA-DEBA T à l'occasion de la session extraordinaire de l'Assemblée Nationale (27 juillet 1960) ALLOCUTION du Président de l'assemblée Alphonse MASSAMBA-DEBAT au cours de la session extraordinaire de l'Assemblée Nationale (27 juillet 1960)
ALLOCUTION extraordinaire

162

163

.164

168

171
173

du Sénateur

IBALICO

au cours de la
(27 juillet

session

de l'Assemblée

Nationale

1960) au cours Nationale

ALLOCUTION du Député MAMBÉKÉ-BOUCHER, de la session extraordinaire de l'Assemblée

(27 juillet 1960)
DISCOURS du Président Fulbert YOULOU, à la clôture de la session extraordinaire de l'Assemblée Nationale (27 juillet 1960) DÉCLARATION du Président Congolais (28 juillet 1960) Fulbert YOULOU aux

175

177 179 181

DÉCLARATION de M. Jacques OPANGAUL T aux Congolais (28 juillet 1960)

13

ALLOCUTION

prononcéepar le PrésidentFulbertYOULOU
Commerce de Pointe-Noire 183 184

à la Chambre de (29juillet1960)

ALLOCUTION de M. KWAMM, aire de Poto-Poto M à l'occasiondes Fêtes de l'Indépendance (15 août1960) RÉPONSE de M. MALRAUX,ministre d'État de la République française au discours de M. KWAMM (15 août 1960) DISCOURS de M. NZALAKANDA, aire Adjoint de M Brazzaville à l'occasion des Fêtes de l'indépendance (15 août 1960) MESSAGE du Général de GAULLE,à l'occasion de la proclamation de l'indépendance du Congo Brazzaville (15 août 1960)
MESSAGE de l'Abbé Fulbert
YOULOU,

187

188

190 191 195

à l'occasion de la

proclamationde l'Indépendance (15 août 1960) DISCOURS de M. MALRAUX, à l'occasion de la proclamationde l'Indépendance (15 août 1960) DISCOURS prononcé par M. Fulbert YOULOU,Premier Président de la Première République du Congo indépendant, à l'occasion de l'inaugurationdu monument dédié au Général de Gaulle(16 août 1960)
ALLOCUTION

198

de M. GEORGY, Haut Représentant de France à l'occasion d la présentation des lettres de créances (16 août 1960)

201

ALLOCUTION prononcée par M. Alphonse MASSAMBADEBAT Président de l'Assemblée Nationale, à l'occasion de la consécration de l'indépendance juridique du Congo (17 août 1960) .. ALLOCUTION
français

203

prononcée par M. Jean FOYER, Ministre
de la coopération
...

à l'Assemblée Nationale
... 205 207

(17 août 1960)

COMMUNICATION de M. Stéphane TCHICHELLE devant l'Assemblée Nationale (7 septembre1960)

14

ALLOCUTION prononcée par M. Fulbert YOULOU, Président de la République à l'occasion de la session extraordinaire de l'Assemblée Nationale (7 septembre1960) DISCOURS de clôture de la troisième session de de

211

l'Assemblée Nationale prononcé l'Assemblée, Alphonse (11 septem bre 1960)

par le Président MASSAMBA-DEBAT

215

DISCOURS prononcé par M. Stéphane TCHICHELLE Chef de la Délégation congolaise à l'ONU à l'occasion de l'admission de la République du Congo à l'ONU (23 septembre 1960) DISCOURS prononcé à la tribune de l'Organisation des Nations Unies par M. Stéphane TCHICHELLE, Chef de la Délégation congolaise (6 octobre 1960) DÉCLARATION du Président Fulbert YOULOU à Brazzaville après la Conférence d'Abidjan (29 octobre 1960) DISCOURS de M. Alphonse MASSAMBA-DEBA T Président de l'Assemblée Nationale, à l'occasion de la préparation de la deuxième session budgétaire (4 novembre 1960) DISCOURS devant prononcé l'Assemblée par le Président Fulbert YOULOU Nationale (4 novembre 1960)

217

223

234

236
240

ALLOCUTION prononcée par M. GANDZION, Ministre de l'Éducation nationale à l'occasion de la réunion de la commission paritaire domaniale franco-congolaise (4 novembre 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU

248

à son retour de Paris (8 novembre 1960)
ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion de l'ouverture de la Conférence des
Premiers ministres d'Afrique Équatoriale Française (AEF)

252

(10 novembre 1960) APPEL du Président Fulbert YOULOU à l'occasion du deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo (15 novembre 1960) ALLOCUTION du Président Fulbert YOULOU départ pour New York (16 novembre 1960) avant son

253

255

257

15

ALLOCUTION prononcée par le ministre IBOUANGA, à l'occasion de l'inauguration du terminal de Pointe Indienne (17 novembre 1960) ALLOCUTION prononcée à l'Assemblée générale des Nations Unies par l'Abbé Fulbert YOULOU, Président de la République du Congo (18 novembre 1960) DISCOURS prononcé à la tribune de l'Organisation des Nations Unies par M. Stéphane TCHICHELLE, ministre des Affaires Étrangères (21 novembre 1960) ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOUà son retour de New York et Paris (24 novembre 1960) MESSAGE du Président Fulbert Congolais (28 novembre 1960) YOULOU adressé aux

260

265

272 283 288

ALLOCUTION prononcée par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion des cérémonies du deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo (28 novembre 1960) ALLOCUTION prononcée par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion du banquet du deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo (28 novembre 1960) DISCOURS prononcée à Pointe-Noire par le Président Fulbert YOULOU au terme des fêtes officielles marquant le deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo (4 décembre 1960) DISCOURS prononcée à Pointe-Noire par M. Stéphane TCHICHELLE au terme des fêtes officielles marquant le deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo (4 décembre 1960) DISCOURS prononcée à Pointe-Noire par M. Jacques OPANGAUL T au terme des fêtes officielles marquant le deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo (4 décembre 1960)

290

295

297

299

302

16

ALLOCUTION

prononcée à Pointe-Noire par M. Germain

BICOUMA au terme des fêtes officielles marquant le T deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo (4 décembre 1960)
ALLOCUTION prononcée par le Président Fulbert YOULOU

303

à l'occasion de la remise de diplômes à la première promotionde l'Écoledes Cadres du Service Civiquede la Jeunesse Congolaise(8 décembre 1960) DISCOURSprononcée par le Président Fulbert YOULOUà l'occasion de l'ouverturede la Conférence de Brazzaville (15 décembre 1960) ... DISCOURS prononcée TCHICHELLE à (22 décembre 1960) par le ministre Stéphane l'Assemblée Nationale

304

306

315 321 322
Fulbert YOULOU

MESSAGE DE NOËL du Président Fulbert YOULOU (24 décembre 1960)
MESSAGE DE NOËL de M. Stéphane TCHICHELLE, Maire

de Pointe-Noire(24 décembre 1960)
MESSAGE DE NOUVEL AN du Président

(28 décembre 1960) ALLOCUTION prononcée par M. Stéphane TCHICHELLE Maire de Pointe-Noire à l'occasion du cocktail de fin d'année (31 décembre 1960)

324

326

ALLOCUTION prononcée par M. Stéphane janvier 1961)

TCHICHELLE

Maire de Pointe-Noire à l'occasion du banquet du Nouvel An offert par le Président de la République
(1e

327 330

ALLOCUTION prononcée à l'Assemblée Nationale par le Sénateur IBALICO(5 janvier 1961) ALLOCUTION prononcée par M. Stéphane TCHICHELLE Maire de Pointe-Noire à l'occasion de la visite du Président de la République à Diosso (7 janvier 1961) DISCOURS prononcée par le Président de l'Assemblée Nationale, M. Alphonse MASSAMBA-DEBAT, à l'occasion de la clôture de la session budgétaire (16 janvier 1961)

332

334

17

DISCOURS de clôture du Président de la République, l'Abbé Fulbert YOULOU à l'occasion de la clôture de la session budgétaire de l'Assemblée Nationale (16 janvier 1961) ÉLOGE FUNÈBRE de M. Jean-Félix TCHICAYA par le Président de la République, l'Abbé Fulbert YOULOU (17 janvier 1961) ÉLOGE FUNÈBRE de M. Jean-Félix TCHICAYA par M. Stéphane TCHICHELLE, Maire de Pointe-Noire (17 janvier 1961) ÉLOGE FUNÈBRE de M. Jean-Félix TCHICAYA Ministre Germain BICOUMAT (17 janvier 1961) par le

337

339

341

344

DISCOURS de M. Jacques OPANGAUL T, Garde des Sceaux au cours d'une audience solennelle au Palais de Justice (21 janvier 1961) ALLOCUTION
l'occasion

346

prononcée
du passage

par M. Stéphane
de l'Escadre

TCHICELLE
à Pointe-

à

américaine

Noire (30 janvier 1961)
ALLOCUTION prononcée par le Président de la République, l'Abbé Fulbert YOULOU, avant de quitter Elisabethville (12 février 1961) DISCOURS prononcée par le Président de la République, YOULOU, à l'occasion de la session extraordinaire de l'Assemblée Nationale pour le vote de Constitution (23 février 1961) .. ...

350

352

l'Abbé Fulbert

...

355

ALLOCUTION prononcée par le Premier Vice-Président du Gouvernement M. Stéphane TCHICHELLE, à l'occasion du passage de l'Escadre française à Pointe-Noire (28 février 1961) DISCOURS prononcé par le Ministre des Affaires Étrangères, M. Stéphane TCHICHELLE, à l'occasion de la levée du deuil de M. Jean-Félix TCHICAYA à Diosso (6 mars 1961) DISCOURS prononcé à Pointe-Noire par M. TCHICHELLE à l'occasion de la campagne présidentielle (19 mars 1961) Stéphane électorale

357

359

364

18

DISCOURS prononcé par le Ministre Germain BICOUMAT à l'occasion des travaux du démarrage du barrage du Kouilou (24 mars 1961) DISCOURS prononcé à Sounda par TCHICHELLE à l'occasion du démarrage barrage du Kouilou (24 mars 1961) M. Stéphane des travaux du

369

371

DISCOURS prononcé à Sounda par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion des travaux de démarrage du barrage du Kouilou (24 mars 1961) REMERCIEMENTS du Président Fulbert YOULOU au lendemain des élections présidentielles (27 mars 1961) IL FAUT UNE CONSCIENCE NATIONALE
({

375 380
383

Intégrer le principe d'union sacrée nationale: Congo ne fera pas pour lui-même, personne sa place» Tirer le bien du mal nécessaire Restaurer l'autorité de l'État des coutumes et traditions par l'institution

ce que le
386 390

ne le fera à

d'un

ministère 392

19

PROLOGUE

e n'avais que dix ans, la dernière année où je vécus avec mon père avant sa mort. Réservé et discret de par sa nature, il était particulièrement bavard cette année-là comme par pressentiment de ne rien oublier de ce dont ils'était donné l'obligation de me transmettre. Mon père raconte: « Au royaume Kongo, il y avait d'immenses forêts, des esclaves certes, mais aussi de la pierre à bâtir, de l'or, du plomb, du zinc et divers métaux qu'on ne savait pas encore précieux. « Au royaume Kongo, les indigènes s'y croyaient heureux. Quelques siècles plus tard, des missionnaires sont venus leur dire que non, puis les colons ont suivi. « Au royaume Kongo, on créa des charges politiques spéciales en relation avec le colon: gouverneur de Port, ministre du Commerce et des Européens. Ces postes devinrent si importants que leurs titulaires purent bientôt rivaliser impunément avec le roi. Finalement, celui-ci ne fut plus reconnu par les nobles qu'à la condition de les exempter du tribut et de ne pas intervenir dans leurs affaires. S'il s'y refusait, les armes parlaient... Appauvris, les rois en furent réduits à distribuer les charges aux plus offrants. Ce fut le règne de la vénalité et de la corruption. )}
«

J

Au royaume Kongo, le chemin de fer Congo Océan Brazzaville-

Pointe-Noire a coûté la population d'une province, un Nègre par traverse et un Blanc par kilomètre. On dit qu'au début, on avait décidé en haut lieu de verser 100 francs d'indemnité à la femme de chaque indigène mort sur le chantier. On a dû abandonner cette idée. Par économie? Même

pas! Ce versement exigeait une comptabilité, et cette comptabilité permettait d'établir en fin d'année le nombre de morts. C'était trop
effrayant! » Pourquoi ces images me reviennent-elles dans la tête? Qu'ont-elles à avoir avec la naissance du Congo Brazzaville, avec le pétrole congolais qui asservit davantage les populations locales, avec son chaos actuel, avec ces Congolais non comptabilisés qui meurent chaque jour de barbarie politique? Nous voici dans le vifdu sujet. On n'a pas besoin de tout un espace de vie pour connaÎtre l'origine du Congo Brazzaville. Car, son acte de naissance remonte seulement à 1958, avec la proclamation de la République et elle ne s'affirma pleinement qu'à partir de 1960, année de son indépendance. Indépendance! Le mot est lâché. Tels des profanes lâchés au volant d'un bolide roulant à 200 kilomètres à l'heure en sachant qu'ils n'ont jamais conduit de leur vie, les Congolais semblent pris au dépourvu d'un signal prématuré donné par le Général de Gaulle: « Allez-y, c'est votre tour! » Le Général a parlé. Il a dit ce qu'il avait à dire. Puis, ceux qui ont pris la relève ont dit ce qu'ils avaient à dire et ont remercié le Général. Trois ans seulement après, un groupe de jeunes fignole un discours non prévu au protocole. Ils vont dire ce qu'il ne faut pas dire. Tant pis pour eux! Mais comment le savoir dans ces années des lumières où toutes les idées, même diaboliques, comptaient dans le cadre de l'émancipation des Africains? Il paraît que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Il paraît aussi que les gens de bonne qualité savent tout sans avoir jamais rien appris. Il paraÎt qu'il y en a qui sont capables d'enseigner tout, même ce qu'ils n'ont jamais appris. Le discours des jeunes, convaincus d'avoir remporté la victoire de l'indépendance, vise en effet le déclenchement d'un autre combat: la lutte des classes. Les classes sociales existent-elles au Congo Brazzaville?

On peut se poser la question, puisque ce pays optera pour le marxisme-léninismedont un des principaux postulats est la lutte des classes. « Le phénomène colonial,justifierontces jeunes, a créé dans notre pays un prolétariat des villes et des campagnes à partir des grandes concessions; parallèlementila créé des classes privilégiées: la bourgeoisie et la petite bourgeoisie (bureaucratique, compradore, 24

parlementaire. » Ceux qui sont désignés comme privilégiés seront alors pourchassés au cri de :

« YOULOU

a tout volé, nous bâtirons de nouveau! »

Le premier signe que quelque chose clochait, c'est au fond l'écoute que le Général de Gaulle a fait de ce discours. Il l'a écouté. Là, il s'est dit qu'il y avait quelque chose qui n'était pas tout à fait dans le sens que l'on espérait. Mais désespoir ne veut pas dire indignation. Au contraire, l'Abbé Fulbert YOULOU sera vite lâché par le Général de Gaulle. On dit qu'il lui aurait reproché d'être sorti du pré carré de la Communauté française pour les Etats-Unis où il a dépêché un émissaire, remettre un lionceau au président américain, dont il sollicita pour financer les travaux du barrage du Kouilou, financement refusé par le Général parce que, trop ambitieux, le projet rangerait trop tôt le petit Congo dans la cour des grandes puissances. Mais ça, c'est une autre histoire! D'un côté, le Congo Brazzaville se prend pour une patate chaude aux mains des colons qui le lâchent en soufflant, de l'autre le colonisateur fait de l'indépendance un cadeau en espérant que le gâteau trop lourd à digérer n'étouffe. Au football, cela s'appelle une fin de première mi-temps. Si l'indépendance est considérée comme une victoire des Congolais sur le colonisateur, ceux-ci ne font que mener au score à la fin de cette première mi-temps. Mais, dans l'enthousiasme, tous les joueurs, y compris les juniors, cherchent à quitter le banc de touche pour se mêler au jeu. Ce jeu révolutionnaire se jouera en l'absence du capitaine dont le brassard vient d'être retiré avant de se faire expulser du stade sous les applaudissements des spectateurs et le regard impuissant de l'entraîneur. Tel un prophète, le capitaine quitte le stade après ce mot du cœur qui n'intéresse d'ailleurs plus personne: « Mbongo zawu kua ba tâ sila bô. Mbo fu sumba yaka dia nzenga ku Totaf. »1 Un prophète prédit l'avenir, mais le prophète est mort et l'avenir avec lui, quoique disent ceux qui ont pris la relève. Ils disent en effet avoir
Exhortation à la sagesse du peuple congolais par le premier Président de la République, l'Abbé Fulbert YOULOU: «Prenez garde, ils s'agitent pour leurs intérêts égoïstes et individuels. Vous prenez le risque de sombrer dans la misère ». «Acheter les morceaux de manioc au marché Total» est synonyme d'une société en disette, ce qui est un déshonneur dans la tradition Kongo où le manioc (aliment de base) se vend en entier et sous emballage approprié. 1

25

constitué

une classe politique pour l'avenir du pays. Une classe

politique

comme les autres, non. L'ambition ne se lit pas sur les visages. Ne mords pas la main qui te nourrit. Ils prendront la main et tout le reste. Et puis, un jour, ils se nommeront eux-mêmes généraux. Ils se nommeront savants. Or, pour les généraux la seule négociation possible c'est la guerre, les savant c'est la palabre sans issue. Chacun ses rites, chacun ses traditions et surtout chacun pour soi. Une seule règle commune: la paix, à condition de vouer aux gémonies tout élément étranger à la logique de la force ou de la compréhension des formules complexes. Mais, paradoxe! C'est la peur qui domine les consciences des savants et des généraux. On tue parce qu'on a peur de l'autre; on tue parce qu'on a peur d'être tué; on tue parce qu'on n'est pas sûr de soi; on tue parce qu'on n'a pas la conscience tranquille; on tue parce qu'on doute des actes que l'on pose... Ainsi écarté, l'élément est pris pour instigateur de trouble. Qu'importe! Le deuil du faible, parce que faible, n'arrête pas le cours de l'histoire! Et pourtant, dans les festivités qui rassemblent généraux et savants, l'énergie des gens pleins de vie et de dynamisme ressemble à une vie conjugale: les paroles hostiles l'emportent sur les déclarations d'amour; entre mari et femme, on se fait plus de mal que de bien. Et ce même en dehors de toute situation pathologique où les conjoints érotisent la haine et la rancune et finissent par jouir de leur méchanceté et du malheur de l'autre. Illustration parfaite du complexe de Caïn. Prototype du méchant jaloux, Caïn commet le fratricide qui l'a rendu tristement célèbre après que Dieu ait complimenté Abel. Et pourtant, la Genèse ne se limite pas à sa méchanceté: elle parle aussi de sa puissance. Caïn s'est marié, a fondé une ville. Caïn exerce cette même fascination ambiguë que, de nos jours, nombre de savants et de généraux. Même si, comme le coup de foudre, la violence des généraux sur les savants et vice-versa (chacun son arme) traduit une urgence qui les renvoie à leur animalité, même si leur violence est aussi incontrôlable que certains phénomènes météorologiques, elle est dirigée contre les plus faibles. Si, de toute évidence, les lions ne peuvent se manger entre eux, il est aussi évident que là où leur seule force ne suffit plus à les épargner de la fureur du tigre ou de l'ours, le renard est là pour plaider leur cause.

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est ainsi connue. Devant le deuil général, le lion propose que le plus coupable soit immolé, pour apaiser la colère divine. Et chacun de se confesser tour à tour: que le plus coupable périsse! Lion, tigre, ours sont absous de leurs meurtres parce que nul n'ose s'opposer à leur puissance. Le renard va jusqu'à démontrer l'innocence du lion... et flatteurs d'applaudir. Tous furent jugés de petits saints, sauf le baudet, qui avoua, puisqu'il faut parler net, avoir tondu d'un pré la largeur de sa langue. À ces mots, on cria haro sur le baudet: manger l'herbe d'autrui! Quel crime abominable! Et la mort fut jugée seule capable d'expier son forfait. La mort, la mort, la mort... ! Puis,... des trous de mémoire, des images dans ma tête, des images interdites mais pas inoffensives. Ces trous noirs seront-ils plus corrosifs que les images qu'ils sont supposés cacher? Les généraux du Congo Brazzaville finiront peut-être par mieux comprendre la nécessité d'un débat national réel. Mais, les intérêts mis en jeu sont trop divergents. Il y a les images et ceux qui les créent. Des journalistes ont écrit: « Nous n'avons plus besoin de savants dans ce pays; nos généraux suffisent. Ils ont rendu la paix». C'est vrai, il y en a qui y sont en paix, puisqu'à côté des généraux sont embauchés des ministres, des députés... pour faire comme les autres, pour faire comme dans les pays démocratiques! Quant au peuple pour qui cette paix est destinée, seules les tristes mines des visages traumatisés permettent de décrypter le message d'une attente désespérée. Imaginez qu'il n'y a pas de ciel, pas d'enfer. Imaginez qu'il n'y a pas d'explication dans tout ça ! Et s'il n'y avait pas le pétrole de Pointe-Noire pour financer la bombe qui détruit les Congolais et permet aux généraux, là où les savants ont échoué, de s'autoproclamer pour se maintenir au pouvoir. Ily a la vie, ily a la mort; après, il n'y a rien! Un jour, chaque Congolais a compris qu'il y avait mort et mort. Rien de nouveau, direz-vous. Mais, sur le marché du pétrole où se retrouvent Blancs et Noirs, chaque Congolais a aussi compris que ce n'est pas forcément une histoire de peau, une histoire d'ethnies, une histoire du Nord et du Sud comme certains ont tenté de la réduire à la seule unité de mesure du mal congolais. Une preuve que l'assassin n'est pas souvent celui qu'on croit. Il y a bien des manières de tuer. Il y a des souvenirs
L'histoire

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dont on se débarrasse volontiers pour le bourreau comme pour la victime. Mais que dire d'une histoire de violence nationale vieille d'un demisiècle? Faut-il ressusciter le prophète? Faut-il lui redonner la parole une dernière fois? Ou, faut-il laisser les vagues des pluies torrentielles laver les dernières traces d'un souvenir du sang? Juste avant les festivités de l'indépendance, l'Abbé Fulbert YOULOU confia à son adversaire politique, Jacques OPANGAULT, la main dans la

main:
« Le Congo Brazzaville est enfin uni et pacifié définitivement! » C'est fou ce qu'un prophète peut se tromper. Parfois, on croit tenir les liens des choses, parfois ils vous échappent. Les Anciens se sont trompés, eux aussi, sans s'égarer. Ils se sont trompés sur le sens de l'indépendance intérieure comme ils se sont trompés sur le regard de ceux qui étaient en avance sur la vision du monde. C'est ainsi qu'en vénérant à l'extrême le Général de Gaulle, ils étaient loin de penser que le pays qu'ils tenaient à construire sur son dos serait détruit par la droite, ceux-là mêmes qui, en métropole, se sont déclarés continuateurs fidèles et invétérés de son œuvre. Mais, Charles de Gaulle était-il un homme de droite? Il y a une raison bien fondée de croire à la thèse d'un de Gaulle, l'inclassable. De Gaulle, homme de droite. C'est en tout cas ainsi que le définissent la majorité des Français. C'est aussi l'image qu'a voulu donner de lui la gauche, qui vit en lui un héritier de Bonaparte et de Boulanger, un fauteur de coup d'État, voire un fasciste... De Gaulle à droite? La question fut toujours accueillie d'un haussement d'épaules par l'intéressé. Il y a pourtant clairement répondu, par la négation, au moins par quatre fois: son progressisme social, son œuvre de décolonisation, son adhésion sans faille à la République et le fait que ses ennemis les plus farouches furent souvent des hommes de droite.
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Je ne suis pas d'un côté, je ne suis pas de l'autre, je suis pour la

France», exposa-t-il ouvertement à Michel Droit, le 15 décembre 1965, au cours d'un entretien télévisé salvateur après que de Gaulle eut été mis en ballottage par François Mitterrand, le candidat unique de la gauche, au premier tour de la première élection présidentielle au suffrage universel. De gauche ou de droite, quel intérêt pour le Congo? Les Anciens n'ignoraient pas, certes, - puisqu'ils l'ont dit -, qu'une indépendance « octroyée» se donne par la main droite pour être reprise par la main gauche. Ce qu'ils ignoraient, c'est que ce qui est repris par la

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main gauche soit essentiel et beaucoup plus destructeur que ce qui est donné par la main droite. C'est ainsi aussi qu'en politique étrangère, la position des Anciens à l'ONU sur le Gouvernement Emery Patrice LUMUMBA (Congo ex-belge) était déterminante pour la reconnaissance de ce dernier. Ils l'ont vivement combattu jusqu'à sa mort politique et sans le moindre témoignage de recueillement lors de sa mort physique. Le Congo exbelge le déclarera pourtant, plus tard, héros national et l'histoire retiendra son nom au panthéon des grands hommes de ce monde. Déceler les failles des Anciens est, cependant, loin d'être le but principal de mon œuvre. J'ai voulu retrouver les morceaux du puzzle nécessaires à l'atteinte de l'objectif que les uns et les autres se sont fixé: la paix et l'unité nationale. J'ai voulu chercher l'âme des Anciens, ceux qui voyagent sans retour; ceux qui n'arrivent plus à trouver leur repos; ceux qui bloqués, perdus, sont loin de chez eux; ceux qui reviennent visiter Brazzaville et ses régions en gravats; ceux qui reviennent chatouiller les pieds des coupables endormis. Mais, dans leur projet de paix et d'unité nationale, les Anciens, se seraient-ils passés du pétrole comme vecteur économique? En y touchant, les généraux et les savants ne les prendraient-ils pas, eux aussi, pour des éléments instigateurs de trouble? paraît que chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs. " Pourquoi se mêleraient-ils donc des choses qui ne sont pas de leur âge? À chaque âge son combat. Celui de la lutte des classes sociales peut ainsi établir son bilan provisoire... dans l'aire de l'évolution vertigineuse de la science et de la technologie favorable aux savants et, celle de la prolifération des armes de destruction massive favorable aux généraux: 3 000 Congolais morts de révolution socialiste scientifique, 4 000 d'apprentissage à la démocratie occidentale, 10 000 de lutte d'influence entre savants et généraux, 100 000 de consolidation du pouvoir des généraux... puis nombre des Congolais non comptabilisés, dit-on, pour la restauration de la paix et de l'unité nationale. Bien entendu, comme à chaque fois qu'une telle catastrophe se produit, savants et généraux montent au créneau, multipliant les déclarations tonitruantes et les engagements irréversibles: plus jamais ça, clament-ils! jusqu'à ce que l'émotion retombée, les choses continuent comme avant. Ces catastrophes à répétition sont évidemment un énorme gâchis. À tous points de vue: des régions entières saccagées pour des

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années, des villages rasés, des populations désespérées, poussées à l'exil. Mais ce n'est ni un hasard, ni une fatalité. C'est la conséquence directe, inévitable de l'organisation économique qui domine le globe, le capitalisme pour l'appeler par son nom. C'est le jeu de ce qu'ils appellent la libre concurrence» : si l'un ne prend pas tous les risques, celui d'en face le fera, prendra des parts de marché et finira par couler les autres. Le capitalisme, c'est prendre des risques, disent certains patrons avec des accents de fierté. Ces risques sont autant allégés pour le capitaliste qu'il trouve sur le terrain des traîtres, complices qui ne réclament pour monnaie d'échange que le pouvoir individuel au détriment de l'intérêt collectif. Mais toute la question est que ce sont les uns qui prennent les risques et les autres qui paient l'addition, sans parler des générations futures dont on bousille l'avenir. Les véritables coupables, les commanditaires et les propriétaires réels des richesses convoitées sont à Washington, à Londres, à Paris: ce sont les grandes compagnies pétrolières (Exxon, Mobil, Shell, Total, Elf, etc.) qui bien évidemment tirent les ficelles. Elles contrôlent les gisements, procèdent à l'extraction, assurent le raffinage et commanditent le transport du pétrole qui leur appartient. Elles prennent simplement la précaution de masquer leur responsabilité derrière des maux spécifiques à toute société humaine (tribalisme, maladies mal ou non soignées, luttes pour le pouvoir, etc.) ou, des sociétés écran qui font appel à des armateurs margoulins... en sachant parfaitement qu'ils le sont. Une preuve que, près d'un demi-siècle après son autonomie de gestion, le Congo Brazzaville n'a même pas encore acquis les attributs d'une souveraineté interne, sur tous les plans.
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Un Congo plus que jamais rangé aux ordres de l'ancienne métropole À propos de l'indépendance, les Anciens ont mis en pourpre qu'ils comptaient assumer la réalité historique d'une période pleine de contradictions mais qui, cependant, a projeté quelques principes de décollage et promit des temps modernes. Pour eux, l'indépendance constitue un phare décisif du Congo dans l'évolution du monde et de la société humaine, ce dont s'en réjouit l'un d'entre eux:

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« Ici, toute reconnaissance va à M. l'Abbé Fulbert YOULOU, Président de la République, artisan de cette œuvre magnifique dont nous sommes les premiers bénéficiaires. Nous ne laisserons pas non plus sous silence la compréhension de certains leaders politiques tel que le Président OPANGAUL T. », extrait de l'allocution du Sénateur IBALICO à l'Assemblée Nationale, le 5 janvier 1961.

Or, le sort du Congo Brazzaville semble scellé à jamais dans les intérêts économiques de l'ancienne métropole. Est-ce, peut-être, dû au fait de n'avoir pas compris le message des Anciens qui, dès l'année de l'indépendance, annoncèrent la couleur:
« Rien dans ce pays n'a été fait sans la France et surtout ce qui se fera demain dans ce pays, se fera avec la France. », extrait du discours, le 16 juillet 1960, de M. Stéphane TCHICHELLE, Maire de Pointe-Noire, s'adressant aux membres de la Chambre de Commerce! Ou bien celui, plus direct, du Président Fulbert YOULOU: « C'est pourquoi, me tournant vers nos amis, originaires de cette France, qui œuvrent à nos côtés,... je tiens à vous assurer de notre amitié, de notre désir de vous voir continuer à travailler avec nous dans ce pays où vous demeurerez des citoyens à part entière, aussi longtemps que vous voudrez l'être. Notre indépendance n'a pas été acquise contre vous, mais avec vous, grâce à vous. », extrait du discours prononcé à l'occasion de la session extraordinaire de l'Assemblée Nationale du 27 juillet 1960.

Quoique, à la même époque, certains esprits éclairés n'ont pas hésité de tirer la sonnette d'alarme:
« Nous avons présumé que cette France qui nous appelait dans la Communauté ne faisait pas une invitation à la manière du renard de la fable. Et c'est précisément pour empêcher que l'une ni l'autre partie ne joue au renard ou à la cigogne et, compte tenu de la course vertigineuse des peuples vers une liberté accrue, que la Communauté a pris un virage salutaire qu'on lui connaît à l'issu du 6e Conseil Exécutif», extrait du discours prononcé par le Président de l'Assemblée Alphonse MASSAMBA-DEBAT à l'occasion de la clôture de la session budgétaire du 17 février 1960. Ces diverses déclarations panthère prouvent que, moins par souci de porter le

costume de valets du colonisateur que par esprit de sagesse et telle une
qui ne sort pas ses griffes tant qu'elle n'a pas atteint sa proie,

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les Anciens, en feignant de se faire petits, ont voulu préserver danger prévisible qui pointait à l'horizon:

le pays du

« Dans un monde en perpétuelle agitation où les appétits de certains monstres sont une menace permanente pour les faibles, dans une Afrique qui se réveille d'une profonde léthargie et qui demain risque d'être l'enjeu d'un colonialisme qui n'ose pas dire son nom, mais pire que celui que nous avons connu, la République du Congo est un havre de sagesse et de paix. », extrait du discours de M. Stéphane TCHICHELLE, à Pointe-Noire, le 4 décembre 1960.

Non persuasifs,les savantset les générauxse sont laissésenfermer dans un piège que les Anciens voulaient leur faire éviter. Faibles devant les colons modernes, ils se sont laissés avoir par les appétits des monstres. Le Congo Brazzaville est retombé dans une profonde léthargie. Devenu l'enjeu d'un colonialismequi n'ose pas dire son nom, mais pire que celui connu par les Anciens, ce pays où la querelle se fait désormais sur une tête d'épingle, a cessé d'être un havre de sagesse et de paix. :
« Si par malheur nous nous laissions aller sur la pente fatale, nos enfants, ceux qui dans quelques années seront devenus des hommes ne comprendront pas que nous, leurs pères, que vous, leurs aînés, notre jeunesse d'aujourd'hui, ayons gâché une aussi belle occasion que celle qui vient de nous être offerte en cette année 1960. », extrait d'allocution prononcée par M. Stéphane THICHELLE à l'occasion du deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo.

enfants que nous étions hier ne comprenons pas que nos aînés aujourd'hui, jeunesse d'hier, aient « gâché une aussi belle
Et, puisque

occasion», il est permis d'affirmer sans le moindre état d'âme que les acteurs politiques de la deuxième génération se passionnent pour d'autres types de querelles. Car, au principe du « pétrole contre pouvoir» adopté par certains d'entre eux pour prétendre développer le pays, et qui semble justifier la triste réalité des incendies politiques, économiques et sociales actuelles, les Anciens avaient leur mot à dire:
« Certains croyaient qu'il suffisait de s'asseoir à la place des fonctionnaires français de commandement ou des chefs d'entreprises blancs pour métamorphoser le pays et le transformer en un Eldorado où l'or se ramasse à la pelle. Il n'y a pas d'Eldorado où l'or se ramasse à la pelle. Il y a des nations qui

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prospèrent par le travail, la persévérance et l'acharnement dans la confiance; il Y a malheureusement des nations qui piétinent parce que le peuple manque de confiance et ne croit pas à une résurrection par le travail. », extrait d'allocution prononcée par M. Stéphane THICHELLE à l'occasion du deuxième anniversaire de la proclamation de la République du Congo.

Le Congo

Brazzaville

piétine

aujourd'hui

parce

que le peuple

a perdu

confiance. Or, un peuple sans confiance est un peuple fatigué et, un peuple fatigué est un peuple résigné, non souverain et voué à la mendicité. Plus tard, ce peuple prendra la mendicité pour un droit, duquel il revendiquera des libertés fondamentales.. L'indépendance sans dignité n'est pas une indépendance: c'est un assistanat. Telle une femme divorcée, bouclant exclusivement ses fins de mois des pensions alimentaire et compensatrice versées par son ex-mari, mais qui se targue d'être digne de son indépendance confondue avec sa liberté de célibataire, ou un individu survivant exclusivement des aides sociales et qui se mêle dans les rangs des grévistes salariés pour réclamer la disparition pure et simple... des cotisations sociales, un peuple en dépendance finit non seulement par fatiguer le donateur mais aussi par se fatiguer lui-même. Telle est la loi dérisoire du don sans contrepartie. « Ni vous sans moi, ni moi sans vous», n'est-il pas le message fort adressé par les Anciens au peuple congolais dans ses rapports avec le courtisan et qui, si l'on tente de les séparer, l'un et l'autre disparaissent? : « Les États africains ne veulent plus être en situation de mendicité. Celle-ci fatigue à la fois, comme l'a dit M. HouphouëtBoigny, celui qui donne et celui qui reçoit. Puis la politique du don reste dominée par la logique de l'économie marchande et par le concept de l'assistance. L'aide « octroyée» a été jusqu'ici la règle; l'aide « négociée», l'exception.», extrait du discours prononcée par le Président Fulbert YOULOU à l'occasion de l'ouverture de la Conférence de Brazzaville, le 15 décembre 1960.

Le Congo Brazzaville n'étant pas sorti de la logique de 1'«aide octroyée», son indépendance ne se réduit qu'à une alliance qui mit fin à la guerre entre l'oiseau du jour et celui de la nuit. Dans la fable consacrée à cette histoire, Jean de La Fontaine (dans L'Aigle et le Hibou, Fables, v.18 [1668]) le qualifia tour à tour de hibou, de chat-huant et d'oiseau de Minerve(chouette). Le hibou ayant décrit ses petits comme « mignons,
beaux, bien faits et jolis sur tous leurs compagnons», l'aigle ne les 33

reconnut

pas dans ces « petits monstres fort hideux, rechignés, un air

triste, une voix de Mégère»... et les massacra sans remords. La fable fait ici allusion à une société à la recherche de l'indépendance, mais qui ignore le colon dont elle veut se libérer. Tantôt elle le traite de méchant colon, tantôt elle le supplie de gentil donateur, tantôt elle le prend pour un

ami. Un jeu dangereux qui, loin de libérer, enfonce le pays dans un
asservissement total et plonge le peuple dans un rêve qui ne deviendra jamais réalité. Et pour cause: « C'est que l'indépendance ne relève pas du domaine de l'utopie et de la clef des songes. L'indépendance est une réalité qui se matérialise tous les jours, mais qui avant tout se mérite et se gagne par le labeur quotidien. », extrait de l'allocution de M. Stéphane TCHICHELLE, à l'occasion du banquet du nouvel an e offert par le Président de la République, le 1 janvier 1961.

N'en accusent que les Congolais eux-mêmes car, point d'indépendance sans labeur quotidien, point d'indépendance sans identification du colon moderne puisque l'ancien colonisateur serait devenu ami. Un ami dans un monde moderne dont l'ambiance est ainsi décrite:
« Nous avons tous les jours à faire front aux impératifs d'un monde moderne en proie à de terribles convulsions dont on redoute toujours les funestes conséquences.», extrait de l'allocution prononcée par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion de la visite du Président de la République à Diosso, le 7 janvier 1961.
Affaiblis par les convulsions, hésitants, nous voici donc en plein dans

ce monde impitoyable d'inconnus d'où voulaient nous épargner les Anciens: «Promue au rang de nation, libre d'écrire son histoire, la République du Congo se trouve maintenant face à face avec les réalités d'un monde impitoyable qui ne laisse pas beaucoup de chances de réussite aux faibles et aux hésitants.», extrait du discours prononcé par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion de la levée du deuil de M. Jean-Félix TCHICAYA, le 6 mars 1961. Or:
« La nation, a dit Renan, n'est pas seulement un fait historique, un groupe d'individus, une tradition, une âme ou un pays, c'est surtout la spiritualisation de ces différents éléments matériels au

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service des hommes et de l'humanité.», extrait du discours prononcé par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion de la levée du deuil de M. Jean-Félix TCHICAYA, le 6 mars 1961. Aujourd'hui, rien n'est fait pour répondre à tout cela. Ces foules de prieurs observées au quotidien, ici et là, aux quatre coins du Congo, bras tendus et têtes tournées vers le ciel, certains pleurant à grands cris, d'autres tombant en transe à défaut de monter au ciel à pieds, demandent tout à Dieu sans savoir qu'il faut commencer par la spiritualisation du fait historique, de la tradition, de l'âme et du pays. Si l'émancipation d'un peuple passe par sa sortie de la dépendance, c'est avec une fierté immense que le Congo Brazzaville peut s'estimer émancipé sur le plan des richesses naturelles. Il yale pétrole et tout pays est fier d'en avoir, sauf qu'il ne peut pas empêcher aux démunis de s'en procurer. Mais, le nanti, doit-il laisser aux démunis la possibilité de lui détruire tout en s'émancipant sur le dos de ce qui ne lui appartient pas, ou bien le laisser s'émanciper sur la base de négociation de ce qu'il n'a pas chez lui et qu'il désire avoir pour son bien? la prise de conscience des Congolais. Crédible dans les années 60, le Congo Là est tout le sujet de

ne l'est plus depuis!

Au demeurant: « ... je voudrais pouvoir vous dire la fierté que j'ai éprouvé il y a quelques semaines à peine, lorsque notre Président de la République est monté par la travée d'honneur à la tribune des Nations Unies, à cette même tribune qui a vu défiler les ténors de la politique mondiale (Eisenhower, Kroutchev, Mac Millan, etc.). », extrait de l'allocution de M. Stéphane TCHICHELLE, à l'occasion du banquet du nouvel an offert par le Président de la République,
le 1 janvier
e

1961.

Tribune

de l'ONU pour quoi y faire?

« À la tribune des Nations Unies, le Président Fulbert YOULOU a fait entendre sa voix comme la voix de l'Afrique entière, celle de la sagesse africaine et de la raison. Il ne se passe pas de jour sans qu'un Chef d'État africain ne vienne offrir son concours ou sa médiation pour mettre un terme aux luttes fratricides... ou pour dissiper les nuages d'orage qui menacent d'autres nations et en même temps la paix du monde. », extrait du discours prononcé par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion de la levée du deuil de M. Jean-Félix TCHICAYA, le 6 mars 1961.

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Ainsi, le Congo Brazzaville fut-il l'un des pays les plus respectés des pays émergents au monde, ce qui permettait aux hommes d'État de prendre la parole et d'être écoutés non seulement par leur peuple, mais aussi par les institutions placées au plus haut sommet de la planète, en croire les Anciens: « Je ne vous relaterai pas en détail toutes les interventions faites par notre délégation à l'ONU, mais je peux vous dire que la République du Congo a su s'imposer à New York et s'attirer de multiples sympathies. Nos débats à l'ONU ont été très remarqués non seulement de toutes les délégations présentes, mais encore de la presse mondiale. Ils nous auront permis également de faire connaître un peu mieux notre pays et d'effacer une impression qui persistait à l'ONU à savoir que l'Afrique, c'était soit la Guinée soit le Ghana. Il n'est pas osé de dire qu'à l'ONU, il faudra désormais compter sur la voix des nouveaux États africains promus à la souveraineté internationale.», extrait du discours prononcé à l'assemblée nationale par M. Stéphane TCHICHELLE, le 22 décembre 1960. Ainsi, les dirigeants congolais pouvaient-ils défier plus forts qu'eux:

« Vous, Belges, vous, Français, vous, Britanniques, vous nous auriez conquis pour ensuite nous abandonner à mi-chemin de cette « occidentalisation» que vous avez essayé de nous imposer. Vous n'y êtes pas parvenus, parce qu'on ne change pas l'âme africaine. Toutefois, nous ne sommes plus les mêmes Africains dont vous avez troublé le sommeil millénaire. », extrait du discours prononcé devant la tribune de l'ONU, le 18 novembre 1960, par le Président congolais, Fulbert YOULOU. Ainsi était-il aisé de fixer le cap des nouveaux rapports:

« Disons-le clairement aux grandes puissances qui se préparent à venir se disputer, sur notre continent, les frontières encore indistinctes de leurs nouvelles hégémonies. Nous ne serons ni l'enjeu de leurs querelles, ni le terrain de leurs chasses libres. Nous n'avons pas cessé d'être des sujets pour devenir des clients. La délégation des États Unis a eu l'occasion de recommander que tous les pays s'abstiennent d'intervenir directement dans les affaires des nouveaux États indépendants... Cela fait, nous n'accepterons pas non plus des interventions indirectes, fussent-elles travesties en pseudo coopération technique. », ibid.

Pourquoi, alors que la destruction du Congo Brazzaville se fait aujourd'hui en toute impunité, au su et au vu du monde entier, l'ONU

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affiche-t-elle son indifférence, préférant la reconnaissance des régimes au demeurant illégaux à l'intervention pour le rétablissement de l'ordre démocratique? : «Voici pourquoi: c'est parce que la conception même de l'intervention des Nations Unies est fondée sur une tragique équivoque. Elles empêchent un chef politique constitutionnellement établi d'arrêter légalement un rebelle, un malfaiteur. Elles feignent d'assurer l'ordre alors que le pays est à feu et à sang et, pourtant, elles rêvent encore d'équilibre entre des institutions vacillantes et des chefs contestés. C'est vouloir consacrer contre toute équité des autorités fictives dont certaines auraient disparu sans l'appui des Nations Unies. Les Nations Unies prétendent laisser fonctionner librement un mécanisme institutionnel irréel; elles veulent arbitrer l'anarchie, le désordre, le chaos. Le chaos ne s'arbitre pas», ibid. D'où la colère: «Le Général de Gaulle a eu raison quand il a appelé « machin» l'Organisation des Nations Unies. Il est stupide de parler de ce qu'on ne connaÎt pas, il nous est difficile de nous faire admettre à nous, Congolais, que ce « machin », qui est tout à fait ignorant des réalités congolaises fasse la loi au Congo, et tranche en maÎtre des problèmes congolais. Nous demandons aux grandes puissances de garder pour elles ce qui peut s'appeler leur « cancer» », extrait de l'allocution du Président Fulbert YOULOU avant de quitter Elisabethville, le 12 février 1961.

l'ONU,

Les grandes puissances ayant gardé pour elles leur « cancer» qu'est les dirigeants congolais pouvaient procurer aux autres leçons et

conseils sur la paix, comme ce fut le cas lors de la recherche de solution au problème du Congo ex-belge. Qu'est-ce qui explique, aujourd'hui, que la génération d'hommes politiques qui a pris la relève soit tombée à un niveau de délinquance comparable à celui des adolescents d'une banlieue difficile? C'est fou, ce qu'un sort peut s'inverser: «À vous, vous êtes enfoncés dans un désordre, dans des luttes fratricides dont vous ne pouvez sortir ni par un miracle des Nations Unies, ni par l'aide des capitaux américains, ni par les avions soviétiques. C'est de vous seuls que dépend l'avenir. Mais, quand des frères s'entretuent, il devient indispensable qu'un frère aîné s'interpose et aide ceux-ci à retrouver leur souffle et leur raison. Vous êtes là, frères Congolais, et nous aussi nous sommes là, pour vous sortir du chaos. Je m'adresse aux États

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indépendants d'Afrique et je fais cette proposition. Réunissonsnous tout de suite en une conférence entre Chefs d'État Noirs et dressons ensemble le programme de la restauration congolaise», ibid. On comprend combien les Anciens doivent se retourner dans leur tombe en imaginant que le pays à peine sorti du colonialisme et jouant la médiation internationale, inspire aujourd'hui pitié et désolation: «Notre République du Congo a fait l'admiration du monde entier lors des événements malheureux de Léopoldville. Notre sagesse exemplaire et notre sens humanitaire ont fait l'objet des plus vifs éloges. Nous avons le droit d'en être fiers, mais tout cela n'est pas suffisant pour que notre petit pays devienne une grande nation. », extrait de l'allocution prononcée par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion de la visite du Président de la République à Diosso, le 7 janvier 1961.
o..

Et que la capitale du Congo Brazzaville, à la fois haut lieu, vitrine et

miroir du monde, soit devenue une FIB (Foire Internationale des Barbares) avec pour exposants ceux-là mêmes qui étaient censés la protéger:
« La voix faite entendre Brazzaville libération. », TCHICHELLE TCHICAYA, de la République du Congo Brazzaville sur toutes les antennes du monde entier. est devenu synonyme d'émancipation extrait du discours prononcé par M. à l'occasion de la levée du deuil de M. le 6 mars 1961. s'est déjà Le nom de et de Stéphane Jean-Félix

Ouencore:
«Le nom de Brazzaville, haut lieu de l'émancipation des peuples colonisés qui fut aussi celui de la France Libre, est comme un phare fièrement campé au cœur de l'Afrique projetant ses faisceaux d'espérance et de soutien sur tout le continent africain. », extrait de l'allocution de M. Stéphane TCHICHELLE, à l'occasion du banquet du nouvel an offert par le Président de la République, le 1e janvier 1961. Au cœur de l'Afrique, Brazzaville projette aujourd'hui les faisceaux de la barbarie, de la honte, et de tout ce qu'un être humain est capable de petit, de bas et de primitif.

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Effacé de l'intérêt national, savants et aux généraux

l'homme

politique

a cédé sa place aux

La politique est le point cardinal du malheur des Congolais. Et pourtant, tout était bien parti. Les Anciens de tous bords, animés du souci de l'intérêt majeur du peuple, ont voulu faire du Congo Brazzaville une maison grande comme un pays et unie comme une famille, en témoigne l'authenticité de leurs paroles: « Peut-être certains parmi vous se sont-ils posé la question de savoir où je puisais cette force que ni l'incompréhension de ceux que je voulais défendre, ni les échecs n'ont pu abattre jusqu'à ce jour. C'est que j'ai toujours fait la part des choses. J'ai toujours fait la distinction nécessaire entre un adversaire politique et un ennemi, entre les politiciens et les masses, entre les secteurs privés et les secteurs officiels, entre ce qui est du domaine religieux et ce qui ne l'est pas. Je vous assure, j'en suis convaincu, que mon seul but a toujours été l'intérêt des populations congolaises. », extrait d'allocution prononcée, le 10 mai 1960, par M. Jacques OPANGAUL T, doyen d'âge, à l'occasion de la première session de l'Assemblée nationale.

Posons-nous les questions à notre tour: sur quoi repose la divergence des hommes politiques congolais qui ont pris la relève? Mais, la divergence de vues, n'est-elle pas l'expression de la partie la plus archaïque de l'être humain? N'y a-t-il pas en elle une valence positive? Si elle est parfois féroce, cruelle, soudaine et sous certains aspects incompréhensible, ne peut-elle pas aussi servir à défendre des principes généraux ? Tout aussi idéologiques, les réponses respectives des savants et des généraux congolais n'ont pas aidé à résoudre ce dilemme. D'où la nécessité de les rechercher auprès des Anciens: « Pour peu que la divergence de vues ne soit pas synonyme d'inimitié, elle me paraît à mon humble avis d'un grand salut pour la construction nationale car si MM. les députés suivaient
docilement MM. les ministres, ils ne formeraient jamais une bonne

équipe de travailleurs, mais un gentil troupeau de moutons de panurge. Et ce n'est pas ce que le peuple demande. », extrait du discours de M. Alphonse MASSAMBA-DEBAT à l'occasion de la
clôture de la session budgétaire du 16 janvier 1961.

L'image du couple impossible « savants - généraux» semble la métaphore la plus éloquente pour expliquer que l'idiotie et la force

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aveugle sont les deux faces d'une même médaille, parce que l'énergie qui les anime est de même nature. Une même énergie propulse ces personnages. Attila, Gengis Khan, Alexandre le Grand, mais aussi Staline et Hitler, n'ont pas gouverné par la seule violence: ils ont su exploiter la fascination qu'ils exerçaient sur les peuples soumis. Interrogés sur le sens de liberté que ce genre de personnages donne au peuple les Anciensrépondent sans hésiter:
J

« Le Président Fulbert YOULOU déclarait la semaine dernière aux représentants de la presse et de la radio: " La liberté sans le calme et l'ordre, c'est l'anarchie, la misère, la ruine pour un peuple." Nous connaissons, hélas, le prix du désordre et plaignons sincèrement ceux qui croient que l'émancipation d'un peuple ne peut se faire que dans la honte et dans le sang. », paroles de M. Stéphane TCHICHELLE, Maire de Pointe-Noire, prononcées le 24 juillet 1960, à la Chambre de Commerce de Pointe-Noire. C'est parce que les Anciens ont compris, très tôt, ce que « honte» et « sang» veulent dire qu'ils ont fait preuve de « maturité» et de « civisme». Et ils ont eu les occasions de le manifester: « .. .MM. les députés ont une fois de plus montré leur maturité
politique et leur courage civique. Maturité politique, car au-delà des idéologies et des convictions diverses, face à l'intérêt majeur de la nation, tous, ont, comme toujours et dans un seul élan, su retrouver un terrain d'entente, une occasion de resserrer les liens de l'unité nationale. Courage civique, car nul n'ignore le danger que représente la lourde responsabilité que nous venons de prendre. Hier, nous étions de grands enfants qui n'étions pas responsables de nos actes parce qu'il y avait un autre pour répondre de ces actes à notre place et cet autre s'appelle la France. Aujourd'hui, nous devons marcher avec nos propres jambes. Fini le dos de maman qui nous portait, finie la douce farniente sur ce dos protecteur! », extrait d'allocution aux députés, prononcée par le Président de l'Assemblée nationale, M. Alphonse MASSAMBAT-DEBAT, le 27 juillet 1960, au cours d'une session extraordinaire pour la ratification des accords transférant à la République du Congo toutes les compétences communes. Incrusté au dos protecteur de l'ancienne métropole, l'homme politique congolais est perçu par le peuple comme un méchant transgressif. De monstre, il se transforme en héros, en leader. Du leadership, il se fait des supporters, bien évidemment. Rien d'étonnant! Le héros ne doit pas

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nécessairement être bon; il est au-dessus du bien et du mal; il est celui qui fait des choses extraordinaires. Il est certes « extraordinaire}) de pouvoir déclarer, sans l'ombre d'un remords, après avoir assassiné son père, continuer de l'aimer. Ce type de personnage joue dans l'histoire un rôle moteur parce qu'il est capable de s'imaginer omnipotent et de faire endosser

({ Je ne suis pas comme vous: je suis Dieu, « victime» tout en affirmant: votre Sauveur ». Esclave de son propre besoin, il est comme la vampire: il se nourrit de l'énergie de ceux qui subissent son charme. Il porte en lui une très grande destructivité, passe son temps à haïr et à concocter quelque vengeance. Il s'exhibe et se défend. C'est tout le contraire du sens de responsabilité donné par les Anciens pour construire le Congo: « Derrière une façade que l'on voit briller de mille feux, dans la pénombre de son bureau, le Chef de l'État avec ses soucis et ses responsabilités, et je puis vous assurer qu'il ne lui en manque pas, travaille souvent des nuits entières au mépris de sa santé, pour tenir ferme le gouvernail du vaisseau congolais guetté par les écueils et les tempêtes. Ceci je peux vous l'affirmer et je le dis clairement parce que c'est l'exacte vérité, la réalité du pouvoir que certains croient bien dorée, alors qu'elle est faite de vicissitudes et souvent d'aléas. », extrait du discours prononcé par M. Stéphane TCHICHELLE, le 19 mars 1961, à l'occasion de la campagne électorale présidentielle.

cette idée à ses adeptes. À la fois alpha et oméga, il se dit

Les vicissitudes et les aléas du pouvoir des Anciens étaient dus au souci qu'ils éprouvaient de construire réellement le Congo dans l'harmonie, ce qui diffère de la culpabilité, disproportionnée par rapport aux événements, impartie aux savants et aux généraux. Le refus d'endosser la responsabilité de leurs propres comportements répréhensibles et transgressifs justifie le manque de paix et d'unité nationale. Et pourtant: « Depuis le 25 novembre 1958, le Gouvernement de l'Abbé Fulbert YOULOU, soucieux de promouvoir l'idée de nation, prenant les obstacles de front, a toujours œuvré dans le ses de
son destin. Il ne vous a jamais caché ses difficultés, nos difficultés

communes. Il vous a toujours dit que les miracles de la souveraineté que nous pouvions espérer viendraient de notre travail, de nos efforts et de notre mystique nationale. », extrait du
discours prononcé par M. Stéphane TCHICHELLE à l'occasion de

la levée du deuil de M. Jean-Félix TCHICAYA,

le 6 mars 1961.

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